‹ Inscriptions de la cite des LemovicesChapitre 96 sur 129 · OU SUSPECTES · texte numérisé non relu

OU SUSPECTES

■ Exxrx>-<3—

Le plus éhonté faussaire que le xviii0 siècle ait produit, celui qui a fabriqué de toutes pièces la presque totalité des inscriptions qui vont suivre, — et que je donne fort à regret, — s'appelait Pierre de la Ruette de Beaumesnil.

Ce peu scrupuleux personnage naquit à Paris, dans les premières années du dernier siècle, et mourut à Limoges, le 20 mars 1787, à un âge assez avancé : 64 ans, d'après quelques-uns de ses biographes, 80 ans d'après le plus grand nombre. Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Michel de Pistorie que la Révolution fit disparaître lorsque l'église du même nom fut vendue comme bien national (1).

De l'existence de Beaumesnil, on ne sait rien, si ce n'est qu'il faisait partie d'une troupe de comédiens, dont il paraît avoir eu la direction. Habile dessinateur, il a profité des nombreux loisirs de sa profession pour constituer des manuscrits où les monuments sont figurés parfois avec assez

(i) Une copie de l'acte de décès de Beaumesnil m'a été communiquée par M. l'abbé Lecler, curé de Compreignac.

d'exactitude, mais le plus souvent sans aucun souci de la vérité. Mis en relation, on ne sait trop comment, avec M. de Lépine, intendant de la généralité de Limoges, il obtint une pension de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, ce qui ne l'empêcha pas de vivre assez misérablement sur la fin de ses jours.

J'ai donné aux pages 141, 142, 328 et 329 de mon Épigraphie romaine du Poitou et de la Saintonge, quelques extraits qui témoignent du peu de confiance que doivent inspirer les écrits de Beaumesnil. Voici le jugement que Chaudruc de Crazannes portait dès 1820 sur ces mêmes écrits :

(( ... Nous lui devons [à M. de Saint-Amans], au sujet des manuscrits du comédien Beaumesnil relatifs à ces mêmes antiquités [d'Agen], un rapport fait à la Société littéraire d'Agen et imprimé dans les Mémoires de cette Académie, qui se recommande par d'utiles travaux.

« Beaumesnil avait recueilli ses notes vers l'an 1770; mais comme tout ce qu'il a fait, sans goût et sans vérité. Il adressait ses observations à l'intendant de Limoges, et ce magistrat les transmettait au ministère à Paris; elles étaient remises à l'Académie des belles-lettres, qui fit accorder à leur auteur une pension du gouvernement de quatre cents francs (1). On peut maintenant les consulter dans les cartons de la bibliothèque Mazarine. Des personnes se sont laissé abuser assez pour reproduire quelques-uns de ses dessins et s'en servir comme d'autorité pour établir des opinions que réprouve la saine critique » (2) .

Quelques lignes ont été consacrées à Beaumesnil par M. Guibert, dans sa Notice sur le bénédictin dom Col (pp. 73 et 76), et par M. Ducourtieux, dans les Bulletins de la Société archéologique du Limousin (t. XXXI, pp. 139 et 140).

(1) Allou (Description des monuments des différents âges observés dans la Haute-Vienne, p. 12) dit que cette pension était de 1,500 francs. Le chiffre de 400 me paraît plus probable.

(2) Chaudruc de Crazannes, Mémoire sur quelques antiquités de la ville d'Agen. Paris, 1820, in-12 (tiré à part du tome II des Mémoires de la Soc. royale des Antiquaires de France).

On peut consulter encore sur ce personnage la note que M. Hirschfeld a insérée au t. XII (p. 82) du Corpus inscript, latinar., et le récent travail de M. Jullian sur les Inscriptions romaines de Bordeaux (t. II, pp. 254 à 258).

M. Jullian établit, ce que j'avais d'ailleurs soupçonné déjà (Cf., en particulier, ma lecture à la Société des Antiquaires de l'Ouest ; compte-rendu de la séance du 17 janv. 1890), — que Beaumesnil s'inspirait des monuments existants pour la création de ses inepties.

« ... 11 a, dit M. Jullian, en parlant de la partie de l'œuvre de Beaumesnil relative à Bordeaux, il a copié quelques inscriptions sur les originaux avec assez d'exactitude ; il a dédoublé ces inscriptions en donnant des variantes qu'il imaginait lui-même et dont il faisait de nouveaux textes; il a dessiné des monuments qui n'existaient pas en y appliquant des inscriptions qu'il copiait dans les livres; il a enfin fait des inscriptions à l'aide des titres, sous-titres, ou membres de phrases de livres imprimés. Son point de départ est à peu près toujours le même : une inscription déformée ou un texte imprimé transformé ».

ÎOO ATTRIBUEE A AHUIV.

Réduction à 1/2 d'un dessin de Beaumesnil.

Descr. et Kist. — « Pierre de 16 poulces de haut sur 22 de long

apportée d'Ahuri audit château [de Chantemille]. C'est un double vœu fait par les tribuns des treizième et seizième légions au nom des Augustes, c'est-à-dire des empereurs Antonin et Vérus » (Beaumesnil).

Le comédien antiquaire ajouta plus tard, — sans doute en 1780, puisque c'est à cette date que furent annotées d'autres parties de son manuscrit relatives aux inscriptions de Chantemille, — ce renseignement nouveau qui permet de douter fortement de l'authenticité du texte. « Ce monument sert à présent à laver au bord de la rivière et est tout effacé » .

Bibl. — Beaumesnil, Ms. Nivet-Fontaubert.

HO ATTRIBUEE A AHUN.

DUS INFERIS

statue

de femme.

D'après un dessin de Beaumesnil.

Descr. et Hist. — « Grand acerra, ou autel général des Mânes, trouvé près du cimetierre de Saint-Silvain d'Ahun, consacré aux dieux inférieurs, car on y voit presque dus inferis. Ce monument, fort dégradé à sa base, est de figure hexagone, a 4 pieds 8 poulces de haut, 2 pieds 10 poulces de diamètre. La figure du panneau antérieure s'est totalement enlevée par écale, comme si elle y avoit été adaptée. Je crois que c'est Vénus libitine ou une pleureuse » (Beaumesnil).

Bibl. — Beaumesnil, Ms. Nivet-Fontaubert (copie dessinée).

phallus

Page 1