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Inscriptions de Salonique

Extrait des Mélanges d'Archéologie et d'Histoire publiés par l’École française de Rome, T. XX V.

LIBRARY OF THE ARIVERSITY UF SECINUIS.

Re ea Pa ROME , ο΄ ἸΜΡΕΙΝΒΕΙΒ DE LA PAIX DE PHILIPPE CUGGIANI RER Via della Pace, Num. 35,

ne wa . Le Musée Royal de Bruxelles a reçu récemment de M. Cuy- 2e pers, consul de Belgique à Salonique, plusieurs inscriptions funéraires trouvées dans la nécropole de Cheikh-Soû, comme celles que j'ai déjà publiées ici même (1). Je remercie M. Cuypers et M. Jean De Mot, attaché à la conservation des Musées de Bruxelles,

LR de m'avoir chargé de faire connaître ces documents nouveaux.

Inscriptions païennes.

I. Inventaire du Musée À 1095. Plaque de marbre blanc; hauteur 025; largeur 0° 36; épaisseur de 0" 04 à 0° 07 (fig. 1).

er Fig. 1.

(1) Mélanges de Rome, t. XIX, p. 541-548 et t. XX, p. 223-235. Les inscriptions publiées dans le premier article sont maintenant, sauf les deux premières, au musée du Louvre: cf. Bull. des antiquaires de France, 1900, p. 357.

Τῖτος Αὔσχιος Φῆλιξ Αἰσχίᾳ Φαύστᾳ τῇ συνεξελευθέρᾳ xx. συνοίῳ τὸ μνῆμα χαὶ ἁτῷ ζῶν

La forme ἁτῷ Z αὑτῷ date ce texte des environs de l’époque: d'Auguste (Meisterhans, Gramm. der att. Inschr.”, p. 121; Dittenberger, Sylloge *, I, p. 557). La gravure paraît bien du I‘ siècle de notre ère, plutôt que du second: noter par exemple la forme du #1.

IT. Inv. A 1092. Plaque de marbre bleuâtre. H. 0"50;

larg. 0° 24; ép. 0" 02 (fig. 2 et 3). L'épitaphe est inscrite deux

Ecuetaus Εὐσταθίῳ Ex τῶν ἰδίων μινείας χάριν.

fois, en cinq lignes sur une face, en six sur l’autre. Le minium

subsiste dans les lettres.

III. Inv. ἃ 1094. Plaque de marbre blanc. H. 0*38; larg. 0"25; ép. de 005 à 0502. Noter le tréma sur l’iota

initial de ἰδίῳ.

AAKENA ὁ NEI Λαχένα Νειχοστράτῳ τῷ ἰδίῳ ἀνδρεὶ ΚΟΟΤΡΑΤΟΩ μνείας χάριν TOIAIOAN ὁ APEIMNEIAC & XAPIN ὁ

IV. Inv. ἃ 1096. Fragment de relief funéraire, en marbre blanc. H. 0" 60; larg. 0"45 ; ép. 0" 02 (fig. 4). Il est probable que le petit garçon figuré en pied sur le tableau supérieur en marque le milieu; ce tableau comprenait donc, outre le petit garcon, les bustes de quatre grandes personnes. Sur le deuxième tableau devaient être figurées en pied quatre jeunes filles, et an milieu, une femme mariée, reconnaissable au voile. Du tableau inférieur il reste trop peu de chose pour qu’on puisse déterminer le motif funéraire qui y était représenté (chasseur, banquet, etc.).

L’épitaphe était gravée sur la moulure supérieure.

Ligne 1: Μάντα, nom. thrace de femme (Bull. de corr. hell., 1900, p:- 306).

Le monogramme Ἔ Ξ TPIKE est remarquable.

NS . ΄ . PLEIN pe Ἰσιάδι, nom de femme, qui s'était déjà rencontré à Salo-

nique, dans une épitaphe de même époque (C. 1. G., 1971).

MANTOY équivaut, je pense, à Μαντοῖ, datif de Μαντοῦς. Πύρῳ, nom thrace (Bull. des musées royaux de Belgique,

PT p. 77)

NS «τὶ ei:

Ligne 2: χρούστας. Le mot crusta désigne toute enveloppe

dure, par exemple la croûte d’un pain, la croûte qui se forme

Fig. 4.

sur une blessure, la carapace d'un crustacé, ia feuille décorée

au repoussé qui recouvrait extérieurement les vases d'argent (1),

(1) Héron de Villefosse, Crustae aut emblemata (Mélanges Boissier, p. 2173). ἕ

enfin, les pièces d’un placage de marbre (1), qu’il s'agisse de revêtements appliqués sur les murs, ou d’un dallage (2). Etant donné la somme minime qu'avaient coûtée les χρούσται du tombeau de Salonique, je crois qu'il s’agit plutôt d’un dallage à l’intérieur de la tombe, ou devant la tombe, que du revêtement des murs d’un caveau.

Ligne 3: Tivaxx ne peut désigner que le relief dont il nous reste un morceau.

Il est fâcheux que nous ne sachions pas la date de cette épitaphe, car faute de cette donnée, les indications de prix que contient l'inscription restent vagues. Le relief fut payé 600 deniers: s’il datait du règne de Dioclétien, où le denier valait environ 2 centimes ἢ}, de notre monnaie (3), il aurait coûté 15 francs. Les χρούσται ayant été payées 142 deniers, soit à peu près le quart du prix du relief, ne devaient pas former un dallage bien considérable. Pour apprécier ces prix, il faut se rappeler ce qu'était payée, d’après l’édit du tarif, la journée du marbrier (marmorarius) et du mosaïste en pavages ({essellarius): 50 deniers — soit 1 fr. 12 de notre monnaie — plus la

nourriture.

Inscriptions chrétiennes.

V. Inv. À 1097. Fragment de marbre gris, incomplet de toutes parts, sauf en haut. H. 0®27; larg. 0" 30; ὀρ. 0" 05.

(1) Pline, H. Ν., XXXVI, 6, 48: «primum Romae parietes crusta marmoris operuisse totos domus suae Cornelius Nepos tradidit Mamurram ». 1d., ibid.: « nec tantum ut parietes toti operiantur, verum et interraso marmore vermiculatisque ad effigies rerum et animalium crustis... Neronis (principatu inventum) maculas quae non essent in crustis inserendo unitatem variare ».

(2) Saglio, Dict. des antiqg., art. Musivum opus (Gauckler), p. 2094.

(8) S. Reinach, Le prix du blé dans l’édit de Dioclétien (Revue numismatique, 1900, p. 429 et suiv.).

Réglage à la pointe, comme dans une épitaphe chrétienne de même provenance (Melanges, XX, p. 546, n° IV).

> IO NAÏIA 1 pnuôlouwv ou χοιμητή]οιον διάζφεοον | \IAATU 2 π]χιδαγω]γ.... ἐξ ΓΑ ΜΈ Η 3 γαμέτῃ ŒYOC'AT

WT ΤΤΟΥΔῚ

VI. Inv. A 1093. Plaque de marbre blanc. H. 0”"22; larg. 0" 28; ép. 0"02 (fig. 5).

Fig. 5.

Κυμητήριον μονόσωυον. Ἔνθα ire Μαξιμιανὸς vouépov... Le graveur ἃ répété par erreur la fin de μονόσωμον. Ce mot, formé comme χρυσόστομος, ὁμώνυμος, se rencontre dans une autre épi-

taphe chrétienne de Salonique, inédite, au musée du Louvre,

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nt, comme celle:ci, de la nécropole de Cheikh-Soû (Bull. ntiquaires, 1900, p. 357):

ΠΟ MIMOoPIoN

τὰ # MoNo COM ᾿ς Μιμόριον μονόσωμιον Κασσάνδρας. Ἔνθα χῖτε Ἢ ΩΝ KACCAN “Πλουτίνα.

᾿ | APACENOA

PR: CPINAC

On rencontre au IVe siècle dans les inscriptions chrétien-

= {De Rossi, Juser. christ. Rom.; n° 96, daté de 318; 206, daté

à trisomus, quadrisomus in quint et sexti Saeculi epitaphiis, ἘΣ quantum nemini, nondum legi). £ | Le Maximien de l’épitaphe de Bruxelles était un militaire, mi faisant partie d'un numerus (vouéoov), mot qui, au IV° siècle, aa ne signifie pas autre chose que “ corps de troupe ,. On remar- ΖΞ}: <quera le nom Maximien: il devait être fréquent dans les troupes de l'Ilyriceum, depuis qu’elles avaient fourni deux Maximiens à l'Empire, l’un né en Pannonie, l’autre thrace, du pays de ᾿ ᾿ Sardica.

ΞΕ De quel numerus faisait partie Maximien? Il paraît bien | -que dans la fin de l'inscription, ACKAPTONEINOYPOC, se cache À la mention d’un numerus des Ascarii. Ammien Marcellin (XXVIT, | 0: année 367) parle d'un corps de ce nom; dans la Notitia dignitatum (p. 29 Seeck), les Ascarii figurent parmi les auxilia ᾿ palatina cantonnés dans l'Illyricum. On pense que le nom des 5 Ascarii dérive, non d’un mot oriental (ture asker ΞΞΞ soldat;

cf. le français lascar), mais du grec ἄσχος, et que ces soldats,

mes de Rome l'expression locus bisomus, trisomus, quadrisomus

-de 368; 390, à propos duquel De Rossi écrit: voces bisomus,

à l’origine tout au moins, étaient des pontonniers (1), dont ῷ les équipages de pont rappelaient les kelleks de la Mésopotamie (2): on sait du reste par des inscriptions de Provence et

de Dacie (3) qu'il y avait sur le Rhône et le Danube, comme sur le Tigre ou l'Euphrate, des bateliers dits uwtriclarii.

La Nofitia mentionne des Ascarii seniores et des Ascarit Juniores. Je me demande si la fin de notre inscription n’est pas. une transcription malhabile de numeri Ascariorum juniorum. Les épitaphes grecques de soldats de numeri, trouvées à Constantia, près Aquilée, et qui datent du temps d'Honorius, renferment des fautes qui ne sont guère moins grosses: COTON pour OPON (6. I. L., V, 8725), MIKPOHEOC pour MIKPOHAOYC. (1d., 8731).

M. Théodore Reinach pense qu'il faut lire Μαξιμιανὸς vouésou: ᾿Ασχαρι(ω)νείνου p% (ΞΞ ἑκατόνταρχος). Mais la pierre ne porte point de signe d’abréviation au-dessus de POC, et ᾿Ασχαριωνείνου: semble impossible.

VII. Plaque de marbre blanc, trouvée en octobre 1904. H. 0" 40; larg. 0725: (8:26):

Domesticus positus ad do(mnum) Toan(nem) dat sol(idos) tres -

et semis pro memorium.

Memorium, μ.ημιόριον, se trouve presque uniquement dans l’épigraphie chrétienne de la Macédoine (WMelanges de Rome, 1899, p. 545-6): 1] n’y ἃ done rien d’absurde à supposer que les très rares épitaphes non macédoniennes où on le rencontre (Corinthe: Ross, Inscr. inéd., p. 20, n° 62; Rome: ©. I. G.. 9593) soient des épitaphes de gens originaires de la Macédoine.

(1) Mommsen dans l’Hermes, 1889, p. 205.

(2) Maspéro, Hist. de l'Orient, I, p. 615-617; Perdrizet, Documents: du XVIIe siècle relatifs aux Yézidis, dans le Bull. de la Société de géographie de l'Est, 1903, p. 258.

(8) C. I. L., indices des t. III et XII, 5. v. Collegia.

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Domesticus avait payé. 3 solidi et demi la concession d’une

tombe sise à proximité de celle du martyr Jean: telle est en

effet la traduction exacte du mot dominus, domnus, dans la for-

mule ad domhnum quemdam des épitaphes chrétiennes: οἵ, Marucchi, Elements d'archeologie chrétienne, 1, p. 184. Sur l'usage

de se faire enterrer à proximité des martyrs, cf. en dernier lieu

Fig. 6.

Leclercq, La sépulture à proximite des corps saints dans la Revue catholique des institutions et du droit, 1902, p. 222-237; le même article Ad Sanctos dans Cabrol, Dict. d’archéol. chr. et de liturgie.

La liste des nombreux martyrs de Thessalonique, qui figure aux Acta sanctorum, 1° juin, 1, p. 48, en mentionne deux du nom de Jean. Si l’épitaphe dont nous parlons a, comme 1] paraît, été trouvée 2n situ, il y aurait eu lieu de déblayer de façon com-

plète et soigneuse toute la partie de la nécropole d’où elle pro-

vient. Je ne doute point pour ma part que la nécropole chrétienne de Salonique, si elle était méthodiquement explorée, ne

ménageât aux archéologues et aux fidèles d’intéressantes révé-

Fig. 7.

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lations. Malheureusement, l'endroit d’où provient l’épitaphe de Domesticus ne peut plus être fouillé désormais; elle ἃ été découverte dans les travaux de construction du nouvel hôpital

municipal, au point marqué d’une croix sur notre plan (PI. D).

A TVR Ce Ni (IRAN INSCRIPTIONS DE SALONIQUE 01

Avec ces inscriptions, M. Cuypers ἃ envoyé aux Musées

Royaux de Bruxelles un certain nombre d’objets trouvés dans

Ne τ des tombes de la nécropole de Cheikh-Soû. Ce sont presque tous PSE de petits vases de terre grise ou rougeâtre, de basse époque __ romaine (fig. 7 et 8). On notera les filets horizontaux qui strient

a panse des n°° 1, 2, 8, 10, 13: ces vases à stries sont caracté-

ristiques, en Orient tout au moins, des tombes du [V* au VI siè-

Ps Fig. 9.

ς cle: nous en avons trouvé de pareils à Delphes dans les tombes

__ chrétiennes (1). La forme des n°’ 7 et 11 est imitée de la verrerie. Sur le n° 11 est imprimée une estampille, représentant une-

re palme.

Outre cette poterie l'envoi de M. Cuypers renferme deux

᾿ς fibules de bronze (fig. 9). hautes de 5 centimètres, de la forme dite

He (1) Cf. aussi Olympia, Die Bronzen, p. 211.

Au CHU ΜΝ Ἶ “ Φῃ , ΕἼ

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