GRAFFITI
nn
Ces grafiti ont été tracés au stylet après la cuisson du vase (à Fexception d’un seul, n° 802, dont l'existence est d’ailleurs problématique): c'est ce que nous indiquent l'absence de saillies le long des traits et la trace blanche laissée par le stylet après la disparition du vernis. Ils se trouvent à l'extérieur du vase, soit sous le pied, soit sur les parois.
Quelques-uns de ces graffiti (n°801, 810 et811) consistent en chiffres, dont je ne sais trop que faire. Les autres sont des noms ou des initiales. Il est probable que quelques-uns de ces noms sont ceux des fabricants : on peut supposer que l'ouvrier, ayant omis d'imprimer la marque à temps sur la pâte, aura ajouté le nom après coup à l'aide d'un poinçon. On trouve ainsi comme graffiti les noms de Bellinicus (? n° 786), de Firmanus (n° 787), de Viger (n° 795), de Nicanor (n° 794), de Felix (C., t. IT, 4974, n° 16), de Rasinius (id., n° 34), de Bassus (id., n° 7), de Zngenuus (C., t. VII,1338, n° 11), etc., qui sont ceux de potiers très connus. Mais cette explication n’est plus de mise quand nous trouvons sur un même vase des noms différents comme marque de fabrique et comme grafito (n°: 789,797 et 803). Il est vraisemblable que, dans ce cas, le graf- filo concerne, non pas le potier, mais le possesseur du vase, et qu'il est, non pas une marque de fabrique, mais une marque de propriété. Deux grafiti de ce genre, qui se lisent sur des vases arrétins de Pompéi, confirment cette hypothèse; l’un porte: REDDE ME; l'autre: EPAPHRODITI SVM TANGERE ME NOLI (C. 2. L., X, 8055, n°° 58 et 14): ce sont bien là des indications tracées pour le compte du possesseur de l'objet.
Comment expliquer, maintenant, cette lettre X que nous trouvons tracée à l'extérieur de vases arrétins ou autres? Ce ne peut être constamment l'initiale d'un nom, car il y a trop peu de noms commençant par cette lettre. On peut songer à un signe destiné à faire reconnaître l'objet, lors d'un inventaire ou d’un récolement: mais d'où vient que si peu de vases, un cinquantième tout au plus, soient marqués à cette lettre? L'idée la plus séduisante qui vienne à l'esprit, est qu'elle est un signe de christianisme, qu’elle nous apprend que le dernier possesseur de
785 «ts.
l'objet était un chrétien (1). La lettre X, en effet, qu'on la considère comme une Croix (cruz decussata) où comme l'initiale du nom du Christ (Xz5745), est un des symboles les plus chers aux premicrs chrétiens : « Il s’en trouve », dit Martigny (Dacé. des antiqu. chrét., au mot monogramme), « il s’en trouve d'assez nombreux exemples dans les monu- » ments, et Julien l'Apostat, en parlant de son hostilité contre le chris- » tianisme, disait qu'il faisait la guerre au X ». Or, on sait avec quelamour les chrétiens traçaient la croix ou le monogramme du Christ sur tous les objets dont ils se servaient: les plus nobles comme les plus vulgaires étaient marqués de la croix, ce qui semblait ranpeler sans cesse au chrétien que rien en ce monde ne lui appartenuit, que Dieu était le vrai possesseur de tout. Qu'on se rappelle les vers de Prudence
(Peristephanon, hymne X, 626 et s.;, Migne, t. II [LX;, c. 494) :
Reges, prophelne, judices, ct principes Virtute, bellis, cultibus, sacris, stylo
don destiterunt pingere fiquram crurts.
Crux pracnotata, cruz adumbrata est prius, Crucem vetusta combiberunt saecula.
Ce qui ôte, je l'avoue, de la valeur à cette hypothèse, c'est que cette forme de la croix, et en général la croix et le monogramme n'apparaissent pas sur les monuments gravés avant le règne de Constantin, et qu'il est difficile de placer après celui de Constance Chlore le temps où ces signes ont été tracés sur nos poteries (cf. p. 426). Mais les monuments gravés, c'est-à-dire les inscriptions proprement dites, étant plus exposés aux regards de tous que les petits objets d'usage domestique, on peut croire que les symboles du christianisme s'y sont montrés plus tard, qu'ils ne s ÿy étalèrent qu'au temps de la paix de l'Église : au contraire, Sur ces vases qui ne sortaient point de sa demeure, le chrétien pouvait avec plus de sûreté tracer les signes de sa foi: c'est sur des objets de cette nature qu'ils ont dû apparaître tout d'abord.
Notons en outre ceci: les deux signes que nous trouvons comme graffiti sont l'initiale X et le monogramme % (n° 391 et 792): celui-ci n'apparaît que deux fois. Or, de toutes les marques de christianisme,
(1) M. Le Blant a relevé, sur des poteries samicennes d'uno très bonne époque, des graffiti dus à des chrétiens, par exemple la Croix +, et l'acclamation vivas 1N »£o (Inscr. chrét., L. 1, p. 218-219; planches, nes 130 ot 131, cimetière de Saint-Eloi).
ce sont bicn là les plus volées, les plus mystéricuses, par suite les plus anciennes. La première, X, est regardée souvent (cf. Martigny, au mot #70n0grainime), comme «la plus ancienne forme, celle du » premier âge de la discipline de l'arcane, parce qu'elle rappelait » d'une manière moins sensible que le chrisme proprement dit le nom » du Christ». L'autre, x, est le premier monogramme en date qui apparaisse sur une inscription chrétienne, puisqu on le trouve sur un monument antérieur au règne de Constantin, de l’an 268 ou de l'an 279 (de Rossi, Znscriptiones christianae, t. T, p. 16, n° 10).
N'oublions pas en outre de constater cette coïncidence : le monogramme x est tracé sur une poterie samienne dont la marque de fabrique, FAM. F. +, porte une croix latine + (crux 1immassa) : si le fabricant du vase était chrétien, le possesseur pouvait bien l'être (cf. ici n° 548 et 791).
Enfin, on admet que, dans les provinces, ces signes symboliques ont pu être usités plus fréquemment, employés plus ouvertement qu'à Rome, où la surveillance de l'État était plus active, la persécution plus intense. Or, Bordeaux était à l'extrémité de l'empire; et la Gaule, au temps de Constance Chlore, demeura toujours à l’abri de la persécution. C'est en Gaule que le christianisme commença tout d'abord à être toléré.
Nous regardons donc comme infiniment vraisemblable que ce signe, X, tracé à la pointe sur un certain nombre de nos poteries, est un indice de christianisme, c'est-à-dire que le dernier possesseur ou détenteur de ces objets était un chrétien. Or, comme nous l'avons dit (p. 426), ces objets proviennent de ruines d'habitations romaines qui paraissent avoir été détruites au temps de Constance Chlore. D'où l’on peut conclure qu'il y avait déjà des chrétiens à Bordeaux à Ia fin du troisième siècle : conclusion qui, d'ailleurs, n'a rieu que de très vraisemblable.
Sur un peu plus d'une dizaine de grafiti en forme de X trouvés à Bordeaux, soit sur des poteries samiennes, soit sur d'autres objets, trois viennent certainement de la même maison romaine, celle du cours d’Alsace-et-Lorraine, n° 123-125 (cf. p. 429, O et 430, O'), un en vient probablement : il est possible que tous les autres en proviennent aussi, à l'exception d'un seul. On pourrait donc croire que cette maison a été, en dernier licu, à la fin du troisième siècle, habitée par un chrétien.
D'après l’original (collection Vauclaire: fouilles de la rue Mautrec, p. 428, E). Hauteur : 0,03. — Sous le pied du vase signé :VI'V (n° 634).
786 DED
Calqué sur l'original (collection de Puifferrat). Sur un fragment de poterie anonyme.
Ce grafito tient peut-être lieu de la marque de fabrique, oubliée par mégarde, et l'on peut le lire, dans ce cas, Bell{nici]; cf., sur ce potier, p. 904, n° 452.
ii Fo KR A
Calqué sur l'original (collection de Puifferrat). Sur le revers d’un vase non signé.
Firma(ni).
C'est peut-être la marque du potier (cf. rIrMA, Sch., n° 2241; rir- MANVS F Où FE, ?4., 2242-3-7) gravée après coup (cf. p. 579).
à | 788 IL
D'après l'original (collection Combes).
Hauteur: 0,005, — Sur le revers du pied d’un vase.
VAISSELLE ROUGE GLACKÉE. 583
F4 > VAN [Epa.. 5
D’après l'original (collection Combes).
Lettres de 0,009. — Sur le rebord extérieur d'un vase signé ACVTI (cf. n° 415).
D'après l'original (collection Combes).
Hauteur : de 0,012 à 0,014. — Sur le revers du pied d’un vase.
D'après l'original (collection Dezeimeris : fouilles du cours d’Alsace-et-Lorraine [?]). Hauteur : 0,014. — Sur le revers du pied du vase signé FAM. F. + (cf. n° 518).
I(mooëç) X(pror6ç?). La présence simultanée, sur ce même débris, de la croix joignant le nom du fabricant, et d'un graffito rappelant le monogramme primitif
du Christ, peut faire croire que cette poterie a été fabriquée par un chrétien et possédée par un adepte de la même religion; cf. p. 523<1.
D'après l'original (Dépôt du Colisée : collection Sansas). Sur le revers du pied du vase signé C.IVLI// (n° 604).
da pe) CSS
D’après l'original (collection Braquehaye : fouilles de la rue Saint-Sernin; cf. p. 432, V). Tracé sur le resers du pied d’une patera sans marque de fabrique.