‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 257 sur 263 · POIDS DE TISSERANDS · texte numérisé non relu

POIDS DE TISSERANDS

Nous appelons « poids de tisserands » (et c’est le nom que leur donnaient les anciens, pondera) (1), ces petits troncs de pyramide en terre cuite grossière, perforés à leur extrémité supérieure, que l'on trouve en si grande quantité à Bordeaux et dans les environs, comme partout d’ailleurs dans le monde romain. Ils servaient simplement à tendre les fils dans les métiers verticaux : toutes les autres explications qu'on a voulu donner de ces objets doivent être rejetées, depuis le travail célèbre de Ritschl (Ueber antike C'emichtsteine, 1866, dans ses Opera, tome IV, p. 673) (?). S'ils sont aussi fréquents dans les débris de £outes les maisons gallo-romaines, c’est parce que filer et tisser était la principale occupation des femmes d'autrefois : toute habitation, la plus riche comme la plus pauvre, avait son fuseau et son métier.

La grande majorité de ces poids sont dépourvus d'inscriptions. Les quelques marques que l'on y a trouvées sont : — ou des marques de fabrique, comme celles que M. Allmer signale à Vienne (t. IV, p. 220), où nous retrouvons des noms de potiers connus, comme Scottus et Martialis; — ou bien des formules d’acclamation ou de souhait, comme «Es qvrai» (Ritschl, p. 686: poids de Cologne), ou « FAYK » (id., p. 686 : Athènes), dues à la fantaisie d'un désœuvré, — ou le nom du possesseur de ces poids, et, par suite, du propriétaire de la maison quiles a renfermés, comme < vrsvs » (%) (Le Blant, 7nscr.chr.. I,

(1) Sénèque, Epistolae, 90,20: Quemadmodum tela suspensis ponderibus rectum stamen eœtendat. En grec on disait &yvüôsec, Xetar ou Xéau.

(2) L'explication la plus vraisemblable qui ait été donnée, avant celle-là, est de JouANNET (Académie, 1835, p. 144): « Après avoir comparé et pesé plus de cent cinquante de ces préteudus poids, il m'a été impossible de trouver entr’eux aucun rapport, mème approximatif; aussi, tout en reconnaissant que ces pyramydes tronquées ont dû faire l'oflice de corps pesants, je ne saurais y reconnaitre des poids d'une valeur constante. Elles ont pu tenir lieu des plombs que nous attachons à nos filets de pêche, ou servir à tout autre usage, mais ce ne sont pas des poids réguliers ». Les recherches de Jouannuet sur le poids de ces objets ont été admises comme concluantes par Rirscar, p. 67%.

(@) Je ne crois pas, comme le fait M. Le BLANT, que le nom de Ursus soit celui du vérificateur du poids.

p. 220, pl. 133 : chapelle de Saint-Éloi), — ou, enfin, des signes ou des lettres isolées, par exemple X et OY, à Nîmes (Caylus, Recueil d'antiquites, t. V, p. 271), Mo, v, x, # , en Espagne ou en Bretagne (Corpus, IT, 4962, 6; VIT, 1279). Ces lettres sont, je crois, les initiales des possesseurs : je ne sais que penser des signes, mais 1l pourrait se faire que X fût un signe du christianisme, et que les chrétiens marquassent de ce symbole les poids de tisserands, comme ils le gravaient d'ordinaire sur tous les objets qui leur servaient dans la vie. Les poids marqués au nom de vrsvs (au nombre de 4) portent également le chrisme et la palme.

Sur deux cents poids de tisserands, et plus, que l'on a trouvés à Bordeaux, deux seulement portent une marque (1).

D'après l'original (collection Combes).

Sur la facette supérieure d’un poids de tisserand. — Hauteur du signe : 0,02.

D'après l'original (collection Combes).

Sur la facette supérieure d’un autre poids de tisserand. — Hauteur : 0,04.

Ces deux signes ont été gravés, semble-t-il, avant la cuisson des poids, alors que la pâte était encore molle. Ils ont été tracés avec soin et symétrie.

(1) Voyez, sur l'usage de ces poirls, outre le travail de Ritschl, celui de Coxze, Annales de] l'Institré, 1872, p. 196 et 3., et leslivres généraux de MARQUARDT, Prévatleben, p. 505; BLUENNER, Technologie, t. I, p. 139.

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