‹ Insectes diptères du nord de la FranceChapitre 136 sur 666 · Corèthre pâle; C. pallïda> Meig., Panz · texte numérisé non relu

Corèthre pâle; C. pallïda> Meig., Panz

Blanchâtre. Pieds ponctués de noir;

Chironomus pallidus, Fab. syst. anlh Tipula pallida, Gmel., Fab. ent. syst;

Gong. 3 I;

Blanchâtre. Antennes roussâtres, avec la base de chaque article noire. Yeux d’un vert brillant. Thorax à bandes d’um gris roussâtre pâle. Segmens de l’abdomen terminés de noirâtre. Pieds blancs; cuisses marquées aux côtés intérieur et extérieur de douze points, et les jambes de six points hoirs; tarses roussâtres. Ailes blanches; nervures comme dans lé C. culiciformis.

Il voltige en troupes nombreuses près des eaux.

COUSIN; Cclex.

Culex , Linn., Réàum., t)eg., Ceoff., Schœff., Scop.; Schr.£

Fab., Oliv., Lat., ViH., Ross., Cuv., Lam., Walek., Schell.ÿ,

lll., Meig.

Tête petite, presque globuleuse. Trompe ail moins de fai longueur du thorax, menue, demi -cylindrique, dirigées,

obliquement en avant; lobes terminaux petits et, menus; lèvre supérieure de la longueur de la trompe, creusée inférieurement en gouttière, et recevant la langue (1) ? deux longues soies de chaque côté, insérées à la base de la lèvre supérieure. Palpes dirigés en avant, filiformes, de cinq articles dans les mâles, plus longs que la trompe ; le premier article très-court ; très-courts et velus dans les femelles; les deux premiers articles peu distincts. Antennes de quinze articles; le premier court et cylindrique dans les mâles, les douze suivans noueux et plumeux à leur base, les deux derniers longs et cylindriques; dans les femelles, tous, excepté le premier, également longs et cylindriques , avec quelques poils à leur base. Yeux verdâtres (dans l’état de vie).

Thorax ovale; écusson petit. Abdomen à peu près cylindrique. Pieds menus, allongés, surtout les postérieurs. Ailes couchées, frangées, nervures couvertes d’écailles (2); cellule stigmatique nulle; une marginale; deux sous - marginales terminales , la supérieure pétioiêe; deux discoïdales; quatre postérieures, la deuxième pétiolée , la troisième moins longue que la quatrième. (PL 4, fi g. 8).

Les Cousins présentent avec les autres Tipulaires une identité parfaite dans la forme du corps; ils appartiennent particulièrement aux aquatiques par l’ensemble des caractères les plus saillans; le corps également effilé et porté sur de

(1) L’existence de cette langue est probable, mais douteuse. M. Meigen dit que la lèvre supérieure reçoit la langue dans sa partie inférieure creusée en gouttière ; mais il ne la représente pas dans les figures , d’ailleurs très-fidèles , de son ouvrage , et l’on n’y voit que cinq soies au lieu de six , comme dans les figures de îtéaumur et dans les descriptions de Latreille , de Lamarck , etc.

(2) Les écailles de la surface des ailes sont allongées, étroites, un peu élargies vers l’extrémité qui est obtuse; celles des bords sont élargies vers 1s milieu et terminées en pointe.

(âil )

longues jambes, les antennes ornées du même panache^ ïèl ailes offrant un semblable système de nervures, et même un<5 ressemblance remarquable avec celles des Corèthres; enfin $ l’existence aquatique des larves et des nymphes qui ont les plus grands rapports de conformation avec celles des genres précédens. La réunion de tant de caractères lie étroitement les Cousins aux autres Tipulaires; elle ne semble même compatible avec aucune modification importante dans les autres parties de l’organisation; et cependant, au milieu de cet accord^ en apparence si parfait, se montre un organe, et le plus influent de tous* sur l’économie animale, qui diffère étrangement de ce qu’il est dans les autres branches de cette famille. La trompe du Cousin me paraît plus étonnante encore par celte espèce de suspension de la loi d’analogie, que par le mécanisme admirable qu’elle offre à nos yeux. Au lieu d’un instrument faible, mou, charnu, ne renfermant que des parties peu ou point distinctes et inoffensibles , elle est une arme redoutable, un appareil écailleux de fourreaux extérieurs j d’aiguillons acérés ^ de lames dentelées en scies, dont nous ne connaissons que trop la puissance, et qui non-seulement pénètre dans nos vaisseaux pour y puiser notre sang, mais y distille encore un poison qui irrite les blessures et nous cause une douleur insupportable.

Cependant, si nous examinons attentivement cette trompey nous reconnaissons dans la gaîne extérieure, malgré le plus grand changement dans la forme, les trois parties dont elle est composée dans les autres Tipulaires. La base et la tige s’atténuent et s’étendent en long tube cylindrique , elles deux lobes terminaux que nous avons vus souvent épais et arrondis , se réduisent en un petit article apical et bifide. Les palpes ? qui s’allongent également et prennent une direction horizontale, sont formés du même nombre d.’articles, et c’est dans îa forme seule que consiste leur singularité. Quant aux parties

internes de la trompe, on y retrouve la lèvre supérieure, la langue et deux paires de soies, c’est-à-dire, l’organisation la plus complète de la bouche dans les Diptères , et telle que nous l’offre celle des Tabaniens.

Personne n’ignore la manière de vivre des Cousins. Communs partout, et particulièrement près des eaux, dans les bois et dans nos habitations, ils passent la plus grande partie du jour dans le repos, fixés sur les feuilles des arbres, et le plus souvent sur la surface inférieure, où ils se balancent fréquemment sur leurs longues jambes avec lenteur et une apparence de mesure. On les voit aussi sur les fleurs, occupés à tirer les sucs des nectaires; mais cet aliment paraît leur plaire beaucoup moins que le sang pour lequel leur avidité se montre avec la plus grande véhémence. Ils attaquent les hommes et les animaux avec une opiniâtreté qui leur fait vaincre tous les obstacles qu’on leur oppose, et la fumée dont s’entourent le Lapon, le Hottentot, comme les cousinières imaginées pour nos Sybariles, n’ont fourni encore que des moyens bien impuissans pour repousser leurs importunes hostilités. Ils troublent trop souvent notre sommeil, soit par leurs piqûres douloureuses, soit par le bourdonnement aigu dont ils nous fatiguent et nous inquiètent : je le leur pardonnerais encore , s’ils consentaient à me laisser jouir paisiblement de la fraîcheur des eaux, de l’ombrage des forêts et du charme d’une belle soirée; mais c’est là précisément qu’ils se rendent le plus insupportables.

On a observé que nous n’avions pour ennemis que les femelles des Cousins, et que les mâles trouvaient leur subsistance sur les fleurs. Cette observation s’accorde avec celle quï a été faite sur les Tabaniens. Cependant la conformation de la trompe pourrait plutôt faire soupçonner (e contraire ; cet organe, d’ailleurs le même dans les deux sexes, étant accompagné dans les mâles de palpes beaucoup plus longs et plus forts.

Les Cousins, comme beaucoup d’autres Tipulaires, se réunissent en troupes nombreuses dans les airs, et j voltigent de même aux derniers rayons du soleil. La cause long-temps mystérieuse de ces assemblées aériennes paraît enfin connue. On a remarqué qu’elles étaient composées en très -grande partie de mâles , auxquels venait se joindre un petit nombre de femelles, et que c’était en volant que s’opérait la fécondation. Cette observation est d’autant plus digne de confiance, que d’autres insectes s’urâssent également dans les airs,* entr’autres les Éphémères, les Fourmis, et particulièrement les Abeilles, dont les amours, si long-temps couvertes d’un voile épais , ont enfin été divulguées par M. Huber, de Genève.

Les femelles ne tardent pas à s’occuper des soins de la maternité, et la manière dont elles effectuent leur ponte est bien ingénieuse et entièrement différente de celle usitée par les autres Tipulaires aquatiques. Au lieu de déposer leurs œufs en masse dans une matière transparente qui se précipite au fond des eaux, les Cousins pondent les leurs au nombre de deux à trois cents , un à un , en les collant l’un à l’autre , et en formant de la totalité un petit radeau qui surnage. La forme et la position de ces œufs rendent cet arrangement fort difficile. Allongés, à peu près cylindriques, mais terminés en pointe par un bout, et munis d’une espèce de cou de bouteille par l’autre, ils sont posés verticalement les uns contre l^s autres, le bout pointu en dessus. Pour parvenir à les déposer ainsi, le Cousin se cramponne, au moyen de ses pieds antérieurs et intermédiaires, sur une feuille ou quelqu’autre corps flottant sur l’eau, de manière que l’extrémité de son abdomen dépasse ce corps. Ensuite il croise ses pieds postérieurs, relève le dernier segment de l’abdomen, afin que les œufs sortent dans une position verticale, et il place le premier qui se présente dans l’angle formé par ces pieds. Le second est collé au premier, et ainsi de suite, en remplissant l’intervalle enlr&

ces pieds qui s’écartent à mesure que la ponte avance , sans cesser de maintenir les œufs tant qu’elle ne soit terminée. C’est ordinairement le matin que se fait cette opération ingé-» pieuse, et toujours sur des eaux stagnantes,

Les œufs tardent peu de jours à éclore. Les larves sont douées d’une organisation très-compliquée, qui offre quelque ressemblance avec celle des Tanypes et des Corèthres, et dont Jes parties extérieures se rapportent toutes à l’une des trois fonctions de la nutrition, du mouvement et de la respiration. Le corps est allongé, composé de huit segrnens, d’un thorax grand et arrondi, et d’une tête très-distincte, Les organes de Ja bouche, au nombre de sept, si l’on en croit Swammerdam, sont très- peu distincts et à peu près inconnus encore, à l’exception de deux espèces de mâchoires en croissons et ciliées du côté intérieur, auxquelles les larves donnent beaucoup de mouvement, en les portant en avant et les retirant avec la plus grande vivacité. Cet appareil semble d’abord combiné pour saisir une proie; mais il paraît n’avoir d’autre fonction que d agiter l’eau et de l’attirer à la bouche, pour y amener en même temps les corpuscules alimentaires qui s’y trouvent. Deux filets qui ressemblent à des antennes paraissent coopérer à Faction de ces mâchoires; ils sont inarticulés, garnis de touffes de poils, insérés près de la bouche, et arrondis en près dont les extrémités se rapprochent.

L’organe de la respiration consiste en un tube allongé, inséré sur le dernier segment de l’abdomen, et avancé obli*^ quement au-delà du corps. Ce tube sert à introduire l’air de l’atmosphère aux trachées. L’extrémité en est donc appliquée à la surface de l’eau, ce qui oblige la larve à y vivre dans une position renversée. Cependant elle a la faculté de plonger, de rester assez long-temps sans communiquer avec l’air extérieur, et je soupçonne qu’elle respire alors au moyen des touffes de poils dont le thorax et les sègmens de l’abdomen sont garnis, et qui peuvent remplir |çs fonctions d’ouïes.

La faculté de nager dont jouit cette larve, est due à un autre organe situé à l’extrémité du dernier segment et dirigé du côté opposé au tube aérifère. Quatre ou cinq petites lames ovales, transparentes et entourées à leur base de longs poils disposés en entonnoir, sont insérées sur une base courte et épaisse , et paraissent propres , par leur forme et leur mobilité , à servir de nageoires. Au reste, ces larves usent peu de la faculté de se mouvoir; mais au moindre objet qui les effraie, elles quittent, en se précipitant, la surface de l’eau pour y remonter bientôt après^i).

Après avoir pris tout leur accroissement, et changé plusieurs fois de peau , les larves passent a l’état de nymphes , et , sous cette nouvelle forme , elles ressemblent fort aux nymphes des autres Tipuîaires aquatiques. Munies, sur la partie supérieure du thorax, de deux tubes acrifères en forme de cornets , elles ont, à l’extrémité du corps, deux nageoires aplaties, accompagnées de deux soies allongées, dont j’ignore la destination. La plus grande différence qui les distingue, consiste dans î’attitude du corps, dont la partie postérieure est ordinairement tournée autour du thorax. Ces nymphes se tiennent, comme les larves , à la surface de l’eau pour respirer, et elles ont également la faculté de se mouvoir* au moyen de leurs nageoires.

Lorsque le moment de la dernière transformation est venu ,

(ï) Je ne sais si ce genre de vie et l’instinct de vivre en familles nombreuses ne nous donneraient pas, au moins dans certaines localités 5 le moyen de nous délivrer facilement du plus grand nombre des Cousins, avant qu’ils ne fussent en état de nous incommoder. Dans bien des cantons , une mare , un fossé de peu d’étendue contiennent les seules eaux d’où sortent tons ces insectes, et j’ai trouvé tant de facilité, avec un filet de gaze , à en prendre les larves par centaines à la fois , pour les observer, qu’il me semble possible d’user d’un moyesa semblable pour les détruire.

p^trà-dire, -vingt à vingt-cinq jours après la naissance de la ïarVe, le thorax de la nymphe se fend; le Cousin commence $ paraître , la tête la première. Par les contractions des segmeng du corps, il parvient à se hisser verticalement hors de sot* enveloppe devenue une espèce de nacelle sur laquelle il reste quelque temps immobile, et que le vent fait voguer et quel-; que foi s chavirer. Quand ses organes se sont raffermis, il pose ses jambes délicates sur l’eau qui semble perdre sa fluidité en sa faveur, il déploie ses ailes, et va prendre possession du Romaine des airs»

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