DE L’AGRICULTURE ET DES ARTS
AsiliqueSj, bombyliersj, xylolomes , leptides> stratiomydes æylophagites et tabaniens.
2 DÉCEMBRE l825.
Dans un premier essai sur les insectes diptères du nord de la France, nous avons décrit les Tipulaires, cette grande tribu qui offre les traits principaux de la race entière, mais dont l’éloignent des caractères secondaires fort importans et une organisation généralement plus composée. Dans une première suite à ce travail , nous allons faire connaître les familles qui semblent se rapprocher des Tipulaires, soit par des rapports spéciaux dans quelques organes, soit par l’ensemble d’une organisation plus forte que dans le reste de l’ordre. En considérant les Diptères comme formant une seule série d’insectes dont les organes sont plus pu moins composés , et qui se divisent en deux grandes sections ; l’une caractérisée par des antennes de trois articles , l’autre à antennes multiarticulées ; et en adoptant, comme plus philosophique, l’ordre ascendant, ainsi que nous l’avons fait pour les Tipulaires, ces dernières doivent être précédées immédiatement par les Diptères de l’autre section les plus fortement organisés ; et par une coïncidence remarquable , ces mêmes insectes offrent un caractère singulier qui lie les deux sections d’une manière plus sensible. Leurs antennes semblent
composées de trois articles comme dans la première ; mais le troisième , dont la forme est d’ailleurs fort ordinaire , est subdivisé en plusieurs segmens , de sorte que ces insectes appartiennent aux. Diptères inarticulés par la figure de leurs antennes et aux multiarticulés ou Tipulaires par la composition de cet organe. Sous tous les autres rapports ils sont étroitement liés aux premiers.
Nous avons vu que la série formée par les Tipulaires, et considérée comme une simple famille , se divise en plusieurs sections. Cette série , à la vérité , est d’un ordre supérieur à une famille naturelle, et doit être regardée comme une des deux grandes divisions de l’ordre ; cependant les sections dont elle est composée ne sont pas susceptibles d’être élevées au rang de familles ; elles ont généralement trop de ressemblance entr’elles. Quant à la série dont nous allons nous occuper , elle se divise en familles très-distinctes et conformes aux principes de la classification naturelle. Ainsi que l’autre , elle offre divers degrés du simple au composé , depuis les Phthiromyies jusqu’aux Tabaniens.
ASILIQUES ; Asilici , Latreille , Meigen.
Caractère essentiel : antennes de trois articles; troisième sans division. Hypostome à moustache. Front enfoncé. Trompe courte , horizontale. Ailes couchées sur le corps.
Corps allongé, étroit. Tête transversale, beaucoup plus large que longue , munie d’un cou , et séparée du thorax par un étranglement considérable. Front ordinairement large dans les deux sexes , enfoncé supérieurement , muni d’une élévation sur le vertex portant les yeux lisses ; hypostome large , couvert de petits poils soyeux , muni inférieurement d’une moustache ou touffe de longs poils dirigés en avant et placés sur une élévation. Dessous et
côtés de la tête plus au moins velus. Trompe coriacée , avancée horizontalement , ordinairement de la longueur de la tête , sans lèvres terminales distinctes ; lèvre supérieure beaucoup plus courte que la trompe, obtuse ou tronquée; langue de la longueur de la trompe , aplatie, étroite , pointue , munie au-delà de la moitié de la longueur et du côté extérieur , de pointes tournées en dedans ; deux soies (mâchoires) moins longues que la trompe , sétiformes , semi-tubuleuses , obliquement acuminées à l’extrémité. Palpes insérés à la base de la trompe, épais , courts , filiformes , velus , élevés , ordinairement de deux articles ; le dernier plus alongé , arrondi à l’extrémité. Antennes très-rapprochées à la base, ordinairement de la longueur de la tête * de trois articles ; le premier cylindrique ; le deuxième ordinairement court ; le troisième comprimé , ovalo-cylindriqiie ou ovalo-conique , ordinairement terminé par un style biarticülé. Yeux ovales , ordinairement verds ( dans l’état de vie ). Trois yeux lisses en triangle.
Thorax sans suture , grand , élevé , ovale ; segment antérieur ( prothorax) bas, mais distinct ; écusson petit. Abdomen long , subcylindrique , ou conique allongé , souvent terminé en pointe dans les femelles ; Organes sexuels des mâles souvent saiïlans. Pieds robustes, allongés, velus ou épineux ; tarses ordinairement munis de deux ongles , de deux pelottes et d’une petite pointe intermédiaire. Balanciers découverts. Ailes couchées , horizontales ; une cellule médiastine ; point de stigmatique ; une marginale ; deux sous-marginales ; trois discoïdales ; cinq postérieures; une anale. ( Pi. i — 6.)
Les Asiliques semblent au premier abord n’avoir rien qui les distingue bien nettement de beaucoup d’autres insectes diptères. On croirait qu’ils ne forment qu’une de ces
familles artificielles, produit de l’art d’im ingénieux méthodiste , mais désavouées par la nature. Par la forme générale du corps , ils diffèrent peu des Leptïdes et des Xylotomes ; ils ont la trompe effilée , les antennes des Bombyliers et des Empidies ; les ailes réticulées comme celles des Rhagionides et des Tabaniens. Cependant , en les considérant avec quelqu’attention , on découvre un grand nombre de caractères qui leur sont propres , et l’on reste convaincu qu’ils forment une des familles les plus naturelles de leur ordre. La tête , qui est très-déprimée , a le vertex enfoncé , mais muni d’une élévation au haut de laquelle les trois yeux lisses se trouvent au niveau des yeux à facettes. Une autre saillie au bas du front porte une espèce de moustache en demi-cercle de poils longs , roides , dirigés en avant et courbés en bas , qui protègent la bouche* Celle-ci est caractérisée par une trompe dénuée de lèvres terminales, par une lèvre supérieure fort Courte , obtuse ou tronquée , et par une langue garnie dans sa partie postérieure de petites pointes tournées en dedans. Enfin les pieds se distinguent par les poils et les épines dont ils sont plus ou moins couverts , et les tarses , par une petite pointe située entre les ongles.
Quoique la famille des Asiliques soit fort nombreuse , l’organisation de ces insectes est peu diversifiée , et ils ne forment que cinq genres établis par M. Latreille , et dont les caractères n’offrent pas même beaucoup d’importance. Les différences que présentent les parties de la bouche , consistent principalement dans la forme tantôt obtuse , tantôt tronquée de la lèvre supérieure. Les palpes , ordinairement de deux articles , semblent n’en avoir qu’un dans le genre Leptogastre. Les antennes , toujours l’organe le plus riche en modifications , varient particulièrement quant au style qui les termine. Ce singulier
appendice , dont la destination paraît être de suppléer à la brièveté des antennes dans les insectes où il est le plus simple , comme dans les Diptères triarticulés et les Cicadaires , prend souvent dans les Asiliques l’apparence d’un article terminal , et semble devenir une première transition vers les Diptères dont les antennes ont un plus grand nombre d’articles. Il a encore la forme d’une soie allongée, dans le genre Asile ; il est conique dans les Dasypogons ; cylindrique et velu dans les Leptogastres ; court et obtus dans les Dioptries ; il manque entièrement dans les Laphries. Les pieds des Asiliques sont modifiés en ce que les tarses sont dénués de pelottes dans les leptogastres , et que les jambes sont arquées dans les laphries. Les nervures des ailes enfin ont tantôt la quatrième cellule du bord postérieur ouverte , et tantôt fermée et plus ou moins pétiolée. En considérant les différens degrés d’organisation des Diptères , on reconnaît que dans la progression ascendante, les Asiliques offrent les premiers cinq cellules du bord postérieur par la subdivision de la quatrième , et ce nombre se soutient , excepté dans les Bombyliers , jusqu’aux Tipulaires qui forment une nouvelle série parcourant les mêmes degrés.
Les modifications spécifiques , très-nombreuses en les comparant aux génériques , sont en même temps trèslégères. Il n’a fallu rien moins que le génie éminemment germanique de M. Meigen , secondé par les Wiedemann , les Megerle , les Hoffmansegg , les Baumhauer , pour reconnaître en Europe plus de cent soixante espèces qui offrent tant d’uniformité dans la conformation , et dont les différences ne consistent très-souvent que dans la disposition de bandes ordinairement peu distinctes sur le thorax et l’abdomen , et dans les couleurs du front et des pieds.
Les Asiliques vivent de la chasse qu’ils font aux autres insectes , et il n’y a pas de familles de Diptères où l’appétit carnassier soit aussi général. Iis s’élancent sur leur proie en volant avec rapidité 7 et ils la saisissent avec leurs pieds antérieurs , comme les Empidies. Ils peuvënt encore la retenir , lorsqu’ils ont enfoncé leur trompe dans le corps de leur victime , par l’effet des pointes tournées en dedans dont leur langue est armée. Les grandes espèces ont un autre moyen de subsistance : ils se jettent, comme les taons, sur les bestiaux , les tourmentent , et se repaissent de sang , ce qui leur a valu l’honneur d’être nommés par Virgile (i).
Nous devons à Degeer la seule découverte qui ait été faite sur le premier état des Asiliques. Elle ne concerne qu’une seule espèce, l’Asile cendré de ce célèbre observateur , Asilus forcipatus de M. Meigen. La Larve vit dans la terre; elle est sans pieds, à tête cornée, allongée, cylindrique, légèrement déprimée, glabre; la tête, un peu velue , est armée de deux crochets. Les premier et pénultième segmens du corps offrent chacun deux stigmates dont les postérieurs sont tubuleux. M. Duméril dit qu’elle se nourrit d’insectes comme dans l’état adulte. La Nymphe , qui ne change pas d’habitation , quitte entièrement l’enveloppe de larve, sans se construire de coque. Elle est glabre, cylindrique dans sa partie antérieure , conique postérieurement. La tête est munie en avant d’une pointe bifide , et de chaque côté en-dessous , d’une pointe trifide. Le thorax porte de chaque côté , vers la tête , un tubercule qui paraît terminé par un
(i) Est lueos silari circa illicibusque virentem Plurimus Alburnum volitans, cui noraen asilo Romanum est, œstron Graii vertêre vocantes. ( Georg . )
stigmate. L’abdomen a le bord des segmens muni de spinules, et l’extrémité est armée de quatre pointes.
Les Asiliques sous ces deux formes diffèrent peu des autres Diptères qui se développent dans la terre , excepté des Syrphîes et des Muscides dont les larves ont la tête membraneuse , et les Nymphes le corps enfermé dans une coque. La dernière transformation s’opère à la surface de la terre où la Nymphe parvient par les contractions de son corps, et au moyen des pointes dont il est pourvu.
Cette famille de Diptères est peu considérable dans cette partie de la France , et généralement dans le nord de l’Europe. Le genre Dioctrie est le seul qui appartienne à peu près exclusivement aux pays septentrionaux. Le genre Asyle se partage entre le nord et le midi ; les autres préfèrent les climats méridionaux , et nous en voyons fort peu. Les Asiliques ne fréquentent guères qu’une partie de notre territoire. Hs sont fort rares, par exemple, dans la forêt de Nieppe et dans tous les cantons dont la terre est humide ou d’une argile compacte. Leur existence souterraine dans l’état de larves leur fait sans doute préférer un sol facile à pénétrer. Nous ne les voyons donc fréquemment que dans les bois sablonneux et secs , et dans les fortifications de nos villes de guerre. Les diverses espèces se trouvent dans les mêmes lieux.
SYNOPTIQUE DES GENRES
. . LEPTOGASTRE.
I Style des antennes court
et obtus - DIOCTRIE.
Style des antennes court
et pointu.. . . DASYPOGON.
Style des antennes long et sétacé . . . ASILE.
Antennes privées de style,
Tableai
sans pelottes.
Tarses
munis de pelottes.
LAPHRIE.
i. Pieds sans pelottes.
LEPTOGASTRE ; Leptogaster.
Leptogaster , Meigen, Gonypes , Latreifle. Dasypogon , Fabi’icius , System a antliatorum. Asilus^ Fab., entomologia systematica, Degeer, Geoffroy, Fallèn , Scheb lenberg, Schrançk.
Corps fort allongé. Tête hémisphérique , déprimée. Front étroit dans les mâles ; hypostome à élévation peu saillante ; moustache légère. Dessous et côtés de la tête presque nus. Trompe obtuse , légèrement renflée vers le milieu ; lèvre supérieure légèrement arquée et terminée en pointe mousse. Palpes en massue , garnis de quelques poils à l’extrémité , d’un seul article distinct. Antennes aux deux premiers articles courts , presque cylindriques ; le troisième ovale, allongé, pointu, comprimé. ; style allongé , velu ( au microscope ).
Abdomen long , menu. Pieds peu velus , sans pelottes ; cuisses et jambes postérieures allongées. Ailes courtes ; bord postérieur frangé ; deuxième cellule sous-marginale allongée et droite ; deuxième postérieure plus longue que la troisième ; quatrième très - ouverte à l’extrémité ; anale entr’ouverte. (PL i , fig. i. )
Les Leptogastres sont les asiliques les plus faciles à distinguer des autres par les caractères qui leur sont propres. Ils s’écartent de tous par leurs tarses sans pelottes , par leurs palpes d’un seul article distinct. La brièveté des, ailes , la deuxième cellule sous-marginale droite et allongée , et la deuxième postérieure plus longue que la troisième , sont encore des modifications qui leur appartiennent exclusivement. D’autres caractères leur sont commuas avec une partie de la famille et particulièrement avec les Dioctries. Ils ont , comme ceux-ci , l’abdomen menu et alongé , la moustache légère , les pieds peu
velus , les ailes à la quatrième cellule du bord postérieur ouverte.
M. Meigen ne décrit que trois Leptogastres , dont deux se trouvent dans ce pays. J’y joins une nouvelle espèce que j’ai observée dans les bois. Ils sont tous trois assez rares. Le nom de ces insectes rappelle la forme menue de leur abdomen.
i. Leptogastre cylindrique ; L. cylindricus , Meig.
Grisâtre. Abdomen à bande obscure. Ailes plus courtes que l’abdomen.
Gonypes cylindricus , Lat. gen. crust. et ins. , t. 4 , P- 3°i. Dasypogon tipuloides , Fab. Syst. Antl. 172 , 37.
Asibus tipuloide s, Fab. Ent. Syst. 385.
« - i3 , 1 , Fallen , Dipt. Suec.
- - cylindricus , Deg. 6 , g g , 10.
Asile à pattes fauves allongées, Geoff. 2, 474 ? l7* Schellenberg. g. de m. Tab. 3o , f. 1.
Schranck , Faun. Boic. 3 , 2556.
Long. 4—6. 1.
Trompe et yeux noirs. Front et hypostome jaunes ; moustache blanchâtre. Deuxième article des antennes roux ; les autres noirs. Thorax d’un gris roussâtre mat ; trois bandes obscures dont l’intermédiaire est divisée par une ligne. Abdomen cendré à bande dorsale noirâtre ; une ligne transversale de points enfoncés , vers la base de chaque segment ; dernier segment muni de pinces épaisses dans les mâles , tronqué obliquement dans les femelles. Pieds antérieurs et intermédiaires jaunes ; cuisses et jambes intermédiaires et jambes antérieures marquées d’une ligne longitudinale noire du côté antérieur ; tarses noirs , à l’exception de la base du premier article ; cuisses postérieures en massue , jaunes et marquées d’une bande noire longitudinale du côté intérieur , moins marquées à- l’exté-
rieur ; jambes renflées vers l’extrémité , jaunes à extrémité noire ; tarses noirs à premier article jaune. Ailes hyalines. (PL i , /%. i. )
Très-commun clans quelques prairies basses , au mois de juin.