COUSIN
ANOPUÈLE.
la trompe, îa lèvre supérieure et les palpes; maïs dans qiiel^ ques-unes, il se complique, et atteint même un développement plus complet que dans aueqn autre Diptère. De plus, les palpes, comme nous l’avons déjà dit, montrent dans toutes les Tipulaires une composition supérieure. Ils sont formés de quatre ou cinq articles au lieu de trois, et le dernier, quelquefois très- long * flexible et presque charnu, paraît alors doué d’un tact plus fin que dans tous les autres insectes.
Les modifications que présentent les organes des Tipulaires, et dans lesquelles on reconnaît une progression très-sensible du simple au composé, affectent plus ou moins toutes les parties du corps. Ainsi les antennes, toujours fqrmées d’au moins six articles, dont les derniers ne paraissent d’abord que des subdivisions du troisième (comme dans les Stratiomydes, les Xylophagites et les Tabaniens), se diversifient d’une manière très-remarquable, prennent la forme de fuseau, de lame, de peigne, de panache, de girandole, et suffiraient seules à caractériser tous les genres. Ainsi encore les nervures des ailes, indifférentes en apparence sous le rapport physiologique, mais si importantes sous celui de la classification, sont à peine au nombre de deux dans quelques-unes, et arrivent progressivement au plus grand développement dont elles sont susceptibles dans les Diptères. Elles se distinguent de celles de l’autre série par la longueur des cellules discoïdales antérieures qui atteignent au moins les deux tiers de la longueur des ailes. En outre, il y a ordinairement moins de nervures transversales. Les modifications qu’elles présentent fournissent des caractères secondaires encore plus nombreux que les antennes, et elles se rapportent admirablement à celles des autres organes; de sorte que tel linéament tracé sur l’aile de ces petits êtres, est invariablement lie à toute l’économie animale (i); et, comme ces
(i) Ce sont ces considérations ijui nous oui déterminés à dessmeî
modifications sont plus faciles à reconnaître quie celtes dé plusieurs autres parties de l’organisation, elles nous ert révèlent souvent d’autres avant que nos moyens d’observation nous permettent de les constater * à peu près de la même manière que nos înstrumens qui ont rapport à l’almosplière nous en font connaître les variations avant que nos sens en soient frappés. Telle est l’unité* jointe à la variété infinie, qui règne dans les derniers rangs comme sur les sommités de la création; et si nous considérons en même temps tous les rapports de convenance entre les organes et les besoins des êtres animés , tous les moyens de conservation qui leur ont été prodigués avec tant de sollicitude, nous verrons que les plus humbles créatures nous révèlent la sagesse et la bonté du Créateur, comme les eieux publient sa gloire-,
Les habitudes des Tipuîaires sont aussi diversifiées que leufr conformation. Elles varient encore suivant leur mode d’existence dans l’état de larves* Aussi les voyons -nous partout et de mille manières; les diverses tribus vivent au sein des fleurs* sur le feuillage, sur le tronc des arbres, sur les murs qu’elles tapissent quelquefois de leur multitude. Les unes fréquentent les bois, d’autres le voisinage des eaux, les champs, les jardins. Nous en voyons des milliers voleter à l’aide de leurs longues jambes dans les prairies. Nous aimons à suivre des yeux dans les airs ces essaims innombrables, ces nuées vivantes qui * s’élevant et s’inclinant alternativement aux derniers rayons du soleil, semblent célébrer le soir d’un beau jour par leurs danses aeriennes, comme le rossignol par ses chants* et les fleurs par leurs parfums. Les Tipuîaires dont la bouche est peu développée, trouvent leur sub :stance
d’après nature et à graver les figures jointes à cet opuscule* Ces caractères sont d’ailleurs moins connus que ceux tires des autres Organes*
«ur les tégélaux, en puisant des sucs dans les nectaires des fleurs. Cependant il paraît qu’un grand nombre d’entr’elies , et particulièrement les mâles, prennent très-peu de nourriture, et nous avons observé que ceux-ci vivaient moins long-temps que les femelles. Les genres dont la bouche est plus fortement organisée , se nourrissent du sang des homme» et des animaux. Le Cousin, cet implacable ennemi de notre repos, nous montre avec assez de véhémence son goût pour notre fluide nourricier. Il nous apprend assez avec quelle facilité il sait en trouver les vaisseaux et y plonger sa trompe empoisonnée. En pensant à la guerre cruelle que nous fait cet insecte , et qui nous force souvent , pour le fuir, à renoncer à l’ombrage des bois, à la fraîcheur des eaux, on se demande avec une espèce d’anxiété ce qui serait arrivé si tous les innombrables essaims deTipulaires eussent été pourvus d’une arme aussi redoutable, animés d’une soif aussi ardente pour notre sang? Heureusement cette trompe est émoussée dans le très-grand nombre, et devient l’instrument le plus innocent.
Le premier âge des Tipulaires offre plus d’intérêt encore que l’état adulte. Les œufs, déposés quelquefois avec des précautions très-ingénieuses, tantôt dan9 la terre, tantôt sur les eaux, sur les fleurs, sur les plantes cryptogames, donnent naissance à des larves dont le seul caractère invariable est d’avoir la tête écailleuse et de forme constante. Elles varient singulièrement de conformation et d’instinct. La bouche est armée, dans les unes, de deux espèces de dents dirigées de haut en bas ; dans d’autres , de deux mandibules ou mâchoires ciliées. Plusieurs portent des antennes; quelquefois deux tentacules sont placés près de la bouche y sous la poitrine, et paraissent servir de pieds. Dans celles qui éclosent et vivent dans les eaux, on observe aussi de semblables tentacules à l’exlrémité du corps, et quelquefois des nageoires aplaties. Celles-ci ont en outre un organe respiratoire qui sa
produit au dehors S5us la forme d’un ou plusieurs tubes plus eu moins allongés. Ces Larves aquatiques sont encore remarquables par une grande agilité ^ tandis que les autres se meuvent fort peu. Un assez, grand nombre vivent en société dans les champignons i et savent se construire des demeures soyeuses. D'autres , nées sur des plantes, déterminent la surabondance de la sève à former des excroissances, et elles y vivent dans la plus profonde solitude.
Les Nymphes ne présentent guèrës moins dè diversité que les Larves. A l’exception d’un petit nombre qui sont revêtues d’une enveloppe* les autres sont nues et laissent à découvert la plupart des organes ébauchés de Finsecte parfait. Elles en ont cependant qui sont propres à leur état de Nymphes : Ceux de la respiration sont les plus remarquables; ils consistent le plus souvent en deux tubes en forme de cornets posés au bord antérieur du dos, et qui communiquent aux trachées du thorax; quelquefois en des houppes filamenteuses* dont les unes sont situées sur le dos et les autres à l’extrémité du corps; quelquefois encore en un long tube analogue à celui qui sert à la respiration de quelques Syrphies. Les Nymphes qui habitent les eaux se singularisent aussi, pour la plupart, en conservant les organes et la faculté du mouvement à peu près tels que les possédaient les Larves;
Les Tipulaires présentent donc dans les deux étals qui précèdent l’état adulte, une organisation généralement moins simple, au moins extérieurement, quecelles des autres Diptères.
C’est d’après des considérations tirées de ces deux états que M. Latreiile les a divisées en plusieurs sections dont les dénominations dérivent le plus souvent du genre de vie des Larves,; Telles sont les Tipulaires fungicoles* les terricoles, les aquatiques. Ainsi ces dernières* se développant dans les eaux avec des organes qui les distinguent des autres Tipulaires^ Ont, dans l’état adulte et sous une forme entièrement différente
de îa première, des caractères également distinctifs > tels quê les antennes en panache dans les mâles. Ces divisions né sont donc pas le produit arbitraire de l’art du méthodiste > mais l’expression nécessaire des principales modifications qui affectent l’organisation de ces insectes.
Peu de parties de l’entomologie ont pris de nos jours un plus grand essor que les Tipulaires, grâces aux travaux de M. Meigen. Ces insectes, dont Linnée ne connaissait qui! cinquante espèces, et Fabricïus cent soixante, y compris trente-quatre exotiques, en offrent maintenant plus de cinq cents observées en Europe seulement, et encore l’Allemagne * est-elle la seule contrée dont quelques cantons aient été explorés avec soin» L’ouvrage allemand de M. Meigen, sur les Diptères d’Europe , dont le premier volume contient les Tipulaires, est un monument remarquable du génie observateur de l’auteur, et un modèle d’exactitude et de méthode, li a non-seuicment fait connaître, par des descriptions d’une vérité parfaite, un nombre immense d’espèces nouvelles, il a encore, par la science de la classification, répandu sur cette multitude de petits êtres un ordre admirable, sans lequel ils n’eussent offert qu’un chaos effrayant» Fondateur de plus de trente genres nouveaux, presque tous naturels et établis sur des caractères tirés des diverses parties de l’organisalion, il a découvert dans les deux genres Cousin et Tipute de Linnée, une tribu innombrable et extrêmement diversifiée, à chaque membre de laquelle il a assigné la place qu’il occupe dans l’ordre naturel.
Les Tipulaires du nord de la France, que nous entreprenons de décrire après les avoir long- temps observées, offrent un champ assez vaste à nos explorations; quoiqu’elles soient moins nombreuses que celles de plusieurs parties dû l’Allemagne, les plaines humides de la Flandre, les rivières tranquilles qui l’arrosent, la riche végétation dont elle est
couverte favorisent le développement de ces insectes, et le nombre des espèces est considérable. D’autres appartiennent au haut Artois, dont le sol montueux, les ruisseaux rapides, les vallées d’une fraîcheur délicieuse présentent un aspect si différent. Les grandes forêts du Hainaut et du Boulonnais en recèlent d’autres encore dont nous n’avons sans doute observé que le plus petit nombre, ayant peu visité ces deux parties de la France septentrionale. Comment d’ailleurs pourrait-on se flatter, même après les plus longues recherches, d’épuiser une mine aussi féconde? la nature ne semble-t-elle pas infini® $omme son auteur?
TITULAIRES musciformes; T. mixsmform.es y Meig. — T. flo -
raies, Lat. gen.
Corps peu allongé. Tête jointe au thorax, ordinairement sans cou distinct, un peu plus basse que le thorax, subglobuleuse et presque entièrement occupée par les yeux dans les males, ovale et déprimée dans les femelles. Trompe ordinairement assez courte et épaisse. Palpes ordinairement courbés. Antennes courtes, épaisses, plus ou moins perfoliées , renflées ou fusiformes, ou cylindriques, insérées devant les yeux et composées de neuf à douze articles lenticulaires. Yeux brièvement ovales, ordinairement entiers. Trois yeux lisses, quelquefois nuis.
Pieds peu allongés; cuisses antérieures souvent plus grandes que les autres. Ailes couchées ; nervures costales seules colorées ; une cellule marginale; point de sous-marginale ; au moins une discoïdule ; ordinairement quatre postérieures. (PI. i, fig. i—5).
Les Tipulaires musciformes, en offrant les caractères essentiels de leur famille, n’en ont cependant pas la physionomie ; elles se rapprochent des autres Diptères par l’épaisseur du corps et la brièveté des pieds , et elles forment ainsi une transition entre les deux séries. On les distingue encore des autres Tipulaires par la figure ovale et déprimée de la tête dans les femelles , par la forme , et surtout par l’insertion des antennes et par le système des nervures des ailes.
Diverses modifications varient l’organisation de ces insectes. Les principales consistent dans le nombre des articles des antennes, la forme des yeux, les différentes combinaisons des nervures des ailes , et la conformation très-diversifiée des pieds.
Ces Tipulaires ont toutes le vol fort pesant, et la plupart ne font aucun mouvement quand nous voulons les saisir. Le plus grand nombre vit sur les plantes. Quelques-unes habitent l’écorce des arbres et les murs humides.
SCATHOPSE; Scathopse.
Scathopse ; Geoffroy, Olivier, Latreille, Fabricius, Meigen, Lamarck. — Ceria, Scopoli. — Tipala, Linnée, Deg., Villiers.
Trompe cylindrique ; base et tige courtes et perpendiculaires ; lobes terminaux dirigés en avant et allongés. Palpes trèscourts, droits, d’un seul article distinct. Antennes avancées, cylindriques, composées de onze articles. Yeux réniformes. Trois yeux lisses.
Thorax ovale. Écusson petit. Abdomen déprimé, un peu élargi postérieurement. Jambes sans épines; tarses à pelotes très-petites, peu distinctes. Ailes grandes, hyalines, couchées; cellule médiastine, distincte; marginale très-grande, appendiculée ; une seule discoïdale petite; trois postérieures; la première moins grande que les autres et pétiolée; les deux autres longues, étroites; axillaire sinueuse. Anale et fausse nulles. (Les cellules marginales et discoïdale seules facilement distinctes). (PI. i, fig. 1).
Les insectes de ce genre présentent une singularité remarquable : ils appartiennent évidemment aux Tipulaires musciformespar les plus grands rapports de conformation, et cependant 51 leur manque un des caractères les plus essentiels de la famille entière. Le seul article fort court dont les palpes paraissent formés, établit à la fois une différence importante entre les Scalhopses et tous les autres Tipulaires ? et une ressemblance (au moins sous le rapport de la brièveté de cet organe), avec les autres Diptères; de sorte que la place naturelle de ces insectes est à la tête de leur famille, immédiatement après les Tabaniens.
Les Scathopses doivent leur nom aux immondices au milieu desquelles ils se développent. Leurs larves ne présentent aucun organe propre au mouvement; les nymphes sont nues et
immobiles. L’insecte parfait, fortcommun sur les trônes d’arbres et les murs humides, fréquente aussi les fleurs, particulièrement les synanthérées, et il se nourrit du suc des nectaires. 3. Scathopse noté; S. notât a, Meig.
D’un noir luisant. Côtés du thorax tachés de blanc.
Scathopse nigra, Geoff., t. 2,545. î, Lam. An. Sans vertèbres. Hirtea albipennis, Meig., Klassif. , Fab., ent. syst. Suppl. Scathopse latrinarum, Meig., Klassif.
Scathopse albipennis, Fab., syst. antb Tlpula notata, Linn., Faun. suer.
Tiputa scathopse , Gmel.
Tiputa ( latrinarum ) nigra , etc., Deg.
Tiputa albipennis , Fab., ent. syst.
Schranck. Faun. boir. 3. 2343.
— — Aust. 88t.
Ceria decem nodia, Scop.
Long, i fl.
D’un noir luisant. Thorax marqué sur les côtés, d’une tache en avant, d’une autre en demi -lune à la base des ailes, d’une troisième semblable à l’insertion de l’abdomen. Balanciers noirs. (PL i , fig. i).
Fort commun sur les murs humides et sur les fleurs, a. Scathopse majeur; S. major . Nob.
Côtés du thorax argentés.
Long. 2 h
D’un noir velouté. Yeux d’un brun chatoyant. Côtés du thorax argentés antérieurement. Partie des jambes et des tarses blanchâtre.
Les ailes diffèrent de celles de l’espèce précédente, en ce que la nervure qui ferme extérieurement la cellule discoïdule est droite, au lieu d’être courbe, et que celle qui ferme la marginale est anguleuse du côté intérieur. Rare.