COMITÉ DE CORRESPONDANCE
G. Batchelor, Chs. H. Lamontagne,
O. Peltier, S. Gauthier,
J. Papin, L. Piché,
M. Thibault.
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brigands. Du moment que les chefs de familles et leurs serviteurs étaient là, on croyait la famille en sureté. On oubliait que la société, qui est l’ensemble, la réunion des familles, était abandonnée au profit de chaque famille, et que par ce moyen la société et chaqne famille se trouvaient volontairement livrés à la proie des brigands. Chaque famille, ainsi privée de la protection de la société, était trop faible pour résister à une troupe de quinze à vingt brigands, qui profitèrent pendant quelque tems de cette erreur vulgaire.
Quand enfin les meurtres et les vols furent parvenus à un point où chacun tremblait pour sa vie et pour ses biens, on comprit qu’il fallait se protéger mutuellement, c’est-à-dire qu’il fallait secourir la société, et que la société protégeant ensuite la famille, c’était servir efficacemerit sa famille que servir la société. Alors les chefs de famille abandonnèrent leurs maisons, firent la chasse aux brigands dans tous les coins de la ville, et parvinrent à réta- Di OR dans la société et ja paix dans Jeur famille.
C’est là, il est vrai, un cas extrême ; mais si l’on entrait dans l’intimité des actes plus ordinaires, on y découvrirait aussi l’occasion d’appliquer la même doctrine au profit commun de la société et de la famille.
Cette doctrine n’est pas une découverte moderne, mais son application usuelle n’a peut-être jamais reçu une consécration publique avant l’existence des sociétés démocratiques de l’Amérique. L’?apologue imaginé par Ménénius Agrippa, pour concilier la commune qui s’était séparée du sénat, n’est rien autre chose que cette même maxime. Dans
cette fable, ce sont les membres qui, s’étant lassés | de travailler à ce qu’ils croyaient étre le profit ex- «lusif de l’estomac, commencent chacun par refu- 8 +
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Chaque membre en souffrit, les forces se perdirent; Par ce moyen les mutins virent
Que celui qu’ils croyaient oisif et paresseux,
A L'intérêt commun contribuait plus qu’eux.
Je sens le besoin de terminer ;—et en le faisant, je ne crains pas d’exprimer l’opinion, qu’il n’existe peut-être pas d’idée, aussi féconde en grands résultats, que celle de la solidarité des intérêts de la famille avec ceux de la société, en même tems que l’espoir de voir cette idée bientôt répandue et devenue le mobile des actions des hommes de ce pays. Quand je vois cette doctrine amener ailleurs la généralité des hommes à travailler ardemment à Ja diffusion de l’éducation et des lumières, au progrès des arts, au perfectionnement de la condition de tous les membres de la société, et avec cela à l’établissement d’institutions politiques presque idéales, tant elles touchent à la perfection ;—quand je vois tout cela, dis-je, je ne puis m’empêcher d’appeler l’attention de mes compatriotes sur l’étude de cette mat'ère, et d’applaudir au patriotisme et à Ja générosité du citoyen qui m’en a fourni l’occasion. .
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Ce SUJET : UN MoT SUR LE COMMERCE—BESOIN D’Éresque DUCATION COMMERCIALE—MOYENS DE SE LA
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empêcher NADIEN.
de étude Tout ce qui a trait à l’éducation ; tout ce qui tou-
isme et à che de près ou de loin à l'instruction publique;
tout ce qui peut stimuler les esprits, développer les facultés intellectuelles, agrandir les idées et favoriser le mouvement progressiste de notre époque, doit trouver faveur auprès d’un public intelligent et éclairé.
Tout ce qui peut trouver faveur auprès d’un public intelligent et éclairé, doit voir le jour.
Voilà en peu de mots, mesdames et messieurs, les principales raisons qui n’ont engagé à me présenter devant vous ce soir pour vous entretenir de plusieurs sujets d’une haute importance pour notre population,
ni l’occa-
En effet, dire un mot du commerce, faire sentir le besoin que nous avons d’une éducation commerciale, indiquer quelques uns des moyens de se la procurer et vous soumettre le projet d’ériger un édifice public à l’usage de l’Institut-Canadien, ne sont-ce pas là des choses tout à fait importantes pour nous, pour nos familles, pour la société entière et conséquemment pour notre patrie !
Pour remplir le cadre que je me suis tracé, je sens que j’aurai plus d’une fois besoin de votre indulgence, et j’ôse me flatter qu’en considération des sujets que je viens aborder, vous me l’accorderez toute entière.
Le cornmerce a de tout temps exercé une immense influence sur la civilisation des peuples ; et sou importance, loin de diminuer, augmente tous les jours, car il est encore le régulateur du progrès matériel, l’avant-garde de la civilisation; et les marchandises dont il dispose ne nous représentent-elles pas la branche d’olivier qu’il offre au monde civilisé pour l’engager à la paix universelle ?
Je n’entreprendrai pas de vous faire l’histoire de l’origine et du développement du commerce, car il faudrait remonter bien haut, même audelà du temps où Joseph fut vendu par ses frères à des marchands Arabes qui allaient en Egypte vendre des épices, du baume et de la myrrhe qu’ils échangaient pour du froment. L’histoire nous apprend que l’Egypte était alors le grenier des peuples qui l’environnaient et que ce sont des Arabes qui les premiers portérent le nom de marchands.
Faire l’histoire du commerce, ce serait vous parler des anciennes villes de Tyr, de Carthage et d’Athènes qui dûrent presqu’entièrement leur grandeur au commerce ; il faudrait vous parler de l’Empue Romain et de ses travaux incessants pour étendre et multiplier ses opérations commerciales:
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vous peindre ses luttes avec les barbares du nord qui forcèrent le commerce Romain à adopter de grandes mesures pour se protéger contre les vols et les brigandages qui, dans ces circonstances, s’exerçalent à mains armées.
C’est en conséquence de cet état de choses que des marchands Romains, pour mieux protéger leurs marchandises, érigèrent une ville commerciale sur une Île, afin qu’étant entourée d’eau, elle fût plus en état de se défendre contre les invasions des hommes du nord. Vénise, cette merveille du monde, que vous avez vue, mesdames, représentée sur des gravures de divers genres, bien souvent sur vos feuilles fde musique; Vénise, bâtie en partie sur l’eau et dans un grand nombre des rues de laquelle on ne peut sortir sans mettre le pied dans une gondole, doit sa position exceptionnelle aux besoins pressants de l’époque et à l’ingénuité dont le commerce a de tout temps fait preuve. Cette ville repose maintenant sur plusieurs petites îles que les travaux de ses habitans ont réunies ensemble.
Vénise n’a pas seulement sa position exceptionnelle pour lui mériter dans tous les temps, une mention honorable dans les annales du commerce ; c’est à elle que nous devons l’établissement de la première Banque publique et l’admirable système de la tenue des livres en parties doubles, ainsi que origine de plusieurs autres institutions commerciales.
Partant de l’Arabie, de la Phénicie, de l'Egypte, de la Grèce et de l’Empire Romain, il faudrait passer en Espagne, en Hollande, en Allemagne, en France et en Angleterre pour vous initier au progrès de l’industrie agricole et manufacturière, ainsi qu’au développement extraordinaire du commerce dans ces deux derniers pays particulièrement. Ce voyage serait trop long pour le temps que nous avons à notre disposition ce soir,
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Plus que cela, il faudrait traverser l’Atlantique, suivre pas à pas l’établissement, l’adolescence des colonies Espagnoles, Anglaises et Françaises, puis la fondation de la République Américaine, sa croissance rapide en richesses de toutes sortes et attribuer au commerce, dont la mission est toute de paix et de bien-être, en grande partie, la conquête des peuplades sauvages, qui n’avaient aucune idée de la civilisation; il faudrait attribuer à l’esprit du commerce cette dévorante avidité d’acquérir le bien-être individuel tout en contribuant au bien-être général de la nation; cette vigoureuse énergie et cet indomptable esprit d’entreprise qui ont accompli de si grandes choses et que possèdent à un si haut dégré nos voisins des Etats-Unis.
Un jour quelqu’un parlait de la fertilité du sol, et de la rapidité avec laquelle les Américains avaient fondé les Etats de l’Ouest, que l’on a, avec assez de raison, nommés la Terre Promise, et s’extasiait sur Pactivité et l’esprit d’entreprise des Américains, disant qu’il ne savait ce que feraient les Américains, une fois qu’ils auraient établi les Etats de l’Ouest.
La réponse que lui fit un journaliste Américain, avec tont le flezme et le sang-froid qui leur sont particuliers, est toute caractéristique et je tiens à la consigner ici. ‘Quand bien même, dit-il, Jonathan saurait que le Paradis se trouve dans les Etats de l’Ouest, cela ne satisferait pas encore sa soif d’agrandir ses opérations industrielles et commerciales, et s’il entendait parler d’un endroit plus éloigné, 1l passerait outre le Paradis pour s’y rendre et exercer son activité et son esprit d’entreprise en fondant de nouveaux établissements industriels et commerciaux.?? |
C’est la peinture la plus fidèle que j’aie encore vue du génie aventureux et entreprenant des Améri-
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cains. Le commerce a créé des industries pour servir de débouchés aux produits bruts de la nation et il trouve tous les jours de nouveaux débouchés pour les produits mêmes de ces industries. Le commerce seul, pour ainsi dire, mais le commerce intelligent, étudié, bien compris, instruit par des bibliothèques et des réunions purement commerciales, éclairé surtout par une presse dont la puissance est presque sans limites, avec l’appui d’institutions politiques libres, a plus fait pour former le caractère extraordinaire du peuple Américain que toutes les autres institutions humaines.
Si, sans sortir du Canada, nous voulions nous rendre compte de ce que peut faire le commerce, nous pourrions constater ce qu’il a fait pour notre Jeune pays et dans ce cas, nous aurions une longue kyrieile de luttes, de revers et de succès, couronnés d’améliorations considérables et qui font honneur à notre commerce. Pour nous en former une idée exacte, il faudrait nous reporter au temps où Jacques Cartier débarquait à Québec, lorsqu’au moyen de pièces d’étoffes aux couleurs vivaces, rouges dit-on, il essayait ainsi que ses compagnons de voyage de captiver les bonnes grâces des indigènes des bords du majestueux St.-Laurent, et repasser en nous-mêmes toutes les phases de notre histoire commerciale.
La hache du bucheron a fait bien des ravages aux environs de Stadaconé, sur les rives de notre fleuve, les bords de nos grands lacs et même jusque dans l’intérieur des terres ; la charrue du laboureur a tracé bien des sillons dans nos fertiles campagnes et Québec a bien vu des pièces d’étoffe depuis cette époque.
Mais rapprochons nous encore davantage, remontez le fleuve avec Jacques Cartier, jusqu’à Hochelaga, débarquez de votre canot, au pied du
courant, après un long et pénible voyage, puis faites une exploration à pied, à travers la forêt jusqu’au lac St.-Louis en face de Lachine. Supposez qu’il s’est écoulé 300 ans depuis votre première visite, faites le même trajet aujourd’hui ; embarquez vous sur un de ces somptueux bateaux à vapeur qui voyagent entre Québec et Montréal. Après quelques heures de marche, vous débarquerez sur les plus élégants quais du monde, qui couvrent la boueuse grève d’autrefois, en face du Mont-Royal, pas plus fatigué et ayant joui d’autant de comfort que si vous fussiez restés à votre logis. L’omnibus vous attend, il vous conduira à travers nos belles rues, au débarcadère du chemin de fer, rue Bonaventure, et en quinze minutes vous serez transportés, par une route ferrée de sept milles, au dessus du Sault St.-Louis, au village de Lachine.
Eh bien! yena-t-il un parmi vous qui pourrait reconnaître les lieux ? si ce n’est le Sault St.-Louis, dont le gouffre n’a pas changé de forme et où l’eau semble suivre éternellement le même cours.
Se serait-on imaginé que, sur le coteau couvert de l’épaisse forêt qui hordait la jolie petite rivière, il s’opérerait tant et de si grandes choses. Hélas! la petite rivière a disparu pour faire place à la rue Craig ; la forêt du petit coteau a été décimée jusque dans sa racine pour faire place à une de nos plus belles rues, la grande rue St.-Jacques, ses six banques et ses autres établissements de commerce ?
Se serait-on imaginé qu’une invention toute récente, et qui a déjà produit de si merveilleux effets, viendrait relier la maison dans laquelle nous sommes réunis ce soir, avec toutes les parties de l’Amérique dn nord et bientôt avec toutes les parties du monde civilisé ?
J’allais dire que cette maison est attachée par un fil dont le bout est à Halifax, mais ce serait commettre une erreur.
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J’ai souvent vu des personnes s’amuser avec des enfants, les intriguer en leur fesant chercher le bout d’une ficelle attachée en forme de cercle, c’est-àdire d’une ficelle qui n’avait point de bouts.
Vouloir indiquer, en Amérique, les bouts du fil télégraphique, ce serait nous soumettre au jeu des enfants, car si le fil électrique entre par une fenêtre du bureau pour déposer les dépêches, il en sort par une autre, bien souvent par la même, pour les transporter avec la rapidité de l’éclair, à une ville plus éloignée et ainsi de suite. Aujourd’hui, le fil télégraphique c’est la ficelle sans bouts.
J’entends quelqu'un me dire que l’on trouverait peut-être un des bouts du fil, à Bytown, près des forêts du nord ouest, mais je ne conseille à personne d’aller à sa découverte, car il se pourrait qu’avant d'arriver, le fil eut été prolongé vers le sud, jusqu’à l’ancien poste de Quataracoui, et dans ce cas, le bout irait se perdre avec tous les. autres dans l’immense réseau de voies télégraphiques de l’Union Américaine ; ce serait un fort mauvais tour.
Mais revenons à notre sujet: Quels changements! Quelles prodigieuses transformations ponr le Canada? On se demande si c’est un songe, un rêve que l’on vient de faire quand on repasse dans son esprit l’histoire de notre pays.
Rivières, canots, pêches, forêts, chasses, défrichements, batailles, rudes travaux, bateaux à voiles, long transport, campagnes, magasins, villages, villes, moulins à farine et à scies, manufactures, banques, bateaux à vapeur, chemins de fer, télégraphe et je ne sais quoi encore. On serait porté à croire à la féerie et cependant qui sait ce que nous réserve la journée de demain ?
Je me demande ensuite qui a opéré la plus grande partie de ces merveilles? J'écoute, et de toutes Paris j'entends l’écho qui répète: le COMMERCE.
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