‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 207 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VI

qu'on les assemble par morceaux, qui puissent satisfaire à ceux qui les ont. Pourlant afin de s'espargner, ils induisent le peuple à ceste superstition de luy faire convenir ce qu'il devoit donner en aumosnes aux povres, à bastir des temples, faire des images, donner des calices ou reliquaires, à acheter chasubles et autres paremens. Voyià le gouffre qui consume toutes les ohlations et aumosnes quotidiennes.

i9 Touchant du revenu qu'ils reçoyvent des héritages et possessions, qu'en pourroy-je plus dire que ce que j'en ay desjà dit , et que chacun voit à l'œil ? Nous voyons de quelle conscience la plus grand'part est gouvernée par les Evesques et Abbez. Quelle folie seroit-ce de chercher là un ordre ecclésiastique?

Estoit-ce chose convenable, qu'en train de serviteurs, en pompes d'habillemens, en somptuosité de table et de maison, les Evesques et Abbez contrefeissent les Princes, veu que leur vie devoit estre un exemple et patron de- toute sobriété , tempérance, modestie et humilité? Estoit-ce chose appartenante à office de Pasteurs , de tirer à eux non-seulement villes , bourgs et chastéaux, mais les grandes contez et duchez, linalement estendre leurs pattes sur les Royaumes, veu que le commandement inviolable de

Dieu leur défend toute cupidité et avarice, et leur commande de se contenter de vivre simplement. S'ils contemnent la Parole de Dieu, que respondrontils aux anciens Décrets des Conciles , où il est ordonné qu'un Evesque ait sa petite maison auprès du temple , une table sobre , et mesnage non somptueux'? Que respondront-ils à ceste sentence du C(mcile d'Aquilée, où il est dit que la povreté est glorieuse et honorable aux Evesques chrestiens? Car ce que sainct Hiérosme commande à Népotien , asçavoir que les povres et estrangers ayeni entrée familière à sa table, et Jésus-Christ avec eux : ils le rejetteront possible comme trop rude. Mais ils auront honte de nier ce qui s'ensuyt tantost après : asçavoir que la gloire d'un Evesque est de prouvoir aux povres, et que c'est une ignominie à tous Preslres de chercher leur proufit particulier. Or ils ne peuvent recevoir cela , qu'ils ne se condamnent tous ensemble d'ignominie. Mais il n'est point de besoin de les poursuyvre yci plus aspremenl, veu que mon intention n'a esté que de déclairer comment l'ordre des Diacres est aboli entre eux, passé a jà long temps, afin qu'ils ne s'enorgueillissent plus de ce filtre pour priser leur Eglise. Or je pense bien avoir fait ce que je vûuloye quant à ce point.

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