CHAPITRE XXXyi
Seconde difficulté proposée à raison des dwer$^ degrés de fusibilité qu*ont les pctrdes compo-' san$ les granits.
% 224. Une autre difficulté qu*on élève contre Torigine ignée du graniti^ est ceUe qu*on déduit des divers degrés de fusibilité dont ses parties sont douées. Les quartz ne sont fusibles qu*à un trèsgrand degré de chaleur, et plus grand que celui de nos fourneaux; les micas se fondent, mais avec quelque difficulté; les feld-spaths sont assez fusibles. Si nous considérons ensuite les autres substances qui sont quelquefois contenues dans les granits, comme les grenats, les tourmalines, les amphiboles, la chaux fluatée, la barite sulfatée, etc., nous verrons que ces matières sont très-fusibles. Dans Téchelle de la fusibilité des corps, quelle différence entre le quartz et le fluate calcaire! Si donc les granits se sont cristallisés par le refroidissement, leurs parties auraient dû se séparer et se cristalliser à des époques différentes , correspondantes à leurs divers degrés de fusibilité, et elles ne pourraient jamais se trouver unies et adhérentes entr^elles, de manière à présenter une formation contemporaine. De plus
LIVKE m. GHAP. XXXYl. iSj
i lemble quelquefois que la substance la plu* hsible se soit cristallisée avant celle qui Tétait noins , et dont elle a été enveloppée.
§ 2a5. Avant de répondre à cette difficulté Sont je ne dtssimnle pas la force , j*observerai qu'elle est égale ^. et peut-être encore plus grande dans le système neptuoien. Imaginons toutes les terres dissoutes dans l'e^u au moyen d*un dislolvant commun; si nous admettons avec Dolomiea que ce dissolvant général se soit anéanti y^ K0U9 ne pourrons pas supposer que cet . anéantiseeroent ait été instantané : ce serait joindre ua mystère à un aujtre mystère; et dans le cas qu^oa voalât pousser rinvj^aiseml^lance jusqu^à ce point ^ les cristallisations ne se seraient jamais formées régulièrement ; mais de cet état de choses ^ il serait résulté une précipitation tout-à-fait confuse de matières dissoutes. Il fautidonc supposer qu*à Boesure que le dissolvant commun s^anéan tissait^ 1^ terres se précipitèrent, mais d* abord les moins ^lubies , et puis celles qui sont douées du plua grand degré de solubilité. On peut. en dire de "B^me si au lieu de supposer Tanéantissement dtt <Jis8qlvant commun , on voulait conjecturer que ^ dissolvant entra dans quelque combinaison* D'un autre côté, si renonçant à Tidée de la dis^ solution , notOB tx)ncevons les terres mêlées et suspendues datis un flnide, il est évident qu'elles auraient dd se précipiter suivant la lof de leur
gravité spécifique combinée avec le mouvement de rotation de la terre : mais alors eUes n*auraîeat pu s^unir en forodant en même temps divers com* posés ^ et ces composés doués aussi d^une diff^ rente gravité spécifique^ n^auraient pu s*anîr^ ni par conséquent former une masse commune.
§ 226. Faisons maintenant le parallèle de cette hypothèse avec celle de la fluidité ignée. Les terres mêlées ensemble sont fusibles^ et le calorique interposé entre tous les élémens de la matière I) devait leur communiquer )a fluidité ou la liqtiéfaction ignée. Voilà la première difficulté^ et la difficulté qui n^est pas la moins embarrassante , écartée sans retour , je veux dire celle de pouvoir imaginer un dissolvant général et commun. Les terres se sont solidifiées à mesure que le globe s'est refroidi , et ce refroidissement s'est opéré pendant que le calorique se combinait avec les principes solides des fluide» élastiques. C'est ainsi qu'on évite la seconde difficulté, c'est-àdire, celle de donner une issue au dissolvant commun, puisqu^on ne peut pas admettre son anéantissement. Reste la seule difficulté d'expliquer comment la consolidation des terres et de leurs composés, quoique diversement fusibles, a pu s'opérer en même temps, et pourquoi elle n'a l^as correspondu à leur degré de fusibilité ?
§ ^^7. Mais sommes-nous certains que quand le calorique agit sur une masse immense de
LIYKE III. CHÀP. XZZVI. SSç
^ 8an8 le concours libre de Tatmosphère et soas une pression énorme de matières superposées^ les degrés de fusibilité des si:J)stauces soient les mêmes que ceux par nous observés^ lorsque ces Bobstances sont soumises à Faction de nos fourneaux ou du chalumeau? Prenons pour exemple les roches volcaniques; elles contiennent très-souvent des feld-spaths^ des pyroxènes^ d*amphigènes; dans Téchelle de la fusibilité, les pyroxènes peuvent être comparés aux micas, et les amphigènes aux quartz. Or il est très-fréquent de trouver des amphigènes qui ont dans leur intérieur, de petits morceaux de pyroxènes, et m^e des feld-spaths ; donc le feld-spath et le pyroxène se sont consolidés avant Tamphigène ou du moins en même temps, quoique celui-ci soit beaucoup moins fusible.
§ 2a8. On dira que ces cristallisations préexistaient dans la roche sur laquelle le volcan a exercé son action, et qui fut réduite à Tétat de lave. En eiiet, on prétend que les amphigènes »e trouvent encore dans les roches non vdkaniques, et les pyroxènes ont été ainsi nommés par Haîiy, parce qu'on ies rencontre fréquemment dans les roches qui sont regardées comlne étrangères au domaine du feu. Mais quand nous nous occuperons de cet objet, nous démontrerons que les amphigènes se sont formées dans quelques laves encore fluides, ce qui suffit pour nous
36o INSTITUTIONS GÉOLOGIQUES. >
convaincre que les degrés de fusibilité ètablîi^ communément par les chimistes, ne sont poin^ applicables aux grandes masses, et qu^il y a danti la, nature plusieurs exemples de corps composëil de substances douées de divers degrés de fusi:^ bilité, et dans lesquelles les matières que noui| croyons les plus fusibles , se sont consolidées avant les moins fusibles. Voyons cependant de quelle manière on peut rendre raison de la cristal! idation simultanée des diverses parties qui composent le granit, bien que ces parties soient douées de différens degrés de fusibilité.
§ s^f^g. Les élémens des quartz , des micas , des feld-spaths , etc. , étaient mêles ensemble dans une fusion commune produite par les particule» calorifères qui étaient disséminées entr'eux. Aussi long-temps que ces particules se trouvèrent eu certaine quantité, comme, par exemple, décent, le mélange fut fluide. Une petite soustraction de calorique aurait fait cristalliser seulement les quartz, les autres deux substances restant fluides. Une nouvelle soustraction également petite aurait donné naissance aux micas , et une autre pareille soustraction des mêmes particuljes calorifères aurait provoqué la cristallisation des feld-spaths. Il suit de là , que si la soustraction de la madère calorifère avait été lente, régulière et progressive , les parties du granit se seraient peutêtre cristallisées séparément: mais concevons la