CHAPITRE XIII
Réflexions sur les principales propriétés
du calorique.
% ^9* Quoique le calorique ainm que la lumière, la matière électrique et le. fluide ma^oëtique , ne soit point pondéi^able , cette circonstance n'empêche pas que les phénomènes de la chimie, comme nous Tarons déjà observé^ né QOiiB dèmobtrent qu'il existe réellement daiui cette multitude de substances dont notre ^obe se compose; et si Ton voulait regarder cette opinion conmie une hypothèse , ce serait toujours une hypothèse qui ne répugne nullement aux principes de la physique, et qui fournit dea explications aussi simples que satisfaisantes à une foule de phénomènes de la nature. Nous croyons donc pouvoir partir de cette hypothèse , comm0 d'un point sinon invariablement déterminé, du moins assez fixe pour que nos conjectures présentent le plus haut degré de probabilité. Parmi [es propriétés que les chimistes reconnoissent dans la substance du calorique, nous en signalerons deux qui nous intéressent principalem^it à cause du rapport qu'elles ont avec l'état pritnitif de la terre, La première de ces propriétés
laa IKSTITUTIOflïS GÉOLOGIQUES.
est rincoercibOité du calorique ou son èminente élasticité. S'il n^existalt dans la nature que h seule force ct^attraction ^ 3 n*y aurait que des corps solides et compactes: mais le calorique tend sans cesse à rompre Tadhésion des molAcch les , et c*est à lui qu*est due cette variété de consistance que nous observons dans les corps. Toutes les mibstances dont FuniTors se compose, sont donc soumises d^un e6té à la loi générale de Tattraction qui fait effort pour les rapprocher, et de Fautre, à Faction d'un agent efficace qui tend à les séparer ^ à les éloigner les unes des autres , et à les placer hors de la sphère de leur activité chimique. Le degré de consistance des corps dépend donc de F énergie relative de ces deux forces; lorsque Faffinité prévaut, les corps sont dans Fétat de solidité ; et au contraire ib passent à Fétat de gaz^ si le calorique Fen^rte; en sorte ^ que Fétat de fluidité paroft être comme le point d^équilibre entre ces deux mêmes forces. § 70. Nous avons déjà dit § i& et 8, qu^abstraction faite de la pression atmosphérique^ Fétat fluide ou gazeux des corps dépend du caloriqQe, et que suivant que le calorique s*onit à un corps en quantité pins ou moins considérable, selon te degré d*affinité qu*il a avec ce corps, eehii-ci passe de Fétat de solidité à celui de fluidité soit gazeuse, soit vaporeuse. Les solides qui ont une moindre affinité avec le calorique , en requièrent
LITRE II. C&ÂP. XIH. l!l3
nne moindre doee pour devenir fluidee^ et même pour prendre la forme vaporeuse ; leur capacité étant moindre^ ils sont plutôt satm'és. Au contraire cette quantité de calorique qui sera ca* pabie de dooiler ^ par exemple , à feau la fcurme gazeuse , ne suffira point pour produire le même effet sur Foxigène avec lequel le calorique a une plus grande affinité. Il n*y a que cette force dT affinité qui soit capable de fixer le calorique dans une substance , et Faction d*un corps doué d^une plus grande affinité, peut seule forcer le calorique à se départir de cette substance. Notre atmosphère serait réduite à une masse inerte et aoKde , s'il était possible de lui enleveif le calo* rique, qui, se trouvant fixé dans les gaz dont elle se compose , donne à ces gaz la forme tias-tique permanente. Mais un pareil effet n^ pour» rait être produit que par Faction de quelque «ubstance , qui , ayant avec le calorique une affimté plus grande que celle qui existe entre Foxigène ou Fazote et le calorique, obligerait cehii*ci à ee séparer de Foxigène ou de Fazote^ et â entrer avec elle-même dans une nouvdle combinaison. Le même effet pourrait être encore occasionné par une pression extraordinaire qui donnerait à Fair une extrême densité , changerait sa capacité et le degré d* affinité qu'il a avec le calorique , dont la partie devenue surabondante se changerait en «haleur et se dissiperait, L'état
aérîforme de Tatmosphèrc est dû à la chaleur ( Voy. La Place , JSxposidon du système du monde^ édition a,% pag. 91), et la fluidité de Focéaa est due à la pression de T atmosphère et à la chaleur: celle-ci s'oppose à la congélation de l'eau , et l'autre l'empêche de prendre la forme
gazeuse.
§ 71. La seconde propriété du calorique est suivant l'état actuel de nos connoissances ^ son exdréme simplicité. De Luc ( fdées sur la météo' mlogie ^ tom. I, pi}g. 109) considère le calorique comme une Tapeur composée d'une matière pesante^ tenue en suspension par la lumière; let dans ses Êlimms de géologie^ il suppose que la matière solide du calorique était unie aux autres élémens qui formaient la masse primitive de la terre ^ sans produire dans ces . élémens ni chaleur , ni fluidité^ . parce que n'étant pas encore cpmbjUiée avec la lumière^ elle était privée des qualités caractéristiques du feu. Une semUable doctrine touchant les élémens du feu et la composition du calorique ^ n'a pour appui aucune conjecture plausible ; il y a plus , elle est sujette à une foule de graves difficultés. ' On peut voir dans. les g§ 927 et 928 des Voyages dans ks alpes par Saussure , qui était le compatriote et l'ami de De Luc^ que les idées que celui-ci avait sur la nature de feu^ n'étaient rien moins que confonnes aux phénomènes de la nature.
§ 7^. ^analogie qui se fait remarquer paraii on grand nombre de phénomènes produite soit par le calorique , soit par le fluide dectrîque y pourrait porter à croire que ces deux substances sont à peu près de la m^me nature: L'étincelle électrique enflamme le mélange du gaz oxigèhe avec le gaz hydrogène, d'où résulte la fôrmatibn de Veau; une élévation de température produit le m^me effet: Tune et Tautre facilitent également Tévaporation , accroissent la légèreté spécifique des fluides élastiques, décomposent Tarnmoniaque , favorisent la combinaison de Tazote avec Foxigèue ou la production de Tacide nitreux , et enfin provoquent Tinflammation' des liqueurs spiritueuses , le dégagement de Phydrogène de Féther, des huiles et de Falcohol, Tokidation des métaux , etc. Mais le savant auteur: de la Statique chimique observe avec juste raison ^ que de Tidentité de c^ efièts , il ne * faut pas conclure que les agens qui les ont produits^ soient de même nature; et rdbservation semble prouver qu'il existe entir'eux une diflFérence esbentîelle, puisqu'il n'est qu'un très-petit nombre 'de changemens de température que nous puissions attribuer au fluide électrique. Celui-ci est certainement une des substances les plus simples que nous connoissions dans notre planète, et les plus habiles physiciens n'ont encore pu en déterminer la pesanteur. Cependant il est généralement
tfl8 IVSTtTUTIOKS GEOLOGIQUES.
accumule peu à peu. Dans la lumière au contrain le feu est plus dense, plus actif; son agitatioa est plus impétueuse; il frappe les corps ayec plu d^ènergie, et les premiers élans de son action sont toujours suivis de quelque effet. Le feu se développe et se manifeste comme chaleur, lorsqui est lentement chassé des corps qui le contîeDnent; mais il resplendit comme la lumière, lorsqu'il sort avec rapidité des substances qui en som composées, lorsqu^étant fortement comprimé, 3 s^élance hors de leur sein , lors enfin qu^il reçoit un mouvement accéléré ( Yoy. Fourcroy^ sect II, art. 3, § ^4).
Toutes ces opinions ne sont que de simples conjectures , de pures hypothèses plus ou moins probables; et quelque perfectionnées que soient aujourd'hui les analyses chimiques^ quelque multipliés que soient . les moyens de la science expérimentale , on n'est pas encore parvenu à décomposer le calorique, en sorte que nous le pouvons considérer comme une substance simple ou du moins comme une substance jusqu'à présent indécomposée.
UYKB II. GHA^. xnr. tà9