LIVRE nu CHAP. XXXIII
tértiire pour expliquer la formation des granits selon leur système. Mon respectable ami, M/ De Faujas, voudra bien me pardonner si je le cite ici à Tappui de. mon . opinion. Qu^Homère, Virgile et Ovide aient appelé Tocéan le père de toutes choses , c^est une expression qui indique que le neptunierae était un des systèmes cosmologiques des ancienal Mais quelle idée p6urrons*nous nous former d^on fluide aqueux assez actif pour dis^ soudre d'immenses amas de rmuiéres diverses . et étendre mrmbfonément son action sur tous leurs élémens? Ce» fluide, dit M/ DeFaujas, était Teau de la mer dont Tènergie se trouvait accrue par tous les gaz que la terre renferme , par le calorique porté à un très-haut point d'activité , et par une pression atmosphérique cent fois plus forte que . celle d'aprésènt ( Voy. Essais de géo-iogie , tom. 2 , part, i ^ pag. 142 et suivante, où M/ De Faujas expose quelques vues générales sur les roches, granitiques ). Mais quel était le principe de cette pression ^atmosphérique si grande? Si Ton n^a pas recours à Thypothèse que j'ai proposée, quelle était la source de ce calorique à une époque 'où les cbrps terrestres n'étaient pas encore consolidés ? Si les roches primitives ont été les premières à se solidifier, il est bien évident qu'il n'existait avant elles aucune subis* tance ni pierreuse, ni métallique, ni bitumineuse; et qae par conséquent notre globe aurait dû être
une masse d'eau qui tenait en dissolution toute la matière terrestre et les élémens des corps fatanj § ao6. Saussure dans la description qu'il fait des granits de Sémut , en France , dit que II roche du granit sur laquelle cette T3ie a èt| bâtie ^ se divise naturellement en grandes massei terminées par des côtés plans ^ et qne ces massai sont partagées çà et là^ par des crevasses d'une certaine largeur. Il a trouvé dans ces creyaeee^ des amas de quartz ^ de feld^^palli et de xsm mêlés comme dans le granit^ mais en graios beaucoup plus gros. Ces amas étaient composés de fragmens de quartz presque transparent, d'an à deux pouces de grosseur , traversés par des feuilles de mica si grandes qu^on pouvait leu< donner le nom de talc ou verre de Mosoovie] et le tout était entremêlé de gros morceaux d4 feld-spath rouge semblable à celui do mém^ granit , et confusément cristallisé. En voyant dfl pareils amas de gros cristaux ^ on ne pouvait pas douter, dit Saussure^ qu^ils ne fussent Tooi vrage des eaux pluviales qui , en passant à traj vers le granit , en avait disisout , charrié et it\ posé les divers élémens dans ces larges crevasBd où ils s^étaient cristallisés et avaient formé à nouvelles pierres du même genre. Les cristaut de ces nouveaux granits sont plus grands ^ ceux des anciens granits^ vu le repos dont les eaui avaient joui dans Tintérieur de ces réceptacles
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§ 207. Ua granit formé raiij dôme par Tact ion de Teau ^ me semble un £edt géologique très-întèresëant ^ et la description de ce phénomène faite par un auteur aussi cfistingué que Saussure^ excita tellement ma curiosité ^ qu^étant en France ^ je voulus TÎsiter les . granits die -Sémùr. Fàvais peine à me persuader que les eaux pluviales eussent pu former ces granits à gros grains : en effet , comment imaginer que Teau en pénétrant dans^ une fente ^ y transporte les élément du gr$nk mêlés et confondus ensemble^ et qu^ensuite ces èlémens se ^pal*ent pour foniier les uns des quartz, les autres- des feld**spaths et des micas? Du transport et de la déposition de ces diverses matières , il devrait tout.au plus résulter un grès on une pierre arètiaire. Il semble que Saussure conçoit ces cavités comme remplies d*utte eau qui contenait les substances dont le gtanit est composé :ma».si ces élékiens se sont unis dans QDe cristallisation presque régulière, il faBait qu*il f eût une assez grande quantité d^eaa pour pou«- ?oir les tenir quelque pevap9 en dissolution ou BU nloina en état de suspension» Cepeâdadt eom*' raent Teau pluviale, a-t-telle pu s'arrêter et séjourner pendant un- intervalle 'dé temps assez considérable dans ces fentes d^où elle, aurait dû sortir très-^ompteraent ? En outre, la cristallisation des substances n^aurait pu occuper tout Tespace des cavités, car il est bien reconnu
33a INSTITUTIONS GÉOLOGIQUES.
qu^oa ne saurait obtenir une cristallÎBatioQ régulière qui remplisse entièrement- le vide d'an récipient, puisqa'U y doit toujours rester Tespace qui était occupé par le fluide dans lequel la cristallin sation a eu lieu.
§ 2o8. Ces difficultés me. parurent s^accrottre, lorsque j*examinai la roche granitique de Sémur. Elle présente en quelques endroits des parties dans lesquelles les composans du granit sont plus grands que de coutume, phénomène qui n^est pas rare dans cette roche. • Mais ces masses ne gisent pas to^ours dans les fentes ; elles sont souvent des parties intégrantes de la roche avec laquelle on les voit ' teUement unies , qu*elles forment un tout, sans aucun interstice, et sans qu^on y aperçoive aucune ligne de déniarcation: et certes il en serait tout autrement si les parties s^étaient cristallisées à des époques différentes (t)» Tai vu quelques-unes de ces mêmes . masses daos lea parâes les plus élevées de la roche , où les eaux pluviales ne pouvaient ni transporter, ni déposer les molécules quartzeu^es et feld-épathiqœs. Dé là, il* me parok plus vraisemblable de penser que quant] cette roche s'est consolidée en pasaiant: de l'état de fluidité à celui de solidité , quelques parties se sont unies dans une
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(l) On pourrait, suivant le langage de cnxelquet écoles modernes^ dooner à ces granits, le nom de granits de structure porphyri' tique -en graiid. Nous parlerons bientôt de cette stmcture.
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cristalfitfation fine voluiniiiéttse - par nu concoun plus considérable des élèmene ; que si ces granits à gros graine se trouvent ttès-sbuvent près des fentes ^ cela peut être attribué à la moindre force de cohésion qu'ils avoient avec le restant de la masse ^ de laquelle ils diffèrent par la gros- 6ear de levirsigraios ;•; d^où il dok r^ulter que l'action' des farcèa dé|CompoMnleai)* quelles qu^elles soient, comdîe'reatt^ la glace^ Tairi^ le solsil , etc., troave daijs ces endroits une méindre résistance ^ puisque si ro'n! obilcarre bien éea . fentes , on ne tardera pas à i-éconnpître qu;ettea sont Feffet de la dècomposîdoo.' • ■ .
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Nous nous laisserions séduire , dit-il , par une analogie drop rigoureuse , si parce qu'à Tmde de nos procédés de nçitrification, ou obtient de matièr.es hétérogènes un produit homogène^ nous pensions pouvoir conclure que de la fusion ne sau-i rait résulter un produit hétérogène dans d'autresi circonstances, et. que le feu confond insépara-j blemeot tout ce qu'il a une fois réduit à une pâte liquide, et uniforme. Comme nous aurons! bientôt occasion de discuter plus particulièrement cet objet essentiel, nous nous bornerons pour le présent à observer qiue l'origine du granit par la voie humide^ n'est pas une chose si évidente que ce soit un paradoxe géologique de soutenir le contraire , et l'on peut dire que sur ce point de théorie comme sur plusieurs autres , il s'est in* troduit un certain système d'intcdéranoe qui ne concorde ni avec l'esprit, ni avec les lumières du siède. Je n'embrasserai certainement pas cette idée de Hilttoo, que le granit fondu par les feux souterrains a rompu les roches feuilletées , et al coulé ainsi qu'une lave en s' étendant sur elles ^i et en s'insinuant dans leurs fentes: je dirai seih lement que je. ne vois point d'invraisemblance à concevoir le granit en fusion par le moyen d'une fluidité ignée, et ensuite cristallisé et consolida par le refroidissement. -
§ aïo. Dolomieu connoissait certainement k granit, et q^Qiqu'il eât embrassé le système de»