LE GOUVERNEMENT A ROME
à l'origine n'étaient que des inspecteurs, finirent par augmenter sensiblement leur autorité, et devinrent même, en certaines occasions, la partie la plus importante du gouvernement.
Le GOUVERNEMENT A Rome. — Aussi loin qu'on veuille remonter dans les annales romaines, on trouve la population divisée en patriciens, qui constituent la noblesse, et en plébéiens, qui forment la masse du peuple. Les compagnons de Romulus, c'est-à-dire les véritables fondateurs de Rome, s'étaient organisés en tribus, divisées ellesmêmes en curies, décuries et gentes. C'est de leur sein que furent tirés les sénateurs et les chevaliers. Ces groupes d'hommes, ayant tous une même origine, formèrent l'ordre patricien et leurs assemblées étaient les comices par curies. Mais comme Rome fut dès l'origine un asile ouvert à tous les vagabonds, une population très nombreuse, unie à la précédente par les rapports du patronage et de la clientèle, vivait autour des patriciens, qui lui donnaient asile, mais ne lui accordaient aucun droit politique. Ce fut l'origine des plébéiens : comme ils devenaient tous les jours plus nombreux, ils furent organisés en tribus distribuées géographiquement, c'est-àdire par régions disposées suivant le lieu et le nombre de ceux qui composaient la tribu. Les assemblées dans lesquelles les plébéiens nommaient leurs magistrats étaient les comices par tribus. Les Italiens admis postérieurement au droit de cité reçurent une organisation analogue. La division du peuple par tribus subsista jusqu'à la fin de l'empire, mais les tribus avaient cessé d'avoir des droits politiques.
La lutte qui s'établit entre les patriciens et les plébéiens remplit les premiers siècles de l'histoire romaine, et quand ils arrivent à fusionner, c'est-à-dire quand toutes les fonctions publiques sont devenues accessibles aux plébéiens qui ont acquis le droit de s'unir par le mariage aux familles patriciennes, l'empire est bien près de succéder à la république. La distinction entre les Romains et la population de l'Italie, qui est peu à peu conquise, est d'abord très sensible; mais ?iprès les guerres puniques, quand la puissance romaine commence à s'étendre de tous les côtés, elle tend à diminuer, et au commencement de l'empire, l'Italie forme, par rapport aux autres pays annexés, comme une sorte de terre privilégiée. A la fin de l'empire toute distinction a cessé entre les différentes nations que Rome a réunies sous la même dépendance, et le sen-
liment de la patrie disparaît à ce point que des barbares, étrangers au monde romain par le sol où ils sont nés aussi bien que par leurs aïeux, deviennent généraux d'armée, consuls ou même empereurs. Le christianisme, en substituant aux anciens cultes de la cité une religion universelle, contribua beaucoup à ce résultat, et quand vinrent les invasions barbares, les luttes religieuses entre les ariens et les catholiques, et les décisions des conciles au sujet des hérésies qui surgissaient de toutes parts, absorbaient tellement l'opinion publique qu'on ne voit pas de trace de sentiment national dans les guerres que se livrent les chefs militaires, en se partageant les bribes du monde ancien qui s'écroule.
A côté et en dehors de cette société, on trouve l'esclavage, qui se recrute sans cesse par les guerres extérieures ou par la misère au dedans. Vers la fin de la république, les esclaves, qui n'ont aucun droit politique, s'aperçoivent de leur nombre, et l'insurrection qui a illustré Spartacus révèle au monde romain un danger qu'il ne connaissait pas. On triomphe de tout parla force; mais quand, sous l'empire, le travail esclave s'est substitué partout au travail libre, la classe moyenne est ruinée et cesse peu à peu d'exister. La décadence se produit dans toutes les directions, et l'industrie, qui n'est plus stimulée par un espoir rémunérateur pour tous, s'abaisse insensiblement. L'extension de l'esclavage doit être comptée en première ligne parmi les causes qui ont amené la dépopulation, la démoralisation, et finalement la chute du monde antique.
Ce qu'il y a eu de plus fixe et en même temps de plus caractéristique dans les institutions romaines, c'est le sénat. Le sénat primitif de Romulus se composait seulement de cent membres choisis exclusivement parmi les patriciens. Ce nombre, porté à trois cents sous Tarquin l'Ancien, s'éleva jusqu'à neuf cents sous Jules César. Après l'expulsion des rois, l'élection des sénateurs appartint aux consuls et aux tribuns militaires, ensuite aux censeurs. Ceux qui avaient exercé de grandes magistratures électives, comme le consulat, entraient généralement au sénat. Sous l'empire, le souverain nommait les sénateurs selon son bon plaisir.
En dehors du sénat, toutes les grandes fonctions étaient électives, et la durée de leur administration était assez courte. A l'exception des tribuns du peuple, dont le pouvoir fut toujours indépendant, tous les magistrats de la république étaient subordonnes aux deux consuls, dont le pouvoir durait une année. Les consuls comman-