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CHAPITRE XYIII

Béniliers portatifs; Châsses et Reliquaires.

On ne Iroavc presque aucune mention des bénitiers portatifs, dans les anciens auteurs liturgistes. On ne peut cependant se résigner à croire qu'il n'en existait pas. On y parle toutefois du goupillon ou aspersoir avec lequel le prêtre fait Taspeipsion de Teau bénite, avant la messe paroissiale. D ailleurs en certaines processions qui avaient lieu dans les champs ou en certaines bénédictions des fruits de la terre, des maisons, etc. , on usait alors comme aujourd'hui d*eau bénite. Nécessairement on suppose que, outre le bénitier fixe , il existait encore des vases qui contenaient cette eau bénite dont on devait faire laspersion. Quelques inventaires du Xlle siècle, notamment celui de Téglisc de Saint-Martial , à Limoges, mentionnent un seau urceum muni de son aspersoir , cum aspersorio. Mais le silence h peu près absolu que les monuments écrits dos temps anciens gardent sur le bénitier portatif fait conjecturer que ce n'était pas un vase important. On le trouve quelquefois désigné sous le nom de Eaue benoisiier. Aujourd'hui et depuis quelques siècles ce vase a pris un rang assez distingué parmi les ustensiles du culte. On le fait ordinairement de cuivre argenté ou doré. On en voit môme eu argent pur, dans les églises riches. L'orifice en est muni d'une anse mobile et un pied rond lui sert de support. Quoique sa forme paraisse totalement facultative , il est cependant un type consacré par l'usage dont il est prudent de ne pas s'écarter.

Le goupillon fut d'abord une queue de renard comme l'indique son nom dérivé du vieux mot goupil par lequel on désignait cet animal. Ce terme ancien n'est, à son tour, qu'une dérivation du mot Vulpes, renard, en changeant la lettre V en G, comme cela arrive assez souvent. Lcgou*

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pillon , depuis longtemps n'a rien de commun avec son origine. C'est une tige ou verge de cuivre dont un des bouts se termine par une boule percée de trous d*oii s'échappe Peau qui y était retenue par une éponge. On doit préférer la toufle de soies de sanglier, afin que Taspersion puisse en mériter le nom et pour se rapprocher davantage du goupillon ancien.

La châsse ou reliquaire , capsa reliquiarum est un objet liturgique très-respectable. L'Eglise a toujours rendu un culte aux précieux restes des saints. Quoiqu'on confonde souvent la châsse avec le reliquaire, il existe pourtant entre les deux une différence , car ce dernier n est qu*an diminutif de la première. La châsse ne fut, dans les pre* miers siècles, autre chose que la bière dans laquelle était déposé un corps. Son nom seul capsa d où dérive le nom de caisse en est une preuve. On a vu , en parlant des autels qup les premiers oratoires , surtout sous les noms de mar-tyria et de memoriœ étaient toujours édifiés sur le tombeau des saints confesseurs de la foi. Après les persécutions et au fur et h mesure que le christianisme faisait de nouveaux progrès il fallut édifier les églises ailleurs que sur les tombeaux des saints. Les restes des martyrs furent partiellement extraits de leur sépulture et déposés avec respect dans de nouvelles châsses ou caisses sur lesquelles on érigeait lautel nouveau. Mais dans les Ville et IXo siècles se manifesta une prodigieuse ardeur pour la possession des reliques. On ne se contenta pas de les ensevelir dans la crypte sur laquelle s'élevait l'autel majeur. La piété des fidèles ne pouvait être satisfaite qu'en voyant ces châsses exposées couvertes de fleurs , environnées d'un nombreux luminaire. Une foule considérable de fidèles se ]«ressait autour de ces vénérables reliques. Il est aisé de comprendre qu'on dtft se complaire à façonner, â charger d'ornements ces tabernanaeles de saintes dépouilles comme les nomme un auteur du XlIIe siècle. L'origine des châsses est ainsi expliquée et constatée.

Qui pourrait maintenant décrire les types si nombreux et si variés des châsses que virent éclore les siècles du

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moyen-àge? Il ost important qu ollcs aBecUicnt avant tout la forme de tombeau cl que la variation n'avait à s exercer que sur ce modèle fondamental. £n effet, ces châsses n'étaient au fond que des bières qui recelaient des ossements. Toutes les matières y furent employées, mais plus communément l'argent et même Tor, avec les pierres précieuses qui en faisaient lornemcnt. Ce n est pas à dire néanmoins que ces tabernacles de reliques ne revêtissent quelquefois la forme d'églises. C'était encore remonter aux origines , car les premières châsses furent les oratoires eux-mêmes, marîyriay memoriœ. Cette forme finit par devenir à peu près dominante , à partir du Xlle siècle. C est pourquoi certains auteurs iQur donnent le nom de basilicules ou petites basiliques. Plus généralement ce fut le reliquaire proprement dit qui prit la forme d église.

Le vandalisme hérétique du XVle siècle détruisit un nombre immense de reliquaires et de châsses , cl ce qull y a de plus déplorable encore, les restes vénérés que contenaient ces vaisseaux furent brûlés par cette nouvelle secte d'iconoclastes fanatisés par les doctrines de Luther et de Calvin. Les matières précieuses devinrent la proie des spoliateurs dont le zèle était surtout inspiré par Ja cupidité. Les deux siècles suivants avaient réparé en partie ces affreux désastres et une assez grande quantité de châsses et de reliquaires sauvés, en outre, des fureurs de Thérésie avaient repris leur place dans nos églises. Mais un nouveau fanatisme non moins sacrilège vint, en 1794 et 1795, sous le manteau d'une philosophie pleine de tolérance j consommer la ruine de ces monuments pieux. Il est donc , aujourd'hui , assez difficile de renouer la chaine traditionnelle de cette importante parlie de l'art chrétien. Du moins, il existe encore des types peints on gravés et quelques vitraux d'église peuvent être interrogés utilement par un artiste consciencieux.

Il est rare que, de nos jours, on ait occasion de faire une châsse, car, comme il a été dit, la possession d'un corps entier est peu commune. Quant au reliquaire, comme on n'a qu'une petite parcelle à y déposer, sa confection est

Décessaircmcnl plus fréquente. Depuis le rélabiîsscmciil du culle catboliquc , en France, Fart, sous ce rapport, s'est trop souvent fourvoyé. On a trop oublié qu'il ne s'agissait pa« d'une bot(c quelconque à laquelle il fut permis d'appliquer toute espèce de forme , mais qu'il était question d'un objet religieux qui avait des antécédents aussi anciens que la religion elle-même. Deux types qui implicitement se réduisent à un seul, on Ta vu, peuvent donc élre pris pour la confection d'un reliquaire — le tombeau et l'église. Dejmls quelques années , le dernier type a été généralement suivi. Le goût gothique qui s'est si admirablement réhabilité y domine presque toujours. Qu'est-ce en eflet que la Sainte- Chapelle du palais de justice à Paris, sinon un reliquaire en pierre ? Ce n'est pas à dire néanmoins que l'on soit en droit d'exclure totalement le style grec ou romain. Rarement le reliquaire a pris la forme de l'urne funéraire. Ce type est païen. Avouons toutefois que les tombeaux des catacombes n'affectent pas une forme différente de ceux du paganisme. Cela se conçoit, surtout quand on n'ignore pas que dans ces premiers siècles l'art chrétien ne pouvait encore se formuler avec son caractère propre. Les transitions ne se brusquent pas. On ne pourrait donc absoudre l'artiste qui sous prétexte de remonter directement à celte époque ferait une châsse, ou un reliquaire dont le modèle serait emprunté aux sarcophages des cryptes romaines de S. Calixte ou de S. Sébastien. On ne saurait remonter à un art chrétien qui n'existait pas, quoique d'ailleurs la ferveur chrétienne brillât de toute sa splendeur. Ce sont là des choses qu'il n'est pas permis de confondre, dans l'étude et la pratique de l'art. Une observation très-importante de D. Mabillon, dans son Iter italicunij ne doit pas être omise. C*est que les chrétiens des premiers temps usèrent pour la sépulture de leurs frères, non raro, fréquemment, des tombes profanes et se les approprièrent. Ce n'est donc point aux chrétiens qu'il faut attribuer l'introduction de ces sarcophages paYens dans leur art, si , comme nous l'avons dit, il est possible de leur attribuer un art spécial, durant les deux ou trois premiers siècles.

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Le reliquaire aiïeclc quelquefois la forme d'un buste qui est censé représenter le saint ou la sainte dont il contient les reliques. Si ces vénérables restes sont d*un évéque , la tète du buste est mitrée. Il en est ainsi des autres, selon leur qualité. Une ouverture pratiquée au milieu de la poitrine et munie d'un cristal permet d'apercevoir le fragment vénéré. Quelquefois aussi une relique consistant en un bras est incluse dans un bras de bois doré ou de métal , ou bien dans une jambe , si la relique provient de ce membre. On avouera que pour ces deux derniers genres de reliquaires le bon goût n'a point à prodiguer des éloges. Ils ne présentent rien de gracieux. La piété ne saurait y trouver un aliment. C'est ainsi qu'on voyait à Saint-permain-des-Prés , à Paris , un reliquaire fait en forme de jambe a bardée de fer d'un preux chevalier. On y conservait le tibia d'un des SS. Innocents.

Nous terminons en manifestant notre préférence pour les châsses et les reliquaires en forme de chapelle ou d'église< Nous ne saurions pourtant dédaigner des reliquaires qui consisteraient en une statue posée sur une base qui recèlerait les reliques du saint représenté. On en voit aussi qui offrent l'aspect d'une exposition ronde, ovale ou carrée, surmontée d'une croix et portée par une lige qui repose sur un pied le plus souvent ovale. Ces reliquaires ressem* blent assez à un ostensoir eucbaristique et le moyen-Age ea a vu façonnés de la sorte.

CH.\PiTRE XIX.

Bmaières; Dais; CiposUioD on niches ponr TEadMiisUe.

La première, la plas noble bannière d'ane procession est bien, sans nu) doule, la croix dont il a é(c parlé, puisqu'on peut la regarder comme ayant succédé au labarum de Constantin. Beaucoup plus tard, quand les associations pieuses ou confréries se forent établies, leurs membres yonlorent marcher en corps dans les cérémonies sacrées sous la Iwinnière du patron qu'ils avaient adopté. I/Eglise n'eut garde de leur refuser celte prérogative. Il est utile d'observer que le terme de bannière est exclusivement affecté , dans notre langue, au culte catholique, tandis que, dans sa signification intrinsèque, c'est un drapeau, un étendard. Le mot latin vexillum exprime îndîstincicment la bannière, l'étendard et le drapeau. Mais la manière dont l'éloffc est appendue à la hampe diffère. La hampe de la bannière est surmontée d*une traverse horizontale qui imite la vraie forme Ae la croix , en sort^ qu'on peut dire qu'en effet cest encore le signe réparateur d'où descend en s'étalant le corps de la bannière. Dans celle-ci, comme dans le drapeau ou élendari militaire, l'étoffe a été pendant un très-longtemps simple, légère, flottante. Depuis plus d'un demi siècle la bannière s'est fâcheusement alourdie. Souvent c'est une toile peinte raidc; sans grâce, qui ressemble plutôt à une enseigne de marchand. Dans la ville , où il semblerait qu'on se croit en possession du monopole du bon goût , il est des bannières de confrérie de la Sainte-Vierge que peuvent très-diffioîlement porter les jeunes personnes auxquelles celte tâche est dévolue. Un immense panache en couronne la sommité. De larges galons, de Kngues crépines, une épaisse broderie surchargent ces pieux étendards. Telle ne fut pas , dans ses beaux jours, la bannière religieuse. Une hampe légère , et non point un gros tube de métal , portant une traverse de

Irente poaccs de longueur^ au plus^ souUniaîi une mince étoffe de soie, sur laquelle était délicatement brodé unmoroonognimme. Une simple frange ornait la partie inférieure découpée en quatre médaillons. Ceci était un souvenir des quatre médailles dor qui, à Tcxtrémité du labarum représentaient Constantin , sa femme et ses deux enfants. Quelques diocèses ont conservé la saine tradition des bannières, d'autres, v reviennent. Espérons que bientôt une réforme générale fera revivre sous ce rapport le seizième siècle et les temps antérieurs.

La soie est ordinairement cmplojée pour les bannières. L'Eglise bénit néanmoins toute sorte d'étoffes employées pour cet objet. Un auteur italien croit que la bannière portée aux processions, la bandiera , est une institution qui ne remonte pas plus haut que Tan 1414. C'est alors ^ pour la première fois , dit-il , qu'on vit une bannière représentant S. Rocb, dans la cérémonie de sa canonisation. M. Gaëlano . Moroni peut avoir raison pour Rome ou rilalic. Mais Guillaume Durand , qui écrivait dans la seconde moitié du XlIIc siècle , ne présente point les bannières comme une institution récente. Elles existaient en France avant cet illustre liturgiste. La soie en était la matière et quelquefois aussi la toile fine teinte de couleurs diverses.

Nous ne devons pas omettre que dans les temps anciens on mentionne des bénédictions du vexilli^m. Il ne faudrait pas prendre toujours ce dernier terme dans le sens de bannière sacrée. Dans ces temps de foi , Télendard ou drapeau de guerre était toujours un objet religieux. On pourrait en donner pour exemple Toriflamme de S. Denys. Au commencement d'une guerre on allait le chercher, en grande cérémonie, pour le porter h la télexles armées. Cette bannière, tout à la fois militaire et ecclésiastique, était rouge et Ton a pensé que les ornements d'or qui la décoraient luJ avaient fait donner le nom de oriQanune, auri flamma.

Le dais que les italiens nomment baldachino est le pavillon mobile que Ton porte sur le Saint-Sacrement , en procession. Les anciens Ordres romains an font mention sous le nom de pannum étoffe. En effet, c'était une étoffe ajus-

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ttH? horizontalemont sur quatre bâtons et que des nobles (enaient éleviée sur le pape. Puis , quand les processions de la sainte Eucharistie furent instituées , un pannum fut porté par respect sur l'auguste sacrement. Jusqucs vers le milieu (In siècle dernier, le dais garda h peu près sa forme primitive si gracieuse et si noble. On s'avisa de trouver cotte forme trop mesquine. Le dafs devint un grand et massif pavillon dont l'étoffe sembla ne plus être que l'accessoire. Au lieu de personnes notables ou de prêtres qui jadis en soutenaient les bâtons, on eut forcément recours à des hommes de peine salariés pour cette rude corvée. L'ampleur de cette charpente dorée força d'abattre , en queU ques-unes de nos grandes églises , le trumeau ou pilier central qui séparait en deux vantaux nos portails gothiques. Un gros panache fut implanté sur chacun des quatre angles et rcnscmbic de cette machine ambulante retraça trop fidèlement la couche d'apparat des rois ou des grands seigneurs. Aujourd'hui , on convient généralement de cette dégradation du dais processionnel. Il semble même qu'on veut revenir à la forme traditionnelle. Les lourdes courtines de broderie d'or, ou de velours enrichi de crépines, ont sans doute un aspect riche, mais est-ce toujours dans la richesse de la matière que réside le bon goût ? Nos anciens dais à quatre, à six et même huit bâtons, n'étaient pas à dédaigner et offraient un aspect , pour le moins aussi grave. Jusqu'au XVIe siècle, la niche mobile dans laquelle on expose le Saint-Sacrement , au-dessus du tabernacle , et à laquelle on donne, pour cela, le nom d'exposition, fut to* talement ou à peu près inconnue. La raison en est manifeste , car jusqu'à ce moment le Saint-Sacrement fut trèsrarement exposé. Mais dès que la liturgie a admis des expositions plus fréq;ientcs, on a compris que le respect du au Saint-Sacrement exigeait qu'on le plaçât sous un pavillon convenablement orné. Ceci est donc au fond un dais ou baldaquin fixe ol l'on n'a rien de mieux à faire qu'à imiter, dans de moindres dimensions, l'antique Ctborium dont Tautcl était couronné. C'est bien là , en effet , la forme urdiuairemcnt donnco à celle niche. Quatre colonnes sur-

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montées d'un dôme ou d'une coupole dont le sommet est orné d'une croix retracent le Ciborium dont nous venons de parler. On le décore de draperies de soie, autre souvenir des voiles ou rideaux du Ciborium. Il serait inopportun de revêtir ce pavillon d'une autre forme puisée dans les inspirations du goût gothique. Néanmoins , une exposition ou niche de ce genre ne saurait être improuvée. La discipline ecclésiastique n a fait aucune prescription & cet égard.

En plusieurs églises d'Espagne, le Saint-Sacrement, dans sa monstrance ou ostensoir, est placé constamment à demeure au-dessus du tabernacle , dans une exposition close. C'est comme un autre tabernacle superposé. Quand on veut l'exposer à l'adoration publique , les portes de cette niche s'ouvrent comme d'elles-mêmes, parle moyen d'un mécanisme. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu , en France , à imiter une exposition de ce genre. On serait tenté d'y voir un« machine d'opéra.

Pour terminer ce qui concerne cet objet, nous devons ajouter que la couleur de l'étoffe de l'exposition doit être conforme aux usages diocésains. A Paris , et en plusieurs diocèses, le rouge est affecté aux fêtes du Saint-Sacrement. A Rome , et dans les diocèses qui en suivent le rit , la couleur blanche est celle de ces mêmes fêtes. Le panache qui surmonte souvent ce pavillon, au lieu do la croix, s'est introduit à la suite des panaches du dais et des bannières. I^'imagination des artistes s'est mise à la torture pour créer en ce genre quelque chose de neuf. Nous n'avons point à passer ici en revue tout ce qu'elle a enfanté , mais nous persistons à croire que de toutes les formes colle qui reproduit l'antique Ciborium mérite la préférence,

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