Institutions liturgiques
En donnant enfla au public le second volume de nos Institutions Liturgiques , nous éprouvons le besoin de justifier le relard que nous avons mis à satisfaire à des engagements réitérés.
Certes , nous pouvons nous rendre ce témoignage, que notre bonne volonté est demeurée entière; mais nos forces affaiblies par un long malaise n'ont pas servi notre courage , et nous avons vu les mois , et presque les années f s'accumuler, sans nous rendre cette vigueur qui pourtant nous était nécessaire pour achever la rude tache que nous nous étions imposée.
D'un autre côté, les nécessités du plan que nous nous sommes tracé, exigeant impérieusement que nous ne fissions pas trop attendre la dernière partie de cette Introduction Historique , il nous a fallu subir les exigences du sujet , et , partant , donner au présent volume une dimension presque double de celle à laquelle nous avions cru devoir étendre le premier.
Du moins , ce long délai , durant lequel nous avons reçu les instances les plus vives et les plus
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multipliées pour la continuation de l'ouvrage, aura servi à manifester l'intérêt qui désormais paraît devoir s'atlacher aux études liturgiques si longtemps éclipsées en France. Assurément , lorsque nous prîmes la plume pour écrire sur ces matières, nous étions loin de nous attendre que notre faible travail dût exciter aussi vivement l'attention des catholiques , et que le siècle fût en mesure de témoigner tant de sympathie pour une œuvre que plusieurs pouvaient croire surannée dans son objet, et que certains symptômes semblaient signaler à l'opinion comme étant tout au moins dépourvue de ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui actualité.
Nous bénissons le Père des lumières qui a bien voulu qu'il en fût autrement ; car ce travail a été entrepris dans des intentions pures, et ce nous est une grande joie de voir se préparer un retour vers l'élude et l'amour des pieuses traditions des âges catholiques. Profès d'un Institut qui place en tête de tous ses devoirs le Service Liturgique , il est naturel que nos désirs et nos efforts se tournent vers ce but auquel nous avons voué avec bonheur notre vie ionte entière.
Mais avant d'ouvrir la source des mélodies, avant d'expliquer les mystères célestes , il nous fallait tracer un tableau général des vicissitudes de la Liturgie, raconter sa marche à travers les siècles,
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son admirable progrès, ses altérations en quelques lieux ; arriver ainsi à établir l'aspect général de cette immense forme du catholicisme. Cet aperçu, ainsi que nous l'avons dit ailleurs , était indispensable , tant pour asseoir sur la base inébranlable des faits la partie didactique de l'ouvrage tout entier, que pour subvenir aux besoins des personnes qui ne possèdent point un ensemble sur la matière des faits liturgiques.
Et le nombre de ces personnes est plus grand que nous ne l'aurions pensé. On rencontre des hommes versés dans les sciences ecclésiastiques , récitant chaque jour les Heures Canoniales dans un Bréviaire , célébrant la sainte Messe dans un Missel , et avouant avec simplicité ne s'être jamais préoccupés de savoir les noms dès rédacteurs de ce Bréviaire , de ce Missel , qu'ils ont sans cesse entre les mains. Bien plus, un écrivain exact, et même minutieux, .l'auteur des Mémoires pour sertir à ClKstoire Ecclésiastique pendant le XVHP siècle, en est venu jusqu'à omettre, dans son livre, le récit d'un si grand fait que le changement de la Liturgie dans l'Eglise de France au XVIIF siècle. C'est à peine si oii trouve, dans ses quatre volumes, quelques mots épars à l'aide desquels on puissé se douter qu'une révolution quelconque ait eu lieu chez nous dans les choses du Service Divin, tandis qu'il est matériellement incontestable que
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rien d'aussi grave sous ce rapport ne s'était opéré dans nos églises, depuis l'époque de Charlemagne.
L'histoire des deux derniers siècles liturgiques devra donc paraître quelque peu étrange à certains esprits préoccupés qui n'aiment pas qu'on les dérange, ou qu'on trouble leur quiétude. Il est des hommes qui voudraient qu'on ne parlai jamais des choses auxquelles ils n'ont pas l'habitude de songer, cl qui se trouvent portés h nier de primeabord ce qu'ils ne rencontrent pas dans leurs souvenirs. Quoi qu'il en soit de l'effel que peut produire sur ces derniers la lecture de cette histoire, nous nous flattons du moins que les lecteurs sans préjugés rendront justice aux efforts qu'il nous a fallu faire pour en rassembler les matériaux, tout imparfait d'ailleurs que puisse leur sembler le résultat.
Mais il est un avertissement que nous croyons devoir déposer ici pour l'utilité de plusieurs personnes. 11 consistera tout simplement a dire que quiconque n'est pas familiarisé avec l'histoire du Jansénisme , ne saurait jamais qu'imparfaitement saisir la situation de l'Eglise de France au dixhuitième siècle. Si donc on avait oublié la Dis*tinclion du fait et du droit, le Cas de conscience , les Réflexions morales, le Problême Ecclésiastique , Y Appel et le Réappel, les Héxaples de la Constitution , le Figurisme , le Secourisme , la Venue
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d'Etie , etc. ; si on ne savait plus ce que la secte appelait fa Vérité , Y Obscurcissement; si on ne s'était pas familiarisé avec les Bulles Vineam Do mi ni Sabaol!i,—UnigcuilH$,--Auclorcmfidci; si on était porté h confondre les Evoques constitnlionnaires et les Evêques constitutionnels , etc., etc., il faudrait bien s'attendre à trouver quelques élrangelcs dans notre histoire liturgique. Depuis bientôt deux siècles, le Jansénisme est le grand fait religieux de l'Eglise de France ; et ses influences qui, grâces à Dieu , s'en vont s'éteignant de jour en jour, ont été incalculables. Dieu permettra, sans doute, que les derniers restes de cette ivraie maudite disparaissent bientôt du champ du Père de famille; mais il nous semble grandement salutaire que les Catholiques n'oublient pas trop vile les artifices de leurs ennemis. Le Jansénisme a été le Protestantisme de notre pays, le seul qui ait su se faire ac« cepter ; il importe donc qu'on s'en souvienne.
Pour en revenir au présent volume , certaines personnes remarqueront peut-être qu'il est écrit avec quelque chaleur ; nous ne pensons pas cependant qu'elles aillent jusqu'à s'en plaindre. Dans ce cas. nous leur répondrions que la conviction seule nous ayant porté à l'écrire , il nous devenait tout aussi impossible de ne pas montrer celte conviction dans nos paroles • que de tracer même une seule ligue, du momeui où il ne nous eût pas semblé <S?k