‹ Institutions liturgiques (volume 3)Chapitre 6 sur 41 · DES HYMNES. — AUTEURS L1TURGISTES DE CETTE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DES HYMNES. — AUTEURS L1TURGISTES DE CETTE ÉPOQUE

L'unité liturgique régnait donc désormais en Occident» Un demi-siècle devait s'écouler avant qu'on osât y porter atteinte. Non moins fidèle que les autres Eglises à cette unité, FEglise de France, qui avait si vigoureusement exécuté, dans ses divers Conciles provinciaux , les dispositions de la

Bulle de saint Pie V, jouissait en paix d'un si grand bienfait et travaillait avec zèle à en perpétuer la durée.

Ce fut pour ce mol if que , dans l'Assemblée du Clergé de 1605 à 1606, l'Archevêque d'Embrun, bien qu'il n'ignorât pas qu'un nombre assez considérable d'Eglises n'avaient reçu le Bréviaire réformé que pour le fondre avec les Usages diocésains, remontra qu'il serait à propos que toutes les Eglises fussent uniformes en la célébration du service divin, et que l'Office Romain fût reçu partout (\). 11 ajouta qu'on avait trouvé un imprimeur qui offrait d'imprimer tous les livres nécessaires , à la seule condition qu'il plût à l'Assemblée de lui avancer une somme de mille écus (2).

Cette proposition fut agréée par les Prélats, et un contrat fut passé entre le Clergé et l'imprimeur eu question , sous la date du 8 mai 1606, ainsi qu'on le peut voir dans les actes de l'Assemblée de 1612 (3). On y lit pareillement que l'Evéque de Chartres et les agents du clergé furent priés et chargés de faire distribuer aux provinces et diocèses qui en auraient besoin, tous les livres de l'usage Romain imprimés ci-devant (A).

Le résultat de cette mesure fut de déterminer un certain nombre de diocèses qui n'avaient pas encore quitté leurs Bréviaires particuliers, à embrasser le Romain pur; elle ne fut pas non plus sans utilité pour les Eglises qui voulaient absolument retenir le rite diocésain, puisque ce rite n'était luimême que le Romain réformé, auquel on avait associé l'Office des Saints locaux et quelques anciens usages particuliers.

(1) Procès -verbaux des assemblées générales du Clergé. Tom. I. pag. 767.

(2) Ibidem.

(3) /«tf.Tom, lit. pag. 43.

(4) Ibidem.

LITURGIOUES. 3

Par cette mesure de l'assemblée de 1605, la Liturgie Romaine était donc , pour ainsi dire, proclamée la Liturgie de l'Eglise de France en général ; vérité qui résultait déjà de l'ensemble des Canons portés dans les divers Conciles du seizième siècle que nous avons cités au chapitre précédent.

Un événement, d'abord imperceptible, mais bientôt devenu célèbre, sembla, dès le commencement du dix-septième siècle , fournir un présage des atteintes qui devaient un jour être portées, en France , à la Liturgie Romaine. Charles Miron, Evêque d'Angers, sur la demande de plusieurs membres du clergé de l'Eglise de la Trinité d'Angers, qui formait un chapitre uni à l'insigne Abbaye du Ronceray, avait rendu deux ordonnances, en date du 26 octobre 1599 et du 26 mars 1600, portant suppression du Bréviaire Angevin dans ladite Eglise de la Trinité, et injonction d'y user à l'avenir du seul Bréviaire Romain réformé par saint l'ie V. Les oppositions formées -par la majorité du Chapitre avaient été fortement repoussées par l'Olïicial ; des sentences de prise de corps , et même l'incarcération s'étaient ensuivies contre plusieurs des récalcitrants ; on prétend même que les livres Angevins à l'usage de l'Eglise de la Trinité avaient été brûlés par ordre de l'Evèque.

Les choses étant poussées à cette extrémité, l'Abbessc et les Religieuses du Ronceray interjetèrent, avec les Chanoines et Chapelains de leur Eglise de la Trinité , appel comme d'abus au Parlement de Paris. L'avocat-général Servin, homme audacieux et bien connu par son aversion pour la liberté de l'Eglise, embrassa avec chaleur la cause du Bréviaire Angevin contre celui de Rome, et procura un arrêt devenu fameux, par lequel la Cour t ordonne que le service divin ordinaire en

• l'Eglise de la Trinité sera continué; et a fait et fait inhibi-

• tions et défenses audit Evêque d'innover aucune chose en

» l'exercice et célébration du service divin aux Eglises de » son diocèse , sans l'autorité du Roi ; et à son Promoteur et

> Officiai d'entreprendre cour, jurisdiction et connaissance 9 que celle qui leur est attribuée parles ordonnances. Et pour >se voir faire plus amples défenses et répondre aux conduisions que ledit procureur-général voudra prendre et élire »contre eux, seront ajournés à comparoir en personne au » mois ; et jusques à ce qu'ils aient comparu , leur interdit

> V exercice de la jurisdiction ecclésiastique. Condamne les in- » timés ès dépens des causes d'appel , dommages et intérêts * des emprisonnements, et de ce qui s'est ensuivi : ordonne , >si aucuns des appellants sont détenus prisonniers, que les i prisons leur seront ouvertes : aura le procureur-général

> du Roi commission pour informer des faits concernant les «livres de ladite Eglise de la Trinité brûlés, et paroles scani daleuses proférées aux prédications publiques , pour ce fait

> et rapporté , ordonner ce que de raison : et sur le surplus » par lui requis , ladite cour en délibérera au conseil. Fait en » Parlement, le 27« jour de février, l'an 1603 (1). >

Maintenant, si l'on examine quels étaient les motifs sur lesquels les magistrats avaient pu baser un arrêt aussi scandaleux, on trouvera que la haine de Rome, sentiment inné dans l'âme des légistes français, depuis et avant Philippe-le- Bel , l'avait , du moins en grande partie , inspiré. C'est cette haine de Rome qui dicta les fameuses conclusions de la Sorbonne contre la réception du Bréviaire Romain, au temps de Pierre de Gondy, en 1583 ; monument étrange, mais bien précieux (2), dont nous devons la conservation au même

(1) Preuves des libertés de l'Eglise Gallicane. Ton», II. pag. 4144.

(2) Vid. ci-dessus, au chap. XV. Tom. I. pag. 474, et pièces justificatives , note F. pag. 511-514.

avocat-général Servin , qui trouva bon , pour accroître encorde scandale, de l'insérer dans son plaidoyer contre l'Evêque d'Angers. Nous avons dit que la Sorbonne réclama sur la publicité donnée à cette pièce qui ne devait, disait-elle, être considérée que comme le fait de quelques particuliers. Mais le temps était venu où la mauvaise semence allait germer, et . où l'ivraie étoufferait le bon grain dans le champ du Père de famille.

Outre cette haine pour tout ce qui vient de Rome, caractère distinctif de l'esprit des Parlements, on doit noter encore une autre tendance dans l'arrêt que nous venons de citer, savoir l'envie de conférer au prince séculier le pouvoir souverain sur la Liturgie. C'est le douzième caractère de l'hérésie anti-liturgiste. Nous le verrons se développer en France et passer enfin dans les livres de Droit à l'usage du clergé. Si on y réfléchit bien , on verra que les deux maximes de l'avocat Servin s'enchaînent merveilleusement. D'abord , arrêter les influences directes de Rome sur la Liturgie : car la Liturgie est un enseignement haut et populaire qu'on ne doit point laisser au Pape , dans un pays de liberté comme est la France ; ensuite, surveiller, par autorité souveraine, le clergé dans une chose aussi importante que la prière publique , de manière qu'il ne puisse faire un pas sans ressentir sa dépendance sur cet article.

Nous n'ignorons pas que , sur ce point comme sur tout autre , la puissance séculière prétendait n'intervenir que comme gardienne des anciens usages ; mais rien ne nous empêche plus aujourd'hui d'appeler persécution de l'Eglise toute politique séculière qui la veut contraindre, soit de retenir telle forme à laquelle elle juge à propos de renoncer, soit d'embrasser telle autre vers laquelle son propre mouvement ne la porte pas.

L'Assemblée du clergé de 1005 vit avec indignation l'attentat du Parlement contre le droit sacré de la Liturgie. Elle résolut de supplier le Roi de casser l'arrêt et tout ce qui s'était fait en exécution ; demandant aussi que ledit arrêt fût rayé des registres, et que* défense fût faite au sieur Servin de plaider à l'avenir en aucune cause d'Eglise. L'Assemblée nomma même des députés pour poursuivre la cassation (1); mais nous ne voyons pas que l'arrêt ait jamais été rapporté. Bien plus , il est devenu célèbre dans tous les livres qui traitent du Droit Ecclésiastique Français, comme l'un des premiers fondements de cette maxime de nos libertés, qui porte que les Evêques de France ne peuvent rien sur la Liturgie , dans leurs propres diocèses, sans la permission du Roi.

Au reste, rassemblée de 1005, tout en réclamant les imprescriptibles droits de l'Eglise, prêtait elle-même le flanc aux envahissements de la puissance laïque. On se rappelle que lors de la publication du Missel de saint Pie V, le Parlement lit défense d'imprimer ce livre en Fi ance, à moins qu'on n'y ajoutai au Canon de la Messe ces mots : Et Rege nostro N. Cette entreprise irrcguiière n'aurait pas dû, au moins, être sanctionnée par l'autorité ecclésiastique. Le devoir du clergé, dans ce cas, était de recourir à Rome qui eût facilement accordé à la France ce que déjà l'Espagne avait obtenu. Loin de là , les prélats de l'Assemblée , avant de clore leurs opérations, ordonnèrent, en date du 24 avril 1606, que la première feuille du Missel Piomain qu'on avait imprimé à Bordeaux, l'année précédente, serait réformée, et qu'on insérerait dans la nouvelle impression la mention du Roi à la suite de celle du Pape et de l'Evèque (2). Ainsi, la même Assemblée

(1) Procès- verbaux du Clergé. Tom. I. p. 753 et suiv.

(2) Procès-verbaux du Clergé. Tom. I. pag. 767.

qui refusait aux gens du Roi te droit d'intervenir contre les changements introduits par un Evéque dans la Liturgie générale de son diocèse, acceptait rinitiative donnée par une cour séculière dans une question qui intéressait la lettre même du monument principal de la Liturgie , le Canon de la Messe. 11 est vrai que le clergé comptait bien, dans cette affaire , n'agir qu'en son nom et indépendamment des antécédents posés par les magistrats ; mais du moment qu'il n'allait pas chercher son point d'appui hors des limites du royaume, à Rome en un mot , il était censé vaincu, et on pouvait désormais ajouter une nouvelle page à l'histoire de ces honteuses servitudes que ceux-mèmes qui les imposaient ont appelées, d'une manière dérisoire, les libertés de l'église gallicane. Les Parlements , en effet, ne s'en firent pas faute, et l'on rencontre depuis lors de nombreuses applications de leur fameux principe : Que le Roi a un droit spécial sur les choses du culte divin.

Nous trouvons en effet, sous la date du 27 juillet de la même année 4606, des lettres-patentes de Henri IV, qui, vingt ans après la tenue du Concile de Bordeaux dont nous avons parlé au chapitre précédent, daigne approuver le Canon fait dans ce Concile pour l'adoption des livres Romains dans toute la province, sans tirer en conséquence pour les autres résolutions qui pourraient avoir été prises dans ladite Assemblée et Concile provincial dudit Bordeaux. L'occasion de ces lettres-patentes fut la demande que fireut à Sa Majesté l'Evêque et Chapitre de Poitiers, qui, ayant été jusqu'alors empêchés par le malheur des temps, de mettre à exécution le Canon du Concile de Bordeaux, se trouvaient enfin en mesure de satisfaire à ce devoir. Ils avaient trouvé expédient, avant de passer outre, d'avoir sur ce déclaration du vouloir et intention de Sa Majesté , afin qu'il n'y eût aucun

sujet ni occasion de plainte à l'avenir, en général, ni en particulier, sur l'exécution d'icelle (1). Quel chemin on avait fait déjà en si peu données ! A peine le dix-septième siècle était ouvert, et le pouvoir ecclésiastique, le même qui, dans les Conciles de Rouen, de Rheims, de Bordeaux, d'Aix , de Bourges, de Tours, de Toulouse, de Narboune, avaitprocédési franchement, si largement à la réforme de la Liturgie, n'osait déjà plus mettre en pratique ses propres résolutions sans s'assurer de l'agrément du Roi ! On avait bien réclamé, dans l'Assemblée, contre l'outrage fait à l'Evêque d'Angers: mais à peine quelques mois étaient écoulés, qu'on reconnaissai t , par des actes positifs, la compétence du pouvoir laïque dansleschoses de la Liturgie!

On lit encore dans l'important recueil intitulé : Preuves des libertés de l'Eglise Gallicane, un arrêt du Parlement de Paris, rendu sur les conclusions de l'avocat- général Servin, en date du 9 août 4611 , au sujet de l'introduction du Bréviaire Romain réformé dans l'Eglise Collégiale de Saint- Maixme de Chinon (2). Il est dit en cet arrêt que , dans les choses qui concernent la Liturgie, c l'autorité du Roi y doit » passer pour donner règle, sans laquelle on ne peut faire au- » cune innovation en la police ecclésiastique. En conséquence, »vu le désir des parties de terminer l'affaire d'une manière » légale , la Cour permet que l'on suive , dans la Collégiale de

> Saint-Maixme de Chinon, le Bréviaire Romain qui (on en «convient), est le plus repurgé de tous, à la condition d'y

> joindre les Offices des Saints qui sont particulièrement en vé- » nération dans celte Eglise. > Après quoi, on lit ces curieuses paroles : Et c'est la voie qu'il faut tenir en telle occurrence, laquelle si l'Evêque d'Angers eût voulu prendre lorsqu'il vou-

(1) Preuves des libertés de l'Eglise Gallicane. Tom. II. pag. 114*, (Ï) 1M. pag. 1146.

LITUKGIOXJES. t

lut introduire le Bréviaire Romain en une Eglise de son dto-

eése , la grande controverse qui fut plaidée sur ce sujet , eût été abrégée promptement ; au lieu quicelui Evique n'ayant voulu recourir au Roi en ce regard, la Cour a improuvé ce qu'il aurait fait de son mouvement , et à lui fait défenses , par son arrêt du 27 février 1603« d'innover aucune chose en Vexercice et célébration du servie* divin, sans l'autorité royale. Le recueil que nous citons produit ensuite les lettres-patentes de Louis XIII, en date du 9 juillet 4611, par lesquelles la permission ci-dessus mentionnée est octroyée au Chapitre de Saint-Maixme de Chinon , dans des termes analogues à ceux de l'arrêt que nous venons de rapporter.

Ces détails suffiront pour faire voir combien les vrais principes sur la Liturgie s'altéraient déjà en France, et comment la dépendance à l'égard du pouvoir séculier, sur cet article , commençait à s'établir. Nous avons indiqué, au chapitre XIV, ce caractère comme un de ceux qui constituent le système destructif de la Liturgie. Nul Catholique, nous le pensons, ne contestera ni le fait, ni l'application. Ce n'est pourtant encore ici que le commencement des douleurs de l'Eglise de France. Hœc autem initia sunt dolorum.

Avant de dérouler le triste tableau de la révolution liturgique qui s'ensuivit bientôt , nous dirons du moins que cette première moitié du dix-septième siècle , malgré les fautes trop fécondes que nous venons de raconter, fut pour l'Eglise de France une dernière période de liberté. Ce fut dans ces années trop promptement écoulées, en 1614, que le Cardinal Du Perron, organe du clergé, vengea avec tant d'éloquence et de dignité , l'ancien droit public de la Chrétienté , que les aveugles entreprises du tiers-état menaçaient d'une destruction complète. Plus tard, en 4625, l'Assemblée du clergé professait encore la doctrine de l'infaillibilité du souverain

10 IlfftfltuflONS

Pontife (4). Ëîenplus, en i 655, on entendait une Assemblée du clergé déclarer expressément que les jugements portés par les Papes, en réponse aux consultations des Evêques en matière de foi , ont UNE AUTORITÉ SOUVERAINE ET DIVINE par toute l'Eglise, soit que les Evêques aient cru devoir exprimer leur sentiment dans la consultation , soit qu'ils aient omis de le faire (2). Nous aimons à nous arrêter sur ces pures traditions de l'Eglise de France ; assez tôt , la marche des événements nous entraînera dans des récits lamentables : qu'il nous soit donc permis de les retarder encore , et aussi de faire voir que , pour se montrer de nouveau fidèle aux doctrines de l'Eglise Romaine, l'Eglise Gallicane aujourd'hui n'a qu'à remonter de quelques années dans ses souvenirs.

Pendant que la Liturgie était exposée , en France , à des attaques plus menaçantes encore pour l'avenir que dures dans le présent, Rome achevait le grand œuvre de la réforme du culte divin. Le Bréviaire, le Missel, le Martyrologe, le Pontifical, le Cérémonial avaient déjà paru. Restait

(1) Jvisde rassemblée générale du Clergé de France, de i62b, à Messeigneurs les Jrchevêqttes et Evêques de ce royaume. . (2) Perspectum enîm habebat Ecclesia CatkoHca dod solum ex Cbristi Domini nostri pollicitatione Petro facta, sed etiam ex actis priorura Pontificura,etex anathematismis ad?ersus Apollinarium et Macedonium nondum ab uUo synodo œcumenico damnatos , a Damaso pauto antea jadis, judicia prosancienda régula fldei a summis Pontiticibus lata , super Episcoporum consultalione (sive suatn in aclis relationis sententiam posant, sive omit tant, prout illis collibuerit) divina œque ae summa per uni versa m Ecclesiam authoritate niti : cui Chrisiiani omnes ex officio, ipsiusquoque mentis obsequium praestare teneantur. Ea nos qnoque sententia ac Hde imbuti, Roman» Ecclesia? présente m quae in summo Pontiflce Innocentio X viget autboriutem débita observantia colentes, Constitutionem divini Numinis instinctu* Beatitudine vestra conditam, nobisqne traditara ab Illustrissimo Ati enarnm Episcopo , Nuocio aposlolioo, et promulgandam curabimus in Ecclesiisac Diœcesibus nostris , atque illiu* execuiionem apud fidèles populos urgebimus. PJrgentré. Collect. Judiciorum. Tom. 111. pag. 276.

LmmGIQBBft.

encore à publier un livre non moins imponant, le Rituel. Paul V, dont le pontificat fut , sous plusieurs points, la continuation de celui de l'admirable Clément VIII , entreprit de mener à fin cette œuvre importante. Déjà, en i537, avait paru , à Rome , par les soins d'Albert Caslellani, Dominicain, le livre intitulé : Sacerdotale, seu liber Sacerdotali» collectai, Leonis X auctoritate approbatue. Ce recueil , qui renfermait principalement les détails nécessaires pour l'administration des Sacrements, avait été approuvé, au moins comme essai, par Léon X , mais ne fut mis au jour que sous le pontificat de Pie IV, qui s'abstint d'en faire l'objet d'un jugement quelconque. Il ne laissa pas de se répandre, et l'on en fit plusieurs éditions, plus ou moins fidèles, hors de Rome. Au même siècle, Samarini, Chanoine de Sairit-Jean-de-Latran , entreprit une compilation du même genre, dans laquelle il s'aîda beaucoup du travail de Castellani. Elle parut à Venise, en 1579 , sous ce titre : Sacerdotale, txve Sacerdotum thetaurus ad consuetudinem sanctœ Romanœ Ecclesiœ, aliarumque Ecclesiarum coltectus, juxta Tridentini Concilii sanctiones, etc. Le célèbre prélat Rocca donna une édition augmentée de ce recueil. Enfin, un troisième Rituel fut rédigé par le Cardinal Sanctorio, dans les dernières aimées du seizième siècle. Ce Rituel, qui a mérité les éloges de PaulV, dans le Bref même où il le déclare supprimé, est assez volumineux, et porte ce titre que Benoît XIV prouve avoir été mis après coup : Rituaie sùcramentorwn Romanum, Gregorii Uil Pont. Max. jussu editutn. Rornœ 4584. H paraît en effet prouvé que ce lut seulement sous le pontificat de Paul V, qu'on songea à imprimer le Rituel de Sanctorio , plusieurs années après la mort de ce Cardinal (I).

(!) Bèûôd. XÏV. Epiât, ad Catdfitoal. Gtiadaflaîtoi. J. 1*.

il INSTITUTIONS

Ces divers essais tentés par des particuliers montrent clairement que jusqu'alors le Rituel n'avait point formé un livre liturgique à part. Les formules qui le composent aujourd'hui se trouvaient soit dans les Missels, soit dans les Bréviaires. Mais le Bréviaire et le Missel de saint Pie V ne se trouvant plus renfermer ces sortes de détails, si Ton en excepte les Bénédiction*, et d'ailleurs le Pontifical ne comprenant que les rites à l'usage des Evêques, il devenait nécessaire de publier un livre spécial qui satisfît aux besoins du clergé.

Paul V entreprit et consomma cette opération. Le Bref pour la publication du Rituel Romain parut le 47 juin 1614, et commence par ces mots Apostoticœ Sedis. Le Pape rappelle d'abord les travaux de saint Pie Y et de Clément VIII pour la réforme liturgique , après quoi il ajoute : < Tout

• étant donc ainsi réglé, il ne restait plus qu'à renfer- >mer dans un seul volume muni de l'autorité du Siège Apos-

> tolique , les rites sacrés et purs de l'Eglise Catholique qui

• doivent être observés dans l'administration des Sacrements »et autres fonctions ecclésiastiques, par ceux qui ont la

• charge des âmes; afin que ceux-ci se conformant uniquement à la teneur de ce volume, eussent à accomplir leur

• ministère, d'après une règle fixe et unique, et à marcher

• d'accord et sans scandale, sous une même direction, sans

> être plus jamais détournés par la multitude des Rituels déjà

> existants. Cette affaire avait déjà été agitée précédemment;

> mais elle avait été retardée par les soins donnés à l'impres-

• sion de l'édition grecque et latine des Conciles Généraux. •Nous l'avons reprise avec vigueur, pour obéir à ce que

• nous jugeons de notre devoir, du moment que l'entreprise

> dont nous parlons a cessé de nous occuper. Afin donc que

> l'affaire se traitât convenablement et avec ordre , nous Ka- » vons confiée à plusieurs de nos vénérables frères Cardinaux

LITURGIQUES. il

> de la sainte Eglise Romaine , remarquables par leur piété ,

• leur doctrine et leur prudence ; lesquels ayant pris le con- >seil d'hommes érudits, et consulté les divers Rituels anciens, mais principalement celui que le Cardinal Jules-

> Antoine ( Sanctorio ) du titre de Sainte-Séverine , homme » d'une piété singulière et d'une excellente doctrine, avait «composé et rendu très complet par une longue étude et un

> travail éclairé ; ayant donc considéré mûrement toutes

> choses, ils ont enfin, par la clémence divine, rédigé ce Rituel » avec une brièveté convenable. C'est pourquoi, Nous-mêmes

> ayant vu que les rites reçus et approuvés de l'Eglise Catbo- » lique se trouvent compris en leur ordre dans ce Rituel, nous

> avons jugé à propos, pour le bien public de l'Eglise de Dieu, » de le publier sous le nom de Rituel Romain. A ces causes,

• nous exhortons dans le Seigneur nos vénérables frères les •Patriarches, Archevêques et Evéques , et nos chers fils leurs

> Vicaires , les Abbés , les Curés , et généralement tous ceux » auxquels il appartient , en quelque lieu qu'ils se trouvent ,

• de se servir à l'avenir, dans les fonctions sacrées, comme

• enfants de l'Eglise Romaine, du Rituel publié par l'autorité

> de cette Eglise Mère et Maîtresse de toutes les autres , et

• d'observer inviolablement , dans une chose de si grande i conséquence, les rites que l'Eglise Catholique et l'usage

> de l'antiquité approuvé par elle ont statué.

» Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous Panneau

• du Pécheur, le 17 juin 1614, l'an dixième de notre Ponti-

• ficat (1). »

On voit, par la teneur de ce Rref, que la publication du Rituel Romain ne fut pas accomplie avec moins de solennité que celle du Bréviaire , du Missel, du Cérémonial et du Pon-

(I) Vid. la note A.

tifiçai : toutefois, on doit remarquer qu'à la différence des Bulles de saint Pie V et des Brefs de Clément VIII , le Bref de Paul V ne renferme point l'injonction expresse d'user du Rituel Romain, à l'exclusion de tout autre. Le Pontife se borne à une simple, mais pressante exhortation. La raison de cette différence provient de l'extrême diversité qui s'était maintenue jusque-là, dans l'Occident , au sujet des cérémonies qui accompagnent l'administration des Sacrements. La destruction violente des coutumes locales en cette matière , eût occasionné à la fois du scandale dans le peuple et des murmures dans le clergé. Il est remarquable que le Concile de Trente avait lui-même reconnu en principe cette variété comme un fait et comme un droit : ainsi, dans sa Session vingtquatrième, au chapitre premier de Re formation, les Pères disent que le Curé ayant interrogé les époux et reçu leur mutuel consentement, prononcera ces mots : Ego vos in matrimonium conjungo, etc. ; ou te servira d'autres paroles suivant le rite reçu de chaque province (1). On pourrait citer plusieurs passages analogues du même Concile. C'est ainsi que, dans tous les temps, l'Eglise Romaine a su prendre les tempéraments convenables pour régir avec force et douceur l'héritage du Seigneur. Néanmoins , ce qui devait arriver arriva en effet : le Rituel de Paul V fut bientôt adopté dans le plus grand nombre des Eglises de l'Occident. Les diocèses qui conservèrent le fond de leurs usages, adoptèrent du moins les formules concernant l'administration des Sacrements, les Bénédictions, etc. La publication de ce livre fut

(1) Parochus, viro et muliere interrogalis, et eorum muluo consensu intellecto , vel dicat : Ego vos in rnatrimonium conjungo, in womine Pétris , etPiHi, et Spiritùs Sancti; velaliis utatur verbis, juxta receptum uniuscujusque provincial ritum. Conc. Trid. Sess. XXIF. De Keformatione. Cap* /.

LITUBGIÛUES. 45

le complément de la réforme liturgique. Toutefois, les souverains Pontifes des âges suivants jugèrent à propos de faire quelques améliorations ou additions aux livres approuvés par leurs prédécesseurs : nous enregistrerons ces faits à mesure que le cours des années les amènera sous notre plume.

Paul V attacha encore son nom à une œuvre liturgique d'une importance secondaire, à la vérité, mais qui n'en doit pas moins trouver place dans cet ouvrage. 11 s'agit de la publication du Bréviaire Monastique. Nous avons montré , au chapitre VIII , que les Ordres et Congrégations Monastiques de l'Occident sont en possession d'une forme particulière d'Office divin fondée sur la règle de saint Benoît. La Bulle de saint Pie V qui supprimait tous les Bréviaires postérieurs aux deux cents dernières années, ne pouvait atteindre un ordre d'Office qui datait de mille ans. Les Moines continuèrent donc à suivre leurs usages ; mais ces usages étaient différents sous plusieurs points, suivant les pays, ou encore suivant les Ordres ou Congrégations dans un même pays. Ainsi Cluny avait ses coutumes différentes de celles du Mont-Cassin ; les Cisterciens avaient leurs Us fort dissemblables de ceux des Camaldules ; les Abbayes des bords du Bhin ou du Danube s'écartaient en plusieurs points des formes usitées dans celles de l'Espagne et du Portugal. Il n'y avait en cela rien qui dût surprendre ni scandaliser personne : un corps vaste comme l'Eglise d'Occident , privé d'un centre et divisé en de nombreux rameaux , puisant une vie propre non seulement dans les diverses réformes qui l'avaient modifié, mais encore dans les mœurs des contrées où il était répandu , ne pouvait, pas plus que l'Eglise elle-même, avoir gardé une discipline uniforme dans toutes ses coutumes liturgiques. Il y avait donc plusieurs Bréviaires Monastiques au moment de la publication de la Bulle de saint Pie V, et ils n'avaient rien à redouter

46 WSTITUTIOfcS

de cette Constitution , pas plus que les Bréviaires Ambrosien, Lyonnais, Parisien, etc.

D'autre part, on ne peut nier que le Bréviaire réformé de saint Pie V ne fût de beaucoup supérieur à tous ceux qui existaient alors dans l'Eglise ; du moment que les Moines songeaient , à leur tour, à réformer leurs propres Bréviaires, ils ne pouvaient recourir à une source plus pure. En outre, à ne considérer que les moyens d'exécution les plus faciles pour la réforme d'un Bréviaire Monastique, il est clair qu'on épargnait une grande partie des frais, et qu'on facilitait grandement l'opération , en ramenant à l'unité la Liturgie Bénédictine, en effaçant les usages particuliers de chaque Ordre ou Congrégation. Ce plan, dont les avantages balancent les inconvénients , fut conçu et exécuté par les Procureursgénéraux des diverses Congrégations Bénédictines, résidant à Rome. Tout en maintenant la forme générale de l'Office Monastique , ils s'attachèrent à faire entrer dans leur cadre la presque totalité du Bréviaire de saint Pie V, et soumirent à l'approbation du souverain Pontife ce nouveau travail. Un grand nombre de traditions antiques et vénérables dans l'Ordre avait été sacrifié; le Psautier, dont la règle de saint Benoît exige si strictement la récitation chaque semaine, se trouvait interrompu dans toutes les fêtes des Saints ; mais alors ces fêtes, beaucoup moins multipliées qu'aujourd'hui , laissaient encore la liberté de satisfaire le plus souvent à cette inviolable loi. Paul V accorda son approbation par un Bref du 1er octobre 4612 : cependant, il ne voulut pas obliger tous les Ordres militants sous la règle Bénédictine, à rejeter les autres Bréviaires pour suivre exclusivement celui que venaient de rédiger les Procureurs-généraux ; il se contenta de les exhorter en général à recevoir le Bréviaire et les livres de chœur nouvellement réfor-

LITURGIOUES. 17

mes (i) , et afin de porter plus efficacement les Bénédictins à . les adopter, il attribua à la récitation du nouveau Bréviaire Monastique les mêmes indulgences dont saint Pie V avait encouragé l'usage du Bréviaire Romain (2).

En Italie et généralement dans les pays étrangers, les Ordres et Congrégations qui vivaient sous la règle de saint Benoît embrassèrent le Bréviaire de Paul V. Outre l'avantage de se rapprocher en beaucoup de choses de l'Office réformé , on trouvait celui de se procurer aisément les livres, et d'éviter les grands frais qu'occasionnait toujours , dans chaque Congrégation, la réimpression des Usages particuliers. Néanmoins, l'Ordre de Citeaux tout entier refusa de changer ses livres, dans lesquels, ainsi que nous l'avons dit, l'élément Grégorien était mélangé de Parisien. En France, les Congrégations de Saint- Vannes et de Saint-Maur acceptèrent le nouveau Bréviaire, mais plutôt de fait que de droit, en déclarant expressément, dans leurs constitutions, qu'elles n'entendaient pas recevoir les nouveaux Offices de Saints qu'on ajoutait sans cesse à ce Bréviaire (3)'. En Espagne , la Congrégation Tarragonaise se tint aussi à ses anciens livres; celle de Valladoiid attendit jusqu'en 1621 pour adopter les

(1) Nos laudabile consilium hujusmodi plurimum commandantes et omnes cjusdem Ordinis Religiosos ad Bre?iarium et libres chorales, ut praîfertur reformatos unanimiter recipiendos in Domino hortantes,a opus hujusmodi quantum cum Domino possumus, promovere cupientes , etc.

(2) Vid. la note B.

(3) Praeter sanctorum festivitates quas Sanctlssimus Dominus Noster Urbanus Papa VIII Caleudario Breviarii Romani addidit, nuUus inducat alia festa , inconsulto Capitulo Generali. Declar. Cong. S. Mawi,in Cap. XIV. Régulas S. P. Benediai.

Kemo , inconsulto Generali Capitulo , inducat festa ab iis qus fuerint in Galendariosmpressa , vel In Diœcesi prœcepta. Declar, Cong, SS. Fitoni et ffydulphi, in idem caput.

T. il. 2

iS INSTITUTIONS

nouveaux; mais clic se maintint, comme celle de Saint- Vannes et de Saint-Maur, dans l'usage de fixer son Calendrier. Nous parlerons de Cluny, au chapitre suivant.

Quatre ans après la publication du Bréviaire Monastique de Paul V, il émana un avis et déclaration de la Congrégation des Rites , portant que l'opinion de ce tribunal était que tous les Moines et Moniales qui militent sous la régie de saint Benoît, peuvent et doivent se servir du Bréviaire de Paul V, nonobstant que plusieurs exempts se fussent servis , par le passé , du Romain ou de tout autre [i).

L'autorité de cette déclaration ne prévalut pas néanmoins de telle sorte qu'elle détruisît les Bréviaires Monastiques qui avaient survécu. On jugea qu'elle n'était pas préceptive, puisque , dans ce cas, elle eût été en contradiction avec le Bref de Paul V, antérieur seulement de quatre ans, et dans lequel ce Pontife se contente d'exhorter les Moines à adopter le Bréviaire rédigé par les Procureurs généraux. Dans Rome même, l'Ordre de Citeaux , en particulier, continua, long-temps encore, d"employer dans les Offices divins le seul Bréviaire Cistercien ; et, vers la fin du même siècle, le Cardinal Bona, dans son beau traité de Divina Psalmodia, imprimé à Rome , consacrait un chapitre entier à détailler avec complaisance les avantages du Bréviaire Cistercien sur le Monastique de Paul V.

Au reste, tous ces Bréviaires Monastiques ne différaient

(1) Sacra Rituum Congregatio eensuit et dechravit omues monaclios et Moniales qui et quaî mililaut sub régula S. Bcnedicti , po$se et debere uti Breviario Benedictino nuper de mandalo SS. D. N. Pauli V Papae edito pro omnibus religiosis qui militant sub régula S. Patris Benedicti: nonobstant quod aliqui exempti in prxleritum usi fucrint Romano , vel alio Breviario Et ita declaravil die 24 Jauuarii , anno Doniini 1616.

les uns des autres que dans des particularités d'un intérêt secondaire. La disposition des Offices était, dans tous, celle de la Règle de saint Benoît ; dans tous, la plupart des Antiennes, Répons, Hymnes, étaient conformes aux anciens Responsoriaux de saint Grégoire , par conséquent au Bréviaire de saint Pie V. Le reste , ainsi que dans les Bréviaires des diocèses, était emprunté aux coutumes locales, mais surtout au Romain-Français , dont l'influence s'était étendue si loin. Pour le Missel, nous avons déjà remarqué que les Moines n'en connaissaient point d'autre que celui de l'Eglise Romaine, auquel ils joignaient quelques usages particuliers. Le Missel Monastique que publia aussi Paul Y se répandit dans la même proportion que son Bréviaire.

Urbain VIII , qui succéda à Paul V, après le trop court pontificat de Grégoire XV, entreprit la révision du Bréviaire ; on ne l'avait pas faite depuis Clément VIII. Les commissaires qu'il nomma pour ce travail furent le Cardinal Louis Gaétan, Tégrime Tcgrimi , Evêque d'Assise et Secrétaire de la Congrégation des Rites ; Fortuné Scacchi , Sacristain de la Chapelle Papale ; Nicolas Riccardi , Maître du Sacré Palais ; Jérôme Lanni, Référendaire de l'une et l'autre Signature; Hilarion Rancati, Abbé de Sainte-Croix en Jérusalem; Jacques Vulponi, de l'Oratoire de Saint-Philippe de JNéri; Barthélemi Gavanli, des Clercs Réguliers de Saint-Paul ; Térence Alciali, Milanais, Consulteur de la Congrégation des Rites, ainsi que plusieurs des précédents ; enfin le célèbre Annaliste des Frères Mineurs , Luc Wading (1).

Le travail de la commission consista principalement à revoir les Homélies des saints Pères sur les originaux , à substituer aux anciennes quelques-unes qui paraissaient mieux

(i) Merati in Gavantum. Thesaur. Sacr. Ritirom. Tom. III. 4°. pag. 2i.

adaptées. On s'occupa aussi d'éclaircir les Rubriques, et de fixer la ponctuation des Psaumes pour le chant. Cette correction, publiée par un Bref du 25 janvier 1631 , qui commence par ces mots : Divinam Psalmodiam (1) , est la dernière qui ait été faite ; les successeurs d'Urbain VIII ont pu ajouter des Offlces au Bréviaire ; mais il ne porte en tête que les seuls noms de saint Pie V, de Clément VIII et d'Urbain VIII.

La correction d'Urbain VIII n'attirait pas seulement l'attention par les réformes dont nous venons de parler : une particularité plus importante encore la rendait remarquable. La plupart des Hymnes avaient été retouchées et ramenées aux règles du vers, par ordre d'Urbain VIII. Ce Pape, qui aimait les lettres et cultivait avec succès la poésie latine , ne pouvait supporter les nombreuses incorrections que présentaient la plupart des Hymnes du Bréviaire. Il regrettait , comme il le dit dans son Bref, que les saints Pères eussent plutôt ébauché que perfectionné leurs hymnes ; et la décence du service divin lui semblait réclamer impérieusement une réforme sur cet article. Le talent dont il avait fait preuve - dans la composition des Hymnes qu'il a mises au Bréviaire et dont nous parlerons plus loin, le rendait fort capable de réaliser cette entreprise difficile : néanmoins, il ne jugea pas à propos de s'en charger. Il la confia à trois Jésuites : Famien Strada, Tarquin Galluzzi et Jérôme Pelrucci , qui corrigèrent au-delà de neuf cent cinquante fautes contre la prosodie.

Comme il ne pouvait manquer d'arriver , l'œuvre de ces trois commissaires a été jugée fort diversement. Les uns,

(1) Vid. la note 0.

comme les Pères Théophile Raynaud (I) , Charles Guyet (2) , Faustin Arevalo (3), etc. , ont pris la défense de l'œuvre de leurs confrères , et, il nous semble, avec raison. D'autres, comme le P. Louis Cavalli, Franciscain, Pénitencier de Saint- Jean-de-Latran , dans un livre d'observations qu'il a composé exprès ; Jean-Baptiste Thiers, dans sa satire du Bréviaire de Cluny ; Henri Valois, cité par Mérati, ont fort maltraité les correcteurs des Hymnes Romaines. Si, après tous ces auteurs, il nous est permis de faire connaître notre avis, nous dirons d'abord que c'était une œuvre grandement difficile de corriger les vers d'autrui , et des vers dont le sens et les paroles étaient dans la mémoire de tout le monde. On demandait aux correcteurs de conserver la mesure et le sens de chaque vers, de maintenir le fond des expressions,- en un mot la couleur générale et particulière. Ils ont rempli cette tâche, suivant nous, autant qu'elle pouvait être remplie. Il y a sans doute de rares endroits où ils ont trop sacrifié à une pureté classique : mais la plupart du temps l'onction primitive est restée , en même temps que l'expression devenait à la fois plus nette et plus claire. Nous leur reprocherons seulement d'avoir changé le mètre de l'Hymne de saint Michel : Tibi, Christe, splendor Patris , et de celles de la Dédicace d'une Eglise . Urbs Jérusalem beata et Angularis fundamentum.

Quoiqu'il en soit de notre sentiment particulier, on ne peut nier que l'adoption des Hymnes ainsi corrigées n'ait fourni matière à de grandes oppositions. Leurs causes principales étaient la difficulté , en tout temps si grande , de déraciner la routine , l'impossibilité de corriger, sans les gâter, les anciens

(t) Tbeoph. Raynaudi opéra. Tom. XI. Minutalia sacra, pag. 12.

(î) Eorlologia sacra. Lib. III. Cap. V. quest. 2.

(3) Hyranodia Hispanica. De Hymnis ecclesiast. §. 28.

livres de chœur, enfin la faeture peu musicale d'un certain nombre de vers. Cavalli rapporte à ce sujet un mot qui , pour être devenu célèbre , n'en est pas pour cela plus juste. Un Belge, d'ailleurs homme pieux et docte, disait, en parlant des Hymnes réformées : Accessit latinitas et recessit pietas. Les chantres Romains prétendaient aussi que les correcteurs étaient plus familiers avec les Muses qu'avec la Musique. Il fut impossible d'étab'ir l'usage des Hymnes corrigées dans la Basilique de Saint-Pierre; mais elles s'étendirent rapidement dans les autres Eglises de Rome , de l'Italie, et même de la Chrétienté, hors en France. Ceux de nos diocèses qui suivaient le Romain pur, préférèrent , en général , garder les anciennes. On rencontre peu d'éditions françaises du Bréviaire avant 1789, dans lesquelles les nouvelles se trouvent : encore, le plus souvent, sont-elles renvoyées à la fin , en manière d'appendice. Au contraire , les éditions publiées depuis douze ou quinze ans ont, presque toutes , reproduit uniquement les Hymnes corrigées.

Quant aux Ordres religieux, ceux qui sont astreints au Bréviaire Romain embrassèrent les nouvelles Hymnes , excepté toutefois les Franciscains des provinces de France. Les Ordres et Congrégations Monastiques gardèrent les anciennes. La Congrégation de Saint-Maur est la seule qui , après diverses variations, eût enfin adopté définitivement la correction d'Urbain VIII. Aujourd'hui encore, dans Rome même , les Bénédictins du Mont-Cassin , les Cisterciens , les Chartreux, etc., chantent les anciennes Hymnes : elles sont également restées en usage dans le Bréviaire Dominicain.

Urbain VIII, après avoir opéré la révision du Bréviaire, entreprit celle du Missel, considérant ces deux livres, fondement de la Liturgie , comme les deux ailes que le Prêtre de la

loi nouvelle, à l'exemple des Chérubins du Tabernacle antique, étend chaque jour vers le vrai propitiatoire du monde (1). La même commission qui avait été établie pour la révision du Bréviaire donna ses soins à celle du Missel. On Ht aux Rubriques plusieurs corrections et éclaircissements , et on rétablit dans sa pureté le texte de l'Écriture , altéré en quelques endroits. Celte correction du Missel est aussi la dernière : c'est pour cette raison que ce livre , comme le Bréviaire , a porté depuis sur son titre le nom d'Urbain VIII avec ceux de saint Pie V et de Clément VIII. Le Bref de publication est du 2 septembre 1634 , et commence par ces mots , Si quid est in rébus humants. Nous ne le donnons pas dans les notes de ce chapitre, parce qu'il présente moins d'intérêt que celui qui a rapport à la révision du Bréviaire et à la correction des Hymnes. Enfin Urbain VIII publia une nouvelle édition du Pontifical , avec quelques changements et améliorations, et la promulgua, comme désormais obligatoire , par un Bref du 17 juin 1644 , qui commence par ces mots : Quamvis alias.

Nous ne terminerons pas cette histoire liturgique de la première moitié du dix-septième siècle, sans parler des accroissements que reçut , durant cette période , le Bréviaire Romain, par l'addition des Offices de plusieurs Saints qui furent proposés par les souverains Pontifes au culte de l'Eglise. Il est juste, en effet, que cette Epouse du Christ célèbre les triomphes de ses enfants, à quelque siècle qu'ils aient

(1) Quamobrem sicuti nuper ad divini Officii nitorcm reformari Breviarium, ha demum hujus eiemplo ad divini sacrificii ornamentum corrigi Missale mandavimus ; et quoniam basée quasi alas quas sacerdos, instar Cherubim prisci mystici tabernaculi, quotidie pandit ad verum mundi propitiatoriura , decet esse plane g^minas, atque uniformes, etc. Bref du 2 septembre 1631.

appartenu ; car elle ne doit point rougir de placer dans ses fastes les fils qu'elle a nourris dans la vieillesse de ses mamelles (1), à côté de ceux qui furent les prémices de sa maternité. Au dix -septième siècle , la France ne s'était pas rendue sourde encore a cette voix du Pasteur suprême qui retentit, à chaque nouveau pontificat, dans les Eglises de Dieu , portant Tordre qu'à l'avenir tel jour de l'année demeure consacré à la mémoire d'un serviteur de Dieu. Sous sa hutte de roseaux , au fond des antres qui le cachent, le Missionnaire qui n'a pour consolation que son Bréviaire , apprend cette grande nouvelle , et se sent fortifié par ce nouveau signe de vie que lui envoie la Mère des Chrétiens ; il s'unit à toutes les Eglises : celle d ' France est la seule qui ne répétera point avec lui le Cantique nouveau.

Clément VIII, dans sa révision du Bréviaire, avait, à l'exemple de Grégoire XIII et de Sixte-Quint , ajouté au Calendrier de saint Pie V plusieurs nouveaux Saints. Par différents décrets, il avait établi , pour la première fois , l'Office de saint Romuald, Abbé de Camaldoli , et celui de saint Stanislas, Evêque de Cracovie et Martyr, l'un et l'autre du rite semi-double. Il avait élevé au rang des doubles-majeurs, la Visitation de la Sainte Vierge , les deux fêtes de la Chaire de saint Pierre , à Rome et à Antioche , et celle de saint Pierreaux-Liens. La fête de saint Jean Gualbert , Abbé de Vallombreuse , avait été établie du rite simple , et celle de saint Polycarpe , Evêque de Smyrne et Martyr, élevée , de simple qu'elle était, au degré de semi-double. Clément VIII, après avoir uni le culte de l'illustre Martyre Flavia Domitilla à celui des saints Nérée et Achillée , avait aussi rehaussé d'un degré cette fête simple jusqu'alors. Mais en retour, sans

(1) Adhuc multipHcabuntur in senecta uberi. Psalm. XCl. 15.

doute pour ménager davantage les droits du Dimanche, il avait abaissé du rang des doubles à celui des semi-doubles, les Jfyes de saint François de Paule , de saint Pierre , Martyr, de saint Antoine de Padoue et de saint Nicolas de Tolentin.

Paul V établit l'Office de saint Casimir, prince Polonais, et celle de saint Norbert, Instituteur des Prémontrés, du rite semi-double. Il approuva du même degré, mais ad libitum, la fête de saint Charles Borromée , celle des Stigmates de saint François; et du rite double, pareillement ad libitum, l'Office des saints Anges Gardiens. La fête de saint Ubalde, Evêque de Gubbio , fut aussi instituée par le même Pontife, mais du rite simple. Enfin , Paul V rendit à saint François de Paule le degré de double que lui avait enlevé Clément VIII. Mais aucun Pape de l'époque qui nous occupe ne surpassa Urbain VIII pour le zèle à instituer de nouveaux Offices. Il établit la fête double de saint Hyacinthe , Dominicain Polonais , et institua semi-doubles de précepte les fêtes de sainte Bibiane , Vierge et Martyre ; de saint Herménégilde , Martyr ; de sainte Catherine de Sienne , Vierge ; de saint Eustache et ses compagnons, Martyrs; enfin, de sainte Martine, Vierge et Martyre, et de sainte Elisabeth, Reine de Portugal, dont il composa lui-même les Hymnes et l'Office entier. Urbain VIII approuva, en. outre, comme semi- doubles ad libitum, les fêtes de saint Philippe de Néri, Instituteur de l'Oratoire de Borne ; de saint Alexis , Confesseur ; de saint Henri II , Empereur, et de sainte Thérèse, Vierge, réformatrice du Carmel.

Innocent X, qui succéda à Urbain VIII, établit du rite double la fête de sainte Françoise, veuve Romaine, et du rite semi-double et de précepte, celle de saint Ignace de Loyola , de sainte Thérèse et de saint Charles Borromée. L'office de sainte Claire fut aussi établi par ce Pontife , mais seulement semi-double ad libitum.

Tels furent les accroissements du Bréviaire Romain, et en même temps du Missel, jusqu'à la moitié du dix-seplième siècle. On doit remarquer que la plupart de ces fêles sont du rite semi-double, pour conserver l'Office du Dimanche. Nous verrons une révolution en sens contraire s'accomplir successivement , et la récitation hebdomadaire du Psautier perdre une partie de son importance à mesure que nous avancerons dans l'histoire liturgique des deux derniers siècles. Nous aurons ailleurs l'occasion de dire notre avis sur cette grave modification liturgique.

Donnons maintenant la Bibliothèque des écrivains li tu légistes qui ont fleuri dans la première moitié du dix-seplième siècle.

En tête, nous placerons Victorius Scialak , Moine Maronite, né au Mont-Liban, qui vivait à Rome au commencement du dix-septième siècle , et y enseignait les langues orientales. Il traduisit d'arabe en latin les Liturgies attribuées à saint Basile, à saint Grégoire de Nysse et à saint Cyrille d'Alexandrie. Cette collection fut imprimée à Augsbourg , en 1604.

(1604) . Jean de Angclis, Frère Mineur Observantin, donna en espagnol un ouvrage imprimé à Madrid sous ce tilre : Tratado de los sacratissimos mysterîos de la Misa,

(1605) . André Hoius, ou Hove, professeur de langue grecque à Douai, est auteur d'un livre intitulé : Antiquitatum liturgicarumarcana concionatoribus etpastoribus uberrimum promptuarium , sacerdotibus serium exercitium, religions meditationum spéculum, nobilibus spiritualis venalio, laicis litteratis sancta detotio, omnia ex diversis auctoribus tribus tomis comprehensa. A Douai, in-8°. Pour être juste, nous devons dire que l'exécution du livre ne répond pas tout-à-fait à de si magnifiques promesses.

(4606). Jean-Paul Palantieri, Franciscain, Evéque de Cedonia, a laissé une explication des Hymnes ecclésiastiques imprimées à Bologne en 1606.

(1603). Le célèbre Jésuite Jean Gretser, un des plus vaillants antagonistes de la réforme , et dont les œuvres volumineuses forment l'un des plus vastes répertoires de l'érudition catholique , a laissé plusieurs traités intéressants sur les matières liturgiques. Nous citerons en particulier : i° De Sacris peregrinationibus , libri IV; 2° De Ecelesiasticis processionibus, libri II ; 3° Podoniptron seu Pedilavium, hoc est , de more lavandi pedesperegrinorum et hospitum, avec une addition au livre des Pélérinages ; 4° De funere Christiano, libri III; 5° De Festis, libri IL II donna plus tard un supplément à ce dernier ouvrage, dans lequel il traite d'une manière spéciale du culte et de la fête du Saint Sacrement. 6° De Benedictionibus, libri duo, et tertius de mahdictionibus ; 7° De Sancta Cruce, ouvrage non moins fécond pour la science liturgique que pour celle de l'antiquité chrétienne en général. Nous omettons un grand nombre d'autres opuscules qui figurent avec les livres que nous venons de citer dans la belle édition des œuvres de Gretser, donnée en dixsept volumes in-folio, à Ingolstadt, en 1734.

(1607) . Nicolas Serrarius, Jésuite Lorrain, est auteur de deux livres intitulés : le Litaneutique, ou des Litanies, dans le premier desquels il traite de l'antiquité et de l'utilité des Litanies, et dans le second de l'invocation des Saints. Il a composé aussi un traité des Processions, divisé pareillement en deux livres. Ces deux ouvrages , remplis de science et d'intérêt , se trouvent dans la collection des Opuscules de Serrarius, imprimée à Mayence en 1611, in-folio.

(1608) . Jean-Baptiste de Rubeis publia à Plaisance un livre intitulé : Rationale divinorùin officiorum. Quelques re-

cherches que nous ayons faites d'ailleurs, l'auteur et son livre ne nous sont connus que par la simple mention qu'en fait Zaccaria.

(4610). Ce fut en cette année que les éditeurs Parisiens de la Bibliotheca veterum Patrum , de Margarin de la Bigne , donnèrent eu manière de supplément un dixième tome qui contient une nouvelle et meilleure édition de la collection liturgique d'Hittorp. Cette édition , qui est postérieure de dix-neuf ans à celle que Ferrari avait publiée à Rome , à la fin du seizième siècle, est la dernière de toutes. Elle est aussi la plus correcte, principalement pour l'ouvrage d'Honorius d'Autun, intitulé : Gemma animœ.

(4610). André Duval , Docteur et Professeur de Sorbonne, si connu par sa franche orthodoxie, a publié, en 4610, un ouvrage mentionné par Ellies Dupin , sous ce titre : Observations sur quelques livres de l'Eglise de Lyon.

(1611) . Claude Villette , Chanoine de Saint-Marcel de Paris, a laissé un ouvrage intitulé : Les raisons de l'Office , et cérémonies qui se font en l'Eglise Catholique , Apostolique et Romaine. Ensemble les raisons des cérémonies du Sacre de nos Rois de France, et des douze marques uniques de leur royauté céleste, pardessus tous les Rois du monde. Ce livre, dont la doctrine est puisée dans les liturgistes du moyenâge, présente un grand intérêt, et a eu plusieurs éditions, tant du format în-4° que du format in-12.

(1612) . Jean Chapeauville , Docteur de Louvain, est auteur de l'ouvrage suivant qui a été réimprimé plusieurs fois : Tractatus de necessitate et modo ministrandi sacramenta tempore pestis. ( Mayence 1612, in-8°. ) On trouve, à la fin du second volume de l'histoire des Evêques de Liège , par le même , un traité historique de prima et vera origine (estivitatis SS. Corporis et sanguinis Christi.

(1613). Augustin de Herrera , Jésuite Espagnol, a laissé deux ouvrages importants , imprimés à Séville , dans la langue nationale, le premier sous ce titre : Del Origen, y progresoen fa Iglesia Catolica de los Ritos , y ceremonias , que se usan en el santo sacrificio de la Misa (1613, in-4° ); et le second intitulé : Origen, y progreso del O/icio divin , y de sus observancias Catholicas, desde el siglo primero de la Jglesia al présente ( 1644, in-4°).

(1613). Jean-Baptiste de Glano, Religieux Augustin, Docteur de Paris, a composé, au rapport d'Ellies Dupin, un livre intitulé : Des Cérémonies des principales Eglises de l'Europe.

(1615) . Joseph Visconti, connu dans la république des lettres sous son nom latinisé de Vicecomes , fut un des conservateurs delà Bibliothèque Ambrosienne, fondée à Milan , par l'illustre Cardinal Frédéric Borromée. Il a composé sous le titre Observationes Ecclesiasticœ , quatre volumes devenus rares, mais honorés d'une juste célébrité. (Milan 1615, 1618, 1620, 1626, in-4<>. ) Le premier traite des Rites du Baptême ; le second, de ceux de la Confirmation ; le troisième, des cérémonies de la Messe, et le quatrième , des choses a préparer pour célébrer convenablement ce Sacrifice.

(1616) . Jean-Baptiste Scorlia, Jésuite Génois, a publié quatre livres, de Sacrosancto Missœ sacrificio, qui ont été imprimés à Lyon, en 1616, jn-4", et qui attestent une science remarquable dans leur auteur.

(1617) . Pierre Halloix, savant Jésuite Flamand, parmi ses nombreux écrits, a laissé sur une matière liturgique l'ouvrage intitulé : Triumphus sacer sanctorum , sive de cœremoniis in Reliquiarum sanctorum translationibus usurpât is. Antverpine, (In-8\ )

(1618) . Martin de Alcazar, Hiéronymite, est auteur de

l'ouvrage suivant : Kalendarium Romanwn perpetuum ex Breviario et Missali Ctementis VI II anthoritate récognitif , cum festis quœ gêner aliter in Hispaniam celebrantur, in quo ordo recitandi Oflicium divinum et Missas celebrandi dilucide exponitur. ( Madrid , in-4p. ) Cet ouvrage paraît être le premier dans son genre , et précéda de plusieurs années Y Ordo perpétuas, de Gavanti.

(1619). Gaspard Loartes est auteur d'un livre imprimé à Cologne, sous ce titre : De Sacris peregrinationibus , Reliquiis et divitiis (1619, in-4°.). Nous ne connaissons cet auteur et son livre que par Ellies Dupin et Zaccaria.

(1619). Le Cardinal Frédéric Borromée , Archevêque de Milan et neveu de saint Charles , outre le Cœremoniale Ambrosianum, par lequel il compléta la Liturgie de son Eglise, est auteur d'un livre imprimé a Milan, en 1632, du format in-folio, sous ce titre : De Concionante Episcopo, dans lequel il traite savamment de l'aparcil liturgique qui doit accompagner l'Evêque annonçant la parole de Dieu à son peuple.

(1621). François-Bernardin Ferrari, Préfet de la Bibliothèque Ambrosienne , a laissé un ouvrage en trois livres sur un sujet analogue à celui du Cardinal Frédéric Borromée , sous ce titre : De Ritu sacrarum Eccîesiœ veterU concionum, in-4°. Ce livre remarquable a été réimprimé plusieurs fois. Nous avons encore du même Ferrari , sur une matière liturgique , sept livres de Veterum acclamationibus et plausu. 4627, in-4\ Il y traite en effet des acclamations, tant dans les assemblées ecclésiastiques, que dans les réunions profanes.

(1623). Michel Lonigo, personnage dont nous ignorons les qualités, mais qui paraît avoir exercé les fonctions de Cérémoniaire, a composé un livre curieux intitulé : DeWuso

délie vesti de signori Cardinali, tanto nelk Chiese âi Roma, quantofuori. A Venise. In-8°. 1623.

(1623). Gabriel de l'Aubespine, Evéque d'Orléans, homme d'une grande érudition , a bien mérité de la Liturgie par son livre de Veteribus Ecclesiœ Ritibus, imprimé à Paris, in-4°, en 1625; et par un autre, en français, intitulé: Ancienne police de V Eglise sur l'administration de l'Eucharistie et sur les circonstances de la Messe. Paris. In-8°. 1629.

(1625). Fortunat Scacchi , Religieux Augustin, fut Ëvêquc de Porphyre et Sacristain de la Chapelle Papale. Il est Tauleur d'un bel ouvrage sur les Huiles et les Onctions sacrées, qui parut à Rome en 1625, in-4°, et a été réimprimé, au dix-septième siècle, à Amsterdam, du format in-folio. H porte ce titre : Sacrorum Ekeochrismatum myrotkecia tria. Nous ne parlons point de l'ouvrage inachevé du même Scacchi , sur la canonisation des Saints , non plus que d'un certain nombre de traités de divers auteurs sur le môme sujet, parce qu'ils sont presque exclusivement consacrés au détail et à la discussion des procédures , et que la partie liturgique n'y tient qu'une place fort restreinte. Il en est tout autrement de l'ouvrage de Benoît XIV.

(1626). Mutio, Capucin Italien , publia à Rome, en 1612, un ouvrage intitulé : Tractatus de significatis sacrosancti sacrificii Missœ , et un autre, en 1626, sous ce titre : Declaratio dedivinis Ofliciis et de Cœremoniis quœ fiunt in excquiis defunctorum. »

(1628). Barthélemi Gavanli, Milanais, de la Congrégation des Clercs Réguliers de saint Paul , appelés aussi Barnabites, a laissé un nom à jamais célèbre dans les fastes de la Liturgie. Nous avons vu qu'il fut appelé, par Clément VIII et Urbain Mil , à faire partie des commissions que ces deux Pontifes formèrent, à trente années d'intervalle* pour la ré-

vision du Bréviaire et du Missel. En 1632, il fut désigné par l'Archevêque de Milan pour faire à lui seul les changements, additions et corrections nécessaires dans le Cérémonial de' cette grande Eglise. Sa réputation de liturgiste s'étendit jusqu'en Allemagne et en France. Le Cardinal d'Arach , Archevêque de Prague, l'accabla de sollicitations pour le déterminer à venir régler les cérémonies de son Diocèse : Urbain VIII refusa à Gavanti la permission de sortir de Rome. Le Pape donnait en ces termes le motif de son refus, dans un Bref qu'il adressa au célèbre liturgiste : Rescribo te, auctoritate nostra , universœ Ecclesiœ bénéficia, in Breviarii Romani emendatione occupatum. Le P. Boudier, savant liturgiste Bénédictin , vint jusqu'à six fois à Rome pour conférer avec Gavanti. Enfin , plusieurs Evêques de France le sollicitèrent à leur tour de passer les Alpes et de venir travailler à une édition du Pontifical à l'usage des Eglises de ce royaume. Il mourut en 1638. Ses principaux ouvrages sur la Liturgie sont :

1- Thésaurus sacrorum rituum, sive Commentaria in rubricas Missalis et Breviarii. Ce livre est trop populaire pour que nous ayons besoin de nous étendre sur son mérite. Nous parlerons plus loin de l'édition qu'en a donnée Merali.

2° Octavarium Romanum. Nous aurons bientôt l'occasion de parler de ce livre.

3° Ordo perpetuus recitandi Officium divinum.

(1629) . Louis Cressol , Jésuite Français, a laissé, sous le titre de Mystagogus, de Sacrorum hominum disciplina (Paris, in-folio) , un livre rempli d'érudition liturgique.

(1630) . Jean Filesac, Docteur de Sorbonne, doyen de cette Faculté , Curé de Saint-Jean en Grève , fut un homme remarquable par sa profonde érudition sacrée et profane. On trouve sur certaines questions de la science liturgique ,

un grand nombre de détails curieux dans ses divers écrits , qui ont été recueillis en deux collections, Tune intitulée : Opéra varia (Paris, 1014; 2 vol. in-8°); l'autre, Opéra selecta (Paris, 1621 ; 3 vol. in-4°). Celte dernière renferme, entre autres , les dissertations suivantes : De Cœremoniie ; de Sanctorum Festis diebus ; Sanctorum imaginum radiatumeaput; Baptismi lux et candor ; Funus vespertinum ; de Cantu Ecclesiw , etc.

(1634). Anaclet Secchi, Barnabite, est auteur d'un ouvrage précieux et souvent réimprimé , sur le chant ecclésiastique ; il porte ce titre : Uymnodia Eccksiastica , et a été imprimé, entre autres éditions, à Anvers, en 1034, in-8\ Il a été depuis traduit en langue italienne.

(1654). Pierre Arcudius, savant Prêtre Grec, a laissé un ouvrage très célèbre sur la Liturgie des Grecs comparée avec celle des Latins, dans l'administration des Sacrements. Il est intitulé : De Concordia Ecoles Uu Occidentalis et Orientalis in septem Sacramentorum administratione. Les premières éditions de Paris sont de 1619 et 1625, in-4°.

(1633). Simon Yaz Barbosa, Portugais, Docteur de Coïmbre, frère du célèbre canon istc du même nom, est auteur d'un livre imprimé à Lyon, in-8°, en 1035, sous ce titre : Tractatus de dignitate, origine, et significatis mystermis Ecclesia8ticorum graduum , Ojficii divini , vestium sacerdotalium et Pont i fie alium , atque verborum , cœremoniarum et aliarum rerum pertinentium ad sanctissimum Missœ sacrifie ium.

(1637). Marc Diaz, Portugais, Franciscain de l'Observance, fit paraître à Rome, en 1637, un Ordo perpetuus recitandi Officii divini.

(1637). Joseph de Sainte-Marie, Chartreux Espagnol, a publié à Séville, en 1637, un ouvrage in-4% sous ce titre :

Sacros Ritos y Cerimonias Baptismales ; et un autre du même format, en 1642 , intitulé : Triunfo del agua bendita. Il parait qu'il avait travaillé aussi sur les Exorcismes.

(1638). Dominique Giacobazzi, dit en latin Jacobatius, a composé le fameux traité de Conciliis, qui est joint à l'édition des Conciles de Labbe. On trouve dans cet important ouvrage tous les détails nécessaires sur les formes liturgiques qui doivent êlrc employées dans les Conciles.

(1641). Jacques Evcillon, Chanoine de Saint-Maurice d'Angers, fut chargé, vers 1620, par Guillaume Fouquet , son Evêque , de la révision du Bréviaire et du Rituel de ce Diocèse. Il a publié, sur les matières liturgiques, deux ouvrages estimés. Le premier est intitulé : De Processionibus ecclesiasticis liber. (Paris, in-8% 1641.) Le second a pour litre : De Recta psallendi rationc. ( La Flèche, in-4", 1646. )

(1641). Jean Garcia, Franciscain Espag noi , pu blia, à Lima, en 1641, un ouvrage sous ce titre : Explication de los Misterios de la Misa, y de sus ceremonias.

(1641) . Jacques Lobbetius, de Liège, est auteur d'un volume in-4°, imprimé en cette ville, sous ce titre : De Religioso templorutn cultu.

(1642) . Dom Hugues Ménard, qui ouvre avec tant tle gloire l'imposante liste des savants de la Congrégation de Saint-Maur, fut un lilurgistedu premier ordre. Il suffira de mentionner ici son édition du Saeramentaire de saint Grégoire, donnée à Paris en 1642, in-4°, avec les excellentes notes dont il l'accompagna. On sait que Dom Denys de Sainte- Marthe n'a pas cru pouvoir mieux faire que d'admettre tout ce travail de son ancien confrère dans sa belle édition des œuvres de saint Grégoire le Grand.

(1643) . Isaac Habert, Docteur de Sorbonne, Chanoine de Paris, puis Evêque de Vabres, donna en cette année

une édition de VArchieraticon, ou Pontifical de l'Eglise Grecque. Il appartient en outre à la Bibliothèque des liturgistcs du dix-septième siècle , par plusieurs Hymnes remarquables par l'onction et la facilité, et qui ont été admises dans la plupart des modernes Bréviaires de France.

(1646). André du Saussay, Evèque de Tulle , a laissé trois ouvrages curieux sur les habits sacrés. Le premier, sur les ornements épiseopaux, est intitulé: Panoplia Episcopalis, seu de sacro Episcoporum ornatu. Libri VU, (Paris, 1646, in-folio). Le second, qui traite de l'habit clérical, a pour titre : Panoplia Chricalis, seu de Clericorum tonsuraet habitu. Libri X V. ( Paris , 1 649 , in-folio ) . Le troisième , enfin , a pour objet les vêtements sacrés du Prêtre , sous ce titre : Panoplia Sacerdotalis , seu de venerando Sacerdotum habit u. Libri XIV. (Paris, 1653, in-folio). Du Saussay est encore auteur d'un livre sur le chant ecclésiastique, publié à Toul, in-8°, en 1657, et intitulé : Divin a Doxologia, seu sacra gtorificandi Deum in Hymnis et Canticis methodus, et d'un autre qui a pour titre : De Sacro Ritu prœferendi crucem majoribus prœlatis Ecclesiœ libellas. 1628, in-8".

(1047). Jacques Goar, Dominicain, s'est rendu à jamais célèbre dans les fastes de la Liturgie, par son édition de VEucologion des Grecs, avec une traduction latine et des notes savantes. L'ouvrage fut imprimé à Paris, en 1647, in-folio.

(1648). Léon Allacci, en latin Allatius, l'un des plus savants littérateurs italiens du dix-septième siècle , était né de parents Grecs. Il eut la charge de Bibliothécaire du Vatican, et a laissé beaucoup de travaux destinés à faire connaître la Liturgie des Grecs modernes. Nous citerons, entre autres, les dissertations de Dominicis et hebdomadibus recentiorum Grœcorum ; de Musa prœsanctificatorum, et de Communions

orientalium sub specie unica , que l'on trouve à la suite de l'excellent traité de Ecclesiœ occidentalis et orientalis perpétua consensione. ( Paris, 1648, in-4°). Allacci a laissé aussi un traité de Libris Eccksiasticis Grœcorum. (Cologne, 1645, in-8"); un autre, de Templis Grœcorum recentioribus , de Narthece Ecclesiœ veteris et de Grœcorum quorumdam orrfinationibus ( Cologne , 1645 , in- 8° ) , etc.

(1646). Michel Bauldry, Bénédictin de l'ancienne observance, grand Prieur de Maillezais, a acquis t ne juste célébrité tant en France qu'à l'étranger, par son excellent M a nu aie sacrarum cœremoniarum juxta ritum sanctœ Romanœ Ecclesiœ , in quoomnia quœ ad usum omnium cathedralium, collegiatarum , parockialium, sœcularium et régularium ecclesiarum pertinent, accuratissime tractantur. ( Paris, 4646, iu-4°). Cet ouvrage, fruit des travaux d'un simple particulier, a obtenu six éditions , et la pratique qui y est exposée avec une clarté admirable a été adoptée par tous les auteurs qui, depuis, ont écrit sur les Cérémonies Romaines. Bauldry rédigea aussi le Cérémonial de la Congrégation de Saint-Maur, à la prière; des Supérieurs de ce corps illustre : il y fit entrer une grande partie de son Manuel, qu'il adapta aux usages claustraux , et porta cet ouvrage à une grande perfection*

(1649), Marc-Paul Léo ne nous est connu que par Zaccaria, qui mentionne avec un grand éloge un livre publié par cet auteur, à Rome, en 1649, sous ce litre : De auctoritate et usu Pallii Pontificii.

Nous terminerons ce chapitre par les remarques suivantes :

1° Durant la première moitié du dix-septième siècle , l'Eglise universelle se reposa dans l'unité liturgique. â° L'Eglise de France commença de ressentir les premières

atteintes d'une réaction contre la liberté de la Liturgie. Cette réaction provenait des influences de la magistrature séculière.

5° En même temps qu'elle protestait, niais en vain , contre les entreprises de la magistrature, l'Assemblée de 1605 donna le premier exemple d'une entreprise eontrc le Missel de saint Pie V.

4° Rome continua de déterminer, avee une imposante solennité , les formes générales de la Liturgie , et l'Occident tout entier se montrait attentif et docile à ses prescriptions.

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