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CHAPITRE XXI

SUITE DE l'histoire DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — AFFAIRE DE LA LÉGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII.

Nous plaçons ici un épisode liturgique du plus haut intérêt pour l'histoire que nous écrivons. L'affaire de la Légende de saint Grégoire VII est tout aussi ignorée aujourd'hui que la plupart des faits qu'on a lus dans les précédents chapitres, et nous ne donnerions au lecteur qu'une connaissance imparfaite du siècle que nous avons à faire connaître sous le rapport liturgique, si nous passions sous silence un fait d'une si haute portée. Cet épisode étant d'une dimension considérable , nous l'avons entièrement détaché du récit principal , qu'il eût entravé d'une manière gênante ; nous ne douions pas cependant que la grande scène que nous allons dérouler n'intéresse ceux qui auront eu le courage de nous suivre jusqu'ici.

Un des noms les plus glorieux de l'histoire est sans contredit aujourd'hui le nom du grand Pontife saint Grégoire VII. Une justice tardive, mais éclatante, a été rendue à ce héros de l'Eglise et de l'humanité , et l'on peut même dire que sa gloire croît encore tous les jours. Pour aider à mettre dans toute son évidence ce phénomène providentiel, nous avons voulu, dans le présent chapitre, raconter une faible parlie des outrages que ce gr^nd homme, que cet admirable Saint a essuyés , non de la pai't des Protestants et des philosophes du dernier siècle (ceci serait moins instructif) , mais

de la part de plusieurs qui , prétendant appartenir toujours à l'Eglise Romaine , n'ont pas craint de récuser, comme intéressé, l'auguste jugement par lequel elle inscrivait au rang des Saints et proposait à la vénération universelle , ce Pontife vérilablemont Apostolique. Il est bon que certains faits caractéristiques d'une époque, et propres à montrer en action certains principes , soient impartialement enregistrés et publiés, dans la crainte que ces mêmes faits, venant à se perdre, les leçons importantes qu'on en peut tirer ne soient en même temps perdues. Que si quelque défaveur devait , de nos jours encore, poursuivre celui qui ose plaider une pareille cause ; nous l'acceptons d'office, tout indigne que nous en sommes, et nous nous levons sans crainte pour venger celui qui , avec son auguste prédécesseur saint Grégoire I'', est et demeurera le plus grand des Papes que l'Ordre Bénédictin ait fournis à l'Eglise (1).

Nous ne donnerons point ici l'histoire de saint Grégoire VII. Elle est écrite partout ; dans ses admirables lettres conservées en si grand nombre par les soins d'une Providence toute

(1) Nous oserons dire ici quelque chose des motifs personnels qui nous obligent à défendre et a honorer la mémoire de saint Grégoire VII. Si nos lecteurs se souviennent que ce grand Pontife , Moine de Saint- Pierre-de-Gluny, est une des gloires delà France Bénédictine, et qu'avant de monter sur la Chaire de saint Pierre, il occupa le siège Abbatial de l'insigne Monastère de Saint- Paul extra mœnia Urbis, ils comprendront la nature des sentiments que nous dûmes éprouver lorsqu'on 1857, appelé, malgré notre indignité, par le Souverain Pontife Grégoire XVI , successeur de Grégoire VII et enfant de saint Benoît, à recueillir la succession des Abbés de Cluny, nous émettions notre profesion solennelle entre les mains de l'Abbé de Saint-Paul, successeur, lui aussi, de l'héroïque Illldebrand, Puisse le glorieux Pontife, devenu si particulièrement notre père , allumer dans notre faible cœur quelques étincelles de son ardent amour pour l'Eglise de Jésus- Christ, et nous donner quelque part à cette complète abnégation avec laquelle il la servit toujours !

particulière ; dans ses œuvres généreuses qui ont sauvé l'Eglise, et sur lesquelles elle s'appuie encore aujourd'hui ; dans les récits pleins d'admiration et, certes, aussi de désintéressement que lui consacrent' aujourd'hui tant d'écrivains non suspects. Tout le monde la sait aujourd'hui cette histoire. Kous nous proposons donc seulement ici de traiter la question liturgique de saint Grégoire VII, c'est-à-dire, le culte décerné par l'Eglise à cet illustre Pontife , et les divers incidents qui se sont rencontrés dans son établissement et dans son progrès.

L'idée de la haute sainteté de Grégoire VII était déjà répandue de son vivant, et ne fit que s'accroître après sa mort. En vain les schismatiques fauteurs de l'Empereur Henri IV, ayant à leur tête le fougueux Bennon, Archi-Prétre Gardinal de l'Anti-Pape Guibert, s'efforcèrent de flétrir sa mémoire : en vain, pour expliquer la supériorité de son génie, ils l'accusèrent d'avoir commerce avec Satan, au point , disaientils, que lorsqu'il agitait ses manches, des étincelles de feu en tombaient avec abondance; en vain, ils le traitèrent de faux Prophète et l'accusèrent de n'avoir point assez ménagé l'Empereur ; le silence qu'ils gardent sur ses mœurs n'en atteste que plus énergiquemsnt, suivant la remarque de Fleury luimême (1) , l'intégrité morale du saint Pape et la haute estime qu'on faisait de sa vertu.

Du reste, le témoignage des hommes pieux qui l'avaient connu ne manqua point à sa défense. Le courageux saint Anselme de Lucques, son ami fidèle, vengea sa mémoire dans le livre qu'il a dirigé contre l'Anti-Pape Guibert (2).

(1) Hist. Ecclés. Livre 63. XXVI.

(2) Roccaberti. Bibliotheca Poatificia. Toni. IV. — Margaria de la Sigae. Bibliollieca maxima Patrum. Tom, XVIII.

Saint Pierre Damien , qui l'avait connu durant de longues années, le qualifie un homme très pur et très saint dans ses conseils (1). Saint Alphane , Archevêque de Salerne, dans une Ode remplie de la plus mâle poévSie , le compare aux saints Apôtres (2). Le B. >Mctor lil qui, après avoir professé comme lui la Règle de saint Benoît, fut son successeur sur la Chaire de saint Pierre, atteste qu'il illustra l'Eglise du Christ autant par ses exemples que par ses vertus (5). Saint Anselme, Archevêque de Cantorbéry; saint Gébchard, Archevêque de Saltzbourg, et un- autre saint Gébehard, Evêque de Constance, tous personnages contemporains, s'unissent à ceux que nous venons de nommer avec un accord admirable ; en sorte que l'on trouverait difficilement un Saint dont la sainteté soit attestée par un si grand nombre de Saints contemporains (4). Il semble que la sagesse divine, prévoyant les outrages dont il devait être l'objet, se soit plue à entourer son nom des plus augustes témoignages , préparant ainsi à l'avance la meilleure de toutes les réponses aux blasphèmes qui devaient plus tard être proférés.

Consultons maintenant les historiens contemporains de Grégoire VH , et recueillons les expressions par lesquelles ils terminent le récit de ses travaux et de ses tribulations. Le premier que nous citerons est Paul , Chanoine de Bernried, qui écrivit, vers 1131, la vie du saint Pape. «Ainsi, dit-il, » rempli de la grâce septiforme, l'esprit du septième Gré- Ci) Saactissimiacpurissimiconsiliivirum. S.PttriDawian. EpistJ. tib. l.

(2) Nous donnons à la fin du présent chapitre (note A ) cette pièco peu connue , et remarquable comme toutes les poésies de saint Alphane, par une élégance et une richesse de style surprftnantes.

(3) Verbis siiuul et exemplis illustrasse. Mabillon. Acta SS. Ord. S. Benedicli. Sœc. i,. part. 2.

(4) Vid. Papebroch. Acta SS. Maii. die XXV.

>goire qui avait repris le monde et ses Princes sur le pé- >ché, l'injustice et le jugement, fortifié de la nourriture

> divine qu'il venait de recevoir, s'élançant dans la voie cé- > leste, et porté , comme Elle, sur le char de feu à cause de json zèle pour les iniérèls divins, dans le jour même consa- >cré à la mémoire d'Urbain, son prédécesseur, augmenta j d'une manière excellente l'allégresse de ce saint Pontife et > celle de tous les Bienheureux qui, avec le Christ, se ré-

> jouissent dans la gloire du ciel ; en même temps qu'il laissait > abîmée, dans une douleur profonde, l'Eglise qui poursuit >sur la terre son pèlerinage (1). »

t A la mort de Grégoire , dit Bertold , également contem-

> porain , dans sa Chronique , les fidèles des deux sexes » furent dans le deuil, mais principalement les pauvres ; car

> il était le très zélé Docteur de la religion Catholique , et le > défenseur le plus intrépide delà liberté ecclésiastique. Il ne

> voulut pas que l'ordre du Clergé restât avili aux mains des • laïques, mais qu'il occupât, au contraire, le premier rang,

> par la sainteté des mœurs comme par sa dignité sacrée (2) . »

(1) Iiaque sepliformi graiia pleaus seplimi Gregorii spiritus , qui mundum et principes ejus arguebat de peccato et de injustitia et de judicio, in fortitudiae cœlestis cibi nuper accepti cœlestem viam arripiens , meritoque divini zeli , velut igneo curru , instar Eiiae subvectus, Urbani praedecessoris sui, cujus ea die festivitas exstitit, omniumque bealorum laelitiam in cœl::tti gloria cum Ciirislo gaudeutium excellenter ampliavit; in terris vero peregriaantem ecclesiam discessu suo non parvo moerore consternavit. Pauli Bernrieden. S. Gregorii Fil vita. Cap. XII. 102.

(2) De cujus obitu omnes religiosi ulriusqae sexus , et maxime pauperes, doluerunt: erat enim Caiholicse reiigioais ferventissimus insliluf.or, et Ecclesiasticae iibertatis slrenuissimus defensor. Koluit sane ut Ecclesiasticus ordo manibus laïcorum subjaceret, sed eisdem et morum sanctitate, et ordinis dignitaie praeemineret. Bertholdi Chronic. ad anmm 1085.

«Cependant, dil le poète Domnizone , témoin de Tévénéî ment , des cris de douleur se font entendre ; ils sont causés jpar le trépas du Pontife Grégoire, que le Seigneur Christ » vient d'enlever aux cieux, sept jours avant la fin de Mai. ïLes Moines le pleurent, parce qu'il était Moine lui-même; » les Clercs sont dans les larmes, et plongés dans le deuil sont » aussi les Laïques dont la foi est pure de tout contact avec îles schismaliques (1). »

Hugues de Flavigny, dans sa précieuse Chronique, termine ainsi l'histoire de noire grand Pontife, qui l'avait honoré de son amitié : « Ainsi , Martyr et Confesseur, l'an de l'Incar- » nation du Seigneur mil quatre-vingt-cinq , il rendit son âme »aU Créateur (2). »

Tel apparaît le jugement des contemporains de Grégoire dans les diverses relations qu'ils nous ont laissées de sa vie et de ses actes. Il est clair, d'après cela, que la vénération publique ne devait pas tardera se manifester envers lui, et à préparer les bases de ce culte immémorial que plus tard le Siège Apostolique devait reconnaître et sanctionner.

Au reste , les prodiges qui, plus d'une fois pendant sa vie, avaient rehaussé la grandeur de ses actions, éclataient encore à son tombeau. Paul de Bernried les rapporte avec toute

(1) Interea planctus de praesule oascitur altus

Gregorio, gestat Doûiinus quem Christus ad iethra, Ante dles septem Madii quam finis adcsset. Hune Monachi deflent , Monaclnis quia noscilur esse , Hune clerici flebant , valde laïcique dolebant , Pura lides quorum procul est a Kchismaiicorum.

Bonmaon. Fita Matlnldis.

(2) Sic spiritum Crcatori tradens, anno ab Incarnatione Domini MLXXXV obiit , martyr et confessor. Clironicon Firduncnse Hiigonis Flaviniacensis. in Biblioth, nova MSS LabbcL Tom. I.

rautorité et aussi la simplicité d'un témoin oculaire (1). Lambert deSchafnabourg, qui no conduit sa Chronique que jusqu'à la quatrième année de Grégoire, atteste l'existence de faits miraculeux qui servaient, dit-il, puissamment à confondre les ennomis du saint Pontife (2). Orderic Vital, dans son Histoire Ecclésiastique, parle, comme d'un fait avéré, de la guérison de plusieurs lépreux au moyen de l'eau qui avait touché le corps de Grégoire (5). Enfin, on peut voir sur cet article la discussion assez brève , mais lumineuse, de Benoît XIV, en son Traité de la Canonisation des Saints (4).

Mais croirait-on que des écrivains Catholiques aient pu se rencontrer, dans ce siècle même, qui ont tiré scandale des épreuves par lesquelles la divine justice purifia l'àme de son serviteur, et dont la foi vacillante n'a pas vu toute la portée de ces adversités précieuses qui , en sauvant la sainte cause de la liberté de l'Eglise, assuraient au Pontife expirant la récompense et la gloire des Martyrs. J'ai aimé la justice et j'ai haï l'iniquité; c'est pourquoi je meurs dans l'exil! disait Grégoire sur son lit de mort. Mais le Sauveur lui-même , qui avait passé en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, ne s'est-il pas senti abandonné de son Père, au point qu'il criait : Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'avez-vous délaissé ? Cependant ses ennemis , témoins de

(1) Vita Grcgorii VU. Cap. 1. 2. 3. 13.

(2) Sigaa etiam et prodigia , quae per oralioaes Papte frequentius fiebaat, ot zelus cjus fervealissiraus pro Deo et pro Ecclesiasticis legibus, satis eum coatra veneaaias delractorum lingiias communiebaut. Jd annum 1077. Scriptores rerum Germanknrum. Tom. I.

(5) Leprosi de aqua, unde corpus ejus ablutum fuerat, petieruat, quaconsecula fideliter loti sunt, etopilulante Dec, protinus mundati suât. Part. 2. Lxb. VIII. pag. 677.

(4) Lib. I. Cap. XLI. §. X. 16.

son agonie , disaient en branlant la tête : S'il est le Fils de Dieu , qu'il descende de la Croix. Ils croyaient peut-être que le salut du monde pouvait s'opérer sans Timniolation de la Victime. Ceux dont nous parlons ne savaient pas non plus apparemment que la liberté ecclésiastique ne pouvait être sauvée sans qu'il en coûtât la vie et l'honneur de son défenseur. Grégoire devait succomber pour le salut de plusieurs; son nom devait donc être maudit; car le disciple n'est point au-dessus du maître (1).

Qu'on ne nous dise donc plus : La cause de Grégoire VII n'était pas celle de Dieu ; car ses entreprises hardies ne reçurent point la consécration du succès. Nous , nous répondrons par ces paroles du grand Baronius, qui terminent le récit de la mort sublime de notre héros : i Ainsi , c'est par > des persécutions sans fin, des angoisses de tout genre, sou- » vent même par le meurtre de ses Prêtres, que l'Eglise reçoit ï une heureuse paix , que la liberté ecclésiastique s'acquiert »et se consolide, que le salut des âmes est opéré. Ainsi, le » Christ a instruit ses Pontifes à combattre et à vaincre , lui » dont les souffrimces et les infirmités font la force et le cou- » rage des fidèles , lui dont la mort est leur vie. Je me trompe, » ou l'expérience des siècles a démontré jusqu'au temps préïsent que c'est aux travaux de Grégoire qu'il faut rappor- » ter et les investitures des Eglises arrachées aux mains des » Princes, et la libre élection des Pontifes Romains restituée, » et la discipline ecclésiastique relevée de ses ruines, et tant I d'autres avantages innombrables assurés à l'Eglise (2). »

(1) Matth. X. 24.

(2) Ita plane parseculionibus indesinentibus , diversi geaeris aerumnis atque séepe cœdibus sacerdotum niulto felicius paritur Ecclesiae pax, libertas acquiritur atque confirmatur Ecclesiastica , et salus quaeritur animarum. Sic sacerdotes suos puguare et viucere Clirislus docuit, cujus passionibus et infirmitatibus robur ac fortitudo, ac morte

Oui, certes, Grégoire a été vaincu suivant la chair; comme le Fils de l'Homme, il s'est vu n'ayant pas où reposer

sa lêle ; il s'est éteint dans l'humiliation , tellement que les hommes l'ont réputé frajypé de la main de Dieu (1) ; mais pour lui aussi, la mort, d'abord victorieuse, est demeurée ensevelie dans son triomphe. Son nom, sa gloire, ses mérites ont inspiré, ont soutenu dans la défense laborieuse des libertés ecclésiastiques, non seulement l'incomparable Thomas de Cantorbérj, dans sa lultc contre un Roi d'Angleterre, mais tant d'illustres Papes qui ont su se poser comme un rempart pour la maison d'Israël ; Pascal II contre l'Empereur Henri V; Innocent IV contre Frédéric II ; Bonilace YIII contre Philippe-le-Bel ; Grégoire XIII , Sixte-Quint, Grégoire XI Y et Clément VIII , contre Henri de Bourbon ; Innocent XI contre Louis XIV ; Clément XIII contre les Cours de Madrid, de Lisbonne , de Naples , de Parme ; Pie YII contre Napoléon ; Grégoire XVI contre Frédéric-Guillaume.

Nous venons d'entendre le témoignage des liistoriens contemporains , sur l'opinion de sainteté qui environnait Grégoire VII durant sa vie, et après sa mort; suivons maintenant à travers les siècles les différentes manifestations de cette persuasion qui, plus tard, devaient motiver le jugement infaillible du Saint Siège.

Soixante ans s'étaient à peine écoulés depuis le jour où le glorieux athlète de l'Eglise expirait dans l'exil , que déjà un

denique vitâ est fidelibus comparata. Mentiar nisi ista jam experimento rerum praesentium monstrari possint, per Gregorium nempe vindicatas e raanibus principum Ecclesiarum investituras, liberatn electionem Romanoruin Pontificum post liminio reslitutam, disciplinam Ecclesiasticam collapsam penitus reparatam, et alla immunera bona parla. Jd annum 1083. n» 13.

(1) Isaias. LUI.

de ses successeurs qui a laissé une mémoire vénérable, Anastase IV, plaçait son image parmi celles des Saints, sur la mosaïque de la Chapelle de Saint-Nicolas, au palais Patriachal de Latran (1). Le corps de Grégoire avait été enseveli par les soins de Robert Guiscart, ou de Roger, son fils ("2) , dans un tombeau de marbre, et placé dans la Cathédrale de Salerne, déjà célèbre comme possédant les reliques de TApôtre et Evangéliste saint Matthieu. Orderic Vital, historien du onzième siècle, que nous avons cité plus haut, parle de l'affluence des pèlerins au tombeau du saint Pape , et des grâces de santé que l'on y recevait (3). Une Chronique , rédigée par ordre de Cencius Savelli, Camérier Apostolique, qui fut Pape en 1226 , sous le nom d'Honorius III , atteste pour son temps la continuation du culte de saint Grégoire VII et des prodiges opérés par son intercession (4^) ; et lorsque , vers la fin du même siècle , Jean de Procida dota et fit décorer avec magnificence la Chapelle dite de Saint-Michel , dans la Cathédrale de Salerne, il est naturel de penser, avec Papebrok, qu'il avait en vue de manifester sa dévotion envers le Pontife qui reposait dans cette même Chapelle, où il était l'objet du culte des peuples attirés par le bruit des merveilles qui s'y opéraient (5),

Le corps de saint Grégoire VII continuait toujours d'être l'objet de la vénération des habitants de Salei'ne , sans pour-

(1) Papebrok. Acta SS. Maii. Tom. VI. Conatus histor. de Rom. Pont. Part. I. Appendix. pag. 208. Bened. XIV. de Canonizat. Lib. I. cap. 41.

(2) Papebrok. Ibidem.

(3) Meriiis ejus, fidei peteutiuna miraculorum copia diviaitus ostensa est. Hist. Ecclesiast. Part. 2. Lib. 8. Ibid.

(i) Ad cujus utique corpus, ia B. Maltbœi Basilica honorifice tumulatum , mirabilis Deus multa miracula operari digaatus est. Ex Libro MSS censuali Centii Camerar. in Gregorium VIL ad finem.

(5) Papebrok. Ibidem.

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tant que cette vénération se répandît beaucoup au dehors de la province du Royaume de Naples où est située celte ville, lorsqu'en 1574, le Cardinal Marc- Antoine Marsile Colonna monta sur le siège qu'avait occupé sairU Alphane, l'ami de notre saint Pontife. La Providence avait dessein de se servir de lui pour accroître encore le culte jusque-là décerné au serviteur de Dieu, et pour en préparer les développements. Le Prélat fit l'ouverture du tombeau , et il y trouva les précieux restes du saint Pontife conservés presque en entier, avec les ornements Pontificaux dont on l'avait revêtu lors de sa sépulture. C'est ce qu'il atteste par une inscription qui se lit encore dans la Cathédrale de Salerne , et qui est conçue en ces termes :

Gregorio VII Soanensi P. 0. M. Ecdesiasticœ libertatis vindici acerrimOj assertori constant issimo : qui dum Rom. Pontificis auctoritaiem , adversus ffenrici perfïdiam stremie tuetm^, Salerni sancte decuhuit , anno Domini M LXXXV, Ylll Kal. Junii. Marcus Antonius Columna Marsilius, Bononiensis, Archwpiscopus Salernitanus , cum illius corpus, post quingentos circiter annos , sacris amictum et fere integrum reperisset , ne tanti Pontificis sepulchrum memoria diutius careret. Gregorio Xlll Bononiense sedente. Anno Domini M D LXXVIIl. Pridie Kalendas Quintilis (1).

Le pieux Cardinal mourut en 1582 , et n'eut pas la consolation de voir consommée l'œuvre de la Canonisation du saint Pontife. Elle eut lieu deux ans après , par l'autorité de Grégoire XIII, qui inséra le nom de Grégoire VII au Martyrologe Romain, avec cet éloge : Salerni, Depositio B. GregoriiPapœ septimi qui Alexandro secundo succedens, Ecclesiasticam Li~

(I) Ciacconi. Vit» et res gestae Poniificum Romanorum. Tom. I. page 853.

bertatem a superbia principum suo tempore \)indicavit j. et viriliter Pontificia auctoritate défendit.

Cette sorte de Canonisation , sans procès préalable , est distincte de la Canonisation appelée formelle, et est désignée sous le nom û'Equijiollente. Elle a lieu lorsque le Souverain Pontife décerne le culte public à un personnage déjà en possession d'honneurs religieux que lui rend la piélé des fidèles, en même temps que l'héroïsme de ses vertus et la vérité de ses œuvres miraculeuses sont certifiés par le témoignage d'historiens dignes de foi. Cette Canonisation a la même autorité que la Canonisation formelle, et outre que le culte de presque tous les Saints qui ont vécu dans l'Eglise avant l'institution des procédures aujourd'hui en usage, ne repose que sur un jugement du même genre; i! est un grand nombre de Sainis parmi ceux qui ont fleuri dans l'Eglise, depuis que le Siège Apostolique s'est réservé les causes de Canonisation , qui n'ont cependant été inscrits au Catalogue des Samts que dércette manière equipolknte ; tels sont, par exemple , saint Romuald, saint Norbert , saint Bruno, saint Pierre Nolasque, saint Raymond Nonnat, saint Ferdinand III, saint Jean de Malha , sainte Marguerite d'Ecosse , saint Etienne de Hongrie, etc. L'ignorance des règles de l'Eglise Romaine a donc pu seule faire dire à certains auteurs Jansénistes, et non Jansénistes, que saint Grégoire VII était honoré par l'Eglise, sans avoir été canonisé , puisque l'on en devrait dire autant des illustres Saints que nous venons de nommer : conséquence à laquelle , sans doute , ces auteurs se refuseraient.

Quant à ce que l'on a prétendu, que Grégoire XHI avait voulu diriger l'effet de cette Canonisation contre Henri de Bourbon , qui poursuivait alors la couronne de France , recommandant ainsi la mémoire d'un Pontife qui avait foulé sous ses pieds un autre Henri , aussi Quatrième du nom; il

semble qu'il n'est pas besoin de recourir à cette explication. La translation du corps de saint Grégoire VII, par l'Arche-^ vêque de Saierne, dans un moment où Grégoire XIII s'occupait de l'édition du Martyrologe, était suffisante, avec la possession du culte antérieur, pour engager ce dernier Pape à définir enfin la sainteté du glorieux Confesseur de Saierne.

Sixte-Quint, successeur de Grégoire XIII, fit quelque changement à la formule consacrée par son prédécesseur, à notre saint Pape , dans le Martyrologe ; il adopta cette phrase qui est restée dans l'édition de Benoît XIV, et les suivantes : Salerni , Depositio B . Gregorii Papœ septimi, ecclesiasticœ U' bertatis propugnatoris ac defensoris acerrimi.

Bientôt après , sous Clément VIII, en 1595, le corps de saint Grégoire VII fut tiré du sépulcre que lui avait consacré le Cardinal Colonna, et placé sous un autel, toujours dans la même Chapelle de Saint-Michel. Il paraît même que ce fut alors, Mario Bolognini étant Archevêque, que le chef fut séparé du reste du corps pour être renfermé dans un reliquaire spécial (1).

Sous le pontificat du même Clément VIÏI, Baronius fit paraître le onzième tome de ses Annales, où il célébra et vengea tout à la fois, avec son éloquente érudition , la mémoire de saint Grégoire VII. Un peu avant lui, Bellarrain, dans ses Controverses, et spécialement au livre quatrième, deRomano Pontifice, avait eu pareillement l'occasion de faire cette grande justice. Ainsi, les deux plus illustres écrivains du Catholicisme, à celte époque de géants, se montraient préoccupés de la gloire du saint Pontife : mais jusque-là les hérétiques seuls s'étaient levés pour la flétrir.

Du moment où le nom de saint Grégoire VII fut inséré au

(1) Papcbrok. Ibidem.

Martyrologe, le Chapitre de la Cathédrale de Salerne, que le saint Pape avait autrefois comblé de privilèges, accordant à ses membres la chappe rouge et la mître, fut autorisé à célébrer solennellement son Office. Mais d'abord il ne fut récité que suivant le rite commun des Confesseurs Pontifes, jusqu'à ce qu'en 1609, à la prière du même Chapitre et de l'Archevêque Jean Beltramini , Paul V, par un Bref qui commence ainsi : Domini Jesu-Christi, accorda un Office propre dont les Leçons se retrouvent en grande partie dans celles qui furent publiées, en 1728, par Benoît XIII , et dont nous allons bientôt parler. L'Archevêque Beltramini fit, vers le même temps, ériger une statue remarquable du saint Pape dans la Cathédrale de Salerne, et, ayant été transféré à un autre siège, il eut pour successeur le Cardinal Lucius San Severino , non moins zélé que lui pour la garde du saint dépôt confié à son Eglise. Il en donna une preuve solennelle en 1614, faisant construire un nouvel autel à saint Grégoire VII , et y plaçant solennellement son corps ; ce que l'on doit compter pour la troisième translation de ces précieuses reliques (1). Ce fut peut-être à cette occasion , ou du moins peu auparavant (2), qu'un bras du saint Pape fut distrait pour être donné à la ville de Soana , en Toscane , patrie de saint Grégoire VII , laquelle avait député deux ambassadeurs vers le Chapitre de

(1) La première par la Cardinal Marsile Colonaa ; la seconde par Mario Bolognini ; enfin , celle dont nous parlons ici , accomplie par le Cardinal San Severino, laquelle est attestée par une inscription conçue en ces termes , qu'il fit placer dans la Cathédrale de Salerne :

Ego Lucius Sanseverinut , Jrchiepiscopus Salernitanm , a'iare hoc ia honorem B. Gregorii Papœ FJI consecravi; ejusqne sacrum corpus in eo iriclusi; prœsentibus , annum unum, anniversaria deinceps consecrationis die , ipsum pie visitantibus , quadraginta dies verœ indulgentiœ, de Ecctesiœ more, concessi. A. D. MDCXIF, die IV viensis Mali.

(2) Papebrok. Ibidem.

la Cathédrale de Salerne , avec les lettres de recommandatiou du Grand-Duc , qui joignait ses instances à celles de la ville.

Vers la même époque, le savant Jésuite Jacques Gretser, dont les immenses travaux ne sont point assez appréciés aujourd'hui, pubha une docte apologie des actions et de la personne de saint Grégoire VII. Dans cette importante discussion , il n'allègue pas moins de cinquante écrivains à l'appui des éloges qu'il donne au Pontife, et le venge d'une manière victorieuse des imputations qu'avaient lancées contre lui et les schismatiques du onzième siècle, et les hérétiques du seizième.

Vers le milieu du dix-septième siècle , Alexandre VU établit l'Office de saint Grégoire VII dans les Basiliques de Rome, sans cependant l'insérer encore au Bréviaire de l'Eglise Romaine (1). Mais ce siècle devait être fameux par les attaques portées au saint Pontife, non plus seulement de la part des Protestants , mais de la part des Juristes , et surtout des Théologiens et Canonistes Gallicans. Nous nous contenterons de rappeler le trop fameux Edmond Richer, dans son livre de Ecclesiastica et poUtica potestate ; EUies Dupin, dans son Iraité de la puissance ecclésiastique , et Bossuet , dans sa Défense de la Déclaration de 1682 , ouvrage dont le grave et impartial Benoît XIV a dit : « Il serait impossible de trouver » un livre qui soit plus opposé à la doctrine reçue en tous lieux . t excepté en France, sur l'infaillibilité du Souverain Pontife, » définissant ex Cathedra , sur sa supériorité à l'égard de tout I Concile écuménique, sur le domaine indirect qu'il a sur les » droits temporels des souverains , quand l'avantage de la > Religion et de l'Eglise le demande (2) . »

(1) Gretseri. Opéra. Tom. VI.

(2) Difficile profecto est aiiud opus reperire quod seque adverselur doctria» extra Galliam ubique receptae de summi Pontificis ex Caihe-

Cependant, de tous les auteurs Gallicans du dix-septième siècle qui écrivirent contre saint Grégoire VII , celui dont la hardiesse fit le plus d'éclat à raison du châtiment qui lui fut inflige par le Saint Siège , est le P. Noël Alexandre. Il avait publié les dix premiers siècles de son Histoire Ecclésiastique, et mérité jusque-là les éloges du Pape Innocent XI, qui occupait alors la Chaire de saint Pierre , et qui avait daigné lui faire parvenir le témoignage le plus flatteur de sa satisfaction pour l'érudition et l'orthodoxie qui , jusqu'alors, avaient présidé à cette œuvre (1). Arrivé aux événements du onzième siècle , Noël Alexandre consacra deux dissertations à faire ressortir les torts qu'avait eus, selon lui , un Pontife déjà placé sur les autels. Innocent XI , celui qui n'avait pas fléchi devant le grand Roi , crut devoir manifester énergiquement l'indignation que lui inspirait une semblable conduits de la part d'un Religieux. Il rendit un Décret, en date du 13 juillet 1684, par lequel il condamnait le volume qui renfermait ces Dissertations, et , afin de témoigner plus énergiquement encore le déplaisir que le Saint Siège avait ressenti, tous les écrits du même auteur furent proscrits, avec défense de les lire , retenir, ou imprimer, sous peine d'excommunication (2). Ce fut ainsi qu'un Pontife, déclaré Vénérable parla Congrégation des Rites , à cause de ses grandes vertus, se montra jaloux de l'honneur de son saint Prédécesseur, dont

dra dciinieniis infallibilitate, de ejus excellentia supra quodcumque Coiicilium œcumenicum , de ejus jure indireclo, si potissimum Religiotiis el Ecclesiae commudum îd cxigat, super juribus temporalibus princU'Um supreinorum. Hpist. pro Card. II. Norisio apologel. ad suprem. Hhpan. Inquisitorem. Jnter opiisc. Bened. XIF. pag. 117.

(!) Touron. Hist. des Hommes illustres de l'Ordre de saint Domi* nique. Tom. V. pag. 8li.

(2) Tourou. Ibidem, benoît XIV. De Canonizat. Sanctorum. Lib. /. cap. XLl. Papebrok. Ad diem XXF Maii.

la mémoire allait bientôt être en bulle à de nouveaux outrages, en attendant les honneurs que lui réservait le 19' siècle. Au reste , Noël Alexandre n'altendit pas long-temps la réfulalion de ses thèses Gallicanes ; un Religieux , Duminicain comme lui, François d'Enghiel, publia peu après un livre très solide, au jugement de Benoît XIV (1) , et intitulé : Auctoritas Sedis Apostolicœ pro Gregorio Papa VU vindicala, adversus Natalem Âlexandrum Ordlnis Prœdicatonim Doctorem, Theologum.

Dom Mabillon , dans la publication des Acta sanctorum Ordinis sancti Benedicti, eut aussi à produire la vie et les actes de notre saint Pape. Le deuxième Tome du VP Siècle Bénédictin parut en 1701 ; mais l'illustre éditeur sut franchir ce pas devenu difficile , sans manquer ni à la prudence , ni à la fidélilé de l'histoi ien Catholique.

Cependant Clément XI , à la prière du Cardinal Gabrielli, dont la conduite avait été si ferme dans l'affaire de la Régale , accorda, en 1705, à l'Ordre de Cîteaux le privilège de faire l'Office de saint Grégoire VII , et cinq ans après , le même Pontife concéda la même grâce à l'Ordre de samt Benoît, sur les instances du Procureur Général de la Congrégation du Mont-Cassin. Ces différentes concessions d'Ofïice ne firent aucun bruit; mais lorsque, par un Décret du 25 septembre 1728 , Benoît XUI eut ordonné d'insérer la fête de saint Grégoire VII au Missel et au Bréviaire, et enjoint à toutes les Eglises du monde de la célébrer, un grand orage s'éleva dans plusieurs Etals de l'Europe, et particulièrement en France. Il est évident, sans doute, que dans l'établissement de cette fête et la promulgation universelle de la Légende si remarquable qui devait se lire dans l'Office, Rome se proposait

(1) Beutd. XIV. Ibuiem.

un but; nous n'avons garde cVen disconvenir. Mais nous dirons, en premier lieu, que c'est un assez beau spectacle pour nous, hommes de ce siècle, de voir, au moment où d'absurdes préjugés commençaient à éclipser toute vérité historique sur le moyen-age , où une philosophie menteuse et sans intelligence foulait aux pieds les plus salutaires enseignements du passé; de voir, disons-nous, Rome arracher par un acte courageux à ce naufrage universel , le nom vénérable d'un héros de l'humanité, en qui le siècle suivant devait saluer, avec enthousiasme, le vengeur de la civilisation et le conservateur des libertés pubHques , aussi bien que des libertés ecclésiastiques. C'était là , certes , un progrès^ et d'autant plus méritoire que le Pontife qui s'en portait l'auteur ne pouvait ignorer que l'autorité du Saint Siège, déjà si affaiblie , allait encore devenir à celte occasion même l'objet de nouvelles attaques.

Nous dirons en second lieu , et sans détour , que Rome avait bien , par cet acte , quelque intention de pourvoir à son honneur outragé dans la fameuse Déclaration de l'Assemblée du Clergé de 1682, et dans tout ce qui s'en était suivi en France, de la part des deux autorités. Le Roi Louis XIV avait, il est vrai, promis de révoquer son Edit pour l'enseignement des quatre Articles, et , tant qu'il avait vécu, on avait tenu à l'exécution de cet engagement, qui, joint à la lettre de réparation des Evéques de l'Assemblée au Pape, avait été la condition nécessaire de l'Institution Canonique des Prélats nommés depuis plus de dix ans aux sièges vacants. Mais déjà les promesses n'étaient plus exécutées; les Universités faisaient chaque jour soutenir dans leur sein des thèses dans lesquelles les doctrines Romaines étaient attaquées , l'autorité Apostolique circonscrite dans des bornes arbitraires, la conduite des plus saints Papes

taxée de violence aveugle , et signalée comme contraire au droit naturel et divin. Il était temps que la grande voix du Siège Apostolique se fit entendre , et qu'elle prolestât du moins contre l'audace sans cesse croissante de ces Docteurs toujours prêts à restreindre les limites du pouvoir spirituel, en même temps qu'ils enseignaient avec tant de complaisance l'inamissibilité du pouvoir royal. Heureusement, l'Eglise a eu de tout temps, dans sa Liturgie, un moyen de répression contre les entreprises téméraires qu'on a osées sur sa doctrine ou contre son honneur. Ce qu'elle confesse dans la prière universelle , devient règle pour ses enfants, et comme nous l'avons fait voir dans celte histoire, si quelquesuns ont cherché à s'isoler des formules qu'elle consacre, c'est qu'ils sentaient avec quelle irréfragable autorité elle impose, dans ce Bréviaire, dans ce Missel si odieux, ses jugements sur les doctrines, sur les personnes et sur les institutions. Benoît XIII eut donc intention, en étendant à l'Eglise universelle l'Office de saint Grégoire VII , de faire un contrepoids aux envahissements du Gallicanisme qui, de jour en jour, augmentaient de danger et d'importance , à raison surtout des efforts d'une secte puissante et opiniâtre qui menaçait de plus en plus l'existence de la foi Catholique au sein du Royaume de France. Si Rome laissait flétrir plus long-temps la mémoire des plus saiuls Pontifes des siècles passés, elle donnait gain de cause à ces hommes audacieux qui criaient sur les toits qu'elle avait renouvelé ses vieilles prévarications, et qu'Innocent X , Alexandre VII , Clément XI , n'étaient ni plus ni moins coupables que Grégoire VII, Innocent III et tant d'autres. Ecoutez plutôt un des fidèles organes de la secte : d Au premier coup d'œil, on saisit la connexité de doc- Jtrinc entre les Brefs d'Innocent XI et d'Alexandre VIII, > contre l'Assemblée de 1682 ; la Proposition quatre-vingt-

»onze, concernant rexcommiinicatîon, censurée par la Bulle > Unigenitus, et celle Légende contraire aux vérités révélées >qui enjoignent aux Papes comme aux autres individus de »la société , la soumission à l'autorité civile (1). »

Mais il est temps de révéler au lecteur cette monstrueuse Légende qui mettait ainsi en péril les vérités révélées. Les pages que Ton va lire sont belles sans doute, pleines de noblesse et d'une éloquente simplicité : elles sont pourtant moins énergiques dans les éloges qu'elles donnent au Pontife, que certaines pages qu'on peut lire tous les jours dans les écrits de plusieurs historiens , ou publicistes Protestants. Voici la Légende en son entier.

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