ÉPOQUE
Rentrons en France pour y être témoins des efïorls désorganisateurs des ennemis de la Liturgie Romaine. Encore quarante ans , et les débris de l'ancienne société française seront épars sur le sol. Le vertige est dans toutes les têtes; ceux-là même qui veulent conserver quelque chose de ce qui fut, sacrifient d'autre part à la manie du jour. L'école des
nouveaux liturgistes, rocrulcc principalement jusqu'ici dans les rangs du Jansénisme, se renforce de philosophes et d'incroyants. La Liturgie Romaine est menacée dans toute la France , et comme la foi elle-même s'en va , on se met peu en peine que ses antiques manifestations disparaissent avec elle. Traçons le rapide, mais lamentable tableau de celle effrayante dissolution.
Nous avons fait voir ailleurs comment l'innovation liturgique avait été une œuvre Presbytérienne dans ses instigateurs et ses agents, et comment même de simples Acolythes se trouvèrent appelés à y prendre une part majeure. En attendant le jour où des laïques présenteraient à l'Assemblée Constituante la Constitution civile du Clergé, voici qu'un autre laïque, un disciple de Jansénius, un dévot du Diacre Paris, un visionnaire apocalyptique, Laurent-Etienne Rondet, en un mot, se trouve placé à la tête du mouvement liturgique. Ce personnage est appelé, "dans dix Diocèses différens, pour diriger l'édition des nouveaux livres qu'on veut se donner. Les Bréviaires de Laon, du Mans, deCarcassonne, de Cahors, de Poitiers, de Noyon et de Toulouse ont l'honneur de passer sous sa direction. Les Missels de Soissons^ du Mans, de Poitiers, de Noyon, de Toulouse et de RheimSj le proclament leur infatigable patron; le Rituel de Soissons l'avoue pour son rédacteur ; les Processionnaux de Poitiers et do Rheims lui ont les plus grandes obligations, etc. (1). En un mot, cet homme est partout ; les Eglises l'appellent à leur secours comme celui en qui s'est reposé l'esprit qui anima les Le Tourneux, les Le Brun des Marelles, et les Mesenguy. Les Pasteurs des peuples à qui il appartient d'enseigner
(1) Feller tl IHunrapliic Universelle , Wido Uoiutci Ami de ta Hé* Uyion. Tome XXVI.
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par la Liturgie, après avoir renoncé à l'antique tradition Grégorienne, s'inclinent devant un séculier, sectateur avoué de dogmes qu'ils réprouvent, et livrent plus ou moins à sa censure les prières de l'autel. Non , certes, il ne se vit jamais rien de pareil, et nous ne le croirions pas , s'il n'était attesté par des témoins oculaires et, du reste, pleins d'enthousiasme. Dirons-nous un mot des influences de Uondet sur les livres dont nous parlons? Les détails n'appartiennent pas à cette rapide histoire liturgique ; ils viendront assez tôt ailleurs. Toutefois , observons que tous les Bréviaires et Missels à la publication desquels Rondet prit part, présentent deux, caractères particuliers qui les distinguent des livres Parisiens de Vigier et Mesenguy. Le premier est l'affectation d'employer l'Ecriture Sainte d'après la Vulgate actuelle, en faisant disparaître les phrases, les mots, les syllabes mêmes qui , provenant de l'ancienne Italique , rappellent encore , quoique bien rarement, dans le Parisien actuel, l'origine Grégorienne de quelques Répons ou Antiennes. On sait que Rondet se piquait d'érudition Biblique; mais îl est fâcheux qu'il ait cru devoir en fafre un usage si barbare, âm reste , la question de savoir si l'en devait conserver dans la Liturgie les paroles de l'ancienne Italique, avait cîé agiléo à Rome, dès le seizième siècle. Mais de bonne heure , C'émeiil VIII fi\a toutes les incertitudes, en d'cclarant qu'on devait maintenir l'ancienne version dans toutes les pièces chantées. Le Pontife censura même avec énergie la téméritéel l'audace des novateurs, ne voulant pas qu'on pût dire qu'une atteinte, si légère qu'elle fût, aurait été portée à la tradition par les Pontifes Romains (i). On dtit, après tout , savoir gré à Rondet, qui
(1) Progressu temporis, sive lypographorum , sive aliorum temeritas et audacia ellecit ut mulli in ea qux in bis proximis annis excusa suât
n'avait pas les mômes inlérêls que l'Eglise Romaine au mainlien des traditions, de n'être pas allé jusqu'à remplacer le Venite exultemus du Psautier Italique, par celui du Psautier Gallican.
Le second caractère des livres liturgiques sortis de ses mains, est d'avoir un Commun des Prêtres. Nous discuterons ailleurs les motifs et les avantages de cette nouvelle création. Il faut dire cependant que les livres publiés par Rondet ne sont pas les premiers qufla présentent ; mais, quoiqu'on l'eût déjà inaugurée au Bréviaire de Rouen, dès 1726, Vigier et Mesenguy n'avaient pas cru devoir imiter cet exemple. La Congrégation des Chanoines Réguliers de Sainte-Geneviève , en adoptant leur Bréviaire, y introduisit tout d'abord le nouveau Commun qui bientôt devait être accueilli en tous lieux, par acclamation , à cette époque où les Pouvoirs du Second Ordre étaient proclamés si baut. La révolution était donc partout, et d'autant plus voisine de son explosion, que ceuxlà même qu'on avait trouvé moyen d'y intéresser, étaient ceux qu'elle devait atteindre les premiers. Quoiqu'il en soit, le nouveau partage des Communs produisit encore un déplorable renversement des traditions liturgiques , dans les Bréviaires modernes, savoir, la suppression absolue du titre de Confesseur, sans lequel il est impossible cependant de rien entendre au système agiologique de l'Eglise Catholique. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer des Prêtres, instruits d'ailleurs , qui ne donnent au titre de Confesseur d'autre acception que de signifier un personnage qui a souffert l'exil, la prison , ou les tourments, pour la Foi.
Missalia frrores irrepserint, quibus vetuslissinaa illa sacrorum Bibliorum versio quse eliam ar*e S. Hieronymi leuapora celebris habita est in Fcclesia , et ex qiia omnes fere Mi'sarum Introïuis et quae dicunlur Gradiialia et Offertoria accepta suQt.omninosublata est. C/e)He>i^f///. Bref du 1 juillet \QQi,pour tu révision du Missel Romain.
SOG INSTITUTIONS
L'année 176o vit paraîlio un Bréviaire, et l'année ilGG un Missel, qui dépassaient peul-èlre encore tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Ces deux livres, destines au Diocèse de Poitiers , avaient été rédigés par un Lazariste nommé Jacob , et portaient en tète le nom et l'approbation de Martial-Louis de Beaupoil de Saint-Aulaire. D'abord, tout ce que nous avons énuméré jusqu'ici de nouveautés étranges dans les livres de Paris et autres, s'y trouvait reproduit fidèlement; mais avec quelle incroyable recherche l'auteur avait enchéri sur tant de singularités! Nous ne parlerons pas de l'usage inouï de placer, à certains jours, une Légende de Saint dans l'Office des Laudes; mais peut-on voir quelque chose de plus étrange que de consacrer le Dimanche, ce premier jour de l'Opération Divine, ce jour de la Création de la Lumière, de la Pvésurreciion du Christ, de la Promulgation de la Loi Evangélique , de le consacrer, disons-nous , à célébrer le repos de Dieu achevant l'œuvre de la création (1)? Pouvait-on démentir d'une manière plus énorme tous les siècles Chrétiens, qui n'ont qu'une voix sur les Mystères de la Semaine, et qui jamais ne confondirent le jour de la Lumière avec le Sabbat du Seigneur. A l'effet d'élayer ce beau système, Jacob n'avait eu rien de plus pressé que de débarrasser les Vêpres du Dimanche de ces belles et populaires Antiennes, conservées cependant à Paris et partout ailleurs : Diœit Dominus — Fidelia , etc. , pour amener, comme dans loutle reste de son Psautier, de nouvelles Antiennes plus ou moins décousues et tirées des divers livres de la Bible ; en quoi il avait rompu non seulement avec Rome , Milan, l'ancienne
(1) Dies Dominicâ Dci compleniis opus creationis requiem célébrât, Christi resurgcutis commémorai iriumphum, varia describit pietatis officia quil)us obbgaatur tideles, et aeternae requiei desiderlum excitât et accencJit.
Eglise r.allicane, l'Eglise Gothique d'Espagne, maïs même avec tous les nouveaux Bréviaires, dont aucun n'avait encore été puiser hors des Psaumes eux-mêmes les Antiennes du Psautier. Dans la voie des nouveautés, quand on a franchi un certain degré, on ne s'arrête plus. Nous nous bornerons, pour le moment, à ces traits du Bréviaire de Jacob, en signalant toutefois les indignes gravures dont on avait prétendu l'orner. Le Missel Pictavien était digne du Bréviaire auquel il correspondait. La place nous manque pour une analyse qui sera suppléée ailleurs. Disons seulement que la rage de sacrifier les formules Grégoriennes, au profit d'un misérable système individuel , avait amené la suppression de la plupart de ces Introïts dont les premiers mots étaient pour nos pères le flambeau de l'Année Ecclésiastique et Civile, et dont une partie, du moins, avait survécu aux violences de Vigier et Mesenguy. De tous ces Introïts, un surtout était resté dans la mémoire du peuple, celui de l'Octave de Pâques : Quasi modo gemti. Jacob le biffa comme les autres , pour mettre en place Beata gens, etc., paroles du Psaume XXXII; car Jacob, qui, dans le Psautier, ne souffrait pas d'Antiennes tirées des Psaumes, se fit une loi d'emprunter exclusivement au Psautier les Introïts de son iMissel , à la condition, toutefois, d'expulser sans façon la plupart de ceux que saint Grégoire avait puisés à la même source. Aveugle novateur, qui ne savait probablement pas qu'aujourd'hui encore, dans l'Allemagne Protestante, le peuple, après trois siècles de Luthéranisme, après trois siècles de langue vulgaire dans les Offices, n'a encore oublié ni le Dimanche Quasimodu, ni le Dimanche Jubilate, ni le Dimanche Voccm Jucunditatis, etc., etc. Certes, si un jour l'Eglise de saint Ililaire, qui, plus qu'une autre, devrait être jalouse des traditions saintes, vient à replacer sur ses antiques autels les livres de saint Grégoire, et à reléguer sur les rayons
des bibliothèques humaines les œuvres du Lazariste Jacob, BOUS doutons qu'après trois siècles, la mémoire des Poitevins garde un souvenir aussi fidèle du Dimanche Beata gens.
L'Eglise de Toulouse , en 1771 , vint aussi abjurer les traditions Romaines. Elle avait alors le malheur d'être gouvernée par son trop fameux Archevêque Etienne-Charles de Loménie de Brienne , qui croyait en Dieu , peut-être , mais non en la révélation de Jésus-Christ. Il mérita du moins, pour sa réforme liturgique, les éloges du gazetier Janséniste ; « On sait, dit-il, que M. l'Archevêque de Toulouse et MM. les » Evêques de Montauban, Lombez, Saint-Papoul, Aleth, Bazas 1 et Comminges , ont donné l'année dernière à leurs Diocèses » respectifs un nouveau Bréviaire qui est le même que celui > de Paris, à quelques changements près, qui n'intéressent » point le fond de cet ouvrage immortel (1). » En effet, ce n'était pas un médiocre triomphe pour le parti , de voir un si grand nombre d'EgUses venir chercher, sur la tombe de Vigier et de Mesenguy, les livres destinés à remplacer désormais, pour elles, les usages surannés de l'Eglise Romaine. Il faut dire pourtant qu'ù Toulouse on avait cherché, au moyiii d'un très mauvais vers, à rendre Catholique la fameuse strophe de Santeul, déjà remaniée diversement, comme on l'a vu, à Evreux et au Mans. Le Bréviaire de Loménie disait donc :
Insculpta saxo lex vêtus Nil viRiuM per se dabat ; Inscripta cordi lex nova Quidquid jubet dat exequi.
C'était du moins avouer une fois de plus que l'orthodoxie de (i) Nouvelles Ecclésiastiques. 16 avril 1772.
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rilymnographe Gallican el de ses œuvres n'avait rien de trop rassurant.
Mais les innovations dont nous venons de parler n'offraient rien d'aussi lamentable que celle qui, en 1776, désola la sainte Eglise de Lyon , premier Siège des Gaules. Depuis lors, on peut dire qu'elle a perdu son antique beauté, veuve à la fois des cantiques apostoliques de son Irénée et des mélodies Grégoriennes que Charlemagne lui imposa ; n'ayant plus rien à montrer au pèlerin qu'attire encore le souvenir de sa gloire, hors le spectacle toujours imposant des rites célèbres qu'elle pratique dans la solennité du sacrifice. La splendeur orientale de ces rites suffirait , sans doute encore , à ravir le voyageur catholique, si , par le plus cruel contraste , il ne se trouvait tout à coup arraché à l'illusion par le bruit de ces paroles nouvelles, par le fracas de ces chants modernes, et inconnus aux voûtes de l'auguste Primatiale des Gaules, jusqu'au jour où elle vit Antoine Malvin de Montazet s'asseoir, et avec lui l'hérésie, au centre de son Abside. Le Chapitre insigne de la Primatiale, qui avait souffert, sans réclamation, que Charles de Rochebonne, en 1757, portât la main sur l'antique Bréviaire , accepta , par acte capitulaire du 13 novembre 1776, la substitution de la Liturgie Parisienne à celle de Lyon , dernier débris de nos saintes traditions Gallicanes. Il humilia ainsi l'Eglise de Lyon devant celle de Paris , comme celle de Paris s'était humiliée devant Vigier et Mesenguy. Les cérémonies restèrent , nous en convenons , mais la parole avait disparu, la parole qui devait rester, quand bien même les rites extérieurs eussent subi quelques altérations. Donc, les yeux du peuple n'y perdirent rien ; mais les Chanoines y gagnèrent de réciter désormais un Bréviaire plus court: les chantres ne furent plus contraints d'exécuter par cœur des mélodies séculaires; tous leurs ef-
forts tendirent désormais à déchiffrer les nouveaux cliants, si pauvres , si vides d'expression. Ainsi fui cliangée la face de celle Eglise qui se glorifiait autrefois de ne pas connaître les nouveautés. Mais il était écrit que la déviation serait universelle, parce que de toutes parts on avait dédaigné la règle de Tradition.
Cependant, comme toujours, une opposition courageuse, quoique faible, se manifesta. Une minorité dans le Chapitre Primatial fit entendre ses réclamations. On vit même paraître un éciit intitulé : fictifs de ne point admettre la nouvelle Liturgie de M. l'Archevêque de Lyon (1). Mais bientôt le Parlement de Paris, fier de ses succès dans l'affaire du Bréviaire de Vigier et Mesenguy, condamna le livre au feu , par un arrêt du 7 février 1777 (5) , et après la sentence de ce tribunal laïque , mais juge en dernier ressort sur les questions liturgiques dans l'Eglise de France, le silence se fit partout. On accepta sans réplique les Bréviaire et Missel de l'Archevêque Montazet, lequel, pour compléter son œuvre, faisait élaborer, à l'usage de son Séminaire, une Théologie qui est restée au nombre des plus dangereuses productions de l'hérésie du dix-huitième siècle.
Ce n'est point dans ce rapide coup d'œil sur l'histoire générale des formes de l'OITice divin , que nous pouvons nous arrêter en détail sur ce que les nouveaux livres Lyonnais présentaient d'offensant pour les traditions de la Liturgie Catholique et de la Liturgie Lyonnaise en particulier. L'occasion ne s'en présentera que trop souvent ailleurs. Nous ne citerons donc ici qu'un seul fail : c'est la suppression d'un des plus magnifiques Cantiques de l'Eglise Gallicane , d'uû Can-
(1) In-12 de 136 pages.
(2) L'Jmi de la Religion. Tome XXII. page 168.
tique qui ne se'trouvail plus que dans la I.ilurgîe Lyonnaise, el que Monlazct en a chasse , pour le remplacer par un fade mélange de textes bibliques. Or, voici les paroles pleines de suavité et de majesté par lesquelles l'antique Eglise des Gaules conviait les fidèles au festin de l'Agneau, dans la solennité de Pâques, paroles revêtues d'un chant dont la sublimité avait frappé l'Abbé Lebeur(l). Cette Antienne se chantait pendant la communion du peuple (2) , et semblait la grande voix de l'hiérophante appelant les élus à venir se plonger dans les profondeurs du mystère.
Venite, populi, ad sacrum et immortale mysterium, et lihamen agendum cum timoré et fuie.
Accedamus manibus mundisj Pœnitentiœ munus communicemus ; Quoniam Agnus Dei propter nos Patri Sacrificium proposîturn est.
Ipsum solum adoremus , Ipsum glorificemus , Cum Angelis clamantes :
AUeluia.
Voici maintenant ce que l'Eglise de Lyon chante aujourd'hui, par ordre de Montazct :
Gustate et videte quoniam suavis est Dominus ; properate et comedite, et vivet anima vestra : hic est panis qui de cœla descendit, et dat vitam mundo : confortetur corvestrum, omnes qui speratis in Domino : cantate ci canticum novum : bene psalïiteeiin vociferalione , alléluia, l^s. 33. Is. 54. Joan. 6. Ps. 50. Ps, 32.
(1) Lebeuf. Traité historique du Chant Ecclés. pag. 40.
(2) Il ne faut pas confondre cette pièce avec l'Antienne dite Communion , que l'on chantait cosuite , comme dans les autres Eglises Latines,
Nous transcrivons fidèlement , y compris les indications des sources à l'aide desquelles les faiseurs au service de Monlazet ontbûli ce cenfo» décousu. Voilà ce qu'on faisait alors de la tradition et de la poésie ; voilà le zèle avec lequel ces soi-disants Gallicans traitaient les débris de la Liturgie de saint I, énée et de saint Hilaire. On voit, au reste, qu'ils ont eu quelque velléité d'imiter l'ancien Cantique, ne serait-ce qu'en cherchant un rapprochement quelconque entre les dernières paroles de l'Hymne Gallican : CumAngelis clamantes : Alléluia, et ces mots : Bene psalUte ei in vociferalione , alléluia. Voilà assurément de la mélodie Janséniste : PsalUte ei in; et \e vociferatione n'est-il pas ici d'un grand effet, et surtout d'une grande justesse ?
A Paris , en 1775 , les libraires associés pour la publication des usages du Diocèse , ayant donné une édition du Missel remplie de fautes, l'Archevêque Christophe de Be&umont leur enjoignit de ne rien imprimer dans la suite qui n'eijt été revu par MM. de Saint-Sulpice. Ainsi , cette Compagnie respectable qui s'était distinguée en 1756 par son opposition à l'œuvre de Vigier et Mesenguy , l'avait ensuite acceptée si cordialement, que l'autorité diocésaine n'avait rien de mieux à faire que de la préposer à la garde de ce dépôt. Les Abbés Joubert et Symon de Doncourt furent spécialement chargés de diriger l'édition du Missel de 1777, et celle du Bréviaire de 1778. Ils introduisirent quelques améliorations légères; par exemple, en faisant disparaître la divergence des Oraisons de la Messe et de l'Office , dans une même fête ; inconvénient qui rappelait la précipitation avec laquelle on avait procédé, au temps de l'Archevêque Vinliraille. Malheureusement , toutes ]es améliorations introduites par Joubert et Simon de Doncourt n'étaient pas aussi dépourvues d'esprit de parti ; autrement, on ne s'expliquerait pas la faveur inouïe qu'ob-
tint le travail des deux Sulpiciens de la pari des Jansénistes, qui jusqu'alors n'avaient jamais manqué uue occasion de s'exprimer contre leur Compagnie dans les termes les plus grossiers et les plus méprisants. Ce fut donc merveille de voir successivement trois feuilles des Nouvelles Ecclésiastiques (I) consacrées, presque en entier, à reproduire avec une faveur complète le Mémoire dans lequel Joubert et Symon de Doncourt rendaient compte de leur opération au public.
Une des raisons de celte haute faveur apparaît en particulier dans une des améliorations de l'édition du Missel de 4777, signalée par Symon de Doncourt lui-même avec la plus naïve complaisance , dans une lettre de cet Ecclésiastique insérée au Journal Ecclésiastique du Jiwiséniste Dinouart (2). Le correcteur du Missel se félicite d'avoir été à portée de rectifier une grave erreur qui s'était glissée dans la fameuse Oraison de saint Pierre : Deus qui beato Petro Àiwstolo tuo, collatis clavibus Regni cœlestis animas ligandi atque solvendi Pontificmm ïrarfîVZisfî. La Cour de Rome, suivant l'auteur de la lettre, aurait, dans les temps postérieurs, retranché à dessein le mot animas, comme faisant obstacle à ses prétentions sur le temporel des Rois (5). Malheureusement pour Symon de Doncourt , les Jansénistes et les Constitutionnels ont tant rebattu depuis lors cette anecdote liturgique (i), qu'il serait difTicile aujourd'hui de la réfuter sans dégoiit. Disons donc
(1) 20 aoilt, 29 octobre et 5 novembre 178i.
(2) Tome LXVI. page 266.
(3) Page 269.
(4) Voyez tas Annales de la lieiigion, journal de l'Eglise Constitutionnelle ; la Chronique Religieuse dirigée par Gré|{oire ; les ouvrages de Grégoire lui-même ; Tabaraud, etc. Il n'est peut-ôtro pas d'histoire qui y soit plus souvent ressagsée que cette prétendue supercherie Uomâine.
seulemont que si les Missels Romains actuels ne portent pas le mot animas, les divers manuscrits du Sacramenlaire de saint Grégoire, publiés par Paméiius, D. Hugues Ménard et le B. Tommasi, ne le portent pas non plus. Est-ce donc une lionle à l'Eglise Romaine de s'en tenir à la Leçon de saint Grégoire ? Quant à l'honorable intention de fermer l'entrée du Missel de Paris aux doctrines ultramontaines, en exprimant fortement celte maxime , que le pouvoir de lier et de délier donne à saiut Pierre s'exeree sur les âmes (animas) , cela est bien puérile. Qui ne sait, en effet, que la puissance spirituelle est spirituelle de sa nature , en sorte que si elle atteint les choses temporelles, elle ne les peut atteindre que par les âmes, par les intérêts spirituels, par la conscience? D'autre part , Symon de Doncourt , ainsi que l'Abbé Grégoire et consorts, prétendrait-il que l'Eglise n'a de pouvoir à exercer que sur les âmes? Mais , comment demeurer Catholique avec une pareille doctrine qui renverse d'un seul coup toutes les obligations extérieures , les seules que l'Eglise puisse prescrire par des lois positives? Mais c'est assez ; il nous en coûterait trop de prolonger celte apologie de l'Eglise Romaine, et nous voulons croire pieusement que Symon de Doncourt, s'il vivait aujourd'l'.ui , serait le premier à réfuter sa propre découverte, dont le résultat final n'a profilé jusqu'ici qu'à des hérétiques et à des schismatiques.
Les inlki>cnces de Saint-Sulpice sur la Lîlurgie Parisienne curent du moins cet avantage de procurer l'insertion d'un OITice et d'une Messe du Sacré-Cœur de Jésus , dans les nouveaux Bréviaire et Missel : cet Office et celle Messe étaient de la composition de Joubert et de Doncourt. Ainsi, une solennelle réclamation contre l'esprit Janséniste qui avait inspiré l'œuvre de Vigier et Mesenguy, venait s'implanter au milieu de cette œuvre elle-même. Quelques années aupara-
vant, en 1770, Christophe de Beaumont avait approuvé un Office du saint Rosaire qui n'était pas, il est vrai, destiné à être inséré au Bréviaire , mais qui pourtant était aussi une réclamation contre cet isolement dans lequel on tenait les Catholiques Français à l'égard de Rome et de la Chrétienté, en leur interdisant laCommémoration d'une des plus magnifiques victoires que le nom Chrétien, sous les auspices de Marie, et par les efforts du Ponlife Romain , ait jamais remportée sur le Croissant.
Anloine-EIéonor-Léon Leclerc de Juigné; qui siégeait saintement et glorieusement dans l'Eglise de Paris , quand la tempête si longuement et si coraplaisamment préparée s'en vint mugir avec tant de rage centre les institutions de notre foi , avait senti pareillement la portée des outrages faits à la piété Catholique parla Liturgie des Jansénistes. Dansl'édiiion du Bréviaire de Paris qu'il préparait, mais qui n'eut pas lieu, il songeait à introduire l'Office de Noire-Dame du Mont-Carmel; mais les temps n'étaient pas accomplis. La route n'était pas parcourue dans son entier ; l'heure n'était donc pas venue de revenir sur ses pas. On le vit bien d'ailleurs, quand le même Prélat, ayant besoin de huit Hymnes nouvelles (1) pour rendre plus parfaite l'édition de son Bréviaire, trouva tout simple de les commander à des littérateurs, comme on ferait d*un discours académique. Lisez plutôt : « D'après les inî tenlioi.s de rArchevcqne , le Recteur de l'Université ( c'était «alors Dumouchel) indiqua un concours pour travaillera » ces Hymnes, et adressa, le 2 décembre 1786, un Mandement ï latin aux professeurs et aux amis de la poésie latine , pour »les engager à s'occuper de cet objet. On dit que Luce de
(1) Trois pour le Commun des Prôlrts , doux pour le Palron , ol trois pour sainte Clolilde.
Ste INSTITUTIONS
sLancival, alors professeur de rhétorique au Collège de Na- >varre, concourut et obtint le prix pour les Hymnes de ï sainte Clotilde (1). î Cependant, si nous nous en souvenons bien, il nous semble que saint Bernard exige tout autre chose de l'hyranographe Chrétien , que la qualité de professeur ou d'ami de la poésie latine. La persécution qui renversa les autels suspendit l'édition du Bréviaire projeté; mais n'eût-il pas été bien déplorable de voir réunis dans le même livre des prières cléricales, les Psaumes de David, les Cantiques des Prophètes et les fantaisies latines d'un personnage erotique qui, après avoir cultivé en auteur du troisième ordre le tragique et le comique du Théâtre Français, mourut à quarante-quatre ans d'une maladie honteuse (2) ? Et pourtant , mieux vaut encore poiir hymcographe un libertin qu'un hérétique.
L'Archevêque de Juigné, s'il ne renouvela ni le Missel , ni le Bréviaire, accomplit néanmoins une œuvre hturgique bien grave dans le Diocèse de Paris : ce fut la publication d'un nouveau Biluel. >ous ne parlerons pas ici du Pastoral, ou recueil dogmatique et moral qui ne concerne que la pratique du saint ministère. Le Rituel proprement dit doit nous occuper uniquement. On remarqua dans la nouvelle édition de ce livre une hardiesse qui dépassait , sous un rapport, tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Sans doute , les Jansénistes , auteurs des nouveaux livres , s'étaient exercés à mettre du nouveau dans tout l'ensemble de la Liturgie, mais du moins ils ne s'étaient pas avisés de retoucher pour le style les pièces de l'antiquité qu'ils avaient jugé à propos de conserver. Les prières pour
(1) L'Jmi de la Religion. Tome XXVI. page 296.
(2) Le nouveau Bréviaire de Paris de 1822 renferme trois Hymnes de sainte Clotilde, sans nom d'auteur. Ne seraient-elles point celles de Luce de Lanclval? Que d'autres nous le disent. Jusque-là nous nous abstenons.
l'administration des Sacrements n'avaient souffert aucune variation; et, jusque-là, le dix-huitième siècle ne s'était pas cru en droit de donner des leçons de langue latine à saint Léon et à saint Gélase. Dans le Rituel Parisien de 1780, le Clergé s'aperçut que l'ensemble de ces vénérables formules avait été soumis à une nouvelle rédaction , sous le prétexte d'y introduire une plus grande élégance ! Ainsi, ce n'étaient plus les Hymnes, les Antiennes, les Répons qui manquaient de dignité et ^u'il fallait refaire , au risque de sacrifier la Tradition gui ne se refait pas ; c'était l'enseignement dogmatique des premiers siècles , le plus pur, le plus grave, le plus universel, qui devait disparaître pour faire place aux périodes plus ou moins ronflantes de Louis-François Revers, Chanoine de Saint-Honoré ; d'un Abbé Plunkett, Docteur de Sorbonne; et enfin d'un Abbé Charlier, Secrétaire de l'Archevêque. Encore un pas, et le Canon de la Messe aurait eu son tour , et on l'aurait vu disparaître pour faire place à des phrases nouvelles , et débarrasser enfin les Prolestants de l'invincible poids de son témoignage séculaire. Encore un pas, et la raison de ne pas admettre la langue vulgaire dans la Liturgie, tirée de l'immobilité nécessaire des formules mystérieuses , aurait disparu pour jamais. Il fallait des faits semblables pour constater l'étrange déviation que les Antî-liturgistcs avaient opérée de longue main dans l'esprit des Catholiques Français. Cinquante ans et plus ont dû s'écouler avantquel'onailsongésérieusement à restituer, dans le Rituel Parisien , les formes antiques de la tradition. Les Evêques de la Province ecclésiastique de Tours se réunirent dans celte ville, en 1780, sous la présidence de l'Archevêque François de Conzié. Dans cette Assemblée Provinciale qui n'eut cependant pas la forme de Concile, on décréta la suppression de plusieurs (êtes dont l'observance T. II. 37
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était générale dans l'Eglise; le Mardi de la Pentecôte, entre autres. Pour corroborer cette mesure, des Lettres-Patentes du Roi furent sollicitées et obtenues. C'était peu cependant pour autoriser une dérogation à la discipline générale , dont les lois ne peuvent être relAchées que parle pouvoir Apostolique, le seul qui ait droit de dispenser des Canons reçus universellement. En 4801, Bonaparte fut mieux conseillé. Quoi qu'il en soit , dans le Mandement qu'ils publièrent en nom collectif, sous la date du 8 mai 1780, pour annoncer aux fidèles les motifs de cette suppression des Fêles , les Prélats , faisant allusion à certaines Fêtes locales qu'ils avaient cru devoir abolir, proclamaient en ces termes les principes de tous les siècles sur l'unité liturgique : t Les Fêtes seront, à » l'avenir, uniformément célébrées dans nos différents Diot cèses. On ne verra plus les travaux permis dans un lieu et «interdits dans un autre. Une sainte uniformité, l'image de
> l'unité de l'Eglise et l'un des plus beaux ornements du culte » public , va se rétablir dans toutes les parties de cette vaste
> Province. »
Les Pères du Concile de Vannes, rassemblés en 461 sous la présidence de saint Perpetuus, Evêque de Tours, n'avaient pas tenu un autre langage : « Il nous a semblé bon, disaient-
> ils, que dans notre Province il n'y eût qu'une seule coutume j pour les cérémonies saintes et la psalmodie ; en sorte que ï de même que nous n'avons qu'une seule foi, par la confes- 3 sion de la Trinité , nous n'ayons aussi qu'une même règle i pour les Offices : dans la crainte que la variété d'observances » en quelque chose ne donne lieu de croire que notre dévo- » tion présente aussi des différences (1). »
Il était naturel que, dans une conjoncture pareille, après
(1) Voyez ci -dessus, tome I, page 131,
avoir parlé de l'uniformité du culte imhlic, image de l'unité de l'Eglise, l'Assemblée de 1780 s'occupât des moyens de faire cesser la discordance de la Liturgie dans la Province. L'Archevêque convia ses collègues à embrasser le nouveau Bréviaire de Tours, qui n'était , pour le fond , que le Parisien deVigier et Mesenguy; mais il était difficile qu'après s'être affranchi des règlements du Concile de Tours de 4583, qui prescrivaient l'usage du Bréviaire Romain de saint Pie V , on consentît à reconnaître l'autorité liturgique du Métropolitain. Les Evêques du Mans et d'Angers déclarèrent donc s'en tenir à leurs livres; l'Evêque de Nantes se décida pour la Liturgie Poitevine, du Lazariste Jacob ; les Evoques de Vannes et de Saint- Brieuc conservèrent leur Parisien pur et simple. L'Evêque de Rennes fut le seul qui se sentit touché du désir d'embrasser les nouveaux usages de la Métropole; encore ne voulut-il recevoir les livres de Tours que dans sa Cathédrale , déclarant la Liturgie Romaine obligatoire dans le reste du Diocèse, comme par le passé. Quant aux Evêques de Dol , de Saint-Malo , de Tréguier, de Quimper etde Saint-Polde Léon, ils protestèrent être dans l'intention de maintenir dans leurs Eglises l'usage de la Liturgie Romaine. Nous ajouterons même , sur l'autorité d'un témoin respectable, que les Evêques de Saint-Malo et de Saint-Pol de Léon , qui n'avaient assisté à l'Assemblée que par Procureur, écrivirent à l'Archevêque : Nous ne tenons à Rome queparun fl : il ne nous convient pas de le rompre. Honneur donc à ces Pontifes dont le cœur épiscopal ne fléchit pas alors que tout cédait à l'entraînement de la nouveauté ! En 1782, on imprimait pour l'usage de l'Eglise de Chartres un Missel, et en 1785 un Bréviaire. Ces deux livres, dont le fond était emprunté du nouveau Parisien , paraissaient par l'autorité de l'Evêque Jean-Baptiste-Joseph deLubersac. Dix ans après, le Vicaire-Général , Chanoine et Chancelier
de la Cathédrale, qui avait eu la plus grande part à cette destruction de la Liturgie Chartraine , s'exprimait ainsi , au milieu de la Convention Nationale, dont il était membre : « Mes vœux appelaient depuis long-temps le triomphe de » la raison sur la superstition et le fanatisme : ce jour-là test arrive; je m'en réjouis. Quoique j'aie déposé depuis • un grand nombre d'années tout caractère ecclésiastique , > et qu'à cet égard ma profession soit bien ancienne et bien I connue , je déclare encore , et cent fois s'il le faut , que je »ne reconnais d'autre culte que celui de la Liberté, d'autre 1 religion que l'amour de l'humanité et de la patrie. » Or, ce liturgiste-législateur s'appelait l'Abbé Siéyes. Epuré par ses soins, le Bréviaire de l'Eglise des Yves et des Fulbert dissimula comme par honte les saintes et patriotiques traditions sur la Vierge des Druides , et l'on cessa de chanter, sous les voûtes même de Notre-Dame de Chartres, ces doux et gracieux Répons dont Fulbert composait les paroles, et dont Robert le Pieux créait la mélodie. Quelques années plus tard, l'auguste Cathédrale vit s'accomplir, sous son ombre sacrée, le plus hideux de tous les sacrilèges, quand l'image de la Vierge encore debout sur l'autel profané, transformée en Déesse de la Liberté ou de la Raison, parut la tête couverte du bonnet ignoble dont l'Abbé Siéyes et ses pareils avaient fait pour la France un symbole de terreur. C'est par degré sans doute et non tout à coup que de semblables excès deviennent possibles chez un peuple.
Nous avons parlé ailleurs du Bréviaire de Sens , dont les intentions Jansénistes sont dénoncées par l'Archevêque Languet. Ce Bréviaire reçut son complément en 1785, dans la publication d'un nouveau Missel, promulgué par l'autorité du Cardinal de Luynes, Archevêque de cette Métropole. L'auteur de ce Missel fut l'Abbé Monteau , Lazariste , Supé-
rieur du Séminaire ; son travail est célèbre par la multiplicité des traits d'esprit qui scintillent de toutes parts dans les Collectes , Secrètes et Postcommunions, en sorte qu'on les croirait taillées à facettes. L'Abbé Monteau avait cela de particulier, qu'on le jugeait plutôt philosophe que Janséniste. Quoi qu'il en soit, il prêta le serment à la Constitution Civile du Clergé, et, ce qui est le plus déplorable, il entraîna dans le schisme , par l'autorité de son exemple, la plus grande partie du Clergé du Diocèse (1).
Nous ne prolongerons pas davantage cette revue fort incomplète des variations liturgiques de nos Eglises (2). Au milieu de tant d'innovations, il nous a suffi de choisir quelques traits propres à initier le lecteur aux principes qui les ont
(1) Il se rétracta cependant après la révolution.
(2) Le besoin d'en finir avec cette histoire générale de la Liturgie, nous oblige à réserver, pour une autre occasion , les détails que nous avions rassemblés sur les rapports de la Liturgie avec l'art, en France, durant la seconde moitié du dix-huitième siècle. Il suffira de dire que la dégradation alla toujours en croissant jusqu'à la catastrophe qui vit crouler, en si grand nombre, nos Eglises modernisées, et engloutit leurs tableaux, leurs statues et leur ameublement dégénérés. L'Abbé Lebeuf est encore une merveille , en comparaison des compositeurs de plain-chant que la Un du siècle produisit. Si la première condition, pour exécuter la plupart de ses pièces, est d'être njuni d'une vigoureuse paire de poumons, il y a du moins quelque apparence de variété dans ses motifs ; il a centonisé, comme il le dit lui-môme. Il en est tout autrement, par exemple, de Jean-Bapliste Fleury, Chanoine de la Collégiale de Sainte-Magdeleine de Besançon, qui se chargea de composer les chants du nouveau Graduel et Antiphonaire de ce Diocèse. Sa phrase ne manque pas d'une certaine mélodie; mais elle revient sans cesse , molle et commune jusqu'à la nausée. Les mélodies de ses Proses portent le môme caractère. Il y eut des Diocèses oii les compositeurs s'exercèrent à refaire , d'après eux-mômes, les rares pièces de la Liturgie Romaine qu'on avait conservées. Ainsi, à Amiens, on refit à uenï \e Lauda , Sion ; à Tout, on refit jusqu'aux grandes Antiennes de i'Aveat, etc., et Dieu sait quels pitoyables chants on substitua.
toutes produites, et de moiUrer quelle espèce d'hommes en ont élé les promoteurs et les exécutants. C'est donc à dessein que nous nous sommes abstenu , pour le moment , de faire mention des Bréviaires de Rheiras , Bourges , Besançon, Toul , Clermont , Troyes , Beauvais , Langres , Bayeux , Limoges, qui, avec ceux dont noua avons parlé, savoir de Vienne , Senez , Lisieux , Narbonne , Meaux , Angers , Sens , Auxerre, Rouen , Orléans, le Mans et Amiens, forment à peu près la totalité de ceux que produisit en France la fécondité du dix-huitième siècle.
Disons cependant un mot des Ordres Religieux , bien qu'il nous en coûte d'aborder ce sujet sur lequel nous voudrions n'avoir à produire que des faits conformes au génie traditionnel du Catholicisme , dont ces nobles familles ont été constituées les gardiennes. Mais, hélas ! on dut se rappeler cette antique sentence : Optimi pessima corrwptio, en voyant les tristes fruits de l'innovation liturgique dans le Cloître. Nous avons parlé de l'Ordre de Cluny et signalé la malheureuse influence de son trop fameux Bréviaire. La Congrégation de Saint-Vannes, en 1777, se donna à son tour un Bréviaire et un Missel dans le goût du nouveau Parisien. Nous n'avons pu en connaître l'auteur. L'Ordre de Prémontré renonça, en i782, à son beau Bréviaire Romain-Français, pour en prendre un nouveau publié par l'autorité de Lécuy , dernier Abbé- Général de cette grande famille religieuse, et rédigé, ainsi que le nouveau Missel, par Rémacle Lissoir, Prémontré, Abbé de la Val-Dieu, personnage qui avait publié un abrégé en français du livre de Fébronius , et qui , ayant prêté le serment à la Constitution civile du Clergé, fut Curé de Sedan et siégea au ConciUabule de Paris, en 1797 (1). Enfin, la Congrégation de
(1) Biographie Jrdennaise, par l'Abbé Bouliiot. Tome II. pag. 106.
Saint-Maur eut aussi son Bréviaire parliculier;; publié en 1787, ouvrage beaucoup trop vanté et qui eut pour auteur principal Dom Nicolas Foulon , convulsionniste passionné , qui se maria en 1792 et mourut en 1813, après avoir été successivement huissier au Conseil des Cinq-Cents, au Tribunal et au Sénat de l'Empire (1) !
Ainsi donc, sur cent trente Eglises, la France, en 1791, en comptait au-delà de quatre-vingts qui avaient abjuré la Liturgie Romaine. Elle s'était conservée seulement dans quelques Diocèses des Provinces d'Alby , d'Aix, d'Arles, d'Auch, de Bordeaux, de Bourges, de Cambray, d'Embrun, de Narbonne , de Tours et de Vienne. Strasbourg, qui était de la Province de Mayence, l'avait gardée. Aucune Province, si ce n'est celle d'Avignon , ne s'était montrée unanime à la retenir, et elle avait entièrement péri dans les Métropoles de Besançon , de Lyon , de Paris, de Rheims , de Sens et de Toulouse. De tous les Diocèses qui, à l'époque de la Bulle de saint Pie V, n'avaient pas pris le Bréviaire Romain , mais avaient simplement réformé, à l'instar de ce Bréviaire, leur Romain- Français, pas un n'avait retenu cette magnifique forme liturgique. Les novateurs avaient donc poursuivi l'élément Français dans la Liturgie , avec la même rigueur qu'ils avaient déployée contre l'élément Romain, parce que tous deux étaient traditionnels. Il n'y eut que l'insigne Collégiale de Saint-Martin de Tours qui, donnant en cela la leçon à nos Cathédrales les plus fameuses , osa réimprimer, en 1748, son beau Bréviaire Romain-Français , et qui , seule au jour du désastre, succomba avec la gloire de n'avoir pas renié ses traditions. Nous rendons ici, avec effusion de cœur, cethommage à cette sainte et vénérable Eglise , et à son illustre Chapitre.
(1) L'Jmi de ta Religion. Tome LV. Notice sur Dom Foulon et ses ouvrages, pages 30S-3H.
584 m'STITUTIONS
Mais c'est assez rappeler de tristes souvenirs : puisse du moins l'innovation liturgique du dix-huitième siècle, apparaissant telle qu'elle est, dans ses motifs, dans ses auteurs, dans ses agents , être jugée de nos jours , comme elle le sera par devant tout tribunal qui voudra juger les institutions du Catholicisme d'après le génie même du Catholicisme ! L'Eglise de France est donc arrivée à la veille d'une effroyable persécution ; ses temples vont être fermés par les impies, ses fêtes ont cessé de réunir les peuples, et les nouveaux chants qu'elle a inaugurés, à la veille d'un si grand désastre, n'ont pas eu le temps de remplacer dans la mémoire des fidèles ceux qui retentirent dans les âges de foi. Naguères, cette Eglise n'avait qu'une voix dans ses temples, et cette voix était celle de toutes les Eglises de la langue Latine; aujourd'hui, la confusion est survenue; vingt dialectes, plus discordants les uns que les autres , divisent cette voix et en affaiblissent la force. Prête à descendre aux catacombes , l'Eghse Gallicane a perdu le droit de citer désormais aux peuples la parole des Livres de l'Autel et du Chœur, comme l'oracle de l'antiquité , delà tradition, de l'autorité. En alléguant le texte des nouveaux Missels et Bréviaires, on ne peut donc plus dire désormais : L'Eglise dit ceci ; et ce coup fatal, ce n'est point la main d'un ennemi qui l'a porté. Les hommes de nouveautés et de destruction ont trouvé le moyen de faire mou- • voir en leur faveur le bras qui ne devait que les foudroyer. Or, voilà ces jurisconsultes, ces mêmes gens du Palais qui décrétèrent l'abolition du Bréviaire Romain et firent brûler, par la main du bourreau , les Remontrances ou Réclamations que le zèle de la Tradition Catholique, aussi bien que de l'Unité de Confession , dictait à quelques Prêtres courageux ; les voilà qui s'apprêtent à mettre au jour la Constitution nationale . et non Romaine , qu'ils ont préparée au Clergé de France.
LITDRGIQUES. 585
Dans leur attente sacrilège , ils comptent sur les peuples qui, dans beaucoup de Provinces, ont déjà commencé à perdre le respect envers leurs Pasteurs , à l'occasion des changements introduits dans les formes du culte. Déjà dans de nombreuses Paroisses , la Dîme a été refusée aux Curés qu'une injonction supérieure contraignait de supprimer les anciens livres et d'inaugurer les nouveaux. Mais avant d'étudier les doctrines liturgiques des nouveaux Evêques et des nouveaux Prêtres de cette monstrueuse aggrégation qu'on appela l'Eglise Constitutionnelle , arrêtons-nous à considérer les attaques dont les saines doctrines liturgiques se trouvent être l'objet dans plusieurs pays Catholiques,
Nous avons tracé ailleurs la théorie d'après laquelle l'hérésie Anti-liturgiste , c*est-à-dire ennemie de la Forme religieuse , a procédé depuis les premiers siècles , et les faits que nous avons produits dans tout le cours de celte histoire ont dû mettre dans un jour complet les intentions des sectateurs de cette doctrine maudite. On a dii remarquer que son caractère principal est de procéder avec astuce , et de ne jamais reculer devant les contradictions dans lesquelles ce système doit souvent l'entraîner. Destinée par sa propre nature à s'attacher comme le chancre à la religion des peuples, elle sait produire ou dissimuler ses progrès en proportion des risques qu'elle pourrait courir d'être extirpée par la main des fidèles et de leurs Pasteurs. Souvent, il lui suffira d'exister à l'état de virus caché, et d'attendre la chance d'une éruption ; dans d'autres lieux, au contraire, elle osera tout à coup éclater sans ménagement. Ainsi , en France, elle se glissa sous couleur d'un perfectionnement des prières du culte , d'un plus juste hommage à rendre à l'Ecriture Sainte dans le service divin, d'une plus parfaite appréciation des droits de la critique ; elle sut flatter l'amour-propre
national , les prétendons diocésaines, et au bout d'un siècle, elle avait trouvé moyen de détruire la communion des prières Romaines dans les trois quarts de la France, d'anéantir l'œuvre de Charlemagne et de saint Pie V, d'infiltrer de mauvaises doctrines dans les livres de l'Autel, enfin de faire agréer, pour rédacteurs de la prière publique, des hommes dont les maximes étaient flétries comme hérétiques par l'Eglise universelle.
C'étaient là sans doute de grands résultats; mais on n'avait pu y parvenir que par degrés , et sous prétexte de perfectionnement autant hltéraire que religieux. Il avait fallu dissimuler le but auquel on tendait , parler beaucoup d'antiquité tout en la violant, et surtout éviter de s'adresser au peuple par des changements trop extérieurs dans les objets visibles ; car la nation , en France , a été et sera toujours Catholique avant toutes choses , et plus elle se sentira refoulée à une époque sous le rapport des manifestations religieuses , plus elle y reviendra avec impétuosité , du moment que l'obstacle sera levé.
Il en était tout autrement en Allemagne. La réforme de Luther avait été accueillie par acclamation , au seizième siècle , dans une grande partie des États de cette vaste région , comme l'affranchissement du corps à l'égard des pratiques extérieures et gênantes qu'imposait le Catholicisme. Dans les pays demeurés Catholiques, le zèle des Anti - liturgistes du dix- huitième siècle s'inspira de ces favorables commencements , et quand il voulut tenter une explosion , il se garda bien d'aller perdre un temps précieux à falsifier des Bréviaires et des Missels. Il appUqua tout franchement et tout directement sur les formes , pour ainsi dire, plastiques du culte Catholique ses perfides essais de réforme. Il savait le rationalisme allemand moins subtil que l'esprit
français , et vit tout d'abord que Ton pouvait bien laisser le Bréviaire Romain intact entre les mains d'un Clergé qu'on saurait amener peu à peu à ne plus vouloir réciter aucun Bréviaire. Les premières atteintes de cet esprit Anti-liturgiste, au sein même des Catholiques, avaient déjà percé dans les Canons de ce fameux Concile de Cologne de 1536 , dont nous avons parlé ailleurs {!). Mais ce fut bien autre chose, vers la fin du dix-huitième siècle, quand Joseph II s'en vint étayer de l'autorité impériale les plans Â.nti-lilurgistes que lui suggérait la triple coalition des forces du Protestantisme , du Jansénisme et de la Philosophie. Déjà , on avait miné le Catholicisme dans une grande portion du Clergé Allemand , en dissolvant la notion fondamentale de l'Eglise, l'autorité du Pontife Romain, au moyen des écrits empoisonnés de Febronius, et plus tard, d'Eybel. Joseph II passant à la pratique , ouvrit , dès 1781 , la série de ses Règlements sur les matières Ecclésiastiques. Il débuta, comme on a toujours fait, par déclarer la guerre aux Réguliers auxquels il enleva l'exemption et les moyens de se perpétuer, en attendant qu'il lui plût de porter la main sur la Jurisdiction Episcopale elle-même. Mais le vrai moyen d'atteindre le Catholicisme dans le peuple était de réformer la Liturgie. L'Empereur ne s'en fit pas faute , et l'on vit bientôt paraître ces fameux Décrets sur le service divin , dont le détail minutieux porta Frédéric II à désigner Joseph sous le nom de mon frère le sacristain. La chose était cependant bien loin d'être plaisante. Les conseillers de Joseph , et surtout le détestable Prince de Kaunitz , dont le nom appartient à cette histoire , comme celui d'un des plus grands ennemis de la forme catholique, les conseillers de Joseph, disons-nous , et sans doute
(1) Tome I. page 429.
l'Empereur lui-même , sentaient parfaitement la portée de ce qu'ils faisaient en préparant l'établissement d'un Catholicisme bâtard, qui ne serait ni garanti par des corporations privilégiées, ni régi exclusivement par la hiérarchie, ni basé sur un centre inviolable , ni populaire dans ses démonstrations religieuses.
On vit paraître , entre autres , sous la date du 8 mars 1783, un ordre impérial qui défendait de célébrer plus d'une Messe à la fois dans la même Eglise. Le 26 avril suivant , fut promulgué un règlement très étendu , dans lequel l'Empereur supprimait plusieurs Fêtes , abolissait des Processions , éteignait des Confréries, diminuait les Expositions du Saint- Sacrement , enjoignait de se servir du Ciboire au lieu de l'Ostensoir dans la plupart des Bénédictions, prescrivait l'ordre des Offices , déterminait les Cérémonies qu'on aurait à conserver et celles qu'on devrait abolir, et ûxait enfin jusqu'au nombre des cierges qu'on devrait allumer aux divers Offices. Peu après, Joseph fit paraître un Décret de même sorte portant injonction de faire disparaître les images les plus vénérées parla dévotion populaire. Cependant, quelque j)hUosophiques el libéraux que voulussent être les règlements de l'Empereur, il s'y trouvait dès l'abord une disposition non moins anti-philanthropique qu'anti-liturgique. Joseph statuait que l'on ferait désormais dans les Eglises , les Dimanches et Fêtes , deux Sermons distincts , l'un pour les maîtres , l'autre pour les domestiques ; en quoi il se conformait , sans le savoir peut-être, au génie du Calvinisme qui se retrouve plus ou moins au fond de tout système Anti-liturgiste. Il y a long-temps que l'on a observé , pour la première fois , que le peuple qui se presse avec tant d'enthousiasme sous les voûtes étincelanlesd'or d'une Eglise CathoUque, trouve rarement cette hardiesse dans le Temple Calviniste. C'est que
dans l'Eglise Catholique , la pompe révèle la présence de Dieu qui a fait le pauvre comme le riche, tandis que le Prêche Protestant offre simplement l'aspect d'une froide et cérémonieuse réunion d'hommes. Pour en revenir aux édits de Joseph II, on sait avec quelle obéissance passive ils furent accueillis dans la plupart des Provinces Allemandes de l'Empire : mais la Belgique toujours fidèle , la Belgique que le voisinage de la France n'a jamais fait dévier du sentier Romain de la Liturgie , prit les armes pour résister aux innovations de Joseph II, et préluda, sous l'étendard de la foi , à ces glorieux efforts qui devaient , quarante ans plus tard, après bien d'autres souffrances, fonder son indépendance et l'établir au rang des nations. Puisse-t-elle n'oublier jamais que le principe de sa liberté politique à l'intérieur et à l'extérieur est la Liberté même du Catholicisme ! Tandis que Joseph II travaillait à déraciner la foi de l'Eglise Romaine dans l'Empire , cette Mère et Maîtresse de toutes les Eglises n'avait pas à souffrir de moindres atteintes de la part des Princes Ecclésiastiques de l'Allemagne. Les Archevêques Electeurs de Cologne , Trêves et Mayence , avec l'Archevêque Prince de Saltzbourg, signaient à Ems, le 25 août 1786 , ces trop fameux Articles dont le but clait d'affranchir, disait-on , la hiérarchie , en anéantissant l'autorité suprême du Siège Apostolique. Or, les maximesAntiliturgistes avaient pénétré dans le cœur de ces Prélats , et s'ils poursuivaient le Christ en son Vicaire , ils cherchaient aussi à restreindre son culte dans l'Eglise. L'un d'eux, Jérôme de Collorédo , Archevêque de Saltzbourg , avait donné, dès 1782, une Instruction Pastorale , dans laquelle il s'élevait contre ce qu'il nommait le luxe des Eglises, déclamait contre la vénération des images, et prétendait, entre autres choses, que le culte des Saints n'est pas un point essen-
tiel dans la Religion. C'était bien là , comme l'on voit , l'esprit de nos Novateurs Français , mais fortifié de toute l'audace qu'on pouvait se permettre en Allemagne.
Mais ce qui parut le plus étonnant à cette époque , fut l'apparition des mêmes scandales , en Italie , où tout semblait conspirer contre les développements, et même contre les premiers symptômes de l'hérésie Ânti-liturgiste. Cette importation manifesta à la fois les caractères de l'esprit français plus subtil , plus cauteleux , et de l'esprit allemand plus hardi et plus prompt à rompre en visière. On s'expliquera aisément ce double caractère , si on se rappelle les efforts inouïs que les Jansénistes Français avaient faits pour infiltrer leurs maximes en Italie, et aussi l'influence que devait naturellement exercer sur Léopold , Grand-Duc de Toscane, l'exemple de son frère Joseph II. Toutefois, avant d'oser réformer le Catholicisme dans la portion de l'Italie qui était malheureusement échue à son zèle, Léopold avait besoin de se sentir encouragé par quelque haut personnage Ecclésiastique de ses Etats. Ce personnage fut Scipion de Ricci , Evéque de Pistoie et Prato, l'ami intime du trop fameux Professeur Tamburini, le disciple fidèle des Appellants Français, et l'admirateur fanatique de toutes leurs œuvres, mais spécialement de leurs brillants essais liturgiques.
Le 18 septembre 1786, s'ouvrit à Pistoie, sous les auspices du Grand-Duc , ce trop fameux Synode dont les Actes firent dans l'Eglise un éclat si scandaleux , mais aussi, il faut le dire, si prompteraent effacé. Ricci était venu trop tôt; peut-être même la mauvaise influence s'était-elle trompée tout-à-fait sur la contrée où un pareil homme aurait dû naître. Quoi qu'il en soit, le malheureux Prélat survécut aux scandales qu'il avait causés , et il a fini ses jours dans la communion de l'Eglise dont il avait déchiré le sein. Il n'est point
de noire sujet de dérouler ici le honteux système de dégradation auquel le Synode de Pistoie , dans sa sacrilège outrecuidance, prétendait soumettre tout l'ensemble du Catholicisme ; la partie liturgique de ses opérations est la seule que nous ayons le loisir de mettre sous les yeux de nos lecteurs» Ainsi , nous ne nous arrêterons pas à signaler l'audace de cette Assemblée, promulguant la doctrine hérétique et condamnée de Baius et de Quesnel , sur la Grâce ; adoptant scandaleusement la Déclaration de 1G82 contre les droits du Pontife Romain ; abolissant l'exemption des Réguliers pour étaler ensuite dogmatiquement le plus dégoûtant Presbytérianisme ; mais nous citerons d'abord ces mémorables paroles de la Session sixième :
« Avant tout, nous jugeons devoir coopérer, avec noire
• Prélat, à la réforme du Bréviair.e et du Missel de noire > Eglise, en variant j corrigeant et mettant dans un meilleur j> ordre les Offices divins. Chacun sait que Dieu , qui est la
• Vérité, ne veut pas être honoré par des mensonges; et » d'autre part, que les plus savants et les plus saints perïsonnages, des Papes même, ont dans ces derniers temps ï reconnu dans notre Bréviaire, spécialement pour ce qui » regarde les Leçons des Saints, beaucoup de faussetés, et ïont confessé la nécessité d'une plus exacte réforme. Quant »à ce qui regarde les autres parties du Bréviaire, chacun i comprend qu'à beaucoup de choses ou peu utiles , ou moins ï ÉDIFIANTES , il Serait nécessaire d'en substituer d'autrcè ï tirées de la parole de dieu, ou des ouvrages originaux » des saints Pères; mais, sur toutes choses, on devrait dis- » poser le Bréviaire lui-même de façon que, dans le cours de ï l'année, on pût lire toute entière la Sainte Ecriture (I). t
(I) Prima di falto pero noi giudicbiamo di dovere cooperarc col nostro Prelalo alla riforma del Breviario et dol Messale délia noUra
Ainsi donc, nous entendrons les Anli-lilurgistes tenin partout un langage uniforme, de Luther à Ricci, en attendant le tour de nos Constitutionnels Français. Toujours l'Ecriture Sainte, en place des prières de la Tradition ; toujours la guerre au culte des Saints, l'oubli infligé à leurs œuvres merveilleuses, sous le prétexte d'épurer la vérité de toutes les scories apocryphes dont l'ont souillée les Légendaires (1). D'où vient donc cette affectation de copier si servilement les fades déclamations des Foinard, des Grancolas, desMesenguy, des Baillet, etc.? Le digne interprète de Scipion Ricci, l'éditeur de ses Mémoires, de Polter le Voltairien, nous l'explique quand il nous dit, en parlant des plans liturgiques de l'Evêque de Pistoie : t Ses amis de France , entre autres îles Abbés Maullrot, Leroy et Clément, et les Italiens qui «professaient les mêmes principes, s'étaient hâtés de lui «communiquer leurs idées et leurs lumières pour opérer
Chiesa , variando correggendo e ponendo in migliore ordine i divini Ulizi. OgQun' sa , che Iddio il quale e la verità, non vuole essere ouorato cou menzogne ; e che per altrà parte i piu dotti e santi uonaini , e i Ponlelici medesimi in questi ullimi tempi haano riconosciuto nel noslro Lreviario, specialmente per quel che rigiiarda le lezioni dei sanii , molle falsiia, ed hanno confessato la nécessita d'una più esatta riforma. Per quello che riguarda poi le aitre parti del Breviario, ognun comprende, che a molle cose o poco ulili o meno edificanli sarebbe necessario sostituirne allre toile dalla parola di Dio o dalle opère genuine dei Patri ; ma sopraliutto che dovrebbesi disporre il Breviario medesimo in maniera , che nel corso d'un anno vi si leggesse lutta inliera la Santa Scrillura. ^tti e decreti dei Concilio Diocesam di Fistoia. Scssione VI. page 20o.
(1) rsous n'avons pas besoin de réfuter ici ce que dit le Synode sur les Papes qui ont réprouvé les Légendes du Bréviaire. Comme il s'agit ici principalement de Benoît XIV, il suflira de rappeler encore une fois ce qu'il dit à ce sujet , savoir qu'il n'est aucune de ces Légendes qui ne soit susceptible d'ùire défendue.
îUiie réforme complùle du Bréviaire el du Missel (1). » Au reste, la prcdileclion de Ricci pour cette école liturgique paraît assez clairement dans le clioix de livres que le Synode prescrit aux Curés, On se garde hica d'y oublier VAnnén Chrétienne de Kicolas Le Tourneux, ni Y Exposition de la Doctrine Chrétienne de Mesenguy. Ces deux chers-d'œuvre des ianieux compilateurs des Bréviaires de Cluny et de Paris figurent dignement sur le Catalogue à côté du ililuel d'Aletli et des Béflexions Morales de Quesuel.
Mais voyons plus avant l'œuvre du Synode et ses glorieux efforts pour s'élever dans la reforme liturgique à la hauteur des vues de Joseph II et de son digne frère. Observons d'abord que les Pères du Concile Diocésain, comme ils s'appellent, sont d'avis qu'on évite dans les Eglises les décorations trop variées et trop précieuses , parce qu'elles attirent les sens et entraînent Vâme à l'amour des choses inférieures ; sur quoi les Pères déclarent embrasser la doctrine de l'Instruclion Pastorale de Jérôme de CoUorédo, Archevêque de Sallzbourg (2).
Dans le chapitre swrfrt réforme des Ré(juUers, ils émettent le vœu que ceux-ci n' aient point d'Eglises ouvertes au public ; qu'on y diminue les Offices divins, et qu'il n'y soit célébré qu'une, ou, tout au plus, deux Messes par jour, les autres Prêtres se bornant d concélébrer (5).
Dans la môme session, il plaît aux Pères d'abolir les Processions qui avaient lieu pour visiter quelque image de H Sainte Vierge ou d'un Saint , et de prescrire aux Curés de la campagne de restreindre le plus possible la longueur et la durée de
(1) De Potier. Mémoires de Scipion de Ricci , Ecèiiuc de Piatoic et Prato , réformateur du Catholicisme en Toscane , sous le règne de Léopold. Tome II. page 220.
(2) Se.ssione IV. page 129.
(3) Sesbioae YI. pages 238 239.
celles des Rogations. Le but de ces suppressions, disent-ils, est d'empêcher les rassemblements tumultueux et indécents^ et les repas qui accompagnaient ces Processions. Quant aux fcles , les Pères se plaignent de ce que, par leur muiliplicité, elles sont aux riches une occasion d'oisiveté , et aux pauvres une source de misère, et sont résolus de s'adresser à S. A. S. le Grand-Duc, pour obtenir une réduction dans le nombre de ces jours consacres aux devoirs religieux (1). C'est, sans doule, pour honorer en Léopold la qualité de Prince de lu Liturgie, que les PèrM décrètent qu'on ajoutera désormais au Canon ces paroles : Et pro Magno Duce nostro N. (2). On voit que l'esprit des Anli-liturgisles est partout le même, en Italie comme ailleurs : la seconde Majesté profite toujours des dépouilles de la première.
€ Pour ce qui regarde les pratiques extérieures de la dé- »volion envers la Sainte Vierge et les autres Saints, disent >les Pères, nous voulons qu'on enlève toute ombre de supersitition, comme serait d'attribuer une certaine efficacité à un ï nombre déterminé de prières et de salutations dont, la pluipart du temps , on ne suit pas le sens, et généralement à tout vautre acte, ou objet extérieur ou matériel (5). »
Après cette flétrissure infligée au Rosaire et aux diverses Couronnes ou Chapelets approuvés et recommandés par le Saint Siège, les réformateurs de Pisloie devaient naturellement en venir à poursuivre les Images. C'est pourquoi, immédiatemenî après, ils enjoignent d'enlever des Eglises toutes les Images qui représentent de faux dogmes, celles par exemple du Cœur de Jésus, et celles qui sont aux simples une occa-
(2) Jbid. page 20i.
(3) /i;/l page 20t.
sion d'erreur, comme les Images de l'incompréhensible Trinité. On enlèvera de même celles dans lesquelles il parait que le peuple a mis une confiance singulière, ou reconnaît quelque vertu spéciale. Le Synode ordonne parcilîemenl de déraciner la pernicieuse coutume qui distingue certaines Images de la Vierge par des titres et noms particuliers , la plupart du, temps vains et puériles , comme aussi celle de couvrir d'an voile certaines Images ; ce qui , en fiiisanl supposer au peuple qu'elles auraient une vertu spéciale, contribue encore à anéantir toute l'utilité et la fin des Images (I).
La réforme dans le culte de la Sainte Vierge et des Saints, n'était pour le Synode qu'une conséquence de la réforme à laquelle, toujours à la remorque de Joseph II, il avait cru devoir soumettre le culte même du Saint-Sacrement, et le Sacrifice de la Messe.
Ainsi, les Pères du Concile Diocésain décrètent qu'on ré' tablira l'antique usage de n'avoir qu'un seul autel dans la même Eglise (2). On ne placera sur cet autel ni reliquaires , ni fleurs (ô). La participation à la victime, disent-ils un peu plus loin, est une partie essenîiclle du sacrifice; touleroi?, on veut bien ne pas condamner comm,e illicites Us Mess?; cuxquellesles assistants ne communient pas sacrame^.îeUanjnt (4f). En eiîct, cette hardiesse aurait semblé nar 'roD Lutbériepr.s; mais on déclare qiïexcepté dans les cas de ora-)e nio^es^é, les fidèles ne pourront communier qu'avec dss J:h<!*ics cr^nsccrées à la Messe même à laquelle ils auront assisté (ë).
Quant à la langue à employer dans la cclécpptic'i des saints
(1) Ibid. page 202.
(2) Sessioae lY. page 130.
(3) Ibidem.
(4) Ibidem.
(5) Ibidem.
Mystères, on découvre les inlenlions du Synode dans ces paroles expressives : Le saint Synode désirerait qu'on réduisît les rites de la Liturgie à une plus grande simplicité; qu'on l'exposât en langue vulgaire , et qu'on la proférât toujours à haute voix (1) ; ciîr, ojiîutcnlplus loin h'S Pères avec Quesiicl lenr Patron : Ce serait agir contre la pratique Apostolique et contre les intentions de Dieu j que de ne pas procurer au simple j)6uple les moyens les plus faciles pour unir sa voix à celle de toute l'Eglise (-2).
Ailleurs , on enseigne que c'est une erreur condamnable de croire qu'il soit en la volonté du Prêtre d'appliquer le fruit spécial du sacrifice à qui il veut (3).
Quant à la vénération à rendre au mystère de l'Eucliarislie, le Synode ordonne de réduire l'Exposition du Sainl- Sacrement à la seule Fêle et Octave du Corpus Domini , excepté dans la Calliëdrale où l'Exposition sera permise une fois le mois; dans les autres Eglises , aux jours de Dimanches et de Fêtes , on donnera seulement la Bénédiction avec le Ciboire (4). Le nombre des Cierges allumés en présence du Saint-Sacrement exposé dans l'Oclave du Corpus Domini, ne pourra excéder trente à la Cathédrale et vingt-quatre dans les Paroisses (o) .
Ailleurs, les Ânti-liturgistes de Pistoie poursuivent la dévotion au Sacré Cœur de Jésus et à la Passion de Nofrc- Seigneur, sous raffeclation d'une Orlhodoxie dont la prétention est surtout ridicule dans des hérétiques. Attendu, disent-ils, (/«c ce serait une erreur dés long-temps anathé-
(1) Ibidem, psgo iôl.
(2) Ibidem, page 203.
(3) Sessioue IV. page 132.
(4) Ibidem, pagu lîG.
(5) Appendice al Sinodo. K'^ IV.
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matisée dans l'Eglise que d'adorer en Jésus-Christ l'humanité, la chair, ou toute portion de celte chair, séparément de la Divinité, ou avec une séparation sophistique; ainsi seraitce également une erreur d'adresser à cette humanité nos prières, au moyen d'une semblable division ou abstraction. C'est pourquoi, souscrivant pleinement à la Lettre Pastorale de notre Evêque , du ôjuin 1781 , sur la dévotion nouvelle au Cœur de Jésus, nous rejetions cette dévotion et les autre? semblables , comme nouvelles et erronées, ou tout au moins comme dangereuses (1). Dans celte Lettre Pastorale , Scipion de Ricci avait dit en propres termes, conrondanl la vérité et l'erreur : Ni la très sainte chair de Jésus-Christ , ni un petit vwrceau ( un pczzot(o) de celte chair , ni son humanité toute entière , avec séparation de la Divinité, ni aucune qualité ou perfection de Jésus-Christ , ni son amour, ni le symbole de cet amour, ne peuvent jamais être l'objet du culte de Latrie (2).
Quant au Mystère de la Passion , dit le Synode , s'il doit particulièrement occuper notre piété , il faut aussi dégager cette piété elle-même de toutes les inutiles et dangereuses matérialités auxquelles ont voulu l'assujétir les dévots superstitieux des derniers siècles. L'esprit de componction et de ferveur ne peut pas certainement être attaché à un nombre déterminé de Stations, à des réflexions arbitraires, souvent fausses, plus souvent encore capricieuses , et toujours périlleuses (ô).
On voit qwe nos réformateurs du Catholicisme allaient vite en besogne , et que si, à la façon des Novateurs Français, la refonte des livres liturgiques sur un plan Janséniste leur paraissait un moyen important d'avajjcer l'œuvre , ils
(i) Sesslone VI, page 198.
(2) Appendice. N- XXXII.
(3) Sessione YI. page 199,
voulaient mener de front , à la manière de Joseph II, la réduction extérieure des formes du Culte Calliolique. Ils s'étaient trompés en prenant ainsi l'Italie pour l'Allemagne; car si c'était un avantage pour la Toscane d'être régie par un Prince de la maison d'Autriche, c'était du moins une grande faiblesse de jugement dans Léopold , que de vouloir régir les populations au rebours de leur génie et de leurs habitudes. Le Synode de Pistoie fut imité par ceux que présidèrent peu après dans leurs Diocèses, Sciarelli , Evêque de Colle, et Marani, Evêque d'Arezzo, lesquels tinrent à honneur de marcher à la suite de Ricci et de ses Curés. Dès-lors, le parti Janséniste ne put contenir la joie de son triomphe, et le Grand-Duc se crut assuré de la victoire sur les préjugés surannés d'un Catholicisme bigot. Dès le 26 janvier 1786, voulant s'assurer de la coopération du Clergé dans la réforme religieuse qu'il projetait , il avait adressé à tous les Prélats de son Duché cinquante-sept articles de consultation. Les principaux de ces articles roulaient sur la réforme indispensable du Bréviaire et du Missel ; sur l'abolition de toute aumône pour les Messes ; sur la réduction du luxe des temples ; sur la défense de célébrer plus d'une Messe par jour dans chaque Eglise ; sur l'examen à faire de toutes les reliques; sur le dévoilement des images couvertes; sur l'administration des Sacrements en langue vulgaire ; sur l'instruction à donner au peuple touchant la Communion des Saints et les suffrages pour les défunts ; sur l'urgence de soumettre les Réguliers aux Ordinaires , etc. , etc. On y insistait spécialement sur la nécessité de tenir des Synodes Diocésains , à l'aide desquels Léopold espérait faire pénétrer dans le Clergé du second ordre les maximes qu'il lui tardait tant de voir adoptées par ses Evêques. Ces Points Ecclàiasdques ( Punti Ecclesiastici ) avec les réponses des
Archevêques et Evêques de Toscane furent publiés à Florence, en 1787. On voit au frontispice du livre le portrait du Grand-Duc soulenu par la Renommés et entouré de figures allégoriques de la Justice, du Commerce, de l'Abondance et du Temps. Au-dessous, est un génie qui lient un livre ouvert, sur lequel est écrit en grandes lettres et en français, le mot : Encyclopédie. C'était sans doute assez pour montrer les intentions ultérieures des Anti-liturgistes.
Le Voltairien de Polter, qui nous a conservé de précieux détails dans ses ignobles Mémoires de Scipion de Ricci j nous apprend en détail quelle fut la réponse des Evêques de Toscane aux cinquante-sept Points (1). Ricci, dont les influences avaient été pour beaucoup dans les résolutions de Léopold, et qui se préparait à tenir son Synode, fit telle réponse qu'on pouvait souhaiter ; en quoi il fut imité par Sciarelli, Evêque de Colle ; Pannilini , Evêque de Chiusi , et Sanli, Evêque de Soana. Marani et Ciribi, Evêques d'Arezzo et de Gortone, s'expliquèrent dans le même sens, mais avec plus de modération. Les autres Prélats, Martini, Archevêque de Florence ; Costaguli, Vannucci, Pecci, Yincenti, Bonaccini, Evêques de Borgo San-Sepolcro, Massa , Montaïcino , Pescia, et Volterra, se déclarèrent avec courage, dans leurs réponses contre les innovations proposées ; mais nous devons une mention spéciale aux intrépides Prélats Franceschi et Borghesi, Archevêques de Pise et de Sienne; Mancini, Fazzi, Franci et Franzesi, Evêques de Fiesole, San Miniato, Grosseto et Montepulciano, qui manifestèrent parles termes les plus énergiques, dans leurs réponses, toute l'horreur que leur inspiraient les propositions Anti-liturgistes qu'on avait osé leur faire.
(1) Tome IV. pages 289-26i.
Ce fut après la réception de ces diverses leKres, et aussi après !a rélébralion des Synodes de PisLoie, de Colle et d'Arczzo, les seuls dont Léopold put obtenir la tenue, que ce Prince convoqua une Assemblée générale des Evéques de Toscane, qui s'ouvrit à Florence le 23 avril 1787. Si l'on en croit les Mémoires de Ricci (1) , les Prélats qui s'étaient montrés si fermes dans leur réponse, aux Points Ecclésiastiques ^ auraient manifesté, dans l'Assemblée, une moindre opposition aux volontés du Grnnd-Dnc, sur certains points de doctrine liturgique, notamment sur la réforme du Bréviaire et du Missel Piom.ains, dont les trois Archevêques auraient accepte la commission. L'auteur des Mémoires sur l'Histoire Ecclésiastique, au XVJJl' siècle, ajoute même qu'il fut arrêté qu'on traduirait îe Pdluel en Italien , pour ce qui concerne l'administration des Sacrements, excepté les paroles sacramentelles qui se diraient toujours en latin (2). Quoi qu'il en soit, de Polter est obligé deconvenirque des réclamations violentes s'élevèrent à toutes les séances, de la part des Evêques, contre les principaux fauteurs de l'innovation, Ricci, Sciarelli, Pannilini et Santi. Et, d'ailleurs, la discussion roula sur un grand nombre d'autres articles de droit ecclésiastique , à l'occasion desquels la majorité se montra animée de la plus courageuse énergie pour les droits du Saint Siège. L'Assemblée tint sa dix-neuvième et dernière session, le 3 juin 1787, et s'élant présentée à l'audience du Grand-Duc, elle reçut les témoignages les plus significatifs de mécontentement de la part du Prince , pour le peu d'harmonie qui avait régné dans son sein , pour l'esprit de préjugé et de parti qui avait constamment guidé le plus grand nombre
(1) Tome IV. pagps 216-219.
(5) Mémoires. Tome III. page 88.
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des Prélats (l). Léopold, toujours poussé par lo parti Janséniste, dccréla plusieurs Edils propres à accroître et à consolider le scandale, t Sans aucun égard pour la Cour »de Rome, dit de Potier, on soumit le Clergé Régulier laux Ordinaires; on déclara qu'à l'avenir la doctrine de î saint Augustin devrait être suivie dans l'enseigneraenl ecî clésiastique ; on ordonna la réforme des Missels et des Bréiviaires , etc. (2). »
Toutefois, ainsi que nous l'avons dit, celte levée de boucliers n'eut pas de suites. La dislocation sociale qui, en France, avait couronné les efforls persévérants du parti anarchiste, ouvrit les jeux de Léopold. Il eut le bon esprit de comprendre que l'Evêque du dehors commet un acte impoliiique dont le châtiment, tôt ou tard, retombe sur sa lêle, tontes les fois que, convié par les sacrilèges flatteries d'un Pasteur lâche ou corrompu , il ose mettre la main à l'encensoir. Mais il est facile de comprendre comment les inelincts du despotisme ont si souvent conduit les Princes à tenter ou à seconder les attentats des Anti-lilurgisles. Les démonstrations liturgiques sont éminemment populaires ; elles tendent à réunir les masses dans le temple Catholique , comme dans le centre de leur vie sociale ; elles resserrent le lien qui les attache au Sacerdoce. Donc , les ennemis du spiritualisme dans les peuples, doivent les avoir en horreur. Et voilà pourquoi chez nous, en ce moment, les ennemis des Processions, soi-disants^t6er«M.'», se ruent à la suite des Joseph II et des Léopold, Monarques du bon plaisir. Heureuse la France de n'avoir pas de ces vils Pasteurs dont toute la gloire était d'enchaîner l'Eglise au marche-pied du trône , comme les Ricci , les Pannilini , les
(1) De Polter. Jbid. page 247.
(2) Jbid. page 248.
Sciarclli ! Ajoutons encore un irait pour faire connaître ces dignes corypliées de riiérésie Anii-lilurgiste.
Franzesi, Evêquc de Montepulciano, dans un Mémoire contre la prétention des Novateurs, de réduire à un seul les autels de chaque Eglise, avait osé faire remarquer que le Grand- Duc lui-même, qui poussait avec tant de chaleur l'adoption de celte mesure, faisait alors bàiir des Eglises à plusieurs autels. Ricci et ses deux dignes collègues répondirent à celte objection : « Que prétend donc le théologien (consulleur du » Prélat), par celte assertion vague et téméraire? Que le ï Souverain s'est contredit, ou qu'il a changé d'opinion? Ce î serait un sacrilège d'en avoir la pensée (1). » Voilà ce que la secte Auli-liturgisle sait faire de la liberté ecclésiastique et de la dignité humaine. Considérons maintenant ce qu'ellQ voudiait faire du Ca'holicisme lui-même.
Nous pourrions nous contenter de renvoyer le lecteur au XIV" chapitre de cette histoire, dans lequel nous avons traité de V Hérésie Anti-liturgiste et de la Réforme Protestante du seizième siècle, dans ses rapports avec la Liturgie; mais comme il est utile de déduire les enseignements qui résultent du récit que nous avons fait dans les chapitres précédents, nous nous arrêterons quelques instants à résumerle système des ennemis de la foi catholique, tel qu'il apparaît dans l'ensemble des
(I) ( he prétende dunque il teologo in quetlâ vagae temeraria asscrzioae? Chc il sovrano siassi coniradelto, o die abbia mutato senlimcntol Sarebbe sacrilegio il sosptttarlo. Mémoires de Ricci. Tome IV. pag. 271. — La brutalité de ce ser vilisnrie contraint le Voltairien de Potier à faire Cette curieuse observation , en déj'it de ses préventions fanatiques pour Ricci et conîorls : « Ce passage démontre bien quelles sont les funestes conséquences d'avoir une opposition fanatique. Les personnes raisonnables, pour vaincre le fanatisme, sont forcées de se jeter dans l' absurdité de C ultramonarchisme, et le peuple devient nécessairement le jouet cl la victime, ou de ses prêtres, ou de son gouvernement. »
lois et règlements à l'aide desquels ils ont espéré d*élouffer celle divine foi. C'est l'esprit Protestant lâchement caché sous des dehors catholiques que nous voulons démasquer, et notre intention est de faire voir ce que ces perfides Pharisiens ont tenté pour anéantir, autant qu'il était en eux , l'adorable mystère de la très sainte Eucharistie.
Auparavant , si le temps et l'espace nous le permettaient, nous aimerions à montrer en détail toute la portée des embûches qu'ils ont tendues à la foi des peuples , dans ce qui touche le culte de la glorieuse Vierge Marie et des Saints. Nous dirions comment ils les ont livrés, ces peuples sans défense, au souffle glacé du rationalisme, en expulsant de la Liturgie, et, partant, de la mémoire des fidèles, la plupart des miracles et des dons merveilleux accordés aux Saints, sous le vain prétexte des droits de la critique; comme s'il ne dépendait que de la volonté d'un pédant pour faire reconnaître comme incontestables les stupides affirmations du pyrrhonisme historique. Nous dirions comment ils ont retranché du Bréviaire, et bientôt des Vies même des Saints, le récit des actes de vertu extraordinaire inspirés par l'Esprit de Dieu à ses membres, sous la futile apparence que ces faits ne seraient pas imitables; comme si l'Esprit de Dieu , dans les livres qu'il a dictés lui-même , n'avait pas accumulé pour sa gloire les actes les plus extraordinaires, aussi bien que les actes les plus vulgaires en apparence (1). Nous dirions comment il était inévitable au peuple d'oublier les actions, les mérites, les services et jus-
(1) Qu'on se rappelle ici la sévère censure de la Sorbonne de 15i8, contre le Bréviaire d'Orléans donné k celte époque, et dans kquel oo commença a faire subir aux Légendes des Saints les mutilations dont nous parions. La Faculté ne fait nulle difficulté de trancher le mot. Nova ista mutatio imprudens , Icmtraria et scundulosa , neque carens suspicione favendi hœrçticis. Voyez ci-dessus, lome I, pages 438, 4Î>9, et 509 et 510.
qu'iui nom clos Saints Patrons, du moment qu'on abolissait les antiques Répons et Antiennes où ces noms sacrés, avec les merveilles qu'ils rappellent, étaient consignés et si souvent embellis par les plus gracieuses mélodies, pour mettre en place quelques phrases de la Bible, Li^n froides, bien décousues ; comme si des paroles générales tirées de l'Ecriture Sainte, et amenées à grands frais pour célébrer tel Saint auquel elles n'avaient pas plus de rapport qu'avec tt- 1 autre Saint, pouvaient servir dans un degré quelconque à maintenir des iraduions. Aous dirions comment la guerre qu'on a faite jusqu'à nos jours dans une grande partie de l'Europe Catholique, aux images miraculeuses, aux sanctuaires révérés, aux pèlerinages, aux processions extrordinaires, était une hostilité flagrante contre le Seigneur et contre ses Christs (I); puisque, si le Concile de Trente enseigne qn'jl ne faut pas croire qu'il y ait dans les images une vertu qui vienne d'elles, on n'en doit pas conclure que celle auguste Assemblée ait voulu contester à Dieu le droit de choisir certains lieux de ce monde qui est à lui , pour y manifester plus directement sa gloire dans la Vierge Marie , ou dans les Saints. Nous dirions qu'en supprimant avec violence les fêtes populaires dans lesquelles les habitants des villes et des campagnes se livraient à une joie, quelquefois abusive, nous en convenons, Joseph II, Léopold , Jérôme de CoUorédo, Ricci, etc., voulaient bien plus éteindre les influences religieuses puisées dans le culte des Saints, que favoriser, ainsi qu'ils le prétendaient , la réforme des mœurs et l'avancement des saines doctrines de l'économie politique ; comme si les mœurs étaient meilleures et la nation plus heureuse, quand le motif des réjouissances publiques ne provient plus d'une
(I) Noîite tangere Christos meos. Psalm. CIF. 13.
LITURGIQUES. 60a
source religieuse, mais tout simplement des habiUides grossières d'un peuple inaccessible d'ailleurs à l'idée de morale qui ne lui vient pas par l'organe de la religion. Nous dirions enfin qu'on a grandement nui à la foi des peuples qui tire un si puissant accroissement de la vénération des Saints , en répétant sur tous les tons, et avec toute l'exagération de Port-Royaî , que la Sainte Vierge et les Saints repoussent tout hommage de la part de ceux qui n'imitent pas leurs vertus; qu'il est inutile de songer à leur plaire par des prières, des vœux, des chants, des démonstrations extérieures , si l'on n'est pas déjà vivant de la vie de la grâce et de la sainteté ; comme si la simple louange n'était pas déjà un acte surnaturel et excellent de la religion; comme si celui qui rend hommage à la sainteté ne protestait pas déjà contre le péché qui est dans son cœur ; comme si tout acte religieux , pour n'être pas parfiiit , n'était pas un acte conforme à l'ordre ; comme si , enfin , la miséricordieuse Mère du Sauveur et les Amis de Dieu ne devaient pas se trouver inclinés à demander à Dieu l'eniière conversion de ces pauvres âmes qui , trop charnelles encore dans leurs espérances et leurs vœux , n'ont jusqu'ici compris, comme la Samaritaine, que dans un sens matériel , cette Eau qui jaillit jusqu'à la vie élernelie. Te fait est que depuis le triomphe de toutes ces ll^.éories perfectionnées, nous ne connaissons plus la vie drs Sainls , et qu'après un siècle et demi de n.tionalisuie, la simple explication des Légendes de nos vitraux et de notre antique peinture et statuaire catholiques est devenu l'objet d'une science. Dieu fasse que cette science ne soit pas de longue durée, par notre retour aux antiques traditions de la foi de nos pères, aux livres vénérables qui l'ont gardée toujours vierge et pure , tandis que nous allions boire à d'autres sources !
Mais arrêtons-nous à considérer l'outrage insigne dont l'adorable Myslère de l'Eucharistie a été l'olijot au sein même de plusieurs nations Catholiques. C'est ici qu'éclate la malice de Satan. Nous avons montré ailleurs commenl les Albigeois et les Vaudois parvenaient à éluder la divine miséricorde du Sauveur présent sous les espèces Eucharistiques, en prêchant partout que le Prêtre, s'il n'est en état de grâce, ne consacre pas ; d'où il s'ensuivait que Dieu seul connaissant le cœur de l'homme, le fidèle n'aurait pu croire à la présence du Christ dans l'Hostie qu'il recevait à la Communion, qu'autant qu'il eût été associé à la science même de Dieu. Nos Anli-lilurgisles n'osèrent non plus nier la divine Eucharistie; mais comme elle est l'objet de la foi des fidèles, le sacrifice propitiatoire du salut du monde, la nourriture vivifiante du Chrétien sur la terre, il leur sembla bon de la poursuivre sous ce triple rapport. En effet , s'ils eussent été si jaloux de voir le Sauveur des hommes recueillir l'hommage de la piété publique dans le Mystère de son amour, pourquoi cesEdits, ces Décrets Synodaux jrour interdire l'exposition du Saint- Sacrement, pour éteindre les lumières qui se consumaient, en signe populaire de joie et d'amour, sur l'autel; pour enjoindre de se servir du Ciboire qui voile l'hostie, plutôt que de l'Ostensoir qui la montre et l'entoure d'une couronne radieuse , vrai triomphe pour la picié ? Pourquoi tant d'écrits, de règlements hostiles au rite de l'Exposiiion du Saint-Sacrement, dans divers pays, mesures dont les motifs semblent puisés dans le livre condamné du trop fameux J.-B. Thiers? Pourquoi avoir humilié à un degré inférieur, dans un si grand nombre d^ nouveaux Bréviaires et Missels , la Fête du Corps du Seigneur, qui, jusqu'alors, était mise au rang des plus grandes solennités? Quel siècle, quels hommes que ceux qui trouvèrent qu'il y avait en cela de l'excès!
Quant au Sacrifice Eucliarislique lui-même, que n'ont pas fait les Anli-lilurgislcs, pour en amoindrir la notion clans l'esprit des peuples^ L'autel les gêne ; ils voudraient n'y voir plus qu'une lablc. Ils en oleront, comme à Troyes et à Asnièrcs, la croix et les chandeliers; les reliques et les fleurs, comme en Toscane , poursuivant ainsi le Christ jusque dans ses Saints, et voulant que l'autel de Dieu soit nu et glacé comme leur cœur. Autour de cet autel, sur les dons sacrés, des rites augustes, apostoliques, mosaïques même, s'accomplissent; ils en conserveront une partie, après les avoir purges de tout symbolisme, pour qu'ils ne soient plus que des usages vulgaires et vides de réalité. Une langue sacrée environnait comme d'un nuage la majesté de cet autel et des mystères qu'il porte; on préparera l'abolition de cet usage vénérable, en initiant le vulgaire aux plus profondes merveilles du Sanctuaire par des traductions, en invitant le Prêtre, au nom d'une chimérique antiquité, à rompre le silence du Canon, en attendant qu'en ceriaios temps et en certains lieux , on ose décliner enfin la prétention qu'on a de proclamer, comme Calvin, la langue vulgaire. Déjà, n'a-t-on pas fait admettre que la Bible seule doit fournir la matière des Offices divins, aux dépens de la Tradition? Ne l'a-t-on pas mise en pièces à coups ûc ciseaux, pour en faire une mosaïque à i'aidc de laquelle on déi;iira tcl!(;? figures que l'on voudra ?
Mais, pour en revenir au divin Sacrifice, voyez avec quelle affectation on répète cette vérité incontestable en elle-même, maïs dont il est si facile d'abuser à cette époque de Calvinisme déguisé, que h peuple offre avec le Prêtre . afin d'étayer d'autant ce Laïcisme, frère du Presbytérianisme, qui apparut peu d'années après, avec un si éclatant triomphe, dans la Constitution Civiie du Clergé. Toutefois, ce n'est point encore assez pour la secte. Elle peut insulter le Sa-
crifice Catholique , mais elle ne peut l'abolir. Dès-lors, toute son adresse tendra à en rendre la célébration plus rare. D'abord, elle inculquera au Prélre timoré qui, par le plus étrange travers, s'en vient mettre sa conscience à la disposition de quelqu'un de ses adeptes, elle lui inculquera (I) qu'il y aurait de l'imprudence à un Prêtre, môme pieux, de célébrer la Messe plus de trois ou quatre fois par semaine. Que si enfin il ose monter à l'autel, il trouvera jusque dans le Mibsel la condamnaiion de sa témérité; car la secte a souillé jusqu'au Missel (iJ). Bientôt, soutenue dans son audace par les Joseph II elles Léopold, on la verra interdire la célébration simultanée des Messes dans une même Eglise ; elle ira môme jusqu'à réduire le nombre des autels à un seul. Eclairée par les prescriptions de Ricci, elle trouvera un nouveau moyen de restreindre encore l'oblation de ce Sacrifice qui lui est si odieux : ce sera en rétablissant l'usage de l'Eglise primitive, suivant lequel tous les Prêtres d'une Eglise concélébreraient à une seule Messe. Quant aux Réguliers, on saura bien les y forcer, en ne tolérant qu'un Prêtre ou deux dans chaque Monastère : d'ailleurs, les Eglises des Réguliers seront interdites au peuple. Enfin, et nous achèverons par ce dernier trait, afm d'empêcher la célébration de la Messe plus efficacement encore, le Synode de Pisloie enseignera dogmatiquement que c'est une erreur de penser que îe sacrifice de la Messe profile davantage à celui pour lequel le Prêtre a l'intention
(1) Du Guet. Traité sur les dispositions peur offrir les saints MtjS' lères. pjge û'2.
(2) Eq la i\IfS-;e de sjial Jérôme, au Missel de l'ArcLevêiue Vin;iniille, rédigé par l'Acoljiiie Mesenguy, on a !u pendint bien des années celle Secrète, digue pendant de ceriainc Posiconiinunioa de saint DamaiC qu'on y lit encore : Sacri/icium salutis noitrœ fuc nos tibi , Domine ; cum timoré ac trcmore cfferre , qnod smictus Presbylcr Hicronymus pr{ç verccuiuUa cl humilitate va'i'.us (st çxcrare.
parliculiére de l'offrir. Que lui importe de mentir à la tradition catholique, si par là il est à même de porter à la foi du Sacrifice dans l'esprit des peuples, une atteinte digne de Calvin ?
Si nous en venons à rEucliarislie , considérée comme nourriture du Chrétien, nous la voyons poursuivie sous ce rapport avec le même acharnement par les Anti-liturgistes. Ici , comme toujours , les théories viennent de France ; l'application brutale et audacieuse aura lieu dans d'autres pays. Le livre de la Fréquente Communion , d'Antoine Arnaud, le Rituel d'Aleth, ces deux productions du parti qui ont exercé et exercent encore sourdement une si grande influence sur la pratique des Sacrements en France , donnent , comme l'on sait, pour maxime fondamentale, que la Communion est la récompense d'une piété avancée et non iVune vertu commençante. Qui oserait calculer jusqu'à quel degré celte maxime toute seule a produit la désertion de la Table sainte ! Les Novateurs d'Italie, toutefois, ne s'arrêteront pas là; ils s'appliqueront à fatiguer la piété des fidèles , en décrétant qu'on ne devra pins communier les fidèles qu'avec des hosties consacrées à la Messe même à laquelle ils auront assisté, ou du moins qu'on ne devra plus administrer la Communion hors le temps de la Messe (1) ; double ruse qui , étant bien con-
(I) Telle fat la rage des Novateurs sur ce dernier point, qu'il devint nécessaire que Benoit XIV publiât une Coustitutlon adressée aux Evoques de toute l'îlalie, pour décider soleunelieinenl que, quelque louable que soit l'intenlion de participer, par la Communion, au sacrifice même auquel oa assiste , il n'y a pour les Prêtres aucune sorte d'obligation de distribuer, infru ipsam actionem , la Communion k tous ceux qui la demandent. Cette Ctuititution est du 13 novembre 1743. La question avait clé violemment agitée, d'abord dans le Diocèse de Crêma, par Joseph Guerrieri , Chai.oine de la Cathédrale, qui enseigna publiquement qu'on devait iraprouver la coutume de communier les T. II. 39
duite, suffira pour priver de la Communion un grand nombre de personnes, à raison des embarras et des prétextes qu'il est facile d'alléguer dans une grande Eglise. C'était dans le même but que le Missel de Troycs supprimait les prières qui, dans le rite actuel de l'Eglise, accompagnent l'administration de l'Eucharistie. Le Docteur Petitpicd et ses pareils prétendaient parla faire considérer la Communion desfidèles comme une partie inséparable de la Messe ; d'où il serait facile de conclure, avec Luther, que les Messes où personne ne communie sont contraires à l'institution de l'Eucharistie, tandis que, d'autre part, étant certain que les fidèles ne doivent communier que quand ils en sont dignes, ce qui n'arrive guère, le Sacrement divin, mémorial de la Passion du Sauveur, centre de la Religion et nourriture de l'Eglise, se trouve à peu près réduit à l'état d'abstraction. Et voilà les œuvres de la secte qui, comme un chancre, s'était glissée parmi nous. Nous le demandons , n'avait-elle pas pris , sous l'inspiration de Satan, tous les moyens de faire périr dans ses racines l'arbre qu'elle désespérait d'abattre ?
Mais, la bénignité et l'humanité de notre Dieu et Sauveur ont
lidèles avec des particules consacrées à une Messe précédente. Il fut bienlôl suivi far Michel-JIarie SanDaroni, Dominicain, qui enseigna la môme doctrine dans un Catéchisme sjécial sur la Comrnuniou , q'i'ii fit paraître a >'ap'es en 1770. Wannaroni ne larda pas d'être réfuié dans une Disserlaiion Tlieolo(jico-Critique , publiée a lNapI<;s en 177i, par Joseph- Marie Elefiiile, aussi Dominicain, et abjura bientôt son stiiUment. Enfin, on vit paraîtra, à Pavio, en 1779, une Dissertation de tiicruenti novœ legis Saaificii communione , dont l'auteur était un S- rvite nommé Cbrirles- Marie Traversari. Elle éiail dans le sens des Novateurs, et ne larda pas d'ôtre mise à Y Index , aiuJ que le livre de INaniiaroni. On peut lire, sur cette coiilroTerse, l'ouvrage de lienolt Vulpi, sous Cf. litre : Storia delta ctUbre contrcversiu di Crema sopra il pubblico divin dirait j alti coriwuinioe Eucaristica nella BUssa, con ma disschizione ml'o stcsso arrjmuento, Yenise, 1790.
apparu (I), et nous avons éié préservés. Ces hommes, qui voulaient nous Caire oublier que Dieu a tant aimé le monde (2), ont été confondus, et aujourd'hui, comme Gain, ils sont marques au front, ceux qui voulaient substituer dans le cœur des fidèles la terreur à la charité. Arrière donc ces doctrines fatales qui , réduisant tout le Chrisiianisrae au dogme de la Prédesiination interprété par une raison sauvage , ne se pouvaient compléter que par le rigorisme d'une morale impraticable , ni s'exprimer au dehors que par les formes sèches et prosaïques d'une Liturgie dont la Synagogue elle-même eût détesté la froideur. De mêiiîe qu'à l'apparition de ces erreurs manichéennes et rationalistes en même temps , qui niaient la chair et pour qui la divine Eucharistie était uno chose impure ou une idolâtrie, le Sauveur ordonna à son Eglise de proclamer avec une pompe nouvelle le mystère de son Corps, parla Fêle, la Procession et l'Exposition du Saint-Sacrement ; ainsi , quand l'audace pharisaïque des Ânii-liturgistes, n'osant s'attaquer à la réalité de ce Corps divin, s'appliquait avec une infernale opiniâtreté à montrer dans le Fils de Dieu celui qui juge le monde et non celui qui le sauve, à écarter de ses autels les Chrétiens effrayés au bruit de cette affreuse maxime, que le sang de la Rédemption n'a point été répandu pour tous, îe Sauveur des hommes daigne calmer ces terreurs en invitant les fidèles à se reposer sur son Coeur , c'est-à-dire sur son amour, en permettant qu'ils honorent d'un culte spécial le divin organe de la charité dans la personne de l'Homme-Dieu. li ne fallait pas moins pour rassurer les Chrétiens effrayés de la dureté des préceptes, de la difficulté du salut, de la rigueur des décrets
(1) Tit. m. 4.
(2) Joaa. m. 16.
dont on leur disait qu'ils étaient l'objet. Le culte du Sacré CoLUR DE JÉSUS fut donc la forme que devait prendre et que prit, en effet, l'Espérance Chrétienne échappée au naufrage. Elle se jeta dans le Cœur de celui qui a dit lui-même être venu 2)our les pécheurs et non pour les justes, et qui n'abandonne Jérusalem que parce qu'elle n'a pas voulu connaître le temps de sa visite.
Grande fut la colère du Jansénisme, à la nouvelle que toutes ses tentatives allaient échouer contre la confiance que les peuples mettraient dans le Cœur de leur Sauveur. Ces sectaires qui, pour perfectionner l'homme, voulaient commencer par lui arracher le cœur, voyant que le Cœur de l'Homme- Dieu, à la fois symbole et organe de son aniour, recevait les adorations de la Chrétienté, se prirent à nier le cœur dans l'homme, pour le nier ensuite dans le Christ lui-même. Donnant un brutal démenti à l'humanité toute entière, qui plaça toujours dans le cœur le siège des affections, ils ne craignirent point de poursuivre ce noble organe jusque dans la poitrine de l'Homme-Dieu. Nous avons vu comment Ricci appela le Cœur de Jésus-Christ un ipetit morceau de chair ( un pezzelto di carne); Grégoire n'y reconnut qu'un muscle (1); un de ses amis, digne de lui , Veiluva , Chanoine d'Asti, ne voit dans un tableau du Sacré Cœur qu'un grand foie tout rayonnant (2). Mais à ces blasphèmes ignobles et furibonds, il était facile de voir que la secte se sentait atteinte dans le principe même de son existence. L'amour chasse dehors la crainte, a dit le disciple bien-aimé (5), celui qui, dans la Cène, se reposa sur le Cœur du Sauveur ; le culte du Sacré Cœur de Jésus chasse
(1) llisloire des sectes Religieuses. ïomc II. Ariicle Cordicoles. page 2i6.
(-2) Jbid. p"g. -26t>.
(3) I. Joaun. iV. 18.
dehors l'afTreux Destin, idole implacable, que la secte avait substitué à la douce irnogedc Celui qui aime toutes les œuvres de ses mains, et veut que tous les hommes soient sauvés.
Nous aurons ailleurs l'occasion de parler de !a Fête du Sacré Cœur de Jésus ; toutefois, les nécessités de notre récit nous obligent à toucher ici quelqufî chose des circonstances de son institution. Elle fut d'abord révélée à une humble Religieuse, et celte révélation fut le secret du Cloître, avant d'être la grande nouvelle dans l'assemblée des fidèles. L'institut vénérable de la Visitation, fondé par saint François de Sales, fut celui que Dieu choisit pour y faire connaître l'œuvre de sa douce puissance , par le moyen de la vénérable Mère Marguerite-Marie Alacoque, comme pour glorifier davantage, par ce moyen, la doctrine du saint Evêque de Genève, si éloignée du pharisaïsrae de la secte,- et il voulut aussi que la servante de Dieu fût aidée dans ce grand œuvre par le P. de la Colombière, Jésuite, comme pour manifester sa divine satisfaction à l'égard d'une Société dont les membres firent paraître, dans les luttes de la foi, à cette époque de scandales, un courage d'autant plus précieux à l'Eglise, qu'alors même elle voyait fléchir momentanément plusieurs milices sur la fidélité desquelles elle avait eu droit de compter.
Ce fut en 1678, dans le Monastère de la Visitation de Moulins , que le culte extérieur du Cœur de Jésus commença ; il ne fut inauguré à Paray môme que huit ans plus tard. Depuis, l'Eglise entière, province par piovmce, l'a reçu, et cette admission libre et successive offre un spectacle plus attérant peut-être pour les Novateurs, que l'adhésion simultanée qu'eut produit un Décret Apostolique.
Enregistrons les principaux faits qui signalèrent cette marche triomphante du culte de l'Amour de Jésus-Christ pour les hommes. C'est d'abord la France , principal foyer
des manœuvres Jansénistes, qui se trouve être à la fois le lieu d'origine et le lliéâlre principal de l'éiablissement de la nouvelle Fêle; présage heureux desinlenlions divines qui destinent ce Royaume à triompher, au temps marqué, du virus impur qui agile son sein. Or, dès l'année 1G88, Charles de Bricnne, Evèque deCoutances, inaugurait dans son Diocèse la Fèie du Sacré Cœur de Jésus (1). Six ans après, en dG9i, le pieux Ânlûine-PiLrre de Grammont, Archevêque de Besançon, ordonna que la Messe piopre de cette Fête serait insérée dans le Missel de sa Métropole. En 1718, François de Yilleroy, Archevêque de Lyon , en prescrivait la célébratioa dans son insigne Primaliale. Cette Fête disparut, comme on devait s'y attendre, devant le Bréviaire de Montazet, Tout le monde sait en quelles circonstances mémorables, Henri de Belzunce, Evêque de Marseille, inaugura, en 1720, le culte ju Sacré Cœur de Jésus, au milieu de sa ville désolée. La confiance du Prélat fut récompensée parla dimiimtion instantanée , et bientôt la cessation du fléau. Le lecteur se rappelle aussi le zèle que le saint Prélat fit paraître quelque années après, au sujet des attaques des Anti-liturgistes de Paris, contre le culte de la Sainte Vierge et des Saints. A l'exemple de Belzunce, les Archevêques d'Aix , d'Arles et d'Avignon , et les Evêques de Toulon et de Carpenlras, s'empressèrent de donner des Mandements pour l'établissement de la Fête (2). En 1729, l'illustre Languet, encore Evêque de Soissons, faisait paraître la Vie de la vénérable Mère Marguerite-Marie Alacoque, et se plaçait au nombre des plus zélés promoteurs du culte du Sacré Cœur de Jésus.
(!) ÎNous n'avons point à parler ici de la fûle du saint Cœur de Marie. Kous traiterons de cet inlétessant sujet en son lieu , dans le corps môme de cet ouvrag-^.
(2j L'^mi de la Religion. Tome XXII. pag. 337 et suiv.
Cependant le Siège Apostolique , dès long-temps sollicité, tardait à sanctionner l'ëi eclion do la nouvelle Fête. Des obstacles inattendus, au sein de la sacrée Congrégation des Rites, s'opposaient à celle approbation, qui avait été postulée dès l'année 1797. Eu 1726, Constantin Szaniawï-ky , Evéque de Cracovie, adressait à cet effet, à Benoît XIII, une supplique à laquelle souscrivit bientôt Frédéric-Augnsle, Roi de Pologne. Un refus solennel et fameux, notifié le 50 juillet 1729, par la Congrégation des Rites , sur les conclusions de Fonlanini , Archevêque d'Ancyre, Promoteur de la Foi , fut une épreuve sensible pour les adorateurs du Sacré Cœur de Jésus , et pour les Jansénistes l'objet d'un triomphe mal avisé ; car, après tout, il n'y avait rien de si surprenant dans les délais que la prudence du Saint Siège exigeait avant de statuer sur un sujet si important. Les ennemis du Sucré Cœur de Jésus répandaient les bruits les [dus étranges sur la manière dont cette dévotion était pratiquée. Ils osaient dire que c'était au Cœur de Jésus-Christ , considéré isolément du reste de sa personne divine, que les adorations s'adressaient; d'autre part, ils incidentaient sur la question physiologique des fonctions du cœur dans l'organisme humain, prétendant que Rome ne pouvait prononcer en faveur de la nouvelle Fête , sans décider, ou préalablement ou simultanément , une thèse de l'ordre purement nalurel. Nous aurons ailleurs l'occasion d'entrer dans le fond de la question ; qu'il suffise de dire ici que le refus d'approuver la Fête n'entraînait aucune défaveur sur la dévotion au Sacré Cœur de Jésus , considérée en elle-même. L'ardeur de la controverse engagée sur la matière, et dans laquelle plusieurs Catholiques sincères semblaient pencher vers les préventions que nourrissait le parti Janséniste, soit par suite de quelques préjugés, soit aussi parce que plusieurs des par-
tisans de la Fête s'élaient, quoiqrie innocemment, permis quelques expressions peu exactes; la nouveauté de celte dévotion qui demandait , comme toute chose récemment introduite, l'épreuve du temps; l'absence d'un examen sérieux sur les révélations qui avaient accompagné et produit son institution (1) ; c'était plus qu'il n'en fallait pour motiver la résolution de la sacrée Congrégation. Toutefois, on continua à Rome de donner des Brefs pour l'érection des Confréries sous le litre du Sacré-Cœur de Jésus, jusque-là que, dès ■1734, on en comptait déjà quatre cent quatre-vingt-sept. Rome même en vit établir une, sous le litre d'Ârchiconfrérie, dans l'Eglise de Saint-Théodore, par Bref de Clément XII, du 28 février 1752 (2). On n'eût point accordé ces nombreuses faveurs aux associations réunies sous le vocable du Sacré Cœur de Jésus, si , au fond , le Siège Apostolique n'eût gardé, pour la dévotion elle-même, un fonds de bienveillance. Celui que la Providence avait choisi, pour consommer l'œuvre, fut le pieux Cardinal Rezzonico , dont le nom vénéré était dès long- temps inscrit au registre de l'Archiconfrérie de Saint-Théodore (5) , lorsqu'il fut appelé par l'Esprit-Saint à s'asseoir sur la Chaire de saint Pierre, où il parut avec tant de force d'àme sous le nom de Clément XIII.
Le saint Pontife reçut de nouvelles instances de la part des Evêquesde Pologne, qui demandaient, presqu'à l'unanimité, qu'il fût permis à la Chrélienlé d'honorer d'un culte public le Cœur du Rédempteur des hommes. C'était assurément un
(1) INous empruntons une pirlie de ces raisons à B noîi, XIV luimême, qui n'était pas favorable a la Fêle, bien qu'il ne parle du culte du Sacré Cœur de Jésus qu'avec toute sorte d'égards. Voyez son traité de Canonizat. Sanctorum. Lib. If. Part. II. N° 21.
(2) L'Ami de la Religion. Ibidem, page 541.
(3) Ibidem.
spectacle bien louchant que celui de cette nation héroïque , à la veille d'être eiïacéc du nombre des nations de l'Europe , travaillant à faire jouir la Chrétienté des richesses du Cœur du Sauveur des hommes. Ce Cœur, le plus fidèle de tous, ne saurait oublier que les instances de la Pologne sont, avec celles de l'Archiconfrérie de Saint-Théodore, les seules mentionnées dans le Décret qui vint enfin consoler la piété des fidèles. Plusieurs Evêqucs de France avaient, il est vrai, pris l'initiative en établissant la Fête ; mais, quoi qu'il en soit de leur pouvoir en cette matière, il n'y avait là qu'un fait louable, sans doute , et l'Eglise Catholique attendait toujours le jugement de P»ome.
Il fut rendu le 6 février 1765 , et on disait dans les motifs du Décret , qu'il était notoire que le culte du Sacré Cœur de Jésus était déjà répandu dans toutes les parties du monde Catholique, encouragé par un grand nomMe d'Evêques, enrichi d'Indulgences par des milliers de Brefs Apostoliques pour l'érection des Confréries devenues innombrables. En conséquence , sur les instances du plus grand nombre des Révérendissimes Evêques du Royaume de Pologne, et sur celles de l'Archiconfrérie Romaine [i) ^ la sacrée Congrégation, ouïes les conclusions du H, P. Gaétan Forti, Promoteur de la Foi, déclarait se désister de la résolution prise par elle le 30 juillet 1729, et jugeait devoir condescendre aux prières desdits Evêques du Royaume de Pologne et de ladite Archiconfrérie Romaine. Enfin, elle annonçait l'intention de s'occuper de l'Office et de la Messe , devenus nécessaires pour solenniser la nouvelle Fête.
L'un et l'autre ne tardèrent pas à paraître, et ils étaient
(1) Instantibus plerisque Reverendissimis Episcopis Regni Poloniae, etc. Décréta authent. S. R. C. Toni. F. /V» 4170.
dignes de leur sublime objet, qui est, suivant les termes du Décret, de renouveler symboliquement la mémoire de ce divin amour, far lequel le Fils unique de Dieu s'est revêtu de la nature humaine, et, s'étant rendu obéissant jusqu'à la mort, a dit qu'il donnait aux hommes l'exemple d'être doux et humble de cœur (1). Clément XIII, qui confirma le Décret de la Congrégation des Rites, ne tarda pas de donner de nouvelles preuves de son zèle pour le culte du Cœur de Jésus. Par ses soins, la Fête fut célébrée dans toutes les Eglises de Rome , et faculté générale fut attribuée à tous les Ordinaires de l'introduire dans leurs Diocèses. Pie YI maintint celle précieuse dévotion , et l'enrichit même de nouvelles Indulgences, lesquelles s'accrurent encore par l'effet de la pieuse munificence de Pie VII, qui, dérogeant à toutes les règles reçues , a statué , par un Rescrit du 7 juillet 1815 , que les Indulgences attachées à la célébration de la Fête seraient transférées à tel jour qu'il aurait plu à l'Ordinaire de la fixer. Rien n'eût pu exprimer d'une manière plus significative le désir qu'éprouvait le Siège Apostolique de voir se propager en tous lieux la nouvelle Fête : aussi, pouvons-nous dire que si les rameaux du Jansénisme ont cessé de faire ombre au champ du Père de famille, ses racines elles-mêmes, au sein de la terre , s'en vont même se desséchant tous les jours.
Le bruit de la sanction Apostolique donnée au culte du Cœur de Jésus , vint réjouir les Catholiques de France. La pieuse Reine Marie Lecksinska , dans celte circonstance , ne fit point défaut à sa qualité de fille du Royaume Orthodoxe. Elle témoigna aux Evêques réunis à Paris pour l'Assemblée
(2) Symbolice renovari memoriam illius diviai amoris quo un'genilus Dei Filius Immaaam suscepil n^turam , et factus obedieas usque ad mortem, prjebere se dixit exompluiû homiaibus, quod esset miiis et bumilis corde. Ibidem.
de 1765 le désir devoir la Fête introduite dans les Diocèses où elle ne l'était pas encore. Ses pieuses intentions furent remplies, et les Prélats, après une délibération tenue le 17 juillet, résolurent d'établir dans leurs Diocèses respectifs la dévotion et l'Office du Sacré Cœur de Jésus, et d'inviter, par une Lettre-circulaire, les autres Evêque du Royaume d'en faire de même dans les Diocèses où cette dévotion et cet Office ne sont pas encore établis (1). Le vertueux Roi de Pologne , Stanislas, père de Marie Lecksinska, avait, dès 1763, écrit à Claude de Drouas, Evêque de Toul , une lettre de félicitation de ce qu'il avait institué la Fête dans son Diocèse (-2). Tous les Evêques du P»oyaume ne se rendirent pas , il est vrai , aux vœux de l'Assemblée de 1765 ; mais, parmi ceux qui témoignèrent de leur zèle envers le culte du Sacré Cœur de Jésus, nous aimons à citer Félix-Henri de Fumel, Evêque de Lodève, le même que nous avons vu rétablir le Bréviaire Romain dans son Diocèse , et faire disparaître le Parisien de Yigier et Mesenguy, que son prédécesseur Jean-Georges de Souillac y avait introduit. Le pieux Evêque ne se contenta pas d'établir la Fête; il fit paraître un ouvrage spécial pour l'expliquer et la défendre. Christophe de Beaumont, ainsi que nous l'avons rapporté, inséra l'Olfice du Sacré Cœur de Jésus dans la nouvelle édition des Livres Parisiens de 1770, et il est à remarquer que le Prélat, en fixant la Fêle au Dimanche après l'Octave du Saint-Sacrement , donnait un premier et solennel démenti aux Rubriques de Yigier et Mesenguy, si sévères pour maintenir l'inviolabilité du Dimanche. Ce fait valait la peine d'être noté. La publication de cet Office dans le Diocèse de Paris, outre les clameurs obligées du
(1) Procès-Verbaux du Cldrgé. Tome VIII. page 1411.
(2) L'Ami de la Religion. Ibidem, page 543.
Gazelier Ecclésiastique , occasionna un double scandale. On vit lesMarguilliers de Saint-André-des-Arcs faire opposition à leur Curé, pour empêcher la célébration de la Fête dans cette Paroisse, et le grand tribunal liturgique de France, le Parlement de Paris, saisi de l'affaire, donna, le M juin 1776, un Arrêt portant défense de célébrer la Fête (1). Ce fut le dernier que cette Cour rendit en matières liturgiques. Ce qui vint après fut la Constitution civile du Clergé, élaborée dans les arsenaux de cette compagnie.
Il n'est point de notre sujet de faire ici l'histoire du schisme constitutionnel. Nous nous hâtons d'arriver à l'année 1797. Elle est fameuse dans les fastes du Jansénisme , par le Conciliabule que tinrent, à Notre-Dame de Paris, les tristes restes du Clergé intrus, décimé par l'apostasie, le supplice et même la conversion de plusieurs de ses membres. Ils étaient, de compte fait, vingt-neuf Evêques, sans compter six Procureurs d'Evêques absents , et les Députés du second ordre, le tout sous la présidence de citoyen Claude Lecoz, Evêque Métropolitain d'Ille-et-Villaine. Convoquée pour relever les ruines de l'Eglise avortée de 1791 , l'Assemblée des Evêques réunis (c'est ainsi qu'ils s'intitulent dans leurs propres actes), devait nécessairement s'occuper des progrès de la Liturgie. On a vu que Piicci ne s'en était pas fiut faute dans son Synode de Pistoie, digne précédent des prétendus Conciles de 1797 et 1801.
Déjà , dans le Journal de la secte , il avait été question de réunir la France dans une seule Liturgie, et les livres de Vigier et Mesenguy avaient été mis en avant , comme dignes .\ tous égards de servir d'expression aux besoins religieux de l'Eglise Gallicane régénérée (2). Le Concile de 1797, dans sa
(1) L'Ami de la Religion, page 387.
(2) Annales de la Religion. Tome I. 9 Messidor an III. pag. 206-212.
Lettre synodique aux pères et mères et autres chargés de l'éducation de la jeunesse, avait lénioigné de sa vénération pour les auteurs de la récente Liturgie Parisienne, en recommandant, comme Ricci, parmi les livres les -plus intéressants pour la foi et les mœurs, l'Année Chrétienne de Le Tourneux et l'Exposition de la doctrine Chrétienne de Mesenguy (1). Toutefois, les Evêques réunis ne bornèrent pas leur sollicitude à recommander solennellement la mémoire et les écrits des réformateurs liturgistes Parisiens; ils s'occupèrent de dresser plusieurs Décrets sur la matière du culte divin. Le premier commençait ainsi ; « Le Concile national, considérant qu'il im- » porte d'écarter du culte public les abus contraires à la reli- » gion, et de rappeler sans cesse les Pasteurs à l'observation des » saintes règles, décrète : Article 1", Les Messes simultanées Dsont défendues. » Nous venons de montrer le but de cette défense dans le plan des Anti-liturgistes ; observons seulement ici ce zèle à copier Joseph II et Léopold, bien remarquable dans des Evêques républicains. Au second Décret, on lit : a Article 111. Dans la rédaction d'un Rituel uniforme pour «l'Eglise Gallicane, l'administration des Sacrements sera en » langue française. Les formules sacramentelles seront en » latin. — Article IV. Dans les Diocèses où des dialectes par- » ticuliers sont en usage , les Pasteurs sont invités à redoubler » leurs efforts pour répandre la connaissance de la langue » nationale (2). » C'était, comme l'on voit, marcher à grands pas vers la sécularisation du culte. On jugera encore de l'cspiit progressif des Pères, par ceâ paroles du citoyen Grégoire, sur les opérations du Concile : « Un pays où l'on «écrit tant ( l'Allemagne ), est un pays où on lit beaucoup,
(t) Lettre Synodique, etc., page 18.
(2) Journal du Concile i>'ational de France, en 1707. pag. 163 et 167.
»où conséquemment la masse des lumières fera bientôt » explosion. Les Actes du Congres d'Ems, les écrils de M. Dal- >berg, Coadjuteur de Mayence ; rexcellenl Traité de la i tolérance, par M. de Trautmansdorf, Evêque de Kœnigs- »grats; la magnifique inslruclion Pastorale de M. de Collo- » redo, Archevêque acluei de Saltzbourg, touchant l'abolition T>des pompes religieuses inutiles, l'exhortation à la lecture de lia Bible, l'introduction d'un recueil de Cantiques en alleimand, etc., etc., sont autant de monuments qui attestent »la marche de l'esprit public dans cette contrée, vers une » amélioration dans l'ordre des choses religieuses (1) » Ainsi ic masque était levé de toutes parts; le temps des ménagements était passé, et les Anti-h"turgistes s'entendaient et s'avouaient par toute l'Europe.
Trois ans après , en 1801, à la veille du fameux Concordat, l'Eglise de Notre-Dame vit encore réunis dans son sein les Pontifes de l'Eglise Constitutionnelle, dans leur second et dernier Concile. Entre autres choses qui occupèrent la sollicitude des Prélats, dans ce moment suprême, le projet d'une Liturgie universelle pour l'Eglise Caliicane revint sur le tapis, et Grégoire lut un long rapport sur cet objet, dans lequel il fit entrer, à sa manière accoutumée, une immense quantité d'anecdotes grotesques et de détails superficiels, sans rapport les uns avec les autres, mais de manière à faire preuve de celle érudition superficielle et mal digérée qui fait le fond de tous ses écrils. Il ne manqua pas d'insulter, comme inconvenante , la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, dont il attribua l'invention à un Protestant (2); dé-
(1) Compte rendu par le citoyen Grégoire, au Concile national , des travaux des Evoques réunis, page 64.
(2) Actes du second Concile national de France. Tome II. page 158.
clama contre les iMesses privées (I) ; reprocha au Bréviaire Romain de dire à la Sainte Vierge : Solve vincla reis , et aux Apôtres : Qui cœlum verbo solvltis (2); dit, en parlant de snint Grégoire YII ; Pour le repos du monde et l'honneur de la religion^ que le ciel nous préserve de pareils Saints (3) ! se plaignit que Rome n'eût pas encore canonisé Gerson et Clément XIV (4) ; réclama en faveur de la prétention de réciter le Canon à haute voix (5) ; répéta les fadaises accoutumées sur l'omission du mol animas dans l'oraison de saint Pierre (n) ; proposa l'admission du tam-tam chinois, pour remplacer l'orgue (7), etc., etc.
De tout ceci, Grégoire concluait h l'établissement d'une Liturgie universelle pour toute l'Eglise Gallicane. Il est curieux d'insérer ici les motifs qu'il allègue de cette proposition. On y verra un schismatique affectant le langage de l'orthodoxie, et s'agitant pour se créer un fantôme d'unité, en la manière que nous avons dit ailleurs, au sujet du Patriarche Melchite de Consiaatinopîe, qui, dès le douzième siècle, était venu à bout d'abolir toute autre Liturgie que la sienne dans les Palriarchats qui reconnaissaient son autorité (8). Quelle leçon nouvelle et inattendue pour ceux qui persisteiaient à regarder la variété des Liturgies comme un perfectionnement !
« Dans l'Eglise de Jésus-Christ, dit Grégoire, tout doit se i rapporter à l'unité; c'est donc entrer dans son esprit que » d'adopter une même manière de célébrer les saints Offices
(1) Ibid. page 401.
(2) Page 409.
(û) Page 410, (i) Page 411.
(5) Page 415.
(6) Page 417.
(7) Page 447.
(8) Voyez tome I, page 228,
9 et (l'administrer les Sacrements. L'identité des formules est » un des moyens lespllis propres à garantir l'identité de la » foi, selon le principe du Pape saint Célestin : Legem credendi » lex statuât supplicandi,
» Quand les vérités à croire, les vertus à pratiquer sont » invariables, pourquoi la méthode d'enseignement est-elle si î variée? Pourquoi cette multitude d'Eucologes, d'Offices î divins, de Catéchismes qui, lorsqu'un individu passe d'un ï Diocèse dans un autre, dérangent pour lui et pour ceux 2>qui doivent le diriger, tout le plan des instructions puïbliques et domestiques? Si des erreurs et des vices à com- » battre exigent, dans certains cantons, une instruction plus «étendue, ne peut-on pas en faire i'objet d'un travail pariiîculier, sans intervertir l'ordonnance d'un plan général? » Toutes les villes et les provinces, renonçant à leurs privi- »léges civils ou poHtiques, ont désiré se fondre dans l'unité > constitutionnelle, pour être régies parles mêmes lois. En li ramenant à l'unité le Code Civil , le système monétaire, les ï poids et les mesures, etc., on a fait un grand pas pour ï donner à la nation un caractère homogène; mais rien ne ïpeut y contribuer plus puissamment que l'uniformité du » culte public et de l'enseignement religieux : vous aurez bien «mérité de la religion et de la patrie, par des opérations î analogues pour la France ecclésiastique (1). »
Non seulement Grégoire entendait ramener en France l'unité liturgique, mais, entraîné par les nécessités de la situation, il ne faisait plus un doute de l'obligation de retenir la langue latine. Les essais du Concile de 1797 n'avaient pas été heureux. On craignait le scandale des fidèles, et une division se préparait à éclater sur ce point entre les divers
(1) Page S86.
LITURGIQUES. 62o
membres du Clergé constilulionncl. En effet, et pour en finir avec toute celte lie du parti Janséniste et Anli-liturgisle, le citoyen Duplan, Prêtre de l'Eglise de Genlilly, près Paris, ayant, dès 1798, imaginé de faire chanter les Vêpres en français, mais sur le ton ordinaire des Psaumes (1), un des Evoques réunis qui se permit de répondre à Tinvilation que Duplan lui avait faite d'assister à cet Office, fut vivement blâmé par plusieurs de ses collègues. En 1799, Royer, Evêque de la Seine, en vint même jusqu'à condamner l'usage d'administrer les Sacrements en fi-ançais, ainsi qu'on le pratiquait déjà dans la Cathédrale de Versailles (2). Mais le plus étrange de tout ceci fut ce qui arriva à Ponsignon, Prêtre du Doubs, qui avait éié chargé, par le Concile de 1797, du soin de travailler au Rituel. Ce véritable homme de progrès n'avait pas cru pouvoir mieux faire que de rédiger tout simplement un Sa crament aire Français, et il attendait en patience les témoignages de haute satisfaction des Pères du Concile ^ lorsque tout à coup il se vit attaqué dans le Journal de la secte parSaurine, Evêque des Landes, qui exhalait son mécontentement dans une dissertation expresse contre l'usage de la langue vulgaire dans la Liturgie (5). Bientôt les Annales publièrent l'adhésion de Royer, Evêque de la Seine, et de Desbois, Evêque de la Somme, à la dissertation de Saurine, et enregistrèrent peu après les protestations, dans le même sens, de Leccz, Villa, Font, Blampoix, Delcher, Becherel, Demandre, l'rudhommc, Etienne, Aubert, Reymond, Flavigny, Berdolet et Nogaret , Evéques d'IUe-et-Villaine , des Pyrénées-Orientales, de rArrié»"e, de l'Aube, de la Haute-
(1) Annales de la Religion. Tome VII. 18 Thermidor an VI. (->) Ibid. Tome IX. An VII. page 461.
(3) Jbid. Tome X. An YIII.
Loire, de la Manche, du Doubs, de la Sarllie, de Vaucluse, de l'Isère , de la Haule-Saône, du Haut-Rhin et de la Lozère. Ce fut en vain que Ponsignon répliqua et chercha à démasquer la conduiie pleine de contradiction de ces Pères du Concile de 1797, qui reculaient devant leurs propres principes (1); l'Eglise Constitutionnelle se renia elle-même en expirant. Les forces lui manquèrent pour s'élever jusqu'à la triste et sacrilège audace de sa digne alliée, l'Eglise d'Utrecht.
Détournons enfin nos regards de cet ignoble spectacle , et considérons les Pontifes Romains fidèles à la garde du dépôt séculaire de la Liturgie Romaine, et présidant aux accroissements qu'elle devait prendre dans le cours des cinquante dernières années du dix-huitième siècle.
Le pieux successeur de Benoît XIV, Clément Xill, à qui nous sommes redevables de l'institution de la Fête du Sacré Cœur de Jésus, trancha la question dont la solution avait arrêté son prédécesseur. Après dix-huit années d'immobilité, le Calendrier Romain fut appelé à recevoir de nouveaux accroissements. Par l'autorité du saint Pontife, la fête de saint Camille de Lellis fut instituée du rite double mineur, et celle de saint Laurent Justinien, du rite semi-double. Enfin , sainte Julienne de Falconieri passa du degré semi-double au rang des doubles mineurs.
Clément XIV vint ensuite. Il éleva la fête des Stigmates de saint François au degré double mineur d'obligation, et créa celles de saint Fidèle de Sigmaringen, et Joseph de Cuperlino, du même rite. On lui doit aussi les OfiQces des saints Jérôme Emiliani, Joseph Calasanz et Jean de Kenty, et celui de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, tous du degré double mineur . Enfin , il éleva au même rang des doubles mineurs la fêle de
(1; Tome XI, pag, 553 el buiy,
saint VenaiU, Martyr, qui n'était auparavant que semi-double.
Pie VI, Poniife zélé plus qu'aucun autre pour les pompes delà Liturgie, trouva moyen d'enrichir encore le Calendrier Romain. Sans compter les Décrets par lesquels il éleva au rang- des doubles majeurs la Décollation de saint Jean-Baptiste , et au degré double mineur les Pètes de saint Pie V et de saint Jean de Kenty, il en rendit encore deux autres, savoir pour établir les fêtes de saint Guillaume, Abbé du Mont- Vierge , et de saint P ischal Baylon , du rite double mineur.
Nous avons parié ci-dessus du projet de Benoît XIV pour la réforniedu Bréviaire Romain, projet qui n'eut point d'exécution, parce que, dit un pieux Evéque, telles et si grandes furent les raisons du contraire, si graves et si justes en furent les motifs , que le Souverain Pontife estima un bien de suspendre le travail qu'on avait préparé (I). Pie VI , à son tour, revint sur ce projet; le plan de la réforme du Bréviaire fut rédigé et présenté à la sacrée Congrégation des Rites; mais, quelle que fût en cela l'intention de la divine Providence, de nouveaux obstacles se présentèrent. Ce fut, dit l'auteur que nous venons de citer, ce fut un principe de prudence, tout-àfait compatible avec l'étendue du génie . qui porta Pie VI à se rendre aux considérations qui avaient fait impression d son grand prédécesseur et maître Benoit XIV, et l'engagea à suS' pendre toute réforme (^). Pie VI se borna donc, pour tout
(1) ïali e tante furoao le ragloni in contrario e caii-e si gravi, e giuste, clie il sorarao Ponleiica slimô bene di sospeodere il meditato hvoro. AibergolU. La divina Sulmodia seconda l'antica e imova disciplina délia Ciiiesa. page 25t.
(2) Ma siccome nella vastita del g^nio nel présente S. Ponteflce , corrisponde perfettamenie la prudeiiza , inerendo aile massime del suo grau Predecessore e Maestro Benedetto XIV, La credulo aach'esso per oia Ui sospeodere quaKmq'ie riforma. AlbergoHi, Ibidem.
progrès lilurgiqic, à élendre le culte des Saints par de nouveaux Offices, à l'époque même où ce culte était l'objet de si violentes restrictions delà part des Anti-liturgistes.
Quelque portée que pussent avoir ces nouveaux Décrets du Siège Apostolique en faveur du culte des Saints, surtout après le Pontificat de Benoît XIV, dont la réserve avait été si grande au sujet du Calendrier, un acte solennel de la puissance Pontificale vint attester bien plus fortement encore la doctrine de l'Eglise P>omaine, à propos des controverses que les dix-septième et dix-huitième siècles avaient soulevées sur les matières liturgiques. Nous voulons parler de la Bulle Auctorem fidei, par laquelle Pie VI, le cinq des Kalendes de Septembre de l'année 1794 , condamna à jamais le Synode de Pistoie , ses actes et sa doctrine. Il serait grandement à désirer que la connaissance explicite de celte Bulle , incontestable jugement de fui , fût plus répandue qu'elle ne l'est : on entendrait moins souvent des personnes, bien intentionnées d'ailleurs, répéter et soutenir avec une incroyable bonne foi plusieurs des Propositions condamnées d'une manière irréfragable par cette Constitution, dont on peut dire qu'elle a véritablement tranché l'erreur dans le vif.
Sur les doctrines et prétentions des Anti-liturgistes de ■ Pistoie , Pie VI condamne explicitement ia Proposition XXVIIP , qui donne à entendre que les Messes auxquelles personne ne communie manquent d'une partie essentielle au Sacrifice; la XXX", qui qualifie d'erreur la croyance au pouvoir du Prêtre d'appliquer le fruit spécial du Sacrifice à une personne en particulier ; la XXXP, qui déclare convenable et déslrahle l'usage de n'avoir qu'un seul Autel dans chaque Eglise ; la XXXIP, qui déf«nd de placer sur les Autels les Riliques des Saints, ou des fleurs ; la XXXIIP, qui émet le désir de voir la Liturgie ramenée à une plus grandç simplicité^
et de la voir aussi traduite en langue vulgaire et proférée à haute voix ; la LX[% qui affirme que l'adoration qui s'adresse à l'humanité de Jésus-Christ ^ et plus encore à quelque partie de celte humanité , est toujours un honneur divin rendu à la créature; la LXII", qui i^lace la dévotion au Sacré Cœur de Jésusparmi les dévotions nouvelles, erronées, ou au moins dangereuses; la LXni% qui prétend que le culte du Sacré Cœur de Jésus ne peut être exercé qu'autant que l'on sépare la très sainte Chair du Christ j ou une de ses parties, ou même son humanité toute entière , de la divinité; la LXIV^, qui note de superstition l'efficacité que l'on mettrait dans un nombre déterminé de prières et de pieuses Salutations ; la LXV1% qui affirme qu'il est contraire à la pratique des Apôtres et aux desseins de Dieu , de ne pas fournir au peuple le moyen le plus facile de joindre sa voix à la voix de toute l'Eglise; la LXIX®, qui place les Images de la Très Sainte Trinité au rang de celles qu'on doit faire disparaître des Eglises ; la LXX% qui réprouve le culie spécial que les fidèles ont coutume de rendre à certaines Images ; la LXXXI", qm défend de distinguer les Images de la Sainte Vierge par d'autres titres que ceux qui font allusion aux mystères rapportés dans l'Ecriture Sainte ; la LXXXIh, qui ordonne d'extirper comme un abus la coutume de couvrir d'un voile certaines Images; enfin la LXXXIV", qui prétend qu'on ne doit point élever les Réguliers aux Ordres sacrés , si ce n'est un ou deux au plus par chaque Monastère, et qu'on ne doit célébrer, par jour, dans leurs Eglises, qu'une ou deux Messes, tout au plus, les autres Prêtres se bornant à concélébrer.
Nous nous contenterons de cet aperçu de la Bulle Auctorem fidei, considérée sous le point de vue de la doctrine liturgique, omettant un grand nombre d'autres traits dirigés contre l'ensemble du damnable système dont la révolution liturgique du
dix-huiiième siècle n'a été qu'un des résullnis. Toulefois, il est de notre sujet de rtipporler ici les paroles générales qui viennent à la suite de la censure : « Au reste, dit le Pontife, par » cette expresse réprobation des susdites propositions et doc- Jtrines, nous n'entendons nullement approuver les autres
> choses contenues dans le livre, d'autant plus qu'on y découvre »un grand nombre d'autres propositions et doctrines, les » unes approchantes de celles qui sont condamnées ci-dessus, lies autres inspirées par un mépris téméraire de la doctrine
> communément reçue et de la discipline en vigueur, et prin- » cipalement par une haine violente contre les Pontifes Ro-
> mains et le Siège Apostolique (1). >
Il est temps enfin de clore cette histoire liturgique du dixhuitième siècle, et de donner le catalogue des écrivains que les cinquante dernières années ont produits sur la matière du culte divin.
(IToi). Alexandre Poliii, Clerc Régulier des Ecoles Pies, a laissé un grand travail sons ce litre : Martyrologlum Romanum castigatiim ac commentariis iliustratum. Florence, d7ol, in-folio. Nous doutons que cet ouvrage ait été achevé, n'ayant eu entre les mains que le premier tome, qui ne contient que le mois de Janvier.
{l7o2). Benoît Monaldini, Moine Basilien de Grotta-Ferrata, prêta un concours éclairé à Joseph-Aloyse Assomani , dans la rédaction de son Cudex Lilurgicus , et nous a laissé une lettre érudite adressée à ce savant homme , sur un manuscrit important de la Liturgie Jacobite.
(I) Cœterum per hanc eïpre;"sam praefatarura propositionum et doc- Irinanim reprobalionem , alia in ood'.-m libro contenta nullstenus approbire inteu'Jimus, cara praeseriim in eo compIuri'S depr^licn^ae fuerint proposiliones et doctrine, sive illis quae supra damnats sunt afiiaes, sive q'iee comimicis ac probits cura doctriiKje et discipliiiae temararium coniemptuin , lii.a nnxim î inr.;uîuai ia Romia ji Poatifices , et ApoUolicam sedeta animum pr« se ferunt.
(1753). Le Conilc Frédéric Salvaroli , a laissé Touvrage suivant : De Kalendariis in génère et speclatim de Kalendario Ecclesiastico. Venise, IToô, in-8°. Ce volume renferme plusieurs monuments agiologiques inédits, et trois opuscules intitulés : 1° lier Liturgicum Forojuliense ; 5° liaptismale Jlieroglyphicum epistoUca dissert otione explanatum ; 5° In quoddam Altare portalile epistolaris disserlatio.
(1735). Sébastien Donati, Recteur de l'Eglise de Saint- Alexis, à Lucques, est célèbre par son savant travail : De' dittici degli Antichi profani e sacri^ coll'appendice di alcuni Necrologj, et Ccdendarj finora nonpuhhlicati. Lucques, 1755, in-4".
(1753). Jean Vignoli , Gardien de la Bibliothèque Vaticane, a donné la dernière édition du Liber Pontificalis. Inférieure à celle de Bianchini, elle a du moins sur celle-ci l'avantage d'élre achevée. Elle est en trois volumes in-4". Rome, 1724, 1755, 1755.
(1734). Alban Butler, savant et zélé Prêtre Catholique Anglais, s'est fait un nom par ses fameuses Vies des Saints , ouvrage véritablement érudit , et qui n été traduit en français par l'Abbé Godescard. Elles parurent en Angleterre , de 1754 à 1760, et furent suivies de onze Traités sur les Fêtes Mobiles, qui furent imprimés après la mort de l'auteur, et ont été traduits en français par l'Abbé Nagot, Supérieur du Séminaire de Baltimore.
(1754). Fortuna de Brescia, Mineur Observanlin, a laissé une disserliit'on de Oratoriis domesticis , qui a été rémprimée à la fin du traité deEccUsiis, de Joseph-Aloyse Asseraani.
(1755). Alexandre Lesley, Jésuite Ecossais, fidèle compagnon des travaux de son illusire confrère Azevedo,arendu un des plus importants services à la science liturgique, en publiant le fameux Missale mixtum secundum Regulam Beati ls\dori.
dictum Mozarabes, frœfalione , notis et appendîèe ornaium. Rome, 17o5, ia-4° en deux parties. Lesley se proposait de publier aussi le Bréviaire Mozarabe, avec ud travail analogue à celui du Missel. Il préparait aussi une réponse à la fameuse lettre de l'Anglais Middleton, dans laquelle cet auteur prétend prouver que l'Eglise Romaine a emprunté ses cérémonies au Paganisme.
(1733). Antoine Zanolini, orientaliste distingué, a laissé une dissertation de Eucharisliœ sacramento cum Chrhtianorum Orientalium Ritibus in eo confciendo et administra ndo, Padoue, 1753, in-S".
(1756). Dom Herman Scholliner, Bénédictin Allemand, a laissé un savant traité : De disciplina arcani suœ antiquitati restituta , et ah hetcrodoxorum impugnationibus vindicata, Typis Monasterii Tegernseensis.
(1756) . Joseph Allegranza , Dominicain , a publié des Spiegasioni et riflessioni sopra alcurd sacri monumenti antichi di Milano. Milan, 1756, in-4".
(1756). Joseph Garampi , Chanoine de Saint-Pierre au Vatican, archéologue célèbre , est auteur du livre suivant : Notizie, regole e orazioni in onore de' SS. Marliri délia Basilica Vaticana per l'esercizio dlvolo solito praticarsi in tempo cheslaivi esposta la loro sacra Collre. Rome, 1756, in-12.
(1756). Gaétan-Marie Capece, Théatin, a donné un savant ouvrage intitulé : De vetusto altaris pallio Ecclesiœ Grœcœ Christianorum ex Cimeliarchio Chricorum Regularium domns SS. Apostolorum ?ieupolitanœ. Naples, 1756, in-4°.
(1756). François-Antoine Vitale est auteur de trois Dissertations Liturgiqxics , publiées à Rome, 1756, in-4°. Elles traitent des matières suivantes : 1'' Dell anlichita . origine, ed ufizio de' Padrini nella Confermazione. — 2' Dell'antico
costume di ritenersl da' Fedeli l'Ëticaristia nelle prîvate case, e di trasmcllerla agli Asscnti. — 5" Délia Communione CriS' tianaj cosa stata fosse, e di quanle manière.
(1758). Pierre Pompilius Rodola, Professeur de langue grecque à la Bibliothèque Vaiicane, est auteur du grand traité : Dell' origine, progressa, e stato présente dcl rito greco in llalia osservato da' Greci, monaci Basiliani e Albanesi. liome, 1758, trois volumes in-4°.
(1758). Dom Pierre-Louis Galelti , Bénédictin de la Congrégation du Mont-Cassin, archéologue fameux, appartient à notre Bibliothèque par son savant traité del Vestarario dtUa sauta Romana Chiesa. Rome, 1758.
(1759). Dom Martin Gerbert, illustre Abbé Bénédictin de Saint-Biaise, dans la Forêt Noire, a excellé dans les matières liturgiques, comme dans toutes les branches delà science ecclésiastique. Nous avons de lui : 1° Principia Theologiœ Lilurgicœ, quoad divinum Officitim, Dei cultiim et Sanctorum. Saint-Biaise, 1759, in-12. — 2° Un Appendix de arcanis Ecdesiaitradilionihus , à la fin du volume intitulé : Principia Theologiœ exegeticœ. Saint-Biaise, 1757, in-12. — 3° DeFestorum dierum numéro minuendo , celebritate amplianda. Saint- Biaise, 1765, in-S". — 4° De cantu et musica sacra a prima Ecclesiœ œtate usque ad prœsens tempus. Saint-Biaise, 1774, deux volumes in-4". — 5° Vêtus Liturgia Alemannica diS' quisilionibus frœviis, notis et observationibus illustrata. Saint- Biaise , 177G, deux parties in-4°. — G" Moniimenia veteris Liturgiœ Aleniannicœ , ex antiqitis manuscriptis eodicibus. Saint-Bhiise et Ulm, 1777-1779, deux parties in-4°. — 7° Scriptores Ecclesiaslici de Musica sacra, potissimum ex variis Jtaliœ, Galliœ et Germaniœ eodicibus collecti. Saiiit-Blaise et Ulm, 1784, trois volumes in-4". Nous nous restreignons à ce simple catalogue , tant parce que les bornes que nous nous
65i INSTITUTIONS
sommes tracées dans celle Biblioihèquc nous inlerdisonl les longs détails, que parce que la réputation de J)om Gerbert est suffisamment éiablie, comme celle du plus savant liturgiste que l'Allemagne ait jamais possédé, et qui ait illustré rOrdrc de Saint-Benoît, au dix-huiiièrae siècle.
(1760). Joseph-Anloine-Toussaint Dinouart, Chanoine de Saint-Benoît de Paris, écrivain attaché aux doctrines du Jansénisme, est principalement connu par le Journal Ecclésiastique, qui parut sous sa direction, de 17C0 à -1780, et dans lequel on trouve un grand nombre de questions singulières sur la Liturgie. Le trop fameux Rondet, en particulier, a inséré dans ce journal un grand nombre d'articles. A l'époque où ce recueil paraissait , le Journal des Savants et le Mercure de France avaient cessé de servir d'organes aux sciences ecclésiasiiques.
(1761). Joseph de Bonis, Barnabile, a donné l'ouvrage suivant : De Oratoriis PuUicis tractatus historico-canonicus. Milan, 1761.
(1761). Pierre Gallade, auteur dont l'existence et les travaux nous sont révélés par Zaccaria, est auteur de trois dissertations savantes qui parurent à Heidelberg en 1761 et 1762. 1° Templorum Catholicorum antiquitas et consecratio. — 2" Sanctitas Templi ritibus Catholicis consecrati.--'5° Sanctitas Templorum Catholicorum dotata ac ornata.
(1763). Dora Grégoire Zallwein , Bénédictin Allemand, l'un des premiers canonistes de son siècle, dans ses Principia juris Ecclesiastici universalis et particularis Germaniœ ( Augsbourg, 1765, quatre volumes in-4') , au tome second, traite avec érudition deLiturgiis, libris Uturgicis , et studio liturgico.
(1760). C'est l'année où mourut Jean-Laurent Berti, célèbre Augustin , assez connu d'ailleurs. Il a laissé deux dis-
IITUTIGÏQUF.S. 65S
Rortaiîons on langue itulienne sur des matières lluirglques. ].a première traite des Titres que saint Evariste distribua aux Prélros de Rome, et la seconde du Pallium. Elles ont paru dans un recueil spécial des Opuscules de Berti , à Florence, en 1759, et ont été depuis recueillies dans l'édition complète de ses œuvres, publiée à Venise.
(1760). Paschal Copeti, Chanoine, a donné huit dissertations sous ce titre : Discord di Liturgia recitati allapresenza di Benedetto XIV Ponte fice Massimo, nella sala Apostolica dell Quirinale. Rome, 1766, xn-A".
(1766). André-Jérôme Andreucci, Jésuite, dans son ouvrage intitulé : Hierarchia Eccîesiastica in varias suas partes distributa et canonico-theologice exposita (Rome, 1766,in-4°), a donné un traité spécial : De observandis ab Episcopo in authenticandis Reliquiis. Il a laissé aussi un traité de Ritu Ambrosiano, dans le second volume du même ouvrage.
(1769). Alexis-Aurèle Pellicia, savant Prêtre Napolitain, publia d'abord une dissertation célèbre, qui fut traduite par ordre de l'Impératrice Marie-Thérèse, en Allemand et en Latin, et qui est intitulée : Délia disciplina délia Chiesa, e deW ohbligo de' sudditi inlorno alla preghiera del proprio Sovrano , dissertatione Jstorico-Liturgica. Naples, 1769, in-4". Mais le plus important ouvrage de Pellicia est son savant traité : De Christianœ Ecclesiœ primœ , mediœ et novissimœ œtatis Politia, qui parut à Naples en 1777, et a acquis une si grande réputation dans le monde liturgique.
(1769). Joseph Novaès, Portugais, est auteur du livre intitulé : // sacro rito antico e moderno délia elezione, corona' zione^ e solenne possesso del Sommo Pontefice. Rome, 1769,
(1769). Vincent Fassini, Dominicain, a publié, sous le pseudonyme de Dominique Sandelli , deux ouvrages remplis
d'érudilion. Le premier esi intitulé : De singularlbus Exicharistiœ usibus apud veteres Grœcos. Brescia, 1769. Le second : De priscorum Christianorum synaxibus extra œdes sacras. Venise, 1770.
(1770). Jean-Pérégrin Pianacci publia l'ouvrage suivant: Dell' OlJicio divino, trattato istorico-criticG'morale.
(1771). Thomas Declo', Pénitencier d'Ancône , est auteur de ce livre : Dichiarazioni dl tutto cio che vi ha, o difficile da intendersi j o intéressante in ogni parte nel Breviario Romano daljorincipio sino al fine, Aucune y 1771-1772, deux volumes in-4".
(1771). Camille Blasi, Avocat Romain, a publié l'ouvrage suivant : De Festo Cordis Jesu Dissertatio commonitoria, cum notis et monument is sélect is, Rome, 1771, in-i». Cette Dissertation, dont l'auteur est contraire au culte du Sacré Cœur de Jésus, fut attaquée par un écrivain de Florence dont nous n'avons pu découvrir le nom, et qui publia deux Lettres en réponse. Elles furent suivies d'une réplique par le P. Giorgi, Augustin, sous ce titre : Christotimi Ameristœ . adversus epistolas duas ab anonymo censore in Dissertationem commonitoriam Camilli Blasii de Festo Cordis Jesu vulgatas, Antirrheticus : accedit mantissa contra epistolium tertium nu- •perrime cognitum. Rome, 1772, in-4°. Giorgi paraît aussi être auteur de Lettres italiennes qui font suite à Y Antirrheticus, sous le litre d\intropisco Teriomaco ( in-i" ). On peut voir dans Y Ami de la Religion, à qui nous empruntons ces détails bibliographiques, la notice de divers autres écrits dans le même sens, qui furent publiés de 1773 à 1781 , à Naples, Gênes et Bergame (1). Le même recueil donne aussi la notice des écrits qu'on opposa aux ennemis de la dévotion au Sacré
(1) Tome XXII. pages 583-589.
Cœur de Jésus. Nous remarquons en particulier une Disserlaiion la[inc sur celle dévolion, publiée à Venise, 1775, par un Jésuile nommé Pubrana. Quant aux pamphlets des Jansénistes Français, nous ne fatiguerons pas le lecteur de leur insipide énuméralion.
(1772). Jules-Laurent Selvaggi, Prêtre Napolitain, mort en celte année, avait donné un ouvrage classique très important sous ce titre : Antiquitatum Cliristianarum institutîones nova methodo in quatuor libros distributœ, ad nsum Seminarii NeapoUtani. Naples, G vol. in-i2 souvent réimprimés : notre exemplaire est de 1794. On a quelques reproches à faire à cet ouvrage ; il porte en plusieurs endroits la trace trop visible des préjugés qui dominaient à Naples à celle époque.
(177"2). Jean-Baptiste Gallicioli, savant Prêtre Vénitien, dans son excellente réimpression du saint Grégoire-le-Grand de Dom Denis de Sainte-Marthe, a placé, au tome IX, un important travail liturgique qu'il a intitulé : Isagoge institutionum liturgicarum. On doit toutefois regretter que cet illustre éditeur ait cru devoir retrancher le Sacramentaire de Dom Hugues Ménard, et le Responsorial de Dora Denis de Sainte- Marthe , ainsi que les notes de ces deux illustres Bénédictins. La préférence donnée aux originaux publiés par le B. ïommnsi n'est pas équitable dans une éJition de saint Grégoire, OLi l'on désirerait voir rassemblé tout ce qui périt contribuer à compléter ses œuvres.
(1775). Laurent-Etienne Rondet, laïc, l'un des plus zélés réformateurs de la Liturgie , a laissé , outre de nombreux articles dans le Journal de Dinouart, un livre intitulé : Ordinaire de la Messe avec la manière de Vcntendre , quand on la dit sans chant, et quand on la chante. Paris, 1775, in-12. 11 a laissé aussi un Avis sur les Pr4viairçs, ci particulière-'
638 INSTlTUTlOiS'S
ment sur une nouvelle édiiion du Bréviaire Romain. Paris, 1775, in- 12.
(1773). Philippe-Laurent Dionigi, Bénéficier de la Basilique Valicane, a publié le précieux ouvrage inlitulé : Sacrarum Yaticanœ Basilica Cryptarum monumenta œreis tabulis incisa et commentariis iUustrata. Borne, 1773, in-folio. Il «i donné aussi : Antiquissimi Vesperarum Paschalium RUus expositio; de sacroinferioris œtalis Processu, Dominica Resurrectionis Christi, unie Vesperas, in Vaticana Basilica itsitato conjectura. Rome, 1780, in-8".
(1773). Joseph Heyrenbach , Jésuite, est auteur d'une dissertation de Salutatione AngeUca, ejusque in sancta Ecclesia usu. Vienne, 1773, in-8".
(1774). Pierre Lazeri, savant Professeur Romain, a donné trois dissertations: 1° De sacra Veterum Christianorum Romana Peregrinatione. Rome, 1774, in-4\ — 2° Z?(j Liminibus Apostolorum disquisitlo historica. Rome, 1773, in-4-". — 5' Defalsa veterum Christianorum Riluum a ritibus Ethnicorum origine Diatriba. Rome, 1777, in-4".
(1770). Etienne Borgia, Cardinal, Préfet de la Propagande, antiquaire fameux, s'est exercé sur plusieurs matières liturgiques. Il fut d'abord l'éditeur d'un opuscule du Cardinal Augustin Valeri : De Benediclione Agnorum Dei. Il donna ensuite, sous son propre nom, les deux ouvrages suivants : 1" De Cruce Valicana, ex donoJuslini Augusti in Parasceve majoris hebdomadœ publicœ venerationi exhiberi solita. Rome,
1779, in-i".— • 2°. De Cruce Yeliterna commentarius. Rome,
1780, in-40.
(1773). ISicolas Coilin , Prémontré, a laissé: \° Traité du Signe de la Croix, fait de la main , ou la Religion Catholique iuslifiée sur l'usage de ce signe. Paris, 1773, in-i'2. — 2" Traité de l'Eau bénite, ou l'Eglise Catholique justifée sur l'usage de
l'Eau bénite. Paris, 1770, in-12. — 2» Traité du Pain béni, ou l'Eglise Catholique justifiée sur l'usage du Pain bénit. Paris, 1777, in-12.
(1775). François-Antoine de Lorenzana, Cardinal, Archevêque de Tolède, Prélat illustre par sa charité envers le clergé français déporté, mérite ici une place distinguée pour la magnifique édition qu'il a donnée des livres de la Liturgie Gothique. Il en a accompagné l'édition de savantes Lettres Pastorales, qui sont de véritables Traités. Le Bréviaire parut en 1775, sous ce titre : Breviarium Gothicum, secundum rcgulam Beatissimi Isidori, Archiepiscopi Hispalensis , jiissu Cardinalis Francisci Ximenii de Cisneros prius editum ; nunc opéra Exc"'- D. Francisci Antonii Lorenzana sanctœ Ecclesiœ Toletanœ Hispaniarum Primatis Archiepiscopi rccognitum. Madrid, in-folio. Le Missel, qui porte un titre analogue à celui du Bréviaire, parut à Borne, ISOi, in-folio.
(1776). François-Antoine Zaccaria, Jésuite, est sans contredit l'homme le plus versé dans toutes les branches de la science ecclésiastique qu'ait vu la période que nous décrivons dans ce chapitre. Ses ouvrages imprimés s'élèvent au nombre de cent six. Celui qui occupe le premier rang parmi 1; s travaux liturgiques du savant religieux, est la Bibliotheca Ritualis, publiée à Bomo ( 1770, 1778, 1781 ), en trois volumes in-4°. Zaccaria voulut compléter la série des collections bibliographiques des Lelong, des Mayer, des Fabricius, des Banduri, etc., par la publication d'un ouvrage du même genre sur la science liturgique. Corneille Schulting, dont nous avons parlé ailleurs (1) , avait ébauché ce grand travail dans sa Bibliotheca Ecclesiastica; mais les omissions et les erreurs étaient sans nombre dans cet ouvrage déjà vieux de près de
(1) Tomel. page 497,
deux siècles , au moment où Zaccaria entreprenait «a BihUoiheca Ritualis. Le travail du Jésuite n'a d'autre défaut que ceux qui sont inséparables des ouvrages de ce genre, dont le meilleur sera toujours celui qu'on trouvera le moins inexact et le moins incomplet. Nous confessons volontiers ici que nous sommes grandement redevables à Zaccaria, pour la partie bibliographique de celle histoire, bien que nous ayons eu souvent l'occasion de suppléer ses omissions et de rectifier ses méprises. Un autre nous rendra le même service.
En 1787, Zaccaria publia à Facnza (deux tomes in- 4") son Onomasticon Rituale selectum, ouvrage d'une haute portée scientifique, et accessible à un plus grand nombre de personnes que la Bihliotheca Ritualis, bien qu'il soit encore moins connu en France. On a encore de lui , sur les matières liturgiques, la célèbre tlisseriation de Usulibrorum Liturgicorum in relus Thcologicis , réimprimée souvent; le traité Dell' Anno Santo (Rome, 177o , deux volumes in-S" ) ; les annotalions au livre des Mœurs des Chrétiens, de l'Abbé Fleury, traduit en latin et publié à Venise ( 17G1, deux volumes in-i") ; de nombreux et savants articles dans plusieurs journaux scientifiques d'Italie.
(1777). Annibal Olivieri de Abbalibus, genlilliommc de Pesaro, est célèbre par son beau livre , Dell' antico Ballistero délia S. CItiesa Pcsarese. Pesaro, 1777, in-4".
(1778). François-Michel Fieury, Curé dans le Diocèse du Mans, ayant été suspendu de ses fondions par l'Evèque Louis- André de Grimaldi , pour son obstination à vouloir se faire répondre et servir la Messe par la sœur de son Vicaire, publia, dans le Journal Ecclésiastique de Dinouarl (juin 177-4), une Dissertation sur celte question : Si une femme , au défaut d'homme, peut répondre la Messe? Une criliquc manuscrite
LiTlJHGIQUiEé. OU
ayant couru le pays du Maino, F^leury fit imprimer la brochure inlilulée : Réponse de la Messe imr les femmes, en ré' j)onse d une lettre anonyme. 1778, in-8".
(1779). Jean-BaplisieGrascr, docle Professeur Allemand, a composé une savante dissertation : De Presbyterio et in eo sedendi jure. Trente, 1779, in-4".
(1779). Dom Nicolas Jamin, Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, auteur de plusieurs ouvrages estimés, paraît être l'auteur du livre intitulé : Histoire des Fêtes de l'Eglise (in-12) , dont la plus ancienne édition, venue à notre connaissance, est de 1779. Il a été traduit en allemand et publié à Bamberg, en 178i.
(1779). Ferdinand Tetamo, Prêtre Sicilien^ est justement célèbre par le bel ouvrage de Liturgie pratique qu'il a intitulé : Diarium Liturgico-Tlieologico-Morale , sive sacri Riliis, Institutiones Ecclesiasticœ , morumque disciplina, notanda singulis temporibus algue diebus anni Ecclesiastici et Civilis. Venise, 1779-1784, huit volumes in-4" en deux séries.
(1779). François-Xavier HoU, Jésuite Allemand, illustre Professeur de droit canonique dans l'Université d'Heidelberg, a publié le premier volume d'un ouvrage remarquable intitulé : Statistica Ecclesiœ Germanicœ , 1779, in-8°. Ce volume, le seul qui ait paru, renferme une dissertation infiniment précieuse ; De Liturgiis Ecclesiœ Germanicœ.
(1781). Joseph-Marie Maiisi,ClercRégulier des Ecoles Pies, fit paraître celte année, à Lucques, un opuscule rempli d'érudition, sous ce titre : Leitera ad un Ecclesiastico , nella quale si dimostra, che non c lecito ad ogni Sacerdote celebrare la Messa privata ncUa nottc dcl santo Natale. 1779.
(1784). Jean Sianda, Cistercien de Mont-Réal , a laissé un ouvrage trop superficiel et iro^) abrégé pour Iç sujet qu'il T. lU H
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traite. II porte ce titre : Onomastkon sacrum : opuêcutiini tripartitum. Rome, 1774, in-8°.
(1786). Faustin Arevalo, illustre Jésuite Espagnol, si digne de toute la reconnaissance des amis de la science ecclésiastique par ses excellentes éditions de Prudence et de saint Isidore de Séville, a puhlié, sous le titre d'Hymnodia His- ■panica, un ouvrage remarquable surtout par la célèbre dissertation de Hymnis ecclesiasticis , que nous regardons comme un des plus précieux monuments de la science liturgique. Le livre a paru à Rome, 1786, in-i".
(1786). Joseph Cuppini, Cérémoniaire de la Cathédrale de Bologne, a laissé, sur plusieurs questions de Liturgie pratique , des Instructiones Liturgicœ, qui présentent un grand intérêt. Bologne, 1786, in-io.
(1786). François Cancellieri, savant Prélat Romain, est l'écrivain ie plus important sur les matières liturgiques qui ait paru à la fin du dix-huitième siècle. Il débuta par son magnifique ouvrage de Secretariis Basilicœ Vaticanœ veteris ac novœ. Rome, 1786 et années suivantes, quatre volumes in-4°. Il donna ensuite successivement : 1" Descrizione délia BasilicaVaticana.?iome,ilSS, in-i2. — ^2° Notizieintorno alla Novena, Vigilia, Notte e Festa di Natale. Rome, 1788, in-12. — 5" Descrizione de' tre Pontificali che si celebrano nellaBasilica Yaticana, per le (este di Natale , di Pasqua et di san Pietro. Rome, 1788, in-12. — A° Descrizione délie funzioni délia Settimana santa nella Cappella Pontiflcia.Womc, 1789, in-l2. — 5" Descrizione délie Cappelle Pontifcie e Cardinalizie di tutto l'anno. Rome, 1790, quatre volumes in-12. Nous n'avons pu , malgré tous nos efforts , nous procurer ce dernier ouvrage. — 6" Storia de' solenni possessi de' sommi Ponteficij detti anticamente Processi o Processioni , dopo laloro corQuamne, mlla Basilica V^Hcana aHa Lateramse, da
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Leone ÎIl a Pio VIL Rome, i802, in-i". — 1° Memoric délie sacre Teste de' santi ApostoU Fietro e Paolo e délia loro solenne recognizione nella Basilica Lateranese. Rome, 1800, in-i". — 8" Le due Nuove Campane di Campidoglio benedctte dalla Santitadi N. S. Pio VIL P. 0. M. e descritte, con varie No^ tizis sopra i Campanili. Rome, 1806, in-4-°. — 9" Disscrtazione Epistolare sopra le Iscrizioni délie Martiri Simplicia madré di Orsa, et di un altra Orsa. Rome, 1819, in-12. — 10° Notizie sopral'origine e l'uso dclV AnelloPescatorio, e degli altri Anelli Ecclesiastici. Rome, 1823, în-8°.
(1787). François-Antoine Mondelli, Ecclésiastique Romain, a publié une excellente dissertation intitulée : Délia légitima disciplina da osservarsi nella pronuncia del Canonc délia Messa. Rome, 1787, in-8''.
(1786). Augustin Kraser, Docteur Allemand, a laissé un ouvrage remarquable sous ce litre : De Apostolis necnon antiquis Ecclesiarum Occidcntalium Liturgiis, illarum origine, progressu, ordine, die , hora et lingua, cœterisque rébus ad Liturgiam antiquam pertinentibus , liber singularis, Augsbourg, 4780, in-S".
(1787). Jacques-Denys Cochin, Curé de Saint-Jacques-du- Haut-Pas, à Paris, composa Aes Prônes ou Instructions familières sur toutes les parties du saint Sacrifice de la Messe, qui n'augmentent pas beaucoup la somme des notions scientifiques de la Liturgie, mais que nous citons cependant comme ouvrage français de celte époque.
(1788). Eiienne-Antoine Morcelli, Jésuite si connu par ses travaux archéologiques, a laissé : 1° Kalendarium Ecclesiœ ConstantinopoUtanœ mille annorum vetustate insigne . primitus e Bibliotheca Romana Albanorum in lucem editum, et veterum monumentorum comparatione diurnisque commentariis iUustratum, Rome, 1788, deux volumes in-4", — 2» Aga^
pea Michaelia et tésserœ Paschates . 4816, 1818. CeSopUSÔUléS^ d'un style trop classique peut-être , ont été réiraprimés ensemble, à Bologne, 1822, in-8".
(1790). Il Breviario Romano difeso , e glustificato contro il îibro intitolato : Lettera risponsiva di un parroco Fiorentino alla Lettera di un parroco Pistoiese. — Cet ouvrage anonyme, publié en 1790;, sans lieu d'impression, est dirigé contre le Curé Scaramucci, l'un des fauteurs du Synode de Pisloie.
(1797). Jean Marchetti, savant Prélat Romain, si connu par son excellente critique de Fleury, a laissé l'ouvrage suivant : Del Breviario Romano, o sia dell'Officio divino e del modo di recitarlo. Rome, 1797, in-12.
(1798). Jean Gonzalès Villar, Chanoine de la Cathédrale de Léon , a donné le livre intitulé : Tratado de la sagrada luminaria, en forma de dlsertacion , en el que se demuestra la antiguedad , y piedad de las vêlas, y lamparas encendidas a honra de Bios, y en ohsequio de las santas Imagenes, y Reli-
quias. 1798, in-8°.
Tirons maintenant les faciles conclusions des faits contenus
au présent chapitre.
Il est clair, en premier lieu, qu'une conjuration a été formée au sein même des pays Catholiques, dans le but d'insinuer l'esprit du Protestantisme , à la faveur des innovations liturgiques.
Il est clair, en second lieu , que le parti Anti-liiurgiste a constamment procédé en affaiblissant l'autorité du Saint Siège, en opérant la destruction de la Liturgie Romaine, en procurant à ses adeptes, par toutes sortes d'intrigues, l'honneur de rédiger les livres destinés à remplacer ceux que la tradition catholique avait formés dans le cours des siècles.
Il est clair, en troisième lieu , que si tous nos liturgistes Français n'ont pas été aussi loin dans leur audace que les
Ricci, lf!s Grégoire, etc., ceux-ci les onl hautement avoués et rccoinmandcs comme des hommes qui possédaient leurs sympathies.
II est clair, en quatrième lieu, que l'abolition de l'ancienne Liturgie a été une œuvre à laquelle ont pris part les hommes qui ont eu le plus à cœur de répandre le Jansénisme, le Protestantisme, le philosophisme et les maximes anarchistes.
Il est clair, enfin , qu'au moment où finissait le dix-huilième siècle, l'Eglise Gallicane avait laissé périr une des branches de la science ecclésiastique ; qu'en se séparant de la Liturgie ancienne, elle s'était séparée dans le culte divin non seulement de l'Eglise de Rome, mais de toutes les autres Eglises Latines , et cela sans pouvoir rétablir dans son propre sein celte unité qu'elle avait sacrifiée à un vain désir de perfectionnement, en renonçant avec une facilité sans exemple à cette glorieuse immutabilité qui est la gloire de la Liturgie, et qui a inspiré cet axiome de tous les siècles : Legem credendi statuât lex supplicandi. Gloire et actions de grâces soient donc rendues au Seigneur, qui n'a point abandonné cette Eglise au jour de la tribulalion !