ET SON REMÈDE. EN ALLEMAGNE , SCANDALES DES ANTI
LITURGISTES. ORDONNANCE DE l'ÉVÉQUE DE ROTTENBOURG. AFFAIRE DE COLOGNE. — EN ANGLETERRE, TENDANCES FAVO- RABLES AUX FORMES CATHOLIQUES, ET AU BRÉVIAIRE ROMAIN EN PARTICULIER. — EN RUSSIE, INFLUENCE DÉSASTREUSE DE LA LITURGIE GRECQUE. — A ROME , TRAVAUX DES PAPES SUR LA LITURGIE ROMAINE. — BIBLIOTHÈQUE DES AUTEURS LITURGISTES DU XIX' SIÈCLE.
Le dix-huitième siècle, en finissant, voyait s'éteindre la cruelle persécution dont l'Eglise de France avait eu à supporter les rigueurs pendant dix années. Dès l'année 1799, des Oratoires publics, des Eglises même se rouvraient de toutes parts. Les Prèlrcs se montraient avec plus de sécurité, les autels dépouillés revoyaient comme une ombre des anciennes pompes. On osait enfin ex poser au jour ces quelqu es vases sacrés, ces ornements, ces reliquaires, derniers et
rares débris de l'opulence catholique, soustraits à la cupidité des persécuteurs, par le mâle courage de quelque Chrétien qui jouait sa tête. Bien n'était sublime comme ces premières apparitions des symboles de la foi de nos pères, comme ces Messes célébrées au sein de nos grandes villes, dans ces Eglises dévastées, violées, mais toujours chastes, et tressaillant de revoir encore le doux Sacrifice de l'Agneau, après les orgies des fêtes de la Raison et les parades de la Théophilantropie.
Dans Paris même, il advint que, tandis que les restes de l'Eglise Constitutionnelle s'agitaient encore dans la Métropole de Notre-Dame, l'étroite , mais à jamais vénérable Eglise des Carmes de la rue de Vaugirard s'ouvrait à la piété des fidèles Catholiques. Le sang des Pontifes, des Prêtres et des Religieux martyrs, épanché si abondamment dans son enceinte et ses alentours, l'avait marquée pour le rendez- vous sublime des Pasteurs décimés par l'échafaud et les misères de l'exil. A Lyon, dès 1801, la Procession de la Fête-Dieu traversait les rues, aux iicclamations des peuples enivrés de joie. « Quelle «est, écrivait à ce sujet, dans le Mercure de France ^ celui » qui s'apprêtait à raconter le Génie du Christianisme, quelle Dest cette puissance extraordinaire qui promène ces cent » mille Chrétiens sur ces ruines? Par quel prodige la Croix » reparaît-elle en triomphe dans cette même cité où naguère Dune dérision horrible la traînait dans la fange ou le sang? »D'oii renaît cette solennité proscrite? Quel chant de misé » ricorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et les » cris des Chrétiens foudroyés? Sont-ce les pères, les mères,
> les frères, les sœurs, les enfants de ces victimes qui prient
> pour les ennemis de la foi , et que vous voyez à genoux de î toutes parts aux fenêtres de ces maisons délabrées , et sur » les monceaux de pierres où le sang des Martyrs fume en-
ê j8 Institutions
*corc? Ces collines chargées de Monastères, non moins reli- *gieux, parce qu'ils sont déserts; ces deux ileuves où la » cendre des confesseurs de Jésus-Christ a si souvent été je- > lée ; tous ces lieux consacrés par les premiers pas du Chris- «tianisrae dans les Gaules; celte grotie de saint Polhin , ces » catacombes d'Irénée , n'ont point vu de plus grand miracle >que celui qui s'opère aujourd'hui. »
C'est que l'amour des pompes sacrées est profondément enraciné au cœur des Français, et que l'alliance de la loi et de la poésie, qui constitue le fond de la Liturgie Catholique, a pour eux un si grand charme, qu'il n'est ni souffrances, ni inlérèls politiques qu'ils n'oublieraient dans les moments où de si nobles et si profondes émotions traversent leurs âmes. Combien donc avaient été coupables ou imprudents ceux qui avaient eu le triste courage, durant un siècle entier, de travailler par tous les moyens à dépopulariser les chants religieux, à ruiner les pieuses traditions qui sont la vie des peuples croyants ! C'était , certes , un triste contraste que celui qui s'était offert mille fois dans le cours de la persécution , lorsqu'au fond de quelque antre ignoré, à la faveur des ombres de la nuit et du mystère, les fidèles, réunis à travers mille périls , entouraient l'autel rustique, et qu'alors le Prêtre, Confesseur et peut-être Martyr dans quelques heures, plaçait sur cet autel non le Missel des âges de foi, mais ce moderne Missel rédigé par les mains impures d'un sectaire, et promulgué avec le concours des Parlements, aux beaux temps de la Régence ou de Madame de Pompadour, alors qu'on travaillait de toutes mains à préparer l'affreuse catastrophe qui avait enfin éclaté. Et n'était-ce pas aussi un pitoyable spectacle que celui qui s'était offert dans la rade de Rochefort, en 1798, lorsque les neuf cents Prêtres, Confesse^irs de la foi , réunis dans la même fidélité et dans
les mêmes souffrances, ne pouvaient s'unir dans une même psalmodie, parce que le petit nombre des Bréviaires qu'on avait pu introduire dans ces prisons flottantes représentaient, pour ainsi dire, autant de Diocèses différents qu'ils formaient d'exemplaires (1). Certes, si la persécution qui faillit dévorer l'Eglise de France , eût été avancée d'un siècle, on eût du moins entendu s'élever du fond des cachots la prière uniforme des Confesseurs, la prière Romaine que l'univers Catholique tout entier fait monter vers le ciel sept fois le jour. Il est vrai que le sang des Martyrs suppléait à tout. L'Eglise de France puisa dans ce bain glorieux une nouvelle naissance. Mais il fallut que toute entière elle fût offerte en holocauste : la charité pastorale, fécondée par l'obéissance au Pontife Romain , immola ceux que le glaive avait épargnés. Le Concordai de 180i fut conclu et bientôt ratifié par Pie VIL La Bulle pour la nouvelle circonscription des Diocèses fut donnée à Rome : la nouvelle Eglise de France devait donc tout au Siège Apostolique. Les antiques préjugés ne pouvaient tout au plus que se débattre en expirant.
Le Concordat de 4801 avait une grande portée liturgique. Il garantissait l'exercice du culte Catholique; aussi fut-il accepté comme un immense bienfait, par une nation qui avait tressailli de joie au retour de ses Prêtres. Rien ne pourrait dépeindre l'enthousiasme des Parisiens, lorsqu' enfin , le
(1) Nous devons ce détail, qu'il était da reste bien facile de pressentir, au vénérable Abbé Ménoc'.iet, Chanoine de Saint- Julien du Mans, et Vicaire-Général, décédé en 183-1, Il était du petit nombre de ces glorieux Confesseurs que la mort épargna , afin qu'ils pussent rendre témoignage des scènes sublimes de Uocbefort. La mémoire de ce saint Prêtre est précieuse a Solesmes ; nous ne saurions jamais oublier qu'il eut la bonté de venir présider k l'installation de ce Monastère, en 1833, alors qu'une pareille démarche était un acte de courage.
18 avril 4802, le Concordat fut promulgué, au milieu d'une cérémonie religieuse et civique. C'était le jour même de Pâques ; en sorte que les fidèles avaient à solenniser en même temps le Passage du Seigneur quand les Israélites sortirent de l'Egypte , la Résurrection triomphante du Christ , et la restauration miraculeuse de celte religion que , neuf ans auparavant, un décret sacrilège avait déclarée abolie, comme si le sang pouvait autre chose que fertiliser le champ de l'Eglise. Le bourdon de Notre-Dame , muet depuis douze ans, ébranlait encore la cité; et, comme enivrés du bruit de cet airain sacré dont la seule destination semblait être désormais de donner le signal du carnage, les citoyens s'embrassaient dans les rues sans se connaître. Les Consuls se rendirent en pompe à Notre-Dame, et l'on vit les étendards français se balancer encore une fois autour du Sanctuaire. Jean-Baptiste Caprara, Cardinal de la sainte Eglise P»omaine, Légat Apostolique, célébra ponliûcalement sous ces voûtes réconciliées qu'ébranlaient par moments le roulement triomphal des tambours et les fanfares belliqueuses. La France retrouvait son antique amour pour la foi Catholique , et le premier Consul pouvait s'applaudir d'avoir deviné les instincts de la nation : heureux s'il eût su toujours y attacher sa fortune !
Un livre d'une haute portée, publié à cette époque, avait grandement servi à préparer les esprits à un retour si merveilleux. Toute la France s'était émue à l'apparition de l'épisode fameux d'un poème américain, et dans lequel l'auteur faisait valoir, avec un talent inouï, l'harmonie des cérémonies religieuses avec les grands aspects de la nature. L'ouvrage annoncé dans la préface de cet opuscule, le Génie du Christianisme parut enfin, au mois d'avril 1802, et ce livre, qui s'attachait à prouver que le Christianisme est vrai parce qu'il est beauly avança plus la réconciliation des Français avec
l'ancien culte , que cent réfutations de V Emile ou du Dictionnaire philosophique. Sans doute , la poétique nouvelle révélée par Chateaubriand n'était pas à la portée de tous les lecteurs de ce livre ; on peut même dire ( surtout aujourd'hui que nous voilà pour jamais délivrés des Grecs et des Romains ) , qu'elle laisse quelque peu à désirer ; mais la partie liturgique du Génie du Christianisme ^ c'est-à-dire la description des fétcs, des cérémonies, les riches peintures des Cathédrales et des Cloîtres du moyen-âge, tout cela formait la partie populaire de l'ouvrage. Certes, si, quarante ans après, il est vrai de dire que notre littérature , nos arts et notre poésie sont'la réfraction plus ou moins riche de l'éclat que jota alors ce merveilleux météore ; quel ne dut pas être l'empressement de la nation, fatiguée des courses desséchantes qu'elhe avait été contrainte de faire dans les champs du matérialisme , lorsqu'une main bienfaisante vint ouvrir pour elle une source intarissable de poésie, là même où d'invincibles instincts lui révélaient qu'était toujours pour elle la véritable vie? Et n'y avait-il pas aussi toute une réaction féconde dans cette promulgation solennelle du Christianisme comme la religion éminemment poétique , un siècle et demi après Boileau, qui, digne écho des Anti-liturgistes de son Port-Royal, ne voyait dans la foi du Chrétien que des mystères terribles , et dans la poésie que des ornements égayés? C'était bien en leur qualité de littérateurs classiques, que les Foinard etlesGrancolas avaient donné les belles théories que nous avons vues, faisant une chasse impitoyable à tous ces Képons et Antiennes surannés , composés dans un latin si différent de celui de Cicéron, et fourrant toute leur œuvre nouvelle de pastiches à la façon d'Horace,comme pour faire pardonner le cliquetis peu agréable de leurs centons, pillés dans la Bible à tort et à travers, d'après tout autre système que celui de l'harmonie. Le Génie
du Oiristianisme , en posant comme fait la poétique du Christianisme considéré en lui-même (1), a donc exercé une action vaste, et ce sera un jour une longue histoire que celle des résultats sortis de ce livre, qui, entre beaucoup d'avantages, a celui d'êlre venu en son temps. L'œil d'aigle de Napoléon en vit dès l'abord toute la portée, et il chercha à s'attacher l'auteur; Pie VII témoigna sa satisfaction de la manière la plus éclatante; Dussault, de Fontanes, le grand philosophe de Donald, s'unirent à l'Abbé de Boulogne pour célébrer l'importance de cette victoire remportée sur les ennemis de la forme religieuse.
Mais au fort même de ce triomphe , comme il est de nécessité en ce monde que les tribulations accompagnent toujours fidèlement les succès de l'Eglise, des obstacles inattendus vinrent tempérer la joie du Pontife Romain et de l'Eglise de France. Sans doute, le Concordat avait été publié à Notre- Dame ; mais quelques jours auparavant , le 5 avril 1802 ( 18 germinal an X ) , jour même où ce traité avait été porté au Corps Législatif, et inauguré comme loi de la Répu« blique, on avait promulgué en même temps, sous le nom d'Articles Or<;aniçt(es^ soixante-dix-sept articles dont le plus grand nombre avait été conçu et rédigé dans le but d'amortir l'influence du Catholicisme, et d'arrêter le développement de ses institutions renaissantes. Il n'est point de notre sujet de développer ici toute la série des dispositions de ce Décret tyrannique, contre lequel le Siège Apostolique ne tarda pas à faire entendre les plus explicites réclamations. Nous nous
(1) Les Martyrs vinrent plus lard, et fournirent , malgré quelques défauts, l'irrécusable preuve d'un fiit que la postérité ^'étonnera qu'on ait pu contester une minute. Elle aura peine à comprendre le dixhuitième siècle , siècle prosaïque qui se mêla de tout refaire, parce qu'aTani lui la poésie était partout.
bor^nerons à rélever quelques-unes des dispositions du titre III, intitulé : Du Culte.
La première avait une portée immense , malgré sa brièveté , et elle était ainsi conçue : « Il n'y aura qu'une Lituri gie et un Catéchisme pour toutes les Eglises Catholiques de î France. » Laissant de côté le Catéchisme , bornons-nous à ce qui tient à la Liturgie. On conçoit aisément que, par suite de la nouvelle circonscription des Diocèses , l'Eglise de France devait se trouver dans une déplorable confusion sous le rapport de la Liturgie. Le nombre des Diocèses ayant été réduit de plus de moitié, et par conséquent les nouveaux Evêclîés se trouvant formés, en tout ou en partie, du territoire de trois ou quatre et quelquefois jusqu'à sept des anciens Diocèses, il arrivait , par suite des changements arrivés au dix-huitième siècle , que la Liturgie de l'Eglise Cathédrale, loin de réunir les autres Eglises du Diocèse dans l'unité de ses formes , se voyait disputer le terrain par cinq ou six autres Liturgies rivales. Certes, un si étrange spectacle était inouï dans l'Eglise; jamais en aucun temps, en aucun pays, la communion des prières publiques n'avait présenté l'aspect d'une si étrange anarchie ; bien plus, pour qu'elle fût devenue possible par suite d'un remaniement des Diocèses, il avait fallu qu'il existât déjà , dans un seul pays qui ne compte pas trois cents lieues d'étendue , plus de diverses formes d'Office divin qu'il n'en existe dans le monde entier, sans oublier même les Eglises d'Orient.
Les conciliabules de 1797 et de 4801 avaient déjà senti l'inconvénient de celte situation; car bien que l'Eglise Constitutionnelle comptât un Evéché par département, la division de la France en départements avait déjà grandement bouleversé la circonscription des Diocèses. Mais les Evoques réunis, comme ils le disent fort bien , trouvaient surtout daps le pro-
Ô84 lî«i8îmJîlON9
jet d'une Liturgie uniforme pour la France ( idée qui leuf appartient en propre) , un moyen efficace de perpétuer leur secte, si elle fût née viable, en rattachant cette organisation liturgique au système de nivellement et de centralisation sur lequel avait été fondée la République (1). On conçoit parfaitement cette idée dans une Eglise schismatique repoussée par toutes les autres Eglises, et qui ne peut avoir de vie qu'en se nationalisant; mais quel machiavélisme impie que celui de ces législateurs qui, dans le moment où la France venait de rentrer dans l'unité caiholique, décrétaient que le moment était venu de travailler sérieusement à élever pour jamais un mur de séparation entre l'Eglise de France et toutes les autres? Telle n'avait pas été la politique de Charlemagne, ni celle de saint Grégoire VII, ni celle d'Alphonse VI de Caslille, ces grands civilisateurs qui voyaient le salut et la gloire des Etats européens dans l'unilé générale de la Chrétienté, et qui brisaient de si grand cœur tout retranchement derrière lequel la religion universelle eût tendu à devenir chose nationale. Et cependant nous avons entendu des gens honorables, mais d'une insigne imprudence , former encore ce souhait d'une Liturgie nationale ; ne pas sentir quelle honte c'eût été pour la France, de se retrouver, après mille ans, dans l'état où elle était lorsqu'elle préludait à ses destinées de nation très Chrétienne, ayant perdu et l'antiquité vénérable de la Liturgie Gallicane, et l'autorité souveraine de la Liturgie Romaine, sans autre compensation que des traditions qui eussent daté du dix-neuvième, ou du dix-huitième siècles.
Dieu ne permit pas que cette œuvre anti-catholique reçût son accomplissement. Une commission fut nommée pour la
(1) Voyez ci-dessus, pa^e 623.
LittAGtQtÈS» ë8B
fédaclion des nouveaux livres de l'Eglise de France; mais le résultat de ses travaux ne fut même pas rendu public. On sait seulement que plusieurs des membres cherchèrent à faire prévaloir, l'un la Liturgie Parisienne, l'autre celle de tel ou tel Diocèse , un autre enfin un amalgame formé de toutes ensemble. Personne n'osa proposer de revenir à l'ancien rite Gallican , seul projet pourtant qui eût été sensé , le principe étant admis; mais projet impraticable, puisque les monuments de ce rite ont péri pour la plupart. Il en fut donc de ce projet de Liturgie nationale, comme de la réédification du temple de Jérusalem au quatrième siècle; ou si l'on veut remonter plus haut , comme de la tour de Babel ; et le grand homme qui parlait de son prédécesseur Charicmagne, fut atteint et convaincu de n'avoir pu s'élever à la hauteur des vues de cet illustre fondateur de la société européenne. Au reste, qu'on y regarde bien, on verra que toutes les fautes de Napoléon étaient là. Il n'est tombé de si haut que pour avoir voulu faire de l'Eglise et du Pape une chose française. Est-ce l'erreur de son esprit? est-ce le crime de son cœur? Dieu seul le sait bien.
Le reste des Articles Organiques du titre XIII est employé à détailler maintes servitudes auxquelles l'Eglise sera soumise en France. Nous citerons le XLV" Article, si tyrannique, que les Protestants eux-mêmes ont plusieurs fois réclamé contre : « Aucune cérémonie religieuse n'aura lieu hors des édifices 7> consacrés au culte Catholique, dans les villes où il y a des î temples destinés à différents cultes. i> Ainsi avait-on cherché à atténuer la victoire du Catholicisme , en prolongeant le règne de cette intolérance qui n'était plus sanglante , il est vrai , comme celle de la Convention, mais qui allait chercher ses traditions dans les annales des Parlements et dans les fastes anli-liturgisles de Joseph II et de Léopold
68Ô ÎNSTIT15ÎI0»S
Pendant ce temps, d'importantes opérations liturgiques s'exécutaient à Paris, par le ministère du Légat Caprara , qu'une délégation Apostolique avait investi de tous les droits nécessaires pour agir avec plénitude d'autorité dans les circonstances solennelles où se trouvait l'Eglise de France. La réduction des fêtes aux seules solennités de Noël , l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint ; la translation au Dimanche de la solennité des fêtes de l'Epiphanie, du Saint-Sacrement, de saint Pierre et saint Paul, des saints Patrons du Diocèse et de la Paroisse; l'institution d'une Commémoration de tous les Saints Apôtres au jour de la fête de saint Pierre et saint Paul, et de tous les saints Martyrs, aujour de saint Etienne; enfin, la fixation delà fête de la Dédicace de l'Eglise au Dimanche qui suit l'Octave de la Toussaint ; ce furent là de grands événements dans l'ordre liturgique , et nous aurons ailleurs l'occasion d'en peser toute la valeur. L'Induit du Légat, exprimant sur ce sujet les volontés Apostoliques, parut le 9 avril 1802, et fut interprété par le Légat lui-même, dans un Décret rendu à la sollicitation du Vicaire-Général de l'Archevêque de Malines, sous la date du 21 juin 1801. rs'ous donnerons ces diverses pièces en leur lieu.
Les dures nécessités qui contraignaient le Siège Apostolique à sacTifîer un si grand nombre de Fêtes célèbres dans l'Eglise , au risque de contrister la piété des fidèles Catholiques, ne permirent pas d'assigner un jour spécial à la Fête long-temps projetée du Rétablissement de la Religion Catholique en France, non plus qu'à celle de saint Napoléon, dont l'institution devenait indispensable, du moment que le Général Bonaparte échangeait les faisceaux du Consulat avec le sceptre impérial. On pensa donc à joindre la célébration de ces deux fêtes nouvelles avec la solennité même de l'Assomptiou de la Sainte Vierge , Patronne de ]i\ France,
Le 15 août était aussi le jour de la naissance de l'Empereur; il eût donc été difficile de trouver un jour plus convenable pour celte triple solennité nationale. Le Légat rendit sur cette matière un Décret solennel ^jui commence par ces mots: Eximium Catholicœ Rdigionis, mais dont nous n'avons pu nous procurer la teneur; et, le 21 mai 1806, il adressa à tous les Evéques de l'Empire une Instruction détaillée sur la manière de célébrer la Fonction du 15 août.
Cette curieuse Instruction , que nous reproduisons dans les notes du présent chapitre (1), 'était divisée en trois parties. Dans la première , il était enjoint aux Evêques d'annoncer, par Mandement ou autrement, le premier Dimanche d'août de chaque année, la Fête de saint Napoléon, Martyr, laquelle est en même temps la Fête du Rétablissement de la Religion Catholique, comme devant êlre célébrée concurremment avec la Solennité de l'Assomption de la Sainte Vierge. Ils devaient semblablement annoncer la Procession et l'Action de Grâces qu'on aurait à célébrer, conformément au rite usité dans l'Eglise : Juccta receptum Ecclesiœ ritum; et enfin publier une Indulgence plenière attachée à la Bénédiction Papale que Sa Sainteté leur accordait de pouvoir donner ledit jour de l'Assomption , après la Messe Pontificale.
La seconde partie de l'Instruction renfermait la Légende de saint Napoléon, destinée à être lue, en neuvième Leçon, aux Matines de l'Assomption. On s'élait sans doute donné beaucoup de peine pour la conduire à une si raisonnable longueur; mais, quoi qu'il en soit, l'Office du saint Martyr avait été complété au moyen des Oraisons de la Messe Lœtahitur, au Missel Romain. Le rite à observer pour la Bénédiction Papale était détaillé dans la troisième partie de l'Ins^ iruction.
(1) Vld. note A.
T. II. . i2
Le Sacre de Napoléon avait été aussi un grand acte liturgique : mais, en celte qualité même, il exprimait d'une manière bien significative toute la distance qui séparait le nouveau Charlemagne de l'ancien. On pouvait, certes, comprendre que la Liturgie est l'expression de la Religion dans un pays, quand on vit le Pontife Romain, accouru, par ie plus généreux dévouement, pour prêter son ministère à unsi grand acte, attendre, en habits Pontificaux, sur son trône, à Notre-Dame , pendant une heure entière , aux yeux de toute la France , l'arrivée du nouvel Empereur ; quand on vit Napoléon prendre lui-même la couronne, au lieu de la recevoir du Pontife, et couronner ensuite de ses mains profanes le front d'une Princesse sur lequel, il est vrai, le diadème ne put tenir; quand on vit enfin l'Evêque du dehors, sacré de l'huile sainte, s'abstenir de participer aux Mystères sacrés , terrible présage de l'arrêt qui devait , cinq ans plus tard , le retrancher de la Communion Catholique. Ce ne fut donc qu'en faisant violence aux règles les plus précises de la Liturgie ( dérogation d'ailleurs légitimée par la plénitude d'autorité qui résidait dans le Pontife ) , que l'antique rite du Sacre put être accompli à l'égard de Napoléon : nous verrons encore ailleurs que la royauté de nos jours, absolue ou constitutionnelle, n'est plus taillée à la mesure des anciens jours. Les peuples, au contraire, ne demandent qu'à se nourrir des plus pures émotions de la Liturgie.
Rien donc ne pouiTait rendre l'enthousiasme des fidèles de Paris et des provinces, durant les quatre mois que Pie VII passa dans la capitale de l'Empire. II n'y avait cependant rien d'officiel ni de cérémonieux dans cette affluence qui inondait les Eglises où le Saint Père venait célébrer la Messe. Les fidèles se pressaient par milliers autour de la Table sainte, dans l'espoir de recevoir l'Hostie du salut des mains mêmes du
Liturgiques. 659
Vicaire de Jésus-Christ, ei c'était un spectacle ineffable que celui qu'offrait cette multitude, chantant d'une seule voix le Credo entonné par le Curé, environnant comme d'un atmosphère de foi le pieux Pontife qui, dans un recueillement profond, célébrait le sacrifice éternel, et rendait grâce de trouver encore tant de religion au cœur des Français. Saint-Sulpice fut la première Eglise de Paris honorée de la visite du Pontife, le quatrième Dimanche de l'Âvent. Notre-Dame le posséda le jour même de Noël; mais il n'y célébra qu'une Messe basse, parce qu'on n'aurait pu réunir les conditions liturgiques d'une Fonction Papale. Le jour des Saints Innocents, il favorisa Saint-Eustache de sa présence Apostolique, et le 50 décembre , Saint-Roch reçut le même honneur. Saint- Etienne-du-Mont accueillit le Pontife, le J2 janvier 1803, et Sainte-Marguerite , le 10 février. Il visita Saint-Germainl'Auxerrois le 17 février; Saint-Merry, le 24 ; Saint-Germaindes-Près, le 30 mars, et Saint-Louis en l'île, le 10 du même mois. Nous ne parlons ici que des Eglises où Pie VII célébra la Messe et donna la Communion aux fidèles, et nous nous sommes complu dans cette énumération, afin que la mémoire de ces faits si honorables à ces Eglises ne périsse pas tout-àfait (1). Il y aurait un beau livre à faire sur le séjour de Pie VII en France , à cette époque ; mais rien peut-être ne serait plus touchant à raconter que les visites que le Pontife faisait à ces Eglises qui portaient encore les traces de la dévastation qu'elles avaient soufferte, et dans lesquelles il célébrait la Messe avec le recueillement angélique si admirablement empreint sur sa noble et touchante figure. Les Pari-
Ci) On peut voir sur cela les journaux du temps, mais surtout le précieux recueil intitulé : Jnnates philosophiques et littéraires , rédigé alors par l'Abbé de Boulogne, qui fut depuis Evêque de Troyes.
siens, dont il était l'idole , disaient sur lui ce beau mol, qu'il jjriaiten Pape. Entre autres spectacles liturgiques qui frappèrent leurs regards , il en est deux qui firent une plus profonde impression. L'un fut la tenue d'un Consistoire public , le l-^-^ février 1805, dans lequel les Cardinaux de Belloy et Cambacérès'reçurent le chapeau de Cardinal ; après quoi, Pie VII présida un Consistoire secret dans lequel furent préconisés dix Archevêques ou Evêques. Les murs de l'Archevcché, qui depuis ont croulé sous les coups d'une fureur sacrilège, furent témoins de cette scène imposante qui, depuis bien des siècles, s'était rarement accomplie hors de l'enceinte de Rome.
Le lendemain, jour de la Purification, une autre pompe émut les Catholiques de respect et d'enthousiasme : elle se déploya en l'Eglise de Saint-Sulpice. Le Pape y consacra les nouveaux Evêques de Poitiers et de La Rochelle, et l'on vit en ce moment la grâce du caractère épiscopal découler de la même source que la mission canonique.
Tels étaient les riches et féconds moyens que la divine Providence avait choisis pour rattacher les Français au centre de l'unité Catholique, à la veille des malheurs inouïs qui se préparaient à fondre sur l'Eglise Romaine , au grand péril de l'unité et de la foi. Pie VII partit enfin de Paris le 4 avril, et son voyage à travers la France fut un triomphe continuel. Il s'arrêta le Dimanche des Rameaux à Troyes, bénit les palmes et célébra une Messe basse dans la Cathédrale. L'ancienne Cathédrale de Châlons-sur-Saône eut la gloire de le posséder, les trois derniers jours de la Semaine Sainte , et le vit, le jour de Pâques, célébrer le saint Sacrifice dat sson enceinte. Le Poniife ne put encore dire qu'une Messe basse, par la même raison qui avait privé Notre-Dame de Paris de l'honneur de servir de théâtre sacré à une solennité Papule.
Mais le moment le plus tùorapha! du voyage du Pontife
fut peut-être celui de son séjour à Lyon, en celte ville si justement appelée la Rome de la France. Pie VII y entra le 16 avril. Le lendemain, il célébra la Messe dans la vieille Primaliale, qui a vu deux Conciles écuméniques et la réunion de l'Eglise Grecque avec l'Eglise Latine. L'aflluence était extrême, et la vaste Basilique ne pouvait contenir la multitude condensée des fidèles Lyonnais. Ou vit une foule de personnes qui n'avaient pu pénétrer dans son enceinte qu'après la sortie du Pontife, se précipiter avec enthousiasme et baiser le siège où il s'était reposé, le prie-Dieu où il avait fait ses prières, le tapis sur lequel il avait posé ses pieds. Le 18 avril. Pie VU revint célébrer la Messe dans la Primatiale, et ce ne fut qu'après avoir donné la Communion à douze cents fidèles, ce qui dura trois heures , que ses bras apostoliques se reposèrent. Le même jour, dans l'après-midi, il les étendit encore , en présence de la cité toute entière , réunie sur l'ini^ mense place Bellecour, et ce fut pour bénir, avec une pompe magnifique , les drapeaux de la garde Lyonnaise.
Toutefois, ce spectacle fut moins sublime encore que celui qui s'éiait offert la veille , lorsque le successeur de saint Pierre, assis sur une barque, parcourait les alentours de la ville enivrée de joie. Le peuple fidèle couvrait, à flots pressés, les deux rives; le Pontife, comme Jésus-Christ luimême , bénissait la foule du sein de la nacelle , et le Rhône, fier d'un si noble fardeau, semblait atteindre à la gloire du Tibre. Mais n'affaiblissons point, par des récils incomplets et sans couleur, le charme et la grandeur de cette sublime apparition de la majesté Apostolique qui se révéla soudain aux Français. Bientôt Pie VII rentre dans Rome pour quatre années encore : voyons ce que devenaient en France les traditions du culte divin , subitement ravivées par un événement si merveilleux.
Mî INSTITUTIONS
On était en i806; le projet d'une Liturgie Nationale' était encore dans toutes les bouches ; mais la Commission préposée à celte œuvre ne produisait rien. Le fameux projet avorta donc , et il n'en resta plus de mémoire que dans les- Articles Organiques. D'autre part, cependant, Napoléon étant- Empereur, et Empereur sacré parle Pape, il devenait nécessaire qu'il eût une Chapelle Impériale, et aussi que cette Chapelle célébrât l'OfTice divin suivant les règles d'une Liturgie quelconque. L'ancienne Cour, comme on l'a vu ailleurs, observait l'Usage Romain, depuis Henri III; Napoléon, si jaloux de faire revivre en toutes choses l'étiquette de Versailles , y dérogea sur ce point. Il abolit la Liturgie Romaine, et décréta que les Livres Parisiens seraient les seuls dont on ferait usage en sa présence. Grand honneur assurément pour Vigier et Mesenguy; mais preuve nouvelle de l'antipathie que le grand homme, si clairvoyant, avait conçue pour tout ce qui pouvait gêner ses rêves d'Eglise Nationale.
Dans toute la durée de l'Empire, nous n'avons découvert aucune nouvelle composition liturgique à l'usage d'un Diocèse particulier. Il y eut sans doute des utopies , comme au siècle précédent ; mais le temps n'était pas propice à en faire parade. Cette époque ne produisit même pas une nouvelle édition parisienne des livres de Vintiraille. Nous ne connaissons guère que le Diocèse de Lyon qui ait alors réimprimé les livres de son Montazet. La guerre absorbait tout, et d'ailleurs le moment était peu favorable pour songer à faire du neuf sur la Liturgie, quand la Catholicité de la France était ellemême en péril, et que le Pontife tiiomphateur de 1805, traversait la France sous les chaînes de sa glorieuse confession.
Le Fort armé qui avait refusé le rôle de Charleraagne , tomba avant le temps, et les Eglises respirèrent; toutefois.
lu liberté du Catholicisme ne fut pas restaurée avec Taneienne Dynastie. 11 n'est point de notre sujet do raconter ce que l'Eglise souffrit durant quinze années , ni ce qu'elle a pâti depuis : nous n'avons qu'à raconter le sort de la Liturgie. D'abord, Louis XVUI rétablit, dès son arrivée, l'usage de la Liturgie Romaine dans les Chapelles Royales : la simple raison d'étiquette l'eût demandé, et nous ne nous arrêterons pointa chercher dans cet acte une valeur, ou une signification qu'il ne saurait avoir.
Mais, avant d'entrer dans quelques détails sur cette époque, nous rappellerons ici deux grands faits qui la dépeignent assez bien, du moins sous le point de vue qui nous occupe. Le premier est le Sacre de Charles X, à Hheims. En cette circonstance, la Liturgie fut encore l'expression de la société. On ne se servit point du Pontifical Romain dans la cérémonie, comme on avait fait au Sacre de Napoléon ; mais bien du Cérémonial usité de temps immémorial dans l'Eglise de Rheims, et dont les formules remontent probablement à l'époque de la seconde race de nos Rois. Or, ce fut ce vénérable monument, dont la teneur fut discutée en Conseil des Ministres, et dont les formules furent trouvées incompatibles avec nos mœurs ^constitutionnelles et gallicanes. On le vit donc bientôt sortir des presses de l'Imprimerie Royale, portant, en dix endroits, la trace des plus violentes mutilations. Nous donnerons ailleurs le détail de cette opération libérale ; mais tout d'abord une réflexion se présente à notre esprit, et nous ne pouvons nous empêcher de la produire ; c'est que si la cérémonie du Couronnement d'un Roi est devenue , de nos temps , si difficile à concilier avec la forme qu'on lui donna lors de smi inslitiilion, il eiît été mieux, ce semble, de s'abstenir de la lenouveler. Il avait éié également convenu, en Conseil des Ministres, que le Roi
6d4 institutions
ne toucherait pas les écrouelles ; tant on cherchait à décliner toute la portée d'un acte qu'on croyait pourtant devoir offrir en spectacle à l'Europe ! Il advint néanmoins qu'à Rheiras même , celte détermination fut changée. S'il était de notre sujet d'entrer ici dans les détails , nous dirions des choses étranges. Quoi qu'il en soit , le pieux Roi toucha les écrouelles; car sa foi était digne d'un siècle meilleur, et si la couronne posée sur son front, après tant de discussions politico-liturgiques , n'y put tenir long-temps , il a été du moins au pouvoir de Dieu de la remplacer par une autre plus solide et plus inattaquable.
Une autre pompe de la même époque qui montra le grand besoin qu'on avait alors de fortifier, même dans les choses de pur extérieur, les traditions liturgiques de tous les temps, fut la Translation des Reliques de saint Vincent de Paul. Sans doute, celte cérémonie dans son objet essentiel dut être et fut, en effet, un sujet de consolation pour l'Eglise, et de triomphe pour les fidèles ; mais si le procès-verbal détaillé de la Fonction parvient à la postérité, et que la postérité veuille juger de cette Translation d'après les règles observées dans toutes les autres, elle en conclura que nos mœurs, à cette époque, étaient grandement déchues de cette solennité qui se trouve à l'aise dans les formes liturgiques. Le dix-septième elle dix-huitième siècle lui-même, eussent mieux fait, et tout dégénérés qu'ils étaient, ils eussent jeté des chappes et des tuniques sur les épaules de ces six cents Clercs qu'on vit circuler en rangs raille fois brisés , couverts de surplis étriqués et plissés , avec l'accompagnement d'un bonnet pointu ; ils eussent revêtu pontificalement ces dix-sept Archevêques et Evêques qu'on vil marcher à la suite des Chanoines, en simple rocliet, mozette, et croix pectorale, au rang des Dignités du Chapitre de Notre-Dame ; mais surtout ils n'eussent
pas laissé à des ouvriers affublés d'aubes, le soin exclusif de porter la châsse du Saint. On eût préparé pour cela des Diacres couverts des plus riches dalmaliqucs, des Prêtres ornés de chasubles somptueuses, enfin les Evéques, mitre en tète, auraient à leur tour partagé le fardeau, suivant l'ancien terme des récits de Translation , succollantibus Episcopis. Ainsi s'accomplissaient autrefois les Fonctions liturgiques ; ainsi les reverrons-nous encore, dans l'avenir, étonner les peuples par la majesté et la pompe qui caractérisent en tout l'Eglise Catholique. Elle doit tenir à cœur de mériter les reproches de ses ennemis les Rationalistes, qui croient la déshonorer en l'appelant la Religion de la Forme, comme si le premier de ses dogmes n'était pas de croire en Dieu créateur des choses visibles aussi bien que des invisibles, et dont le Fils unique s'est fait chair et a habité parmi nous.
L'époque de la Restauration , à la différence de celle de l'Empire , fut remarquable par le grand nombre d'opérations liturgiques qui la signalèrent. De nombreux Bréviaires, Missels et Rituels , furent réimprimés, corrigés, refondus, créés même de nouveau. On ne peut nier que des travaux dans ce genre ne fussent assez à propos à cette époque de paix et de prospérité universelle. C'était le moment de venir enfin au secours des Diocèses fatigués de l'anarchie liturgique et de la bigarrure que présentait la plus grande partie d'entre eux. Que s'il faut maintenant faire connaître ce que nous pensons de cette nouvelle crise, nous dirons, avec tous les égards dus à des contemporains , qu'elle nous semble n'avoir fait autre chose qu'accroître la confusion déjà existante ; tout en nous réservant d'ajouter qu'au milieu de cette confusion même, les indices d'un lelour prochain à de meilleures théories se manifestent de toutes parts.
Comment , en effet , au dix-neuvième siècle , eût-il été
possible de réussir dans une réforme liturgique , quand il est évident pour tout le monde que la science liturgique a totalement cessé parmi nous? S'il en est autrement, qu'on nous cite les ouvrages publiés en ce siècle qui attestent le contraire ; qu'on rende raison de tant de règles violées , de tant de traditions anéanties, de tant de nouveautés inouïes mises à l'ordre du jour. Certes, les voies de fait commises, sous le prétexte de restaurations et d'embellissemeuls, contre les monuments de l'architecture catholique , donnent assez l'idée des ruines d'un autre genre que l'on a su accumuler. Jusqu'en 1790, les débris du passé empreints dans les institutions, les corps ecclésiastiques, conservateurs de leur nature, la Liturgie Romaine célébrée encore dans un grand nombre de Monastères et autres lieux exempts; l'éducation d'alors plus empreinte de formes extérieuies que celle d'aujourd'hui, tout cela contribuait à amortir la chute des anciennes mœurs liturgiques. De nos jours, au contraire, où l'Eglise avait perdu la plus grande partie de ses moyens extérieurs; où le loisir manquait pour lire les saints Pères; où le Droit Canonique n'était plus enseigné que par lambeaux dans des cours rapides de Théologie Morale; qui songeait à sauver les traditions liturgiques déjà si amoindries, et faussées, comme on l'a vu, sur tant de points?
De là sont venus (et nous éviterons constamment de nommer des personnes vivantes) , de là sont venus , disons-nous , ces changements de Bréviaire qui se sont répétés jusqu'à deux et trois fois en vingt ans pour un môme Diocèse ; de là ces usages vénérables maintenus par une administration, supprimés par celle qui la suivit, rétablis avec modification par une troisième; de là ces cérémonies transportées sans discernement d'un Diocèse dans l'autre , sans nul souci delà dignité respective des Eglises, qui s'oppose à de pareils
emprunts; de là ces réimpressions de Bréviaires en contradiclioD avec le Missel , de Missels en contradiction avec le Bréviaire; de livres de Chœur sans harmonie entre eux ; de là ces Rubriques inouïes , ces Fêles sans antécédents , ces plans généraux de Bréviaires qui ne ressemblent à rien de ce qu'on a vu , même au dix-huitième siècle , et dans lesquels on a si largement appliqué le système de la diminution du Service de Dieu; de là l'interruption presque universelle de l'Office Canonial dans les Cathédrales , et il en est où la bonne volonté ne suffirait pas, attendu que les livres de Chœur ne sont encore ni rédigés, ni imprimés; de là, en plusieurs endroits, la suppression de fait ou de droit, quelquefois l'une et l'autre , de cérémonies historiques et populaires, de rites et bénédictions inscrits pourtant au Rituel Diocésain; de là, tant de milliers de tableaux et d'images des Saints commandés et chèrement payés, sans qu'on prenne soin d'y faire représenter ces Amis de Dieu et du peuple Chrétien , avec les attributs, les couleurs et autres accessoires qui les caractérisent expressément. Nous ne pousserons pas plus loin, mais certainement nous ne disons rien ici que nous n'ayons entendu mille fois de la bouche des Curés les plus vertueux et les plus éclairés; nous dirons mieux, de la bouche même de plusieurs de nos premiers Pasteurs. Tous, il est vrai, attendaient de meilleurs temps, et nous avons bien aussi cette confiance.
Ajoutons encore un mot pour signaler tout le malaise de notre situation liturgique. Qui n'a entendu parler des vexations dont la France entière a été le théâtre depuis dix ans , quand le nouveau Gouvernement exigea l'addition expresse du nom du Roi à la prière Domine, salvum? IN'avons-nous pas alors porté la peine d'une trop grande complaisance à l'égard des Souverains? Sans rappeler l'insertion
possible de réussir dans une réforme liturgique , quand il est évident pour tout le monde que la science liturgique a totalement cessé parmi nous? S'il en est autrement, qu'on nous cite les ouvrages publiés en ce siècle qui attestent le contraire ; qu'on rende raison de tant de règles violées , de tant de traditions anéanties , de tant de nouveautés inouïes mises à l'ordre du jour. Certes, les voies de fait commises, sous le prétexte de restaurations et d'embellissements, contre les monuments de l'architecture catholique , donnent assez ridée des ruines d'un autre genre que l'on a su accumuler. Jusqu'en 4790, les débris du passé empreints dans les institutions, les corps ecclésiastiques, conservateurs de leur nature, la Liturgie Romaine célébrée encore dans un grand nombre de Monastères et autres lieux exempts; l'éducation d'alors plus empreinte de formes extérieuies que celle d'aujourd'hui, tout cela contribuait à amortir la chute des anciennes mœurs liturgiques. De nos jours, au contraire, où l'Eglise avait perdu la plus grande partie de ses moyens extérieurs; où le loisir manquait pour lire les saints Pères; où le Droit Canonique n'était plus enseigné que par lambeaux dans des cours rapides de Théologie Morale; qui songeait à sauver les traditions liturgiques déjà si amoindries, et faussées, comme on l'a vu, sur tant de points?
De là sont venus (et nous éviterons constamment de nommer des personnes vivantes) , de là sont venus , disons-nous, ces changements de Bréviaire qui se sont répétés jusqu'à deux et trois fois en vingt ans pour un même Diocèse ; de là ces usages vénérables maintenus par une administration, supprimés par celle qui la suivit, rétablis avec modification par une troisième ; de là ces cérémonies transportées sans discernement d'un Diocèse dans l'autre , sans nul souci de la dignité respective des Eglises, qui s'oppose à de pareils
LITimCIQUES. 667
emprunts; de là ces réimpressions de Bréviaires en contradiction avec le Missel , de Missels en contradiction avec le Bréviaire; de livres de Chœur sans harmonie entre eux; de là ces Rubriques inouïes , ces Fêtes sans antécédents , ces plans généraux de Bréviaires qui ne ressemblent à rien de ce qu'on a vu , même au dix-huitième siècle , et dans lesquels on a si largement appliqué le système de la diminution du Service de Dieu; de là l'interruption presque universelle de l'Office Canonial dans les Cathédrales , et il en est où la bonne volonté ne suffirait pas, attendu que les livres de Chœur ne sont encore ni rédigés, ni imprimés; de là, en plusieurs endroits, la suppression de fait ou de droit, quelquefois l'une et l'autre , de cérémonies historiques et populaires, de rites et bénédictions inscrits pourtant au Rituel Diocésain; de là, tant de milliers de tableaux et d'images des Saints commandés et chèrement payés, sans qu'on prenne soin d'y faire représenter ces Amis de Dieu et du peuple Chrétien , avec les attributs, les couleurs et autres accessoires qui les caractérisent expressément. Nous ne pousserons pas plus loin , mais certainement nous ne disons rien ici que nous n'ayons entendu mille fois de la bouche des Curés les plus vertueux et les plus éclairés; nous dirons mieux, de la bouche même de plusieurs de nos premiers Pasteurs. Tous, il est vrai, attendaient de meilleurs temps, et nous avons bien aussi cette confiance.
Ajoutons encore un mot pour signaler tout le malaise de notre situation liturgique. Qui n'a entendu parler des vexations dont la France entière a été le théâtre depuis dix ans , quand le nouveau Gouvernement exigea l'addition expresse du nom du Roi à la prière Domine, salvum? N'avons-nous pas alors porté la peine d'une trop grande complaisance à l'égard des Souverains? Sans rappeler l'insertion
irrégulière du nom du Roi au Canon de la Messe, entreprise qu'on peut regarder comme prescrite aujourd'liui, quelle n'eût pas été notre indépendance à l'égard des Circulaires Ministérielles, si nous eussions accepté dans son temps la sage Constitution de Benoît XIV, du 23 mars 1753, qui défend aux Supérieurs Ecclésiastiques d'accéder aux volontés des Princes qui leur enjoignent de faire célébrer des prières publiques? Pourquoi, dans certains Diocèses, en est-on Tenu jusqu'à prescrire à toutes les Messes chantées des Dimanches et Fêtes, l'usage d'une Oraison solennelle , pro Rege, laquelle Oraison se retrouve encore comme une partie obligée des prières qui se font au Salut du Saint Sacrement, tandis qu'il est inouï dans ces mêmes Diocèses que les Rubriques prescrivent jamais une Oraison pour le Pape ? Enfin, s'il arrivait, ce que nous ne souhaitons pas, que le Gouvernement de notre pays vînt à tourner totalement à la démocratie, quelle Messe chanterait-on dans certains Diocèses, le XXII" Dimanche après la Pentecôte (1)?
Il est vrai que ces entraves imposées à la Hberté de l'Eglise ont été fabriquées dans d'autres temps. Notre tort , si nous en avons un, est simplement de n'avoir pas secoué assez tôt un joug que les dix-septième et et dix-huitième siècles nous ont légué : il faut même reconnaître que toutes les fautes que nous avons pu faire en noire époque ont été comme nécessaires. Nos pères nous ont laissé, avec leurs préjugés, la succession de leurs œuvres, et si la Liturgie est aujourd'hui une science à créer de nouveau ; c'est qu'elle est tombée sous les coups de nos devanciers. Tout le mal de notre situation vient donc d'eux ; le bien qui reste à raconter est de nous seuls.
(l) Voyez les Missels de Lyon, de Bourges, du Maas, de Poitiers, etc.
Mais avant de tracer le tableau , si incomplet qu'il soit, de la régénération liturgiiiuc, nous manquerions à la fidélité do riiisloiricn , si nous no signalions pas ici les entreprises dirigées de nos jours, dans plusieurs Diocèses, contre la Liturgie Romaine. Les remarques que nous avons faites jusqu'ici portent sur les Diocèses qui, à l'ouverture du siècle présent, se trouvaient déjà nantis d'un nouveau Bréviaire : car nous laissons toujours de côté la question de droit, et nous ne jugeons les innovations que d'après les principes généraux de la Liturgie. Il en est tout autrement de l'expulsion violente du Bréviaire et du Missel Romains; attentat qui a eu lieu plusieurs fois depuis 1813, dans des Diocèses où celle Liturgie avait survécu à tous nos désastres, à toutes nos erreurs. Nous ne craignons pas de nous faire ici le champion de la Liturgie Romaine, et nous demanderons volontiers, comme les Evêques de Saint-Malo et de Saint-Pol-de-Léon à l'Archevêque de Tours, en 1780 ^ quelle peut être l'utilité de rompre, de nosjours, un lien si sacré avec la Mère des Eglises? Telle était aussi la manière de penser du plus saint Prélat de notre temps , Charles-François Daviau du Bois de Sanzay, Archevêque de Bordeaux, qui maintint avec tant de zèle dans son Diocèse la Liturgie Romaine , en même temps qu'il donnait, en 1826, comme en 1811, de si glorieux témoignages de son attachement aux prérogatives du Siège Apostolique. Un bruit se répandit dans ces derniers temps, que l'Eglise de Bordeaux était menacée de voir les Livres de saint Grégoire remplacés par ceux de Vigier et Mcsenguy ; mais celte nouvelle, sans doute, n'était qu'une fausse alarme.
Malheureusement, il n'en a pas été ainsi en tous lieux. Il n'est que trop certain que plusieurs autres Diocèses ont franchi le pas. Il en est môme où on est allé jusqu'à défendre l'usage desLivijî Uomains, et nous pourrions même citer un
Diocèse où l'Evêque, pour ne pas fulminer celte défeftséi a eu à lutter contre ses conseillers. Il est vrai que depuis, dans ce même Diocèse, de graves casuistes ont décidé que la récitation du Bréviaire Romain n'était dès-lors qu'un péché vÉ?(iEL ! Et qu'on ne croie pas qu'il s'agisse ici de quelqu'un de ces Diocèses où l'on est en possession d'une Liturgie vieille au moins de cinquante années ; non ; dans le Diocèse dont nous parlons , les Livres Romains sont encore à peu près les seuls qu'on trouve dans les Sacristies et sur les pupitres du Chœur.
Que dirons-nous de la Bretagne? Cette belle et catholique Province, toute Romaine encore jusqu'en 1770, a vu s'effacer par degrés cette couleur qui annonçait si expressivement sa qualité de pays d'Obédience; mais du moins en 1790, et long-temps encore depuis, les Diocèses de Nantes, de Rennes, de Vannes et de Saint-Brieuc, avaient conservé l'extérieur de la Liturgie Romaine. Le Clergé récitait ses Heures suivant Jacob, Vigier et Mesenguy; mais le peuple était demeuré en possession de ses chants séculaires dans les Eglises Paroissiales. Depuis , on a imprimé à grands frais d'autres livres; les anciennes mélodies, l'ancien Calendrier, ont disparu pour faire place, ici au Parisien, là au Poitevin ; mais si, dans quelques portions plus civilisées de la Bretagne, ces changements ont été accueillis avec quelque indifférence , il n'en a pas été de même dans les Diocèses peuplés par cette race énergique et forte de croyances qu'on appelle du nom de Bas-Bretons. L'œuvre nouvelle jusqu'ici ne les tente pas, et quand ils y seront faits, on pourra dire que l'indifférence religieuse les aura gagnés aussi : car on ne s'imagine pas , sans doute , que ces braves gens deviendront capables d'apprendre par cœur les nouveaux chnnls, par cela seul qu'on les aura forcés d'oublier les anciens. Ils oublieront en même
temps le chemin de l'Eglise où rien ne les intéressera plus. Nous le disons avec franchise , la destruction de la Liturgie Romaine en Basse-Bretagne , combinée avec la proscription de la langue jusqu'ici parlée dans cette contrée, amènera pour résultat de faire de ce peuple grossier le pire de tous. Si vous lui ôlez la langue de ses pères, si vous le lancez, tout sauvage qu'il est , dans nos mœurs corrompues , et que vous ne le reteniez pas enchaîné à son passé au moyen des pompes et des chants religieux, vous verrez, au bout de trente ans, ce que vous aurez gagné aux nouvelles théories. En attendant, l'esprit Catholique de ces populations simples se débat contre les entraves qu'on lui impose. On rencontre sur les routes des familles entières qui, après avoir vu célébrer dans leur paroisse les funérailles d'une personne chère, avec des chants jusqu'alors inconnus pour elles, s'en vont à trois et quatre lieues faire chanter, dans quelque autre paroisse dont les Livres Romains n'ont pas encore été mis au pilon, une Messe de Requiem; ils veulent entendre encore une fois ces sublimes Introït, Offertoire et Communion, qui sont demeurés si profondément empreints dans leur mémoire, comme l'expression à la fois tendre et sombre de leur douleur. Aux fêtes de la Sainte Vierge, après avoir écoulé patiemment chanter les Psaumes sur des tons étrangers, quand vient le moment où devrait retentir l'Hymne des marins , VAve maris stella, merveilleux Cantique sans lequel l'Eglise Romaine ne saurait célébrer les solennitésde la Mère de Dieu, et que le chantre vient àenlonner ces Hymnes noit velles dont pas une syllabe jusqu'ici n'avait frappé l'oreille de cepeuple,vousverriez dans toute l'assislanceledéplaisir peint sur les visages; vous entendriez les hommes et jusqu'aux enfants trépigner d'impatience, et bientôt, après l'Office, se répandre en plaintes amères de ce qu'on ne veut plus chanter
&]à INSTITUTIONS
pas irréprochable eu tout, il est des points aussi sur lesquels elle se montre irréfutable ; outre qu'il est souverainement déplorable d'y avoir fourni un semblable prétexte. Au reste , la révolution liturgique n'est pas encore totalement consommée à Quimper. Le Missel qui devait compléter le nouveau Bréviaire n'est pas imprimé ; les Offices publics se célèbrent encore au Romain : Dieu soit en aide au nouvel Evéque de celte Eglise affligée , et lui donne de consoler les ruines du Sanctuaire!
Kous croyons devoir, en achevant celte pénible partie de notre récit, ajouter quelques mots sur ce Breviarium Corisopitense, dont tout le monde sait, dans le Diocèse de Quimper, que la publication fut extorquée au vénérable Evêque octogénaire qui gouvernait encore cette Eglise en 1840. Nous ne citerons que deux traits pris au hasard dans ce livre. On trouve, en tèie de la partie du Printemps, une notice des Hymnographes qui ont été mis à contribution pour tout le Bréviaire. Or, voici une de ces notices :
N. T. Le Tourneux ( Nicolaus ) Presbijter Rothomagensis, Brei'iario Cluniacensi operam dédit , mullosque lihros de theologia et pietate vulgavit, quorum alii damnati sunt , alii caute legendi. Obiit Parisiis anno 1686.
C'est maintenant au compilateur du nouveau Bréviaire de Quimper de nous expliquer les raisons de sa sympa'hie pour Nicolas Le Tourneux , et de nous dire aussi quelle idée il se forme du Clergé de Quimper, pour s'en venir lui étaler d'une façon si crue les mérites de son étrange Hymnographe. S'est-il proposé de donner à entendre que, pour remplacer saint Âuibroise et saint Grégoire dans les nouveaux Bréviaires , il n'est pas nécessaire qu'uu poète latin soit Catholique? Jamais encore un si naïf aveu n'était échappé aux modernes Uturgistes. Ceux du dix-huitième
siècle avaient du moins cela de particulier qu'ils cachaient soigneusement l'origine impure de certaines pièces modernes.
Mais voici quelque chose qui a bien aussi son prix. En la partie d'Eté, on trouve un Ofïice sous ce titre : OFFicimi pro
ANNIVERSARIA COMJIEMORATIONE ORDINATIONIS. SemidupleX.
Ce titre est suivi d'une Rubrique qui porte que cet Office se récitera au premier jour non empêché, après la Fête de la Sainte-Trinité, et qu'on y fera Mémoire d'un Simple occurrent. Ainsi, depuis l'origine de l'Eglise jusqu'aujourd'hui, les Evêques, le Souverain Pontife lui-même, en l'Anniversaire de leur Consécration , s'étaient contentés de célébrer une Messe en mémoire de celle solennité personnelle , ou encore d'ajouter simplement une seule Oraison à la Messe du jour, dans le cas où le degré de la Fêle occurrente n'en eût pas permis davantage ; mais jamais ils n'auraient osé interrompre l'Office public de l'Eglise pour y insérer la célébration particulière d'un fait personnel; et voilà qu'à l'extrémité de la Bretagne, tous les Prêtres sont appelés, bien plus sont obligés à faire ce que n'ont jamais fait ni les Evêques des plus grands Sièges, ni le Pape lui-même. Les voilà qui s'isolent de l'Eglise avec laquelle on prie, même dans l'Office férial, pour se célébrer eux-mêmes tout vivants ; à moins qu'on ne suppose, ce qui est tout aussi ridicule, que l'Eglise est censée faire avec eux la fête de leur ordination. Un Saint du degré simple, et dans le nouveau Calendrier on en a fait un grand nombre aux dépens des Doubles du Romain, un Saint de ce degré, disons-nous, est désormais condarané à n'avoir qu'une Commémoration dans jet étrange Clïîce, où le récitant se célèbre lui-même ; comme aussi, si ielenderaain est une fête double , le récitant fera commémoration de seipso aux secondes Vêpres, dans les premières du Saint; car enfin il faut
pourtant convenir qu'on a encore assez de modestie pour ne se pas déclarer semi-double privilégié.
Nos optimistes conviendront-ils pourtant de l'esprit presbytérien qui anime plus ou moins ces faiseurs? Et ces derniers où s'arrêteront-ils, si on les laisse faire? Car ils ne se sont pas contentés de fabriquer ainsi un Office pour l'Ordination des Prêtres du Diocèse, ils ont osé l'adapter par des leçons particulières aux Diacres et même aux Sous-Diacres ; rien n'a été oublié, si ce n'est I'Evéque. Pour lui, il devra se contenter de réciter l'Office de l'Eglise, au jour de sa Consécration, comme font au reste tous les autres Evêquesdu monde : le privilège d'interrompre la Liturgie universelle pour le fait d*un individu qui n'est même pas assuré d'uneplace dans le cielaprès avoir paru ainsi chaque année dans le Calendrier, ce privilège n'a point été étendu aux Evêques. Certes, nous ne voudrions point d'autre preuve decet espritde Presbytérianisme qui fermente sourdement, que l'indifférence avec laquelle une si incroyable nouveauté a été accueillie. Plusieurs causes déjà anciennes ont contribué à nourrir et à fortifier cet esprit; mais, assurément, comme nous l'avons dit ailleurs, l'influence des rédacteurs des nouvelles Liturgies depuis cent cinquante ans, tous exclusivement choisis dans les rangs du second ordre, quand ils n'étaient pas laïques, a grandement servi à le fomenter dans le Clergé. Toutefois , pour rendre possible un aussi monstrueux abus de l'Office divin que l'est celui que nous signalons, il fallait plus que les prétentions presbytériennes ; il a fallu dans plusieurs l'extinction totale des plus simples notions de la Liturgie.
Mais la divine Providence fera sortir le bien de l'excès même du mal ; et le retour à de meilleures traditions viendra par le dégoût et la lassitude qu'inspireront de plus en plus ces œuvres individuelles. Déjà, on ne peut le nier,
un senlîment général du malaise de la silualien liturgique règne dans les rangs du Clergé. L'allenlion commence à se porter de ce côté, et il est difficile de croire que, long-temps encore, on consente à demeurer si redevable au dix-huitième siècle, l-os variations continuelles , le désaccord des livres liturgiques entre eux , le retour aux études traditionnelles, l'inipuissanrede fonder une science sur des données si incoljérentes , la difficulté de satisfaire aux questions des fidèles; toutes ces choses préparent une crise. Déjà l'innovation n'est plus défendue qu'à traveis de maladroites et inévitables concessions. Si on excepte les personnes , en petit nombre, qui ont fabriqué de leurs mains les Bréviaires de Qiiimper et autres lieux , il n'est pas un homme aujourd'hui parmi les amateurs du genre français en Liturgie, qui ne soit en voie de reculer sur plusieurs points ; encore nos récents faiseurs sont-ils loin de s'entendre entre eux et d'offrir un centre de résistance. Rien ne se ressemble moins pour les principes généraux de rédaction , et pour l'exécution elle-même , que les Bréviaires Français du dix-neuvième siècle. Kes auteurs de ces Bréviaires daigneront donc nous pardonner, si nous épi ou vous de la difficulté à goûter leurs œuvres, tant en générai qu'en particulier. Au reste, nous ferons connaître en détail ces œuvres, et nous laisserons nos lecteurs libres de prononcer.
Outre ce malaise généralement senti, il est une aulre cause du peu d'enthousiasme qu'inspire au Clergé d'aujourd'hui l'avantage de ne plus réciter l'Oifice dans un Bréviaire universel, de ne plus célébrer la Messe dans un Missel qui soit pour tous les lieux. C'est le besoin universellement l'econnii d'être en harmonie avec l'Egiise Humaine, besoin qui augmente sans cesse , et devant lequel s'efface de jour en jour Soute la résistance de nos soi-disanlmaa;imes. Après tout, il
(S!7Sl ' INSTITUTIONS
est assez naturel que Ton trouve meilleur de tenir la Liturgie de saint Grégoire et de ses successeurs , plutôt que d'un Prêtre obscur et suspect du dixliuiiièrae siècle; tout le monde est capable de seniir que si la loi de la foi dérive de la loi de la prière, il faut pour cela que cette loi de la prière soit immuable , universelle , promulguée par une auluriié infaillible. En un mot , quand bien même les tendances Romaines dont l'Eglise de France se fait gloire aujourd'hui ne seraient pas le résultat naturel de la situation si particulière que lui a créée le Concordat de 1801, le simple bon sens suffisait à lui seul pour produire ces tendances.
D'autre part, la piété française s'affranchit de plus en plus des formes froides et absiraitei dont le dix-septième et le dix-huitième siècle l'avaient environnée. Elle est devenue, comme avant la Reforme , plus expansive, plus démonstrative. Elle croit davantage aux miracles, aux voies extraordinaires; elle n'exige plus autant quel'on gaze la vie des Saints et qu'on couvre cerlaics actes héroïques de leur vie comme d'un voile de pudeur. Le culte des Reliques prend un nouvel accroissement , et c'est aux acclamations des fidèles que Rome, fouillant encore ses entrailles, en relire ces corps des saints Martyrs qu'elle envoie de temps à autre remplir les trésors dévastés de nos Eglises. L'abord de cette Cité sainte n'est plus défendu à nos Evéques par de prétendues et dérisoires I-îèerfe* , et le nombre de Prêtres Français qui la visitent chaque année en pèlerins est de plus en plus considérable. De là ce goût renaissant pour les pompes de la Liturgie, ces importations d'usages Romains, cet affaiblissement des préjugés français contre les déraonsiraiioas religieuses des peuples méridionaux , qui sous ce rapport , ne sont, après tout, que ce qu'étaient nos pères dans les siècles de foi. Il fut un temps où un homme zélé pour les fonctions
LlTUlRGlQUES. 679
du service divin courait risque de s'entendre appliquer le sarcasme français : // aime à jouer à la Chapelle; aujourd'hui, on sem!)le commencer à comprendre que le zèle et la recherche dans raccomplissemcnt des actes liturgiques pourrait bien provenir de tout autre chose que de manie, de prétention, ou de faiblesse d'esprit. Mais produisons en détail quelques-uns des faits à l'aide desquels on est à mcoie de constater la révolution liturgique qui s'opère.
Nous trouvons d'abord, dès 1822, l'éclatante rétractation de plusieurs des principes des Anti-liturgistes, par la nouvelle édition du Bréviaire et du Missel de Paris. Qu'on lise la ïjCtlre Pastorale de l'Archevêque Hyacinthe-Louis de Quélen, en tête dudit Bréviaire , on y trouvera la preuve de ce que nous avançons.
1° La Fête du Sacré-Cœur de Jésus, que Christophe de Beaumont avait plutôt montrée à son Diocèse qu'instituée véritablement, s'y trouve établie de précepte, et placée au rang des Solennités.
2" La Fête de saint Pierre et de saint Paul, si elle ne recouvre pas encore le rang que lui assigne l'Eglise universelle, est rehaussée d'un degré, et cela dans le but expressément déclaré de donner un témoignage de dévouement au Siège Apostolique (1). Une Prose nouvelle est substituée, dans le Missel, à l'ancienne, dont l'unique intention semblait être d'égaler en toutes choses saint Paul à saint Pierre. La nouvellequia pour auteur un Prêtre moins distingué encore par la pureté de son talent que par son obéissance filiale au Pontife Romain (2) , expi ime avec élégance les prérogatives du
(1) Ut naagis aï magis pateat quam arctis nexibus Ecclesiarum om- .pium Matri ac îlagislrja devinciamur. Lettre Pastorale pour la nouvelle édition du Bréviaire Parisien, page Yll.
(2) M. l'Abbé de Salinis.
Siège Apostolique, et en particulier l'inerrance que la prière du Christ a obtenue à saint Pierre. Au Calendrier, la fête de saint Léon-le-Grand a été élevée du degré semi-double au rang des doubles mineurs, et la fête de saint Pie V apparaît pour la première fois dans un Bréviaire Français.
Les deux grands moyens dont les Anti-liturgistes s'étaient servis pour déprimer le culte des Saints, savoir la suppression de toutes leurs fêtes dans le Carême, et le privilège assuré au Dimanche dans toute l'année contre ces mêmes fêtes; ces deux stratagèmes de la secte sont jugés et désavoués : la Saint-Joseph est replacée au 19 mars, et désormais le Dimanche cédera, comme autrefois, ut olim , aux fêtes des Apôtres et aux autres doubles majeurs.
Outre cette mesure toute favorable au culte des Saints, on remarquait dans le Bréviaire de 1822 un zèle véritable pour cette partie de la religion Catholique. Ainsi, la fête de la Toussaint y a été relevée d'un degré ; plusieurs Saints ont été l'objet d'une mesure semblable, et quelques-uns même ont obtenu l'entrée du Calendrier qui leur avait été fermé jusqu'alors.
Les témoignages de la dévotion envers la Sainte Vierge se montraient aussi plus fréquents dans certaines additions au Propre de ses Olfices. On avait même, par un zèle qui n'était peut-être pas trop selon la science, inséré dans l'Oraison de la fête de la Conception , l'énoncé précis de la pieuse et universelle croyance au privilège insigne dont la Conception de Marie a été honorée. Mieux eûtvalu, sans doute, rétablir l'Octave decette grande Fête, ou rendre à laSainte Vierge le titre des Fêtes du 2 Février et du 25 Mars. Dans tous les cas , c'est au Siège Apostolique loul seul qu'appartenait de décider s'il était à propos de concéder à l'Eglise de Paris un
priNilège accordé jusqu'ici seulement à l'Ordre de sain
François et au Royaume d'Espagne, et que l'Eglise de Rome n'a pas encore jugé à propos de se conférer à elle-même.
C'est ainsi que les maximes qui avaient présidé à la rédaction du Bréviaire de Paris, sous les Archevêques de Harlay et de Vintimille, étaient reniées en 1822, par le successeur de ces deux Prélats (1). Le parti Janséniste s'en émut,
(1) La Compagnie de Saint-Sulpice eut la principale part à celte réforme telle quelle du Bréviaire de Paris, et on aime à la voir signaler dans cette occasion le zèle de religion que son pieux instituteur avait déposé dans son sein. Fidèle k sa mission, elle avait résisté a l'Archevêque de Harlay eu 1680 , et n'avait admis le trop fameux Bréviaire qu'après avoir épuisé tous les moyens de résistance que la nature de sa constitution lui pouvait permettre. Plus tard, en 1736, le Bréviaire de l'Archevêque Vintimille fut l'objet de ses répugnances , et elle ne dissimula pas l'éloignement qu'elle éprouvait pour une œuvre qui portait les traces trop visibles des doctrines et des intentions de la secte. Elle mettait alors en pratique le précieux conseil de Féuélon, dans une de ses lettres à M. Leschassier : La solide piété pour le Saint Sacrement et pour la Sainte Fierge, qui s'affaiblissent et qui se dessèchent tous les jours par la critique des novateurs, doivent être le véritable hé' ritage de votre Maison. (19 novembre 1703. ) Elle ne pouvait donc voir sans douleur, dans le nouveau Bréviaire, la fête du Saint-Sacrement abaissée à un degré inférieur à celui qu'elle occupait auparavant, et l'Office dans lequel saint Thomas traite du Mystère Eucharistique avec une onction et une doctrine digne des Anges, supprimé, sauf les Hymnes, et remplacé par un autre élaboré par des mains jansénistes. Elle ne pouvait considérer de sang-froid les perfides stratagèmes employés par Vigier et Mesenguy pour affaiblir et dessécher la piété envers Marie; entre autres, celte falsification honteuse de V/^ve maris Stella, k laquelle on porta remède, il est vrai, mais sans rendre k cette Hymne incomparable la place qui lui convient aux fêtes de la Sainte Vierge. Plus tard, les choses changèrent; Symon de Doncourt et Joubert s'apprivoisèrent au point de prêler leurs soins au perfectionnement de l'œuvre de Vigier et Mesenguy ; ils trouvèrent que tout était bien au Bréviaire pour le ( ul e du Siin'. Sacrement et de la Sainte Vierge : nous avons vu commeni, pour la plus grande gloire de saint Pierre, ils
améliorèrent une Oraison du Sacramentaire de saint Grégoire, et comment leur Mémoire obtiut, comme il élait juste, l'honneur de fi-
et quoique l'œuvre de Vigier et Mesenguy demeurât encore malheureusement en son enlier, à part ces corrections suggérées par un esprit bien différent , et qui s'y trouvaient implantées désormais comme une réclamation solennelle ; on vit néanmoins paraître une brochure de l'Abbé Tabaraud (1) , dans laquelle ce Vétéran du Sacerdoce protestait avec violence contre la plupart des améliorations que nous venons de signaler. Un Journal ecclésiastique du temps (2) présenta aussi ses réclamations, et la nouvelle Prose de saint Pierre fut plusieurs fois rappelée dans les feuilles libérales]^ comme un document irrécusable des progrès scandaleux de ruitramontanisme au XIX" siècle.
Peu de temps avant sa mort, l'Archevêque de Quélen prépara une édition du P»ituel de Paris. Celte publication fut encore l'occasion d'une nouvelle manifestation de la tendance générale vers un retour aux anciennes fonnes liturgiques. Dans ce nouveau Pdtuel, en effet, qui a paru depuis la mort du Prélat, on a rétabli les prières pour l'administration des Sacrements, dans la forme du P»ituel Romain, et fait disparaître les périodes plus ou moins sonores qui avaient été fabriquées au temps de i'Archevêqne de Juigné (3).
gurer avec éloges dans le= Nouvelles Ecclésiastiques. Ces aberrations , dont l'histoire de plusieurs Congrégations ne présente que trop de preuves, a l'époque oîi la secte Aoti-liturgi-tt! avait prévalu, ne teraieut plus possibles aujourd'hui, et nous ne les rappelons que pour faire ressortir davantag ; la portée de cetie réaction romaine que notre but est de constater dans le présent chapitre.
(1) Des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, précédés de quelques observations sur la nouvelle édition du Bréviaire de Paris , par un vétéran du Sacerdoce. Paris, 1823, in-S".
(2) Tablettes du Clergé. N" de juin 182'J.
(3) L'Jmi de la Religion. 21 mars 1840.— Nouî n'entendons, au reste, aucunement approuver plusieurs cboseâ ^ui se remarquent dans
L'exemple donné par l'Eglise de Paris devait naturellemenl avoir de rinflnence au loin, mais avant de poursuivre ce récit, Taisons une remarque importante sur la situation actuelle de la Liturgie en France. On se rappelle ce que nous avons dit au sujet de l'introduction du Bréviaire et du Missel deVintimille dans plusieurs Diocèses, aussitôt après leur apparition. Ces nouveaux livres y furent reçus avec enthousiasme, et tout d'abord on travailla à les réimprimer avec le Propre du Diocèse. Dès l'année 1745, l'Archevêque Vintimille donna une nouvelle édition de son Bréviaire , dans laquelle il fit plusieurs changements qui , sans èire très notables, exigèrent le remaniement d'une centaine de pages et plus. Il eût été incommode aux Diocèses qui, les premiers, avaienladoplé le nouveau Parisien, de se soumettre à cette réforme qui, en droit, ne les obligeait à rien. Ce fut donc déjà le principe d'une divergence, non seulement avec l'Eglise de Paris dont on avait voulu se riipprocher, en adoptant son Bréviaire , mais aussi avec les autres Diocèses qui se vouèrent au Pa-
ce Rituel , et sur lesquelles nous aurons occasion de cous expliquer daas la suite de cet ouvrage. JNous disons la {uôine chose du Bréviaire Parisien de 1802 : cêriainemenl les leiidaiices romaiuis que nous avons relevées tout de celle édition le monuiiitni préci.-ux d'une réaction salutaire ; mais il est dans l'onscmble de cette réforme beaucoup de choses qui nous paraissent reprchensibles, tant du côté du goût que sous le point Jevue des conveuances liiurgiques.EQa'leiidmirexainen quenous aurons lieu d'en fiire, nous féliclerous du moins ici lesauleurs de celle correclion paris'eune d'avoir, entre aulresservioes rendus à la piéîé des fidèles , débarrassé les Compiies du temps d:^ INoël de celte Antienne dé.-olanie , au moyen de laquelle Vicier et Mesenguy cherchèrent a arrêter l'élan des cœurs chrétifins vers l'amour du divin Enfant, à l'heure môme oii le fidèle , prêt, a se livrer au sommnl, à plus besoin de nourrir sa confiance. Depuis *822 , PEg'i^^e de Paris ne chanle plus a l'Ofiice du Soir ces terribles paroles : In judicium in hune mundum vent; ut qui non vident videant, et qui vident cœci fiant.
risien postérieurement à 1743. Ces derniers, à leur tour, s'ils s'étaient rangés sous la Liturgie de Vigier et Mesenguy antérieurement à 1778, se trouvèrent bientôt en désaccord, sur des points assez légers , il est vrai, avec TE^Mise de Paris, qui, en cette année , sous Christophe de Beaumont , fit encore quelques améliorations à sa Liturgie. Enfin, les Diocèses qui adoptèrent le Parisien, de 1778 à 1790, et de 1801 à 1822, sont parla même en contradiction plus ou moins notable avec les Eglises qui suivent la première édition de 1736,et avec celles qui se servent des livres de 1743, mais bien davantage encore avec l'Eglise de Paris depuis la correction de 18-22. Cette dernière correction a été si considérable, qu'on formerait, en réunissant les diverses additions et changements, un volume fort raisonnable. C'est le Parisien de cette dernière réforme qu'ont choisi les Diocèses qui , postérieurement à 1822, ont jugé à propos de renoncer à leurs anciens usages, pour venir s'enrôler bénévolement sous les lois de Vigier et Mesenguy. Nous pourrions même citer un Diocèse qui, dans ces vingt dernières années, a adopté de si bon cœur le Parisien de 1822, qu'il ne s'est pas fait grâce même du Calendrier , jusque là que , sans Bulle ni Bref, il a pris la Fête de la B, Marie de l'Incarnation. Douze ansaprès, on s'est aperçu de la très grave irrégularité avec laquelle on s'était arrogé ainsi, sans aucune formalité, le droit de canoniser cette Bienheureuse Servante de Dieu , et dès lors, il est juste de le dire , on a cessé de marquer son Oflice dans VOrdo du Diocèse, la laissant ainsi sans utilité dans le Bréviaire. Tel est donc, dans les Diocèses même qui suivent le Parisien, l'étal dans lequel se trouve l'œuvre de 1736; encore faut-il tenir compte des changements, modifî'.alions, amélioraiions dont ce Biéviaire a été l'objet de la part des correcteurs paiHiculiers des Diocèses où il s'est établi depuis
celte époque. On peut donc dire, et nous le montrerons en détail dans cet ouvrage, que le Bréviaire de Vinliniille a plus subi de changements et de remaniements en un siècle, que le Bréviaire Romain lui-même depuis saint Pie V : car les additions d'Offices faites à ce Bréviaire ne constituent pas de véritables changements ; et nous ne comptons pas non plus ces additions entre les variations du Bréviaire Parisien. Mais reprenons notre récit.
L'exemple donné par l'Eglise de Paris, en 1822, étendit son influence au dehors, La fètedu Sacré-Cœur de Jésus s'établit enfin dans les Diocèses qui jusqu'alors avaient tardé à fournir ce témoignage de leur éloîgnement pour les tendances Jansénistes. On a même vu dans ces dernières années plusieurs Eglises, Rennes et Nantes, par exemple, reprendre l'Office du saint Rosaire; ce que l'Archevêque de Quélen lui-même n'avait pas fait. Certains Diocèses, Versailles, Nantes, etc., ont établi une fête collective en l'honneur de tous les saints Papes. Il serait mieux sans doute de les fêter en particulier avec l'Eglise Romaine ; mais c'est déjà une démarche significative que de consacrer d'une manière quelconque la mémoire de ces saints Pontifes qu'on expulsait du Calendrier, en si grand nombre, au dix-huitième siècle.
Déjà, dans plusieurs Diocèses, lesEvêques ont manifesté hautement le désir de rétablir les Usages Romains , autant que les difficultés matérielles pourraient le permettre. Nous avons entendu de nos oreilles, nous avons lu de nos yeux cette assurance ferme et positive. En attendant, plusieurs Evêques ont donné ordre d'emprunter à la Liturgie Romaine toutes les parties qui manquent dans les livres Diocésains. Au Puy, l'illustre Evêque, depuis Cardinal de Ronald, î-près avoir exprimé le regret de ne pouvoir changer le Bréviaire et le Missel que le dix-huitième siècle imposa à ce Diocèse,
a donné en 1850 un excellent Cérémonial puisé en grande partie aux sources Romaines les plus pures et les plus autorisées, et remarquable par la précision, la clarté et l'abondance des règles qu'il renferme.
Nous devons sans doute compter parmi les indices les plus signiScaiifs d'un retour vers les Usages Romains, le Monitum placé à la fin du Missel de Lyon de 1825, page CXCIV. Dans la réimpression du Missel de l'Archevêque Montazet, on était déjà parvenu à la page 350, lorsqu'il vint eu idée à l'Administrateur Apostolique de l'Eglise de Lyon, qu'il serait plus conforme à l'ancien usage Lyonnais, à l'usage Romain et même à celui de tous les lieux (1) , de rétablir, en tête des Evangiles de la Messe, la préface In illo tempore, et en tête des Epîtres, les mots Fratres, ou Çarissimi, ou In diebus iliis, ou Hœc dicit Dominus , que les Jansénistes avaient fait disparaître comme l'impur alliage de la parole de l'Eglise avec la parole de la Bible. En conséquence, il fut ordonné qu'à partir de ladite page 350, on imprimerait désormais le mot d'introduction convenable et usité autrefois, eu tète des Epîtres et des Evangiles, et une Rubrique fut créée au moyen de laquelle les Prêtres pourraient, tant bien que mal, intercaller ce mot dans les endroits où il manquerait. On ne jugea pas à propos de réimprimer les 550 pages, pour ne pas rendre inutiles le temps, la dépense et le travail (2). Certes, de pareilles humiliations, subies devant tout un public, sont un
(1) Sed tune D. D. de Pins, Administrator Apo'^tolicus, antiquae Lugduiit-nfis Liiurgise proie tor tt defensor, sviperveniens, banc receuiem Liluri^iam cum no.-lro anliquo usu, cum Romano, etalio quocnmque ubique diff.iso, in ea re conciliavit , etc. Missale Lugdiinense. 182a Jd Calcem. pag. CXCIF.
(2) Sed ia posteriori baram 330 pagiiîarum, tempu?, iiupensa et opéra periissent, Ibiû, page CXCV.
bien rigoureux châlimont de la prétention de se donner un nouveau Missel. Espérons qu'une autre édition du Missel Lyonnais avancera plus encore l'œuvre du rétablissement des traditions antiques, dans l'auguste Primatiale des Gaules, et que ce livre se verra purgé un jour des innombrables nouveautés qui l'encombrent et l'ont réduit à n'être plus , pour ainsi dire, qu'un livre du dix-huitième siècle. Mais il est un fait plus éclatant encore et qui vient de s'accomplir sous nos yeux. IN'avons-nous pas vu l'Archevêque de Qiiélen ( et son exemple a été suivi par un nombre déjà considérable de ses collègues dans l'épiscopat ) , n'avons-nous pas vu ce Prélat demander au Saint-Siège la permission d'ajouter à la Prélace de Beata, dans la Fêle de la Conception de la Sainte Vierge, le mot immaculata . et aux Litanies de Lorette, ceux-ci î Regina sine labe concerta? Dix-huit ans auparavant, le même Prélat avait cru pouvoir, de son autorité, insérer la doctrine expresse de l'immaculée Conception dans rOraison de cette fête ; il avait donné une Préface nouvelle tonte entière dans son Missel, pour la Messe du Sacré-Cœur; il avait inséré dans son Bréviaire, non une simple invocation, mais des Lilùnies entières , improuvées par le Saint-Siège, savoir celles du saint Nom de Jésus ; et voilà qu'en 1859, sa piété l'engage à se poser en instances auprès du Pontife Romain, pour obtenir !a liberté de disposer de deux ou trois mots dans la Liturgie , lui dont les prédécesseurs ont pu remanier et renouveler presque en totalité l'œuvre de saint Grégoire, la Lilurgie de l'Eglise universelle. C'est là, il faut en convenir, une des meilleures preuves du retour à l'antique dépendance que professait i'Egiise de France à l'égard de Rome, daq^ les choses de la Liturgie ; de même qu'il faut voir une nouvelle abjuration du fameux principe de l'inviolabilité du Dimanche, dans la demande faite à Rome par le
même Prélat, de pouvoir célébrer la solennité de la Fête de la Conception au second Dimanche de l'Avent. Rome même, dans ses Rubriques actuelles, ne va pas si loin, et cette Fête, toute grande qu'elle est, le cède toujours au second Dimanche de l'Avent, quand elle vient à tomber en ce jour, bien que les trois derniers Dimanches de l'Avent soient seulement privilégiés de seconde classe.
On peut assigner encore comme une des causes de la résurrection des traditions Romaines de la Liturgie en France , les légitimes exigences de la piété des peuples qui, ne pouvant participer aux Indulgences attachées à certaines Fêtes , OfBces et Prières, qu'autant que l'on s'y conforme aux Calendrier, Bréviaire, Missel et Rituel Romains, finiront par obtenir qu'il soit fait sur ces articles les concessions nécessaires. Or, chacun sait que, dans les nouveaux Bréviaires Français, le petit Office de la Sainte Vierge, celui du Saint- Sacrement, celui des Morts, diffèrent sur une immense quantité de points avec les mêmes Offices dans le Bréviaire Romain ; que la prière Regina cœli, qu'on doit réciter au temps Pascal en place de ['Angélus, a été gratifiée d'un nouveau Verset tout différent de celui qui est indiqné dans les Bulles des Papes ; qu'un nombre considérable de fcies a été transféré à des jours souvent très éloignés de ceux auxquels Rome les célèbre ; que les jours où la Liturgie Romaine fait un Office double, étant souvent occupés par un simple, ou même laissés à la Férié , dans les nouveaux livres , et réciproquement , il en résulte l'impossibiMlé absolue de faire cadrer les modernes Calendriers et les Ordos dressés d'après eux, avec les règles statuées par les Souverains Pontifes, dans les concessions d^Axitel privilégié ; etc., etc. Il serait inutile de presser cette énuméraiion qui nous mènerait trop loin ; mais outre qu'il est indubitable, en droit, que le Siège Apostolique,
accordant des Indulgences pour l'usage de telle ou telle formule liuirgique, n'a et ne, peut avoir en vue que la teneur de cette formule telle qu'elle est dans les livres Romains et approuvés; des décisions récentes ont montré, en fait ^ que telle était expressément l'intention des Souverains Pontifes.
Mais un grand et solennel exemple est celui que vient de donner Monseigneur Pierre-I.ouis Parisis, Evéque de Langres, en rétablissant purement et simplement la Liturgie Romaine dans son Diocèse; mesure courageuse que l'histoire enregistrera, et que le Prélat motive dans une Lettre Pastorale à son Clergé, d'une façon trop remarquable pour que nous puissions résister au désir de rapporter ici ses propres paroles.
d Vous n'ignorez pas, nos très chers Frères, dit le Prélat^ » de quelles divergences liturgiques la célébration des Offices » divins est l'objet dans ce Diocèse ; souvent, vous avez gémi ï de cette contradiction et opposition de rites entre des pasroisses voisines les unes des autres; d'où il résulte que les » fidèles, à force de voir ces variations de chants et de céré- >monies dans chaque Eglise, sont pour ainsi dire réduits à »se demander si c'.st à un même culte que sont consacrés » des temples où l'on célèbre les cérémonies de la Religion >avec des solennités si diverses.
»Le zèle des Curés, loin de remédier à cette perte de l'u- » nité extérieure, la complique chaque jour par de nouveaux Kibus; chacun d'eux se trouvant livré à son caprice, dès ïl'instant qu'il entre en fonctions, et manquant d'une règle D générale, tant pour sa propre conduite au chœur, que pour » celle de ses clercs. Vous comprenez facilement , nos très » chers Frères, le détriment que souffre de tout ceci la » sainte Eglise, l'Epouse de Jésus-Christ, celle qui ne doit T. II. 44
savoir ni taches, ni rides (1), et particulièrement à celte î époque agitée de tant de tempêtes par l'effet des doctrines » impies, et surtout affligée et déshonorée par la maladie de ï l'indifférence religieuse. Comme, en effet, parmi les notes » de la véritable Eglise, et même avant toutes les autres, la » note d'Unité doit briller et la faire distinguer des sectes disîsidentes, les peuples qui ne jugent de l'essence même des » choses que par les apparences, témoins de ces contrariétés » de rites, en sont à se demander si elle est véritablement une » par toute la terre , cette Eglise Catholique qui paraît si » contraire à elle-même dans les Hmites d'un seul Diocèse; »en sorte que, par suite de l'état auquel le service divin se ï trouve réduit chez nous, Jésus-Christ est comme divisé,
> d'après l'idée des profanes, et la lumière de son Eglise obs-
> curcie et couverte de nuages.
I Frappé depuis long-temps des inconvénients d'une si- >luation aussi fâcheuse et sujette à tant de périls, après en » avoir fait l'objet de nos réflexions le jour et la nuit, et ira- » ploré le secours du Père des lumières, nous cherchions en » quelle manière il nous serait possible de réunir toutes les ï paroisses de notre Diocèse dans cette unité de cérémonies »et d'Offices, si sainte, si désirée, si conforme à l'uiiUté et à ï l'édification des fidèles. Enfin, après de longues incerli- » tudes, toutes choses examinées et pesées avec le plus grand ïsoin, il nous a semblé que nous devions en revenir à la Li- » turgie de l'Eglise Romaine, notre Mère, qui, étant le centre ï de l'unité et la très ferme colonne de la vérité, nous garan- »tira et nous défendra, nous et notre peuple, contre le lour- K billon des variations, et contre la tentation des changements. »Nous avons dû nous arrêter à ce parti avec d'autant plus
(1) Eph. > . il.
» de fermeté , que tous les autres moyens que nous aurions »pu prendre seraient devenus l'occasion d'un grand trouble > dans les choses même de la Religion , pour le peuple qui » nous a été confié par la divine volonté.
»Mais afin d'éviter le mal qui pourrait s'ensuivre de l'u- »sage môme du remède que nous appliquons, et aussi afin ï que tous se soumeltent peu à peu à la même règle, non par i violence^ mais spontanément (t), il est nécessaire de consi^ » dérer que la plus grande partie de notre Diocèse a été pré- »cédemment soumise au rite Romain , tandis que les autres » parties détachées de divers Diocèses, sont demeurées étran- » gères aux susdits usages Romains. 11 faut aussi distinguer, » entre l'Oftice que chaque Prêtre est tenu de réciter par l'o- »bligation de son ordre, et l'Office que nous appellerons li- » turgique , et qui doit être chanté et récité en présence du » peuple.
• Ces distinctions faites, nous déclarons et ordonnons ce » qui suit ;
» 1° A partir du premier jour de l'année 1840, la Liturgie » Romaine sera la Liturgie propre du Diocèse de Langres. F »2o A partir du même jour, dans les paroisses qui appar-
> tenaient à l'ancien Diocèse de Langres, l'Office, le rite, le
> chant, les cérémonies, et tout ce qui tient au culte, auront
> lieu suivant les règles de la Liturgie Romaine.
» 3" Nous permettons aux paroisses qui n'ont pas encore
> quitté les rites des Diocèses voisins, de se servir, pour un
> temps, de leurs livres; mais nous les obligeons à observer » tous les détails énoncés et prescrits dans ïOrdo pourl'an- I née 1840.
> 4° Les Prêtres qui ont jusqu'ici récité le Bréviaire de
(!) J. Petr. V. 2.
» Monseigneur d'Orcet , pourront satisfaire à l'obligation de » l'Office en coniinuant de le réciter; cependant, il serait
> mieux que tous usassent du Bréviaire Romain, et nous les
> exhortons à le faire.
» Quoique, en publiant celte ordonnance, nous n'ayons en
> vue que le bien de notre sainte Religion, et la cessation d'un
> désordre public , nous n'ignorons pas cependant qu'il en «pourrait résulter pour plusieurs quelque ennui, ou quelque
> inquiétude. Nous les prions de recourir à nous avec une » confiance filiale, non pour obtenir une dispense , mais afin >que nous puissions résoudre leurs difficultés, s'ils en ont, »ct aussi afin de leur faire mieux comprendre que si nous
> avons été amené à prendre ce parti , ce n'a point été par «l'effet de quelque considération qui nous fût personnelle, » mais que nous y avons été contraint par une nécessité urïgente, et pour faire droit aux réclamations de notre cons- » cience.
ïNous vous supplions donc tous, vous qui êtes nos coojpérateurs dans le Seigneur, d'apporter à l'exécution de ce
> grand œuvre tout le zèle dont vous êtes capables, afin que,
> de même qu'entre nous, il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un i baptême (1) , il n'y ait aussi dans notre peuple qu'un seul » langage (2) .
«Donné à Langres, en la Fête de sainte Thérèse, lo 13 oc- >tobre, de l'an de noire Salut J859 (5). »
Qui n'admirerait dans cette Lettre vraiment Pastorale le zèle de la Maison de Dieu , tempéré par celte discrétion si recommandée par l'Apôtre (4), et dont saint Pie Y, au sei-
(1) Ephes. IV. 5.
(2) Gen. XI. 1.
(3) Vid. la note B.
(4) Rom. Xll. 3
zième sièclo, donna un si éclatant exemple, lors même qu'il promiilgiiaii plus haut le grand prineipe de l'uiiite liturgique. Tous les actes du même genre que notre siècle pourra voir s'accomplir dans l'Eglise de France , seront d'autant plus efficaces dans leurs résultats, qu'ils seront à la fois empreints de vigueur et de modération ; car, nous n'avons garde do penser qu'on puisses guérir la partie malade en la froissant durenii nt et sans pitié.
Mais il faut en convenir, le retour aux traditions liturgiques des âges de foi se prépare et devient de jour en jour plus visible; on peut même déjà prévoir qu'il demeurera comme un des caractères de l'époque actuelle. Le réveil delà science historique, qui nous a permis de jeter un regard désintéressé sur les mœurs et les usages des siècles de foi; la justice rendue enfin aux monuments de Tari catholique du moyen-âge; toutes ces choses ont contribué aussi à la réaction, ou plutôt l'ont déjà fort avancée. C'est cette réaction historique et artistique qui nous restitue déjà nos traditions sur l'archi'.ecture sacrée, sur l'ameublement du sanctuaire, sur les types hiératiques de la statuaire et de la peinture catholiques; or, de là, il n'y a plus qu'un pas à faire pour rentrer dans nos aniiques cérémonies, dans nos chants séculaires, dans nos formules Grégoriennes.
Plusieurs personnes ont observé avec raison que le progrès du catholicisme en France n'était pas évidemment constaté, par cela seul que nos artistes exploitaient le moyen-âge, et s'employaient avec zèle à la restauration intelligente des sanctuaires matériels de notre foi. La question n'est pas là. Il est vrai qu'on devrait savoir quelque gré à des hommes distingués, de retirer l'appui de leurs talents aux arts sensualistes et payens, pour l'oîTrir aux autels du Dieu que nous servons; mais d( jà il ne s'agit plus de contester la portée de cette
révolulion favorable à l'an calholique , en la considérant simplement dans ses rapports avec le monde profane; désormais elle est un fait, et un fait à jamais accompli dans l'intérieur de l'Eglise elle-même. >on seulement le Clergé souffre volontiers que les Eglises qu'il dessert soient restaurées d'après les mystiques théories de l'art de nos ayeux. , que des conseils, une direction lui soient donnés du dehors pour accomplir les devoirs que lui impose sa charge de gardien des traditions de l'esthétique sacrée ; mais nos Archevêques et Evêques rendent des Ordonnances, publient des Lettres Pastorales, établissent des Cours spéciaux dans leurs Séminaires, pour ranimer de toutes paris et par tous les moyens possibles la connaissance et l'amour de ces anciennes règles de la Forme catholique dont l'oubli, depuis deux siècles, avait entraîné chez nous la destruction d'un si grand nombre de monuments de la foi de nos pères, et formé entre eux et nous, sous le rapport des usages extérieurs du culte, comme un abîme qui allait se creusant de plus en plus.
Oui , nous le répétons avec confiance, dans nos Eglises restaurées d'après les conditions de leur inspiration première, ou construites de nouveau suivant les règles statuées aux siècles de foi, mystiquement éclairées par des verrières sur lesquelles étincelleront les gestes et les symboles des Saints protecteurs, assorties d'un ameublement plein d'harmonie avec l'ensemble, il faudra bien que nos costumes sacrés participent à cette régénération , et perdent enfin les formes déplaisantes et grotesques que le dix-neuvième siècle, enchérissant encore sur les coupes étriquées et rabougries du dix-huitième, a trouvé moyen de faire prévaloir. Nous verrons infailliblement disparaître, par degrés, ces chasubles qu'un inflexible boiigran a rendues, dans leur partie antérieure, semblables à des étuis de violon , pour nous servir de l'ex-
pression Irop vraie de rilluslre ariiste anglais, Welby Pugin; CCS diapcs noi>ininins étranges qui, garanties contre toute préicnlion aux eiïcts de draperies par les enduits gommés qui leur servent de elKirpenle, s'arrondissent en cône autour du Clerc condamné à habiter momentanément dans leur enceinte; ces surplis, aux épaules desquels on a suspendu deux plaques de batisie décorées du nom iVailes, en dépit de leiu^ terminaison horizontale à l'endroit où elles s'évasent le plus; ce qui leur ôte toute ombre de ressemblance avec l'objet qu'elles prétendent imiter. Ce serait ici le lieu de réclamer encore contre le bonnet pointu qui a remplacé la barrette de nos pères; mais sa suppression récente dans plusieurs diocèses vient par avance confirmer nos prévisions. Le zèle des Prélats pour la dignité du service divin l'a déjà fait disparaître dans les Diocèses de Marseille, du Puy, d'Orléans, de Séez, etc. L'Eglise de Paris elle-même a récemment repris la barrette par l'ordre de son premier Pasteur; et il est permis de prévoir que d'ici peu d'années le bonnet pointu n'existera plus que dans l'histoire des costumes nationaux de la France, où il excitera peut-cire un jour le sourire de nos neveux, en la manière que nous nous sentons égayés uoiis-nicmi s, lorsque quelque description ou quelque dessin nous met sous les yeux la bizarre chaussure qui fit fureur il y a cinq siècles, sous le nom de souliers à lapoulaine.
Mais la révolution liturgique ne s'arrêtera pas aux costumes. Une autre nécessité la précipitera plus rapidement encore. Quand on aura rétabli nos édifices sacrés dans leurs convenances archiiecloniques , rendu nos costumes à la dignité et à la gravité qu'ils n'auraient jamais dû perdre, on n'aura rien fait encore, si le chant qui est l'àme d'une Eglise Catholique n'est aussi restitué à ses traditions antiques. Franchement, des mélodies, si on peut sérieusement
6d6 INSTITUTIONS
leur donner ce nom, des mélodies fabriquées en p'ein dixhuilième siècle, fût-ce par FAbbé Lebûtif, ne sauruienl plus retentir dans tin ihd'ur anqin;! sera tendue la sainte el légendaire obscurité de ces vitraux <\u\m drfunçaii avec laat de »éle pour inaui^urer, au grand j«»ur, les livres de Vigier et Zilesenguy. De l'arcliéolugie qui s'exerce sur les pierres et sur la couiie des vêlements sacrés, il faudra, bon gre mal gré, en venir à celle qui recueille les mélodies séculaires, les airs historiques, les motifs anlHjues de ce (>hani Romain, dans lequel saint Grégoire a initié les nations modernes aux secrets de la musique des Grecs.
Mais sur ce point encore nous n'en sommes plus déjà aux conjectures et aux prévisions : la révolution n'y est pas moins sensible que sur tous les autres. Quand nous n'en aurions d'autre preuve tiue la publication de ces nouveaux Livres Chorals, donnés par Choron el autres musiciens récents, dans le but avoué de dégrossir la note de l'Abbé Lebeiif, moins d'un siècle après l'inauguration de ses lourds Gradutl et Aniiphonaiie, ceci suffirait déjà pour constater l'exircmc lassitude du public. Ces Livres Chorals, en effet, se débitent et sont même déjà en usage, non simplement en quelques t^aroissis, mais jusque dans des Cathédrales. Nous nous garderons bien , assuréaient , de témoigner la plus légère admiration pour ce remaniement d'un londs déjà jugé; nous dirons même que dans ces noiiveaux hvres on a altéré souvent le caiacière du citant cccksiasiiqiie, surtout dans us Trails; aussi ne relevons-nons cette particularité que comme un fait à l'appui de nos prévisions.
Déjà même on ne se borne plus à remanier l'œuvre de l'Abbe Lebeuf; on a commencé à substituer dans de nouvelles éditions des livres liiurgi:iues, plusieurs mélodies Romaines à celles que renfermaient les éditions précédentes. C'est
LlTUnClQUES. 697
ainsi que le Missrl de Paris, donné par rArchevéque de Quélen , m 1830 , présente, à rOlïicc du Semedi-Sainl, le chant de VExullet conforme à celui du Missel Romain , en place du cliani , beaucoup moins mélodieux , qu'on remaïquait dans tous les Missels de Paris, antérieurs môme à l'édiiion de Vintimillc. C'est ainsi qu'au Mans, tout en laissant encore subsister dans l'Anliplionaire , l'Office des Morts composé en 1750 par Lebi uf , on a déjà rétabli, pour l'Absoute, le Libéra de l'Aniiphonaire Romain. Nous ne citons ces faits que comme échantillons de ce qui s'est déjà opéré et de ce qui se prépare ; mais en voici un autre dans lequel la progression que nous croyons pouvoir prédire se montre plus visible encore. Tout le monde sait que le gouvernement a établi , il y a quelques années , sous le nom de Comités hisloriques , plusieurs Commissions dans lesquelles ont pris place les hommes les plus versés dans nos origines nationales et dans la science archéologique. L'un de ces Comités a reçu le département des arts et jnonwwîenfs. Or, tandis que la Commission préposée à la recherche des Charles el des Chroniques est conduite à désirer le rétablissement des anciennes appellations dominicales tirées des Jntroïîs du Missel Romain et qui sont la clef de l'histoire , reprendre leur place dans nos mœurs catholiques, aux dépens même de Vigier et Mesenguy, le Comité des arts et monuments arrive par un autre chemin à la môme conclusion. Le désir de voir restituer l'antique musique religieuse dans les Eglises de Paris, comme un complément de leur restauration, l'a porté à émeltrelevœu du rétablissement du Graduel et de l'Antiphonaire de saint Grégoire , au préjudicede ceus. de l'Abbé Lebeuf (l).Des démarches officielles
(I) Bulletin du ConUé historique des arts et monuments. Onzième numéro, pages 288-202.
6î)8 iN'STn uTioxs
ont éié faites à ce suJRl auprès de. Monseigneur rArcbevéqué de Paris, qui les a accueillies avec bienveillance; maison sent que les conclusions définitives d'une semblable motion sont de nature à se faire long-temps attendre. I/espril de l'homme peut prévoir les révoliilions , les indiquer, en assignera durée; le temps seul, aidé des circonstances, les réalise. Pour faire droit aux Comités historiques , ou si Ton veut aux réclamations de plus en plus nombreuses qui s'élèvent et s'élèverontà l'avenir de la part de toutes les personnes ecclésiastiques et séculières , en faveur d'nn retour aux mélodies Grégoriennes, il ne faudra rien moins que revoir les actes du grand procès que le dix-huitième siècle intenta à la Liturgie Romaine, casser l'arrêt déjà centenaire qui fut porté contre elle, détrôner l'œuvre favorite du dix-huitième siècle, et pour cela enlever de redoutables obstacles d'autant plus embarrassants qu'ils sont plus matériels. ^'Ous avons néanmoins la confiance que tôt ou tard cette grande justice se fera; mais le Comiié des arts et monuments a eu raison de compter sur d'extrêmes difficultés liturgiques contre ^e^^'ucWe.j les Laïques seuls viendraient inévitablejnent se heurter (I).
En attendant, les vrais amis de la science des rites sacrés se réjouiront enlisant ces belles paroles, dans lesquelles Monseigneur rArchcvcque de Paris, dans sa lettre pastorale sur les Etudes Ecclésiastiques, énonce en particulier la nécessité de raviver une science, dont trop long-temps on sembla, parmi nous , avoir anéanti jusqu'au nom. Quelle si magnifique notion en pourrait-on donner qui ne soit renfermée dans cette imposante définition fournie par le Prélat?
«La Liturgie, dit-il, contient des symboles , merveilleux > abrégés de notre croyance, double objet de foi et d'amour,
jqiii, à l'aide d'un chant à la lois pieux et harmonieux, se » gravent dans la mémoire et dans le cœur. Leur antiquité, »si bien démontrée, leur universalité, les rendent d'irrécu- » sables témoins de l'apostolicité et de la catholicité de notre >foi.
»La Liturgie renferme des prières qui supposent ou ex- » priment en détail chacun de nos dogmes, de nos mystères, >de nos sacrements. Elles n'ont pas, comme les symboles, » l'unité d'expression ; mais la variété même de leurs formes, I jointe à l'unité de doctrine, fournissent une nouvelle déi monstration de l'immutabilité de l'enseignement catholique. » Elles justifient cet axiome : La loi de la prière est la loi de la î croyance.
» La Liturgie se compose de rites, nouvelle expression du n dogme et de la morale. Ils forment , avec les symboles et îles prières, le culte extérieur : culte nécessaire à un être î qui, bien que créé à l'image de Dieu, est soumis à l'empire » des sens. Sans eux périrait infailliblement le culte intérieur. ïNos sentiments ne sont excités et ne persévèrent, qu'autant î qu'ils sont soutenus par des actes et des images sensibles. » Dieu lui-môme, source essentielle et éternelle d'intellig* nce » et d'amour, est compris ( c'est saint Paul qui nous l'assurt') • à l'aide des choses visibles : Invisibilia ipsius, per ea quœ ifacta sunt , intellecta conspiciuntur, sempiterna quoque ejus tvirtus et divinitas. La Liturgie nous donne donc la science » pratique de la partie la plus élevée de la morale chrétienne ; «c'est par elle que nous accomplissons nos devoirs envers ïDieu. Nos devoirs envers nos semblables et envers nous- » mêmes, qui n'y sont pus dircclement retracés, y sont rap- » pelés touies les fois que nous demandons la grâce d'y être » fidèles, ou que, gémissant de les avoir violés, nous implo- » rons une miséricorde infinie; double lumière qui fait briller
>la loi du Seigneur aux yeux de notre ame. Posséder cet > ineffable trésor de sentiments pieux, qui nous font des- » cendre dans les profondeurs de notre misère, pour nous I élever ensuite jusqu'à la miséricorde infinie qui doit la gné- »rir, est bien préférabîe, sans doute, à la science la plus • étendue de notre Liturgie; mais cependant, combien cette t science elle-même est propre à éclairer et à ranimer notre >foiJ
»Nous ne parlerons point ici de l'influence exercée sur »les arts parla Liturgie catholique, des sublimes inspirations > qu'elle a prêtées à la musique, à la peinture, à la poésie, » ni des immortels monuments que lui doivent la sculpture et » l'architecture. L'histoire de chacun de ces ans, considérés >dans leurs seuls rapports avec nos rites, fournirait une » ample matière à la plus vaste érudition. >
Saluons donc avec effusion l'aurore des jours meilleurs qui sont promis à l'Eglise de France, et ne doutons pas que, dans un temps plus ou moins rapproché, la Liturgie de saint Grégoire , de Charlemagne, de saint Grégoire VII, de saint Pie V, la Liturgie de nos Conciles du seizième siècle , et de nos Assemblées du Clergé de 1603 et de 1612, en un mot la Liturgie des âges de foi ne triomphe encore dans nos Eglises.
Mais d'ici là de grands obstacles restent encore à vaincre, de ces obstacles qui céderont d'autant moins aisément qu'ils sont d'une nature plus matérielle. Si, d'un côté, une révolulion favorable aux anciens chants, aux anciennes prières se prépare ; d'un autre côté, nos Eglises ont été pourvues et à grands frais de Missels, de Graduels, d'Anliphonaires, de Proccssionnaux, qu'on ne pourra remplacer qu'avec une dépense considérable. La question du Bréviaire en lui-même est peu grave sous ce rapport ; l'impression de ce livre étant moins
dispendieuse et son écoulement toujours facile ; mais le Bréviaire ne |jeul ôire réformé sans le Mi.>sel, et l'un et l'autre appellent, comme complément indispensable, la publication des Livres du Chœur. Il est vrai, d'autre part, que l'énorme dépense qu'entraîne toujours après elle chaque nouvelle édition des livi-es liturgiques, serait grandement allégée, si un nombre considérable de Diocèses s'unissaient pour opérer ces éditions à frais communs , et c'est ce qui arriverait infailiiblemenl, du moment que nous aurions le bonheur de voir renaître l'unité liturgique.
Maintenant , celte unité elle-même quelle forme revctirait-elle? Nous avons déjà maintes fois prolesté que noire but n'était point d'approfondir présentement la question du Droit de la Liturgie ; mais nous ne pouvons pas moins faire que d'énoncer ici tout franchement que les Eglises qui sont tenues strictement à garder la Liturgie Romaine proprement dite, la doivent retenir, et que celles même qui, contrairement aux principes sur cette matière, s'en seraient écartées, y doivent l'elourner ; rien n'est plus évident, et par ce moyen déjà l'unité serait garantie dans une portion notable de l'Eglise de France.
Quant aux Diocèses qu'une possession légitime, ou une presci^iplion conforme au droit, aurait investis du privilège de conserver leurs anciens usages, cl ces Diocèses sont nombreux, rien ne les contraindrait d'adopler exclusivement les livres Romains. Sans doute, après s'être préalablement débarrassés de l'amas de nouveaiilés dont le dix-huitième siècle avait encombré la Liturgie, ils devraient rentrer dans la forme Romaine de l'Antiphonaire, du Responsorial, du Sacramentaire et du Leclionnairc de saint Grégoire, puisque la Liturgie de l'Occident (sauf le droit de Milan et des Mozarabes), doit être et a toujours été Romaine. Ces Eglises de-
vraient donc reprendre les prières qu'elles avaient reçues au temps de Charlemagne, qu'elles gardaient encore avant la réforme de saint Pie V, qu'elles conservèrent depuis cette réforme, qui régnait seule encore chez elles jusqu'à la fin du dix-septième siècle : car, c'est là la forme, hors de laquelle il n'a plus été possible pour elles de garder dans les prières publiques, ni la tradition, ni l'unité, et partant, ni l'autorité.
Mais ce fonds inviolable des prières de la Chrétienté une fois rétabli, avec les chants sublimes qui l'accompagnent, et tous les mystères qui y sont renfermés, rien n'empêcherait, ou plutôt il serait tout-à-fait convenable que ces Eglises rentrassent en même temps en possession de cette partie nationale de la Liturgie qui a ses racines dans l'ancien rite Gallican, et que les siècles du moyen-age ont ornée de tant de fleurs, complétée par de si suaves mélodies. En un mot, c'est la Liturgie Romaine-Française que nous aimerions à voir ressusciter dans celles de nos Eglises qui prétendent à des privilèges spéciaux. C'est alors que toutes nos traditions nationales se relèveraient , que la foi qui ne vieillit pas se retrouverait à l'aise dans ces antiques confessions, que la piété à la Sainte Vierge et aux Saints protecteurs se raviverait de toutes parts, que le langage de la chaire et des livres pieux s'empreindrait de couleurs moins ternes, que l'antique Catholicité, avec ses mœurs et ses usages, nous serait enfin révélée.
Oh ! qui nous donnera de voir celte ère de régénération où les Catholiques de France se verront ainsi ramenés vers ce passé de la foi, de la prière et de l'amour! Quand seront levés les obstacles qui relardent le jour où nos Prélats devront s'unir pour promouvoir ce grand œuvre! Mais avec quel zèle, avec quelle intelligence, avec quelle piété à la fois érudite et scrupuleuse, une pareille œuvre devrait-elle être
élaborée! Quelle sage lenteur, quelle discrétion, quel goût des choses de la prière, quel désinlcressemenl de tout système, de toute vue personnelle, devraient présidera une si magnifique restauration! L'attention, l'inviolable fidélité, le soin religieux, l'invincible patience qu'emploie de nos jours l'artiste que son amour, bien plus que le salaire, enchaîne à la restauration d'un monument qui périrait sans son secours, et qui va revivre grâce à son dévouement, ne suffisent pas pour rendre l'idée des qualilés qu'on devrait exiger de ceux qui prendraient la sainte et glorieuse mission de restituer à tant d'Eglises les anciennes traditions de la prière. Il leur faudrait s'y préparer de longue main , se rendre familiers les monuments de la Liturgie, tant manuscrits qu'imprimés, non seulement ceux de la France , mais encore ceux des diverses Eglises de l'Europe ; de l'Allemagne et de l'Angleterre surtout, qui firent tant d'emprunts à nos livres et les enrichirent encore par des suppléments où respire la plus ineffable poésie. Enfin , ce merveilleux ensemble pourrait se compléter par quelques emprunts faits avec goût et modération aux derniers monuments de la Liturgie Française; afin que certains traits heureux, quoique rares, empruntés à l'œuvre moderne, dans la partie que n'a point souillée la main des sectaires, ne périssent pas tout-à-fait, et aussi afin que les deux derniers siècles, auxquels il ne serait pas juste de sacrifier toute la tradition, ne fussent pas non plus déshérités totalement de l'honneur d'avoir apporté leur tribut au monument éternel et toujours croissant de la prière ecclésiastique. Ainsi régénérée , la Liturgie de nos Eglises serait les délices du Clergé et la joie du Peuple fidèle. La question d'un léger surcroît dans la somme des Offices divins n'en est pas une pour les hommes de prière, et tout Prêtre, tout Ministre de l'autel doit être homme de prière. Le grand mal-
heur des temps actuels , c'est qu'on ne prie pas assez ; le réveil de la piéié liturgique serait donc un signal de salut pour nos Eglises, le gage d'une victoire prochaine sur les vices et les erreurs. Et quelle précieuse récompense de ce pieux labeur, dont la fatigue est d'ailleurs si fort exagérée par l'imagination de ceux qui ignorent les choses de la Liturgie, que ce retour si consolant à i'unilé de la prière, à la communion Romaine , à l'antique forme des âges de foi ! Encore est-il vrai de dire que l'Office divin, dans nos anciens livres Français, s'il est plus considérable que dans les Bréviaires actuels, est cependant plus abrégé qu'au Bréviaire Romain proprement dit. L'usage, entre autres, d'accomplir Matines, au temps Paschal, par un seul Nocturne, n'est point une innovation des Foinard et des Grancolas ; il appartient aux Eglises de France depuis bien des siècles; mais nous rougirions de pousser plus loin cette justification de la prière ecclésiastique.
Enfin , pour donner à ce grand œuvre de la régénération liturgique de la France, la solidité et la durée qui lui conviennent, et pour assurer celte immutabilité qui garantirait désormais, avec l'unité, l'autorilé et la parfaite orthodoxie de cette Liturgie Romaine-Française , et la sauverait à l'avenir des atteintes de la nouveauté et de l'arbitraire, il serait nécessaire que la sanction inviolable du Siège Apostolique intervînt pour sceller et consommer toutes choses. Il faudrait aussi que les Décrets de !a sacrée Congrégation des Rites fussent désormais publiés et observés dans tout ce qui ne serait pas contraire à la forme des Livres Français; et que les nouvelles Fêtes établies par le Siège Apostolique obtinssent au moins l'honneur d'une mémoire au Calendrier, dans le Bréviaire d'une Eglise qui, si elle tenait à rester Française dans des usages d'une importance secondaire, voudrait
avant tout se montrer Romaine, autant queses sœurs de TOccident.
Tel est le vœu que nous formons pour l'Eglise de France, en terminant la partie de noire récit qui regarde cette belle province de la Catholicité. Nous serons heureux si on veut bien rccoiinaîiredans ceqne nous venons de dire un lémoigiiage de celle modération et de celle prudence qui doivent toujours accompagner l'application des théories les plus légitimes et les plus absolues.
Considérons maintenant l'état de la Liturgie dans les différentes parties du monde Chrétien, au dix-neuvième siècle.
L'unité Romaine a régné sans partage , durant les quarante premières années de ce siècle, dans l'Italie, où les semences implantées par Ricci, sans être détruites, peutêtre, n'ont plus rien produit à la surllice ; dans l'Espagne et le Portugal, auxquels il faut joindre les nombreuses Eglises fondées autrefois dans les deux îndes par ces Royaumes; dans la Relgique, la Suisse, et on pourrait même ajouter l'Allemagne, s'il n'y avait de changements liturgiques que ceux dont les livres du chœur et de l'autel portent la trace. Mais ce dernier pays est aujourd'hui le théâtre des plus graves événements dans les choses du Culte divin, nous devons les signaler au lecteur; nous traiterons ensuite de la Liturgie en Angleterre, et dans les pays soumis à la Russie.
On se rappelle ce que nous avons raconté , au Chapitre précédent, sur les tentatives Anti-liiurgistes de Joseph II, si bien secondées par cette portion du Clergé dont Jérôme de Collorédo, Archevêque de Saitzbourg, se montra l'organe dans la fameuse Instruction Pastorale de 1782. Depuis lors, la plaie s'est étendue, et les sophismes impies du Fébronianisme ayant miné la notion de l'Eglise, l'Hermésianisme s'est présenté pour en finir avec le Christianisme T. II. 45
lui-même. Malheureiis.'^ment, l'nn el l'auls'e onl éiti favorablcmenl accueillis par une poriion notable du Clergé Catholique de l'Allemagne, dans la Prusse, la Bohême, le Wurtemberg, le Duché de Biide, et jusque dans la Bavière et i'Aulrichc. Bientôt, les exigences du culte extérieur sont devenues de plus en plus à charge à ces hommes légers de croyance , qu'on voit tous les jours s'associer conjplaisamment aux projets des gouvernements, dans le but d'éîouîier jusqu'aux dernières étincelles de la foi qui, par le plus étonnant prodige , survit encore dans le cœur des peupies, à la secrète apostasie dos Pasîeurs.
Mais, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, l'esprit antiliturgisle a pris en Allemagne d'autres allures qu'en France, et il s'est bien gardé de perdre son temps à falsifier des Brc- Tîaires. Au siècle dernier, le pouvoir séculier, par l'autorité de Joseph II, avait pris l'initiative en procédant par voie d'Ordonnances et d'Edits ; maintenant, c'est le Clergé qui se met à l'œuvre, et ses opérations ne sont ni moins habiles, ni moins efficaces.
Une comparaison entre nos Jansénistes de France, et les Fcbroniens et Rermésiens d'Allemagne , quant à la manière d'entendre la réforme liturgique , nous aidera à constater le t'icmin que ces derniers ont déjà fait vers le Protestantisme. Les nôtres, pour flatlcr la lâcheté et Pindévotion des Clercs, osèrent composer des traités spéciaux où ils présentaient c:mme un appât la diminution de la somme des prières ecclésiastiques ; les Anli-liturgistes Allemands ont franchi le pas, et la récitation des Heures Canoniales est désormais regardée, par une portion considérable du Clergé d'ouire- Rh'n, comme une pratique tombée en désuétude, et son obligation comme de nulle valeur pour la conscience, î^os Jansénistes onl déclamé en cent manières contre la
HTURGiyUES. 707
piété extérieure, contre lo luxe dos cérémonies qui, disaientils, ne servent qu'à souaiellre la religion aux sens; les Anlililurgislcs Allemands en sont venus à supprimer la plupart des cérémonies, et déjà bon nombre d'entre eux s'affranchissent du devoir de revêtir les habits sacerdotaux pour monter à l'autel , et célèbrent la Messe avec les vèteraenls plus ou moins profanes dont ils se trouvent pour le moment revêtus.
Nos Jansénistes, par tous les mouvements qu'ils se sont donnés pour répandre les traductions en langue vulgaire de la Bible, du Missel et des formules liturgiques, trahissaient leurs penchants Calvinistes; aujourd'hui, les Eglises Catholiques d'Allemagne retentissent de Cantiques en langue vulgaire qui, la plupart du temps, n'offrent pas même la traduction des prières ou des chants de l'Egiise.
Nos Jansénistes mirent la main sur les livres liturgiques, et trouvèrent moyen d'y faire pénétrer la quintessence de leurs idées, et, quand ils ne le purent faire aisément, ils surent du moins faire disparaître de ces livres, sous divers prétextes, ce qui leur était le plus odieux. Il est vrai qu!un reste de pudeur, ou, si l'on aime mieux, de prudence , les obligea de conserver le cadre primitif et de laisser subsister les principales parties des anciennes formes, surtout en ce qui regarde l'administration des Sacrements. Le Clergé Allemand de nos jours a aussi ses faiseurs, et la presse est inondée de leurs utopies liturgiques pour la réfoinic des cérémonies de la Messe, des Sacrements, des Sépultures , des Bénédictions. En tête de cette cohorte d'Anli-lilurgistes, il est juste de compter le fameux Wessemberg, Yicaire (^apitulaire de Constance, qui a été refusé par Grégoire XVI pour l'Evêché àc cette ville, mais qui en revanche a donné d'énergiques preuves de son atta>
chemcnt à la doctrine du second de nos Quatre Articles dé J682,par la publication d'une trop (ixmGusc Hisloire des Conciles de Constance et de Baie. Après lui, mais dignes de lui faire escorte, apparaissent VVinter, Busch, Selmar, Giôsbôck, Brand, Schwarzol, Hirscher, etc., dont les œuvres sont jugées avec une grande modération parle docte et pieux F. X. Schmid, dans sa Liturgique, lorsqu'il se contente de dire que, d'xine part j ils ont été trop loin^ et que de l'autre ils ont complètement -méconnu l'esprit du Culte (1).
Nos Anli-lilurgislcs Français s'étaient appliqués à rendre plus rare la célébration de la Messe, produisant pour motif la grande pureté qu'on doit apporter à l'autel. Ceux d'Allemagne entrent dans le même système ; mais les raisons ascétiques qui n'étaient qu'un prétexte dans les adeptes avancés de l'école de Porf-Iloyal n'y sont pour rien; c'est tout simplement pour fuir un assujélissement inutile, que ces prêtres dégénérés s'abstiennent de la célébration des saints Mystères, hors les jours de Dimanches et de Fêtes; encore les voit-on disserter dans des écrits et des conférences , en présence du public , sur lu quantité de nourriture qu'un Prêtre Catholique peut se permettre avant de monter à l'autel. Sans doute, ces choses font horreur; mais pour être ignorées de quelques-uns de nos lecteurs, elles n'en sont pas moins patentes sous le soleil.
Mais allons jusqu'au bout : durant la persécution française, quand les lois eurent cessé de prêter aux dispositions canoniques l'appui delà force matérielle, on vit un grand nombre de Prêtres abjurer leur saint état et contracter des mariages sacrilèges : dans quels rangs se recrutèrent ces
(i) Liturgik der chrislkalholischeu religion. Edition de 1840. Torà. I. page 82.
LITURGIQDRS. 700
ypostals? Tuiii le moutU» sait que ceux dont la défection fit le p'ius grand scandale, étaient piécisément des lionimcs liés au parti Janséniste, membres des Congrégalions (pii avaient le plus sacrifié aux nouveaulés Anti-liiurgistcs , (auieiirs et même auteurs de ces nouveautés. Or, voici que dans cette partie du (Clergé Allemand dont nous venons de signaler les tendances, de nombreuses voix s'élèvent pour demander l'abolition du célibat ecclésiastique; et d'où vient cela? C'est qu'il n'y a point de dégradation dans laquelle ne puisse et ne doive tomber le Prêtre isolé , par des doctrines perverses, de ce Centre Apostolique d'oîi viennent la lumière et la vie, sevré du devoir et de l'usage de la Prière de chaque jour et de chaque heure, séparéde cet Auteldoni la sainte famiiiarilé est le premier motif de la continence sacerdotale. Assurément, il ne faut pas être bien profond, ni bien clairvoyant, pour avoir compris que le mariage des Prêtres est la cause unique pour laquelle la célébration journalière de la Messe n'a pu s'établir dans l'Eglise d'Orient.
Afin de mettre dans tout son jour la situation de l'Eglise d'Allemagne, quant à la Liturgie, il est bonde produire quelques exiraits d'un document récent et authentique; c'est la fameuse Ordonnance qu'a publiée, il y a environ deux ans, l'Evêque de Rottembourg; on la trouve en entier au Catholique de 5/3iVe (1). Nous allons en faire connaître les principales dispositions.
M. Jean-Baptiste de Keller, Evêque de Holtombourg, n'assume poi;it, il est vrai, la responsabilité de tous les excès que nous venons de signaler; sa marche est administrative, et parlant aussi prudente et aussi réservée qu'il est possible ; maison n'y reconnaît que mieux l'existence du dangereux
(1) 1859, Mai et mois sqivants,
système à l'aide duquel les Anli-lilurgistes d'Allemagne ont résolu de proleslanliser le Catholicisme. M. de Keller a enchéri sur Ricci dans la même proportion que ce dernier sur nos Anli-lilurgistcs Français.
Dans celte trop fameuse Ordonnance , le Prélat semble préoccupé , comme les novateurs de France et d'Italie, de la réforme du Bréviaire. Sans oser proposer non plus la suppression des Heures Canoniales, il établit des dispositions propres à détruire totalement l'ancienne Liturgie. Les Psaumes des Vêpres devront se chanter en allemand; encore cette psabnodie pourra-t-elle être remplacée par tout autre exercice religieux, au jugement du Curé. On découvre encore la prédilection de i'Evéque pour la langue vulgaire, dans l'article où il annonce une révision du Rituel; il déclare l'intention d'y introduire des formules en langue allemande , con/brmemen? au besoin des tertips.
Pour réformer les tendances Papistes vers la Communion et la dévotion au Saint Sacrement, le Prélat décrète qu'on n'administrera plus rEncharistie hors la Messe; que toutes les autres Eglises demeureront fermées durant la Messe de Paroisse ; que la première Communion ne se fera point avant l'âge de quatorze ans ; qu'un ne célébrera plus de Messe aux jours ouvrables, dans les autres Eglises, après celle qui se dira à la Paroisse. Pour abolir, autant que possible, l'usage delà fréquente Communion, les Curés n'administreront point le Sacrement de Pénitence individuellement; mais ils partageront leurs paroissiens en catégories qu'ils admettront successivement à des époques déterminées.
On n'exposera le Saint Sacrement que six jours l'année, hors l'Octave de la Fête-Dieu; encore cette exposition ne pourra-l-elle avoir lieu que l'après-midi.
LITUUGIQLF.S. 711
Sur les lùlis, le Prélat décrùlc les dispositions suivantes : I.a Messe de Minuit est abolie; on ne pourra eonimcncerà célébi'er ia Messe, le jour de Noël, avanl cinq houresdu matin. Aux jours de Fêtes supprimées, on ne tolérera aucun service divin dans les Eglises; lesCkués no pourront même pas transporter à ces jours des dévotions particulières qui seraient capables de fournir au peuple le prétexte de se dispensLM' de ses travaux.. On ne pourra ni annoncer ces Fêtes, ni les sonner, ni allumer un plus grand nombre de cierges aux Messes basses que TEvêquc veut bien encore tolérer. En revanche, la Foie du Roi est déclarée Fête de l'Eglise.
Les Processions ne sont pas plus ménagées par le Prélat. Celles de Saint-Marc et des Rogations devront sortir à cinq heures du matin et être rentrées à huit, soi-disant j^our éviter la dissipation , mais en réalité pour les rendre inaccessibles au grand nombre des fidèles; encore M. de Keller a-i-il bien soin d'ajouter qu'on pourra commuer ces Processions en une prière faite dans l'intérieur de l'Eglise, avec l'agrément de l'Evêquc. La Procession de la Fête-Dieu est mainlcnue aux conditions suivantes : On évitera la pompe; on ne fera entendre que des chants en langue allemande, et il devra y avoir une prédication à chaque station. La Procession du jour de i'Oclave ne sortira pas de l'Eglise.
Les Béiiédicîions, cette partie si essentielle du Catholicisme, sont réduites à sept, parmi lesquelles on veut bien conserver celle de l'Eau. Les autres, bien qu'elles soient dans le Rituel, sont abolies. Il est recommandé aux Pasteurs de veiller à ce que le peuple n'attribue pas , aux Bénédictions même conservées , tme vertu qu'elles n'ont pas.
Les saintes Images sont poursuivies avec une rigueur
pareille. L^ coutume populaire de les habiller est supprimée, comme un scandale: le Clergé devra combattre de toutes ses forces le préjugé qui altribuei'ail une vertu spéciale à quelques-unes d'entre elles. On n'exposera plus les saintes Reliques désormais, ni on ne les portera en Procession; mais on les tiendra renfermées. On fera disparaître des Eglises les ex-voto, et on ne souiïiira pas qu'on en replace de nouveaux. Les représentations de la Crèche et du Tombeau, qui sont en usoge en Allemagne, à Noël et dans la Semaine Sainte, sont abolies, ainsi que celle du mystère de l'Ascension, non moins chère au peuple.
On ne distinguera plus dans les cimetières la place des enfants morts sans Baptême, ou des Juifs et autres non baptisés, de celle des Chrétiens. Les chants des funérailles seront en langue vulgaire, 'et au décès de chaque Catholique , les parents ne pourront obtenir que trois Messes au plus, et un Anniversaire. Les enfants morts avant la première Communion n'auront point droit à ces piières. On a vu plus haut que la première Communion était différée jusqu'à l'âge de quatorze ans.
Les Confréries excitent aussi la sollicitude du Prélat. Toutes sont supprimées, à rexc<?piion d'une seule par Paroisse, et pour empêcher les fidèles d'en fréquenter plusieurs, la Fête Patronale de toutes est fixée au même jour.
Les Curés devront s'opposer de toutes leurs forces au concours des pèlerinages ; il n'y aura pas de Messes dans les Chapelles qui sont le but de ces pieux voyages, hors celle du Chapelain qui s'y trouverait par hasard altaclîé. Il y aura défense d'y eniendre les confessions, dans la crainte que les fidèles n'y veuillent communier, et la Chapelle devra être fermée coniinuellemimt, hors le temps de la Messe. S'il se trouve d'autres Chapelles sur les Paroisses, on les dé-
LITUÏIGIQUES. *J\?>
Iruira , ol les rondnlions qui y soiil ailachcos seront transportées dans les Eglises Paroissiales.
Telles sont les prineipales dispositions de l'ordonnance de l'Evêquc de Rottembourg, qui entend bien ne procéder dans tout ceci que d'après les principes les plus sains du Christianisme le mieux compris et le plus dégagé des superfétations Romaines. Il va sans dire que la morale prêchée à propos de ces innovations, est la plus rigoriste et la plus sèche, ainsi qu'il arrive toujours chez ceux qui ont à se faire pardonner leur relâchement sur les choses de la foi et de la piété. Néanmoins, il ne suftît pas, pour rendre religieuse et morale une population Catholique, de supprimer les fêtes et les dévolions , sous prétexte qu'on interdira en même temps les danses aux jours de Dimanches ; les yeux et l'iiiKigination des peuples demanderont d'autres spectacles, et l'oisiveté engendrera bientôt tons les désordres.
AFais nous sommes loin d'avoir épuisé tous les faits qui nous peuvent faire connaître la situation liturgique de l'Allemagne. Tandis qu'une partie du Clergé Catholique travaille à détruire l'antique foi, avec ses manifestations les plus essentielles, le Protestantisme semble s'ébranler et rendre honmiage aux théories Catholiques sur la forme religieuse. Déjà, rendant hommage aux avantages de l'unité de communion, les réformés d'Allemagne ont tenté et réalisé, dès l'année 1817, dans la Prusse et le Duché de JNassau, une réunion pompeuse du Luthéranisme et du Calvinisme; le complément de celte grande mesure devait être une modification liturgique dans un sens toujours moins éloigné des usages Catholiques. Le même Roi de Prusse, Frédéric-Guillaume 1I[, qui avait préparé la dramatique réunion des Luthériens et des Calvinistes , s'est donc chargé de pourvoir désoi^mais l'Eglise Réformée d'une Liturgie qui soit à la
hauteur de ses destinées futures. Il est vrai de dire que Sa Mêijeslé, loin de pouvoir faire agréer son œuvre par l'universalité de ce qu'elle appelle l'Eglise Evangélico-Protestante , n'a pas élé sans éprouver quelques résistances partielles dans son propre Royaume ; mais toujours est-il que celte Liturgie a pour caractère particulier de se rapprocher en plusieurs points des formes Catholiques. Non seulement le Prince a pris des mesures pour replacer des images dans les temples Protestants ; mais dans le service divin de la Cène, on trouve déjà une grande parlie de notre Messe des Catéchumènes , la Fré' face, le Sanclus, le Mémento des vivants, etc.
Ce sont là , sans doute , des faits bien éloquents en faveur de l'importance de l'élément liturgique; l'aveu qui échappe au royal liturgiste dans la préface de son Missel de 18-22, ne l'est pas moins. Il en vient jusqu'à faire valoir les avantages de ^uniformité dans le service divin, en la manière qu'avaient osé le faire nos Evéqucs Constitutionnels, dans leur conciliabule de 1797 (I). « L'Eglise Evangélique, dit Sa Ma- » jesté, doit assurer la stabilité de la société Chrétienne, par » sa doctrine et sa discipline. Bien que tels ou tels usages «religieux ne constituent pas l'essence du culte divin, il » faut cependant que Vuniformité dans le culte produise » une sorte de conviction générale, et même une tranq:iille » sérénité de conscience , appuyée sur cette douce et conso- B lante pensée que nous adressons à Dieu les mêmes louanges, » les mômes actions de grâces , les mêmes demandes , les » mêmes vœux et les mêmes prières que nos ancêtres dans » la foi lui ont adressés, depuis plusieurs siècles (2). » Certes,
(1) Ci-dessus, page 623.
(2) Histoire générale de l'Eglise, pî-r le B&.rou Henrioo. Tome Xdï. page 41Ô.
il faut que l'unité liturgique soit d'une nécessité bien évidente, pour que les schismali(iues et les hérétiques euxmêmes le proclament si haut, en dépit de leur état d'opposition à l'égard de la Mère Eglise. Nous avons constaté ailleurs le même fait chez les Grecs Melchites (1) ; qui osera donc désormais parmi nous contester un principe auquel toute société religieuse semble se recommander, pour vivre et se perpétuer?
Au milieu de ces phénomènes vraiment remarquables, la littérature protestante de l'Allemagne se montre gravement préoccupée de la science liturgique. Sans parler d'Augusli, auquel nous consacrons ci-après une notice, la matière des rites sacrés est exploitée avec plus ou moins d'érudition par Marlioinike, Hildebrand, Schmid, Rechenberg, lUieinwald, Schone, Bohmer, etc., etc. Plût à Dieu que nous pussions compter en France un nombre pareil d'hommes sérieux, se livrant à ces belles études qui furent si florissantes chez nous avant l'innovation Anii-lilurgiste ! Mais ce qui est plus admirable encore, c'est que l' Allemagne Protestante ne renferme passeuleraent des hommes auxquels la science liturgique est familière, sous le côté de l'archéologie ou de l'esthétique; elle en possède aussi qui proclament la magnificence et l'onction de nos îorm\A\cs papistes , qui s'en vont recueillant avec amour nos vieilles Hymnes, nos Proses et nos Antiennes séculaires, les publiant avec des commentaires dont, la plupart du temps, l'esprit et la forme sont entièrement Catholiques; bien difîércnls assurément de nous autres Français, qui nous montrons si indifférents à toutes ces richesses de la piété de nos pères, engoués que nous sommes des pastiches de notre Santeul. Nous avons d'utiles leçons à prendre dans !a lec-
(1) Tome i, page 238.
ture des précieux volumes publiés par Rarabacli, Daniel, et autres Luthériens dont les travaux sont indiqués ci-après.
Mais si l'Allemagne Protestante semble sous l'empire d'une réaction en faveur de la forme religieuse, il ne faut pas croire pourtant que tous les Catholiques partagent les désastreuses théories que iM. de Keller (1) ctune partie notable du Clergé. cherchent à faire prévaloir. Grâceà Dieu, la plus belleet la plus solennelle protestation est placée en face même de ces honteuses apostasies. Nulle contréeCatholique aujourd'hui ne saurait montrei" des hommes plus ériidits et en même temps plus intelligents, que l'Allemagne elle-même. Nommer Mœhler, Klee, Gœries, Windischmann , etc.; et spécialement pour la Liturgie, Binterim, F. X. Schmid, etc., c'est prédire le mouvement d'ascension que ne peuvent manquer de subir les doctrines Cathohques dans le pays qui produit de tels hommes. Au reste, nous ne tarderons pas à dérouler sous les yeux du lecteur la liste magnifique, quoique incomplète, des liturgisles Allemands de ce siècle.
Disons maintenant un mot du triomphe de l'Eglise Catholique dans la cause de Clément-.\uguste Droste de Vischering. Archevêque de Cologne. Quel cœur catholique n'est ému de reconnaissance et d'admiration pour ce nouvel Athanasc, dont le courage indomptable sauve à jamais la foi et la discipline dans l'Eglise d'Allemagne, contraint les puissances
(I) Ea ce moment aiôaie, les journaux nous apprennent qne M. de Ri'ller vient de prendre, à l'égard du gouvernement de Wurtemberg, une attitude plus épiscopa'e. I! a adressé des réclamation? sur l'oppression que souffre l'Eglise dansée pays. Puisse enfin ce Prélat reculer dans la ligne malheureu.se qu'il a adoptée, et comprendre que le Catholicisnje cesse d'exister, quand sa forme et sa liberté lui sont etlcvées, et que toutes les atteintes dirigées contre cette forme et cette liberté, ont leur contre-coup sur la foi elle-méine, sur la morale et sur la hiérarchie !
Liturgiques. 717
du siècle à reculer d;ins leurs porfidos manœuvres, rend le scnlimcnt de leur devoir à des PréiiUs et à des Prclres dont la conscience pactisait avec la trahison , inonde le cœur des fidèles de cette joie et de celle espérance que le sentiment seul du Calholicisme peut faire ressentir? Or, la source de celte victoire éclatante, dont les conséquences ne sauraient être comprimées, est la fidélité de Clément-Auguste aux principes de la Liturgie; comme aussi l'espérance des ennemis de l'Eglise éiail dans le renversement de ces mêmes principes. Si donc les traîtreuses théories du Congrès de Vienne sont refoulées, si la marche du système qui tendait à produire l'unité Germanique au moyen du Protestantisme est aujourd'hui en voie de rétrograder, c'est parce que Clément-Auguste , fidèle à la voix du Siège Apostolique , ne veut pas qu'une formule de quelques lignes dans le Rituel Romain, soit prononcée sur des époux indignes du nom de Catholiques, tandis que le Roi de Prusse voulait, au contraire, que celte formule sacrée fût prostituée jusqu'à servir d'égide à l'apostasie.
Donc, la doctrine, les mœurs, l'Eglise, tout s'est réfugié, concentré pour l'Allemagne, dans cette question liturgique ; c'est de là que l'Hermésianisme est terrassé, parce que le glorieux Confesseur dont il a éprouvé les indomptables poursuites est désormais proclamé le sauveur de la foi; c'est de là que le Fébronianisme est confondu , parce que la soumission au Pontife Romain ne saurait être prêchée plus éloquemmenl que par la captivité d'un Archevêque, si docile au Siège Apostolique ; c'est de là que le plus tonnant de tous les anaihêmes éclate .contre les mariages mixtes , dont la désastreuse multiplication allait à éteindre sous peu d'années la vraie foi dans de vastes Pro\inces, et qui deviennent désormais odieux à tous ceux qui ont gardé dans leur cœur
un rcsle de ce senliment de rialionalilc catholique qui ue s'éleint que ienlemcnl dans le cœur desenfanls de l'Eglise; c'est de là enfin que sortira l'affranchissement religieux, non seulement de la Prusse et des provinces Rhénanes, mais en général des diverses autres régions de l'Ailcmagnc dans lesquelles les viariages mixtes allaient ruinant la foi de jour en jour, par rindifterence et trop souvent la complicité des Pasteurs. Que maintenant donc les peuples Catholiques environnent de leur amour ces livresdela Li.urgie qui renferment ainsi le salut de la foi, et qu'on ne peut mépriser sans mettre en péril le dépôt tout entier de la révélation de Jésus-Christ. Dieu donne toîijours en leur temps ces sortes de manifestations, et il se plaît souvent à confondre l'irréflexion des hommes de peu de foi, en montrant que, dans l'Eglise, ce qui paraît moindre importe néanmoins tellement à l'ensemble, que cet ensemble périt du moment qu'une main profane louche à ces parties qu'un œil superficiel a jugées secondaires. Ainsi, Martin Luther aura enlevé l'Allemagne au vrai Christianisme , en prêchant contre les Indulgences ; Clément- Auguste la rattache à l'Eglise véritable, en maintenant, au prix de sa libcrié et de son sang, s'il le faut, la sainte franchise du Pxituel aux mains de ses Prêtres. Tels sont les événements qui se pressent en notre siècle; passons maintenant en Angleterre: un spectacle non moins merveilleux nous y attend. Tout le monde aujourd'hui est forcé de convenii- que l'oracle du sublime Joseph de Maislre, sur la Grande-Bretagne, est au moment de s'accomplir. Le règne de Dieu et de son Eglise approche pour l'Ile des Saints. Or, nous l'affirmons tout d'abord, la cause principale de ce retour à l'anlique foi, de celte dissolution du Protestantisme Anglican, tandis que le Pi'cs!)ylérianisnîe, le Méthodisme tiennent encore , n'est pour ainsi dire (pie le développement de
LITCRGIQUES. 719
rélémpiil liturgique que In plus heureuse inconséiiuence avait conservé au seiu de V Eglise- Etablie. Son (Utlondricr où figurcnl encore les Saints, ses livres d'OITicos presque toujours traduits liltcralernentsur ceux de l'Eglise Romaine, SOS habits sacerdotaux, ses ornements pontificaux retenus dans leur forme catholique, ses Cathédrales et autres édifices religieux conservés, restaurés, entretenus avec un soin pour ainsi dire filial, etc. (I) ; toutes ces choses n'étaient pas de simples anomalies; il fallait y voir les indices d'une réaction ft-tiwe. Quand on pense que long-lcmps avant la fin du dix-septième siècle, deux Anglicans, Dugdale el Dodsworth, publiaient le Monaslicon AngUcanum , préludant ainsi, longtemps à l'avance, aux travaux que les Catholiques euxmêmes entreprendraient pour mettre en lumière les grandeurs et les bienfaits du Monaslicisme ; quand on se rappelle la faveur avec laquelle cette publication fut accueillie en Angleterre, et le zèle avec lequel tous les ordres de la société, même les acquéreurs des biens monastiques, s'offiirent à subvenir aux frais des nombreuses gravures qui enrichissent l'ouvrage, sans autre but que de conserver le souvenir âcà antiques merveilles de l'architecture papiste; il est facile de comprendre que du moment où demesquins et cruels préjugés
fi) C'est ici !e lieu de rappeler, avec Joseph de Ma'stre, les vers de Dryden, Mir le caraclère de l'Eglise Anglicane : « Elle n'est pas »répousc lé^iiime, mais c'est l.i maîtresse d'uu Roi; et quoique iille «évitlenle do Calvin, ell? n'a point la miiiO effrontée de 5es sœurs. sLevanila tête d'ini air m-j^stucux, tlie prononce assez .«listinctem nt ))1.}S noms de Pè'cs, de Conciles , de Chefs de l'Eglise : sa m^in porte la » crosse avec aisance ; cllo parle sérieusemeal de sa noblesse ; et sous le «niafqae d'une ndire isolée et rebelle, elle a su conserver oa ne s^ait «quel reste de grâce an'.ifpie, vcaûiable débris d'une dignité qui n'est splts. (Drydei). The hind and th>'. Panthcr. )
vicndronlù disparaître, celle naiion devra se précipiter ovidernent dansla vérité antique et grandiose du Caiholicismc. C'est déjà ce qui arrive aujourd'hui; d'abord, les conversions individuelles ont augmenté dans une proportion toujours croissante, au point d'arracher un cri d'alarme à l'Anglicanisme; mais bientôt la brèche s'est agrandit'; la profonde et large blessure faite à l'Eglise de Henri VIII et d'Elisabeth, a apparu plus désespérée encore qu'on ne l'aurait cru; et qui la guérirait, cctti; blessure, maintenant que la défection est déclarée dans le camp même de ces Docteurs d'Oxford, auxquels semblait être dévolue la défense de l'Eglise- Etablie? Déjà le Papisme triomphant les décime chaque jour, et ceux qui ne se rendent pas extérieurement à lui préparent, sans le vouloir, un retour plus universel encore, en publiant ces fameux Traités sur le temps présent qui, sous le prétexte d'arrêter le mouvement Catholique par des concessions modérées, ne font autre chose que l'accélérer. Or, c'est principalement sur les choses de la Liturgie que les disciples du Docteur Pusey conviennent qu'il est utile d'abonder dans le sens des usages Catholiques; le culte Anglican, si pompeux déjà comparé à celui des Calvinistes, leur semble encore trop nu et trop froid. Ils ont vu dans la tradition des Pères de l'Eglise, dont l'autorité est déjà réelle pour eux, ils y ont vu que plusieurs des cérémonies papistes remontent au berceau du Christianisme; ils songent à les rétablir. Un vague besoin delà Présence Réelle les travaille; en attendant, il leur faut des Images saintes, et les Reliques ne larderont pas à devenir l'objet de leur dévotion. Rien plus, ils ensont venus jusqu'à comprendre la nécessité de la Prière Canoniale; ils parlent de rétablir la récitation de l'Office divin ; plusieurs même l'ont déjà ostensiblement reprise, et voici les étonnantes paroles qui leur échappent sur ce Bréviaire Ronmin , si odieux pourtant aux
hérétiques et si imprudemment repousse par plusieurs Catholiques : c'est un des Traités pour le temps présent que nous allons citer (1).
« Le service de prière du Bréviaire est d'une telle excel- » lence et d'une telle beauté, que si les controversistes Ro- » mains étaient assez avisés pour le présenter aux Protestants » comme le livre de prière de leur Eglise, ils produiraient » infailliblement sur l'esprit de tout dissident non prévenu
» un préjugé en leur laveur Nous essaierons donc d'ar-
» racher cette arme aux mains de nos adversaires; nous la «leur avons abandonnée autrefois, comme bien d'autres » trésors qui nous appartiennent aussi bien qu'à eux, et nous » n'avons garde de penser que, nos droits étant ce qu'ils sont, » on puisse nous reprocher d'emprunter chez nos adver- » saires ce que nous n'avons perdu que par mégarde. »
L'auteur de la dissertation que nous venons de citer, après plusieurs aveux dans lesquels la plus noble franchise se montre souvent en lutte avec un reste de morgue protestante, trace une courte histoire du Bréviaire Romain , dans laquelle il dit expressément que, quant aux parties principales, ce Bréviaire est aussi ancien que le Christianisme luimême. Parlant de la reforme liturgique de saint Grégoire VU, au onzième siècle, il dit : a Grégoire VU n'a fait que reslau- » rer et adapter plus parfaitement aux Eglises le service de » prière du Bréviaire, en sorte que, dans sa forme actuelle^ » tant pour la distribution des heures que dans sa substance, » il n'est autre chose que la continuation d'un système de » prière qui date des temps apostoliques. »
(1) Tome in, paragraphe 75. Du Bréviaire Romain considéré comme renfermant l'essence du culte de prière de l'Eglise Catliolique. Celte dissertation n'a pas moins de 207 pages.
Le Docteur Anglican iraiîe ensuite du fond et de la forme du Bréviaire, et les détails qu'il donne funt voir qu'il n'a pas craint d'approfondir la matière, et que c'est avec une entière connaissance de cause qu'il relève le mérite du livre des prières Papistes. Il commence par une analyse du Service Hebdomadaire ( Psalterium per hebdomadam (1). Il passe ensuite au détail de l'Office du Dimanche , et donne en entier, pour exemple, l'Office du IV' Dimanche après la Pentecôte (2). De là, descendant à l'Office Férial, il produit celui du Lundi de la première Semaine de l'Avent (3). Le service de prières d'un jour de fête est représenté par l'Office delà Transfiguration (4). Il n'est pas jusqu'à l'Office d'un Saint qui ne soit analysé en détail par l'auteur, et, à l'appui de son exposé, il donne l'Office de saint Laurent (5). Enfin, et ce n'est pas la partie la moins curieuse de cette Dissertalion, l'auteur, dans une sixième section, après avoir exprime le vœu de voir l'Eglise Anglicane adopter, pour célébrer la mémoire de ses Saints, la forme du Bréviaire Romain, rédige à l'avance l'Office de Thomas Ken, Evêque deBath, mort en 1710, et place sa fête au 21 mars. Nous renvoyons cette pièce curieuse dans les notes du présent chapitre (6). Certes, on devra avouer, après cela , que le mouvement qui pousse l'Angleterre vers le Catholicisme est surtout un mouvement liturgique. Terminons par un dernier passage de la même Dissertation.
€ Avant la Réforme, dit encore l'auteur, l'Eglise observait
(1) Pages 17-23.
(2) Pages 26-86.
(3) Pages 87-96.
(4) Pages 97-116.
(5) Pages 117-134.
(6) ViU. la uole C.
LiTtJRGIQtJES. ^23
» chaque jour les sept heures du service de la prière, et » quelque négligcmmenl, si l'on veut, que ce service fût pra-
> tiqué par plusieurs, on ne saurait manquer de reconnaître » qu'il a exercé une grande influence sur les esprits, et que » sa cessation a laissé des traces encore visibles aujourd'hui. » En effet, partout où ce service de prières a été établi, un
> grand nombre de personnes remplies d'un esprit catholique » n'ont pas seulement écrit sur la piière, mais beaucoup aussi » l'ont pratiquée dans leur vie. Au contraire, depuis que cette » forme de prières est effacée de la mémoire du peuple, »les livres sur la prière sont devenus chez nous une chose » rare , et le peu que l'on en rencontrerait encore est dû à
> des personnes qui ont vivement senti l'obligation où nous » sommes de nous donner davantage à la prière. De plus, il ïest très certain que toute rehgion, quelque forme qu'elle
> ait d'ailleurs, si elle n'est pas appuyée sur la dévotion extéirieure et sur la prière réglée et commune , doit être nécesï sairement mauvaise dans son essence (1). » Encore une fois, le Royaume de Dieu approche pour une nation au sein de laquelle se répandent de pareilles doctrines, et nous ne pouvons que souhaiter à tous nos frères de France une entière compréhension de ces dernières paroles de notre Anglican.
Si le progrès des tendances Hturgiques accélère la marche de l'Angleterre vers la vérité et l'unité Catholiques, il est d'autres contrées où la compression de ces mêmes tendances amène les résultats contraires. D'immenses provinces , soumises à la domination de l'Autocrate Nicolas, voient s'éteindre le flambeau de la foi, dans les jours même où nous écrivons ces lignes, et les changements dans la Liturgie sont le moyen
(1) Page 75.
par lequel cette catastrophe est opérée : tant il estvraî,
comme nous l'avons dit ailleurs, que la Liturgie est un glaive à deux tranchanls qui, dans les mains de l'Eglise, sauve les peuples, et qui , aux mains de l'hérésie , les immole sans retour.
Nous avons caractérisé , au chapitre IX , ces Liturgies orientales, vénérables sans doute par leur antiquité, mais qui n'en ont pas moins éié un obstacle invincible à toute réunion durable de l'Eglise Grecque avec l'Eglise Latine, depuis la première consommation du schisme. Nous avons fait voir aussi de quelle triste immobilité ces mêmes Liturgies ont été frappées, impuissantes qu'elles sont, depuis huit siècles, à tout développement; tandis que la Liturgie Romaine n'a cessé, à chaque époque, de produire de nouvelles formes, sans altérer le fonds antique par lequel elle tient à l'origine même du Christianisme. Il est aisé de conclure de ces faits incontestables, que toute réunion des deux Eglises, pour être durable, devrait avoir pour auxih'aire une modification dans la Liturgie orientale, qui la mît plus ou moins en rapport avec les développements des formes calhuliqucs dans l'Occident. La fraternité devrait donc être scellée par certaines dérogations à des usages, antiques, il est vrai, mais sacrifiés au plus noble but;, puisqu'ils'agirait d'aspirer, dans une plus grande plénitude, cette vie dont l'Eglise Romaine est la source, et dont on suppose que le désir sincère aurait motivé la renonciation au schisme.
C'est là précisément ce qui avoit eu lieu dans la Liihuanie, depuis la réunion de cette vaste province à l'Eglise Romaine, dans le Concile que le Métropolitain Michel Rahoza tint en 1594, à Bressici, et qui fut confirmé par le Pape Clément Vil!. On y posa en principe la nécessité de modifier ccilaius rilcs dans le sens du Concile de Florence, et les dis-
posilions prises ù ce sujet furent observées également par les autres piovinces soumises à la Uussie , dans lesquelles l'union avee le Saint Siège existait déjà, ou fut rétablie à la même époque. Plus lard, en 17:20, Léon Kiszka, Métropolitain de toute la Russie, dans un Concile tenu à Zamosk, s'appliqua principalement à spécifier dans des règlements détaillés la différence entre les rites Grecs schisraaiiques et les rites Grecs-unis. Il fixa les cérémonies, particulièrement celles pour la célébration de la Messe; et l'autorité des résolutions prises à Zamosk fut si grande, elles furent jugées si conformes aux besoins des Eglises Grecques-unies, qu'elles furent unanimement embrassées par le Clergé de la Gallicie, delà Hongii.', de l'Esclavonie, de la Dalmalic, de la Croatie, etc. (1).
Quoique la lettre de la Liturgie Byzantine lut exactement conservée daiis les Missels Slaves à l'usage des diverses Eglises du rite Grec-uni dont nous venons de parler, ces Missels , outre l'article de la Procession du Saint-Esprit , la prière pour le Pape, l'addition de certaines Fêtes ou Commémorations de Saints, renfermaient plusieurs Rubriques dans lesquelles il était pourvu à la forme des cérémonies d'une manière diflercnle de ce qui s'observait chez les schismaiiques. Ces Missels étaient donc la forteresse de la foi et de l'unité. Ceux qu'on trouvait dans les Eglises Catholiques soumises à
(I) TSoiu devons obstrycr ici que des modificaiioas du même g.nre ont été faites, d-jpuis c'es siècles, daas les rites des Grccs-iuns de l'Italie, de la Corso, de la Sicile, des Iles de l'Archipel, elc, par raii-.oriîé des Fontifes Ro nains. C'est un préjugé Janséniste de croire qu'il y ait au monde une seule Eglise unie au Saint Siège qui soit inuépçndaîitc de Rome dans les choscs de !a Liturgie. On peul consulter sar ce sujet le Bullaire Roaiuin, et Ici Décreis de la Congrégation de la Pi opagande ; on y verra jusq.i'à ces derniers icmp-- rexercice du pouvoir Papal sur les rites des E^ilises orientales.
la Russie avant l'horrible persécution qui vient de fondre sur elles, sont le Missel de 1639, donné parle MétropolitainCyprien î^achowski, dédié au Prince Charles-Slanislas Radziewil; celui de 1727, publié par le Métropolitain Kiszka; celui de 4790, imprimé par ordre du Métropolitain Szeptycki; enfin, le plus récent, promulgué, il y a peu d'années, parle Métropolitain Joseph Bulhack (1).
On peut rapporter les diverses modifications de la Liturgie Grecque dans le sens Romain à deux classes ; la première, moins considérable, dans le Rituel, se compose de certaines additions aux cérémonies desSacreraenls, par exemple, l'onclion des mains dans la collation de l'ordre de Prêtrise, etc.; la seconde, dans le Missel, a pour objet les démonstrations de piété et d'adoration envers le divin Sacrement de l'Eucharistie. Sous ce dernier rapport. l'Eglise Orientale, au sein de laquelle l'erreur des Sacramentaires n'a point étendu ses ravages, est restée beaucoup en retard de l'Eglise Latine qui s'est vue obligée de multiplier les témoignages liturgiques de sa foi et de son amour pour le Sacrement de l'Autel , en proportion des attaques de l'hérésie. Mais on sentira facilement que ces développements de culte, si légitimes en euxmêmes, en supposant même que les Eglises d'Orient puissent encore surseoir à leur adoption , sont devenus absolument nécessaires dans les Eglises de l'Occident, qui a été si violemment ravagé par les adversaires de la Présence Réelle. Ces derniers ne prendraient-ils pas scandale de ce que, parmi les enfants de l'Eglise Romaine, les uns ne fléchissent pas même le genou devant l'Hostie sainte, tandis que les autres
(i) >'ous empruatons ces détails a la Lettre des cioquante- quatre PrOtres Catholiques de Liltiuanie, qui ont réclamé pour la foi et l'unité Catliolique auprès de l'Evéque Siemazko. ( Annales de Philosophie Chréfienne X' année, ///' série. Tome I. )
n'ont point assez de marques d'adoration à lui prodiguer? Et les fidèles du rite d'cc-uni ne seraient-ils pas blessés dans leurs plus chères affections religieuses, s'il ne leur était pas permis de pratiquer, à l'égal des Catholiques du rite Latin , auxquels ils sont mêlés, ces actes religieux qui ne sont, après tout, que la manifestation d'une même foi?
Il est donc résulté de là que sitôt après la réunion de 1594, l'usage d'exposer le Saint-Sacrement les jours de Fêtes et de Dimanches s'est introduit, à la grande satisfaction des Catholiques, dans la Liihuanie et les autres provinces du rite uni; les génuflexions, les adorations profondes à la sainte Eucharistie sont devenues des pratiques communes et dès-lors réglées par des Rubriques spéciales. Mais comme la piété Catholique ne se contente pas d'adorer le Verbe incarné, dans le divin Sacrement, mais qu'elle aspire encore à s'en nourrir comme de l'aliment de vie , les entraves que la Liturgie orientale met à la Communion fréquente ont dû pareillement céder devant l'empressement légitime des fidèles. Dans le rite Grec, il ne doit y avoir pour la célébration de la Messe qu'un seul autel , lequel doit être retranché derrière ce rempart qu'on nomme Iconostase, espèce de portique décoré d'Images saintes, qui laisse à peine l'œil pénétrer furtivement jusqu'à l'autel, et qui se ferme totalement aux instants solennels du saint Sacrifice. Ces usages sévères se sont irouvésmodifiés comme d'eux-mêmes. L'autel du fond est demeuré , il est vrai , retranché derrière V Iconostase, en plusieurs lieux ; mais dans beaucoup d'Eglises, ï Iconostase a été sacrifiée, et, dans presque toutes les autres, des autels extérieurs onlété construits en diversendroKsde l'édifice, à la manière Latine. Ces autels servent aux Messes ^J^'it^e'es qui sont inconnues aux schismaiiques, tandis qu'elles sont, pour les Catholiques, l'aliment de la piété, l'occasion facile d'approcher
fréquemment des saints Mystères et de resserrer le lien de l'unité. Enfin, ces autels multipliés, afin que la Victime sans cesse renaissante se multiplie comme la inanne du ciel qui en était la figure, ces autels que la foule des fidè!os environne dans une sainte familiarilé, ces autels qui voient célébrer un Sacrifice journalier, demandent un Clergé digne de les desservir, un Clergé voué à la chasteté; et voilà pourquoi, en attendant une heureuse révolution qui astreindrait le Clergé séculier au célibat , les Grecs-unis des contrées dont nous parlons professent une si grande vénération pour les Moines Basiliens, que leur profession de chasteté, qui rehausse encore en eux le zèle de la foi , rend aptes à la célébration journalière du grand Sacrifice.
Il est donc évident, d'après ces faits, que la Liturgie Grecque, chez un peuple uni à l'Eglise Romaine, tend naturellement vers des développements destinés à faire pénétrer en elle les formes du Christianisme occidental, et capables dans un temps donné , d'altérer plus ou moins, par l'efifet même d'un tel progrès, sa physionomie primitive. Et nous n'avons garde d'eu disconvenir; mais dans un pays dont le souverain s'est fait chef de la religion, en sorte que les formes du culte sont désonnais fixées parla loi de rEiat,on conçoit que la poHtique voie avec inquiétude et jalousie un mouvement imprimé à ces mêmes formes par des sujets dissidents. Un tel progrès devient un aileniatcontre la Liturgie légale et immobile, au moyen de laquelle l'A utocrate espère comprimer tout mouvement religieux, comme attentatoire à sa souveraineté spirituelle. Ce fut le motif qui arrêta promptement les velléités que Pierre I" sembla manifester quelques instants de replacer son Empire sous la communion Romaine. Plus tard, Catheiine II, après le partage de la Pologne ( cette affreuse calamité que tout vrai Catholique ne saurait trop déplorer),
LITURGIOUES. 729
devenue maîtresse de la Lilhuanie, de la Volhinie, de la Podolie et de l'Ukraine, employa toutes sortes de violences contre les Grecs-unis de ses nouveaux Etats, et l'on n'en complu pas moins de trois millions réunis violemment à l'Eglise schismatiqne, et privés désormais de tout moyen de suivre les rites qui étaient l'expression et la défense de leur foi.
Le feu de la persécution se ralentit un peu sous Paul I", sans qu'il fût permis néanmoins aux Catholiques du rite Grec-uni , arrachés violemment à leurs croyances et à leurs pratiques, de retourner à l'ancien culte. Alexandre I" régna ensuite, et s'il ne persécuta pas les Grecs-unis, il ne fit rien non plus en leur faveur ; si ce n'est, peut-être, d'autoriser le rétablissement du titre de la Métropole d'Halicz ; encore procéda-t-il en celte mesure sans le concours du Saint Siège. Des bouleversemenls inouïs , des suppressions , réductions et unions de Sièges épiscopaux, des nominations d'Evêques faites par l'autorité laïque et même schismatique, avaient jelé une grande confusion dans toutes les provincesRusses habitées par les Grecs-unis : la mission légitime avait cessé, et, partant, la vie des Eglises éprouvait une suspension désolante. Enfin, en 4817, il fut possible au Siège Apostolique de remédier, au moins en quelque degré, à de si grands maux. Joseph Bulack, élève de la Propagande, ayant été désigné par l'Empereur Tj^our Métropolitain de toute l'Eglise Grecque unie. Pie VII lui conféra l'Institution Canonique, avec des pouvoirs extraordinaires, pour réparer tout ce qui s'était fait d'irrégulier pendant la période d'anarchie spirituelle qui venait s'écouler. Biilack fut autorisé à donner hii-mêrae l'Institution Canonique à tous les Evêques de son rite qui ne l'avaient pas reçue, et, par ses soins, les Eglises qui étaient restées dans l'union avec le Saint Siège recouvrèrent une ombre de liberté , et accueil-
lirent quelques lueurs d'espérance; car l'esprit du Bienheureux Martyr Josaphat s'était reposé sur le pieux et fidèle Métropolitain Joseph.
Mais les Catholiques ne tardèrent pas à perdre toute illusion sur le sort qui les attendait. En 1823, Nicolas I" monta sur le trône impérial de toutes les Russies, et avec lui la plus abominable tyrannie. Ce Prince résolut d'en finir avec l'Eglise Catholique dans ses Etats; mais sa rage s'attaqua principalement aux faibles restes des Grecs-unis. Méprisant profondément l'espèce humaine, il ne compta pour rien la résistance du peuple et même celle des popes; le knout et la Sibérie devaient en faire bonne justice. Mais l'épiscopat pouvait offrir une résistance plus éclatante; il importait donc de l'anéanlir, ou, du moins , de le dégrader. rHlcolas a d'abord , en 1823, supprimé l'Evêché de Luck, à la mort du titulaire. Un nouvel ukase, en 1852, enchérissant encore, est venu décider que désormais les sujets Russes du rite Grec-uni ne formeront plus que deux Diocèses, celui de Lithuanie et celui de la Russie Blanche; par cette mesure sacrilège, l'épiscopat se trouvant réduit à deux membres , ou quatre iiU plus , en comptant les Vicaires-Evêques des deux Prélats, il devenait facile d'étouffer la foi Catholique, en employant la violence et la corruption contre des hommes faibles et isolés.
Le résultat de cet impie machiavélisme ne s'est pas fait attendre long-temps. Le pieux Joseph Bulhack a été enlevé trop tôt pour le malheur de son Eglise, et il a emporté dans sa tombe la liberté et la foi. Les Sièges de Luck, de Minsk, de Polotzk, se trouvaient déjà vacants, et à l'exception de Philippe-Félicien Szumborski, Evêque deChelm,au Royaume de Pologne, il n'y avait plus en exercice dans toute la Russie que trois Evêques du rite Grec-uni. Ces Prélats étaient Joseph Sieraaszko, qui s'intitule, de par l'Empereur, Evêque de li-
thuanie; Basile Luzynski, dit Evoque d'Orsza , établi par Micolas gérant du Diocèse de la Russie Blanche ; et Antoine Zubko, institué, également par TAutocrale, Vicaire du Diocèse de Lithuanie, avec le titre d'Evèque de Bresta. Ces trois malheureux Prélats, que l'histoire flétrira de la même honte qui s'attache au nom du Disciple perfide , et que l'indignation du Pontife Romain a déjà marqués d'un stigmate ineffaçable, ont livré au schisme et à l'hérésie les âmes de leurs peuples, et par eux la lumière du salut s'est éteinte sur de vastes contrées où leur devoir était de la conserver et de l'accroître. Ils ont adressé au tyran , sous la date du 12 février 1859 , une supplique, en les termes les plus humbles , tendante à obtenir la faveur d'être acceptés par Sa Majesté, eu»niémes, leur Clergé et leurtroupeau, dans la communion ûel'Eglise Apostolique-Orthodoxe-CathoUque-Grecque (1), et cette horrible prévarication a consommé la perte d'un million et demi de Catholiques, dans la seule Lilhuanie.
Au reste, ces Pasteurs mercenaires ont voulu en imposer à la conscience publique, quand ils ont osé affirmer qu'ils formaient , à eux trois , tout l'épiscopat Grec-uni de la Russie. Outre l'Evêque de Chelm que nous avons nommé ci-dessus , Prélat fortement attaché à la Catholicité, deu x autres Evéqucs ont refusé de souscrire l'acte de schisme ; l'un est le Prélat Zarski, Evéque in parlihus , et l'autre le Prélat Joszyf, membres l'un et l'autre du Collège Grec-uni de Saint-Pétersbourg. En outre, les trois Evéques apostats ont joint à leur supplique les signatures de mille trois cent cinq Ecclésiastiques, qu'ils assurent composer la totalité du Clergé Grecuni; et, d'autre part, on sait qu'en 1854, cinquante-quatre Prêtres Lithuaniens protestèrent contre les tentatives de
(1) Anmles de Philosophie Clirétienne, Ibid, pag. 334.
752 mSTlTUTIONS
Siemaszko pour éiablir le schisme. Il est vrai dédire que, depuis, la violence a produit de bien tristes effets sur la plupart de ces Popes, tous engagés dans les liens du mariage et ré-^ duits à choisir entre leur dev(»ir et l'exil en Sibérie.
Maintenant, il importe de faire connaître le double moyen employé par l'Autocrate pour accomplir son œuvre el poureu assurer la durée. Il a tout consommé par la suppression de rOrdre des Basiliens, le seul qui existât chez les Grec-unis, et par l'adoption forcée de nouveaux livres liturgiques.
Habile dans la tactique des gouvernements européens, quand ils veulent asservir l'Eglise, Nicolas a suivi 6dèlemeni tous les degrés qu'ils gardent dans Texécution de ce plan sacrilège. Ainsi, pour anéantir les Basiliens , il a commencé par les soumettre aux Ordinaires; en second lieu, il les a entravés dans l'admission des Novices ; la troisième mesure a été la confiscation des biens; enfin, la quatrième , qui a tout terminé, a été , en 1832 , la suppression définitive de l'Ordre lui-même. Du moins , la voix d'un Evêque s'est élevée contre cette machiavélique et atroce persécution ; le pieux Prélat Szezyt,suffragant de l'Archevêché de Mohilow, du rite Latin, a osé faire entendre des réclamations contre la suppression des Basiliens , et contre celle d'un grand nombre d'autres Monastères du rite Latin qui oui été abolis, jusqu'au nombre de 221 , dans la seule Métropole de Mohilow. Ce courage apostolique n'a pas tardé non plus à recevoir sa récompense. Le Prélat s'est vu arracher violemment à son troupeau et reléguer jusqu'aux extrémités de l'empire. Les instances de la noblesse ont pu seules obtenir qu'il ait enfin été rendu à l'exercice de sa charge pastorale (I).
(1) Nous devons mealionaér ici ua autre Prélat du rite Latin, que sa conduite pleine da courage désigne a l'admiration et à la recoQ-
Pendant qu'on travaillait à ruiner l'Ordre des Basiliens , ces Prèlros célibataires dont l'influence était si grande sur les Grec-unis, et qui leur garantissaient le bienfait de la célébration journalière du Sacrifice chrétien , les presses impériales de Moscou enfantaient, en 1831, un Missel destiné à remplacer dans les Eglises Grecques-unies celui du vénérable Joseph Bulhac et de ses prédécesseurs. Ce Missel totalement conforme à celui des Schismaiiques ne différait guère de l'ancien que par ses omissions. On y supprimait l'article de la Procession du Saint-Esprit , la mention du Pape , et aussi les diverses Rubriques tendantes à manifester par des rites spéciaux la foi dans le mystère de la Présence Réelle. Faire accepter ce Missel aux Eglises Grecques-unies , c'était donc les replonger dans le schisme , en même temps que déclarer la Liturgie impuissante à tout développement, quelque légitime qu'il soit. Nous avons signalé ailleurs ce caraclèrt; judaïque de la Liturgie dans les Eglises d'Orient.
Dès lors , le gouvernement russe a senti que tout était gagné pour son système s'il parvenait à introduire ce nouveau Missel dans les Eglises Grecques-unies ; cet attentat devenait facile depuis la suppression des Basiliens , la mort
naissance de tous les Catholiques. En 1833, le gouvernemeût de Varsovie ayant publié un édit qui enjoignait à l'Evêque de Podiachie, Mgr. Gullvowski , de faire disparaître des bibliothèques ecclésiastiques de son Diocèse un livre qui traite de la Concorde et de la Discorde des Grecs et des Latins , le Prélat a refusé de se soumettre à cette injonction, par laquelle on lui demandait de trahir les intérôis d'une religion dont il est le défenseur naturel. Il n'a pas montré moins de vigueur en s'opposant de toutes ses forces à l'exécution du décret impérial qui ordonne que les enfants issus des mariages entre les Grecs et les Latins seront, sans distinction, élevés dans la religion Grecque. Depuis près de dix ans, ce généreux confesseur de la foi et de la liberté de l'Eglise e. t chassé de sa ville éplscopale , et contraint d'errer à travers son Diocèse , sans demeure fixe et en butte k toutes les persécutions.
IZi INSTITUTIONS
OU la défection des Evoques de ce rite. Nous apprenons par une lettre du Ministre de l'intérieur à l'Empereur Nicolas, en date du 30 avriH837 (1) , que, dès celte époque , la plus grande partie des Eglises Grecques-unies, tant des villes que des campagnes, était déjà pourvue du nouveau Missel. On avait enlevé les anciens par violence, et dans la crainte que les usages extérieurs empruntés à l'Eglise Latine ne demeurassent comme une protestation contre la suppression des Missels Catholiques, l'Autocrate avait pris des mesures matérielles pour anéantir toutes les tendances vers les habitudes de piété du catholicisme. Ainsi , dans l'espace de trois ans ( de 1834 à 1857 ) , on avait rétabli la barrière des Iconostases daus trois cenis dix-sept Eglises de l'Eparchie Lithuanienne; aûn que désormais l'autel cessât d'être aussi accessible à la religion des peuples. Les autels latéraux, qui, dans les Eglises même dont les Iconostases avaient été conservées, étaient en dehors de cette barrière et si favorables à la célébration des Messes privées , avaient été démolis ; on avait conservé seulement ceux de ces autels dont l'emplacement et la construction se trouvaient liés inévitablement à la disposition architecturale de l'Eglise. Plusieurs Eglises en effet, surtout dans les derniers temps, avaient été bâties d'après un système de plus en plus rapproché de celui des Latins , dans lequel le nombre et le placement des autels est d'une si grande importance. Au reste, si le gouvernement russe consentait à ne pas démolir ces autels, c'était en défendant qu'on y célébrât désormais le saint sacrifice (2).
Mais ce que nous disons ici ne montre point encore assez la rage dont les Schismatiques russes sont animés contre les
(1) annales de Philosophie Chrétienne. Ibide n, Pages 240-242
(2) Jbidem.
formes liturgiques des Latins. On conçoit que la majesté de l'Autocraio se sente instinctivement blessée des honneurs rendus à THomme-Dieu , dont les Grecs-unis dressaient le trône quand ils exposaient le Saint-Sacrement , auquel ils prodiguaient les marques extérieures d'adoration; après tout, c'est une véritable cour, avec toutes ses assiduités et tous ses honneurs , que le Catholicisme tend à former autour du Tabernacle Eucharistique. Mais croirait-on que le Tyran en est venu jusqu'à se montrer jaloux de la sonnette que les Crecs-unis avaient empruntée des Latins , pour marquer les principaux instants du sacrifice et réveiller l'attention des fidèles? Le Ministre de l'Intérieur se glorifie auprès de son maître d'avoir fait disparaître cet usage papiste de toutes les Eglises deLithuanie (1).
Enfin , tel est l'éloignement que le Schisme Grec a toujours eu pour les développements de la forme dans l'art, éloignementquilui a inspiré ses déplorables théories sur la laideur du Christ et de la Vierge Marie , et aussi la raideur et l'immobilité de ses types, qu'on le voit aujourd'hui poursuivre avec la dernière rigueur le roi des instruments de musique , le grand moyen de l'harmonie sacrée , l'Orgue. Les Grecs-unis avaient reçu des Latins ce puissant mobile de la prière et des sentiments religieux ; avec l'orgue, ils se sentaient réellement fils de la Chrétienté Romaine, membres de la civilisation occidentale. Les ordres les plus sévères ont été donnés pour la destruction de cet instrument. Dans le Christianisme bâtard de la Russie , la clef des mystères est perdue ; on prétend réduire à la seule voix humaine toute l'harmonie qui devra retentir autour de l'autel ; comme si la vraie religion
(1) /bidem>
t56 INSTITUTIONS
n'avait pas reçu la mission de donner une voix à toute la nature et de forcer les élémenis à s'unir à l'homme dans un même concert. C'est ce que fait dans nos Eglises ce puissant prince de l'harmonie, qui a reçu la magnifique et biblique appellation û'Orgue , Organum. Qu'importent les succès merveilleux du collège des Chantres de la Cour à Saint-Pétersbourg, et des écoles de chant établies officiellement à Polock et à Zyrowice? Ce luxe ne sert qu'à mettre à découvert la pauvreté d'une Liturgie qui repousse, par système, les moyens grandioses d'accroître les effets de l'harmonie, et de marier la voix du peuple à celle des Prêtres dans un concert immense. Une religion de Cour, sensualiste et confortable , craint les mélodies fortes et sévères qui élèvent l'homme au-dessus du présent; il lui faut une harmonie qui soit toute de la terre, dans laquelle l'élément religieux ne fasse que raviver, par un contraste piquant , les sensations amollissantes du théâtre et des profanes mélodies. On sait de reste combien est dur, monotone et désagréable, l'accent du Prêtre dans la Liturgie Grecque; combien il est loin de la suave magnificence de noire Pré face , imitée pourtant des anciens Grecs : l'Orgue venait donc à propos pour relever l'inspiration et ranimer la prière languissante : l'Autocrate ne l'entend pas ainsi, et il est, au reste, assez piquant de le voir dans son zèle anti-liiurgiste s'accorder pour la destruction de l'Orgue avec le régicide Evêque Grégoire, que nous avons vu, au Concile de 1797, proposer de remplacer cet instrument par le tam-tam chinois.
Au reste , le gouvernement se charge de pourvoir avec largesse aux frais de l'éducation des nouveaux musiciens, et telle est sa munificence quand il s'agit de procurer l'exécution de ses plans anti-liturgisles, que le Ministre de l'Intérieur, dans le rapport déjà cité, fait voir en détail à son maître
LITORGIûtlES. 737
que le défaut d'argent est la seule cause du retard qui a été mis on quelques lieux à rexécution des ordres impériaux, tant pour le rétablissement des Iconostases^ que pour la substitution de Missels et ornements Grecs purs, aux Missels et ornements Papistes qu'on a été contraint de laisser subsister encore pour quelque temps.
L'Autocrate poursuivait donc avec ardeur son système de destruction du Catholicisme, au moyen de ces changements dans la forme, si signiûcatifs et si efficaces, en même temps qu'il travaillait à amener les trois évêques Siemaszko , Luzynski et Zubko, à déclarer leur apostasie. Ce dernier fait étant accompli , Nicolas a fait donner des ordres par le saint Synode, portant qu'on ne devra pas procéder avec trop de rigueur contre quelques usages religieux conservés encore par les nouveaux schismatiques; mais qu'on devra, au contraire, user de tolérance, et maintenir, autant quepossible, lesmémes pasteurs dans les Eglises, du moment qu'ils auront consenti à renoncer à l'unité Romaine. Le nouveau Missel de Moscou, l'interdiction des Messes privées, le rétablissement des Iconostases, la suppression des honneurs rendus au Saint Sacrement, etc., tous ces moyens joints à un système d'éducation schismatique, suffisent en effet pour consommer sans trop de violence la séparation qui a été le but de tant de crimes et de parjures.
Maintenant, la divine Providence permettra-t-elle que cette œuvre abominable demeure accomplie sans retour, et que le schisme Grec, avec toutes ses conséquences abrutissantes, étende à jamais son joug sur ces malheureuses provinces?C'est le secret de Dieu ; mais nous, sachons du moins accepter les leçons qui résultent de ces événements contemporains, dont notre préoccupation ne saisirait peut-être pas toute la portée.
D'abord, il est une fois de plus déaiontrépar les faits qu'il ne saurait jamais y avoir d'aiieniat contre la foi ou l'unité catholiques, dont le contre-coup ne se fasse sentir sur la Liturgie ; parce qu'il n'est pas non plus un seul des intérêts de cette foi et de cette unité, qui ne trouve dans la Liturgie sa représentation expresse. Cette vérité est banale à force d'avoir été répétée dans ce livre : ce sera la dernière fois. Concluons : donc, il est essentiel d'examiner les inifniions et les doctiines de ceux qui proposent des changeuienis dans la Liturgie, et se tenir en garde contre eux, fussent-ils couverts de peaux de brebis, et n'eussent-ils dans la bouche que les beaux mots de perfectionnement et de retour à l'antiquité. En second lieu, il résulte de ce récit que la politique des Pontifes Romains, qui a toujours tendu à réunir les Eglises dans une même Liturgie , vient de recevoir sous nos yeux une nouvelle et éclatante justification. Si, au temps de Catherine II, trois millions de Catholiques, et sous Nicolas I", un million et demi, ont été détachés du vrai christianisme, c'est uniquement parce que ces Catholiques manquaient de l'appui que leur eût naturellement offert la communauté absolue de rites, de chants et de prières, avec les autres membres de l'Eglise Romaine. Et cela est si vrai que ni Catherine H, ni l'Empereur Nicolas^ n'ont songé à réunir au schisme Grec des millions de Polonais dont la foi Latine les inquiétait, mais qu'ils sentaient retranchés derrière l'inviolable boulevart de la Liturgie Romaine. Or, toute Liturgie qui n'est pas Romaine devient infailUblement nationale, dans l'aiception plus ou moins étendue de ce terme, et, partant, elle tombe sous le pouvoir et l'administration du Prince ou de ses agents. En France, ce seront les Parlements, ou toute aulie forme judiciaire ou législative qui leur a succédé; en Russie, c'est l'Auiocrateavecses ministres. Un pouvoir tyrannique, impie,
hérétique, aura donc la haute main sur la foi des peuples et sur les mœurs chrétiennes qui dérivent de celte foi. Il est aisé de comprendre jusqu'où vont les conséquences de la forme nationale dans le culte; nous en avons signalé un grand nombre dans cet ouvrage, et quant aux provinces qu'un sévère jugement de Dieu a soumises à l'Empereur de Russie , tout le monde conviendra sans peine que la Liturgie Romaine eût garanti, avec la foi des peuples qui les habitent, cette dignité de la nature humaine qui ne souffre pas la servitude de la pensée et des affections religieuses. Si donc l'Autocrate a voulu, par ses mesures sacrilèges et anti-liturgiques , river à jamais les fers de ces populations malheureuses , c'est qu'il savait que les tendances Romaines qui se révélaient au milieu de la Liturgie Grecque telle qu'elles la pratiquaient, leur faisaient pressentir le bienfait d'une civilisation Catholique, et les amèneraient peu à peu, à se fondre dans les mœurs plus dignes et plus libres des nations de la langue Latine. La Pologne doit savoir maintenant que la seule nationaUté qui lui reste, celle qu'on ne saurait lui ôler malgré elle, est dans le Catholicisme; mais à la vue du sort malheureux desa triste sœurlaLithuanie, qu'elle comprenne aussi que le Catholicisme, chez elle, n'a de défense que dans la Liturgie. Qu'elle presse donc contre son cœur et qu'elle défende comme sa dernière , mais ferme espérance, ce Bréviaire et ce Missel Romains par lesquels elle sera toujours Latine , et non Russe. Qu'elle se sente fière aussi de ce que, par la Liturgie, le monde Catholique rend hommage chaque année à la grandeur des héros de sainteté qu'elle a produits; son Stanislas de Cracovie, son Casimir, son Hyacinthe, son Hedwige, et aussi son admirable Jean de Keniy, dans la fête duquel nous disons par toute la terre , suivant l'ordre du Siège Apostolique :
*IhO INSTITUTIONS
0 qui roganti nemini Opem negasti, patrium Regnum tuere ; postulant Cives Poloni et exteri.
Terminons maintenant celte revue de l'Eglise universelle, sous le rapport liturgique, en nous arrêtant à Rome même, où il nous reste à constater plusieurs faits remarquables ence dix-neuvième siècle. Nous verrons d'abord que les Pontife s Uoraains de nos jours n'ont été pas moins jaloux que leurs prédécesseurs, délaisser dans la Liturgie des marques de leur piété.
Pie VII, de sainte mémoire, plaça au Bréviaire, sous le rite double mineur, saint François Carracciolo, l'un des cinq Bienheureux qu'il avait canonisés. Il éleva au même degré la fête de saint Clément, Pape, qui jusqu'alors n'avait été que semi-double. Enfin, pour ranimer dans toute l'Eglise la dévotion à Marie Compatissante, il institua une seconde Fête des Sept Douleurs de la Sainte Vierge, qui se célèbre le troisième Dimanche de Septembre.
Léon XII accomplit une grande et honorable justice envers un des plus saints et des plus courageux Prélats du Moyenâge , en établissant au Bréviaire le nom et la fête de saint Pierre Damien, du degré Double-mineur, avecle litre de Confesseur Pontife et Docteur de l'Eglise. Ce fut la seule œuvre de ce genre qu'il exécuta dans son trop court Pontificat.
Son successeur Pie VIII, qui ne fil que passer sur la Chaire de saint Pierre, exerça d'une manière non moins solennelle sa prérogative d'arbitre de la Liturgie, en rendant un Décret pour attribuer désormais à saint Bernard le litre et les honneurs de Docteur de l'Eglise. Il y avait long-temps, il est vrai, que l'Eglise Gallicane avait accordé cette faveur à l'auteur des livres de Consideratione ; mais l'Eglise Romaine, ou
LITORGIQUES. 741
plutôt TEspi'it qui la dirige, n'a rendu cet oracle qu'en 1829, et toutes les Eglises du rite Latin s'y sont conformées.
Enfin, le grand Pontife Grégoire XVI, qui conduit avec tant de gloire le vaisseau de l'Eglise , a récemment fait usage de son autotiléliturgique, pour établir, du degré Double-mineur, la Fête du saint Evoque Alphonse-Marie de Liguori, l'un des cinq Bienheureux dont il a célébré la Canonisation, en 1839.
A ce dernier Décret s'arrêtent les développements actuels de la Liturgie Romaine ; mais ses triomphes n'ont de bornes que l'univers. Car c'est elle qui accompagne l'Apôtre qui s'en va planter la foi dans les régions infidèles ou hérétiques. Les jeunes Eglises de l'Amérique du Nord , celles qui s'élèvent de toutes parts dans la Grande-Bretagne et disputent pied à pied le terrain à l'Anglicanisme, ne connaissent d'autre prière que la prière de Rome; le sauvage de la Louisiane, l'Indien, le Chinois, le néophyte du Tonquin, l'insulaire de rOcéanie, sont les enfants d'une même Liturgie, et cette Liturgie est Romaine. L'Algérie même , colonie française , n'emploie pas d'autres livres pour les Offices divins que les livres de saint Grégoire , et tous ces Prêtres Français que Rome voit partir chaque année pour les quatre vents du ciel, et qui vont féconder de leurs sueurs et de leur sang la parole divine qu'ils annoncent à toute créature, avant de partir pour le lieu de leur mission, commencent par renoncer à ces modernes Bréviaires et Missels qu'ils avaient conservés jusqu'alors, ets'avancont vers les peuples qu'ils doivent évangéliser, les mains chargées de ces livres Romains auxquels est aujourd'hui attachée la fécondité de l'apostolat, comme au temps des Bonifacc, des Anschaire et des Adalbert.
C'est sans doute encore un triomphe pour la Liturgie Romaine que, seule de nos jours, au sein de la France, non seulement elle demeure la Liturgie des anciens Ordres Re-
llgieux qui renaissent de leurs cendres , mais que ces nouvelles familles qui se sont formées, l'une sous le nom de Société des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, l'autre sous celui de Congrégation des Maristes , et qui ont déjà opéré des fruits de salut chez les infidèles et mérité les bénédictions du Pontife Romain, se soient fait une loi inviolable d'être Romaines dans la Liturgie. Les nombreux Instituts et Monastères de Vierges qui fleurissent de toutes parts autour de nous, comme autant de plantations célestes, font aussi monter vers le ciel, sept fois le jour et au milieu de la nuit, la prière Romaine. Enfin , nous avons raconté ailleurs comment les pieuses Confréries qui contribuent à maintenir, dans un si grand nombre de Paroisses de France , la piété et les mœurs Chrétiennes, célèbrent leurs Fêtes, non d'après le Calendrier apauvri et stérile des nouveaux Bréviaires, mais bien d'après le Calendrier Romain , si riche de traditions , si fécond en grâces apostoliques.
Aussi, nous semble-t-il de plus en plus évident que la Liturgie Romaine est appelée à régner de nouveau en France tôt ou tard : et ce sentiment n'est pas seulement le nôtre; il est partagé par un grand nombre d'excellents esprits. Nous avons même souvent entendu répéter à des personnes assez peu suspectes que si Rome consentait à réformer son Bréviaire, l'opposition Gallicane ne saurait tenir contre l'influence de cette mesure. A vrai dire, il nous semble qu'il y a bien un peu d'outrecuidance dans celte manière de voir une si grave question. Sans doute , il est dans les choses possibles que Rome entreprenne, dans ce siècle, une réforme de son Bréviaire ; ce serait la quatrième depuis saint Grégoire ; mais qu'on le comprenne bien, cette réforme n'aurait point pour objet de produire un nouveau Bréviaire Romain. Celui de saint Pie Yest lemême que celui qui fut revu au treizième siècle par
les Frères Mineurs, le même que celui de saint Gréf;oire VU, le même que celui de sainl Grégoire I". Le Bréviaire qui sortirait de la réforme du dix-neuvième siècle ne sérail point autre non plus,quantau fond, que celui des siècles précédents; les théories françaises du dix-huitième siècle sont venues trop tard pour entamer l'œuvre séculaire et traditionnelle des Pontifes Romains. Mais ce n'est pas là précisément ce qui préoccupe plusieurs personnes dont nous avons souvent recueilli les aveux pleins de naïveté; leur grande espérance, au cas d'une révision du Bréviaire, serait de voir la somme des prières ecclésiastiques diminuée, à Rome, dans la proportion des Bréviaires Français.
Quoi qu'il en soit de cette attente, nous devons être assurés à l'avance que si le Siège Apostolique entreprend , en ce siècle, une réforme du Bréviaire; prévision qui n'a rien d'improbable, puisqu'il s'est déjà écoulé près de trois siècles depuis la réforme de saint Pie V, et que les deux précédentes n'ont pas été séparées par un aussi long intervalle ; nous devons être assurés, disons-nous, que cette réforme satisferait à tous les besoins de la Liturgie. Elle serait entreprise avec une souveraine aulorité, dirigée par cet Esprit qui conduit les Ponlifcs Romains dans les choses de la foi et de la discipline générale dont la Liturgie est l'expression. Elle ne serait point le fait d'une coterie hétérodoxe, ni le produit d'une école littéraire, ni le résultat d'une révolution pyrrhonienne dans la critique sacrée, ni l'œuvre d'un vain amourpropre national. La majestueuse confession des dogmes, la victoire contre les hérésies , la liberté ecclésiastique, la vigueur de la discipline, la dévotion à la Sainte Vierge et aux Saints, l'onciion de la prière, la sainte et inviolable tradition, avec ce progrès légit ime qui se fait dans la lumière et l'amour sous l'autorité, y puiseraient leur sublime manifestation ; en
Ikk INSTITUTIONS
un mot , cette nouvelle réforme , comme toutes celles qui l'ont précédée , serait un pas magnifique de l'Eglise et de la société vers la conquête d'un plus grand éclat de vérité et d'une plus grande force et douceur d'amour; car Ze sentier de l'Eglise est semblable à la lumière qui va toujours croissant , jusqu'à ee quelle enfante le jour parfait (1).
Il est temps de clore cette histoire générale de la Liturgie, et ce volume, par la bibliothèque des auteurs liturgistesqui ont fleuri ou fleurissent en ce dix-neuvième siècle.
(1802). Nous ouvrons notre liste par l'ouvrage suivant, composition anonyme et plus que médiocre ; mais les ouvrages Français publiés en ce siècle sur les matières liturgiques sont en si petit nombre, que nous ne permettrions pas d'omettre un seul de ceux qui sont venus à notre connaissance. Il est intitulé : Manuel Catholique pour l'intelligence de V Office divin. Paris, 1802, in-12.
(1805). Dufaud, ancien Doctrinaire, digne successeur des Foinard et des Grancolas, enfanta, dans ks premières années de ce siècle, une nouvelle utopie liturgique dont la réalisation n'exigeait rien moins que la destruction de tous les systèmes de prière ecclésiastique suivis depuis dix-huit siècles. Dufaud jugea à propos de faire imprimer son projet, à l'usage de la Commission Liturgique dont nous avons parlé ci-dessus. Il lui donna ce titre : Essai d'un nouveau Calendrier liturgique, ou classification nouvelle et raisonnée des fêtes pour tout le cours de l'année Chrétienne. Paris, 1803, in-8°.
(1804). Louis-Vincent Cassitio, Dominicain, a publié l'ouvrage suivant : Liturgia Domenicana spiegata in tutte le sue part:. *nSOi. Naples, 2 vol. in-12.
(1805). Léonard Adami, Avocat Romain, a rendu un grand
(1) Prov. IV. 18.
service à la science de la Liturgie et des nntiquités ecclésiastiques, par les précieuses annotations dont il a enrichi le Diario sacro du Jésuite Joseph Mariano Partenio, dont le vrai nom est Mazzolari. Ces annotations, qui font tout le mérite scientifique de cet ouvrage, ne se trouvent que dans la seule édition de 1805. Rome, 7 vol. in-12.
(1803). Alphonse Muzzarelli, ancien Jésuite, Théologien de la sacrée Péniiencerie , si connu par ses nombreux et savants opuscules, a donné une dissertation intéressante sur le culte du sacré Cœur de Jésus. Nous avons encore de lui : Observationes super annotationibus S. fidei Promotoris super extensione Festi atque approbalione Ofjicii et Missœ propriœ in honorem S. Cordis Deiparœ Y. M.
(1806). WalrafT, Docteur Allemand, a publié le précieux recueil intitulé : Corolla Uymnorum sacrorum publicœ devotioni inservientium. Veleres electi sed mendis quibus iteratis in cditionibus scatebant detersi, strophis adaucti. Novi adsumpti, récentes primum inserti. Cologne, 1806, in-8°.
(1810). Menne , Ecclésiasiique Allemand , est auteur de l'ouvrage suivant : Die Liturgie der Kirche systemat. abgehandelt. — La Liturgie de V Eglise systématiquement traitée. Augsbourg, 1810, 3 vol. m-S°.
(1810). Le chevalier Artaud, qui , plus tard, a donné au public l'histoire de Pie Vil , ouvrage curieux quoique fort incomplet, publia en cette année un livre intitulé : Voyage dans les Catacombes de Rome. Paris, in-8°. Nous mentionnons ce livre superficiel et rempli d'inconvenances de plus»d'une sorte, par cette seule raison que nous nous sommes jusqu'ici imposé la lâche de produire la succession des auteurs qui ont traité des raonumenis de Rome Souterraine, dont la des-
cription et l'appréciation importent si fort à la science liturgique.
(1810). J.-B. Louis-Georges Seroux d'Agincourt, ce généreux archéologue qui s'en vint à Rome pour y passer six mois et y demeura cinquante ans, a élevé un monument à la science liturgique, aussi bien qu'à la science archéologique en général , dans le grand ouvrage auquel il sacrifia toute sa fortune. Tout le monde sait qu'il est intitulé : Histoire de l'Art par les monuments , depuis sa décadence au cinquième siècle, jusqu'à son renouvellement au quinzième siècle, 3 vol. in-f" avec 323 planches. Paris, 1810-1823. Les monuments liturgiques sont innombrables dans cette collection, et pour ce qui est des antiquités de Rome Souterraine, d'Agincourt a l'honneur d'avoir le premier senti toute la valeur des peintures des Catacombes, et. fixé le point de départ de l'Iconographie Chrétienne , en assignant aux deuxième et troisième siècles la décoration de plusieurs des fresques des divers Cimetières.
(1811). Alexandre-Etienne Choron, musicien célèbre, publia en cette année une brochure intitulée : Considérations sur la nécessité de rétablir le chant de l'Eglise de Rome dans toutes les Eglises de l'Empire Français. Paris, 1811, in-8°. L'auteur justifie sa préférence pour le chaut Grégorien, par la supériorité de ce chant sur tous les autres qui n'en sont que des imitations généralement défectueuses; par l'origine même de ce chant qui se trouve être le seul débris, si défiguré qu'il soit, de la musique des Grecs et des Romains ; enfin, par l'utilité dont le rétablissement de ce chant peut être pour l'art musical, les compositeurs du seizième siècle ayant tous, sans exception, choisi les morceaux Grégoriens pour thème de leurs compositions. La place nous manque pour fiiire connaître et pour apprécier les propres travaux de Choron
sur le chant ecclésiastique ; mais l'occasion se présentera d'y revenir.
(1816). Augustin Albergotli, Evêque d'Arezzo, a donné un livre assez médiocre sous ce litre : La divina Salmodia seconda l'antica e nuova disciplina dellaChiesa. Sienne, 4816,
(1816). Antoine-Joseph Binterira, Mineur Observantin, Curé de Bilk au Diocèse de Cologne, et courageux confesseur de la liberté de l'Eglise, dans la cause de son glorieux Archevêque Clément-Auguste, publia, en 1816, l'ouvrage suivant : Commentalio historico-critica de libris baptizatorum^ conjugatorum et defunctorum antiquis et novis , de eorum faits ac hodierno usu. Dusseldorf, in-8". Mais son principal travail sur la science liturgique est l'ouvrage suivant : Die vorzûglichsten DenkwUrdigkeiten der christ-catholischen Kirche , aus den ersten, mittlern und lezten Zei' ten. — Les principaux monuments de l'Eglise Chrétienne- Catholique, des premiers siècles^ du moyen-âge et des temps modernes. Mayence, 1825-1853. 7 vol. en 16 tomes in-8°. Binterim, dans cet ouvrage où l'on retrouve l'érudition dont il a fait preuve dans ses innombrables écrits, mais aussi peutêtre ce défaut de critique qu'on lui a quelquefois reproché , s'est proposé de refaire en grand l'excellent ouvrage de Pellicia , dont nous avons parlé ci-dessus , et que tout le monde connaît sous ce lilre : De Christianœ Ecclesiœ^ primœ , mediœ et novissimœ œtatis politia.
(1817). L'Abbé Poussou de la Rozière fit imprimer en cette année un Mémoire sur la Liturgie, que cet auteur défend avec vivacité dans une lettre insérée dans l'Ami de la Religion (1). Cette utopie est assez semblable à celle de Du-
(i) Tom. X. Pag. 302 et suiv.
faud, et vient accroître le nombre des tristes manifestations de l'esprit d'anarchie en matière liturgique.
(1817). Ziegler, Bénédictin, Evéque de Lintz, est connu par l'ouvrage qu'il a donné sous ce titre : Die der heiligen Firmung der katholischen Kirche. — La solennité de la sainte Confirmation dans l'Eglise Catholique. Vienne, 1817, in-4°.
(1817). Jean-Christian-Guillaume Augusti, illustre Docteur Protestant, a rendu un service signalé à la science liturgique, en publiant le grand et bel ouvrage intitulé : Denkwilrdigkeiten aus der christlichen Archdologie. — Mémoires d'Archéologie Chrétienne. Leipsik, 1817-1825. 6 vol. in-8°.
(1817). Auguste-Jacques Rambacli, Docteur Luthérien, a pareillement mérité de la Liturgie, en publiant la compilation qui poite ce litre : Anthologie christlicher Gesange aus allenJahrhunderten der Kirche. — Anthologie de Chants Chrétiens de tous les siècles de l'Eglise. Leipsik, 1817, in-8°. Ce volume renferme les principales Hymnes Grecques et Latines recueillies religieusement par Rarabach. Il a été suivi de plusieurs autres qui contiennent les Cantiques Protestants de l'Allemagne, depuis Luther.
(1818). Le Docteur Bjorn , Danois, s'est occupé de travaux sur l'hymnographie, et a publié comme Rambach une collection d'Hymnes à laquelle il a donné ce titre : Hymniveterum poetarum Christianorum Ecclesiœ Latinœ selecti. Copenhague, 1818, in-8°.
(1819). Fr. Brenner, Chanoine de la Cathédrale de Bamberg, a fait paraître l'ouvrage suivant, dans lequel il professe les sentiments de l'école rationaliste à laquelle il appartient : Geschichte ïiber die Administration der hl. Sakramente. — Histoire de l'administration des SS. Sacrements. La première partie, qui renferme le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie, a paru à Bamberg, 1819-1824. 3 vol. in-S»,
(1819). Frédéric Mûnter, Evoque de Sccland en Danemark, nous appartient pour son savant opuscule publié à Copenhague, en 1819 (3G pag. in-4"), et intitulé : Symbola veteris Ecclesiœ, artis operibus expressa. L'auteur y traite de vingt-quatre des principaux symboles du Christianisme. Il s'est exercé de nouveau sur le môme sujet, avec plus d'étendue , sous ce titre : Sinnbilder und Kunstvorstellungen der aîten Christen. — Images symboliques et représentations figurées des anciens Chrétiens. Altona, 1825, parties I. et H. in-4°.
(1820). J. Michel Sailer, le saint et savant Evêque de Ralisbonne, compte parmi ses nombreux ouvrages plusieurs compositions sur les matières de la Liturgie. Nous citerons, entre autres, Geist und Kraft derkathol. Liturgie. — Esprit et vertu de la Liturgie Catholique. Munich, 1820, in-i 2. Nous devons mentionner aussi l'ouvrage suivant : Gedanken von der Abanderung des Breviers. — Réflexions sur le changement du Bréviaire, avec les remarques de F. X. Christmau. Ulm, 1792, in-S°.
(1822). Fr. Grundmayr, Docteur Catholique, a donné, entre autres écrits liturgiques , Liturg. Lexicon derrômischkathol. Kirchen-Gebràuche. — Lexique liturgique des usages de VEglise Catholique Romaine. Augsbourg, 1822, grand in-8°.
(1824). Le Docteur Jean Labus, savant Milanais, est connu dans la science de l'Archéologie Catholique, par un grand nombre de dissertations, imprimées les unes à part, les autres dans des recueils périodiques ou académiques. Les Fasti délia Chiesa, ou Vies des Saints pour tous les jours de l'année, qui ont paru à Milan, 12 vol. in-8", 1824 et années suivantes, sont remplis de notes fournies par Labus, et presque toutes d'un grand intérêt pour les amateurs des origines liturgiques.
(1824) . Louis Gardellini , Assesseur de la Congrégation des Rites, et Sous-Promoteur de la Foi, a dirigé l'impression des Décrets authentiques de la Congrégation des Rites. Celte colleclion si importante a paru à Rome en 7 vol. in-4° (1824- 1826). L'impression du huitième n'est pas achevée. L'auteur, que la science liturgique a perdu depuis , avait commencé dans le septième volume à fortifier son texte de notes excellentes; ce plan paraît avoir été adopté par son successeur, dans les cent trente premières pages du huitième volume, qui ont déjà été livrées à l'empressement du public.
(182o). Fornici, Ecclésiastique Romain, a donné, pour l'usage du Séminaire Romain, l'ouvrage suivant qui est toutà-fait élémentaire : Institutiones Liturgicœ ad usum Seminarii Romani. Rome, 1825, 3 vol. in-12.
(1826). J. A. Gall, Evêque d'Augsbourg, est auteur du livre intitulé : Andachtsilbungen ^ Gebraucheu. Ceremonien der Kirchen. — Pratiques , usages et cérémonies de l'Eglise. Augsbourg, 1826, in-S".
(1829). F. R. J. Antony, Docteur Allemand, a publié Touvrage intitulé : Archaolog-liturgisches Lehrbuch des gregorianischen Kirchengesangs. — Institutions Archéologico- Liturgiques surle chant ecclésiastique 6rrejort«n.Munster,1829, in-4°. — Nous citerons à ce propos le livre du Docteur Hoffmann de Falersleben, professeur à l'Université de Breslau, quoique nous n'ayons pu encore nous le procurer. En voici le titre : Geschichte des katholischen Kirchenliedes in Deutschland. — Histoire du Chant religieux Catholique en Allemagne.
(1829). André Millier, Chanoine de Wurtzbourg, est connu par son Lexicon des Kirchenrechts und der r'ômisch kathol. Liturgie. — Dictionnaire de Droit Ecclésiastique et de Liturgie Catholique-Romaine. WixTlzhonr g y 1829-1832. 3 vol. in-S*».
(1829). Theobald Licnhart, Supérieur du Séminaire de Strasbourg, est connu dans le monde lilmgique par l'ouvrage suivant : De antiquis Liturgiis et de disciplina arcani, Strasbourg, 1829, in-S".
(1829). J.-B.Salgues, ancien Doctrinaire, fameux par plusieurs ouvrages dont l'esprit et le ton contrastent grandement avec les habitudes de son premier état, appartient à notre bibliothèque parle livre 'm[\[i\\c: Delà Littérature des Offices divins. Paris, 1829, in-8". L'auteur y professe la plus expansive admiration pour les nouvelles Hymnes et Proses, et aussi le p!us grotesque dédain pour les œuvres de la poésie Catholique. Sous ce point de vue, l'ouvrage est monumental. (1850). Toussaint-Joseph Romsée, autrefois professeur de Liturgie au Séminaire de Liège , a donné divers traités de Liturgie pratique, assez médiocres, qui ont été réunis ensemble dans l'édition complète de ses œuvres, donnée à MaUnes, 1830. 5 tomes in-12.
(1830). Ambroise Guillois, Curé de Notre-Dame du Pré , au Mans, a fait paraître , vers cette année , un petit ouvrage intitulé: Le Sacrifice de V Autel, ou explication des Cérémonies de la Messe solennelle. Le Mans, 2 vol. in-18.
(1830). Un Ecclésiastique de Rouen, qui a gardé l'anonyme, prit, en cette même année , la défense des nouveaux Bréviaires de France, à l'occasion de la controverse soulevée par le Mémorial Catholique. Son ouvrage est intitulé : Dissertation sur la légitimité des Bréviaires de France, et du Bréviaire de Rouen en particulier. Rouen, in-S".
(1832). J. L. Locherer, Docteur Allemand, a donné l'ouvrage qui suit : Lehrbuch der christ-kirchlichen Archâologie. — Institutions d'Archéologie Chrétienne et Ecclésiastique. Francfort, 1832, in-8''.
(1832). J. Dobrowsky, est auteur d'un ouvrage intitulé:
Ueber den Ursprung der r'ômisch-slavischen Liturgie. — Sur l'origine de la Liturgie Romaine-Slave. Prague, 4832, in-S".
(1832). William Palraer, professeur au collège deWorcester, s'est occupé de la science liturgique sous le point de vue Anglican : Origines Liturgicœ ; or, Antiquities of the Englisch Ritual, and a dissertation on primitive Liturgies. — Origines Liturgicœ , ou Antiquités du Rituel Anglais, et dissertation sur la Liturgie primitive.
(1835). Jean England , Evêque de Charlestown, a fait paraître le livre intitulé : Explanation of the Cérémonies of the Hohj Weeck. — Explication des Cérémonies de la Semaine Sainte. Rome, in-12.
(1853). Joseph Settele, professeur au collège de la Sapience, à Rome, et profond Archéologue, a donné cette année un savant opuscule sur les Stations de Rome, intitulé : Notizie compendiose délie sagre Stazioni e Chiese Stazionali di Roina. Rome, 1833, in- 12. INous lui devons en outre un excellent mémoire , sur l'importance des monuments Chrétiens des Catacombes, qui se trouve au second tome des Atti dblV Accademia Romana d' Archeologia , et plusieurs autres dissertations sur des sujets analogues dans la même collection.
(1834). Joseph Marzohl, Aumônier de l'hôpital du Saint- Esprit, à Lucerne, et Joseph Schneller, membre de la Société Historique delà Suisse, publient en ce moment un ouvrage plein d'érudition, intitulé : Liturgia sacra^ oder die Gebrauche und Alterthûmer der katolischen Kirche , sammt ihrer hohen Bedeutung nachgewiesen aus den Schriften der frûhesten Jahrhunderte , und aus andcrn bewâhrten Urkunden und seltene7i Kodizen. — Liturgia sacra, ou les Usages et Antiquités de l'Eglise Catholique^ avec leur haute signification d'après les saintes Ecritures, et les écrits de$ premiers
siècles, ci autres monuments authentiques et manuscrits rares. Liiccrne, 1854-1841, in-8\ 4 volumes ont déjà paru.
(1834). Un anonyme Ilalicn, qui prend le nom de Filadelfo, a publié un curieux ouvrage de Liturgie pratique, sous ce titre : Ritonomia Ecclesiastica; la scienza dei sacri riti discussa canonicamentc, edecisamoralmente. Lucques, 1831. 2 gros volumes in 18.
(1834). Jean Diclicli, Prêtre Vénitien, est auteur d'un Dizionario Sacro-Liturgico, qui renferme plusieurs choses inléressanlos. La troisième édition, la seule que nous connaissions, est de Venise, 1854. 4 vol. in-8°.
(1854). Philbert, l'un des rédacteurs de la Biographie Universelle, appartient à notre bibliothèque par un Manuel des Fêtes et Solennités , publié à Paris, 1854, in-16.
(1854). L'Abbé Pascal, Prêtre du Diocèse de Mende, a fait paraître, en cette année, un livre intitulé : Entretiens sur la Liturgie ; nouvelle explication des prières et cérémonies du Saint Sacrifice, suivie de ta Lettre curieuse de Dom Cl. de Vert au Ministre Jurieu , sur les paroles et les actions du Prêtre à l'Autel, et d'une Mosaïque sacrée ou Ordinaire de Messe composé de fragments de divers Rites du monde Catholique. Paris, in-12. L'auteur promet depuis long-temps, sous le litre de Rational Liturgique, un ouvrage qui fera faire, sans doute , un grand pas à la science, et dont la publication est vivement désirée.
(1855). L'Abbé Lecourlier, Curé des Missions Etrangères, puis Théologal de Notre-Dame de Paris, publia, en 1853, un Manuel de la Messe , ou Explication des prières et des cérémonies du Saint Sacrifice. Paris, in-18. II a donné, l'année suivante, deux volumes in-18, sous ce titre : Explication des Messes de l'Eucologe de Paris. 2 vol. in-18.
(1855). Anloine-Âdalbert llnogck, professeur au Sémi- T. II. 48
7o4 INSTITUTIONS
naîre do de Leimcrilz, en Bohême, s'est fait connculre par son livre intitulé : Christhalhollsche Lilurgie. — Liturgie CkrétiennerCathoUque. Prague, J835-1857. L'ouvrage aura trois volnraes, dont deux seulement ont paru.
(1835). Slaudeniriaier, Docteur Catholique, a Tait paraître ùMayenee l'ouvrage suivant : Geisl des Chrislentliumes dargestcllt in den hl. Zciien^ in dcn hl. îlandcnlungen , undin der hl. Kunst. — V Esprit du Christianisme exposé dans les saints Temps, les saintes Cérétnonles et l'Art sainî. 1835, in-8'.
(1853). Nickel, Prêtre Catholique, comme le précédent, a donné l'ouvrage suivant, imprimé pareillement à Mayence : Die heiligen Zeiten imd Feste nach ihrer Geschichte und Feier, — Les Saints Temps et les Fêtes d'après leur histoire , et solennité. 1833, in-8°.
(1833). François-Xavier Schmid, Curé dans le Diocèse de Passau, est auteur de l'excellent livre intitulé : Liturgik der christhathoUschen Religion. — Liturgique de la Religion Catholique. Passau, 1833, in-8''. La Iroisicrae édition se publie maintenant par livraisons, dont la première est de 1840. 11 a publié, en outre : Grundrisz der Liturgili. — Plan de la Li- - turgique. Passau, 1856, in-8\ •
(1836). C. Chiral, Curé de Neuville-l'Archevêque, au Diocèse de Lyon , a donné : Esprit des Cérémonies de l'Eglise. Lyon, 1836, in- 12.
(1836). A. Welby Pugin, professeur d'antiquités ecclésiastiques au Collège Catholique de Sainte-Marie d'Oscolt, a puissamment avancé la régénération de l'Art Catholique en Angleterre, par la publication de plusieurs recueils de monuments accompagnés de planches. Nous citerons le plus piquant et le plus populaire de tous. Il est intitulé : Contrasts ; or, a parallel beluen the noble édifices ofthe fourteenth
LiTunciQUEs. 755
and fttccnth centuries, and similar buildings of the f resent day ; siiewing the frcsenl decay of tastc. — Contrastes, ou Parallèles des nobles édifices du quatorzième et quinzième siècles, et les bâtiments actuels du même genre , faisant voir la décadence du goût. Londres, 1830, in-4'. Piigiii traite en particulier des Eglises, autels, tombeaux, habits sacerdotaux, etc.
(1857) . Le Viconile V.'alsîî est auteur de l'ouvrage suivant : Tableau des Fêtes Chrétiennes. Paris, 1857, in-8".
(1857). Raoul Rochelle, savant Archéologue, connu par d'importanlcs pubiicaiions sur l'art antique, a abordé depuis avec succès la nialièrc des antiquités de Rome Soulerraine. Plusieurs disscrlalions sur ce sujet insérées dans les Mémoires de TÂcadémie des Inscripiions et Belies-Leîlres, ont annoncé un homme rempli d'érudilion et de sagacité. Il est à regrellcr qu'une plus intime connaissance de l'anliquilé chrétienne proprement dite lui ait manqué; ce qui l'a entraîné dans quelques écarts. Ces inconvénients ont presque entièrement disparu dans l'excellent petit volume que l'auteur a donné en 1857, sous ce titre : Tableau des Catacombes de Rome , 'm-\^. Raoul Rochelle avait publié, en 1834, un Discours sur Vorigine^ le développement et le caractère des types imitatifs qui constituent l^ Art du Christianisme. Paris, in-8". Cet opuscule remarquable, comme toutes les publications de l'auteur, pourrait cire avantageusement modifié en la manière que l'ont été scsdisserlations sur les antiquités des Cryptes Romaines.
(1828). En cette année a paru a Leîpsik, sous le nom d'un écrivain Allemand nommé Murait, l'ouvrage suivant : Briefe ûber den Gottesdienst der morgenlanàischen Kirche. — Lettre sur le Service divin de l'Eglise Orientale. C'est une traduction de l'ouvrage russe d'André Nicolaiewilsch Murawièff.
(1839). L'Abbé Cliarvoz a publié un pciit vohime sous ce lilie : Précis d'Antiquités Liturgiques , ou le Culte aux premiers siècles de l'Eglise. Lyon, 1839, in-12.
(1859). François de SchwiDghannb, est auteur d'un opuscule inliLuié : Ueber Kirchensprache und Landessprache in der Liturgie. — Sur la langue de l'Eglise et la langue nationale dans la Liturgie. Linlz, in-12.
(1859). L'Abbé Cousseau, Chanoine de la Cathédrale de Poitiers, s'est fait connaître dans la science liturgique par un Mémoire sur l'auteur du Te Deum, qu'il attribue à saint Hilaire. Nous avons parlé ailleurs de cet opuscule, qui est, au reste, d'une dimension fort restreinte. L'année suivante, l'auteur a donné un second Mémoire, mais plus sérieux sur l'ancienne Liturgie du Diocèse de Poitiers, et sur les monuments qui nous en restent, In-8°. Il est à regretter que ce travail vraiment remarquable, porte trop souvent la trace des préjugés que l'oubli presque général de la véritable histoire de la Liturgie a rendus si communs de nos jours.
(1840). Joseph Kehrein^ Professeur au Gymnase de Mayence, a publié, en cette année, le Recueil suivant : Lateinische Anthologie ans dcn christlichen Dichtern des Mittelalters. — Anthologie latine des Poètes Chrétiens du Moyen-âge. Francfort. 1840. in-8\CeRecueilesidestinéaux Gymnases et Lycées Catholiques. Le premier volume, le seul qui soit venu à notre connaissance, renferme les Hymnes des huit premiers siècles de l'Eglise. Le temps viendra sans doute aussi où dans nos petits Séminaires de France on étudiera les bonnes vieilles Hymnes Catholiques.
(I8'40). Daniel Rock , Prêtre Catholique Anglais, est auteur d'un ouvrage remarquable qui a paru à Londres sous ce litre : Hierurgia ; or the holy Sacrifice ofthe Mass. — Ilicrurgia, ou le saint Sacrifice de Ut Messe. 2 vol, in-8 .
(1841). Nous raltaclions à cette année les Conférences sur les Cérémonies de la Semaine Sainte à Rome , par Monseigneur Nicolas Wiseman , Evoque de Mollipolamos et Vicaire Apostolique en Angleterre. Le livre est en anglais, et a été publié en français par M. l'Abbé de Valette, en 1841. (Paris, iu-l"2 ). Cet Opuscule fort remarquable à tous égards , se recommande surtout par des aperçus pleins de goût et de largeur sur la valeur des formes liturgiques. Malgré sa faible dimension , il est digne de l'illustre et savant Prélat auquel nous devons déjà , pour ne parler que de l'objet de nos éludes , une précieuse Dissertation , publiée à Rome , il y a quelques années , sur la Chaire de saint Pierre , que l'on conserve dans la Basilique Vaticane , et dont nous parlerons ailleurs. Dans la Préface de ses Conférences sur la Semaine Sainte^ Monseigneur Wisemann mentionne deux ouvrages récents , publiés par deux de ses compatriotes sur le même sujet, le Docteur England , Evêque de Charlestown , aux Etats-Unis , dont nous avons annoncé le livre ci-dessus , et le Docteur Baggs, Vice-Recteur du Collège Anglais, à Rome.
(18il). Henri Gossler, Prêtre Régulier, Curé dans le Diocèse de Paderborn , vient de publier un livre de prières, dans lequel se trouvent fondues presque toutes les paroles de la Liturgie Romaine, avec le texte de V Imitation de JésuS' Christ. Cette œuvre toute allemande dans sa forme, annonce une connaissance profonde des choses de la prière dans son auteur. Elle porte ce titre : De Vita et Imitatione Christi Libri IV. redacti in seriem Dominicalem et Festivalem. Paderborn. 1841. énorme in-18.
(1841). Herman-Adalbert Daniel, Docteur de l'Université de Halle, a grandement mérité de la science liturgique , et s'est acquis des droits à la reconnaissance des Catholiques, par
7o8 INSTITUTIONS
l'importante Cûlleclîon qu'il vient de publier sous ce litre: Thésaurus Ilijmnologicus, sioe Hijmnorum, Canikorum, Sequentiarum , circa annum MD. usitatarum collectio amplissima. Hall. 1841. in-S". Le premier volume , le seul qui ait encore paru, ne contient que les Hymnes. Daniel les a enrichies de notes ci de scliolies remplies d'érudition , et remarquables aussi parle ton plein dedceence aveclequelilparlede uos croyances, et spécialement du culte du Saint-Sacrement, de la Croix, de la Sainte Vierge et des Saints. Tous ces Cantiques Papistes n'ont rien qui le scandalise; il s'y délecte comme dans des œuvres de la vraie piété , de la piélé chrétienne ; il en admh'e lu l^^iute et suave poésie ; en un mot , la publication du Docteur Daniel est un événement pour le protestantisme allemand , et aussi une sévère critique de ces Catholiques de France qui n'ont chargé les Santeul et les Coffîn de leur composer des Hymnes, que parre qu'ils pensaient que, jusqu'à ces deux latinistes, l'iiymnographie n'avait rien produit que de barbare et d'indigne du cuite divin.
(18il). Un autre Prolestant vient de publier un livre fort remarquable, et destiné aussi à constater le malaise que produit de plus en plus au sein de la Réforme l'absence des formes et des habitudes lilurgiqu:s. On trouvera à ce sujet les aveux les plus étonnants dans le livre intitulé : Des beaux arts et delà lan(/ue dei signes dans le culte des Ey'ises Réformées^ par C. A. Muiier. Paris. 18 il. in-8".
Kn terminant celle bibliothèque des auteurs lilurgisles du dix-neuv;èniô siè/ic, nous devons mentionner les travaux qui Oi:l éié publiés, de notre temps, dans plusieiMS recueils péiiod;(ji;es et dans lis Mémoirt s des sociétés !>avanles, sur divi;rs o;:jt'ts de la science qui i.ous occupe. Ainsi, nous devons dire qu'il n'est pas un volume des Actes
LiTunciQUKS. 759
de l'Académie Rawaine d'Archéologie qui ne rcnfernic plusieurs Mémoires précieux sur les anlicjuités du service divin. Des Dissertations nombreuses sont publiées journellement à Homo et dans les autres villes de l'Italie sur des points d'archéologie sacrée, cl ee serait rendre un immense service à la science cjue d'en former une coUeciion dans le genre de celle que fit paraître le P. Calogéra, au dix-huillème siècle. Malheureusement, il faut bien convenir que la France ne marche pas à la létc de ce mouvement, et pour bien apprécier l'état de la science liturgique en ce pays, il suffit sans doute de considérer la faiblesse et la mince importance de la plupart des ouvrages dont nous avons tâché de mettre S0U3 les yeux du lecteur la liste, incomplète peut-être, mais pourtant assez fidèle.
Nos recueils périodiques ont été long-temps presque stériles sur les questions liturgiques ; cependant , nous avons été grandement aidés, comme on a pu le voir, par certains articles historiques de VAmi de la Religion. U ne nous appartient pas de juger ceux que nous insérâmes nous-raôme, en 1830, dans le Mémorial Catholique , et qui furent reproduits en entier, à Lucques, dans le recueil si connu' sous le nom de i'ragmalogia Galholica, V Univers, dans ces dernières années, a ouvert ses colonnes à des discussions intéressantes sur diverses matières liturgiques, et on y a la plusieurs lettres de RI. l'Abbé Pascal, et plusieurs articles de M. Didron, sur des questions d'une véritable importance.
Si maintenant l'on considère les nombreux travaux qui s'exécutent en Fiance, depuis quelques années, dans le but si louable de conserver et d'oxpIiq«erles monuments religieux du moyen-âge, on a lieu de penser que, de ce côté, du moins, la bibliothèque liturgique du dix-ncuvièmc siècle est en mesure de prendre un accroissement colossal. Il est fâcheux
que la parue de ces éludes qui concerne la descriplion raisonnée et rinlerpréiaiiun sérieuse des mon uraents religieux ei des usages qui s'y raitachenl se trouve traitée d'une manière aussi peu satisfaisante. Sans parler de la précipitation et souvent aussi de l'absence complète de connaissances spéciales dans les auteurs, on sent aisément que ces matières vont mal aux mains des séculiers, mais surtout de ceux qui ne portent aux choses catholiques qu'un intérêt d'amateur. Il serait néanmoins injuste de ne pas distinguer, au milieu de ce déluge toujours croissant d'élucubraiions archéologiques, certaines œuvres qui méritent les égards et la reconnaissance des Catholiques. ISous avons mentionné ci-dessus Séroux d'Agincourt ; nous nous ferons un devoir de rappeler ici lo grand et bel ouvrage de Boisserée sur la cathédrale de Cologne, et plus lard les publications de M. de Caumont, qui a la gloire d'avoir accéléré puissamment le mouvement conservateur dont nous sommes témoins. Nous dirons aussi que M. du Sommerard marche à grands frais et avec zèle sur les traces de d'Agincourt. Enfin , le Clergé s'ébranle et se prépare à ressaisir une science qui lui appartient en propre. M. l'Abbé Bourassé vient de donner aux Séminaires un utile Manuel d'Archéologie, et les RB. PP. Arthur Martin et Charles Cahier, de la Compagnie de Jésus, publient en ce moment les vitraux de la cathédrale de Bourges, avec une fidélité de dessin et une magnificence typographique qui ne sont égalées que par la lucidité et la profondeur du commentaire Hturgique et archéologique qui encadre l'œuvre toute entière.
Nous voici enfin parvenus au terme de la difficile carrière que nous nous étions tracée : notre Introduction Historique à l'étude de la Science Liturgique est maintenant sous les yeux du lecteur. Nous oe placerons pas de con-
lituugiques. 7Gi
closions à la fin de ce Chapitre, comme nous l'avons praliqué jusqu'ici ; les corollaires d'un tel récit se tirent assez d'eux-mêmes.
il ne nous reste donc plus qu'à offrir nos actions de grûces au Dieu tout puissant dont la miséricorde nous a soutenu dans cette première partie d'un labeur si rude et si difficile ; après quoi, nous le supplierons de nous remplir de son Esprit, afin que nous puissions devenir capable d'expliquer à nos frères en Jésus-Chrisl et en la sainte Eglise , les ineffables merveilles de la Lilurgie sacrée.