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CHAPITRE V

DE LA LITURGIE, DANS l'ÉGLISE EN GÉNÉRAL, AU QUATRIÈME SIÈCLE.

L'Eglise enfin sort pour jamais des cryptes qui, trop souvent, avaient couvert de leurs ombres la majesté de ses mystères. Elle étale au grand jour ces rites dont la pompe et la sainteté achèveront la victoire que déjà l'auguste vérité de ses dogmes, et la beauté de sa morale, lui ont assurée sur le paganisme. Suivant notre usage , nous recueillerons dans ce chapitre les faits généraux , qui donneront l'ensemble de l'époque liturgique que nous traitons.

Or , le caractère de cette époque est le triomphe : c*est maintenant que s'accomplit la parole du Sauveur ; Ce qui se disait à l'oreille, prèchez-le sur les toits (1). Ces mystères cachés ou comprimés dans l'enceinte des temples éclatent au grand jour. La pompe et la richesse du culte , quelque splendides qu'elles fussent parles largesses des patriciens disciples du Christ, dépassent toute mesure du moment que les empereurs ont franchi le seuil de l'Eglise. De même que la foi , l'espérance des biens futurs , la charité fraternelle avaient fait jusqu'ici le lien intime des Chrétiens par tout l'empire, désormais les formes liturgiques, devenues formes sociales, proclament leur puissante nationalité. « Que si , s'écrie Eu- » sèbe , un seul temple situé dans une seule ville de Palestine » fut un objet d'admiration , combien plus est merveilleux » le nombre , la grandeur, la magnificence de tant d'Eglises

(t) Matth. X. 27.

> (le Dieu érigées dans tout l'univers (1) ? Les prophéties , » dit-il ailleurs, sont véritablemeirt acccomplies , aujour- » d'hui que nous voyons des hommes décorés en celle vie de j la dignité royale , confondus dans l'Eglise de Dieu avec les j> pauvres et le bas peuple ('2j . i

De toutes parts ; on relevait donc les Eglises démolies durant la persécution : on en édifiait de nouvelles par toute rétendue de l'empire. La Dédicace de ces temples s'accomplissait avec une splendeur toujours croissante; les Evéques s'y réunissaient en grand nombre , et le père de l'Histoire Ecclésiastique nous a conservé dans des récits pleins d'enthousiasme la mémoire de ces augustes cérémonies.

La première Dédicace d'Eglise que nous rencontrons tout d'abord après la paix de Constantin , est celle de la Basilique de Tyr, inaugurée vers l'an 313. Cette ville, qui avait pour Evêque Paulin, avait vu périr son Eglise durant la persécution de Dioclétien, et les payens s'étaient efforcés d'en défigurer jusqu'à l'emplacement, en y amassant toutes sortes d'immondices. On eût pu aisément trouver un autre lieu pour construire une église , lors de la paix rendue au christianisme ; mais l'Evêque Paulin préféra faire nettoyer le premier emplacement et y jeter les fondemens de ia seconde basilique , afin de rendre plus sensible encore la victoire de l'Eglise; et la gloire de ce second temple fut plus grande que celle du premier. Eusèbe fut chargé de prononcer l'homélie

(1). Quod si tempUim illud in vina Palestinae urbe admiraiione dignumerat; quanto magis mirabilis illa frequenlia , magnitudo et pulchriludo Ecclesiarum Del in omni loco excitatarum? IVam lotus orbis plenus Ecclesiis e;t. Euseb. Comment, in Isaiam. pag. S60.

(2) Quod si videas regios viros dignitateac praestantia inbacvita ornâtes, in Ecclesia Pei cum pauperibus ex infirma plèbe congregatos, ne cuncteris dicere etiam bac ratione impletam esse Scripturam. Euseb, ibid. pag. 402.

solennelle de la Dédicace au milieu d'un peuple immense accouru pour prendre part à cette fête.

S'adross;uu d'abord aux Evoques présens à la cérémonie, il connnence ainsi : « 0 amis d(î Dieu et Pontifes, qui portez » la sainte tunique et la couronne céleste de gloire , qui avez > l'onclion divine et la robe sacerdotale du Saint-Esprit (1). » Fleury lui-même a reconnu ici désignés clairement le costume pontifical et le diadème sacré dont les Evoques usaient déjà, au moins dans la célébration des mystères ; et comme nous ne voyons à cette époque aucun règlement ecclésiastique pour fixer ces usages , nous devons en faire remonter l'institution à l'époque qui avait précédé, et durant laquelle nous en avons déjà rencontré plusieurs vestiges significatifs.

Il célèbre ensuite le triomphe que Dieu vient de donner à son peuple sur ses ennemis , et la force victorieuse qu'il a mise en son Christ , qui seul , par la puissance de son bras , a opéré un si merveilleux changement. Après quoi , il s'étend sur l'éloge de l'Evêque Paulin qu'il compare tantôt à Beseléel, l'architecte du tabernacle mosaïque, tantôt à Zorobabel , le réparateur du temple. Mais ce qui nous intéresse davantage , c'est la description que fait Eusèbe de l'ensemble et des parties de la basilique avec le détail des mystères signifiés dans sa construction. Ce passage est important en ce qu'il nous révèle la forme des Eglises chrétiennes primitives , suivant notre remarque au chapitre précédent; mais jusqu'ici nous ne voyons pas qu'il ait été cité , ou même connu de quelqu'un de ces innombrables parleurs d'architecture reli-

(1) Amici et sacerdotes Dei, qui sacra tunica talari induti, et caelesti gloriae corona decorati , divinaque uuctione delibuti , et sacerdotali Sancti Spiritus veste amicti estis. JEuseb. But. Ecdes. Lib, X' cap. IF,

gieuse dont le pays regorge depuis quelques années , et qui nous étalent , avec une si grotesque suffisance , tout le luxe d'un savoir improvisé.

c Paulin, dans la réédification de son Eglise , dit l'élo- » quent panégyriste , non content d'accroître l'emplacement

> primitif, en a fortifié l'enceinte comme d'un rempart au » moyen d'un muc,de clôture. Il a élevé son vaste et sublime » portique vers les rayons du soleil levant; voulant par là » donner à ceux-mêmes qui n'aperçoivent l'édifice que de » loin , une idée des beautés qu'il renferme , et inviter par cet » imposant spectacle ceux qui ne partagent pas notre foi à » visiter l'enceinte sacrée. Toutefois, lorsque vous avezfran- » clîi le seuil du portique , il ne vous est pas licite encore » d'avancer, avec des pieds impurs et souillés : entre le » temple lui-même et le vestibule qui vous reçoit , un grand » espace en carré s'étend , orné d'un péristyle que forment » quatre galeries soutenues de colonnes. Les entre-colon-

> nemens sont garnis d'un treillis en bois qui s'élève à » une hauteur modérée et convenable. Le milieu de cette î cour d'entrée est resté à découvert , afin qu'on y puisse » jouir de la vue du ciel et de l'éclatante lumière qu'y verï sent les rayons du soleil. C'est là que Paulin a placé les » symboles de l'expiation , savoir les fontaines qui , situées » tout en face de l'Eglise , fournissent une eau pure et abonï dante, pour l'ablution, aux fidèles qui se préparent à entrer

> dans le sanctuaire. Telle est la première enceinte , propre » à donner tout d'abord une idée de la beauté et de la régu-

. » larité de l'édifice , et offrant en même temps une place con-

> venable à ceux qui ont besoin de la première instruction. » Au-delà , plusieurs vestibules intérieurs préparent l'accès » au temple lui-même , sur la façade duquel trois portes » s'ouvrent tournées à l'orient. Celle du milieu , plus consi-

j (lérable que les deux autres , on hauteur et en largeur, est » munie de baHanls d'airain avec des liaisons en fer et ornée » de riches sculptures : les deux autres semblent deux nobles » compagnes données à une reine. Au-delà des portes, s'é- » tend l'Eglise elle-même, présentant deux galeries latérales » au-dessus desquelles ouvrent diverses fenêtres ornées de » sculptures en bois du travail le plus délicat, et par lesquelles » une abondante lumière tombe d'en-haut sur tout l'édifice. » Quant à la décoration de cette demeure royale, Paulin a su ï y répandre une richesse, une opulence véritablement colos- » sales. Je ne m'arrêterai donc point à décrire la longueur et D la largeur de l'édifice , son éclat splendide , son étendue pro- » digieuse, la beauté rayonnante des chefs-d'œuvre qu'il ren- » ferme, son faîte arrivant jusqu'au ciel et formé d'une préî cieusc charpente de ces cèdres du Liban dont les divins » oracles ont célébré la louange quand ils ont dit : Les bois du » Seigneur^ les cèdres du Liban seront dans la joie. Parlerai-je ï de l'habile et ingénieuse disposition de l'ouvrage entier , de » l'excellente harmonie de toutes les parties , lorsque déjà 5) ce que l'œil en contemple dépasse ce que l'oreille en pour- » rait ouïr. Après avoir établi l'ensemble de l'édifice , et » dressé des trônes élevés pour ceux qui président, en même » temps que des sièges de toutes parts pour les fidèles, Pau- » lin a construit le Saint des Saints , l'autel , au milieu ; et » pour rendre inaccessible ce lieu sacré , il en a défendu l'ap- » proche, en plaçant à distance un nouveau treillis en bois, » mais si merveilleux dans l'art qui a présidé à son exécution, » qu'à lui seul il offre un spectacle digne d'admiration à tous » ceux qui le considèrent. Le pavé même de l'Eglise n'a point » été négligé : le marbre y décrit de riches compartiments. » Sur les nefs latérales de la Basilique ouvrent de très-amples » salles que Paulin , nouveau Salomon vraiment Pacifique ,

» a fait construire pour l'usage de ceux qui doivent recevoir » l'expiation et la purgation par l'eau et le Saint-Esprit. »

Après ces détails de description dont nous n'offrons ici qu'une traduction libre et abrégée , l'Evêque de Césarée se livre de nouveau aux transports de l'enthousiasme que lui inspire la délivrance de l'Eglise , figurée dans la splendeur du glorieux édifice élevé par la main de Paulin ; mais bientôt il rentre dans son sujet , et expose ainsi quelques-uns des mystères exprimés dans les formes de la construction du temple qu'il vient de décrire.

< Sans doute cet œu^Te est merveilleux et au-dessus de

> toute admiration , si on en considère l'apparence exté- » rieure ; mais bien autrement merveilleux est-il , si l'on s'é- » lèvejusqu'à son type spirituel, savoir l'édifice divin et rai- » sonnable bâti par le Fils de Dieu dans notre âme , qu'il a j choisie pour épouse et dont il a fait un temple à lui et à » son Père. C'est ce Verbe divin qui a purgé vos âmes de » leurs souillures , et qui les a confiées ensuite au Pontife

> très-sage et aimé de Dieu qui vous régit. C'est ce Pontife » lui-même , tout entier au soin des âmes dont il a reçu la » garde, qui ne cesse d'édifier jusqu'à ce jour, plaçant en » chacun de vous l'or le plus brillant, l'argent le plus éprouvé, » les pierres les plus précieuses , en sorte qu'il accomplit » par ses œuvres sur vous , la mystérieuse prédiction qui » porte ces paroles : Voici que j'ai préparé Vescarboucle » pour tes murs . le saphir pour tes fondemens , le jaspe » pour tes remparts , le crystal pour tes portes , les pierres t les plus recherchées pour ton enceinte extérieure : tous tes

> en fans sont instruits par Dieu même , tes fils sont dans la

> paix , toi-même es bâtie dans la justice. Donc , Paulin édi-

> fiant dans la justice , a disposé dans un ordre harmonieux » les diverses portions de son peuple , enserrant le tout d'une

Il vaslo nmraillo extérieure qui est lu ferme foi. 11 a dis- » Irilmé eelle nuillilude infinie dans une proportion digne de » la plus imposante structure. Aux uns , il a confié le soin des » portes et la charge d'introduire ceux qui veulent entrer; ils B forment ainsi conmit! un vestibule animé. D'autres se lien- » nont près des colonnes qui supportent la galerie quadran- » gulaire de la cour intérieure, parce qu'ils épellent encore le V sens littéral des (jualre Evangiles. D'autres , qui sont les » catéchumènes , ont leur place sous les galeries latérales du ï royal édifice , pour signifier qu'ils sont moins éloignés de ï la connaissance de ces mystères secrets qui font la nour- » riture des fidèles. Quant à ceux-ci , dont les âmes sont » immaculées et purifiées comme l'or , dans le divin lavoir , » ils se tiennent soit auprès des colonnes de la nef principale » qui , s'élevant à une hauteur supérieure à celles du por- " tique, figurent les sens mystérieux et intimes des Ecritures ; » soit auprès des fenêtres qui répandent la lumière dans l'é- 3> difîce. Le temple lui-même est décoré d'un simple et impo- ? sant vestibule , pour marquer la majesté adorable du Dieu » unique ; les deux galeries latérales qui accompagnent l'édi- » fice , expriment le Christ et le Saint-Esprit , double émana- » tion de lumière : enfin , toute la doctrine de notre foi rayonne I dans la Basilique avec un éclat éblouissant. Les trônes , les » sièges , les bancs placés dans ce temple sont les âmes dans » lesquelles résident les dons qu'on vit un jour s'arrêter sur » les apôtres, en forme de langues de feu. D'abord le Pontife » qui préside est pour ainsi dire rempli du Christ : ceux qui » siègent après lui (les Prêtres), font éclater dans leurs per- » sonnes les dons du divin Esprit. Les bancs rappellent les » âmes des fidèles sur lesquelles se reposent les anges confiés » à la garde des élus. Enfin , l'autel lui-même unique , vaste , » auguste , qu'est-il , sinon l'âme très-pure du pasteur

» universel, del'Evêque, véritable Saint des Saints, dans » lequel réside le Pontife suprême , Jésus Fils unique de » Dieu (1) ? »

Nous avons enregistré ces paroles d'Eusèbe comme le point de départ des traditions écrites sur la construction des Basiliques , portion si importante de la science liturgique. Toutes les églises bâties au quatrième siècle , tant en Orient qu'en Occident , nous apparaissent sous la forme si éloquemment décrite ci-dessus : ce qui prouve jusqu'à l'évidence que le type , pour être ainsi universel , était antérieur à la paix de Constantin (2) . Les mystères cachés sous les détails de la construction, et si magnifiquement racontés par l'Evêque de Césarée, étaient connus du peuple fidèle, à qui le langage des symboles était familier dans une religion qui sanctifiait toutes les parties de la création. Nous verrons cette symbolique s'enrichir encore dans l'Eglise d'Occident, jusqu'à l'époque où l'esprit positif de la réforme , réagissant même sur les peuples catholiques , en vint à dicter des plans d'église muets et déshérités de tous les souvenirs de la tradition. Quant aux rites au moyen desquels les temples étaient consacrés, au quatrième siècle, dans l'Eglise d'Orient, nous sommes réduits à de pures conjectures, du moment que nous voudrions les reproduire. Il est hors de doute que le chant des psaumes et des hymnes y occupait une grande place ; que des oraisons de consécration , dans le style du reste de la Liturgie, devaient résumer la prière des Pontifes et lui donner une plus grande force de sanctification ; que , dans

(1) Vid. la note A.

(2) >"ous rapprocherons des paroles d'Eusèbe ce passage des Constitutions Apostoliques : Primo quidem œdes sit oblonga , ad orientem versa, ex utraque parte pastophoria versus orientem habens, et qtiœ navi sit similis. Constitut. Apostol. Lib. II. cap. 57. Cotelier. pag. 261.

ces occasions, les Evêqiies paraissaient avec de riches habits pontilicaiix; ([u'cnlin une Dédicace était comme aujourd'hui un sublime spectacle de Religion, destiné à graver, dans l'esprit et le cœur des peuples, un profond sentiment de la sainteté et de lu majesté de cette demeure que le Seigneur daigne se choisir au milieu des hommes.

Dans l'Occident , les traditions de l'Eglise Romaine nous apprennent que le Pape saint Silvestre institua et régla en détail , dès le quatrième siècle , les rites que nous pratiquons aujourd'hui dans la Dédicace des Eglises et des autels (1). Ce Pontife eut les plus magnifiques occasions de les pratiquer dans l'inauguration des Basiliques fondées à Rome par la munificence de Constantin. Cet empereur bâtit, en son palais de Latran , une église qu'il dédia sous le titre du Sauveur, et qui maintenant, connue sous le nom de Saint-Jeande-Latran , est devenue le siège du Pontife Romain , la Mère et la Maîtresse de toutes les églises de Rome et du monde entier, ainsi que le porte l'inscription qu'on lit sur sa façade principale. Outre cette Eglise , Constantin éleva celle de Saint-Pierre , sur le corps même de cet apôtre , au Champ- Vatican ; celle de Saint-Paul , sur le corps de l'apôtre des Gentils, sur le chemin d'Ostie ; celle de Saint-Laurent, extra muros, sur la voie Tiburtine; celle de Sainte-Croix-en-Jérusalem, in agro Sessoriano; celle de Sainte - Agnès ^ sur la voie Nomentane; celle des Saints Marcellin et Pierre, sur la voie Lavicane; et plusieurs autres encore dans Rome et dans les environs de cette capitale.

Non content de réédifier les sanctuaires de l'ancienne Rome avec une magnificence vraiment impériale , le pieux

(1) Ritusquos in consecrandis Ecclesiis et altaribus Romana servat Ecclesia , Beatus Silvester Papa primus instiluit. Brev, Rom, XI, Novemb.

empereur voulut, autant qu'il était en lui , sanctifier la nouvelle qu'il bâtissait sur l'ancienne Byzance. 11 y construisit de magnifiques Basiliques , entre autres celle qu'il dédia àl a Sagesse Eternelle, sous le nom de Sainte -Sophie; celle de Sainte Irène , qui fut sous son règne la grande Eglise ; celle des Douze Apôtres , qu'il destina pour sa sépulture , et un grand nombre d'autres dans la ville et aux environs , principalement sur les tombeaux des martyrs. Son zèle pour les solennelles manifestations de la foi , parut aussi dans le soin qu'il prit de placer la figure de la Croix dans les lieux publics de la nouvelle capitale. Il aima aussi à faire représenter sur les fontaines, au milieu des places , deux sujets principalement chers aux Chrétiens de l'âge primitif, le bon Pasteur et Daniel dans la fosse aux lions (1).

Mais un sujet qui émut particulièrement en ce siècle les Chrétiens, et qui fournit l'occasion aux actes les plus pompeux de la Liturgie, fut la restauration foite, par sainte Hélène, des lieux sacrés de la Palestine qui avaient été les témoins de la vie, des prodiges et des souffrances de l'Homme-Dieu. Secondant avec zèle les pieuses intentions de sa mère , Constantin mit les trésors de l'empire à la disposition de saint Macaire, évêque de Jérusalem, afin que l'Eglise qui devait être bâtie sur le Saint-Sépulchre surpassât en magnificence tous les édifices que pouvaient renfermer toutes les villes du monde (2). Eusèbe nous a pareillement conservé la description de cette Basilique , qui fut construite en six ans : nous plaçons ce précieux morceau dans les notes , à la fin du présent chapitre (5). Après avoir étalé toutes les splendeurs

(1) Eusebe. Vita Constaniiai, passim.

(2) Voyez la lettre de Constantin k saint Macaire, dans Eusèbe, Hta Constant. Lib. III, cap. JXY. XXXI. XYX//.

(3) Vid. la note B.

qui brillaioni clans la construction do l'Eglise du Saint Sépulchre, l'historien termine ainsi : « 11 nous serait impos- »sible do raeonlor la somptuosité, la délicatosso, la grand(;ur, » lo nombre , la variété des oi-nomcnts ot autres objets d'of- » fraude , étincelants d'or , d'ai'gent et de pierreries , que la » magnificence impériale accumula dans le temple de la Ré- » surreclion (l). »

Mais si nous avons à déplorer lo silence d'Eusèbe sur une matière aussi importante pour la Liturgie que les vases sacrés et autres dons qui entouraient l'autol, dans la Basilique du Saint Sépulchre , la Providence a permis du moins que l'inventaire de plusieurs églises de Rome , au même siècle, parvînt jusqu'à nous, pour nous dédommager en quelque sorte de ce que la négligence des historiens nous a fait perdre. L'importante Chronique , connue sous le nom de Liber Pontipcalis , dont nous avons entrepris la publication dans nos Origines de l'Eglise Romaine, renferme, à l'article de saint Silvestre , la liste des objets offerts à plusieurs Eglises de Rome, tant par ce saint Pontife que par Constantin luimême. On peut, d'après ces détails, se faire une idée du service divin , tel qu'il était exercé dans des Basiliqties si richement pourvues de toutes les nécessités du culte. Nous nous contenterons de donner ici quelques traits, renvoyant aux notes qui suivent ce chapitre le texte même de la Chronique.

« Constantin Auguste, dit la Chronique Pontificale, édifia » la Basilique Constantinienne (de Latran), dans laquelle il » mit beaucoup de vases d'or et d'argent , de pierres pré- » cieuses et d'objets d'ornement. Il revêtit l'abside d'or pur, î et en garnit la partie supérieure d'argent battu ; il y plaça

(1) Eusebe. Yitâ Constant. Lib. III. cap. XL.

«l'image du Sauveur, assis sur un siège, haute de cinq

> pieds , et pesant cent vingt livres ; et aussi les douze apô-

» très, pesant chacun quatre-vingt-dix livres, avec descou-

» ronnes : le tout d'argent très pur. En face de l'abside , une

» autre image du Sauveur assis sur un trône , haute de cinq

» pieds, d'argent très pur, et pesant cent soixante livres :

» quatre anges d'argent, pesant cent cinq livres, ayant des

» escarboucles aux yeux , et tenant des lances terminées en

» croix : le phare ou lampadaire suspendu dans la tribune de

» l'abside avec cinquante dauphins d'or très pur, le tout pe-

»sant, avec la chaîne, vingt-cinq livres : quatre couronnes

» d'or très pur, avec vingt autres dauphins servant de lampes,

» le tout pesant quinze livres : cinq cents livres d'or laminé

» appliquées à la voûte de la Basilique dans sa longueur et

» dans sa largeur : sept autels d'argent très pur, pesant cha-

» cun deux cents livres ; sept patènes d'or , pesant cha-

» cune trente livres : quinze patènes d'argent, pesant cha-

» cune pareillement trente livres : sept coupes de communion

» en or, pesant chacune dix livres : une coupe particulière

> en métal , couleur de corail, garnie de foules parts d'éme- » raudes , et d'hyacinthes enchâssées dans de l'or, du poids » de vingt livres, trois onces : vingt coupes d'argent , pesant

> chacune quinze livres : deux ampoules en or très pur, pe-

> sant chacune cinquante livres, et pouvant contenir chacune I un médimne : vingt ampoules en argent , de même mesure » et pesant dix livres : quarante calices moindres , d'or très

> pur, et pesant chacun une livre: cinquante calices moindres, » destinés au ministère , en argent , et pesant chacun deux

> livres.

> Dans la Basilique même , hors de l'abside , devant l'autel , » un autre phare d'or très pur, dans lequel brûle une huile » de nard sans mélange , avec l'accompagnement de quatre-

» vingts dauphins , le tout du poids de trente livres : un phare » en argent , avec cent vingt dauphins , du poids de cin- » quante livres : quarante -cinq autres phares en argent » dans la grande net" de la Basilique ; quarante dans la nef » latérale de droite , et trente dans celle de gauche : cin- » quante candélabres en argent, pesant chacun vingt livres, > placés dans la grande nef : trois grands vases d'argent très » pur, pesant chacun trois cents livres, et contenant chacun » dix médimnes : sept candélabres d'airain , pesant chacun » trois cents livres, destinés à être placés devant les autels, » hauts de dix pieds , ornés de médaillons d'argent représen- » tant les prophètes, etc. (1). »

Ce court fragment donnera une idée de la richesse des Eglises bâties et ornées par les empereurs : le suivant nous donne la mesure de la munificence d'un Pape du quatrième siècle , envers une simple Eglise fondée par lui dans Rome. «Silvestre bâtit, dans la ville, une église sur le terrain d'un » certain prêtre nommé Equitius. Ce Titre , situé près des » Thermes de Domitien, est appelé encore aujourd'ui TUulus î Equitii (2). Le Pape y offrit les dons suivans : une patène j> d'argent , pesant vingt livres , qu'il avait reçue à cet effet » de Constantin Auguste : deux coupes de communion en ar- » gent , pesant chacune dix livres : un calice d'or du poids » de deux livres : cinq calices pour le ministère , pesant cha- » cun deux livres : deux ampoules d'argent, pesant chacune î dix livres : une patène d'argent , pour le chrême , incrustée j> d'or et pesant cinq livres : dix lampes ornées de couronnes, » pesant chacune huit livres : vingt lampes d'airain , pesant

(1) Vid. la note C.

(2) Ou nomme maintenant cette église Saint-Silvestre et Saint-Martin , ai'Monti.

» chacune dix livres : douze chandeliers d'airain , pour les j cierges, pesant chacun trente livres, etc. (i). »

Nous avons établi ailleurs l'autorité de la Chronique qui nous fournit ces détails, et fait voir qu'elle a été rédigée successivement par plusieurs Bibliothécaires du Siège Apostolique , sur les mémoires les plus anciens et les plus authentiques.

Ces Basiliques si vastes, si somptueuses, retentissaient, le jour et la nuit , des chants du clergé et du peuple ; mais la majesté des rites allait croissant, le chant devenait plus mélodieux ; les formules saintes revêtaient de jour en jour plus de grandeur et d'éloquence. Nous parlerons plus loin des diverses Liturgies tant de l'Orient que de l'Occident : leur origine première se confond avec l'origine même des Eglises qui les pratiquaient; mais elles recevaient de nouveaux développements à cette époque de paix. De grands Evêques , illustres soit par la splendeur de leur siège , soit par leur doctrine universelle, consacraient leurs soins au perfectionnement des rites et des prières, et fécondaient, par de nouvelles inspirations , les saintes traditions de l'antiquité. Mais , comme dans les plans de la Pro^^dence , tout sert à l'accomplissement des desseins de Dieu sur son Eglise, il arriva que l'hérésie Arienne, si désastreuse dans ses ravages, fut l'occasion de nouveaux développemens des formes liturgiques. De même que l'hérésie, dans tous les temps, cherchera à empoisonner les sources de la Liturgie , de même aussi l'Eglise cathohque a su , à chaque époque , tourner contre sa mortelle ennemie cette arme toujours victorieuse. Nous noterons donc ici deux grands faits, l'un appartenant à l'EgUse d'Orient , et l'autre à l'EgUse d'Occident , et attestant

(1) Vid. la note D.

LITURGIQUES. lOl

l'un et l'autre le génie tout-puissant du sacerdoce chrétien , loi'squ'il faut a{j;ir sur les masses et réveiller l'énergie du peuple fidèle.

On di)it savoir que durant les six premiers siècles du christianisme et au-dolà , la vie des Chrétiens de tout âge , de tout sexe, de toute condition, était profondément empreinte des habitudes religieuses. La prière, la psalmodie, l'étude des divines Ecritures en faisait pour ainsi dire le fond : l'Eglise avait remplacé, dans les mœurs du grand nombre, le théâtre et le loriim. (^ette activité religieuse explique l'intérêt si violent que prit constamment le peuple aux querelles théologiques qui signalèrent cette période de l'Eglise chrétienne. L'assiduité aux oQîces divins, le jour et la nuit, était donc le fait principal dans la vie des Chrétiens de ces siècles qu'on pourrait appeler théologiques : les témoignages de toute l'antiquité nous l'attestent : nous nous bornerons à rappeler ici ces paroles de saint Augustin au peuple d'Hippone : « Levez-vous de grand matin pour les vigiles, réunisï sez-vous pour tierce, sexte et noue, avant toute occupa- » tion. Que nul ne s'exempte de l'œuvre divin, à moins qu'il » n'en soit empêché par une infirmité , une raison d'utilité B publique , ou encore par quelque certaine et grave nécesï site (I). »

La ville d'Antioche étant en proie aux Ariens par la perfidie de Léonce , son évêque, deux illustres membres de cette grande église , Diodore qui fut, plus tard, évêque de Tarse, et Flavien , qui monta depuis sur le siège épiscopal de la même ville d'Antioche, s'opposèrent, avec une générosité et

(1) Ad vigilias maturiussurgite; ad tertiam , ad sextam, ad nonara aute omuia couveuite. iNuUus se a sancto opère subtrahat , ni^i quetn infirmitas, aut publica utilitas, aut forte certa et graudis nécessitas tenuerit occupatum. Sermo LV. de tempore.

Iflfi INSTITUTIONS

une vigilance infatigables, à ce torrent d'iniquités. Voulant prémunir le peuple contre la séduction des hérétiques , et raffermir dans la solidité de la foi par les pratiques les plus solennelles de la Liturgie , ils pensèrent que le moment était venu de donner une nouvelle beauté à la psalmodie. Jusqu'alors , les chantres seuls l'exécutaient dans l'Eglise , et le peuple écoutait leur voix dans le recueillement. Diodore et Flavien divisèrent en deux chœurs toute l'assemblée sainte, et instruisirent les jQdèles à psalmodier , sur un chant alternatif, les cantiques de David (1). Ayant ainsi séduit saintement le peuple par cette nouvelle harmonie , ils passaient les nuits, dans de saintes veilles, aux tombeaux des martyrs, et là, des milliei's de bouches orthodoxes faisaient retentir des chants en l'honneur de Dieu (2). Théodoret rapporte, à la suite de ce récit, que le chant alternatif, qui avait commencé de cette manière à Antioche , se répandit de cette ville jusqu'aux extrémités du monde (5).

L'Eglise de Constantinople suivit l'exemple de celle d' Antioche, peu d'années après; elle y fut provoquée , pour ainsi dire , par l'insolence des Ariens. Ces hérétiques , suivant l'usage de toutes les sectes , cherchant tous les moyens d'intéresser la multitude , imaginèrent de s'approprier le chant alternatif que les orthodoxes avaient récemment inauguré à Antioche. Comme , sous le règne '\e Théodose , ils avaient

(1) Hi primi psallentium choros duas in partes diviseruQt; et Davidicos hyraaosaltcirais canere docuerunt. Tlieodoreti. Hist. Ecdes. Lib. II. cap. XXI F.

(2) lidem, divioaruin rerum studiosis ad martyrum basilicas congregatis, uaa cum illis pevQootare coasiieveraat, Deum liymnis célébrantes. (Ibidem.)

(3) Quoi qaidem tune primum Anliochlre fi -ri cneptain, iade ad reliquos pervasit , et ad ultimos usque terrarum fines perlatum est . ( Ibidem. )

perdu les églises dont ils jouissaient à Constanlinople , ils étnienl réduils à faire leurs assemblées sous des portiques publics. Là , ils se divisaient en chœurs, et psalmodiaient alternativement , insérant dans les cantiques sacrés certaines sentences qui cKprimaient leurs dogmes impies. Ils avaient coutume de faire ces assemblées aux fêtes les plus solennelles, et en outre le premier et le septième jour de chaque semaine. Ils en vinrent même à ajouter des cantiques entiers qui avaient rapport àleur querelle avec les Catholiques; un de ces chants commençait ainsi : Où sont maintenant ceux tjui disent que trois sont une puissance unique? ?>'Mnt Jean Chrysostôme, craignant avec raison que quelques-uns de son peuple, séduits par ces nouvelles formes liturgiques , ne courussent risque d'être pervertis, exhorta les fidèles à imiter ce chant alternatif. En peu de temps , ils ne tardèrent pas à surpasser les hérétiques , et par la mélodie qu'ils mettaient à exécuter ces chants, et par la pompe avec laquelle l'Eglise entière de Constantinople , marchant avec des croix d'argent , et portant des cierges, inaugurait ce nouveau mode de psalmodie (1).

En Occident , le chant alternatif des psaumes avait commencé dans l'Eglise de Milan , vers le même temps qu'on l'établissait à Antioche , et toujours dans le même but de repousser l'Arianisme parla manifestation d'une nouvelle forme liturgique. Saint Augustin ayant été témoin de cette heureuse innovation , nous en a laissé un récit que nous placerons ici en son entier. Voici donc comme il s'exprime au neuvième livre de ses Confessions : « Que de fois , le cœur vi- » vement ému, j'ai pleuré au chant de vos hymnes et de vos » cantiques, ô mon Dieu , lorsque retentissait la voix douce-

(1) Vid. la note E.

» ment mélodieuse de votre Eglise ! Ces paroles s'insinuaient » dans mes oreilles ; la vérité pénétrait doucement dans mon

> cœur ; une piété affectueuse s'y formait avec chaleur, et » mes larmes coulaient et mon bonheur était en elles. C'était » depuis très peu de temps que l'Eglise de Milan avait adopté

> ce moyen de produire la consolation et l'édification , en » unissant par des chants les cœurs et les voix des fidèles. Il ï n'y avait guère plus d'un an que Justine, mère du jeune j empereur Valentinien , séduite par les Ariens dont elle avait » embrassé l'hérésie , avait poursuivi votre serviteur Am- * broise de ses persécutions. Le peuple fidèle veillait jour et » nuit dans l'Eglise, prêt à mourir avec son Evêque. Ma mère,

> votre servante , toujours la première dans le zèle et dans

> les veilles , était là , vivant , pour toute nourriture , de ses î oraisons. Moi-même, froid encore, puisque je n'avais point » ressenti la chaleur de votre Esprit , j'étais ébranlé par le j spectacle de cette cité plongée dans le trouble et la cons- » ternation. Alors il fut ordonné que l'on chanterait des » hymnes et des psaumes , suivant la coutume des Eglises » d'Orient, dans la crainte que le peuple ne succombât au » chagrin et à l'ennui. Cet usage a été retenu jusqu'aujour- » d'hui , et dans toutes vos bergeries , par tout l'univers , ï l'exemple en a été suivi (1). »

Il est à remarquer ici que sain* Ambroise n'institua pas seulement le chant alternatif des psaumes dans l'Eglise de Milan , mais qu'il fit aussi chanter les hymnes qu'il avait composées, Hymnl et fsalmi^ ce qui est confirmé non seulement par le témoignage de Paulin , Diacre , dans le récit qu'il nous a laissé de la vie de son saint Evêque , mais encore par les paroles même de saint Ambroise : « On prétend que je

(i) Vid. la note F.

> séduis le peuple au moyen de certaines hymnes que j'ai » composées. Je n'en disconviens pas : j'ai en effet composé » un chant dont la puissance est au-dessus de tout : car, quoi » de plus puissant que la confession de la Trinité? A l'aide de » ce chant, ceux-là (pii à peine étaient disciples sont devenus » maîtres (I). » En effet, dans les hymnes qu'il a composées, et dont la forme a servi de modèle à tous les hymnographes des siècles suivans , saint Ambroise s'est attaché toujours à confesser énergiquemcnt la foi du mystère de la Trinité.

Telle est l'histoire de l'introduction du chant alternatif dans les diverses Eglises d'Orient et d'Occident : fait important dans les annales de la Liturgie , et qui confirme une fois de plus , par les circonstances dans lesquelles il s'accomplit, cette maxime que nous avons exposée en commençant , que la Liturgie est la prière à l'état social.

Au reste , si l'Eglise employa contre l'hérésie les forces de la Liturgie , il faut dire aussi que l'hérésie , dès le quatrième siècle, chercha à détourner le coup, en propageant des erreurs perfides sur le sujet des rites sacrés. Nous la verrons, dans toute la suite de cette histoire, fidèle à ce plan diabolique : ou elle appliquera à ses propres besoins les formes populaires du culte, ou elle décriera ces mêmes formes comme dangereuses, superstitieuses, ou d'invention humaine. Elle répétera surtout ce sophisme, que ce qui, dans la Liturgie, n'est pas appuyé sur l'Ecriture Sainte, doit être ôté, comme contraire à la pureté du service divin, méconnaissant ainsi à plaisir le grand principe établi ci-dessus ,

(1) Hymnorura quoque meorum carminibus deceptum populum ferunt. Plane nec lioc abniio Grande carmen istud est, et quo nihil potentius; quid enim potentius quam coufessio Triniiatis ? Facti sunt igitur omnes magistri qui vix poterant esse discipuli, Opusc. de Spiritti santto , inEpisi, 31.

t9& INSTITUTIONS

que toute Liturgie appartient particulièrement à la tradition. Nous en avons eu déjà un exemple frappant, dans l'erreur des Quartodécimains que l'Eglise a qualifiée d'hérésie : cependant en célébrant la Pàque le quatorze de la lune , ces sectaires se conformaient à la lettre des Ecritures. Bien plus, ils soutenaient, disaient-ils, une tradition : car il y a des traditions d'erreur comme de vérité , et on ne saurait les distinguer qu'en les rapprochant de la source à jamais pure du Siège Apostolique.

Or, dans le quatrième siècle , un Gaulois, nommé Vigilance , fut suscité par l'enfer pour être le précurseur des hérétiques anti-liturgistes, dont nous donnerons bientôt la succession. Lui aussi trouva et soutint que le culte se surchargeait de plus en plus de pratiques nouvelles , propres à en altérer la pureté. La pompe du culte extérieur, l'affluence des peuples aux tombeaux des martyrs, le culte rendu aux fragmens de leurs ossemens, les flambeaux, les cierges allumés en plein jour, pour marquer la joie de l'Église : la multitude des fêtes; toutes ces choses excitèrent une fureur sans pareille dans l'ame de Vigilance. Saint Jérôme , avec son éloquence incisive, entreprit de confondre ce nouveau pharisien , et il s'est trouvé que les argumens qu'il employa pour anéantir ses sophismes, paraissent avoir été préparés contre de modernes sectaires, de même que les erreurs de ces derniers ne sont qu'une pâle copie des déclamations de notre hérésiarque Gaulois. La place nous manque pour insérer ici les pages pleines de chaleur et de conviction que le docte prêtre de Bethléem consacra à la réfutation de son adversaire ; son traité contra Vigilantium serait à citer tout entier. Nous invitons le lecteur à le relire dans les œuvres du saint Docteur.

Il nous reste encore à consigner ici un fait liturgique d'une

autre nature , et dont nous devons suivre la trace dans le cours de cette histoire. 11 s'agit des églises des Moines et des formes du culte qu'on y exerçait. Les monastères, en effet, ne pouvaient exister long-temps sous le régime de paix dont jouissait l'Eglise elle - même , sans réclamer les moyens de mettre à même ceux qui les habitaient de remplir les devoirs du christianisme, et dès -lors ils devaient renfermer une Eglise , un autel pour !e Sacrifice , des ministres pour les Sacremens. En outre, l'Office divin, faisant la principale occupation des Moines , la manière de le célébrer devait être l'objet de réglemens liturgiques spéciaux qui , tout en demeurant en rapport avec les usages généraux de l'Eglise, devaient représenter d'une manière particulière les maximes et les mœurs du cloitre. Nous traiterons de la forme des différeus Offices Monastiques, dans la partie de cet ouvrage qui renfermera l'explication de l'Office divin.

La célébration des saints mystères exigeait , dans chaque monastère , la présence d'un ou plusieurs Prêtres ou Diacres, soit qu'ils fussent du nombre des Moines, soit qu'ils fussent du clergé de quelque Eglise voisine. Toutefois , les premiers Pères de l'ordre monastique , saint Pacôme , par exemple , se souciaient peu de faire ordonner des sujets qui déjà avaient fait profession de la vie monastique : ils préféraient employer au ministère de l'autel des Prêtres déjà honorés du sacerdoce , lorsqu'ils avaient embrassé la vie parfaite du désert. L'Eglise ne tarda pas à manifester ses intentions à ce sujet , et les lettres des Souverains Pontifes, comme les décrets des Conciles , statuèrent les règles à suivre pour l'ordination des Moines, dont ils regardèrent l'état comme une véritable préparation au Sacerdoce. Nous nous bornerons à citer ici, comme autorité du quatrième siècle , la fameuse Décrétale de saint Sirice à Himerius de Tarragone. Voici les paroles du

Pape : c Nous désirons et voulons que les Moines , qui sont > recommandables par la gravité de leurs mœurs, et par une » vie et une foi saintes et irréprochables, soient aggrégés aux » offices des clercs (1). » La suite des ordonnances ecclésiastiques n'a cessé de conûrmer , dans chaque siècle, cette maxime, et le décret de Clément Vlll, Cum ad regularem, qui fait aujourd'hui le droit des Réguliers , sur l'article de l'admission des sujets à la profession, défend expressément d'en admettre aucun dans l'ordre des Choraux , qui ne présente l'espoir fondé de pouvoir ét/e un jour élevé au Sacerdoce (2). Enfin , parmi les propositions condamnées par Pie VI , dans la Bulle Auctorem fidei, on lit celle-ci : Ne cornpotes fiant ecclesiasticœ hierarchiœ qui se huic [monastico) ordini adjunxerint, nec ad sacros ordines promoveantur, prœterquam ad summum unus, vel duo , initiandi tanquam curati, vel cappellani monasterii, reUquis in simplici laïcorum ordine remanentibus. Il est fâcheux que cette proposition soit identique à plusieurs de celles qu'on rencontre dans les Discours de Fleury, et dans quelques autres ouvrages français qui sont journellement entre les mains du clergé : mais nous n'avons point à traiter ici ces questions ; nous avons voulu seulement ouvrir, pour ainsi dire, les Églises des monastères, dans lesquelles, par la suite, nous aurons occasion de pénétrer pour y étudier, soit les rites généraux de l'Eglise, soit les rites particuliers des Moines.

(1) MoQachos quoque quos tamea morum gravitas, et vitae ac fidei iastitulio sâQCti comtneadat, clericorum otliûiis aggregnri el optaoaus et voluaaus. Coustant. Epist. Rom. Pont. tom. 1. pag. 633.

(2) Quisque recipi^.ndus ia aliquo ordine regulari etiam mendicantium, eam iitterarum scientiam calleat, aut illius addiscendae spem iadubiam prae se ferai, ut minores, et, suis teniporibus, majores or- ^es, juxta décréta sacri Goncilii Trideatiai , suscipere valeat.

Avant de résumer les travaux liturgiques des écrivains de l'époque qui nous occupe, nous dirons un mot des lois ecclésiastiques sur cette matière , durant la même période. Les Souverains Pontifes du quatrième siècle héritèrent du zèle et de la sollicitude de ceux des trois premiers, dans tout ce qui concerne les rites sacrés. Saint Silvcstre fit des réglemens sur la consécration du Saint-Chrême , et sur les cérémonies du Baptême à suppléer à ceux qui avaient reçu ce Sacrement en maladie. Il établit que les Diacres useraient de la dalmatique dans l'église , et porteraient au bras gauche un mouchoir de hn , qui est devenu depuis le manipule ; que le Sacrifice serait célébré sur l'autel, couvert, non d'un tapis de soie , ou de quelque étoffe teinte , mais d'une toile de lin , à l'imitation du linceul dans lequel fut enseveli le corps de Jésus-Christ (1). Saint Marc ordonna que l'Evêque d'Ostie , auquel appartenait d^jà le droit de consacrer le Pape, aurait l'usage du Pallium (2). Saint Jules statua que les Notaires de l'Eglise tiendraient un registre exact de toutes les donations faites aux Basiliques, et un état de tous leurs titres : mesure à laquelle nous devons certainement les précieux inventaires du trésor des Eglises de Rome, au temps de saint Silvestre (3)» Saint Damase, comme on peut le voir par la lecture de ses œuvres , composa plusieurs hymnes à la louange des Saints , et orna d'inscriptions en vers le lieu où avaient reposé les corps des saints Apôtres , aux Catacombes , et les tombeaux d'un grand nombre de martyrs. Il s'occupa aussi de régler l'Office divin; et saint Grégoire le Grand (-4) nous apprend qu'à la persuasion de saint Jérôme , il inséra dans les offices

(1) Liber Pontificalis , in Silvestrum.

(2) fbid. in Marcum.

(3) Ibid. in Julium.

H) Lib. XII. Epist. 9.

romains plusieurs usages des Eglises d'Orient. Ce témoignage de saint Grégoire , qui atteste les relations de saint Damase et de saint Jérôme au sujet de la Liturgie, nous semble propre à concilier un plus haut degré d'autorité à une opinion qu'on rencontre dans tous les litiirgistes du moyen-âge : que saint Jérôme aurait eu une grande part à un remaniement de l'Office divin entrepris par saint Damase (1).

Samt Sirice, successeur de saint Damase, dans la décrétaie que nous avons citée plus haut , corrige la témérité de ceux qui conféraient le baptême à Noël , à l'Epiphanie , aux fêtes même des Apôtres, et confirme la tradition de toutes les Eglises de n'administrer ce sacrement qu'aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte (2). On trouve plusieurs traits du même genre dans les lettres de ce saint Pape , qui ont été recueillies avec tant de soin par D. Constant; mais il faut remarquer la solennité avec laquelle il intime les volontés du Siège Apostolique , en matière de Liturgie. <t Jusqu'ici on » a assez erré sur ce point : que maintenant donc s'attachent > à la règle que nous venons d'établir, tous les Prêtres qui ne » veulent pas être séparés de la solidité de cette Pierre Apos- » toliquesur laquelle le Christ a bâti son Eglise (5). * Nul doute que les décrets des Pontifes antérieurs ne fussent rendus avec cette solennité : le pouvoir du Siège Apostolique ayant été le même depuis l'origine de l'Eglise , et la vigueur des Papes toujours inébranlable, quand il s'agissait du maintien et de la conservation des traditions.

(1) Grancolas. Comtneataire historique sur le Bréviaire romain. Tome 1. pag. 26.

(2) Coustant. Epist. Rom. Pontiflcum. Tom. 1 , page 626.

(3) Hactenus erratum in bac parte sufficiat : nunc praefatam regulam omaes teneant sacerdotes qui uoluat ab Apostolicae Petrae, super quam Christus universalem construxit ecclesiam, soliditate divelli. pag. 627.

Si nous en venons maintenant aux Conciles du quati-ième siècle, nous trouvons celui de Nicée avec son fameux canon sur la célébration de la Pâque ; celui d'Antioche , tenu en 352 , avec ses régiemens sur le même sujet; celui de Laodicée, vers 562, qui prescrit plusieurs règles sur la psalmodie et les lectures qui l'accompagnaient ; celui de Gangres , vers 370 , qui condamne ceux qui blâment les assemblées que l'on tenait aux Mémoires des martyrs ; le quatrième de Carthage, en 398, qui détermine dans un détail si précieux les rites de l'ordination (i).

La liste des écrivains du quatrième siècle , qui ont traité des matières liturgiques est longue et imposante. En tête , nous inscrirons d'abord Eusèbe, dont l'Histoire Ecclésiastique offre tant de traits remarquables sur l'objet qui nous occupe, comme sur mille autres. Nous l'avons mise à contribution dans ce chapitre, ainsi qu'on vient de le voir : nous regrettons vivement que la perte de deux ouvrages de cet illustre écrivain nous ait privé du puissant secours que nous en eussions tiré. Ces deux opuscules sont une description spéciale de l'Eglise de Jérusalem et un livre de la fête de Pâques.

Saint Eiislathe d'Antioche, docteur orthodoxe, composa une Liturgie Syriaque qu'on trouve encore, mais interpolée , au Missel des Maronites.

Saint Athanase, l'invincible vengeur de la foi de Nicée , est réputé , chez les Orientaux , l'auteur de VAnaphore, qui commence par ces paroles : Deus fortis Domine. Les Grecs appellent Anaphore la partie des prières de la Messe qui renferme l'Offrande et le Canon.

Saint Cyrille, de Jérusalem, doit être compté parmi les liturgistes du quatrième siècle , pour les précieuses Caté-

(1) Goncil. Labb. Tom. 2.

c/ièsesdanslesquellesil expose souvent, avec autant de profondeur que d'éloquence . les rites des Sacremens et du saint Sacrifice.

Saint Hilaire , de Poitiers , d'après le témoignage de saint Jérôme et de saint Isidore , est auleui' d'un là-re d'Hymnes et de Mystères Sacrés qui n'est pas venu jusqu'à nous. Une seule de ces hymnes a survécu au naufrage , celle que le saint Evêque envoya à sa fille Abra , et qui commence par ce vers : Lucis largitor splendide. George Cassander et Grégoire Fabricius lui ont attribué aussi celle de la Pentecôte : Beata nobis gaudia , celle du Carême : Jesu , quadragenariœ , et enfin celle de l'Epiphanie : Jésus refulsit . omnium. Le B. Tommasi lui donne aussi cette dernière. Zaccaria paraît incliner à lui attribuer la longue pièce qui commence : Hymnum dicat turba fratrum : Hincmar , de Rheims, est de ce sentiment. Enfin une autre hymne : Ad cœli clara non sum dignus sidéra, a été jointe , par D. Constant , à celle Lucis largitor splendide , sans que le docte Bénédictin ait piétendu l'attribuer à saint Hilaire, mais seulement afin qu'elle ne pérît pas. Le faux Alcuin désigne saint Hilaire comme ayant compléié l'hymne Gloria in excelsis. En outre , il nous est tombé entre les mains une dissertation impi'imée ( sans date ) à Poitiers , sous le nom de M. l'abbé Cuusseau, dans laqueUe on veut faire saint Hilaire auteur de l'hymne Te Deum. Cet opuscule , qui n'est pas sans quelque mérite, aujourd'hui surtout où si peu de personnes paraissent s'intéresser aux études liturgiques , nous a semblé d'ailleurs très-insufïisant pour démontrer la thèse diflicile que l'auteur s'est posée.

Saint Pacien , de Barcelone , a laissé un livre de Baptismo, ad Catechumenos.

Saint Ephrem, Moine, Syrien de nation , diacre d'Edesse»

a t;omposé une immense quantité d'iiymnes en langue syriaque. Il s'était proposé de détruire, par des poésies orthodoxes , les funestes effets que produisaient chez les Syriens les vers de l'hérétique Harmonius. Ces hymnes sont au nombre de quinze sur la Nativité de Jésus-Christ, quinze sur le Paradis , cinquante-deux de la Foi et de l'Eglise , cinquante et une de la Virginité , quatre-vingt-sept de la Foi contre les Ariens et les Eunomiens , cinquante-six contre les Hérésies , quatre-vingt-cinq hymnes Mortuaires , quinze hymnes Parénéliques , etc. Toutes ces poésies sont étincelantes de génie , d'images orientales , de réminiscences bibliques , et sont rempUes d'une onction admirable. On a donné , assez étrangement, à la plupart, le titre de Sermons, dans l'édition Vaticane de saint Ephrem. L'Eglise Copte emploie une grande partie de ces hymnes dans les offices divins.

Saint Basile de Césarée , outre ses livres du Baptême^ est auteur de la Liturgie grecque qui porte son nom.

Saint Grégoire deNazianze passe pour être l'auteur d'une Liturgie grecque , et de plusieurs prières du même genre , qu'on trouve dans les livres d'offices des Syriens et des Coptes, et qui auraient été traduites du grec.

Apollinaire le jeune, qui fut Evêque de Laodicée , et, depuis, condamné comme hérétique par saint Damase, dans un concile romain, composa des hymnes et des cantiques, pour être chantés par le peuple dans les divins offices.

Saint Ambroise nous présente , dans ses écrits , particulièrement dans ses lettres , d'importants matériaux pour la connaissance de la Liturgie du quatrième siècle. Ses translations de martyrs, par exemple, offrent, sous ce rapport, le plus précieux intérêt. Son traité des Ofjîces des Ministres^ et celui des Mystères appartiennent directement à notre sujet. Quant aux six livres des Sacremens, on ne convient pas

s'ils appartiennent ou non au docte Evêque de Milan : mais ils n'en sont pas moins importans pour leur haute antiquité et pour les richesses liturgiques qu'ils renferment. Les hymnes qui sont attribuées à saint Ambroise , avec le plus de certitude , sont d'abord les onze que lui reconnaît Dom Ceilier, savoir: Sterne rerum conditor. Deus creator omnium. Jam surgit hora tertia. Veni, redemptor gentium. Illuminans Altissimus. Orabo mente Dominum. JEterna Christi munera. Somno refectis artuhus. Consors faterni luminis. 0 Lux beata Trinitas. Fit porta Christi pervia. Le B. Tommasi, dans son Hymnaire^ ajoute les suivantes sur la foi des manuscrits : Intende qui régis Israël. Hijmnum dicamus Domino. Hic est dies verus Dei. Optatus votis omnium. Jesu, nostra redemptio. Jam Christus astra ascenderat. Conditor aime siderum. Agnes beatœ virginis. A solis ortus cardine. Mysterium ecclesiœ. Agathœ sacrœ virginis. Grates tïbi, Jesu, novas. Apostolorum passio. Magni palmam certaminis. Apostolorum supparem. Mediœ noctis tempus est. Rerum creator optime. Nox atra rerum contegit. Tu Trinitatis unitas. Summœ Deus clementiœ. Splendor paternœ gloriœ. Mternœ lucis conditor. Fulgentis autor œtheris. Deus œterni luminis. Christe, rex cœli^ Domine. Mterna cœli gloria. Diei luce reddita. Jam lucis orto sidère. Certum tenentes ordinem. Nunc , sancte nobis Spiritus. Bisternashoras explicans. Jam sexta s»nsim volvitur. Dicamus laudes Domino. Rcctor potens , verax Deus. Ter hora trina volvitur. Perfecto trino numéro. Rerum Deus tenax vigor. Deus qui certis legibus. Sator, princepsque temporum. Lucis creator optime. Immense cœli conditor. Telluris ingens conditor. Cœli Deus sanctissime. Magnœ Deus potentiœ. Plasmator hominis Deus. Christe qui lux es et dies. Christe cœlestis medicina Patris. Obduxere polum nubila cœli. Squalent arva soli pulvere multo. Tristes 7iune populij Christe redemptor. Sœvus

bella serit barbarus horrens. Presque toutes ces hymnes font partie des bréviaires Romain et Ambroisien, et les autres se trouvent dans l'oflice Mozarabe. Au reste, nous ne donnons pas cette dernière énumération comme authentique de tout point; au contraire, nous rendrons pkisieurs de ces hymnes à saint Grégoire; mais le B. Tommasi lui-même n'a pas prétendu faire autre chose que recueillir les traditions des anciens Hymnaires, sans en prendre toujours la responsabilité. On a, en outre, attribué à saint Ambroise l'hymne monastique Te decet laus , mais il faut convenir que c'est sans aucune espèce de fondement. On intitule d'ordinaire le Te Deum laudamus , Hijmi^ de saint Ambroise et de saint Augustin : on ne peut avoir, pour appuyer ce titre, que des conjectures et une possession qui n'est pas très-ancienne. Ces deux hymnes en prose n'ont rien de commun avec les véritables hymnes de saint Ambroise qui sont mesurées; mais elles remontent à une antiquité voisine de ce saint docteur , puisqu'elles sont citées dans la règle de saint Benoît , qui a dû être écrite dans la première moitié du sixième siècle.

Théophile , d'Alexandrie , outre son Cycle paschal, écrivit des sacrés mystères , ou du mobilier sacré de l'Eglise de Dieu : ouvrage que nous n'avons plus et qui avait été traduit du latin, par saint Jérôme.

Saint Augustin , dans tous ses écrits, mais particulièrement dans ses sermons , dans ses lettres , dans une foule de traités spéciaux, comme sont ceux de catechizandis rudibus, de cura gerendapro mortuis, de symbole ad catechumenos , ses Epîtres ad Januarium , présente le tableau le plus complet et le plus vrai des mœurs de l'Eglise de son temps, et, par là même, fournit à l'observateur d'innombrables particularités propres à alimenter la science liturgique ; mais nous ne voyons pas qu'il ait rien composé qui touche directement cette matière.

Nous ferons voir ailleurs que c'est à tort qu'on lui a attribué le chant du cierge paschal: Exultetjam angelica.

Fabius Marins Yictorinus, personnage consulaire, orateur, rhéteur et grammairien , le même dont saint Augustin raconte la conversion au christianisme, au Livre yiii de ses Confessions, composa trois bjumes en prose sur la Trinité; plusieurs fragmeus de ces hymnes sont entrés dans la composition de l'Office de la sainte Trinité , au Bréviaire romain.

Saint Jean Chrysostôme n'est pas l'auteur de la Liturgie grecque qui porte son nom ; nous aurons occasion de revenir sur cette question , quand nous traiterons des livres liturgiques de l'Orient. Ses Homélies et son Traité du Sacerdoce renferment une foule de tiaits infiniment précieux sur la célébration des saints mystères , sur les fêtes et les assemblées chrétiennes.

Saint Jérôme , dont les travaux, appartiennent en grande partie au quatrième siècle , est infiniment riche en détails sur les formes Uturgiques de son temps , particulièrement dans ses lettres et ses opuscules contre les hérétiques. INous parlerons ailleurs du ilartyrologe et du livre appelé Cornes, qui lui ont été attribués.

Prudence, personnage consulaire, le prince des poètes chrétiens, a grandement mérité de la Liturgie, parles belles hymnes dont il a enrichi les offices divins, tant de l'Eglise Romaine que de l'Eglise Gothique d'Espagne. Son premier recueil intitulé Cathemerinon, ou collection de prières quotidiennes, renferme les suivantes : Ad Gallicimum. Aies dlei nuncius. Hvmnus matctinus. Nox et tenebrœ et nubila. Ante ciBUM. 0 crucifer bone, lucigator. Post ctBUii. Pastis viscerihus, cihoque sumpto. Denovo limi.ne paschalis sabbati. inventor nitili , dux bone , luminis. Ame somnum. Ades, Pater

suprême. Hymnus jejunantium. 0 Nazarene , lux Bethlcm , Verbtim Pafris. Post jejunium. Christe, servorum regimen tuoriim. Omni iioua. Da , puer, plectrum , choreis ut canam fidelibns. CincA exequlas defu.ncti. Deus, ignée fons animarum. VIII. K.vLEiVDAS januarias. Quid est quod arctum circulum. De Epipiiaxia. Quicumque Chrlstum quœritis.

Le second recueil d'hymnes est intitulé : Peristephanon (des couronnes) , parce que le poète y célèbre le triomphe d'un grand nombre de martyrs , savoir : les saints Hémélerius et Célédonius , saint Laurent , sainte Eulalie , les dix-huit martyrs de Sarragosse, saint Vincent, les saints Fructueux, Eulogius et Augurius , saint Quirinus , saint Cassien , saint Romain , saint Hippolyte , les saints apôtres Pierre et Paul , saint Cyprien et sainte Agnès. Nous donnerons ci-dessous dans les notes de ce chapitre , l'hymne magnifique que Prudence consacre à chanter la fête des saints Apôtres à Rome (1) ; elle renferme la description des églises de saint Pierre et de saint Paul, telles qu'elles étaient alors. On y verra de précieux détails sur les pompes de ce grand jour, et notamment sur lés deux Messes que le Pape célébrait en cette occasion. Les hymnes de Prudence , et la plupart de ses autres poésies , sont remplies de particularités liturgiques du plus haut intérêt : nous ne saurions trop en recommander l'étude aux lecteurs.

En finissant ce tableau liturgique du quatrième siècle, nous tirerons de tout ce qui précède les conclusions suivantes :

La beauté , la grandeur, la richesse des Eglises , fut un des caractères de cette époque de paix.

L'Eglise dirigea contre l'hérésie l'arme puissante de la Liturgie, en instituant contre les Ariens le chant alternatif des

(1) Vid. la note G.

psaumes, en opposant des hymnes orthodoxes à des cantiques inspirés par l'erreur.

L'hérésie , redoutant l'effet prodigieux des formes liturgiques sur le peuple, attaqua dès lors les pompes et le caractère tradilioimel du culte , par les argumens que répétèrent les sectaires des âges suivans.

Les monastères , en ce siècle , commencèrent à avoir des Eglises , et une Liturgie Monastique se forma.

Le plus haut pouvoir de la chrétienté, le Siège Apostolique continua de promulguer les lois sur la Liturgie , préparant ainsi l'unité qui devait plus tard briller dans cette partie , comme dans tout le reste. Les Conciles de ce siècle mirent les questions hturgiques au rang des plus importantes , et les plus illustres docteurs s'occupèrent avec complaisance à expliquer et à régler les formes du culte divin.

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