X PRÉFACE
Soyons sincères, notre désir de perfectibilité Liturgique ne nous a-t-il pas insensiblement réduits à l'état que saint Pie V reprochait à nos pères , au seizième siècle ? Qu'est devenue cette unité de Culte que Pépin et Charleniagne , de concert avec les Pontifes Romains , avaient établie dans nos Eglises ; que nos Evêques et nos Conciles du seizième siècle promulguèrent de nouveau avec tant de zèle et de succès ? Dix Bréviaires et dix Missels se pai^tagent nos Eglises , et le plus antique de ces livres n'existait pas à l'ouverture du dix-huitième siècle ; il en est même qui ont vu le jour dans le com*s des quarante premières années du siècle où nous vivons.
Si nos Eglises célébraient le Service divin , suivant les règles du Rite Ambrosien , ou encore du Rite Gothique ou Mozarabe ; si , au lieu de fabriquer, de fond en coml)le, des Liturgies inconnues aux siècles précédents , on nous eût remis en possession de cette antique et vénérable Liturgie Gallicane , qui fut en usage chez nous jusqu'à la moitié du huitième siècle, la science des Rites sacrés eût trouvé ample matière à se nourrir dans l'étude d'aussi précieux monuments. Mais , par un étrange renversement des habitudes Catholiques , on est devenu indifférent à ces changements , à ces substitutions de Bréviaires et de Missels qui , il y a quelques siècles , eussent mis en révolu&n
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le Clergé et le peu[)le. Il n'est iiièaie pas raie de rencontrer des hommes, instruits d'ailleurs, totalement dépourvus des plus simples notions sur l'histoire des formes Liturgiques, et qui s'imaginent naïvement que toutes les prières dont retentissent nos Eglises , remontent aux âges les plus reculés. Il en est même qui , lorsqu'on leur fait remarquer l'isolement dans lequel ces usages particuliers placent nos Eglises à l'égard du Siège Apostolique , vous objectent les paroles de saint Augustin , sur l'harmonieuse variété que produisent au sein de l'unité les coutumes locales , et qui sont tout étonnés quand on leur fait voir que nos coutumes n'ont point pour elles l'antiquité , qui seule les rendrait sacrées au point de vue de saint Augustin , et que d'ailleurs , depuis ce Père , l'Eglise a expressément manifesté l'intention de rémiir tout l'Occident , sous la loi d'une seule et même Liturgie. Mais leur surprise est à son comble, lorsqu'on leur raconte en quel temps , sous quels auspices , par quelles mains une si importante révolution s'est accomplie.
On nous demandera peut-être si, venant aujourd'hui soulever des questions délicates , notre intention est de produire un mouvement en sens inverse , et de troubler les consciences qui , jusqu'ici , sont demeurées dans la paix ? A cela nous répondrons d'abord que nous ne pensons pas que
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notre faible parole puisse avoir un tel retentissement. Nous essayons de traiter une matière grave et épineuse de la science Ecclésiastique , en nous appuyant sur la nombreuse et imposante école Lilurgistequi nous a frayé la route, et nous n'entendons rien dire que de conforme aux traditions et aux règlements du Siège Apostolique. On jugera si nous avons innové quelque chose ; peut-être même s'aperce\Ta-t-on que nous avons quelque peu étudié et médité avant de parler; mais , après tout , quand notre li\Te appelant l'attention de ceux qui ont la mission de veiller sur les Eglises , contribuerait, pour la plus légère part, à aiTeterde grands abus , h préparer , en quelque chose , un retour aux principes de tous les siècles sur les matières Liturgiques, notre crime serait-il si grand? Quant au reproche que l'on nous ferait de chercher à troubler les consciences , il n'a rien de sérieux. En effet , ou nous parviendrions à éveiller des scrupules mal fondés , et dans ce cas , les gens éclairés feraient justice de nos assertions; ou nous proposerions à l'examen des lecteurs de justes raisons de s'alarmer, et alors , loin de mériter des reproches , il nous semble que nous aurions rendu un service. Mais nous le déclarons tout d'abord , notice zèle n'a rien d'exagéré ; la question du Droit de la Liturgie est loin d'occuper la place principale dans cet ouvrage, et dans tous les cas, elle n'est pas
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si facile à trancher que l'on doive craindre si facilement que nous ayons envie de ladirimeràlalégère. Une décision absolue, affirmative ou négative, pour ce qui intéresse la France , n'est même pas possible. Il se rencontre , pour ainsi dire , autant de questions qu'il y a de Diocèses. Dans les uns , les Usages Romains sont abolis depuis dix ans , dans d'autres depuis quatre-vingts ou cent ans : ce qui est fort différent ; d'autres enfin, et celui que nous habitons est du nombre, ont, depuis quatre ou cinq siècles, des livres sous le titre Diocésain et soumis de temps immémorial à la correction de l'Ordinaire. La question, comme l'on voit, est donc très complexe , et , nous le répétons , le désir de la résoudre n'est point le motif qui nous a fait entreprendre un ouvrage où elle ne sera traitée qu'accidentellement.
Nous avons voulu, dans ce livre, donner, comme l'indique son titre , un enseignement général de toutes les matières qui concernent la Science Liturgique , et voici les objets que nous nous sommes proposé de traiter. D'abord , l'histoire étant le fondement et le cadre de tout enseignement ecclésiastique ., nous avons pris la tache difficile , et non encore tentée avant nous , de donner l'histoire générale de la Liturgie. Nous la conduisons dans ce premier volume jusqu'à l'ouverture du dix-septième siècle. Dans ce récit , nous avons