CHAPITRE XV
RÉFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE. — PAUL IV. PIE IV. — CONCILE DE TRENTE. SAINT PIE V. BRÉVIAIRE ROMAIN. MISSEL ROMAIN. — INTRODUCTION DE LA LITURGIE RÉFORMÉE EN ITALIE, EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE
l'occident. — PALtSTRINA. SIXTE-QUINT. CONGRÉGATION
DES RITES. — GRÉGOIRE XIII. RÉFORME DU CALENDRIER. MARTYROLOGE ROMAIN. — CLÉMENT VIII. PONTIFICAL RO- MAIN. CÉRÉMONIAL ROMAIN. — AUTEURS LITURGISTES DU SEIZIÈME SIÈCLE.
Le seizième siècle, au sein duquel les véritables doctrines liturgiques avaient souffert de si rudes atteintes , et qui avait été témoin des reformes mal avisées de Ferreri et de Quignonez , devait néanmoins voir s'accomplir une véritable , solide et légitime réforme ; mais c'était aux Pontifes Romains qu'il était réservé de l'entreprendre par eux-mêmes et de la consommer. Comme toujours, le Clergé Régulier dut influer sur une œuvre si importante ; mais ce n'étaient déjà plus les Franciscains. A l'action insuffisante des Ordres Mendians s'était adjoint le zèle de cette nouvelle branche qui venait de pousser au grand arbre de l'Etat Religieux, et qu'on désignait sous le nom de Clercs réguliers. Les plus anciens de cette milice, les Théatins, fondés par saint Gaétan de Thienne, attachèrent leur nom à la première tentative de réforme liturgique qui puisse être prise au sérieux, et préparèrent le grand résultat obtenu plus lard par Saint Pie V. Clément VII, le même qui chargea Quignonez de travailler à un nouveau
Bréviaire, avait donné la môme commissionàSaint Gaétan et à Jean-Pierre Caraffa, l'un de ses premiers associés, qui plus tard fut Pape sous le nom de Paul IV. Le Bref qui leur confère celte marque de haute confiance Apostolique existe encore dans les Annales des Tliéatins (1) , où il porte la date du 21 janvier 15!29. Le Bréviaire de Quignonezfutpréféré, parce que sans doute il était moins long, et disposé dans une forme I)lus élégante : celui des Théalins , dû en partie à Caraffa, alors Evéque de Chieti, ne se recommandait que parle maintien des antiques et vénérables usages , par l'épuration des histoires apocryphes , la correction des Rubriques , la substitution des vraies Leçons des Saints Pères à des Homéhes tirées d'auteurs hétérodoxes, tels que Origène, Eusèbe Emissène , etc. (2) Caraffa était trop grand amateur de l'antiquité et trop grave pour ne pas dédaigner l'œuvre de Quignonez ; il suivit donc l'exemple de saint François Xavier, et montra, même ouvertement, son mépris pour le Bréviaire de ce Cardinal (3). Il vint à monter, en loo5, sur la Chaire de Saint Pierre , et l'un de ses premiers soins fut de déclarer qu'on n'accorderait plus, à l'avenir, la permission d'user de celte Liturgie abrégée, bien qu'il ne jugeât pas encore à propos de retirer les facultés d'en user qui avaient été antérieurement obtenues. Il se remit ensuite à travailler avec ardeur à la rédaction de son Bréviaire réformé ; mais comme il voulait accomplir par lui-même cette œuvre si importante et si digne d'un Pape , il arriva qu'étant détourné par les nombreuses et
(t) Silos. Hist. Theatin. Lib. III. Jpud Bolland. Tom. 11. /.uqwt. die F/1, pag. 2^1.
(2) Vita e gesti di Gio : Pietro Caraffa , cioè di Paolo IV. Pontefice Massimo , raccoUi dal P. D. Aatonio Caracciolo. MSS. de i'an 1633, cité par Arevalo , Hymnodia Hispanica. pag. 592 et seq.
(3) Ibidem,
graves préoccupations de la dignité suprême , il ne put arriver à mettre ce Bréviaire en état d'être promulgué. Il mourut en doo9, après quatre ans d'un Pontificat énergique, qu'il avait commencé ayant déjà atteint sa soixante-dixneuvième année.
Après la mort de Paul IV, Pie IV, son successeur, mit tous ses soins à la continuation du Concile ouvert à Trente sous Paul III, en lo4o, et depuis suspendu à diverses fois. Paul IV, dans son zèle ardent pour les droits du Siège Apostolique , n'avait pas voulu consentir à la reprise des travaux de ce Concile , persuadé que l'autorité du Pontife Romain , employée avec fermeté et persévérance , suffisait pour accomplir la réforme de l'Eglise. Au reste, Paul IV était digne de concevoir une pareille espérance ; mais il était dans les plans de la divine Providence que, pour s'accommoder davantage aux idées et aux prétentions de ce siècle , un Concile , entravé d'ailleurs en mille manières par les puissances et les nationalités temporelles, eût lapins grande part à l'œuvre de la réforme catholique. Il est vrai aussi d'ajouter que cette assemblée eut le bonheur de se sentir dirigée par des Légats dévoués au Siège Apostolique , dont ils recevaient et transmettaient les instructions , et qu'une suite de grands Pontifes , saint Pie V, Grégoire XIII , Sixte-Quint, Clément VIII, Grégoire XV, se montra disposée à appliquer les Canons de Trente avec cette vigueur inviolable qui en a fait pénétrer l'esprit et les maximes dans toutes les institutions catholiques, depuis cette grande époque.
Paul IV avait pensé que la réforme de la Liturgie ne pouvait se faire qu'à Rome; qu'elle devait être l'œuvre propre d'un Pontife Romain , successeur des Gélase et des Grégoire. Il ne tint pas à Pie IV, comme nous verrons, que cette réforme ne se fit à Trente: mais le divin auteur de l'Eglise,
qui a établi Rome mélropole du gouvernement ecclésiaslique, cl sou Eglise la Mère de tous les fidèles, sut bien amener les choses au point où elles devaient être, et la publication de la Liturgie réformée se fit définitivement par l'autoriié du Souverain Pontife , dans cette capitale du Catholicisme. Avant de racontei' ce grand événement , il est nécessaire que nous donnions quelques détails sur les dispositions dans lesquelles se trouvait le Concile au sujet de la réforme liturgique.
Nous avons parlé , au chapitre précédent , des nécessités qui réclamaient impérieusement l'attention des Pasteurs de l'Eglise, sur la matière si grave du culte divin. Dès l'an 1556, on avait tenu à Cologne un Concile dont les Canons, très -expressifs, sont de la plus haute importance pour caractériser les élémens qui se remuaient alors au sein de l'Eglise. Il fut assemblé par le fameux Archevêque Hermann, qui eut depuis le malheur d'embrasser le Luthéranisme. Cette circonstance explique plus que suffisamment l'extrême liberté avec laquelle la discipline de cette époque se trouve parfois qualifiée dans les Actes de ce Concile. Sur l'article de la Liturgie , au sixième et onzième Canon de la seconde partie , on articule le projet d'une réforme ; on affirme que le Bréviaire se trouve contenir des histoires dépourvues d'autorité et de gravité , plainte qui n'aurait rien eu que de très-légitime ; mais on émet hardiment le vœu de voir supprimer même les histoires authentiques , pour les remplacer par de simples lectures de l'Ecriture Sainte (1). Quant au Missel , les Pères réprouvent , avec raison , plusieurs
(1) Nam cum olim a sanctissimis patribus inslitulum sil, ut solse scripturse sacric in Ecclesia recitarentur, nt scimus qua incuria accident , ut in eaïuin locum successerint alia cum bis neutiquam comparanda , atque intérim bistoriie sauctorum tam inculte ac tam negligenti
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innovations qu'on y avait introduites , et qui offensaient le respect dû au plus auguste des mystères (1). La prétention émise ici sur l'Ecriture Sainte , comme matière unique de la Liturgie, avait déjà été exprimée en Allemagne , dans les articles de réforme proposés par l'Empereur au Concile de Bâle(2).
Dans la première période du Concile de Trente , les Pères n'eurent pas le loisir de s'occuper de la Liturgie ; mais on a vu plus haut, que déjà des réclamations en forme avaient été déposées contre le Bréviaire de Quignonez. Le Concile ayant été momentanément suspendu, nous retrouvons encore des réclamations concernant la Liturgie, dans un projet de réforme dressé par Charles-Quint, à Augsbourg. On y demande que la forme des prières de l'Eglise soit ramenée aux institutions des anciens Pères ; que l'on donne à des hommes pieux et doctes le soin de purger les Bréviaires de tout ce qu'ils contiennent d'apocryphe et de moins con-
Judicio conscriptse , ut nec autoritatem habere videantur , nec gravilatem. Deo itaque auctore, deque coosilio capituli nostri, ac iheologorum , aliorumque piorutn virorum , reformationem Breviariorum medilabimur. Conc. Labb. Tom. XIF. p. 504.
(1) Peculiaria missarum argumenta, recens praeter veterum institutioaem inventa, etiam patribus displicuerunt, quod tantum mysterium pro affectu cujuslibet tractari non deceat. Prosas indoctas nuperius missalibus cteco quodam judicio iiivectas prsetermiuere per nos liceret. Videbimur ergo oper* prelium facturi, si missalia perinde atque Breviaria pervideri curemus, ut amputatis tanlum superfluis, et quœ superstitiosius invecta videri possiut, ea tantum, quae dignitati ecclesiœ et priscis instituiis conseutanea fuerint relinquantur. Ibidem.
(2) Breviaria et Missalia cxpurganda, resecandaque omnia quae non ex divinissintdesumpta litteris, et tœdiosam prolixitatem psalmorum et orationum, babilo deleciu, contrahendam. article Xll. ViA, Grancolas. Commentaire hist. sur le Brév. Rom. Tom, /. pag. 20,
forme à la pureté du culte divin (1). A la reprise du Concile, sous Pie IV , on Iroiive dans un mémoire donné au Cardinal de Lorraine qui se rendait à Trente , en 1562 , l'injonction faite à ce Prélat par le Roi et les Etats généraux du royaume d'insister fortement auprès des Pères du Concile sur la nécessité d'épurer le service divin , de retrancher les superstitions, et de revoiries prières et les cérémonies (2). Tous ces faits qui attestent de plus en plus l'urgence de la réforme liturgique , et le zèle que les peuples catholiques mettaient encore au seizième siècle à ce qui concernait le culte divin, montrent en même temps toute la gravité de la situation dans laquelle allait se trouver le Concile , au milieu de toutes CCS prétentions, parmi lesquelles on ne pouvait s'empêcher de démêler certaines inspirations plus ou moins suspectes.
Pie IV , qui montra toujours dans la direction du Concile , par ses Légats, un tact si sûr et une si juste intelligence des véritables besoins de l'Eglise , voulant mettre les Pères en mesure d'accomplir , suivant toutes les convenances canoniques, l'œuvre tant désirée de la Réforme Liturgique , leur envoya le travail de Paul IV. C'était leur tracer la ligne la plus sûre, puisque ce grand Pape n'avait eu en vue dans sa réforme que de rapprocher le Bréviaire des sources Grégoriennes et de le dégager des additions arbitraires, ou peu séantes, qu'on s'était permis d'y faire, dans les derniers siècles. Le Concile, préoccupé des graves objets qui remplissent ses
(1) Breviarium ia formam precum et orationum ab antiquis Eccleste palribus et recloribus iraditam praescriptamque redigondum; insuper apocry|iLa , paruraque ad sincerum cultum pertiiio:,lia a Breviariis resecanda. rid. Benedict. XIF. De Canonhalione Sanclornm. Lib. IF. part. IL Cap. 15.
(•2) Hibtoire Ecclcs. deFI'aury, Coutiuualion. Tom XXXIII. i)ag, li.
Sessions, de la dix-huitième à la vingt-cinquième , se trouva être arrivé à l'an 1563, avant que la commission chargée par lui de la réforme du Bréviaire eût eu assez de loisir pour terminer son œuvre. Deux sentimens semblaient partager l'assemblée : les uns voulaient qu'on établît une parfaite unité liturgique dans toute l'EgUse , les autres soutenaient les rites particuliers des diocèses. Les Légats , voyant que la décision d'une si importante affaire, jointe à la lenteur qu'entraînerait infailliblement la correction faite en détail de l'ensemble de la Liturgie, car il ne s'agissait pas seulement du Bréviaire , mais encore du Missel , proposèrent au Concile de renvoyer ce soin au Pontife Romain ; ce qui fut approuvé dans la vingt-cinquième session (1). Il y eut bien quelques Prélats qui manifestèrent de l'opposition. L'Evêque de Lérida, entre autres, prononça un long discours pour prouver qu'on avait bien plus de ressources dans le Concile pour traiter un si important objet qu'on n'en pourrait avoir à Rome , où l'on n'avait point une connaissance aussi exacte des usages des différents pays. Cette prétention ne fut pas écoutée et ne devait pas l'être , pour peu que l'on voulût arrivera une conclusion quelconque. En effet, il ne s'agis^ sait pas de donner une nouvelle Liturgie , mais simplement d'épurer , de ramener à la forme antique celle de l'Eglise d'Occident. Or, cette Liturgie était celle de Rome ; ses sources étaient à Rome ; cette capitale de l'Eglise Catholique était donc le seul endroit où la correction liturgique pût s'accomplir. Si le Concile de Trente, pour rétablir l'unité, eût voulu faire un ensemble de tous les usages épars dans les divers Diocèses de l'Occident , il n'eût réussi
(1) Conc. Trid. Sess. XXV. Decretum de Indice librorum,et Catechismo , Breviario et Missad.
qu'à produire un ensemble nioiislrueux el iiicohéient qui n'eùl ict;il)li l'uiiilé qu'en froissant à plaisir loulcs K'S pn';leniions locales , allumanl ainsi une guerre entre les Kglises dont les usages eussent été prélérés, et celles qui auraient ci'u voir leurs coutumes tombées dans le mépris.
Le Concile, en remettant au l^oniile ilomain la réforme du Bréviaire, du Missel et du Kituel, ne fit donc autre chose que de proclamer une fois de plus la nécessité pour toute l'Eglise d'Occident , de suivre la Liturgie de l'Eglise Mère et Maîtresse. On rapporta à Home les manuscrits de Paul IV, et toutes les pièces du travail qu'avaient exécuté, dans la même ligne , les commissaires du Concile. Pie IV manda en même temps auprès de lui ces derniers, et leur adjoignit plusieurs doctes personnages de Rome ; mais ce Pape ayant été prévenu par la mort , saint Pie V , son successeur , prit en main ce grand œuvre et ajouta aussi de nouveaux commissaires pour en hâter la consommation (i). Nous n'avons pu découvrir jusqu'ici, malgré toutes nos recherches, les noms de tous les membres de cette importante commission. Merali se borne à nous faire connaître le Cardinal Bernardin Scotti , et Thomas Golduelli , Evéquc d'Âsaf , tous deux de l'ordre des Théatins auquel appartient la plus grande part de l'honneur de la correction liturgique du seizième siècle (2). Zaccaria pense , avec Lagomarsini , qu'il faut attribuer aussi une action importante sur cette œuvre au Cardinal Guillaume Sirlet et au docte Jules Poggio (3).
Nous exposerons ici , en peu de mots , les principes qui présidèrent à la correction du Bréviaire de saint Pie V.
(1) Benedicl. XtV. Ibidem.
(•2) Merati. Tom. III. Edit. Venet. pag. 15.
(3) Zaccaria, Bibliolheca Ritualis. Tom. I. pag. H6.
D'abord, l'idée fondamentale de Paul IV, et de ses confrères les Théatins , idée adoptée par le Concile de Trente et par Pie IV, mais diamétralement opposée à celle de Quignonez , était qu'il n'y avait d'autre réforme de la Liturgie à accomplir, que de la rapprocher des sources antiques, en rejetant la distinction d'un Oflice récité en particulier et d'un Office public. Il fallait donc consulter les plus anciens manuscrits et rétablir l'ordre et la disposition qu'ils offraient, tant dans le Psautier que dans le partage des livres de l'Ecriture, dans les Répons, les Antiennes et les Hymnes. Par ce moyeu, l'Eglise demeurait semblable à elle-même.
Quant aux fêtes des nouveaux Saints, les correcteurs jugèrent devoir se montrer très-sobres à les admettre, non par un amour systématique de l'Office férial, mais pour ne pas usurper la place des âges suivans. Ils conservèrent donc un certain nombre d'Offices en l'honneur des Saints admis au Calendrier depuis saint Crégoire ; mais on eut soin que ces Offices, ordinairement réduits aux leçons du second îVocturne , n'eussent plus ni Hymnes , ni Antiennes propres, pour prévenir un encombrement qu'un zèle mal réglé n'eût pas manqué de produire dans un temps plus ou moins long. Les Propres des diverses Eglises devaient suppléer à ce que le Bréviaire général ne renfermerait pas.
Le nombre des fêtes des Saints se trouvant réduit de beaucoup , les correcteurs se virent en mesure d'assigner à l'Office férial deux cents jours environ sur l'année , et par là tomba le reproche que faisait Quignonez au Bréviaire de son temps , de priver les Clercs de la récitation hebdomadaire du Psautier.
On remit en vigueur le Canon de S. Grégoire VII, sur le partage des saintes Ecritures dans les leçons de Matines.Il n'y eut que les Paialipomènes , Ebdras et Bai'uch , pour lesquels il
LITURGIQUES. 45r>
ne se trouva pas de place : mais le choix des passages fut fait avec tant de goût et de précision, que l'on peut dire que leur ensemble donne un aspect aussi complet des saintes Ecritures , que celui même que peut fournir le Bréviaire de Quignonez, dans la préfïice duquel on promet, il est vrai, la lecture annuelle de la Bible : promesse qui n'est cependant pas remplie.
Les Homélies et autres passages des Saints Pères sont choisis , pour l'ordinaire , avec un discernement supérieur. S'il en est quelques-uns empruntés à des livres que la critique moderne a reconnus apocryphes , il faut se rappeler que cette science ne faisait alors que de naître , et que les grandes et correctes éditions dont nous jouissons aujourd'hui n'existaient pas. Un homme impartial n'oserait reprocher à Baronius et à Bellarmin les taches de ce genre qu'on remarque dans leurs immmortels écrits.
Les Légendes des Saints se montrent purgées de tous les faits apocryphes qu'on y voyait avec peine ; et si , aujourd'hui , de sévères censeurs ont encore des reproches à faire au Bréviaire romain , sous le rapport de la critique historique , nous les renvoyons à Benoît XIV , qui a traité la matière (1) , en attendant que la marche suivie dans cet ouvrage nous amène à discuter la valeur de cette censure. Quant au style de ces Légendes , on doit reconnaître que s'il offre des variations, parce qu'on jugea à propos d'en retenir quelques-unes d'anciennes , le plus grand nombre est d'une rédaction à la fois élégante et conforme au style liturgique. Nous citerons surtout, dans cette dernière classe, celles des saints Docteurs qui appartiennent d'ordinaire à Sirlet et à Poggio.
(l) De Canonizatione SS. Lib. IV, Part. II. Cap. XIII.
436 INSTITUTIOiSS
Pour ce qui regarde les rubriques du Bréviaire , on put y faire quelques corrections ; mais elles restèrent en somme ce qu'elles étaient. Nous avons exposé au chapitre XIII les principes de l'Eglise sur cette matière , et fait voir combien ils durèrent des maximes de Quignouez.
Tel était le Bréviaire Réformé , conforme , du reste , pour les répons, les antiennes et autres formules dont nous n'avons pas parlé eu détail , aux anciens livres Grégoriens , et principalement à l'Àntiphoiiaire ou Responsorial publié par le B. Toramasi. On ne pouvait donc rien voir de plus pur, de plus conforme à l'antiquité ; c'est ce qui fait dire au DoLleur Grancolas, malgré ses préjugés : « Si, au neuvième siècle, »le Bréviaire Romain mérita tant d'applaudissements, et
> d'être préféré à tous ceux dos autres Eglises , il parut avec «plus de lustre , après que le Pape Pie V l'eût fait revoir ;i > aussi, peut-on dire que, depuis ce temps-là, toutes les «Eglises particulières l'ont tellement adopté, que celles qui
> ne l'ont pas pris sous le nom de Bréviaire Romain , l'ont j> presque tout inséré dans le leur, en l'accommodant à leur » rit (I). » Il est vrai que , sous ce dernier rapport, les choses ont quelque peu changé en France , depuis 17:27, époque à laquelle Grancolas écrivait son livre.
Quand tout fut terminé, saint Pie V donna la Bulle pour la promulgation du Bréviaire. Elle commence par ces mots : Quod a nobis. En voici la traduction :
« Pie , Evêque , serviteur des serviteurs de Dieu :
s Obligés par l'office de Notre charge pastoj'ale à mettre
s tous nos soins à procurer , autant que nous le pourrons ,
î par le secours de Dieu , l'exécution des décrets du Concile
»de Trente, nous nous y sentons d'autant pluj tenus dans
(i) Commentaueliisluiique iui le Bréviaire Roniaiu. Tciu. 1. p. 11,
» les choses qui inléressent directement la gloire de Dieu » et les obligations spéciales des personnes ecclésiastiques. «Nous plaçons au premier rang, parmi ces choses, les » prières sacrées, louanges et actions de grâces qui sont » comprises au Bréviaire Romain. Cette forme de l'OlTice ï Divin , établie autrefois avec piété et sagesse par les Souï verains Pontifes Gélase I et Grégoire I , réformée ensuiio » par Grégoire VU , s'étant , par le laps du temps , écartée »de l'ancienne institution, il est devenu nécessaire de la » rendre de nouveau conforme à l'antique règle de la prière, kLcs uns, en effet, ont déformé l'ensemble si harmonieux >de l'ancien Bréviaire , le mutilant en beaucoup d'endroits, » et l'altérant par l'addition de beaucoup de choses incer- » taines et nouvelles. Les autres , en grand nombre, attirés » par la commodité plus grande , ont adopté avec empresse- »ment le Bréviaire nouveau et abrégé qui a été composé par ï François Quignonez , Cardinal-Prétre du Titre de Sainte- > Croix en Jérusalem. En outre, cette détestable coutume ï s'était glissée dans les provinces, savoir que dans les » Eglises qui , dès l'origine , avaient l'usage de dire et psalamodier les Heures Canoniales, suivant l'ancienne coutume » Romaine , aussi bien que les autres , chaque Evêque se » faisait un Bréviaire particulier, déchirant ainsi , au moyen » de ces* nouveaux Offices dissemblables entre eux et propres, »pour ainsi dire, à chaque Evêché, cette communion qui » consiste à offrir au même Dieu des prières et des louanges »en une seule et même forme. De-là, dans un si grand » nombre de lieux , le bouleversement du Culte divin ; de-là , >dans le Clergé, l'ignorance des Cérémonies et des Rites » Ecclésiastiques , en sorte que d'innombrables ministres des » Eglises s'acquittaient de leurs fonctions avec indécence, » et au grand scandale des gens pieux.
»Paul IV, (l'heureuse mémoire, voyant avec une très- > grande peine cette variété dans les Offices divins, avait » résolu d'y remédier, et pour cela , après avoir pris des
> mesures pour qu'on ne permît plus à l'avenir l'usage du » nouveau Bréviaire , il entreprit de ramener la forme des » Heures Canoniales à l'ancienne forme et institution. Mais
> étant sorti de cette vie , sans avoir encore achevé ce qu'il I avait excellemment commencé , et le Concile de Trente , » plusieurs fois interrompu , ayant été repris par Pie IV, de
> pieuse mémoire, les Pères, réunis en assemblée pour une I salutaire réforme , pensèrent que le Bréviaire devait être t restitué d'après le plan du même Paul IV. C'est pourquoi >tout ce qui avait été recueiUi et élaboré par ce Pontife » dans cette intention , fut envoyé par le susdit Pape Pie aux » Pères du Concile réunis à Trente. Le Concile ayant donné »à plusieurs hommes doctes et pieux , la charge de la révi- » sion du Bréviaire, en sus de leurs autres occupations , et la * conclusion dudit Concile étant proche , l'assemblée , par un » décret , remit l'affaire à terminer à l'autorité et au jugement
> du Pontife Romain, qui , ayant fait venir à Rome ceux des » Pères qui avaient été désignés pour cette charge , et leur «ayant adjoint plusieurs personnes idoines de la même «ville, entreprit de consomme r définitivement celte œuvre.
« Mais ce Pape étant lui-même entré dans h voie de toute «chair, et Nous, par la disposition de la clémence divine, » ayant été élevés , quoique indignes, au sommet de TApos- «tolat, Nous avons poussé avec un très-grand zèle l'achè- «vement de cette œuvre sacrée, appelant même le secours » d'autrespersonneshabiles,et Nous avons aujourd'hui le bon- «heur, par la grande miséricorde de Dieu ( car nous le com- » prenons ainsi), de voir enfin terminer ce Bréviaire Romain. » Nous étant fait rendre compte plusieurs fois de la méthod»?
MTURfilQUCS. 459
> suivie par ceux que nous avions préposés à cette afiaire ; » ayant vu que, dans raccomplissemcnt de leur œuvre, ils ne » s'étaient point écartés des anciens Bréviaires des plus il- » lustres Eglises de Rome et de noire Bibliothèque Vaticane ; s qu'ils avaient , en outre , suivi les auteurs les plus graves ïcn celte matière; et que, tout en retranchant les choses ï étrangères et incertaines , ils n'avaient rien omis de ce qui » fait l'ensemble propre de l'ancien Office divin; Nous avons ap-
> prouvé leur œuvre, et donné ordre qu'on l'imprimât à Rome, »et qu'elle fût divulguée en tous lieux. Afin donc que celle î mesure obtienne son effet, par l'autorité des présentes, iNous ôlons tout d'abord et abolissons le nouveau Bréviaire B composé par ledit Cardinal François , en quelque Eglise , I Monastère, Couvent, Ordre, Milice et Lieu , soit d'hommes, » soit de femmes, môme exempt, qu'il ait été permis par le r> Siège Apostolique , même dès la première institution ou » autrement :
» Et aussi , nous abolissons tous autres Bréviaires , ou plus ïanciensque le susdit, ou munis de quelque privilège que ce i soit, ou promulgués par les Evêques dans leurs Diocèses , ï et en interdisons l'usage dans toutes les Eglises du monde , » Monaslères,Couvens, Milices,Ordres elLieux,tant d'hommes » que de femmes , même exempts, dans lesquels, de coutume s ou d'obligation , l'OîTice divin se célèbre suivant le rit de ;> l'Eglise Romaine ; exceptant cependant les Eglises qui , en » vertu d'une première institution, approuvée par le Siège î Apostolique, ou de la coutume , antérieure, l'une et » l'autre , à deux cents ans , sont dans l'usage évident d'un s Bréviaire certain. A celles-ci nous n'entendons pas enlever » le droit ancien de dire et psalmodier leur Office , mais nous »leur permettons, s'il leur plaît davantage, de dire et de ï psalmodier au chœur le Bréviaire que nous promulguons ,
«pourvu que l'Evéque et tout le Chapitre y consentent. » Nous révoquons entiôroment toutes et chacune perniis- » sions apostoliques et autres , coutumes , statuts , même » munis de serment, confirmation apostolique, ou toute autre; » privilèges, licences et induits de prier et psalmodier, tant
> au chœur que dehors, suivant l'usage et rites des Bréviaires • ainsi supprimés, accordés aux susdites Eglises, Monastères, ï Couvents, Milices, Ordres et Lieux, ou aux Cardinaux ïde la sainte Eglise Romaine, Patriarches, Archevêques,
> Evêques , Abbés et autres Prélats des Eglises ; enfin à toutes > autres et chacunes personnes Ecclésiastiques, séculières et » régulières , de l'un et l'autre sexe , pour quelque cause
> que ce soit ; même approuvés et renouvelés, en toutes for- » mules qu'ils soient conçus, et de quelques décrets et «clauses qu'ils soient corroborés ; et voulons qu'à l'ave- >nir, toutes ces choses aient perdu leur force et effet.
» Ayant ainsi interdit à quiconque l'usage de tout autre , » nous ordonnons que notre Bréviaire et forme de prier et
• psalmodier soit gardé dans toutes les Eglises du monde
• entier, Monastères, Ordres et Lieux, même exempts , dans
• lesquels l'Office doit, ou a coutume d'être dit , suivant l'u-
• sage et rite de ladite Eglise P»omaine,sauf la susdite insti-
• tution ou coutume dépassant deux cents ans : statuant que
• ce Bréviaire, dans aucun temps, ne pourra être changé en
• tout ou en partie, qu'on n'y pourra ajouter, ni en enlever » quoi que ce soit, et que tous ceux qui sont tenus par droit
• ou par coutume à réciter ou psalmodier les Heures Cano-
• niales, suivant l'usage et rite de l'Eglise Romaine ( les »loix canoniques, ayant statué des peines contre ceux qui » ne disent pas chaque jour l'Office divin), sont expressé-
• ment obligés désormais, à perpétuité, de réciter et psalmo- » dier les Heures, tant du jour que de la nuit . conformément
LITURGIQUES. Ail
» à la presciipiion el forme de ce Bréviaire Romain , et » qu'aucun de ceux auxquels ce devoir esl formellement ï imposé , ne peut satisfaire que sous celle seule forme.
» Nous ordonnons donc* à tous et chacun des Patriarches y » Archevêques , Evoques, Abbés et autres Prélats des » Eglises, d'ùUroduire ce Bréviaire dans chacun leurs Eglises, » iMonastères , Couvents , Ordres , Milices , Diocèses et lieux » susdits , faisant disparaître les autres Bréviaires , même » établis de leur autorité privée , que nous venons de supï primer et abolir ; et il est enjoint, tant à eux qu'aux autres i» Prêtres, Clercs, sécuhers et réguliers , de l'un et l'autre »sexe, fussent-ils d'Ordres Militaires ou exempts, auxquels t est imposée l'obligation de dire ou psalmodier l'OITiee , » d'avoir soin de le dire ou psalmodier , tant au chœur que i dehors , suivant la forme de ce Bréviaire (I). >
Le saint Pontife déclare ensuite éteindre l'obligation de réciter à certains jours l'Office de la Sainte Vierge et desMorts, les Psaumes de la Pénitence et les Psaumes Graduels, afin de donner plus de zèle au clergé pour la récitation du Bréviaire réformé, et publie des indulgences pour ceux qui, désormais, auront la dévotion de continuer ces pratiques. Il annonce que l'obligation de se conformer au Bréviaire réformé pèsera de tout son poids, dans un mois, sur tous ceux qui sont présents à la Cour de Rome; dans trois mois, sur ceux qui , sans être à Rome , habitent en-deçà des monts ; dans six mois , pour ceux qui sont au-delà , aussitôt du moins qu'ils auront la facilité de s'en procurer un exemplaire. Enfin, pour maintenir ce Bréviaire dans toute sa pureté, il est dit qu'on ne pourra l'imprimer dans aucun lieu , sans la permission du Siège Apostolique , ou
(1) Vid. la note A.
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d'un commissaire par icelui délégué. Le reste de la Bulle est rempli par les clauses ordinaires de la Chancellerie, et se termine par ces paroles : t Donné à Rome, à saint Pierre, il'an de rincarnalion du Seigneur 1568, le sept des Ides » de Juillet , la troisième année de notre Pontificat. »
Tel fut le premier acte de la Réforme liturgique à Rome; nons aurons bientôt à raconter l'application des mesures de saint Pie V, dans les diverses Eglises de l'Occident. On a sans doute observé les clauses de la Bulle. Elle porte l'abolition générale du Bréviaire de Quignonez ; elle établit en tous lieux la forme d'OIfice contenue au Bréviaire Romain, sans y astreindre cependant les Eglises qui sont depuis deux cents ans en possession d'un Bréviaire particulier, leur laissant toutefois la faculté de passer au nouveau Bréviaire , moyennant certaines formalités. Rome ne pouvait pas appliquer au grand mal de l'anarchie liturgique un remède à la fois plus efficace et plus discret. Nous allons montrer com-^ ment toutes les Eglises de l'Occident le comprirent et se firent un devoir d'entrer dans les vues du Pontife Romain et du Concile de Trente.
II restait encore à publier un portion non moins importante de la Liturgie réformée ; le Bréviaire ne pouvait être utile sans un Missel pareillement corrigé qui lui fût conforme. La Commission romaine y avait simultanément donné ses soins, et deux ans après la publication du Bréviaire, en 1570, saint Pie V fut en mesure de promulguer le nouveau Missel. Il était accompagné de la Constitution suivante qui commence par ces mots : Quo primum tempore. t Pie , Evêque , serviteur des serviteurs de Dieu : » Du moment que nous avons été élevés au sommet de > l'Apostolat , nous avons appliqué de grand cœur toutes nos » forces et dirigé toutes nos pensées aux choses qui con-
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«cernent la pureté du culte ecclésiastique, travaillant avec » toute notre application à préparer et obtenir ce but, » Comme , entre les autres décrets du saint Concile de Trente, ï il en est un qui nous donne le soin de statuer sur la publiï cation et correction des Saintes Ecritures , du Catéchisme , » du Missel et du Bréviaire ; ayant déjà , avec le secours de i Dieu, fait paraître le Catéchisme pour l'instruction du peuple, » et corrigé le Bréviaire , qui contient la manière de rendre ïà Dieu les louanges qui lui sont dues; comme il était in- » dispensable que le Missel répondît au Bréviaire ( puisqu'il » convenait et semblait même tout-à-fait nécessaire que, dans î l'Eglise de Dieu, il n'y eût plus qu'un seul mode de psalïinodie et un seul rite pour la célébration de la Messe), il î nous restait à nous occuper , au plus tôt, de la publication » du Missel qui manquait encore.
«Ayant, à cet effet, choisi plusieurs hommes doctes, nous » leur avons confié ce travail ; et ceux-ci , ayant conféré avec î grand soin tous les plus anciens manuscrits de notre Biblio- » thèque Vaticane , et d'autres encore apportés d'ailleurs , ï les plus puis et les mieux corrigés ; ayant aussi consulté » les ouvrages des auteurs anciens et approuvés, qui ont laissé » des ouvrages contenant la science des rites sacrés , ils ont » restitué le Missel lui-même , suivant l'antique régie et rite » des Saints Pères. Ce Missel , ayant donc été reconnu et » corrigé avec un grand soin , afin de mettre tout le monde ïà même de recueillir les fruits de ce travail, nous avons » donné ordre qu'on l'imprimât et qu'on le publiât au plus tôt, »à Rome, pour que les Prêtres connussent quelles prières, î quels rites et quelles cérémonies , ils doivent désormais re- » tenir dans la célébration des Messes. Afin donc que tous ï embrassent et observent en tous lieux les traditions de la » sainte Eglise Romaine , Mère et Maîtresse des autres Eglises,
î nous défendons , pour l'avenir , et à perpétuité , que l'on i chante ou récite la Messe autrement que suivant la forme » du Missel par Nous publié, dans toutes les Eglises ou Cha- » pelles du monde chrétien, Patriarchales , Cathédrales,
> Collégiales, Paroissiales, tant séculières que régulières , de ï quelque Ordre que ce soit , tant d'hommes que de femmes, » même de Milice Piégulière et sans charge d'âmes , dans les-
> quelles la Messe Conventuelle doit être, suivant le droit ou >la coutume, célébrée à voix, haute ou basse , au chœur,
> d'après le rite de l'Eglise Romaine ; quand bien même les- » dites Eglises mêmes exemptes , seraient munies d'induit
> Apostolique , coutumes , privilèges , ou toutes facultés ,
> confirmés par serment ou sanction Apostolique : à moins » qu'en vertu d'une première institution ou d'une coutume, ï antérieures , l'une et l'autre , à deux cents ans , on ait
> gardé assiduement dans les mêmes Eglises un usage partiï culier , dans la célébration des Messes ; en sorte que , de » même que nous n'entendons pas leur enlever le droit ou la » coutume de célébrer ainsi, de même, nous permettons que, » s'il leur plaît davantage , ils puissent , du consentement
> toutefois de l'Evêque ou Prélat, et du Chapitre entier, célé- » brer les Messes selon le Missel que nous publions par les » présentes: quant à toutes les autres Eglises susdites, nous jôtons et rejetons entièrement et absolument l'usage des » Missels dont elles se servent.
> Statuons et ordonnons , sous la peine de notre indigna- » tion, en vertu de cette Constitution qui doit valoir à perpé- » tuité , qu'on ne pourra rien ajouter, retrancher ou changer » au Missel que nous publions ; mandant et commandant en » vertu de la sainte obéissance , à tous et chacun des Pa- » triarches et administrateurs desdites Eglises , et autres » personnes honorées d'une dignité ecclésiastique quel-
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I conque , même Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine , »ou de quelque autre degré et prééminence qu'ils soient, »de chanter et lire désormais la Messe, selon les rite, mode » et règle que nous publions dans ce Missel , en ayant soin > d'omettre et rejeter entièrement, à l'avenir, toutes autres » manières et rites observés jusqu 'ici d'après d'autres Missels » même anciens , en sorte qu'ils n'aient pas la hardiesse d'a- » jouter d'autres cérémonies, ni de réciter d'autres prières » dans la célébration de la Messe que celles contenues dans >ce Missel. De plus, nous concédons et accordons d'auto- » rite Apostolique, par la teneur des présentes, que l'on puisse » se servir librement et licitement de ce Missel , pour les » Messes tant chantées que récitées , dans quelques Eglises ï que ce soit, sans aucun scrupule de conscience, et sans » poiivoir encourir aucunes peines , sentences ou censures ; • déclarant aussi que nuls Prélats, administrateurs, Gha- 9noines, Chapelains et autres Prêtres de quelque nom que î ce soit, séculiers ou réguliers, ne pourront être tenus à » célébrer la Messe autrement qu'en la forme par nous statuée, >ni contraints et forcés à changer l'ordre de ce Missel (1). »
Le reste de la Bulle a rapport au mode de promulgation j qui est le môme que pour le Bréviaire, et aux précautions à garder dans l'impression. Après les formules ordinaires de Chancellerie , on lit ces paroles : t Donné à Rome, à Sainl- » Pierre, l'an de l'Incarnation du Seigneur, 1570, la veille » des Ides de Juillet, la cinquième année de notre Pontificat.»
L'apparition d'un Bréviaire et d'un Missel réformés, causa une grande joie dans toute l'Eglise. Des réclamations universelles sur le désordre qui avait régné dans la Liturgie, s'étaient fait entendre, et ony voyait enfin un remède efficace. Le Missel
(1) Yid. la note B.
de saint Pie V était puisé exclusivement aux sources les plus pures de l'antiquité : sou Bréviaire , dégagé de toutes superfétaiions inutiles , n'avait plus rien , il est vrai , qui flattât l'orgueil diocésain ou national , mais aussi on retrouvait à peu près tout ce qu'il contenait dans les Bréviaires locaux. Les Diocèses qui se trouvaient dans le cas de l'exception prévue par la Bulle, avaient encore le choix entre l'adoption pure et simple du Bréviaire réformé , ou la correction si facile des leurs , d'après ce modèle excellent. Saint Pie V ayant supprimé à perpétuité le Bréviaire de Quignonez, et détruit par-là l'iniluence qu'il pouvait avoir à raison de sa plus grande brièveté , la question se réduisait à savoir quel parti on devait prendre dans les Eglises qui étaient dans le cas de l'exception , savoir d'adopter le Bréviaire réformé purement et simplement, en faisant imprimer à part un Propre supplémentaire qui contiendrait ces précieuses traditions locales dont Rome ne fut jamais l'ennemie, ou de faire imprimer de nouveau le Bréviaire sous le titre Diocésain , en unissant, dans une même rédaction, les particularités du rite local avec tout l'ensemble du Bréviaire réformé. Toute la question se réduisait donc à peu près à savoir quelle dépense on pouvait supporter pour les frais de l'impression. La seule raison d'une plus grande économie détermina beaucoup de Diocèses à prendre les Livres Romains purement et simplement.
Rome toute entière adopta immédiatement les nouveaux livres. La Basilique de Latrau elle-même s'empressa d'inaugurer dans son sein un Bréviaire qui n'était plus simplement celui de la Chapelle Papale , ou encore celui des Frères Mineui^ , mais le Bréviaire de l'Eglise Catholique. La Basilique Vaticane , elle qui, suivant Âbailard, avait moins souci des anciens usages, au douzième siècle, que l'Eglise de
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Latraii, lïil la seule qui n'adopta le nouveau Bréviaire qu'avec motlilieation. Elle fut maintenue dans le droit de conserver l'usage de l'ancien Psautier Italique; mais, pour le reste, son Bréviaire n'est que le Romain actuel, avecrOlfice des saints Papes et autres dont les corps reposent dans la Basilique ou dans son trésor.
A propos de la ville de Rome , il est naturel de parler des Ordres religieux dont elle est la patrie commune. Les Ordres de Moines se trouvant dans le cas de l'exception, non depuis deux siècles seulement,raais depuis près de mille ans, conservèrent l'ancienne forme de leur Office. Les Ordres Mendians, hors les Dominicains et les Carmes, qui gardèrent leur Bréviaire Romain -Parisien^ réformèrent leurs livres suivant l'Office de saint Pie V, qui n'était que le Bréviaire des Frères Mineurs épuré ; mais ces derniers continuèrent d'y fondre leur Propre > Les Ordres de Clercs Réguliers suivirent sans exception les nouveaux livres ; les Tliéatins avaient puissamment influé sur cette réforme; les Jésuites devaient, suivant la volonté de leur grand Patriarche , garder toujours la forme d'Office observée par l'Eglise Romaine ; les autres familles religieuses du même genre étaient amenées à les imiter par la nature même de leur constitution de corps cosmopolites. Enfin , les Ordres de Chanoines Réguliers, si l'on excepte les Prémontrés dont l'Office était , comme nous avons dit, un mélange de Romain et de Parisien , ne tardèrent pas à embrasser, en tous lieux , la Litui*gie réformée. Quant aux Religieuses, elles suivirent, pour l'ordinaire, les livres propres aux différents Ordres de Moines ou autres auxquels elles se rattachaient; celles dont l'institut était isolé adoptèrent, sans plus varier jamais , le Bréviaire de saint Pie V. L'Eglise de Milan cluU alors gouvernée par saint Charles
Bôrromée. Nous avons vu plus haut le grand zèle de cet illustre Cardinal pour le maintien de la vénérable fJturgie Âmbrosienne. Il ne se montra pas moins exact observateur des volontés du Souverain Pontife, en procurant l'introduction des livres de saint Pie V, dans toutes les Eglises de sa ville , de son Diocèse et de sa Métropole , qui étaient obligées, par le droit ou la coutume, à suivre l'Olfice Romain. On peut voir, dans sa vie , avec quelle intégrité il sut ménager à la fois les prérogatives de son Eglise et les droits du Siège Apostolique. Les Evêques de sa province se montrèrent jaloux de Timiter, et dans le second Concile de Milan , tenu en 1569 , nous trouvons un décret par lequel les Prélats des seize Eglises de la province de Milan déclarent expressément que les Clercs , sous peine de ne pas satisfaire au précepte de rOffîce divin , sont tenus de réciter les Heures canoniales, suivant la forme du Bréviaire Romain publié par saint Pie V, à moins qu'ils ne soient attachés à des Eglises qu'une ancienne coutume ait placées dans le cas de l'exception prévue par la Bulle (1). Le saint Archevêque donna lui-même une édition du Missel Âmbrosien, en 1570, et une du Bréviaire en 1588. Elles ont été fidèlement reproduites jusqu'à nos
(1) Episcopi cureat , in sua quisqiie diœcesi , ut Officia divina , quîe singulis Cauoaicis horis prieslai i df b' nt , et publiée iu ecclesia , et privatim a singulis sac. rdolilnis cli.ricibve inferioris ordinis, qui illa obire debent, celebrentur et pcragantur ad praeicriptam Breviarii Romani ntiper eJlti rationem : nisi lamea ecclesia^ hujusmodi sint in quibus, ex veteri consuetudiue,ut summi Pontificis PiiQuinti litteris, eo Domine coufectis, caulom est, alius ritus aliaque ratio adhibeatur. Si vero secus a quibusdani factum erit, cum iïli, ut eisdem summi l'ontilicis lileris nominalim sancilum est, horarum canonicarum Officio, quod debeut, non satisfacient ; eos ipsos Episcopi pœnis iis mulctent, quae Lateranensi Coucilio a Leone X, et proviuciali Synodo superiori coitra Clerioos constitulai sunt, qui GaDonioarum borarum Oûicium intermittimt. Labb, Tom. AT. pag.ôoi.
jours, sans autres changcmnns que la correction de quelques Hymnes et l'addition d'un certain nombre de l'êtes de Saints.
Nous ferons, au sujet de la province de Milan , une observation dont l'occasion se présentera encore plus d'une fois, et dont le but est de montrer, par les (jiits matériels euxmêmes , que la Liturgie publiée par saint Pie V n'était point une Liturgie nouvelle, mais simplement la restitution et correction de l'antique Liturgie Romaine établie déjà par tout l'Occident. Un Canon du sixième Concile de Milan, parlant des livres de chœur, reco^umande aux Evêques de veiller à ce qu'on les corrige ^ conformément au Bréviaire nouvellement publié (1). C'étaient donc de simples changemens, de pures modifications qu'avait faites saint Pie V, et non une Liturgie inconnue qu'il avait introduite. L'unité du culte avait donc toujours existé, malgré les incorrections qui s'étaient glissées dans les livres ecclésiastiques.
L'Eglise de Milan était la seule non seulement de l'Italie, mais de l'Occident , qui eût une Liturgie propre , si l'on excepte les quelques Eglises d'Espagne , dans lesquelles la Liturgie Mozarabe se maintenait par privilège. Toutes les Eglises qui se trouvaient dans le cas de l'exception prévue par la Bulle de saint Pie V, avaient simplement mêlé la Liturgie Romaine avec quelques usages locaux , et donné à cet ensemble un titre d'Eglise particulière. Cette observation s'applique même au rite de l'Eglise d'Aquilée, le plus vénérable de ces rites mélangés qu'il y eût en Italie, au seizième siècle. Il était connu sous le nom de Rite Patriarchin^ et ce nom lui
(1) Libri qui cerlis Aaliplionarum modulalionibus olim iiotati , ex Breviarii nuper editi pracscriplo nonduin eniendali sunl , in sua quisque diœcesi Episcopus curet, «t quain primuni.et accurale emendentur, atque accomniodentur ad Breviarii iiovi editiouera Labb, Xf\ pag. 750.
était venu de la dignité de l'Eglise d'Aquilée qui s'en servait dans les Olfices divins. •
Peu après la publication de la Bulle de saint Pie V , l'Eglise Patriarcale se trouvant dépourvue de Bréviaires de son rite , et hésitant quelque peu à faire la dépense d'une réimpression, demanda an Saint-Siège la permission de se servir, hors du chœur seulement , du Bréviaire Piomain , jusqu'à ce qu'on pùl commodément réimprimer le Bréviaire Patriarchin. La Congrégation Bomaiue, qui fut consultée à ce sujet , accorda la dispense nécessaire , dans les termes les plus honorables : « C'est , dit-elle , dans une ilettre adressée, le 10 septembre 1589, à Paul Bisanti, isuffragant du Patriarche , c'est une chose sainte et conve- » nable que de conserver le rite si antique et approuvé de » celte Eglise , et que tous s'y conforment dans l'Office. Le » Chapitre aura donc à se pourvoir de Bréviaires de ce rite , » ce qui est facile, puisqu'il doit être bientôt imprimé à Como. » Comme il ne peut se faire autrement, c'est à Monseigneur »le Patriarche d'en procurer l'impression à ses frais, dans » l'espace de deux ans , et jusque-là , il sera permis de dire » l'Office Romain, mais seulement hors du chœur (1). » Toutefois, celle impression du BvésTàiva Patriarchin n'eut point lieu ; les livres de S. Pie V une fois inlroduits dans Aquilée, y prirent tellement racine que, dix ans après, il n'existait plus vestige de l'ancien rite, même dans l'Eglise Patriarcale ; enfin, en 1596, cette révolution Hturgique élant consommée, le Patriarche François Barbaro, dans un Con-
(1) E cosa saata e conveaieale, cbe si serva il Rilo ii quella cliiesa tanto antico, et approvato, e tutli si confronlino ueirolBcio stesso. Perô il Capilolo si procédera di Breviarii di quel Rilo : il che potrà fave commodameate , seado poco fa slampato iii Como. Et quando non
il po.ii fai aUiimcnU, luonsiguoi Palriaica procuri , che à sue spese
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cile provincial , temi à Udine , prit des mesures expresses pour consolider à perpétuité la Liturgie Romaine pure dans toutes les Eglises du Patriarcat (1).
L'Eglise de « lomo , qui était du ressort patriarcal d'Aquilée, quoique située dans le duché de Milan, garda le rite d'Aquilée jusqu'au Pontificat de Clément Vlll, qui l'obligea au Romain, ne jugeant pas convenable qu'une Eglise enclavée dans le Milanais suivît un OfTice étranger et aboli même aux lieux d'où il était parti (-2). Déjà dès 1579, le Synode diocésain de Como avait déclaré que les Clercs qui ne pourraient se procuicr les livres du Diocèse , pourraient user du Bréviaire et du Missel de saint Pie V. On a encore les actes d'une visite apostolique faite la même année dans ce diocèse par Jean- François Bonomo , Evêque de V^erceil , en vertu d'une commission de Grégoire Xliï : le Prélat y reconnaît expressément le droit de l'Eglise de Como à conserver son rite particulier, bien qu'il exhorte les Chanoines à abandonner leur ancien rite pour le iîomm'/i. Il dit, au sujet des Missels du rite Patriarchin , qu'ils ne sont qu'en petit nombre , manuscrits , qu'ils ne diffèrent jjresque en rien du Missel Romain (5) , et en conclut la grande liacilité qu'on aura de passer à l'usage exclusif des livres de saint Pie V. Le Père Lebrun , à qui nous empruntons ces détails , dit que l'on conserve dans les archives de la Cathédrale de Como un manuscrit du Bréviaire d'Aquilée qui porte ce titre: Breviarium Patriarchinum nuncupatum secundum usum Eccle-
Ira due anni sia stampato : e intaulo sia lecito extra Ciiormn solameute dir rofficio Romauo. Madrisius , in Jppendiœ II. Ad Opéra S. Paulini Patriarch. Jquil.
(1) Zaccaria. Bibliolli. Ritualis. Tora. I. pag. liij.
(2) Ughelli. Italia sacra. Tom. V. pag. 23o.
(5) Gum autcm missalia Patriarcliino Ritu quam paucissima inventa
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siœ Comensis correctum, et auctoritate Apostolica probatum. A la fin du volume , est une attestation du Cardinal Sirlet, sous la date du 21 octobre 1585 , faisant foi de l'approbation de ce Bréviaire par Grégoire XIII. Xous venons de dire pour quels motifs Clément YIII jugea à propos de l'abolir.
Cette histoire de la destruction de l'ancien rite d'Aquilée nous donne lieu de remarquer avec quelle douceur, quelle faveur même, Rome a su ménager les usages anciens , dans l'application des ordonnances pour la réforme liturgique. Ce serait en vain que , considérant la chose d'un autre point de vue, on voudrait mettre en contradiction cette indulgence des Papes du seizième siècle avec les ordonnances vigoureuses de saint Adrien I , et de saint Grégoire VII, pour l'établissement du Rite Piomain dans tous les lieux de l'Occident. Tout s'explique du moment que l'on veut bien remarquer que l'œuvre accomplie par ces deux grands Papes n'avait pas cessé d'exister, et que, sauf les variantes introduites par certains usages locaux , et les incorrections que le progrès de la critique devait faire tôt ou lard disparaître j l'Occident tout entier louait Dieu dans une seule et même Liturgie. Rome , sans doute, désirait vivement voir toutes les nations complètement unanimes avec elle dans la prière publique ; mais déjà les Bulles de saint Pie V avaient conquis la presque universalité des Eglises , et chaque année en voyait d'autres encore venir se fondre avec les premières dans l'unité d'un même Bréviaire et d'un même Missel.
sint , eaque manuscripta , quae prtcterea a missali Romano nuUa ferme alla re differunt, nisi dierum aliquorum Domiuicorum crJiae , et sanclisiiraae Trinilatis festo die, qui ia aliud tempus translatas est ; ideo Ritu Romano missas passim celebrari, et a plerisqne etiam î^acerdolibus pro libilo fieri animadvertimus , ex anliqui missalis instituto, in que f lurima correctione digna fuisse , novissima ostendit editio. Lebrun, explication de la .¥t45t'. Tom. IL pag. 227.
Toute l'Italie , en effet , se conforma successivement aux intentions du Saint-Siège. Les Eglises de Sicile , par exemple , qui avaient un Bréviaire particulier, se rendirent de bonne heure, et le seizième siècle, en finissant, ne vit plus dans toute la Péninsule , hors le territoire Anibrosien , que des Eglises réunies sous la plus ponctuelle observance des usages liturgiques promulgues par saint Pie V. Cependant , on avait donné la plus grande liberté à toutes celles dont les Bréviaires et les Missels avaient plus de deux cents ans, à l'époque de la Bulle ; on avait reconnu non seulement le droit des Cathédrales , mais celui même des Collégiales et autres Eglises qui se seraient trouvées dans une possession analogue (1). Tout cela n'empcclia pas le principe d'unité de s'étendre dans ses applications, et après tout, il était juste que l'Italie entière , pays d'obédience , y compris les Iles adjacentes , donnât la première et le plus complètement l'exemple d'une entière conformité non seulement aux lois, mais aux simples désirs du Siège Apostolique. C'est là la force de l'Italie, son Unique vie : puisse-t-elle le comprendre toujours !
La Péninsule Espagnole se rangea de bonne heure aussi sous l'obéissance absolue aux Bulles de saint Pie V. Ce n'est pas que les Prélats du royaume Catholique n'eussent , à cette époque , retenu encore quelque chose de cet esprit frondeur dont nous avons vu quelques traits dans l'historien Bodrigue de Tolède. On avait été frappé , au Concile de Trente , d'une hardiesse qui n'était , certes , pas inférieure à celle des plus osés de nos prélats. Mais l'amour
(1) ]\ous avons vu à Rome , dans la Bibliothèque de la maison Professe des Jésuites, un exemplaire du Bréviaire particulier de la Collégiale-Abbatiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, imprimé aux frais de cette Eglise , et approuvé par Grégoire XIII , quoique s'écartant en beaucoup d'endroits du Bréviaire de saint Pie V.
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de l'unité , le zèle pour la foi , passaient encore à leurs yeux avant les susceptibilités nationales. La motion de l'Evèque de Lérida au Concile n'avait pas empêché les Pères de remettre absolument au Pontife Romain le soin de la correction liturgique ; les oppositions de quelques Cathédrales d'Espagne n'arrêtèrent pas non plus l'établissement uniforme du Bréviaire et du Missel de saint Pie V. On doit regretter peut-être que quelques Bréviaires particuliers , ceux de Tolède et de Séville, par exemple^ aient entièrement péri: il aurait été intéressant de voir comment les réminiscences de l'ancien rite Gothique se mariaient parfois encore aux formes Romaines imposées par saint Grégoire Vil. La grande volonté de Philippe H , prince sévèrement jugé , mais auquel , du moins , tout homme impartial ne saurait refuser un zèle ardent et consciencieux pour la foi catholique , pesa de tout son poids dans l'affaire de l'adoption des Usages Romains réformés : par lui , les livres nouveaux non seulement furent introduits en Espagne, mais pénétrèrent dans les vastes colonies qui se rattachaient à celte puissante métropole.
Conformément aux maximes du Droit Public catholique , saint Pie V n'avait pas jugé à propos de placer la prière pour le Roi dans le Canon de la Messe : c'était au Siège Apostolique à déterminer quels étaient les Princes, en communion avec lui, qu'il fallait considérer comme véritablement investis du droit de commander à des Chrétiens. Le Roi d'Espagne , malgré son titre de Roi Catholique , n'avait pas été excepté. Philippe II , ce monarque si fier, ne dédaigna pas de se mettre en instances auprès de saint Pie V, pour obtenir que cette parole pro Rege nostro fût insérée à la suite de la prière pour le Pape et l'Evèque , dans les Missels destinés à l'usage des Eglises d'Espagne , et le Pontife octroya sa
demande (1). Quand on se remet en mémoire la puissance colossale de Philippe II , on est bien obligé de convenir qu'il donna dans celle occasion l'un des plus grands exemples du respect pour la liberté religieuse qui aient jamais été offerts par un Souverain. Si nous ajoutions que , lout tyran absolu qu'il était, Philippe II laissait volontiers enseigner et prêcher à ses Théologiens la doctrine de l'amissibilité du pouvoir, le droit du Souvei-ain Poniifc et de l'Eglise de corriger et même de déposer les Princes qui abusent de leur autorité , peutêtre que cette seule remarque suffirait auprès de quelques gens sensés, pour leur faire comprendre que, bien qu'il ait été en butte aux malédiclions des écrivains de la Réforme , et des historiens beaux esprits du dix-huitième siècle, le Démon du Midi n'a pas été tout-à-fait dépourvu de cette moralité et de ce désintéressement que les peuples désirent , mais n'espèrent pas toujours rencontrer dans leurs Souverains. Nous verrons, d'ici quelques pages, un uUtre gouvernement placé dans une situation analogue, et on jugera lequel, du Français ou de l'Espagnol, s'entendait le mieux, au seizième siècle , en fait de libeité religieuse.
Philippe obtint aussi du Saint-Siège la permission , pour tous les Prêtres de sa domination, d'ajouter aux Oraisons de la Messe , même dans les plus grandes solennités , une suite de demandes que l'on trouve dans les Missels Espagnols , et qui expriment avec énergie et simplicité tous les besoins du royaume Catholique , en même temps que cette concession , unique dans les fastes de la Liturgie, est une preuve du grand amour de Rome pour une Eglise qui lui a gardé long-temps une si forte fidélité (2) .
(1) Gavanti. Thésaurus sacrorum RUunm. Tom. I. 4" pag. 286.
(2) Voici celte prière qui s'ajoute, sub eidem conclusione , non seulement à la Collecte, mais mê(ne à la Secrète et k la Po-.l-Communiou :
El famulos tuos Papam nostrutn N , Antisiiiera nostrum N. , Regem
EnOn , on trouve en tête du Propre des Saints , publié en manière de supplément au Bréviaire Romain, pour l'usage des Eglises d'Espagne, un Bref de Grégoire XIII, qui accorde à ces Eglises la faculté de célébrer la fête d'un grand nombre de Saints chers à l'Espagne , par manière de compensation à l'extinction générale de tous les Bréviaires diocésains de ce pays. Ce Bref, qui est du 50 décembre 1575 , fut rendu à la demande de Philippe II. Le Recueil auquel il sert comme de préface, renferme le noble et patriotique Office de saint Jacques , patron du royaume catholique, et celui non moins intéressant du Triomphe de la Sainte- Croix , au 16 juillet , anniversaire de la fameuse victoire de las navas de Tolosa. Le Portugal inaugura avec la même fidélité que l'Espagne les livres de la Liturgie réformée , et les fit pénétrer tout aussitôt dans ses colonies des Indes Orientales et Occidentales. Les volontés de Philippe II retentissaient alors dans la Péninsule toute entière ; cependant nous sommes en mesure de signaler au moins une exception à l'admission du Bréviaire purement Romain. C'est dans cette Eglise de Brague dont le siège était occupé, à l'époque du Concile de Trente , par le fameux D. Barthélémy des Martyrs , que Zaccaria signale un Bréviaire sous le titre diocésain, de l'an 1654. ÎN'ous ignorons si, depuis celte époque , les livres de saint Pie V ont été introduits dans cette Eglise ; nous avons même lieu d'en douter, connaissant de science certaine que , dans plusieurs lieux du Portugal , on garde encore, même à la Messe, cer-
nostrum ?i. , Reginam et Principem cum proie régla , populo sibi commisso, et exercilu suo ab oinni adversitate cnstodi : pacena et salutem nostris concède temporibui; et ab Eccle>ia tua cuactam repelle nequitiam, et geatesPaganord^û et hcCretic .ram dexleroi tiiK p;)tentia conteiaalur ; et captivos Cliristianos, qui ia Saiacenorum pulestate detinentur, tua misericordia liberare, et fructus terr;p dare et coDservare digneris
lains usages totalement distincts de ceux du IMissel llomain. Au reste, ce Bréviaire de Brague , s'il existe encore, ne saurait être autre que le Romain , avec quelques particularités , et un Propre l'ondu sous le même titre.
Si maintenant nous passons en France, le pays de tout l'Occident où les usages liturgiques actuels s'éloignent le plus de ceux de Rome, il nous faut examiner si cette différence est ancienne et remonte au-delà de la Bulle de saint Pie Y. Malheureusement , ce que nous avons à dire de cette Eglise contraste avec ce que nous avons jusqu'ici rapporté de toutes les autres. Les Eglises de France , à l'époque de la publication de la Bulle , avaient une Liturgie formée de la Romaine introduite par Charlemagne , et de ces usages particuliers qu'elles y avaient ajoutés, ensemble qui leur faisait honneur aux yeux de toute l'Europe, et qu'elles pouvaient conserver légitimement, aux termes de la Bulle; or, voilà qu'aujourd'hui, dans ces mêmes Eglises, on ne trouve plus rien qui rappelle cette ancienne gloire de la patrie ; d'un autre côté, on est plus éloigné enclore d'y rencontrer les livres Romains de la réforme de saint Pie V. L'Eglise de France remontant vers son berceau , aurait-elle osé , malgré la défense de Charlemagne et des Pontifes Etienne et Adrien, inaugurer de nouveau l'antique Liturgie Gallicane des Hilaire et des Grégoire de Tours? Hélas! non. Ce que l'on chante aujourd'hui dans nos Eglises , a moins de rapport encore avec le Rite Gallican dont nous avons parlé ailleurs honorablement , qu'elle n'en aurait avec la Liturgie Romaine elle-même. Tout est sorti du cerveau de certains hommes dont quelques-uns vivent encore. Mais avant de raconter cette lamentable histoire , dans laquelle nous verrons foulés aux pieds tous les principes admis par l'Eglise, en matière Hturgique, dans tous les siècles précédents, nous avons un tableau
AoH INSTITUTIONS
bien différent à offrir à nos lecteurs ; celui de l'Eglise de France travaillant , de concert avec le Siège Apostolique, à consolider l'unité liturgique dans son sein. Nous avons à répondre par des faits imposants et incontestables à ceux qui ont osé soutenir que la Bulle de saint Pie V n'avait pas été reçue en France.
Nous rappellerons d'abord à nos lecteurs la vigoureuse orthodoxie que déploya , sur la doctrine liturgique , l'Université de Paris, dans la Censure du Bréviaire de Quignonez. Elle avait déjà fait paraître un zèle semblable en flétrissant les assertions audacieuses de Lefèvre d'Eslaples sur sainte Marie- Madeleine, et d'Erasme sur saint Denys l'Aréopagite , questions qui intéressent à un si haut point les traditions de la Liluigie. Elle veillait en même temps sur les diverses éditions qu'on faisait des Bréviaires diocésains , et dénonçait énergiquement toutes tentatives d'innovation par lesquelles des esprits inquiets auraient cherché à altérer le dépôt de l'antique Liturgie. C'est ainsi qu'en 1529 , elle dénonça au Chapitre de la Cathédrale de Soissons les nouveautés qu'on avait glissées dans une nouvelle édition du Bréviaire de celte Eglise. « On a, dit la Sorbonne, I introduit dans ce Bréviaire beaucoup de choses étrangères »et éloignées du commun usage de l'Eghse. Si l'on n'y por- »tait remède , il en pourrait facilement résulter un schisme » odieux et funeste dans l'Eglise Gallicane : il faudrait des » siècles nombreux pour l'éteindre (i). »
Les Docteurs expriment avec plus de précision leurs principes sur l'inviolabilité de la Liturgie , à propos d'une édition du Bréviaire d'Orléans , dans une censure en règle qui est de i548. Entre autres reproches caractéristiques iju'ils font à ce livre , or remarque les suivants : t On a retranché
(1) Yid. la ttote C.
LlTURGIQriW. 4»(>
» dans ce Bréviaire beaucoup de leçons des Matines en tout »ou en partie, en sorte que des fêtes de neuf leçons sont j réduites à trois, et dos fêtes de trois leçons n'ont plus » qu'une simple mémoire. Quand ces changements n'ont pas ï eu lieu , les leçons ont été tronquées , les unes au commen- » cernent , les autres au milieu , d'autres à la fin. La plupart *du temps, on a retranché les miracles des Saints, leurs » mérites, leurs invocations. On a fait disparaître plusieurs » choses qui étaient propres à confirmer le dogme de l'Eu- » charistie , savoir , dans les histoires de saint Grégoire , de » saint Benoît , de saint Ambroise et de sainte Marie Egyp- > tienne. Plusieurs traits importants pour l'édification ont » été élagués , comme le récit des jeûnes , des macérations » des Saints , les fondations et dotations d'Eglises faites par »cux , par exemple, dans les fêtes de saint Antoine , saint sSiméon Stylite , saint Louis , sainte Geneviève et autres. On » a supprimé les hymnes propres des Saints , leurs antiennes » et suffrages , pour renvoyer le tout au commun ; ce qui a » eu lieu même dans les fêtes particulières à l'Eglise d'Orléans. » Il est à craindre que toutes ces choses ne produisent dans les î fidèles la diminution, peut-être même l'extinction de la piété » envers les Saints. Les choses que l'on a retranchées pou- » valent servir à édifier les fidèles dans la foi et les mœurs, et à ï combattre l'hérésie ; ce changement est donc une chose im- » prudente, téméraire et scandaleuse, et donne même quelque >lieu de soupçonner l'envie défavoriser les hérétiques (1). » Telle était l'opinion de l'Université de Paris , au seizième siècle, sur les innovations en matière de Liturgie. L'Eglise de France toute entière n'avait pas d'autres principes , lors de l'apparition du Bréviaire et du Missel réformés. Elle reconnut
(1) Vid. la note V.
tout d'abord la supériorité de ces livres sur ceux qui étaient en usage dans le royaume , et comme, à cette époque, elle avait encore le droit de se réunir en Conciles provinciaux , on entendit ces saintes Assemblées , en même temps qu'elles réclamaient avec fermeté l'exécution des décrets du saint Concile de Trente , proclamer la nécessité de se soumettre à la Bulle de saint Pie V.
Le premier de ces Conciles est celui qui fut tenu à Rouen , en 1381 , par l'Archevêque Charles de Bourbon, et auquel assistaient les Evêques de Baveux, de Séez, d'Evreux , de Lisieux , et les Procureurs des Chapitres d'Avranches et de Coutances, etc. Au chapitre deuxième, de cultu d>vinoin génère, le Concile recommande aux Evêques d'examiner avec le plus grand soin les Bréviaires, Missels, Manuels et autres livres ecclésiastiques , dans la crainte qu'ils ne contiennent quelque chose de contraire à la doctrine catholique ou aux vraies histoires des Saints, ou quelque chose encore qui tienne du sortilège ou s'écarte de la discipline ecclésiastique et de la sainteté des mœurs. Les Evêques devront procurer l'impression et la correction des livres liturgiques , suivant l'usage des Diocèses, conformément toutefois aux Constitutions de Pie Y, de sainte mémoire , sur le Bréviaire et le Missel Romains , publiés et restitués suivant le décret du saint Concile de Trente. Le Concile ensuite rappelle la défense faite par le Saint Siège de se servir à l'avenir du Bréviaire de Quignonez, etc. (1).
(1) Quocirca horlamur nostree provinciae Episcopos, ul diligenter iûspiciaot et examineut suarurn diœcesuin preculas Horarias, Breviaria, Missalia , Agenda seu Maaualia Curatorum , atque alios libres ecclesiasticos ac cseremonias, ne quid conlineant contrarium doctrinae Catholicae, aut veris historiis Sanctorum, aut sortilegiis affine, aut aliquid quod ad œdificationem Ecclesiasticse disciplinae , et morum pie-
On voit ici que les Evoques, quoiqu'ils n'adoptent pas purement et simplement les livres Romains, ne eonfn'ment que plus expressément l' obligation de se soumettre aux Bulles qui les ont promulgués, puisqu'ils exigent que, dans la réimpression des Usages diocésains, on applique la forme d'Office publiée par ces Bulles. C'est ce que l'on peut voir mis à exécution dans les rares exemplaires des Bréviaires de Normandie, imprimés à la fin du seizième et pendant le dix-septième siècle. Nous avons eu entre les mains ceux de Bayeux , de Lisieux , d'Evreux et d'Avi'anclies : ils portent le litre : Bre' viarium Bajocense, Lexoviense, etc. ; ad Romani formam ou ex décréta Conciiù Tridentini ; et, sauf lea Saints particuliers à chaque Diocèse , le Répons des premières Vêpres , le neuvième Répons à Matines , le Verset sacerdotal , et autres particularités dont nous avons énuméré la plupart au chapitre IX , ils sont entièrement conformes au Romain actuel. On peut donc dire que l'unité liturgique fut rétablie au seizième siècle dans la province ecclésiastique de Rouen. Passons h celle de Rheims.
Le Concile de cette Métropole fut tenu en 1585, à Rheims même , par l'Archevêque Louis , Cardinal de Guise. Les Evêques de Soissons, de Laon, de Beauvais, de Chalonssur-Marne , de Noyon , d'Amiens , et les Procureurs des
latetn non pertinoat : sed libros emeudatos quoad tieri pote^t, servato U3U diœcesum , juxta taraeii constituliones sancUe memoriœ Pii V. super Breviario Romano et Missali, ex decreto sacrosancti Concilii Tridenliai restitntoet edito, procurent iraprirai, et provideaut ut in omnibus monasteriis , parocliiis et aliis ecclesiis, atque ab omnibus ad sacros ordines promoveadis, libri ad divinum OUicium ncces- irii habeantur. Proaioli vero sciant se ad Breviarium obligari , ac Romanum trium quotidie lectionum a Cardinale sanctœ Crucis composilum, a sacrosancta sede Apostolica sublatum sibi omnino prohiJ;»ri Labb. Tom. XF. pag. 821.
Evêques el Chapitres de Boulogne et de Senlis , firent partie de l'assemblée. Voici ce que décrètent les Pères au chapitre de cultu divino : t Attendu que tous les rites et formules de » prières sont contenus au Bréviaire, Missel, Agenda, ou > Manuel, nous exhortons les Evêques de notre province à > examiner avec soin ces sortes de livres, au moyen d'une > commission de deux Chanoines, dont l'un sera choisi par il'Evêque et l'autre par le Chapitre, et quand ils trou- »veront les Bréviaires et les Missels mal digérés, ou moins > conformes à la piété, ils auront soin de les faire, au »phistôt, réformer et réimprimer, aux frais du Diocèse, » conformément d Vuaage de l'Eglise Romaine, suivant la t Constitution de Pie V (I). » L'obligation de garder cette Constitution est encore rappelée dans un règlement exprès, sous le titre de Cultu divino.
Les livres de la province de Rheims, antérieurs au dixhuitième siècle, font foi de la fidélité avec laquelle ce règlement fut observé. Nous citerons , en exemple , ceux d'Amiens et de Noyon, qui portent en tête la clause que nous avons signalée dans ceux de Normandie, et la justifient par leur accord avec les livres de saint Pie V.
En la même année 1583, nous trouvons le Concile de Bor-
(1) Porro quoniam omaes riius , formulaeque precandi Breviario , Missali, et Agendisseu Manuali contim-ntur, bortaraur Episcopos nostr?e proviociae , ut adhibitis sa'tetn duobus CaQonicis , quorum unns ab Episcopo, aller acapiiulo eligatur, dilgenter inspiciant et examinent hujusraodi libros, illisque sirailas, sicut preculas horarias, ne quid contineant conlrarium docirinae Calholicae, et veris historiis Sanctorum , aut superslitioaibus affiae, aut quod aliqua ralione disciplinam ecdesiaslicam, morumque pTubitatem labefactet : atque ubi indig 'sta minu^qU'^, pietati con^ona Breviaria vel Missiria repereriot , curent quamprimum, et qnam proxime fieri poterit, ad usum Ecclesiae Romanse, juxta conblitutionem Pii V. reformari, et in lucem emittii impensis dioecesis. Labb. Tom. XV. pag. 888.
LITURGIQUES. i65
deaux , tenu par l'Arehevêque Antoine le Prévôt de Sansac , et auquel assisiùrent les Evoques d'Âgen , d'Aiigoulènie , de Poitiers, de Saintes, de Sailal, et celui de Bazas , quoique de la province d'Auch. On y décréta l'adoption pure et simple du Bréviaire et du Missel de saint Pie V, attendu la grande [téiiurie des livres diocésains, qu'il serait trop long et dillîcile de corriger et de réimprimer. Le Concile en ordonne l'usage exclusif, en public et en particulier, lequel devra être établi, en tous lieux, avant le premier Dimanche de l'Avent de la même année lo83 (1).
C'était aller, comme on voit, plus loin que les Conciles de Rouen et de Rlieims, qui avaient du moins sauvé le titre diocésain des Bréviaires et des Missels ; mais dans beaucoup de lieux , la seule raison de l'embarras et de la dépense devait amener l'introduction pure et simple des livres Romains, ainsi que nous l'avons déjà vu pour l'Eglise d'Aquilée.
(1) Quoniara vero inter divlua Officia, eorumque ritus et ceremonias in siogulis pêne liiijus prcvinciaj diœcfsibus, magoa est notata diversitas, uec niinor eorum libroruna penuria exislit, quae Breviaiia , Missalia, Manualia , seu Baptisiualia nominamus : ut jam nécessitas efflagitet magnum ejus geueris librorum numerum excudi : ad haec, quia vetuslate vet optima qu;eque coasenescunt, val quaJam illuvie, situque obsolescuut, ut propterea non pauca ia hnjusmodi libres IfrepseriQt, qii;e recogiiitioae et forsilan emendalioae opus liabeaat , quod tameii longiim nimis esset atque difficile. Idcirco liis, aliisque de causis nobis visum est uoum , idque perfacile , his tôt incomraodis remedium adhiberi posse, si, quod jam facimus, Bremrio Gardioalis a Quignonio, quod triura leclioaum vocaut , ceterisque omnibus suppressis, deceineremus, siculi tenore pnesentium decernimus , ut in posterum Breviaria, Missalia et Maaualia ex decreto Goncilii Tridentiai ad usum Romaate Ecclesi;c restituta , atque instaurata , et Pii V. Pont. Max. jussu édita, ab iis onuibus, qui in hac provincii Sscrameutorum admiuislrationi iiicumbere et diviuo cultui, ac [lecibus, Missarumque celebratioai ex OÛicio vacare debent , ad summum ante adventum proximi aaui 1585, tam privatim, quam publiée recipiantur ; eaque 50la ubiquc, et apud omues in usa sinl. Labb. Tom. XF. pug. 9i8.
idi liNSTITUTIONS
Le Concile provincial de Tours fut tenu aussi en lo83. Il fut présidé par Simon de Maillé , Archevêque de Tours , et on y vit les Evêques d'Angers , de Nantes, de Saint-Paul de Léon, de Saint-Brieux , de Rennes, de Quimper, de Dol, de Vannes, et les Procureurs des Evêques du Mans, de Saint-Malo, et du Chapitre de Tréguier, le siège vacant. Les Pères s'occupèrent aussi de la réforme liturgique , et l'on voit qu'à leurs yeux l'unité en cette matière était aussi précieuse qu'elle pouvait l'être à ceux des Evêques de ce Concile de Vannes, de 461, dont nous avons parlé au chapitre IV ; seulement, il ne s'agissait plus de l'unité restreinte aux limites d'une province ecclésiastique , mais de cette vaste et catholique unité que les Pontifes Romains , depuis lors , avaient établie, au prix de tant de soins, dans la Liturgie de l'Occident tout entier. Les Evêques du Concile de Tours ne font aucun doute de l'obligation où l'on est en tous lieux d'observer la Constitution de saint Pie V, bien qu'on ne trouve nulle part, jusque là, la plus légère trace d'une promulgation , et encore moins d'une acceptation qu'on aurait faite de cette Bulle en France, soit en Concile, soit autrement. Nous verrons même bientôt les gens du Roi attaquer en plusieurs lieux l'autorité de cette Constitution , et s'opposer aux mesures prises pour son application.
Les Evêques du Concile de Tours déclarent donc l'iobligaiion, pour les Ordinaires, de faire imprimer les Missels , les Bréviaires, les Graduels , et autres livres nécessaires au Culte divin, et de les corriger exactement, suivant la forme prescrite par le Siège Apostolique et la Constitution de Pie V, de sainte mémoire (1).
(i) Monemus Episcopos Missalia , Breviaria , Gradualia , aliosque libros ad diviauiu cultum necessarios, quibus fere omnes Ecclesiœ sunt destituiLc, ut exacte emendentur, ad uormam a sede Apostolica et
Dans l'exécution de ce Décret , les divers diocèses de la province de Tours suivirent une conduite difïerente. La Bretagne , pays d'obédience , embrassa toute entière les livres romains , sans rien réserver de ses anciens usages qu'un Propre des Saints par chaque diocèse. Les Eglises de Tours , du Mans et d'Angers , réimprimèrent leurs Missels et Bréviaires sous le litre diocésain , avec l'addition ad Romani formam , et l'on peut voir dans les Lettres Episcopales placées en tête des diverses éditions qui en ont été publiées jusqu'au changement de la Liturgie, que l'on se croyait, dans ces trois diocèses , obligé à suivre les Offices de Rome , tant à cause du Décret du Concile de Trente et de la Bulle de saint Pie V, que par le Canon du Concile de Tours de 1583. L'espace nous manque pour insérer ici ces importantes Lctttres pastorales , que chacun peut consulter en tête des divers exemplaires des Bréviaires de ces trois diocèses que l'on trouve encore dans les bibliothèques publiques , et même entre les mains de plusieurs particuliers.
La province de Bourges tint son Concile en 1584 , sous la présidence de l'Archevêque Renauld de Beaulne. On y vit les Evêques de Saint-Flour, deCahors, de Limoges; les Procureurs des Evêques de Rhodez , de Tulle, d'Albi , de Mende, de Vabres, et ceux des Chapitres de Clermont et de Castres, le siège vacant. Au Titre premier, Canon dixième, il est enjoint aux Evêques de faire réimprimer les Missels , Bréviaires et autres livres Liturgiques, et de les corriger, suivant le besoin. Les Pères ajoutent les paroles suivantes qui montrent clairement la conviction où ils étaient que la réforme litur-
Constitutione sanctœ mémorise Pii quiati prœscriptam , et iatra anaum eorum qui ex consuetudine proviaciœ ad id tenentur impensis , imprimantur, procurare. Labb. Tom, XF. pag. 1021.
gique accomplie à Rome , intéressait tout rOccident. t S'il »est des Eglises qui se soient servies jusqu'ici de l'ancien «Office romain, qu'on les oblige à recevoir celui qui vient
> d'être réformé d'après le décret du Concile de Trente (i). > Il ne se peut , certes , désirer rien de plus exprès. Dans la province de Bourges , comme dans celle de Tours , les Eglises se divisèrent dans la manière d'appliquer la réforme liturgique. L'Eglise Patriarcale, et celle de Limoges, entre autres , firent imprimer, presque aussitôt après le Concile , leurs Bréviaires sous le titre diocésain , avec la clause dont nous avons parlé. Saint-Fiour, Cahors, Rliodez, Castres, etc., adoptèrent le Romain pur, et firent imprimer séparément le Propre Diocésain .
L'année suivante i58o, l'Archevêque d'Aix, Alexandre Canigiani , tint le Concile de sa province , auquel se trouvèrent les Evêques d'Apt , de Gap , de Riez , de Sisteron , et le Procureur de l'Evêque de Fréjus. On y fit le décret suivant : « Le saint Synode désirant que tous les Clercs de cette » province soient unanimes dans la louange de Dieu, tant puiblique que privée, et considérant que , d'après la Constitu- >tion du Pape Pie V, il est défendu , si l'on quitte un Office > particulier, d'en prendre un autre que le Romain ; comme, > d'ailleurs, les autres Eglises Cathédrales ne sont pas en » mesure de se conformer à l'Office de la Métropole ; statue , » prescrit et commande à tous ceux à qui il appartient , sous
> peine d'excommunication , et autres à la volonté de TE- * vêque, d'introduire dans toutes les Eglises de celte province » l'usage du Bréviaire et du Missel réformés d'après le décret i du saint Concile de Trente , d'ici au premier janvier de
(1) Si quse Ecclesue hactenus usîe sunt veteri Officio Romano , nuper reformatmû ex Concilii TrideDlini decrelo recipere cogantur. Labb. lom. Xy. poy. 1071.
>rannée prochaine 1586. » Les Pères ajoutent que cette mesure leur semble préférable à la réimpression des Bréviaires particuliers , qui nécessiterait de trop grands fiais , et ils terminent leur décret par ces paroles qui mettent dans une nouvelle évidence ( si déjà nous n'avions pas rendu cette observation banale à force de la répéter ) , la conformité presque matérielle de ces Liturgies diocésaines de France avec la Romaine , tant ancienne que réformée : « Et afin que les » livres tant do l'Eglise Métropolitaine que des autres Catlié- » drales , ne demeurent pas inutiles , au grand préjudice de » ces mêmes Eglises , on les adaptera et corrigera suivant » l'usage Romain, aux dépens du Clergé de chaque dio- »cèse (1), i
Le Concile de Toulouse , en 1590, présidé par l'Archevêque François , Cardinal de Joyeuse , ne fut pas moins ab-
(1) Cupieus haec sancta Syaodus, ut omnes ecclesiaslici hujus provincise , unanimes , uno ore tam in ecclesiis , quam privatim honorificent Deum ac Patrem Domini nostri Jesu Cliristi ; et attendens quod ex constitulione felicis recordatioais Pii Vapœ quiuti prohibilum est proprio Oflicio relicto , aliud quam Romanum assumere ; ideo cum aliaî Cathédrales Ecclesia3 Officio raelropolitanio conformari non possint : statuit liaec Syaodus, et omnibus ad quos spectat praacipit et mandat, sub pœaa excommunicationis, ac alia arbitratu Episcopi, ut usum Breviarii Romani et Missalis ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restituti et editi in omnibus huJus provincite ecclesiis iutra illud tempus , quod bine ad principium mensis januarii anni proximi 1586 , interjectum est, omnino introducant. Visum est enim id magis decere, quam , quod uaaquœque diœcesis proprium Oflicium retineret , praeserlim cum jam Missalia, Breviaria, Diurnalia , Gradualia , Antiphonaria , et alii hujusmodi libri ad unius cujusque diœcesis hujus provinciaB usum omnes pêne laceri, imo et omnino consumpti sint, et vix reperiantur , nec de novo imprimi possint absque magna impensa , et ne libri , quos tam Metropoiitana , quam aliie Cathédrales Ecclesite habent, illis inutiles remaneant, magno earumdem ecclesiarum prsejudicio ; placuit illos ad usum Romanum aptari et reconcinnari, impensis totius deri uniuscujusque diœcesis. labb. Tçm, KF, pag. 1154.
solu que celui d'Aix , dans son décret sur l'Office divin. On y vit les Evêques de Saint-Papoul , de Rieux , de Lavaur, et les Procureurs des Evêques de Lombez , de Pamiers , de Mirepoix et de Montauban. Le Canon est conçu en peu de mots : « Afin d'établir un accord plus parfait entre les Chré- » tiens , les Heures Canoniales seront récitées , tant en parï ticulier qu'en public , suivant la prescription du Bréviaire » Romain (1). »
Le dernier de nos Conciles de France que nous trouvons avoir adhéré à la réforme liturgique de saint Pie V, est celui de Narbonne , tenu en 4609 , par l'Archevêque Louis de Vervins , et dans lequel siégèrent les Evêques de Carcassonne , d'Agde , de Saint-Pons , Mmes , Uzès , Aleth , Montpellier, et les Procureurs des Evêques de Beziers et de Lodève. Le Décret, que nous ne traduisotis pas , afin de ne pas fatiguer le lecteur qui peut le voir dans la noie (2) , a cela de particulier que les Evêques y disent expressément recevoir la Bulle de saint Pie V, et la déclarer promulguée , indiquant et signifiant les peines qui y sont déclarées contre les infracteurs. Ce langage est fort différent , comme l'on voit ,
(1) Sed ut major Christianorum sit inter se couseusio, Hor» canonicîe, tum privatim, tuiu publiée, ex Breviarii Romani prœscripto reciteutur. Labb. Tom. pug. 1588.
(2) Ideô ut ia omnibus unitas sit la Ëcclesia quae una est : a quibuscumque ecclesiasticis , tam Metropolitanse , Cathedralium , ColUgialarum , aliarumque ecclesiarum officium recitari in choris , et in ecclesiis decantari prœcipimus, et mandamus , juxta ritum , ordinem , modum, et formam a felieis mémorise Pic Papa liujus norainis quinto prsescriptam , per Bullam, super reformatione Breviarii cditam : quam nos recipimus , et ia tota provincia recipi volumus , et j; atsenlis nostri decreti publicatione sufficienter promulgatam declaramus : contra eamdejsa agentes , pœnas per Ipsam latas eis iadiclmus et significamus. labb. Tom. XF. pag. 1616.
(le celui des sept Conciles du seizième siècle que nous avons cités. Au reste, la prétention des Pères du Concile ne fait que rendre plus grave pour les diverses Eglises de la province l'obligation de reconnaître l'autorité d'une Constitution reçue cl approuvée d'une manière aullienlique.
Les huit Conciles Provinciaux dont nous venons de rapporter les ordonnances sur la Liturgie , nous ont fait passer en revue presque toute l'Eglise de France. Les autres provinces , sans se réunir en Concile , adoptèrent des mesures analogues pour la réforme liturgique. Lyon maintint le fonds de son Office mêlé de Romain et de Gallican. Plusieurs des Eglises de cette Métropole renouvelèrent , en les corrigeant, leurs anciens livres ; nous ne saurions indiquer aujourd'hui leurs noms avec précision. Langres , du moins , adopta le Romain pur. Sens ne fit qu'épurer, ses anciens livres à l'aide de ceux de saint Pie V. Paris, Meaux, Chartres, suivirent son exemple. Nous ne pouvons rien affirmer sur les autres Eglises de la province de Sens. Auch adopta purement et simplement la Liturgie Romaine réformée , et le reste de la province suivit son exemple. Avignon et Embrun, avec leurs Eglises , firent la même chose. Il faut en dire autant de la plupart des diocèses de la province de Vienne. Quant à la Métropole elle-même , nous sommes porté à croire qu'elle garda l'ancien Bréviaire , en le corrigeant sur celui de saint Pie V.
Si nous passons maintenant aux diocèses qui, depuis, ont été réunis au territoire français, nous trouvons Cambrai qui adopta le Romain pur, Arras qui corrigea ses livres, Tournay, Saint-Omer, Namur, dont la Liturgie ne fut plus antre que la Romaine.
Pour dire un mot , en passant , sur la Belgique , nous mentionnerons le Concile de Malines, en 1607, dans leque^
les Prélats établissent pour la réforme liturgique les mêmes règles que les Evéques de France dans les Conciles cités plus haut. Les Evéques qui prirent part à cette Assemblée, sous la présidence de l'Archevêque , furent ceux de Gand , Bois-le-Duc , Ruremonde , Bruges , Anvers et Ypres.
Ainsi fut rétablie en France l'unité liturgigue , et cet événement eut lieu d'une manière si éclatante, qu'il n'est pas d'exemple qu'une Constitution Pontificale y ait été reconnue obligatoire dans un aussi grand nombre de Conciles , que l'a été celle de saint Pie V, sur le Bréviaire Romain. On voit aussi que ces Conciles dépassèrent même dans leur obéissance au Saint-Siège les limites qu'il avait tracées. Plus d'un tiers de nos Eglises était en possession d'un Bréviaire , Romain sans doute pour le fond, mais depuis plus de deux cents ans corrigé , réformé par l'autorité diocésaine. Néanmoins , les Evéques jugèrent que l'unité ne pouvait être trop parfaite , et reconnaissant d'ailleurs la supériorité de rédaction du nouveau Bréviaire , ils ne firent aucune difficulté , la plupart de l'adopter purement et simplement, les autres de le faire imprimer presque en entier sous le titre diocésain. Nous ne connaissons guère que Lyon dans toute la France qui retint son ancien Bréviaire , et encore ce ne fut pas sans emprunter quelques améliorations au nouveau Romain.
Un autre événement important pour l'unité liturgique en France , est l'introduction des livres Romains réformés dans la Chapelle du Roi , à Paris , et dans celles des autres châteaux royaux. Cette pieuse innovation eut lieu , par ordre de Henri III , en 1383 (1). Ce prince, à la sollicitation des Jésuites, auxquels l'Eglise Catholique fut si redevable dès le seizième siècle , avait permis , en 1580, l'impression du Bré-
(1) On ne quitta toutefois le Parisien à la Sainte Chapelle de Paris, que le Mercredi des Cendres ,1610.
viairc Romain, qui souffrait des liitricultés de la pan du Parlement de Paris (1).
En effet , la haine de ce corps contre tout ce qui venait de Rome , s'était déjà éveillée à l'apparition d'un ensemble de Liturgie imposé aux Eglises par le Saint-Siège. L'accord des divers Conciles à mettre en exécution la Bulle de saint Pie V, n'avait pas été sans être remarqué , et peut-être une formelle intimation faite par l9s gens du Roi est-elle la meilleure explication de la clause par laquelle le Concile de Narbonne, tenu déjà dans le dix-septième siècle , a cru devoir déclarer qu'il recevait en forme cette Constitution. Quoiqu'il en soit, le Parlement de Paris donna , vers 1580, un insigne exemple de cette oppression religieuse que nul autre pays n'a mieux connue que le nôtre.
On se rappelle que le Missel de saint Pie V ne portait point au Canon ces paroles Pro Rege nostro. Nous avons rapporté l'action de Philippe II qui , dans son respect pour l'autorité religieuse , ne voulut pas employer son pouvoir royal pour arracher des prières au Clergé Espagnol. Voici maintenant ce qui se passa en France. Le Parlement, toujours jaloux des droits du Roi , quand il s'agissait d'opprimer l'Eglise , vit avec indignation l'absence du nom du Roi dans le Missel Romain ; mais fidèle à son plan de nationaliser l'Eglise , il se garda bien de conseiller au Souverain de se pourvoir auprès du Saint-Siège pour obtenir la même faveur que Philippe II n'avait pas dédaigné de solliciter. De son autorité laïque , matérielle , incompétente , il fit défense à tous imprimeurs du Royaume de publier le Missel Romain , sans y ajouter le Pro Rege nostro N. , et depuis lors, on n'a jamais osé en-
(1) Grancolas. Commentaire historique du Bréviaire Romain , pag. 28.
freindre ce Règlement (1). Le temps , et plus encore , la condescendance du Siège Apostolique, a pu légitimer l'emploi de ces paroles au Canon de la Messe ; mais l'origine de cet usage n'en remonte pas moins à une entreprise du pouvoir séculier qui prouve , d'ailleurs , assez clairement que , dans cette Espagne si méprisée , ou plutôt si mal connue , la Couronne s'entendait mieux en ftnt de liberté de conscience qu'en France, où cette liberté ne s'est jamais développée qu'en faveur des hérétiques.
Cette mauvaise humeur des Parlements contre les Livres Romains semble déjà présager dans l'histoire la réaction qui devait avoir lieu un jour en France contre les antiques principes de la Liturgie. Car, il faut bien l'avouer, les magistrats ne se sentaient pas seuls dans cette opposition ; un parti se formait sourdement dans le Clergé , et la haine de Rome fermentait déjà dans plus d'un cœur. On en vit une démonstration bien significative de la part de la Sorboune , en 1583. L'Evêque de Paris , Pierre de Gondy, ayant songé à introduire les Livres Romains dans sa Cathédrale , comme ils venaient d'être introduits par le Roi lui-même dans sa Chapelle , le Chapitre de Notre - Dame forma opposition contre cette intention du Prélat , prétendant , avec fondement , que le Bréviaire et le Missel de Paris se trouvaient dans le cas de l'exception prévue par la Bulle ; qu'on ne devait point abolir un Rite dont la renommée s'était répandue non seulement par toute la France , mais dans presque toutes les autres Eglises de l'univers ; et conclut à la simple correction des Livres Parisiens par les Commissaires déjà députés à cet effet (2). La Commission continua
(1) Grancolas. Ibid. Pag. 30.
(2) Vid. la note E.
donc son travail , mais elle s'en acquitta avec tant de zèle pour les usages Romains réformes , qu'elle y fit entrer la presque totalité du Bréviaire de saint Pie V (1). Nous venons de voir, d'ailleurs , que le Chapitre , par le fait même qu'il croyait l'Eglise de Paris dans le cas de l'exception prévue par la Bulle , reconnaissait la valeur de cette Constitution. Paris doit donc être mis au rang des Eglises qui prirent part à la Réforme Liturgique de saint Pie V. Quant au refus que firent les Chanoines de prendre le Romain pur, nous sommes loin de le blâmer. Il était trop juste que cette Liturgie Romaine-Française . enrichie par Robert-le-Pieux , Fidbert , Maurice de Sully ; que plusieurs Ordres religieux avaient adoptée, qui avait pénétré jusque dans les Eglises de Jérusalem, de Rhodes , de Sicile, demeurât debout comme une de nos gloires nationales. Abolie déjà , dans la plupart des Cathédrales françaises par l'introduction des Livres Romains, Paris, du moins , ne devait pas la laisser périr ; Rome elle-même avait préparé les voies à cette conservation par les clauses de sa Bulle. Si donc aujourd'hui , cette belle et poétique forme du Culte Catholique n'est plus, demandonsen compte , non au Siège Apostolique , mais aux Parisiens modernes qui , cent ans plus tard , se plurent à renverser l'antique et noble édifice que leurs pères avaient défendu avec tant d'amour.
C'est que malheureusement , comme nous le disions toutà-l'heure , un parti se formait qui devait, au temps marqué , poursuivre l'œuvre Romaine de la Liturgie , jusque dans les livres diocésains. La Sorbonne récelait des hommes de ce caractère , et l'histoire nous a conservé le scandaleux avis que celte Faculté, ou plutôt quelques-uns de
(1) Grancolas. Ibidem, 65.
ses membres , consultés par le Cliapitre de Paris , donnèrent contre l'adoption projetée des Livres Romains. Le lecteur trouvera cette étrange pièce ci-après (1) : nous en choisissons seulement ici les principaux traits.
Après quelques banalités sur le grand bien qu'il y a dans la variété , comme si l'unité n'était pas aussi une chose désirable , les Docteurs disent leur véritable pensée : t L'adop- » tion du Bréviaire Romain diminuerait beaucoup l'autorité ïdesEvéques et des Diocèses. Les promoteurs de cette me-
> sure sont gens qui veulent faire leur cour. Les Evêques ont » puissance de police et de règlement dans leurs diocèses , » comme l'Evêque de Rome dans le sien ; ce grand bien serait » ébranlé par le changement en question. Cette entreprise » serait contre la liberté de l'Eglise Gallicane qui , si elle se » soumettait à celle de Rome dans une chose aussi capitale , » lui demeurerait assujétie en tout le reste : car l'accessoire >suit le principal. Il n'y a pas plus de raison à ce que tous j> les Prêtres disent en tous Heux un même Bréviaire , qu'il
> n'y en a à ce que tous les Laïques adressent à Dieu la même » prière. Après tout , que résulte-t-il autre chose de ceci , si » ce n'est l'accroissement non de la religion , mais de la su- «perbe et ambition Romaines ? Que la crête du Coq Gaulois » ne le cède pas ainsi au sourcil Romain ! Il ne s'agit pas ici
> de religion , mais d'orgueilleuse fourberie. Si les Evêques » connaissent ce qu'ils sont , ils doivent savoir qu'ils ont pou- » voir de régler la forme de la prière , aussi bien que le Pape
> dans son diocèse de Rome ; autrement, ils ne seraient que » les Chapelains du Pape. »
Voilà , certes , de la franchise : toute la pièce est dans le même goût. Les Docteurs se prévalent surtout de l'inconve-
(1) Vid.lanoteF.
nance qu'il y aurait de renoncer au culte dos Saints du diocèse , en adoptant le Calendrier Romain. Cette difficulté n'est pas sérieuse , puisque tout le monde sait que , dans tous les diocèses où l'on suit le Romain pur, on est autorisé à joindre au Rréviaire un Propre des Saints locaux qui peut être aussi complet qu'on le désire. Au reste, dans une cause qui fut plaidée en Parlement , en 1605 , et dont nous parlerons ailleurs, l'Avocat du Roi Servin ayant inséré cet acte de la Sorbonne en son plaidoyer, la Faculté réclama contre l'insertion et contre l'acte lui-même qui doit donc être considéré , non comme l'avis de tous les membres de cette Compagnie , mais simplement , ainsi que nous avons dit , comme la manifestation d'un espiit de révolte dans quelques particuliers. Nous verrons bientôt le terrible incendie qu'alluma cette étincelle cachée un moment sous la cendre. Achevons le tableau de la Réforme Liturgique dans l'Eglise Latine , au seizième siècle.
Les diocèses qui avoisinent la France du côté de l'Allemagne , ceux de la Franche-Comté et de la Suisse , par exemple , réformèrent leur Liturgie , d'après la Romaine , suivant leur génie particulier. Besançon garda le titre diocésain à la tête de ses livres qui retinrent beaucoup d'usages particuhers. Zaccaria indique un Missel de Coire , sous la date 1589. Aujourd'hui, toute la Suisse, à l'exception de Lausanne , suit les livres Romains purs.
On trouve , dans les bibliothèques , des Bréviaires de Cologne (1) , de Trêves , de Mayence , de Constance, de Wurtzbourg, de Worms, de Spire, etc., imprimés à la fin du
(1) Le diocèse de Liège, qui était delà province de Cologne, a gardé long-temps un Bréviaire particulier. Aujourd'hui , il est soumis au Romain , sauf certains rites qui lui sont propres.
seizième siècle et réformés d'après celui de saint Pie Y. Aujourd'hui , plusieurs de ces Eglises suivent le Romain pur, ainsi que toute l'Autriche, la Hongrie, la Pologne, le Tyrol , etc. , qui embrassèrent de suite les livres réformés.
L'Angleterre était déjà séparée de la Communion Romaine, quand le Siège Apostolique s'occupa du rétablissement de l'unité de Liturgie : elle ne put donc y prendre part. Nous apprenons de Burnet et de Larrey, historiens de la Réforme Anglicane, cités par le P. Lebrun (1), qu'avant la défection de l'Angleterre , on comptait dans ce royaume cinq Liturgies principales qui étaient autant de formes de la Romaine; savoir celle de Salisbury, qui avait cours dans les provinces méridionales, sous le nom deSarum, dont on trouve une édition , ainsi que du Bréviaire , imprimée à Paris en 13o6 ; celle d'Yorck , qui était en usage dans les provinces septentrionales ; celle d'Héréford , dont l'usage était reçu dans la partie méridionale du pays de Galles; celle de Bancor, pour la partie septentrionale du même pays; enfin, celle de Lincoln, pour le Diocèse de ce nom.
Il est temps de revenir à Rome , centre de la réforme liturgique, et de considérer encore les grandes œuvres accomplies dans ce but par les Pontifes Romains. L'état du chant et de la musique ecclésiastiques appelait tous leurs soins. Nous avons vu combien cette partie de la Liturgie avait souffert, aux quatorzième et quinzième siècles, de l'esprit d'innovation. Le lecteur n'a pas oublié la célèbre Bulle de Jean XXII , Docta Sanctorum. Nonobstant ces efforts si louables , le mal allait croissant en proportion du relâchement de la discipline. Dans la plupart des Eglises , le chant Grégorien avait disparu presque complètement;
fl) Explication de la Blesse. Tom. IV, pag. 50.
une musique toute profane , bruyante , entortillée , farcie de réminiscences mondaines , et sous laquelle il n'était nullement question du sens des paroles , avait envahi les plus augustes Basiliques. La voix humaine n'y paraissait plus que comme un instrument à produire des sons plus ou moins habiles.
Le Pape Marcel II , choqué d'un tel abus, songea à bannir entièrement la musique des Eglises : cette résolution trop sévère , qui eût privé la Liturgie d'un de ses plus grands moyens , ne fut cependant pas mise à exécution. La Providence avait préparé , dans Rome même , pour désarmer le rigide Pontife , un homme d'un génie profondément liturgique, et dotît les ressources étaient à la hauteur de sa mission. Luigi Palestrina , proclamé plus tard le prince de la musique , chantre de la Chapelle Papale , obtint permission de faire entendre au Pontife une Messe de sa composition. Il se mit donc à l'œuvre avec l'ardeur la plus vive et la plus fervente. Il sentait qu'il s'agissait, pour la musique religieuse, de la vie ou de la mort. On a trouvé sur son manuscrit ces mots : Seigneur^ aidez-moi ! Son travail étant achevé , il fit exécuter sa Messe en présence de Marcel IL Le Pape fut ravi de la simplicité , de l'onction , de la richesse que Palestrina avait déployée dans cette composition. Le sens du texte était exprimé avec une précision et une clarté que rien ne pouvait surpasser. L'anathême préparé contre la musique fut révoqué, et cette Messe garda le nom de Messe du Pape Marcel. Toutefois, tel était le zèle de la réforme dans les Pontifes du seizième siècle , que l'idée de proscrire la musique fut encore mise en avant, à Rome, par plusieurs personnes zélées. Pie IV nomma , à cet effet , une commission parmi les membres de laquelle se trouvait son austère neveu , saint Charles Borromée. Il fut encore réservé à Palestrina de désai'mer les en-
nemis de la musique sacrée. Il montra, par les faits même , non-seulement que le génie musical pouvait créer encore des merveilles dans les régions mystiques de la Liturgie, mais que les mélodies Grégoriennes étaient susceptibles de s'enrichir en majesté , en onction , développées par de nouveaux moyens puisés dans les mêmes inspirations. Aussi a-t-on reconnu qu'il est difficile de prononcer lequel est le plus admirable de Palestrina , agrandissant , par un développement analogue, les effets de la phrase de saint Grégoire, ou du môme Palestrina composant , avec une originalité simple et grandiose , ces admirables productions dont il n'a pris l'idée qu'en lui-même. Ce grand musicien du Catholicisme fut créé, par saint Pie V, Maître de la Chapelle Papale , et mourut en 1594 (1).
Le Concile de Trente avait partagé les sévères préoccupations des Pontifes Romains au sujet de la musique , et il songeait aussi à l'éliminer des Eglises. Les réclamations de l'Empereur Ferdinand tempérèrent les rigueurs de cette sainte et grave assemblée (2) . On se contenta de prohiber les airs lascifs et mondains, tant sur l'orgue que dans le chant proprement dit (3). En sa session XXIII, le saint Concile, voulant pourvoir à la réforme du Clergé, décréta la fondation des Séminaires , et plaça , parmi les exercices auxquels on doit appliquer les jeunes Clercs , l'étude du chant ecclésiastique. Les Conciles du seizième siècle qui suivirent le Con-
(1) Adami. Osservazioni per bea regolare il coro dei cantori délia Capella Pontificia. Prefazione islorica. Page. H.
(2) Bened. XIV. Bullarium. Tom. III. Coustitutioa de Ecdesiarum cultu. §. 5 , année 1749. 19 février.
(3) Ab Ecclesiis vero musicas eas ubi si?e organo , sive cantu , lascivum aut impunim aliquid miscetur, arceant Episcopi. Conct Trid. Session. XX.
cile de Trente ne pailèrcnt pas moins énergiqucment contre les abus qui s'étaient introduits dans la musique d'Eglise; ils réclamèrent expressément contre les mélodies mondaines qui n'étaient que trop en usage , et firent des réglemens contre ceux qui ensevelissaient le sens des paroles sous le fracas des voix. Caveaiit Episcopi ne strepitu incondito sensus sepeliatur. Ce sont les paroles du Concile de Tolède de 1566.
Après avoir assuré la pureté du Missel et du Bréviaire , et sauvé les traditions de l'Eglise sur la musique sacrée , une grande œuvre , à la fois liturgique et sociale, appelait la sollicitude des Pontifes Romains. Le Calendrier, fondement de la Liturgie , comme il l'est des relations des hommes entre eux , était tombé dans un désordre complet. Le soin de le réformer appartenait aux Pontifes Romains, puisque, dès l'origine de l'Eglise , nous les voyons chargés de faire parvenir aux Eglises la date Pascale , centre de l'année chrétienne , et que cette date devenait de plus en plus incertaine. Le Concile de Trente s'était préoccupé de ce grave objet , mais il avait fini par en renvoyer l'examen et le jugement au Pape. C'était, du reste, un grand spectacle de voir encore au seizième siècle , l'Europe , ou plutôt le monde civilisé tout entier, redemandant à Rome la clef perdue de la science des temps. Grégoire XIII eut la gloire de rendre ce service à l'humanité. Il s'entoura de toutes les lumières, forma une commission des hommes les plus célèbres dans les études astronomiques, et parmi lesquels on doit distinguer les deux qui eurent le plus d'influence sur les résultats , le Cardinal Sirlet et le Jésuite Allemand Christophe Clavius. Un médecin Italien, Louis Lilio, bien qu'il fût déjà mort à l'époque même de la conclusion de cette grande affaire, y eut, peut-être , la part principale, au moyen d'un mémoire spécial qu'il laissa après lui, et dans lequel il indiquait la méthode la plus facile
et la plus sûre pour la correction tant désirée. Grégoire XIII voulut aussi consulter plusieurs savans astronomes étrangers, entre autres François de Foix de Candale, seigneur Français , et quand il eut recueilli toutes les notions nécessaires pour une réforme éclairée et légitime , il la déclara à l'Eglise et l'établit formellement, par une Bulle qui commence par ces paroles : Inter gravissimas , et qui est datée du VI des Kalendes de Mars 1582 (1). La marche de cet ouvrage nous amènera ailleurs à parler au long du Calendrier et de la nature des réformes qui y ont été faites. Il suffit de rappeler ici que tous les Etats Catholiques adoptèrent immédiatement le Calendrier Grégorien ; les nations Protestantes différèrent plus ou moins à accepter ce service rendu à la société, parce qu'il venait d'un Pape; néanmoins , elles finirent par se rendre ; mais l'Angleterre, seulement au siècle dernier. Il ne reste plus aujourd'hui, en Europe, que la Russie qui tienne encore pour l'ancien style , et cela afin que les hommes voient dans tout son jour cette vérité historique que le schisme est encore plus haineux et plus aveugle que l'hérésie elle-même. Mieux valurent à l'Afrique Chrétienne les Ariens eux-mêmes que les Donalistes.
Grégoire XIII eut bientôt à accomplir une oeuvre intimement liée à la réforme du Calendrier, savoir la publication du Martyrologe Romain. Il avait déjà été imprimé plusieurs fois en ItaUe et notamment à Rome ; mais il appelait une correction. L'illustre Baronius eut charge d'y travailler , et une nouvelle édition fut publiée par l'autorité de Grégoire XIII. Le Bref de promulgation est du 14 janvier 1584, et porte obligation pour tous les Patriarches , Archevêques, Evêques, Abbés et autres supérieurs des Eglises , Monastères , Cou- Ci) BuUar. Roman. Edit. Luxemb. Tom. II. Pag. 448.
vcns , ou Ordres , tant séculiers que réguliers , de s'y conlormer tiaiis l'Olfice du chœur. Quant aux Saints dont on a coutume de célébrer la fêle dans certaines Eglises ou localités, on ne les insérera pas au corps du Martyrologe Romain , mais on écrira leurs noms sur un livre à part , pour les placer ensuite aux lieu et ordre prescrits dans les règles dudit Martyrologe (1).
La publication du Bréviaire , du Missel , du Calendrier, du Martyrologe , ne satisfaisait pas encore, il est vrai , à tous les besoins de la Liturgie : restaient à réformer le Pontifical, le Cérémonial et le Rituel. Toutefois, il n'importait pas moins que des mesures fussent prises pour maintenir la pureté des règles que Rome venait d'établir. L'idée d'un tribunal spécial pour dirimer toutes les difficultés , pour répondre à toutes les consultations sur la matière des Rites sacrés , appartient à Sixte-Quint. Dans sa fameuse Bulle du XI des Kalendes de Février 1588, qui commence par le mot Immensa, et par laquelle il établit quinze Congrégations de Cardinaux poiu' l'expédition des affaires ecclésiastiques et le gouvernement particulier de l'Etat Romain , le Pontife en érige une spéciale sous le titre de Congrégation des sacrés Rites. Voici les paroles remarquables par lesquelles Sixte- Quint déclare cette érection :
« Attendu que les sacrés Rites et Cérémonies dont l'Eglise
(1) Mandamus igitur omnibus Patriarchis , Archiepiscopis , Episcopis, Abbatibus, ceterisqiie Ecclesiis, Monasteriis , Conventibus , Ordinibus, sive secularibus , sive regularibus quibuscumque Prsefectis , ut iu j)eragendo divino in Choro officio, omni ullo Marlyrologio amoto, lioc tantum nostro utantur, niilla re addita , mut?ita, adempta. Si quos alios habuerint Sanctos iu suis Ecclesiis, aut locis celebrari solilos, eos in huuc librum ne insérant , sed separatira descriptos liabeant, eumque illis locum aique ordinem tribuant , qui regulis hic descriptis traditur.
> instruite par la tradition et règle Apostolique , use dans
> l'administration des Sacrements, dans les Offices divins et » dans tout ce qui tient au culte de Dieu et des Saints , ren-
> ferment une grande instruction pour le peuple Chrétien et » une protestation de la Traie foi ; qu'ils sont propres à élever
> les âmes des fidèles à la méditation des choses les plus suîblimes , et à enflammer leurs cœurs du feu de la dévotion; » désirant augmenter de plus en plus la piété des eufans de
> l'Eglise et le culte divin , par la conservation et restauration
> de ces sacrés Rites et Cérémonies ; Nous choisissons cinq
> Cardinaux dont la charge principale sera de veiller à ce que >les anciens Rites sacrés soient observés avec soin par toutes
> sortes de personnes , en quelques lieux que ce soit , dans
> toutes les Eglises de la Ville et du Monde entier, même dans » notre Chapelle Papale, tant aux Messes et dinns Offices que » dans l'administration des Sacremens et autres choses appar- » tenantes au culte divin. Si ces cérémonies tombent en désué- » tude , il leur appartiendra de les rétablir ; si elles s'altèrent ,
> de les réformer. Ils corrigeront et restitueront , suivant le
> besoin , les livres qui traitent des Rites sacrés et des Céré-
> monies, principalement le Pontifical, le Rituel et le Cérémo-
> niai; ils examineront les Offices divins des saints Patrons, et » en concéderont l'usage, après Nous avoir consultés. Ils por- » teront aussi leurs soins, avec diligence, sur la Canonisation
> des Saints et la célébration des jours de fête , afin que toutes » choses se fassent convenablement et suivant la règle , d'a- » près la tradition des Pères. Ils pourvoiront soigneusement » à ce que les Rois et Princes , leurs Ambassadeurs et toutes • autres personnes qui viennent à la Ville et Cour de Rome, » soient reçus honorablement , suivant la coutume des An- »ciens, d'une manière conforme à la dignité et mmiificence >du biége Apostolique. Ils connaîtront de toutes les contro-
1 versos sur la préséance dans les Processions et ailleurs, » ainsi que de loules les autres dillicullés qui se présenteront » sur les sacrés Rites et Cérémonies , et les termineront et » régleront d'une manière définitive (1). »
Depuis Sixte-Quinl , le nombre des Cardinaux membres de la Congrégation des Rites a été porté à vingt-quatre. Nous ferons connaître ailleurs plus en détail la nature des attributions de ce Tribunal, et sa manière de procéder dans les causes des Rites sacrés.
Clément VIII, qui monta sur le Saint Siège en 1592, et dont le glorieux Pontificat se prolongea jusqu'à l'an 1605, continua avec un zèle infatigable l'œuvre de la Réforme liturgique. Ses premiers soins se portèrent sur le Pontifical. Ce livre, si indispensable pour l'exercice des Fonctions Épiscopales , avait été imprimé plusieurs fois , tant en Italie qu'en France , mais il renfermait plusieurs incorrections , et le soin de les Mre disparaître et de ramener l'unité dans des Rites si importans , ne pouvait appartenir qu'au Pontife Romain. Clément VIII, par un Bref du 10 février 1596, qui commence par ces mots : Ex quo in Ecclesia Bel, annonce à l'Eglise la correction qu'il a fait faire du Pontifical Romain , à l'instar de celle qu'avait entreprise , sur les Bréviaire et Missel Romains , son glorieux prédécesseur saint Pie V. Il dit qu'il a réuni une commission des hommes les plus versés dans la science des Rites Pontificaux, lesquels ont procédé dans leur réforme d'après les plus anciens manuscrits , tant des Eglises de Rome que des bibliothèques Vaticane et autres. En conséquence , le Pape supprime tous les autres Pontificaux qui seraient en usage en quelques lieux que ce soit , et enjoint à tous Patriarches , Archevêques , Evoques , Abbés
(i) Vid. la note G.
et autres Prélats , de recevoir ce Pontifical réformé et d'en faire usage ; t statuant que, dans aucun temps, on ne pourra > faire à ce livre aucun changement, addition, ou retran-
> chement , et déclarant que tous ceux qui doivent exercer » les fonctions pontificales , ou faire et exécuter quelques- » unes des choses qui sont contenues audit Pontifical , seront î tenus de faire et observer toutes les choses qui y sont presi crites , en sorte qu'aucun d'eux ne pourra satisfiiire à la » charge qui lui a été imposée , qu'en se servant des formules î contenues dans ce même livre (1). »
Quatre ans après , en 1600 , le même Pontife publia, par un Bref du 14 juillet, qui commence par ces mots : Cum novissitne, l'édition réfoimée du Cérémonial des Evéques. «Après avoir, dit-il, corrigé et restitué, par le ministère ï d'hommes pieux et érudils, le Pontifical Romain, qui s'estait trouvé corrompu et altéré en plusieurs endroits, et î l'avoir publié pour l'usage et commodité des Evêques et
> autres Prélats des Eglises , il nous a semblé nécessaire de » donner nos soins à la réforme du Cérémonial des Evêques , » qui est indispensable pour toutes les Eglises, particulière- >ment pour les Métropohtaines, Cathédrales et Collégiales, » et dans lequel sont contenus les Rites et Cérémonies pour îla célébration des Messes, des Vêpres et autres divins Ofi fices , et pour les diverses Fonctions et Actes , tels que les ï doivent observer les Evêques et les autres Prélats infé-
(1) Slatuentes Pontificale prtedictum nullo unquam tempore , ia loto , vel in parte mulaudum , vel ei aliquid addeadum , aut omnino detralieudum esse , ac quoscumque , qui Pontificalia munera exercera, vel alias quae, iu dicto Pontiticali coalinealur facero , aut exeqiù debeat, ad ea peragenda, et prcestaada, ex hujus Pontificalis prœscripto, el ratione teueri , uemiaemque ex lis, quibus ea exercendi, et facieadi munus iiupositum est , aisi formulis , ([ute hoc ipso Ponlificali conliueuUu, jcrvalis sîUsfaccre posse, Bullar, Rom. Toai, III. Pag. j9.
LITURGIQUES. i85
» ricins , cU'. [\). » (llémont VIII dit ensuite que les commissaires chargés de la réforme du Cérémonial se sont appliqués à le mettre en harmonie avec le Pontifical. En effet, dans son Bref sur le Pontifical, le Pontife avait remarqué que les correcteurs de ce dernier livre en avaient retranché toutes les choses qui auraient été mieux à leur place dans le Cérémonial : ces deux sources de la science liturgique se trouvent donc dans un rapport parfait. Après avoir sanctionné l'obligation , pour toutes les personnes que ce Cérémonial concerne, de s'y conformer en toutes choses, et déclaré abrogés tous les anciens Cérémoniaux, dans les points qui ne seraient pas conformes au nouveau, Clément VIII statue pour l'obligation absolue de so servir de ce livre , le terme de deux mois pour tous ceux qui sont présens à la Cour de Rome, de huit mois pour ceux qui sont en-deçà des Monts, et de douze pour ceux qui sont au-delà.
Si nous venons maintenant à rechercher la manière dont s'opéra la promulgation du Pontifical et du Cérémonial de Clément VIII, nous trouvons qu'ils furent l'un et l'autre reçus dans toutes les Eglises de l'Occident, à l'exception de quelques Eglises de France qui ont jugé à propos de se donner un Pontifical , et d'un beaucoup plus grand nombre qui n'ont pas cru devoir accepter le Cérémoaial. Dieu sait aussi
(i) Cum novissime Pontificale antea mendosuni et corruptum, a piis eterudilis viris emendari et resUtiii, et deraum ad Episcoporum, et aliorum Ecclesianmi Prselatorura communem usum et commoditatem divulgari, et in universali Ecclesia ab omnibus observari mandaverimus, operae pretium visura fuit, Cseremoniale Episcoporum omnibus Ecclesiis prœcipue autem Metropolitanis , Calhedralibus , et Collegialis , perutile ac necessarium , in quo ritus et creremoniœ celebrandi missas , vesperas et alia divina officia, ac in alils Ecclesia? functionibus et actibus ab eisdem Episcopis ac aliis Prselatis infcrioribus in eisdem observandaî , etc. Bullar. Rom. Jbid. Pag. 110.
quel désordre existe dans un grand nombre de nos Cathédrales, où les Fonctions Pontificales s'accomplissent d'après des règles que personne n'a jamais vues écrites , et qui , dans tous les cas, sont en contradiction flagrante avec les rubriques si sages, si précises, si harmonieuses du Cérémonial promulgué par Clément VIII et ses successeurs. Quoi qu'il en soit, on peut toujours dire que le décorum de la dignité épiscopale n'a rien gagné à ce refus d'admettre le Cérémonial Romain : car il n'est aucun Cérémonial Diocésain dans lequel cette dignité si sacrée et si éminente soit traitée avec plus d'égards que dans le Romain , et il en est beaucoup dans lesquels on est en droit de se plaindre du contraire. Le lecteur en jugera dans la suite de cet ouvrage.
Clément YIII entreprit encore un grand travail dans le but de la réforme liturgique. Il fit faire la révision du Rréviaire. Des fautes et des altérations nombreuses s'étaient ghssées dans un grand nombre d'exemplaires , par la négligence des imprimeurs ou l'indiscrétion de quelques particuhers. Le Pape forma une commission pour rétablir le texte dans sa pureté, et après avoir publié un exemplaire corrigé sortant des presses Vaticanes , il statua par Lettres Apostoliques, en date du 10 mai 1602, et commençant par ces mots : Cum in Ecclesia , des peines pécuniaires très-sévères contre les imprimeurs de l'Etat Ecclésiastique , et l'excommunication contre ceux des autres pays, s'ils osaient imprimer le Rréviaire Romain , sans une licence expresse des Inquisiteurs, ou des Ordinaires pour les pays dans lesquels le Tribunal du Saint-Oflîce n'existe pas. La Bulle expose ensuite les formalités que doivent garder les Inquisiteurs et les Ordinaires avant d'accorder cette licence. Ils collatiouneront avec le plus grand soin, et le Bréviaire qui doit être reproduit , et celui qui sortira de la presse , avec un exemplaire
de celui que publie Clément VIII ; ils ne permeitront aucune addilion , ni retranchement ; mention sera faite de cette collation et de la parfaite concordance, sur la licence même donnée à l'imprimeur , et copie de cette licence sera imprimée au commencement, ou à la fin de chaque exemplaire, l.es peines encourues ipso facto en cas d'infraction de quelqu'une de ces injonctions, sont, pour les Inquisiteurs, la privation de leurs offices, et l'inhabilité perpétuelle à y rentrer; pour les Ordinaires, la suspense à divinis et l'interdiction de l'entrée de l'Eglise ; et, pour leurs Vicaires, outre l'excommunication, la privation perpétuelle de leurs offices et bénéfices (1).
Deux ans après , le même Pontife publiait, sous la date du 7 juillet 1604., un nouveau Bref qui commence par ces mots : Cum sanctissimum . pour la révision du Missel. Ce livre avait déjà souffert des altérations , en plus grand nombre même que le Bréviaire. Clément VIII se plaint, entre autres choses , qu'on avait indiscrètement corrigé, d'après la version de la Bible de saint Jérôme, un grand nombre d'Introïts , de Graduels et d'Offertoires qui étaient de la plus haute antiquité dans l'Eglise, puisqu'ils étaient tirés de l'ancienne Vulgate ; qu'on avait bouleversé plusieurs Epîtres et Evangiles ; en un mot , qu'on avait introduit plusieurs modifications, sans autorité comme sans discernement. Il dit ensuite qu'il a donné le soin de revoir et de corriger ledit Missel, à une commission formée des Cardinaux les plus érudits et d'autres gens habiles , lesquels ont non seulement rétabli, dans les endroits où il en était besoin, l'ancienne leçon sur la foi des plus graves exemplaires, mais ont fait plusieurs améliorations , particulièrement à l'article des
(1) Vid.lanoteH.
Rubriques , qu'ils ont développées et éclaircies en plusieurs endroits. Le Pontife charge ensuite les Inquisiteurs et les Evéques de veiller à la pureté des exemplaires qui seront imprimés dans les lieux de leur jurisdiction, statuant les mêmes peines , au cas de contravention , tant pour lesdits Inquisiteurs et Evéques , que pour I-es imprimeurs euxmêmes, qui sont dénoncées dans le Bref cité plus haut pour la nouvelle édition du Bréviaire (1). Nous examinerons, dans une partie spéciale de cet ouvrage , la manière dont on se conforme en France aux volontés de Clément VIII. Ses deux constitutions ne sauraient y être inconnues , puisqu'on les trouve imprimées en entier, ou en abrégé, en tête de tous les Missels et Bréviaires Romains publiés depuis deux siècles , tant à Paris que dans les autres villes du royaume.
Tels furent les travaux de Clément VIII pour la réforme de la Liturgie ; ils furent dignes de ce grand Pontife et de ses prédécesseurs. La commission dont il est question dans les Lettres Apostoliques que nous venons de citer, se composait, au rapport de Merali (2) , des Cardinaux César Baronius , Sylvius Antonianus et Robert Beilarmin , auxquels furent adjoints Louis de Torrès, Archevêque de Montréal et depuis Cardinal ; Jean-Baptiste Bandini , Chanoine de Saint-Pierre ; Michel Ghisleri, Théatin, et l'illustre Barihélerai Gavanti, Milanais, des Clercs Réguliers de Saint-Paul. On ne pouvait sans doute réunir des noms plus imposans , et mettre les Rites sacrés sous la sauve-garde d'hommes plus recommandables par leur science et leur piété.
Nous allons maintenant donner la liste des auteurs du seizième siècle qui se sont occupés de la Liturgie.
(1) BuUarium Romanum. Edit. Luxemb. Tom. III. Pag. 174
(2) Thésaurus Sacrorum Rituum Tom. III. 4° ; pag. 22,
(1501). Jacques Wimpheling, Prèlre du Diocèse de Spire, composa , à la domando de son Evoque , un Ollicc de la Compassion de la Sainte Vierge , et dédia à ce Prélat un poème (le Laudibus et Cœremoniis Ecclesiœ. Il a laissé aussi un traité sur les auteurs des Hymnes et des Séquences.
(151G). Josse Clichtoiie, Docteur de Paris , est auteur de l'excellent commentaire liturgique si connu sous le litre de Elucidatorium Ecclesiasticum , dans lequel il explique les Hymnes, les Cantiques, le Canon de la Messe et autres prières ecclésiastiques, et enfin les Proses. On rencontre encore assez facilement aujourd'hui ce précieux ouvrage , qui n'a pas été réimprimé depuis plus de deux siècles. Beaucoup de points de la Liturgie sont traités, dans un autre ouvrage de Clichtoiie , intitulé : Anti-Lutherus , et dans ses autres écrits contre la Réforme , qui sont tous fort remarquables pour le temps.
(1520). Albert Castellani , Vénitien , de l'Ordre des Frères Prêcheurs , prépara et dédia à Léon X le livre intitulé Sacerdotale ; il dirigea, en outre, l'édition du Pontifical Romain qui parut à Venise en \ 520.
(1526). Erasme , de Rotterdam , si connu pour la triste influence qu'ont eu ses idées demi-protestantes sur une portion de l'Europe Catholique , doit cependant entrer dans la liste des Liturgistes du seizième siècle. Il a laissé des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge , dont quelques-unes furent insérées, de son vivant, au Bréviaire de Besançon.
(1528). Pierre Ciruelo , chanoine de la Cathédrale de Salamanque , a laissé un ouvrage intitulé : Eocpositio Libri Missalis peregregia.
(1529). Gabriel d'Ancône, Augustin, Sacristain de la Chapelle du Pape , composa trois traités qui sont restés manuscrits, savoir ; !<> De Ritu et Cœremoniis in CapeUa Pontifi-
4ft0 INSTITUTIONS
cia ; 2" Acta in Adventu et coronatione Caroli V. in Civitate Bononiœ ; Acta quœdam Cœremonialia ab anno 1508, cum supplemento usque ad annum iooO.
(lo52). George Wicelius, d'abord Luthérien, puis réuni à l'Eglise Catholique, laissa deux écrits sur l'objet que nous traitons: 1" Defensio Liturgiœ ecclesiasticœ ; 2° Liturgica exercitamenta Christianœ pietatis. Dans ce dernier ouvrage, il donne la traduction de plusieurs des Liturgies de l'Orient. (1540). François Titelman, de l'Ordre des Frères Mineurs, composa, entre autres ouvrages, les suivans : 1° Expositio mysterionim Missœ et sacri Canonis ; 2" Expositio Ofjicii de sacrosancta Trinitate.
(1540). Jean Cochlée, illustre Docteur Cathohque, Chanoine de Wratislaw, et infatigable défenseur de la foi Catholique contre les réformateurs du seizième siècle , opposa au traité de Luther contre la Messe , une édition des livres d'Innocent m , de Mysteriis Missœ , et de ceux de saint Isidore, de Ofjîciis Ecclesiasticis. Il est aussi le compilateur de la première collection des auteurs Uturgistes que l'on connaisse. Elle parut à Mayence, en 1549, sous ce titre : Spéculum antiquœ devotionis circa Missam et omnem alium cultum Dei, ex antiquis, et antea nunquam evulgatis per typographos auctoribus , a Joanne Cochlœo laboriose coUectum. Cette collection comprend neuf auteurs, savoir :
1° Amalaire de Trêves, de Officio Missœ;
2° Walafrid Strabon , de Exordiis et incrementis rerum Ecclesiasticarum ;
3" Saint Basile, de Missa Grœcorum;
4° Expositio Missœ brevis , d'après d'anciens manuscrits ;
5° Saint Pierre Damien , Liber qui dicitur Dominus vobiscum ;
6° Honoriiis d'Autun , Gemma animœ ;
7" Le Micrologue ;
8° Pierre le Vénérable , Nncleus de Sacnficio Missœ ; 9° Liber de Vita S. Bonifacii . Martyris. (1547). Laurent Massorilli , de l'Ordre des Frères Mineurs, publia un recueil d'Hymnes sacrées, divisé en quatre livres, qu'Arevalo juge n'être pas indignes du siècle qui les a produites.
(1550). Genlien Hervet, savant littérateur Français qui assista au Concile de Trente et mourut Chanoine de Uheims, traduisit en latin, outre beaucoup d'ouvrages des saints Pères , les Liturgies de saint Jean-Chrysostôme et de saint Basile , la Mystagogie de saint Maxime , et l'Exposition de la Liturgie, par Nicolas Cabasilas.
(1537). Matthias Francowitz, plus connu sous son nom littéraire de Flaccius Illyricus , l'un des Centuriateurs de Magdebourg , fit imprimer, à Strasbourg , la fameuse Messe latine qui a retenu le nom de ce savant, et qui a tant occupé les critiques Catholiques et Protestans. Nous en traiterons ailleurs.
(1558). Georges Càssandre , Docteur Flamand, combattit avec zèle les nouveautés de la Réforme , quoiqu'on soit en droit de lui reprocher quelques propositions trop hardies. Il publia un ouvrage savant ayant pour titre : Liturgica de Ritu et Ordine Dominicœ Cœnœ celebrandœ e variis scriptoribus. C'est un recueil de passages des auteurs ecclésiastiques sur toutes les parties de la Messe. Il est suivi de V Ordre Romain, le seul que l'on connût alors. Cassandre publia, en outre, un recueil d'Hymnes dans le genre de celui de Clichtoiie, et un autre recueil des Oraisons que l'on appelle Collectes.
(1560). Marc-Antoine Muret, célèbre humaniste , appartient à la classe des liturgistes par ses Hymnes, dont plusieurs
ont été îidmises dans les Bréviaires modernes des Diocèses de France.
(Io60). Jean-Baptiste Duranti , Président du Parlement de Toulouse , et dont tout le monde connaît la fin tragique , a publié sous son propre nom un ouvrage célèbre intitulé : De Ritilms Ecclesiœ Catholicœ, dont la dernière édition est de d675,àLyon. Plusieurs auteurs contestent cet ouvrage à Duranti, et l'attribuent à Pierre d'Anes, Evéque de Vabre.
(I06O). Claude de Sainctes, Evêque d'Evreux, a traduit en latin les Liturgies de saint Jacques et de saint Basile.
(1560). Wolfgang Lazius, savant philologue Allemand, publia une collection liturgique qui doit être comptée pour la seconde et qui parut à Anvers en 1560, sous ce titre : De Veteris Ecclesiœ ritibus ac coeremoniis. Elle est moins ample que celle de Cochlée , et se compose des pièces qui suivent :
1° Une lettre de Charlemagne à Alcuin , de Cœremoniis Eeclesiasticis ;
2° La réponse d'Alcuin à cette lettre ;
3° Le poème d'Hildebert , de Mysterio Missœ ;
A" Un fragment anonyme , de Ritibus et Cœremoniis ecclesiœ Romanœ a Nativitate Domini per hyemem ;
50 Rliaban Maur, de Virtutibus et vitiis.
(1562). Antoine de Mouchy, Recteur de l'Université de Paris, connu sous le nom de Democharès , publia un gros traité sur le Sacrifice de la Messe , ouvrage assez indigeste , dirigé contre les Sacramenlaires.
(1568). Melchior Hittorp, Doyen de la Collégiale de Saint- Cunibert de Cologne , a publié la troisième collection liturgique et la plus célèbre de toutes. Elle se compose de douze auteurs et porte ce titre : De Catholicœ Ecclesiœ divinis Officiis ac ministems, varii vetustiorum altqiiot Ecclesiœ Patrum ac scriptorum libri. Coloniœ. 1568.
Les livres qu'elle conlieut sont les suivans : 1" L'Ordre Uoni;iin ;
2' Saint Isidore de Séville , de Ecclesiasticis Officiis ; 3" Le faux Alcuin, de Officiis divinis ; 4' Anialaire Forlunat , de Divinis Officiis , et de Ordine Antiphonarii ; 5" Rliaban Maur, de Institutione Clericorum ; (S" Walafrid Strabon , de exordiis et incrementis rerum EccUsiasticarum ;
7 ' Bernon de Richenau , de quibusdam rébus ad Missœ Officium pertinentibus ; 8" Le Micrologue , de Ecclesiasticis observationibus ; O"* Saint Yves de Chartres, vingt-et-un Sermons de Eccle^ siasticis Sacramentis , ac Officiis , et prœcipuis per annum festis ;
10" Hildebert , de Mysterio Missœ. ; 11° Raoul de Tongres, de Observantia Canonum ; 120 Un anonyme , Missœ Expositio brevis. La collection d'Hittorp a eu plusieurs éditions, et chaque fois elle a été reproduite avec des augmentations, ainsi qu'on le verra bientôt.
(1568). Jean Molanus, Docteur de Louvain, publia une édition du Martyrologe d'Usuard , avec des additions tirées du Martyrologe Romain et de ceux des Eglises de la Basse- Allemagne. Il y joignit aussi le Martyrologe de Wandelberg, et compléta le tout par une excellente Pi'éface en vingt-trois chapitres. Il est pareillement auteur d'un livre de Picturis et Imaginibus sacris^ et d'un opuscule sur les Agnus Dei.
(15G9). Jean Maldonat , illustre professeur de la Compagnie de Jésus, joint à ses autres litres de gloire celui de liturgiste distingué. On en peut juger par son excellent traité deCœremoniis, tant estimé de Richard Simon, et qui a été
enfin publié par Zaccaiia en 1781 , dans le troisième volume de la Bibliotheea Ritualis.
(1570). Jean du Tillet, Evêque de Saint-Brieux , puis de Meaux , a laissé un traité en français , de l'Antiquité et de la Solennité de la Messe.
(1571). Jacques Pamélius, Evêque de Saint-Omer, est un des hommes qui ont le mieux mérité de la science liturgique, en donnant au public son importante collection intitulée : Liturgica latinorum. Il y comprit les anciens livres des Eglises Romaine , Ambrosienne , Gothique , etc.
(1571). Jérôme Maggi, Milanais, d'abord magistrat, puis ingénieur militaire , ayant été pris par les Turcs au siège de Famagouste, composa, pendant sa captivité, un curieux traité sur les cloches.
(1572). Onuphre Panvini , Augustin, l'un des hommes du seizième siècle les plus versés dans la connaissance des antiquités ecclésiastiques , a laissé plusieurs travaux liturgiques. Nous citerons : 1° L'intéressant opuscule de Urbis Romœ Stationibus, imprimé ordinairement à la suite des Vies des Papes de Platine; 2° de ritu sepeliendi mortuos apud veteres Christianos , et de eorum cœmeteriis ; 5*' de Baptismate Paschali, origine et ritu consecrandi Agnos Dei ; 4° deprœcipuis Urbis Romœ sanctioribusqueBasilicis, quas septemEcclesias vulgo vocant ; 6° de Episcopalibus Titulis et Diaconiis Cardinalium. Panvini avait, en outre, préparé une collection d'anciens Rituels, qui n'a pas paru , et dont la préface a été publiée par D. Mabillon , dans le deuxième tome du Musœutn Italicum.
(1572). Nicolas Aurificus, Carme, donna en cette année, à Venise, une nouvelle édition du Spéculum de Cochlée, dont il retrancha la Messe de saint Basile et le Livre de la Vie de saint Boniface ; il les remplaça par les opuscules de Bernon
et de Hildebert, qu'il ompiunla ù la coUcclion d'IIiltorp. Il ajouta ensuite VOnlo Missœ de Burehard , et uu opuscule qu'il avait lui-même composé sous ce titre : De antiquitate , veritate et cœremoniis Missœ.
(1577). Pierre Galosini , Protonotairc Apostolique, qui fleurit à Rome sous les Pontificats de Grégoire XIII et de Sixte-Quint , travailla à illustrer et à corriger le Martyrologe Romain, en le mettant dans un style plus châtié, et ajoutant une notice historique à chaque nom de Saint.
(1578). Gabriel Sévère, Archevêque de Philadelphie, Prélat auquel le Sénat de Venise avait donné le soin des Grecs établis sur le territoire de cette République, a composé un livre de septem Ecclesiœ sacramentis , dont le Père Morin a tiré l'opuscule intitulé : desancto Sacerdotii sacramento.
(1580). Josepti Valentin Stevano , Evêque Italien, a laissé deu\ opuscules liturgiques ; 1" DeAdoratione et Osculatione pedum Romani Pontificis . et levatione seu portatione ejus' dem ;
20 De Ritu tenendi frœnum et staphades summis Pontifi-' cibus ah imperatoribus.
(1584). Maxime Margunius , Evêque de Cythère , est connu pour avoir traduit et publié , en Grec vulgaire , les Synaxaires et le Ménologe.
(1586). Marc Antoine Marsile Colonne, Archevêque de Salerne , est auteur de l'excellent traité intitulé : Hydragiologia , sive de aqua benedicta.
(1586). Vincent Bonardi, Dominicain, Evêque de Sainte-
Cyriaque, a écrit un volume sur les Agnus Dei, intitulé:
Discorso intorno l'antichità , e origine , modo di fare , bene-
direj hatezzare, e distribucre i sacri Agnus Dei.
(1587). François Panigarola, Evêque de Chrysopolis, a
laissé un volume intéressant sous ce titre : De Stationum veteri instittito a Xisto V. P. M. revocato.
(1587). Rodolphe Hospinien, savant Protestant, a composé, sur les matières liturgiques , deux grands ouvrages remplis d'une érudition qui fait regretter que l'auteur ne l'ait pas consacrée à une meilleure cause. Le premier est intitulé ; De Templis, hoc est de origine, progressu , usu et abusu Templorum, ac omnino rerum omnium ad templa pertinentium , libri quinque. Le second a pour titre : Festa Christianorum, hoc est de origine, progressa , cœremoniis et ritibus Festorum dierum Christianorum libri très.
(1588). Marc-Antoine Mazzaroniest auteur d'un livre, rfe tribus coronis Pontifias Romani, nec non de osculo sanctissimorum pedum ejus.
(1590). Gilbert Génébrard, Moine de Cluny, Archevêque d'Aix, un des plus savans personnages de son temps, a donné , entre autres traductions de livres et auteurs Grecs , celles de la Liturgie des Présanctifiés , du Ménologe et du Traité de Siméon de Thessalonique sur les sept Mystères de l'Eglise. Il a composé en outre un opuscule, en français, intitulé Liturgie Apostolique.
(1392). Augustin Fivizzani , Sacristain du Palais Apostolique , a laissé un ouvrage spécial de ritu Sanctissimœ Crucis Romano Pontifici prœferendœ.
(ia91). George Ferrari, donna en cette année, à Rome, une édition de la collection de Hittorp. Il y ajouta les livres de saint Pierre Damien, de Pierre le Vénérable et d'Honorius d'Autun , que déjà Cochlée avait insérés dans son Spéculum, et de plus, ceux de Rupert de Tuit, de Divinis Ofjîciis , ainsi que le Spéculum de Mysteriis Ecclesiœ , et les autres opuscules attribués à Hugues de Saint- Victor.
(1595). Ange Rocca , Evêque de Tagaste , Sacristain de la
Chapelle Papale, a traité un grand nombre de questions liturgiques par des ouvrages spéciaux qui ont été réunis dans les deux précieux tomes intitulés : Thésaurus pontifîciarum sacrarumque antiquitatum , nec non rituum , praxium et cœremoniarum. On y remarque, enlre autres, les suivants : De Sacrosancto Christi Corpore Romanis Pontifcihus iter conficientibus prœferendo ; — De sacra summi Pontificis Commu' nione , Missam solemniter celehrantls ; — Commentarius de Campants ; — de Tiarœ Pontlficiœ quam Regnum mundi vulgo appellant , origine , significatu et usu; — de Salutatione Sacerdotis in Missa et in Divinis Officiis , nec non de ministri vel chori responsione ; — de Precatione qua lectiones in matutino prevenimus , nec non de fine quo cas claudimus ; — Feriaquidnam sit,el cur dies ab Ecclesiasticis viris feriarum nominibus inEcclesia nuncupentur ;--de origine etinstitutione Benedictionis candelarum , vel cereorum in festivitate Purificationis B . M . V, ; — Unde cineres super caput spargendi usus originem habeat et quœ sibi velint ? — Aurea rosa , ensis etpileus , quœ regibus ac magnatibus a summo Pontifice bene^ dicta in donum mittuntur, quid sibi veUnt ? etc. Rocca avait en outre donné ses soins à la correction du Sacraraentaire Grégorien , qui fait partie de l'édition des OEuvres de saint Grégoire , imprimée à Rome en 1593 , et qui a été aussi publiée à part, avec des notes, dans la même ville, en 1596. On lui doit aussi une édition du Sacerdotal de Samarini, qui est une sorte de Rituel dont nous parlerons ailleurs.
(1594). François Ferrario , est donné parZaccaria, comme auteur d'un livre, imprimé à Crémone, sur la Consécration des Eglises.
(1599). Corneille Schulting, Doyen de la Faculté de Cologne , et Chanoine de Saint-André de cette ville , a laissé plusieurs ouvrages d'une érudition remarquable pour le
temps. L'un d'eux est intitulé : Bibliotheca Ecclesiastica , seu commentaria sacra de escpositione et iUuslratione Missalis et Breviarii. Coloniœ. 1599. 4 vol. in-folio. Ce travail , malgré ses nombreuses imperfections , doit être considéré comme la première Bibliothèque Liturgique qui ait été tentée. Zaccaria y a puisé pour la sienne beaucoup de renseignemens qu'il n'aurait pas trouvés ailleurs.
(1602). En cette année qui est celle de l'édition du Bréviaire Romain par Clément VIII , nous plaçons au rang des Liturgistes les deux Cardinaux Robert Bellarmin et Silvio Ântoniani , tous deux , ainsi que nous avons rapporté , membres de la Commission nommée par le Pape pour la révision du Bréviaire. Ils suppléèrent de leur fonds l'un et l'autre, à une omission qui déparait le Bréviaire de saint Pie V. Ce Pontife n'avait point assigné d'Hymne spéciale pour le Commun des Saintes Femmes. Antoniani composa celle que nous chantons aujourd'hui : Fortem virili pectore ; et comme il en manquait pareillement une pour l'Office de Sainte xMarie- Magdeleine, Bellarmin donna celle qui commence par ce vers : Pater superni luminis.
Ici s' arrête l'histoire de la Liturgie durant ce seizième siècle qui, malgré ses tempêtes et ses scandales, doit être considéré comme un de ceux que l'Eglise de Jésus-Christ a traversés avec le plus de gloire. On peut dire^ au reste , que l'histoire do ce siècle est encore à faire ; car pour ceux qui seraient tant soit peu versés dans la science religieuse , l'ouvrage si vanté de Ranke, avec ses omissions , ses préjugés et ses erreurs positives , ne peut être qu'un livre de renseignemens sur quelques points, utile seulement à ceux qui dominent déjà l'ensemble des faits ecclésiastiques de cette époque, très - dangereux pour les autres. Ce qu'il importe surtout de voir, c'est la Rélorme de l'Eglise, renouvelant elle-même sa jeunesse cotMm
celle de l'aigle (1). Que d'œuvres mervcîllciises et fortes accomplissent les Ponliles Romains de Pie IV à Clément VIII ! Quel gouvernement énergique et intelligent que celui qui créa ces institutions sur lesquelles repose aujourd'hui toute la forme extérieure du Calliolicisrae ! Pie IV publie les règles deV Index des livres prohibés , et la célèbre Profession de Foi quimainticnt l'orthodoxie au sein de l'Eglise. Saint PieV promulgue le Bréviaire^ le Missel, et cette admirable synthèse du dogme Catholique, connue sous le nom de Catéchisme Romain. Grégoire XIII réforme le Calendrier, publie le Martyrologe , revoit le Décret de Gratien. Sixte-Quint donne l'édition corrigée de la Vulgate, et érige les Congrégations Romaines. Clément VIII publie le Pontifical et le Cérémonial, et assure pour les siècles suivans la pureté du Bréviaire et du Missel.
Voilà quelques-uns des efforts tentés par les Papes du seizième siècle pour opérer la Réforme de l'Eglise. On voit que toutes ces grandes mesures reviennent à l'unité comme au seul but désiré : en effet , l'unité sauva la Catholicité, au seizième siècle, comme toujours ; mais cette unité avait besoin, à cette époque, d'être développée^dans ses dernières conséquences. Une forme aussi importante que la Liturgie ne pouvait donc rester plus long-temps sans être ramenée au grand principe de saint Grégoire VII, de Charlemagne, de saint Innocent I". Toute l'Eglise le sentit, et la France, en tête des autres provinces de la Catholicité , s'empressa de seconder les vues du Siège Apostolique. Comme aux premiersjours du monde, la terre se trouva n'avoir plusqu'un seul et même langage (2). Aujourd'hui, cette unité est rompue, cette harmonie est brisée ; si le reste du monde prie encore avec Rome , la France
(1) Psalm. en. 5.
(2) Ërat terra labii unius et sermouum eorumdem. Gen. XI. 1,
a déchiré cette communion si touchante, si sacrée (1). Quand renaîtra-t-elle, cette unité liturgique préparée avec tant de soins par les Souverains Pontifes , pour être la sauvegarde du Dogme et de la Liberté Ecclésiastique? Quand dirons-nous , comme les Pères du Concile de Vannes , de 461 : a Puisque nous n'avons qti'une même foi , n'ayons aussi qu'une tmême règle pour les divins Offices ! (2). » Il ne s'agit plus, comme au temps de Pépin et de Charlemagne, d'abjurer des rites établis chez nous par les fondateurs de nos Eglises. Il n'y a guère plus d'un siècle que nous n'avions qu'une prière avec l'Eglise Romaine : pourquoi n'y reviendrions - nous pas? Nous en appelons à ceux qui nous ont suivi à travers ces faibles pages : le vœu de l'Eglise n'est-il pas l'unité dans la Liturgie comme dans tout le reste? Nous est-il possible d'avoir sur ce point une autre doctrine que celle du Siège Apostolique, exprimée par Clément VIII dans ces belles paroles : « Puisque dans l'Eglise Catholique , laquelle a été > établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ sous un seul chef, » son Vicaire sur la terre, on doit toujours garder Vunion et ï la conformité dans tout ce qui a rapport à la gloire de Dieu » et à l'accomplissement 4jes fonctions ecclésiastiques ; c'est • surtout dans l'unique forme des pvièves contenues au Bréiviaire Romain, que cette communion avec Dieu qui est un, %doit être perpétuelhment conservée, afin que, dans l'Eglise > répandue pai* tout l'univers, les fidèles de Jésus-Christ int voquent et louent Dieu par les seuls et mêmes rites de chants » et de prières (3) . »
(1) Commuaionena discerperent. rid. ci-après laBulie : Quod anobis.
(2) Ci-dessus, pag. 131,
(3) Cum in Ecclesia Catholica , a Christo D. N. , sub uno capite, ejus iu terris Vicario , iustituta , unio et earuni reruni quœ ad Dei gloiiiiiu ek debituiu Ecclesiaslicaium ptsi'sonaruiQ olficium spectant ,
LITURGIQUES. 80l
Tel est le vœu de l'Eglise; ce qui y serait, contraire n'est donc pas le vœu de l'Eglise. Prions, afin que le Dieu de la paix et de l'unité dispose toutes choses dans sa force et sa douceur; afin que l'unité de prière se rétablisse au sein de notre patrie , et que la prière du Pasteur suprême soit la prière des Brebis , comme déjà sa foi et sa doctrine sont leur foi et leur doctrine.
coDformatio semper conservanda sit; tum praecipue illa communio uni Deo , una et eadeiu formula , preces adhibendi , quîe Romano Breviario continetur , perpetuo retinenda est , ut Deus , in Ecclesia per universum orbeni difl'usa , uno et eodem oraudi et psallendi ordiue , a Chrisli lidelibus semper laudetur et invocetur. Clemens VIII, BuUa non in Ecclesia, (§. 1.)