CAEN
IMPRIMERIE DE FÉLIX POISSON ET FILS Rue Froide, 18
PQ.Is/1
l\45J£ IS4É
V Instruction dé Malherbe à son fils Mârc-Ântome , sur sa parenté et Pétat de ses biens dans ce qu'il pouvait appeler ses deux patries, est une pièce de très-haute valeur pour l'histoire des lettres de notre Normandie. Elle est demeurée inconnue des biographes d'autrefois , et partant elle redresse ou met à néant plus d'une fable par eux mise en cours. Aix a sans doute une belle part à prendre dans la gloire de Malherbe; mais la plus grosse reste et doit rester toujours à sa province et à sa ville natale, qui, mère de tant d'autres bons poètes , n'a jamais eu de statues que pom celui-là , et n'a cessé d'accepter de lui et de lui renvoyer toutes sortes d'honneurs. Il m'a semblé que ce curieux document appartenait, d'aussi bon droit qu'à la ville provençale , à la ville normande où quelque attention s'accordera toujours à ce qui touche son Malherbe. Ne devraiton pas profiter d'un moment de repos et d'atonie, où les provinces se montrent moins éloignées l'une de l'autre et moins opposées d'esprit , pour opérer entre leurs bibliothèques l'échange de ces
pièce» inestimables et toutes patriotiques, et qui seraient dans leur lieu d'un si bel usage , pour faire rendre ainsi , c'est le mot, à chacune ses prisonniers?
Le cahier dont voici copie exacte n'est pas l'original de la main de Malherbe. Ce cahier n'était lui-même qu'une copie fort incorrecte, écrite, vers la fin du dernier siècle, par une main soit tout à lait inattentive, soit ignorante. Les noms de pays comme les noms de personnages y sont transcrits sans soin et la plupart restent illisibles. A chaque ligne l'orthographe varie , tantôt observant le vieux texte, tantôt moderne. Qui de nous aujourd'hui se soucie d'une page antique remise en beau style? Une négligence désolante a présidé à cette copie. Cet homme qui transcrivait du Malherbe n'y a pas mis même conscience que s'il se fût agi d'un acte de procureur. Les non-sens y abondent et les omissions de mots y sont évidentes; et comment rectifier? Je n'ai point eu cette audace, et dans mon incertitude sur chaque mot de cette Instruction précieuse, je me suis astreint à copier fidèlement cette infidèle copie. De plus savants referont à leur usage l'orthographe primitive de Malherbe.
Je ne suis point le premier,— hélas ! et c'est mon grand regret,— qui ait songea mettre en lumière ce curieux morceau; et je suis même le fort mal venu à prétendre me l'approprier après ce qu'a fait pour lui M. Roux-Alpheran, excellent antiquaire de cette ville. Il y a vingt ans qu'il le trouva comme je le trouve dans les manuscrits de la bibliothèque Méjanes, et en publia, avec des notes fort savantes, toute la partie qui importait vraiment g la biographie de Malherbe, dans une brochure qu'il intitula: Recherches biographiques sur Malherbe , adressées à MM. les Maire , Adjoints et Membres du conseil municipal de la ville de Caen.
M. Roux-Alpheran, dans les deux éditions de sa brochure (1825- 1840) , a constaté les quatre façons différentes dont il plut à Malherbe, à quatre époques de sa vie, d'orthographier son nom ; il a lu le contrat de mariage de Malherbe; il a recherché les aventures du malheureux Marc-Antoine, et il nous a informés que les deux autres enfants de Malherbe, qui ont si peu vécu, Henry et Jourdainc, étaient morts à Caen et y étaient enterrés. Enfin avecRacan je ne sache personne qui ait mieux mérité de Malherbe que M. Roux- Alpheran.
M. Roux-Alpheran a publié la moitié ou peu s'en faut de lins*
traction de Malherbe: il n'a rien omis de ce qui pouvait éclaircir un point en conteste de la biographie qu'il étudiait ; mais il n'a pas songé , en laissant de côté ce qui avait trait aux affaires embrouillées de Malherbe, que nous, Normands plaideurs, si fiers amoureux de la chicane, que c'est là par tout pays notre renommée, notre orgueil s'accommoderait assez de voir François de Malherbe, normand par ce coté de plu», ergoter avec toutes les rubriques de la méfiance contre le grand Eliazar son frère, contre les uns et les autres de ses deux familles, contre les communautés, en garde contre tout , contre tous. Le sang de Normandie lui avait bien profité , et aussi son alliance avec la plus noble noblesse parlementaire de Provence. Il se donnait à Aix pour fils de conseiller au parlement de Normandie: il tenait à ne pas s'en montrer indigne, non plus que des leçons qu'il pouvait recueillir de ses présidents beau-père et beau-frère. Aix était d'ailleurs pour ce poète illustre un séjour plein d'honneurs et d'agréments : c'est de là que sa gloire remontait par toute la France pour être annoncée à Henri IV par notre cardinal Duperron. Tous les personnages illustres du royaume, qui traversaient la ville d'Aix, ne manquaient pas de le visiter; il pouvait, à cette distance, vanter à l'aise sa noblesse normande, et d'autre part se faire en Normandie un grand renom d'hospitalité, en accueillant tous les bourgeois ou marchands de vers Caen, qui se trouvaient égarés si loin de leur pays. Si la nouvelle reine Marie de Médicis entrait dans sa ville, il la complimentait comme le prince du lieu, avec des vers magnifiques. Finsonius, alors le grand peintre de la Provence, s'honorait en faisant de Malherbe un de ses plus beaux portraits. Rien enfin dans cette ville, pas même le tombeau* de son fils chéri à l'avenir duquel il avait donné tant de soins et de pensées, ne manquait à Malherbe.
Malherbe fut d'un génie qui sentait vraiment cette noblesse dont il tirait vanité si grande. Sa langue est fière et sonore , sa poésie respire certaine senteur libre et vivace. On trouve en lui cette souveraine indifférence qui permet aux chefs d'école de conduire de haut leur art. Ce n'est pas un poète dont les beautés soient communes; elles ne vieillissent point, et ses formes hautaines n'ont cessé de séduire les esprits délicats. Chacun les loue à l'aveuglée ; mais elles échappent aux sens du commun, et c'est pour cela, à cause de ses fines saveurs, qu'il ne sera jamais permis de confon-
— vin —
dre Malherbe dans la légion de ces sages et pâles rimeurs qu'une réaction trop eiplicable a un moment mis hors la loi.
Malherbe est à l'égal de Corneille , plus que lui peut-être et je ne sais pourquoi, le patron de notre littérature provinciale. Je n'ai point cru qu'une pièce de cette importance et de sa main, eût des détails que personne chez nous ne rat curieux de connaître. Daflleurs des fragments , quelque bien découpés qu'ils puissent être , laissent toujours un arrière-désir. L'Instruction àMaro- Antoine en son entier, —c'est votre bien, Normands: le voici.
Ph. de Chenheyières.
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Il y a d'autres que nous qui portent le nom de Malherbe en Normandie , mais à la distinction de ceux-là nous [nous] appelons Malherbe de St-Àgnan.
La terre de St-Agnan , à cinq lieues de Caen , du côté du Bocage , n'est plus aujourd'huy à notre maison, quoy qu'elle s'appelle toujours St- Agnan-le-Malherbe. Elle fut vendue par un de nos prédécesseurs pour le voyage de la Terre Sainte.
Plusieurs autres terres portent encor le nom de nôtre maison, commeNieuilly-le-Malherbe (1) et autres , et touttefois ne sont plus à nous ; les
(1) Neuillyle-Malherbe, dans l'arrondissement de Caen.
unes ayant esté aumônées aux é, Bleville, parFouques Malherbe, Caen , comme il se voit par la \ autres vendues; et les autres par i sées en maisons étrangères, comme c en Picardie , fut par une fille de n avec plusieurs autres, emportée en de Pellevé , où elle est encore aujou En la cronique de Normandie, il chapitre exprès des seigneurs, print valiers et barons qui accompagnèrent Guillaume à la conquête d'Angleterre j
lesquels est La Haye Malherbe, d'où nous t ..urnes sortis , lequel estoit baron de La Haye en Costentin ; et parce que l'on pourroit dire que ce pourroit estre de l'autre race de Malherbes que l'on appelle Malherbes de la Meauffe , ceta se résout pour nous^ parce que le duc Guillaume ayant fait peindre touttes les armoiries des maisons illustres qui l'avoient suivy au voyage d'Angleterre , les nôtres se trouvent en ce nombre tant en une salle de l'abbaye de St-Etienne de Caën , qui est de sa fondation , qu'en une de l'abbaye de St-Michel au rivage de la mer , en la Bassfr-Normandie. Nos armoiries sont d'argent à six roses de gueules et des hermines de sable sans nombre. Il se trouve force documens de
notre maison en la chambre des comptes de Paris , et en celle de Rouen , en plusieurs fondations d'églises, et ailleurs en beaucoup de maisons nobles avec lesquelles nous avons eu alliance par le passé , comme de Hocy (Nocy) , Pellevé , Tesson et autres.
Mon père peut aujourd'huy posséder six ou sept cens escus de rentes , selon l'estimation que j'en ay oûy faire plusieurs fois , et même dernièrement quand je partis de Normandie au mois de décembre 1599.
Mon grand-père estoit cadet de sa maison.
Son aîné estoit seigneur de Mondreville , Merville et plusieurs autres terres.
Ma grand' mère paternelle estoit de la maison d'Ellebeuf où il y avoit alors cinq ou six terres nobles , desquelles , par mauvais ménage , il en est à peine demeuré une aux mains de l'héritier. Ma mère s'appelle Louysc de Vallois, fille d'Henry le Valloys , seigneur d'Ifs à deftû-licuede Caen, et de demoiselle Catherine le Joly, héritière de plusieurs biens roturiers tant à Bretteville-la- Pavée qu'à Louvigny. De ce Henry le Valoys, sieur d'Ife, et de la dite Catherine le Joly sortirent plusieurs enfans , desquels ceux que j'ay vus sont, Louyse de Valloys , ma mère , Jean le Valloys , Charlotte et Marie le Valloys. Charlotte
et Marie sont toutes deux décédées sans enfens , Marie qui fut mariée a Maizet , a laissé un sien fils, marié a T à une dés filles de Fontaines-Estoupe
Jean de Valloys , sieur d'Ife , leur fr oncle , fut marié en premières nopces sœur du sieur de Lamberville, maître < tes , et depuis l'un de ses héritiers.
De ce mariage estoit sortie Marie fille unique , qui mourut un quart f sa mère, l'an 1587, ce me semb) . .acle
se remaria avec demoiselle Jean- . de Mainbeville , sceur et Tune des héritières du sieur de Comiens.
De ce mariage sortit une fille qui est aujourd'huy mariée avec François de Malherbe , sieur de Bouillon et d'Escousebeuf (1) , qui est l'aîné de notre maison. Elle peut avoir aujourd'hui seize ans. Son père mourut peu de temps après qu'elle fut née, si bien qu'elle est demeurée seule héritière de la dite terre d'Ifs et des biens assis à Bretteville-la-Pâvée , qui avoient appartenu à la dite Catherine le Joîy , sa grand' mère et la mienne ; Dieu la fesse vivre , et luy donne des enfens. Si elle n'en avoit point , mon cousin do
(1) Sieur du Bouillon et d'Escorchebcuf.
Maizet , sorty de la dite Marie de Valloys , dont j'ai fait mention , et nous, en serions héritiers. S'il n*y [avoit] autre bien que le noble, nous l'emporterions par dessus mon dit cousin de Maizet , parce que nous sommes de Louise de Valloys, fille aînée du dit Henry le Valloys, sieur d'Ife , et encore l'emporterois-je au préjudice de mon frère , parce que je suis son atné , et le premier de tous les enfans sortis de mes dits père et mère.
Nous avons esté neuf enfans, François , Jeanne , Elîazar , Pierre , Josias , Marie , Jeanne , Estienne et Louyse. Jeanne la première, Josias et Estienne , sont morts en enfance. Pierre mourut à Lysieux, au retour du siège de La Fère. Je crois que lors il n'avoit que dix-sept ou dix-huit ans.
La seconde Jeanne décéda il y a environ huit à neuf ans, et a laissé plusieurs enfons mâles , ayant esté mariée avec le sieur Fauconnier, thrésorier de France.
Marie est mariée au sieur de Réveillon Putecostes dont elle a des enfans.
Louyse est veuve du sieur de Coiombiers- Guerville et en a un fils et une fille. Elle fut mariée cependant que j'estois en ce pays icy, au second voyage que j'y ay feit , et le dit sieur de
Colombiers son mary décéda de peste en Tannée 1588, au mois d'aoust , le même jour que j'arrivay à Caen , si bien que je ne l'ay jamais vu.
Mon frère est marié avec demoiselle Marie Lambert , dame en partie de la terre d'Ouville près Fal laize. En faisant son mariage , mon père luy donna un estât de conseiller au siège présidial de Caen , qu'il luy avoit baillé dès l'année 83 ou 84 ; mais il faut que mon frère m'en tienne compte de la moitié, parce que, par la coutume de Normandie réformée devant le dit mariage, un père ne peut directement ny indirectement avancer un fils plus que l'autre. Cet estât valoit donc douze cens escus pour le moins, quand mon père le luy bailla , de sorte que je veux luy en demander six cens avec les intérests depuis ce temps-là , qui sont vingt ou vingt-deux ans. Je fais compte que cecy m'acquitte trois cens escus que je dois au sieur Fauconnier , dont je luy fais la rente au denier dix , et vint escus de rente que je fais à Harcourt pour deux cens escus qu'il me prêta pour le voyage de ma femme , quand elle s'en revint en ce païs-cy. Le contrat fait avec le dit Fauconnier contient 400 et quelques escus de principal , mais la vérité est que je n'en reçus que 300. Le surplus estoit déjà
deu au dit Fauconnier, pour pareille somme par luy prêtée à mon père pour l'achapt de la petite maison, qui est près de la nôtre, ainsi que mon père me le dit.
Mon cousin de la Kgacière , Pierre Malherbe , m'a plegé envers ledit Fauconnier de ladite somme de 300 livres, dont mon père luy a fait une promesse de l'indemniser , dans laquelle promesse il déclare que je n'ay touché que lesdites 500 livres, et qu'il devoit le reste auparavant.
Pour le regard de ce que je suis signé au mariage de mon frère , cela ne peut me préjudicier pour ma part dudit office, parce que mon père m'y mena et que pour son respect seul je me signay audit mariage.
De touttes ces affaires et autres que je puis ou pourray avoir en Normandie , j'espère avec l'aide de notre Seigneur en envoyer des mémoires plus amples à ma femme, aussitôt que je seray arrivé par delà , et luy envoyeray aussy le rôle bien particulier des biens que mon père possède , et des papiers que j'ay par delà concernant les affaires de deçà , où sont les quittances de M me d'Oyse héritière du sieur de Villars , et du capitaine Benoît et autres.
S'il falloit plaider contre mon frère , il luy faudra , outre ce que dessus , objecter que tou-
jours il a esté nourry et entretenu aux dépens de la maison , de laquelle il n'a jamais bougé , depuis même qu'il a ledit office , ni depuis qu'il est marié , sinon peut-estre un an qu'il demeura hors (?) de la maison du sieur de l'Escarde tout vis à vis de la nôtre, où il recevoit ordinairement plusieurs provisions nécessaires. Hormis la ditte année , il a continuellement demeuré chez mon père , et luy et sa femme ont esté nourris aux * dépens de la maison , luy sa femme et ses enfens , vivans à la table de mon père ; et quand pour le ménage mon pèreet ma mère, aux mois de juillet, d'aoust etde septembre, se retiroient aux champs, mon frère , sa femme , ses enfens et serviteurs s'y retiroient aussi vivant aux dépens de mon père , ce qui est notoire à tout le monde.
Pour moy, en l'année 4576, je partis de chez nous au mois d'aoust, et n'y revins qu'au mois d'avril 1586, dix ans après. Dans cette absence, je n'ay pas eu un liard de la maison. Comme j'y fus arrivé audit an 86 , au mois d'avril , ma femme m'y suivit au mois de juillet en suivant, et dès le mois de septembre nous nous retirâmes au logis de ma cousine de Mondreville, vivant du nôtre, sans aucun secoursde mamaison, que peutestre un tonneau de cydre. De là vint que je fus contraint d'emprunter six cens escus de M. du Vil-
lars , trois cens du capitaine Benoist et trois cens du sieur Fauconnier dont il a été fait mention par cy-devant : de toutes lesquelles sommes il M'a Mlu entretenir moyet ma famille depuis ledit an 80 , en septembre, jusques en Tan 93 que ma femme s'en revint en Provence. Après qu'elle fut partie , je me tins toujours séparé , et n'allay que fort rarement manger chez mon père.
En l'an 95 , au mois de may , je m'en revins en Provence , d'où je ne fus de retour que Jusques en 98, au mois d'aoust.
Durant l'absence de ma femme , ma fille Jour* dane fut nourrie chez mon père, avec Magdelaifte, fille de ma seur de Réveillon, jUsques au mois de juin 1599 , qu'elles décédèrent de la peste en même semaine.
Ledit an 1599 , au mois de décembre , je partis de Normandie et m'en revins en ce pals où je suis encore aujourd'huy 1605 , ce deuxième de juillet.
De touttes lesquelles choses il se voit le peu de dépense que j'ay foitte à mon père : et pour l'entretien des écoles, je n'ay jamais esté qu'un seul mois en pension chez les Philipes à Caen ; à Paris, un an avec mon cousin de Mondre ville le jeune, puis de rechef à Caen chez Varin (Varion) , un an sous Lamy mon précepteur , et
après sous Dinot environ six ou sept mois à Gaën , et enfin sous luy-méme deux ans en Allemagne.
Mon frère a esté aussi longtemps à Paris et en plusieurs pensions à Caen. Quand il n'a pas esté en pension , il a eu un précepteur en la maison.
J'ay discouru tout cecy afin que si mon frère, de bonne foy, ne vouloit foire raison à mon fils , il ait de quoy se la foire foire. Dieu me foira , s'il luy plaît , la grâce de vivre pour le délivrer de cette peine, et luy conserver ce que nature luy a donné.
J'ay ici une déclaration que mon frère m'a envoyée , par laquelle il me reconnoît, et après moy mon fils Marc-Antoine, son héritier en la moitié de tous ses biens présens et avenir.
Laditte déclaration est du 24 septembre 1602, passée a Caen devant Horace et Forestier , et Nicolas-Roque, tabellion dudit Caen.
Ma femme est Magdelaine de Carriolis , fille de M. Louis de Carriolis, président au parlement de Provence , et de demoiselle Honorée d'Escalis.
Son bien consiste en trois mille escus mis sur la communauté de Brignole , et huit cens escus constitués en rente sur la ville de Tarascon au denier douze. Les trois mille escus du dot de
ma femme furent premièrement mis sur la communauté de Soliers, par acte du dernier de janvier 1585 , et depuis , en avril 1589 , ils furent par M. Sébastien LoupM* procureur, estons nous en Normandie, prêtés à la communauté de Brighole.
Au bout de Tan ils furent sommés par ledit Loup de rendre ladite somme , dont il appert par exploit de Massonneau , du cinquième may 1590, au pied d'une requeste présentée par iceluy Loup à M. le lieutenant d'Aix , et par ledit lieutenant décrétée le 4 dudit may 1590.
Durant mon absence ledit Loup exigea les intérests de ceux de Brignolle, comme ilavoit fait de ceux de Soliers , sans nous en faire tenir un sol.
Estant revenus en ce pais, à sçavoir ma femme en l'année 1593 et moy en l'année 1595 , nous comptâmes avec ledit Loup. L'acte dudit compte est rellu par M. Bruis, notaire d'Aix , dudit an 1595 , au mois de.....
La procuration faitte par ma femme et moy audit M. Loup est passée à Caen devant Aubert etCaillet, tabellions, le 22 de juin 1586.
Ma femme estant de retour en ce pais eut pour le payement des arrérages qui luy estoient dus par le communauté de Brignolle quelques
assignations qui plusieurs fois luy furent diverties , et furent payés en deniers desbordés et en marchandises qui luy furent fournies à plus grand prix qu'elles ne valoient , et fut plus de trois ans à l'exaction desdits arrérages.
Enfin elle mit en cause lesdits de Brignolle pour retirer les trois mille escus ; ils usèrent en ce fait de beaucoup de fuittes , alléguèrent avoir surpayé les intérests et avoir baillé 300 livres par avance audit Loup. Enfin il y eut arrest du 5* juin 1598 , auquel ils sont condamnés avec dépens ; les dépens par arrest du 10* juillet 1598 sont liquidés à trois cens cinquante escus.
Ma femme priée par ceux de Brignole ne se hâta point de faire exécuter son arrest, et se contenta de la promesse qu'ils luy firent de lui payer les intérests. Cependant survint un arrest général de la Cour sur la révision et la réduction des dettes des communautés de ce pais.
Le sieur Guiran , conseiller aux comptes , fut commissaire pour la réduction des deptes de Brignolle, devant lequel nous fûmes par son ordonnance adjournés, le 14 juin 1600, à comparoir le 3 de juillet en suivant.
Monsieur d'Esparra avoit eu cette commission dans le commencement, et nous avoit fait adjourner par devant luy pour voir foire la réduction ,
avec inhibitions d'exécuter. L'adjournement est du 15 juillet 1599 et l'exploit d'inhibition du 10 juillet de la même année 1599 par Fassenqui, notaire du dit Brignolle.
Toutte fois , la ditte commission ayant esté ostée au dit sieur d'Esparre, lieutenant du dit Brignolle, et baillée au dit sieur Guiran , conseiller aux comptes , nous comparûmes devant luy le 18 f juillet 1600 , où les dits de Brignolle alléguèrent les intérests payez à plus haut prix que l'ordonnance , que Loup nostre procureur qui leur a voit fait bailler la dite somme avoit pris 300 livres par avance, comprenant aux payements faits des intérests plusieurs sommes payées au sieur de Malherbe ou sa femme pour autres occasions, commo 400 livres pour la vente à eux faitte de cent charges de bled , deux cens escus prestes par le dit sieur de Malherbe à la communauté pour payer un commissaire de Monseigneur de Guise, gouverneur, et autres affaires de la communauté, et cent dix escus aussi prêtés à la dite communauté pour payer les Badier. Ils comprenoient aussi aux dits intérests la somme de trois cens cinquante escus de dépens par eux payez suivant l'arrest de liquidation ci-dessus mentionné , et y comprenoient aussi tous dépens exécutoriaux , et tout plein d'autres sommes , pour nous rendre odieux devant le dit commissaire.
Enfin après une longue contestation et raisons alléguée* de part et d'autre , dont il appert par le procès verbal du dit commissaire du 18 juillet 1600, s'en suivit du consentement des parties une ordonnance du dit commissaire du 3 e aoust 1600, que la communauté me payeroit 50 escus dans trois jours pour tous dépens, dommages et inrests par moy demandez , et que la dite obligation de 3 mille escus demeureroit sans aucun retranchement à notre profit , sauf à moy de me pourvoir contre M. Loup, notre procureur, pour les dommages et intérests par nous prétendus. La dite ordonnance est du troisième d'aoust 1600.
L'an 1602, MM. de Brignolle nous font de rechef ajourner par devant le sieur d'Esparra , lieutenant du dit Brignolle, lequel, depuis la mort du conseiller Guirand, avoit eu commission pour procéder à la réduction des deptes de la dite communauté. L'adjournement est du 9 janvier 1602 à comparoir le 17 du dit mois, qui est 8 jours après l'exploit.
Suivant cet ajournement nous comparûmes de rechef à Brignolle où, après plusieurs comptes et contestations verbalement faittes , nous fimes un compte final du 30 janvier 1603. Depuis ils nous ont payé les intérests chaque année à raison du denier seize suivant l'ordonnance du Roy. Mais
aux quittances que je leur fais , j'y fais toujours mettre que c'est sans approbation de leur département , et de pouvoir exécuter mes arrests pour retirer mon principal quand bon me semblera.
Ce qu'il faut toujours continuer jusques à ce que nous leur fessions le dit principal.
Ma femme, outre ce que dessus r a huit cens escus sur la communauté de Tarascon, faisant à raison du denier douze, deux cents livres chaque année.
ML le Président CarrioHs, son frère, et nous ayant eu après la mort du feu sieur président Carriolis, son père, quelque différent pour le recouvrement du dot de leur mère, demoiselle Honorade d'Escalis , et supplément de la légitime qui leur appartenait sur les biens de leur dit père , nous transigeâmes de (le) 2 du mois d'avril 1602 devant maistre Antoine Maurel , notaire d'Aix.
Depuis cette transaction mon dit frère, président Carriolis , ayant quelque différent avec ma sœur du Châteauneuf , et craignant qu'elle ne luy fit saisir la récolte de ses bastides du plan de Perricard et du Puy , me pria de passer avec luy un acte par lequel je luy remettrois la pension que, par la dite transaction, il m'avoit baillé à prendre sur la communauté de Tarascon t
et il me bailloit au lieu d'icelle les bleds procédant des bastides; ee que je fis par le moyen d'une déclaration qu'il me fit que le dit acte avoit esté fait pour quelque considération et à sa prière , sans que je luy remisse la dite pension de Tarascon , laquelle demeuroit toujours à ma femme en vertu de la dite transaction du 2 avril 1602 , et demeurant icelle transaction en la même force et vertu qu'auparavant le dit acte*
Suivant cela nous avons toujours tiré la dite pension durant les trois années qui sont depuis escbeftes , et il ne voit pas (rie) les quittances que nous luy avons feittes en faveur de la ditte communauté de Tarascon dont nous nous sommes jamais mêlés de retirer aucuns effets de la ditte bastide. La ditte déclaration que mon frère m** feit est volante , de peur qu'elle me fit trouver un regret. M. Gilles d'Àix Fa escrit et signée, devant Loup et d'autres témoins, et signée du dit sieur président , du 6 juillet 1602. Le dit sieur président de Carriolis, mon beau-frère, au mois d'octobre dernier, 1604, présenta requête aulieutenant d'Àix pour au paiement (tic) de trente eseus qu'il disoit m'avoir prêté.
Sur quoy ma femme luy ayant esté parler et luy ayant remontré que depuis la transaction nous n'avons aucune affaire ensemble , et que
pour le regard de ce qui s'estoit passé entre nous avant iceile transaction tout y estoit compris et que nous [ne] sçavons plus ce qu'il a ànous demander , il quitta cette poursuite , laquelle , veu sa probité , je crois qu'il ne voudrait recommencer. Touttefois en cas qu'il le fit, voicy ce qu'il Saudroit luy répondre.
Par la transaction faitte entre le dit sieur Président et ses seurs, il leur déduit à touttes , les sommes qu'elle (sic) a voulu retenir, ou par prêt ou par intérest ; particulièrement il déduit à sa sœur de Margaillet , entre autres sommes, cent quarante et un escu8 qu'il avoit prêtez au sieur de Margaillet , fils d'icelle , à plusieurs foiset sans aucune promesse; pourquoy, s'il eût prêté quelque chose à sa sœur de Malherbe, n'en eût-il fait mention?
Quand ils transigèrent le 2 avril 1602, le dit sieur Président céda huit cens escus à sa sœur de Malherbe sur la communauté de Tarascon, dont les intérestseschoient au second de février en suivant, de sorte qu'il y avoit deux mois de terme passé au profit dudit sieur Président: de quoy ayant luy fait instance et voulant que la restitution des interests des dits deux mois expirez , s'est opposé dans la transaction. Le sieur de Malherbe le pria que, veu la parvité de la somme, il ne s'en parlât point en la dite transaction et
que le terme eschù il les luy payeroit ; ce qu'il fit franchement, encor qu'il n'y en eût rien par escrit.
Plus, il faut considérer que dans laditte transaction, discourant par le menu d'où procédoit la ditte somme de huit cens escus, il y employa seulement deux cens escus de droit maternel et cent escus d'intérest de la ditte somme de 200 livres: sur quoy il faut noter que le dit principal, qui n'est employé que pour 200 livres , se monte deux cens treize escus un tiers. Et les intérests qui n'y sont employés que pour cent escus se montent pareille somme de 213 livres 20 sous, qui sont en tout quatre cens vingt [six escus et quarante sous pour principal et intérest] (1) , et par la transaction il n'est fait mention que de trois cens escus ; si bien qu'il y avoit méconte et erreur de cent vingt six escus deux tiers , lesquels le dit Président devroit de bonne foy à ma femme, estant bien aisé à voir par là que la ditte transaction ne contient point un compte exact , mais une composition amiable telle qu'elle doit estre entre frères et seurs.
(1) H y a un blanc pour deux mots après quatre cens vingt, et ensuite viennent ceux-ci : J'ai quarante sous pour principal et toterest. Le sens de ma conjecture, renfermée entre crochets, me semble seul probable.
Plus, il y a les 200 livres légués par le feu sieur président de Carriolis, père des transigeans, à chacune de ses filles , en cas que leur frère eût l'état de président.
La condition est escheûe, et par conséquent les dites 200 livres pour fille sont deus.
11 ne sert de dire qu'il y ait fait des frais ; car le testateur sçavoit bien que les estats par résignation ne s'obtiennent pas sans frais , de quoy touttefois, en considération des services du feu sieur Président, son père , il a eu bon marché , lequel bon marché doit estre considéré pour les seurs comme pour luy , parce qu'elles sont héritières comme luy des services de leur dit père.
Le dit feu sieur Président, par le mariage de ma femme sa fille avec le lieutenant de Marseille, M. Balth. Gatin, fait en avril 1577 par devant notaire d'Âix , promet de payer les dits deux cens treize escus un tiers dans dix ans. Lesquels dix ans expirèrent en même mois de Tannée 1587. Or de l'année 1587 à l'année 1602, que la ditte transaction fut feitte, au même mois d'avril il y a justement quinze ans; si bien qu'au denier quinze les dites 213 livres 20 sous se trouvent doublez, et se trouve le tout monter quatre cens vingt-six escus et deux tiers. Combien que dans la transaction le dit sieur président ne fait
compte à ma femme sa seur que trois cens escus en tout.
Honnorade d'Escalis fat la première femme du dit sieur président Carriolis.
De ce mariage sont issues demoiselles Anne , Magdelene et Marie Carriolis. Le mariage du dit sieur président et de la ditte demoiselle Honnorade d'Escalis est du 1 er octobre 1548, par devant M* François Bourrilly , lors notaire de la ville d'Àix.
Par ce mariage sa mère et ses frères luy promettent six cens [escus] d'or sol de pois , du coin de France , et ce pour ses droits paternels, et la ditte mère de son côté luy donne cinquante escus. Moyennant cela ilsla font renoncera tousdroitstant paternels que maternels, combien qu'elle ne l'ait pu faire, et par ainsi il a lieu de demander à M. le président de Bras MaroAnt. d'Escalis , héritier des biens de la ditte maison d'Escalis et des droits d'Àndriere (?) Mathieu du Revest, mère du sieur de Bras, son père, le suplément de légitime appartenant à la ditte Honnorade d'Escalis.
Des dits sept cens escus promis en mariage à la ditte demoiselle Honnorade d'Escalis , il se trouve six cens de payez comme il se voit par quatre reconnaissances.
La première est de la somme de deux cens
escus , acte pris par M. Bourrilly , notaire d'Àix, au dit an 1548 et le 4 décembre.
La segonde est de cent trente quatre escus, acte pris par M 6 Antoine Chabaud , notaire au dit Aix, le 9 mars 1549.
La troisième est de cent soixante six escus, acte pris par M e Antoine Chabaud, audit an 1549, le 29 septembre.
La quatrième est de cent escus, acte pris par le dit M e Chabaud en Tannée 1550 et le 15 mars.
Toutes lesquelles reconnaissances se montent six cens escus, et par ainsi il reste deu par le dit sieur président de Bras la somme de cent escus*
Estant en Normandie, ma femme emprunta six cens escus de M. de Yilla^s, lors gouverneur du Havre.
Le dit sieur de Villars les donna à sa mère, madame d'ûyse, à laquelle nous les avons payez partie argent comptant , partie en une cession sur la communauté de Tarascon , de certains deniers que M. Bastien Loup nous avait cédez sur icelle communauté, pour nous payer des intérests de trois mille escus qu'il avoit retirez des communautés de Soliers et de Brignolle durant notre séjour en Normandie.
L'acquit que nous luy avons fait et la ditte cession sur Tarascon sont compris en un acte pas-
se par devant M. Bruis, notaire d' Aix, demeurant à la place des Trois Ormes au dit Aix, en l'année 1585, etc.
J'ay tous les papiers concernant l'acquit de la ditte partie de six cens escus en Normandie: il s'en pourroit voir quelque chose chez M 6 ,
notaire du dit Aix, de l'année 1597 ou 1598.
Plus, estant en Normandie, nous empruntasmes trois cens escus du capitaine Benoit Degan, estant lors auprès du sieur de la Verune, gouverneur du château de Caën.
Plus, ma femme venant en ce pais emprunta, ce me semble, cent autres escus de luy au Pont-Saint- Esprit.
De touttes les quelles sommes j'ay les acquits en Normandie, il y en a quelques-uns passez à Brignolle et les autres en cette ville ; en vertu desquels, en Tannée 1598, m'en allant en Normandie , je passay audit Pont-St-Esprit , et fis canceller l'acte d'obligation que ma femme luy avoit
Estant à Paris, de l'année 1585 , le capitaine Boissony me presta trois cens escus, lesquels je luy fis rendre en ce pais par M. Loup qui foisoit mes affaires. La quittance en est passée dans (devant) M' Granier, notaire du dit Aix, l'an 1587 , et le 18 décembre. Au registre du dit M* Granier la
ditte quittance se trouvera pour la somme entière; car ne luy ayant, de ce moment , esté payé que 390 livres, j'ay depuis payé les dix escus qui restoient à sa veuve, et ay retiré ma promesse comme quitte.
Je devois au viguier Âimar de Pertuis six escus qu'il m'avoit prêté, je croy, en 1580, de laquelle somme il a ma promesse et ne me l'a point rendue, encore que j'en aye quittance de luy du 17 de septembre 1602.
Sauvacane, de la Tour d'Aygues , son neveu , a voit esté fermier de la bastide de Bourdon, appartenant lors à moitié à Jean Honorât Bourdon , sieur de Bouq, fils de ma femme; et en cette qualité le dit Sauvacanne nous devoit pour les aliments du dit Jean Honorât Bourdon cinquante et quelques escus , et y avoit esté condamné par sentence du lieutenant d'Âix dès l'année
Estant allez en Normandie en l'année 1586, la poursuite du dit Sauvacanne cessa jusques à ce qu'en l'an 1602 je le fis prendre prisonnier en vertu delà dite sentence. Et lors le dit Aymar, son oncle , pour luy aider à me fournir vint et cinq escus moyennant lesquels je promettais relâcher le dit Sauvacanne, me pria de prendre en payement les dits six escus que je luy devois , ce que je fis comme il se void par la quittance que je fis au dit Sauvacanne à la Tour d'Aygues, 1602 au mois de septembre, ce me semble.
Ledit viguier Aymar m'envoya un acquit de
ces six escus et m'escrivit que ma promesse
estoit entre les mains de son fils Jean- Antoine
à Aix , auquel il escrivit de me la
rendre.
J'ay la lettre que ledit viguier a escrit à son
dit fils > mais pour la parveté de la somme , j'ay
, jusques à cette heure négligé de la lui rendre.
Quoiqu'il en soit , j'ay la quittance dudit Viguier
Aymar.
Nous avons eu plusieurs affairés avecmaseur de Margaillet, desquelles, ayant fait compte ensemble , ma femme et elle se trouvent quittes l'un[e] envers l'autre de touttes choses, par acte passé devant M 9 Gazel notaire d'Aix , en l'année 1603 et le 16 octobre.
Le même jour mon neveu de Margaillet nous fit quittance dé tout le temps que nous avions tenu sa maison et de la moitié de l'année ,
contrat par devant ledit M e Gazel, notaire dudit Aix. Depuis, nous avons de terme en terme payé ledit louage de maison à mon dit neveu, et ne luy devray rien qu'à la St~Michel prochain* Les quittances sont chez ledit M e Gazel notaire.
Le jeudi 14 de décembre 1600 , environ 11 heures du soir , naquit Marc-Antoine mon fils et de demoiselle Magctelaine de Garriolis , fille de feu sieur président Carriolis.
Et le vendredi 15 du même mois , il ftit tenu sur les fonts par M. Laurens de Carriolis , aussi président au parlement de Provence , frère de ma femme , qui luy donna le nom de Laurens- Marc-Antoine.
M me de Margaillet , Anne de Garriolis , geur de ma femme, fut sa marraine. Le nom seul de Marc-Antoine luy est demeuré.
M* e de la Verune, Jourdaine de Montmorancy, qui avoit esté en Normandie marraine de feu ma fille Jourdaine , se trouvant icy au mois de novembre 1600 pour la réception de la reine Marie de Médicis , vint voir ma femme qui lors estoit grosse , et n'avoit plus qu'un mois à s'accoucher. La demoiselle de Boisroger , sa cousine , estoit avec elle.
Lorsque ma femme en accoucha , j'avois avec moy un serviteur que j'avois ameiné de Normandie , nommé François Maxienne , du lieu de Plissy (1). L'on m'a dit que depuis il a esté tué en Normandie en abreuvant un cheval.
Un nommé Mahent, messager , qui a fait plusieurs voyages en ce païs, y a vu mon fils Marc- Antoine touttes les fois qu'il y est veuu.
Il y a un an ou environ que l'un des fils du
(1) Sans doute du Plessy ou du Plessis, nom de plusieurs localité* en Normandie, où il D'en existe aucune de celui de Plissy.
sieur de NautLondel r de Caën , et un nommé la Raciniere , marchand de Caen, estant en cette ville , me vinrent voir et virent mon dit fils.
Un peintre nommé Jean de Cayé, fille (fils) d'Anne (*) que Ton appeloit Françoise de Cayé, tapissière, et qui a montré à mes seurs à coudre en tapisserie , a fait le portrait de mon dit fils Marc-Antoine ; lequel portrait je porteray à mon père , Dieu aidant, au voyage que je vais y foire. Ledit de Cayé fit ledit portrait en Tannée 1605 , au mois de juin , durant lequel temps il estoit en cette ville (sic) y a séjourné quelque temps y étant encore de présent 25 juillet 1605.
Un nommé Jean Le Bas , jeune garçon de 20 ans , fils à ce qu'il disoit de Gilles Le Bas , voiturier de Caen à Paris , a aussi vu mon fils , estant en cette ville au service de M"" de Castellane , l'an 1 605 et au mois de juillet.
Un autre jeune homme qui se disoit estre de Caën , nommé Jaques Lucas , frère d'un nommé Salière , précepteur d'enfans en l'université de Caën , m'est venu servir au commencement du présent mois de juillet 1605.
Un autre menuisier de Caen, nommé ,
qui depuis travaille en cette ville
(') Pont-être faut-il Wre: fils d'une dame, ou simplement (tune.
a vu mon fils Marc-Antoine , comme aussi une infinité d'autres. Ce que j'ay voulu escrire icy, parce que il arrive quelque fois que ceux qui sont nés loin de la maison de leur père sont méconnus de leurs parents qui veulent s'attribuer la part qui leur doit appartenir. Je ne crois pas que mon frère le voulût faire ; mais il n'y a point de mal de laisser les choses avec le plus de lumière que l'on peut , veu que le temps n'y met toujours que trop de ténèbres»
Malerbe.
M. , président au grand conseil, estant
en ce pais cy pour un procès qu'il avoit évoqué en ce parlement, le sieur de Bremond, conseiller au dit grand conseil, qui estoit icy pour le même fait , ont aussi vu mon fils Marc-Antoine.
M. Le Sage advocat au grand conseil, qui estoit icy pour l'intérest qu' avoit mon parent au dit procès , a séjourné longtemps en cette ville où il a vu mon fils assez de fois, et à ce qu'il m'a dit depuis qu'il est de retour par delà, il a vu mon père, auquel madame donna nouvelles , et particulièrement de mon fils.
De Malerbe.
Le dit sieur Le Sage, à ce qu'il m'a dit, est de Falaise en Normandie.
Le 26 juillet 1605, estant sur le point de m'en aller en France, je m'en allay trouver M. le président de Carriolis pour le prier de foire canceller l'acte qu'à sa mère j'avois foit, et simulé de rétrocession de cinq cens escus faisant partie de huit cens escus qu'il m'avoit cédez sur Tarascon et qu'il m'avoit prié de faire, pourceque, lorsque estoit en juillet 1602, il disoit avoir peur que ma seur de Ghateauneuf ne luy fit saisir les fruits de la bastide , lesquels par le dit acte simulé de rétrocession il me bailloit pour la somme de cinq cens escus , de la nullité de laquelle rétrocession il [m'avoit] le jour et à l'instant même fait déclaration escrite de la main du notaire signée du dit sieur président, de deux témoins et du dit notai requi estoit M. Gilles, et là-dessus , m' ayant le dit sieur président mon beau-frère déclaré qu'il estoit prêt de faire faire la dite collocation de la dite rétrocession , le dit M* Gilles notaire qui Ta-* voit feitte ftit envoyé quérir , et au pied du dit acte de rétrocession escrivit que nous estions demeurezd'accord qu'elle ffttnullecommenonfaitte, et que (sic) la transaction auparavant feitte entre nous , par laquelle il nous cédoit les huit cens escus d'arrérages en son entier. La ditte déclara-
tion ainsi escrite par le dit M # Gilles au pied du dit acte simulé fut signé par le sieur président Carriolis; mais parcequ'il signa Coriolis, ce qu'il me semble qu'il n'avoit accoutumé de foire , j'ay gardé la présente déclaration volante qu'il m'en avoit feitte, laquelle est signée Carriolis et aussi attestée de deux témoins [et] du même notaire M* Gilles , afftn que si le dit sieur président vouloit y contredire en quelque chose , ce que je ne crois pas vu sa probité, on ait de quoy luy répondre. Je fis quant et quant extraire la coppie de ce qui fut escrit pour la cancellation du dit acte simulé et en ay emporté l'extrait collationné par le dit M e Gilles notaire, et ay aussi emporté la ditte première déclaration que me fit mon dit frère à l'instant que le dit acte simulé fut fait , affîn que la vérité se connoisse en cas que quelqu'un voulût l'impugner.
On vera d'avantage que , tant la ditte année que toujours depuis , mon dit beau-frère a toujours joui de la bastide; ce qui se prouvera par les quittances passées au rentier de Tannée 1602 et autre depuis , et que je ne suis jamais mêlé de la ditte bastide et seulement n'y suis jamais allé ny aucun des miens.
Au commencement de la ditte année 1602, et toujours depuis la ditte transaction, j'ay joui des
intérests de la somme de huit cens escus cédée par le dit sieur président Caniolis à sa seur ma femmer
J'escrivois tout ce que dessus, en l'année 1605, pour l'instruction de mon fils au cas que je vinsse à décéder avant qu'il fut en âge, pour le rendre capable des affaires que j'ay eues en cette province, et proteste devant Dieu que ce que j'ay escrit est la pure vérité. Fait au dit Aix, le 2Ï> juillet 1605.
F. DE MÂLERBE,