Instruction pastorale de Monseigneur l'évêque de Montréal [microforme]
.… Tanace BourGer, par la Grâce de Dieu et du Siége Apostolique, Evêque de la Sainte Eglise de Montréal, Assistant au Trône Ponufical, etc., ete., etc.
Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et
à tous .s Fidèles de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en N.S.J.C.
Il s’agite aujourd’hui, N. T. C F., dans le monde entier, une grande Question : c’est celle de l’indépendance du Pouvoir temporel de N.S. P. le Pape ; c’est-à-dire qu’il s’agit de savoir si le Vicaire deJ.-C. sur la terre doit être le sujet de quelque Souverain.
Interprète de vos sentiments affectueux pour notre Père commun, Nous avons été heureux de pouvoir l’assurer que vous demeuriez toujours inébranlables dans votre respect filial pour sa Personne sacrée, et inviolablement attachés à son autorité spirituelle et temporelle, parce que vous saviez bien que tous les griefs allégués contre son gouvernement n’étaient que des calomnies ou des exagérations inventées pour soulever les peuples contre le Souverain le plus doux et le plus paternel qu’il y eût au monde, et dont les sujets étaient incontestablement les plus heureux, en vivant dans un Etat où il y a moins de taxes à payer, où la justice est le mieux admimistrée, où les pauvres sont moins délaissés. Or, toutes les démonstrations solennelles qui se font maintenant parmi vous, en faveur de l’indépendance du Pouvoir temporel du Pape, viennent confirmer Notre témoignage et le sceller du sceau public qu’il serait maintenant difficile de briser. ;
Néanmoins, N.T.C.F.,iln’y a pas à se dissimuler qu’il y ait parmi nous des adversaires de la Papauté, et que les écrits inflammatoires qui se publient en Europe contre cette augusie autorité, n’aient ici une certaine circulation. Par conséquent, vous pourriez vous trouver embarrassés et ne savoir que répondre aux objections spécicuses que pourraient vous faire ceux qui n’aiment pas le Pape. Or, il y a de ces gens-
là partout ; parce que partout malheureusement il y a des gens qui n’aiment pas Dieu, et qui, n’aimant pas Dieu, n'aiment pas ceux qui sont revêtus de son autorité sur la terre.
Cette Instruction, N. T. C. F., vous s2ra donc d’autant plus nécessaire que vos démonstrations, en faveur du Pontife-Roi de Rome, ont été plus notoires et plus pompeuses, Car vous devrez être capables de rendre raison de tous vos procédés et prouver que vous n'avez agi qu’avec connaissance de cause et avec l’intime conviction que c'était
our vous un devoir sacré de protester solennellement, comme vous Pare fait, contre l’injuste et sacrilége spoliation des biens que j'ossède la sainte Eglise Romaine, notre Mère. Vous en étiez, à la vérité, bien convaincus, après avoir entendu les éloquents Orateurs qui vous ont adressé la parole dans les assemblées qui ont été tenues pour faire ces démonstrations si honorables pour votre foi. Mais les plus belles paroles s’oublient, au lieu que les écrits demeurent vivants, pour être de continuels auxiliaires, dans les jours de combat. Cette Instruction vous est donc donnée, pour que vous puissiez toujours avoir sous la main les preuves qui font triompher la cause sacrée, que défend aujourd’hui si glorieusemnent notre immortel Pontife Pie IX, au nom de lunivers catholique.
La question de la souveraineté temporelle du Pa,2, ou ce qui revient au même, son indépendance de tout autre Souverain, se présente à nous tous catholiques, sous l’aspect le plus ample, et se rattache assurément à l'intérêt le plus élevé peut-être que l'Eglise catholique ait sur la terre, dans ces jours mauvais où l’enfer ouvre toutes ses portes, pour faire déborder sur la terre ces torrents de principes pernicieux, qui sapent par la base toute autorité, et dont les courants impétueux vont, en se précipitant avec fracas, se briser sur le rocher inébranlabie de la Papauté.
Cette question, qui occupe aujourd’hui si sérieusement tous les esprits réfléchis, se présente donc à nous toute hérissée de difficultés, d’autant plus grandes qu’elles sont moins aperçues par ceux dont l'œil n’est pas assez exercé à percer les noirs et épais brouillards qui nous cachent ces terribles brisan: de la séduction et du mensonge, mille fois plus à craindre que celui du Cap de Sable contre Pa vient de se briser si malheureusement notre vapeur l'Hungarian.
. Et en effet, l’on affecte de respecter la Papauté spirituelle, qui est d'institution divine, et qui est le chef-d’œuvre de la puissance et de la
‘- sagesse du fondateur de l’Eglise. L’expérience de dix-huit cents ans
a appris aux hommes, même à ceux qui n’ont pas la foi, que cette grande et magnifique Institution résiste à tous les assauts et traverse victorieusement tous les siècles. ‘“ La Papauté, (disait M. Macaulay dont “lesprit protestant est hien connu), sura encore grande et respectée alors “qu’un voyageur de la Nouvelle-Zélande viendra s’asseoir sur une arche “brisée du Pont de Londres pour dessine: les ruines de St. Paul.” Pour comprendre toute l’énergie de cette expression, il faut avair vu de près
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ce magnifique Pont de Londres, la foule immense qui le traverse jour et nuit, et les immenses propos de la splendide Eglise de St. Paul qui, comme l’on sait, est le seul édifice gigantesque que le Protestantisme ait élevé à la Religion. Ces deux ouvrages semblent pouvoir braver,
par leur solidité, les injures de tous les siècles à venir.
Les ennemis de la Religion, qui, aans le dernier siècle, ont vu échouer leurs vains complots contre cette Papauté spirituelle, dressent aujourd’hui leur batterie contre ce qu’ils appellent la puissance temporelle du Pape. Or tel est l’état de la Question qui intéresse à un si haut point les cutholiques de tous les pays et de toutes les nations du monde. | mn avons donc aissi Nous, N. T, C. F., à nous en occuper, quelque faible que puisse être le poids de notre autorité dans le bassin de la catholicité ‘oute entière, qui pèse aujourd’hui l’œuvre entreprise contre la Pa-
uté temporelle, cette admirable et grande œuvre de la Providence, pour a gloire de la sainte Eglise. Quelle aue soit l’issue de cette affaire, et sans vouloir dévancer le jugement de Dieu, nous sommes tous très-certains qu’encore cette fois la Papauté sera victorieuse. Le passé est
our nous le garantie de l’avenir. Citons encore une fois, à ce sujet, M. acaulay, à qui la vérité historique a arraché cet aveu, si honorable dans la bouche d’un ennemi du catholicisme,
‘ Quand nous réfléchissons, dit-il, aux terribles assauts auxquels “ l'Eglise de Rome a résisté, il nous est difficile de concevoir de quelle “ manière elle peut périr.... Il est impossible de nier que la politique “ de l’Eglise de Rome ne soit le chef-d'œuvre de la sagesse humaine. ‘ En vérité, aucune autre institution que celle de cette politique n’aurait ‘ résisté à de tels assauts. L’expérience de douze siècles pleins d’évé- “ nements, l'intelligence, le soin persévérant de quarante générations de “ grands politiques l’ont tellement perfectionnée, que le gouvernement $e d vette Eglise occupe la première place parmi les inventions humai- “ nes... Il n’est pas étonnant qu’en 1799, des observateurs, même “ doués de sagacité, aient pu penser que la dernière heure de l’Eglise “ de Rome était arrivée : un pouvoir ennemi triomphant, le Pape mou- “ rant dans la captivité, les plus illustres Prélats de France vivant en pays étrangers de l’aumône :s protestants... Ma:3 ce n’était point $ A la fin. Blessée à mort, l'Eglise de Rome ne devait point périr. “ Avant même que les funérailles de Pie VI fussent accomplies, une ‘ réaction avait commencé ; et après un espace de quarante années, “elle semble encore en progrès. L’anarchie avait eu son jour. Un “ nouvei ordre de choses sortait de ce chaos, de nouvelles dynasties, de “ nouvelles lois, de nouveaux tîtres, et au milieu de tout cela l’ancienne “ Religion renaissait.”?
Si donc ur protestant est saisi d’étonnement à la vue de la Papauté qui règne à Rome, et qui donne à l’Eglise toute entière cette stabilité, ai la rend immaable, au milieu des flots courroucés de la mer agitée « ce monde, que devons-nous dire et penser de cette Institution vrai-
ment providentielle qui doit sans doute briller d’un tout autre éclat aux yeux de notre foi ?
C’est cette Institution, encore une fois, que nous voyons menacée aajourd’hui dans la Papauté temporelle, que nous voulons venger dans cette Instruction, de tous les outrages qu’elle reçoit des nouveaux ennemis que l’enfer a armés, pour abattre sa puissance, afin d’avilir la Papaaté spirituelle, en la traînant sur les ruines de la puissance temporelle du Souverain Pontife.
Nous n’aurons pas, pour atteindre notre but, à faire beaucoup de recherches; car les écrits qui se publient journellement sur ce sujet, sont.les sources auxquelles Nous allons puiser la doctrine la plus pure et les renseignements les plus certains pour votre instruction. Nous y trouvons en effet d’amples matériaux, bien propres à jeter un grand jour sur cette question vraiment vitale pour nous tous. En exploitant cette riche mine de connaissances divines et humaines, dont ces écrits sont remplis, il Nous sera facile de vous présenter, sous toutes ses faces, cette
ve Question. Nousla diviserons et sous-diviserons, au besoin, afin qu’elle brille à vos yeux sous toutes les formes les plus lumineuses, et qu’elle se grave ainsi, en caractères de feu, au fond de vos cœurs, ‘par de fortes et ixrésistibles convictions.