VI. — Projection des spectre des métaux alcalins
Lorsqu'on a disposé les divers appareils comme je viens de le dire et comme le représente la^g^. i5, PL II, on a sur récran un spectre très-éclatant. On enlève alors le cy-
lindre en chaux K de la lampe Debray, on règle avec soin les quantités de gaz qui arrivent par les robinets et H, et l'on n'a plus, pour faire apparaître sur l'écran les raies brillantes des divers mélaux alcalins, qu'à introduire dans la flamme un corps imprégné de l'une de leurs dissolutions salines. On ne peut pas ici faire usage, comme précédemment, de fils de platine pour porter les solutions métalliques dans la flamme, le platine entrant immédiatement en fusion sous rinfluence de la haute température développée parla combustion du gaz tonnant. On introduit la substance métallique au moyen d'un petit charbon de cornue ou plus simplement d'une allumette fortement imprégnée de la matière à essayer, que l'on choisit de préférence parmi les chlorures métalliques. Avec un peu d'habitude on maintient le phénomène assez longtemps pour qu'on puisse bien en saisir tous les détails, même à une assez grande distance.
Ces projections réussissent non-seulement avec les métaux alcalins et alcalîno-terreux, mais encore avec quelques métaux ordinaires, tels que le cuivre ou le plomb (i).
Ces expériences, très-intéressantes en ce qu'elles peuvent être faites devant un auditoire nombreux, dans un cours public par exemple, sont loin d'être comparables pour la netteté aux résultats qu'on obtient en examinant les spectres dans un spectroscope qrdinaire : il est bon d'être prévenu de ce fait; cependant elles donnent j^neidée très-suffisante de l'importance et de la sensibilité de la méthode aux personnes qui rie désirent pas faire de l'analyse spectrale une étude spéciale. Quelques centigrammes de matières suffisent pour faire voir à un auditoire entier le spectre d'un métal alcalin et en faire connaître les principales raies.
De plus, chacune de ces dernières est assez nettement caractérisée pour qu'on puisse reconnaître dans le spectre fourni par un mélange de plusieurs sels chacun des métaux qui entrent dans la Composition de ce mélange. Si Ton introduit dans la flamme, à l'aide d'une allumette, quel-
(i) Voir la Note de M. Debray, Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LÏV,. p. 169.
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ques goultes d'un mélange de chlorures de baryum, de strontium, de calcium, de potassium et de sodium par exemple, se projeter sur Técran les raies caractéristiques de chacun de ces corps.
VIL — Projection du renversement de la raie D.
J'ai indiqué avec soin, dans le Chapitre deuxième, comment on peut effectuer le renversement de la double raie D du sodium étudiée dans le spectroscope à quatre prismes. Ce phénomène, qui joue- un rôle capital dans la théorie de la constitution du soleil, est susceptible d'être mis en évidence dans un cours public par la méthode que je viens de décrire.
Seulement, tandis que la raie solaire D, comme la raie correspondante du sodium, est dédoublée quand on observe avec un spectroscope à quatre prismes, elle paraît simple lorsqu'on fait usage des appareils dont je viens de parler. Cela n'empêche pas que la projection du renversement de la raie D ne soit une des expériences de cours les plus intéressantes qu'on puisse faire.
Voici de quelle manière M. Debray a réussi à la réaliser à l'aide de sa lampe.
La lampe à gaz tonnant, munie du cylindre de chaux et placée dans l'appareil photogénique, donne, comme nous l'avons dit, un spectre continu. Si Ton place en avant de la fente la flamme d'une lampe à alcool sodé, on voit immédiatement.se desisiner sur l'écran une raie noire à la place qu'occupe la raie brillante du sodium dans le spectre des flammes qui contiennent ce métal.
J'ajouterai, pour les physiciens qui possèdent la lampe électrique de ]VI. Duboscq, qu'on peut projeter d'une manière remarquable le* renversement de la raie du sodium de la manière .suivante.
• On place dans le creuset en charbon qui sert de pôle positif un fragment de sodium de la grosseur d'un pois, et on volatilise le métal dans l'arc même de la pile. On voit alors apparaître sur l'écran, d'abord la raie jaune très-intense du sodium, puis, quelques secondes après, la raie noire D qui se détache avec une netteté extrême sur l'écran.
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Celte expérience n'est qu'une disposition particulière de celle que M. Fizeau a publiée Tari dernier (i).
Le renversement produit dans ce cas s'explique trèsaisément ; il se forme en avant du globule de sodium incandescent un rideau de vapeur de soude qui joue par rapport à la raie brillante D le rôle de la flamme d'alcool sodé dans l'expérience précédente. Le sodium métallique incandescent remplace alors la chaux de la lampe de M. Debray.
Cette expérience très-intéressante est une nouvelle confirmation des observations de l'éminent physicien de Heidelberg.Je renverrai ceux des lecteurs de cette Instruction qui désireraient avoir à ce sujet de plus amples renseignements à la lettre que M. Kirchhoff m'a adressée à cette occasion et que j'ai publiée récemment (2).
Les expériences qui ont servi de base aux admirables recherches de MM. Kirchhoff et Bunsen peuvent donc, on le voit, être mises facilement sous les yeux d'un public nombreux, grâce aux dispositions ingénieuses imaginées par M. Debray.
Je n'aurais pu, sans étendre beaucoup cette Instruction, entrer dans des détails plus circonstanciés sur chacune des expériences que j'ai décrites de mon mieux en insistant surtout sur certains points que la pratique m'a montré devoir embarrasser les personnes qui manient pour la première fois un spectroscope.
On trouvera dans les Mémoires dont je donne, sous forme d'Appendice, les titres et la date de publication, tous les renseignements que j'ai cru pouvoir passer- sous silence.
Si j'ai atteint le but que je me suis proposé, la lecture de cette Instruction évitera aux chimistes les tâtoflnements et les pertes de temps par lesquels j'ai dû moi-même passer au début de mes recherches d'analyse spectrale ; c'est en
(i) Comptes rer.dus des séances de l'Académie des Sciences, t. LIV, p. 493. (i) Revue des Sciences et de V Industrie, année iSOîçr. Mallet-Bachelier; in-ii, i863, p. 7\o et suiv.
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voyant les difficultés qu'on rencontre lorsqu'on applique cette méthode pour Ui première fois, que j'ai pensé rendre service à quelques personnes parxîelte publication. , Je me fais un plaisir en terminant de remercier les éditeurs de cette Instruction, et en particulier M. Bailleul, l'habile directeur de l'imprimerie Mallet-Bachelier, du soin qu'ils ont apporté à sa bonne exécution matérielle. Rien n'a été négligé pour rendre cette brochure aussi complète que possible, et les deux belles planches qui sortent des ateliers de M. Dulos contribueront à enlever au texte un peu de l'aridité inhérente à la description minutieuse d'appareils assez compliqués.
PRINCIPAUX MÉMOIRES A CONSULTER (i).