CHAPITRE PREMIER
Du Sllieilioseope. — De l'Auscultation immédiate et de l'Auscultation me'diate.
L'oreille peut être appliquée à nu sur la poitrine 5 à est Y auscultation immédiate: ou an moyen d'un conducteur intermédiaire, du sthéthoscope ; c'est Y auscultation médiate. Laennec avait adopté exclusivement la seconde méthode, et peu s'en fallait qu'il ne regardât les résultats de l'auscultation comme inhérents au sthéthoscope. Aussi avait -il
consacré pour cet instrument une forme , une matière, des proportions voulues. Tout cela, faut-il le dire? faiblesse humaine , vénération d'un auteur pour son ouvrage, tendresse d'un père pour son enfant.
Si l'oreille ne peut êire appliquée exactement sur tous les points de la poitrine, il est plus difficile encore d'y bien appliquer un instrument plat, inflexible, qui ne doit laisser aucun intervalle entre lui et la peau. Ici la difficulté devient double : difficulté de bien poser et de bien tenir le slhéthoscope sur la poitrine ; difficulté de bien poser l'oreille sur le sthéthoscope.
On a prétendu à tort que l'oreille ne pouvait pénétrer sous l'aisselle, ce qui devient facile en faisant lever le bras du malade; et quant à la partie du thorax située au-dessus de la clavicule, il est tout aussi facile d'y placer l'oreille que d'employer un intermédiaire plus ou moins long , et qui suppose , ou une taille très élevée , pour examiner un
malade assis sur son lit, ou le secours d'une escabelle.
L'oreille , dit-on , perçoit les sons dans une grande étendue , peut-être même dans tout l'espace occupé par la tête. Le grand mal à cela , quand la chose serait exacte ! Il est des cas où ce serait peut-être un avantage» Mais il n'en est point ainsi ? et il n'y a rien de plus facile , en pareil cas ? cjue de distinguer ce qui se passe plus ou moins près de l'oreille ou tout-à-fait vis-à-vis.
Quant à moi , l'oreille me semble de tout point préférable au sthétîioscope,même pour Sa commodité, mais sur-tout pour la rapidité de l'examen. J'en appelle à tous ceux qui se sont exercés à l'une et à l'autre méthode, et qui savent avec quelle promptitude l'oreille, une fois appliquée, peut glisser sur la poitrine dans l'intervalle d'une respiration à 1 autre , de manière à n'en perdre aucune , et à ausculter en vingt points dans l'espace d'une minute.
Resterait donc ; comme unique avantage du sthéthoscope, la possibilité d'explorer sans appliquer l'oreille sur une poitrine malpropre ou couverte de sueur. Malheureuse l'humanité, si le médecin ne savait pasbraver, pour la secourir, des répugnances et des risques plus grands ! Je ne parle pas de la pudeur à ménager chez les femmes , puisqu'elles peuvent toujours laisser sur leur poitrine un ou plusieurs vêlements , pourvu qu'ils ne soient pas trop épais , eV qu'ils collent bien sur la peau.