ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLIQUES
t'aratAlloM d'an i«Me«a de l*éi«l el du i^rosrés des» kl fln àe TMiMée 1»S«.
Rapport au roi.
Du 20 mars 1840.
Sire,
Un arrêté des consuls du 13 ventôse an 10 décide que « rinstitut national de France formera un tableau général <c de Tétat et des progrès des sciences, des lettres et des « arts, depuis 1789 jusqu'au 1" vendémiaire an 10; que c( ce tableau, divisé en trois parties, correspondantes aux c< classes de l'Institut, sera présenté au gouvernement dans « le mois de fructidor an 11. »
Ce travail, commencé en Tan 10 de la république, ne fut achevé qu'en 1808 ; et ce fut l'un des consuls de l'an 10, devenu empereur, qui reçut en conseil d'état la députation chargée de le lui présenter au nom de l'Institut
Cuvier et Delambre, pour la classe des sciences mathématiques et physiques ; Chénier, pour la classe de la langue
et de la littérature française ; Dacier, pour la classe d'histoire et de littérature ancienne; Lebreton, pour la classe des beaux-arts, avaient rédigé, en qualité de rapporteurs ou secrétaires perpétuels, cinq rapports formant Tensemble du tableau demandé à Tlnstitut par l'arrêté du 13 ventàse. Chacun de ces rapports, préparé par un certain nombre de membres réunis en commission, et représentant les diverses sections de chaque classe, avait été réduit à de justes proportions par le secrétaire perpétuel.
Le vaste et lumineux génie de Guvier, l'esprit exact et méthodique de Delambre, le goût sévère de Chénier, l'érudition saine et ingénieuse de Dacier, le savoir de Lebreton, ont fait des diverses parties de ce tableau cinq ouvrages qui sont demeurés parmi les bons écrits de notre langue. Napoléon, répondant en particulier au rapport de la classe des sciences physiques et mathématiques, avait dit : a J'ai « voulu vous entendre sur les progrès de l'esprit humain a dans ces derniers temps, afin que ce que vous aviez à « me dire fût entendu de toutes les nations. » Le. mot n'était que juste. Toute l'Europe savante accepta le grand tableau formé par l'Institut de France, comme l'état exact de toutes les branches des connaissances humaines que la constitution actuelle de ce corps lui avait permis d'em-
Mais il y manquait la part considérable qu'aurait dû prendre au travail commun la classe des sciences morales et politiques, supprimée par l'arrêté consulaire du 3 pluvi(^ an 11 (23 janvier 1803]. Des six sections qui formaient primitivement les attributions de cette classe, trois avaient été transférées à la classe d'histoire et de littérature ancienne : c'étaient 1*" l'analyse des sensations et des idées; S"* l'histoire; 3*" la géographie. Les trois autres, la morale, la science sociale et la législation, l'économie po-
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litîque avaient entièrement disparu. Les sections transférées reçurent, dans le rapport de M. Dacier, secrétaire perpétuel de la classe d'histoire et de littérature ancienne, une sorte d'hospitalité honorable; et la philosophie en particulier, sous le titre d'analyse des sensations et des idées, y fut l'objet d'un compte-rendu dont la clarté fait honneur au savant qui en fournit les matériaux, et à la plume habile qui en arrêta la rédaction. Mais on sent que cette place secondaire, et pour ainsi dire de tolérance, devait être insuffisante. Et quant aux trois sciences entièrement omises , on s'aperçut combien était grande cette lacune après une révolution qui, en renouvelant toutes. choses, avait ouvert comme un nouveau monde à la morale sociale, à la législation, à l'économie politique.
Votre Majesté, Sire, en rétablissant la classe supprimée par l'arrêté de l'an 11, et en donnant ce noble témoignage de sa confiance dans toutes les idées rtées du grand renouvellement de 1789, a imposé par là même à l'académie des sciences morales et politiques la tâche de se faire ellemême une place digne d'elle dans lé tableau général des progrès des connaissances humaines, depuis l'ère de la révolution française.
C'est ce travail. Sire, que je propose à Votre Majesté de prescrire à l'académie des sciences morales et politiques. Le rapport de cette académie, pour être venu le dernier, n'en sera plus complet II comprendra l'histoire des diverses branches correspondantes aux différentes sections de la classe, depuis 1789 jusqu'à Tannée 1832, date de son rétablissement. Les plus importantes de ces branches ont reçu, particulièrement depuis vingt-cinq ans, des dévelop^ pements qui devront être suivis et constatés avec soin dans les ouvrages remarquables publiés pendant cet intervalle.
Il paraîtra sans doute nécessaire à Votre Majesté que le
rapport de l'académie des sciences morales et politiques s'étende de 1789 jusqu'en 1832. En effet, quoique les rapports des quatre autres académies s'arrêtent à l'année 1808, on peut dire que leurs mémoires particuliers en sont la continuation non interrompue. Le caractère même d'universalité imposé par l'arrêté du 13 ventôse n'y manque pas. Qui ne sait que tous ces mémoires comprennent tous les grands travaux, touchent à tous les grands noms de l'Europe savante, et qu'à ne considérer que les éloges des associés étrangers, les publications de nos académies résument tous les progrès et recueillent toutes les gloires scientifiques de notre temps ?
Il importe que l'académie des sciences morales et politiques ne soit pas à cet égard en arrière des quatre autres académies de l'Institut. Son rapport particulier, venant se lier aux mémoires qu'elle publie depuis son rétablissement, marquera la suite de son histoire.
Ce rapport devra être fait dans la forme de ceux qui ont été présentés à Napoléon. Il se composera d'autant de parties que l'académie des sciences morales et politiques compte de sections; et chaque partie en sera confiée à un membre pris dans chacune d'elles. M. le secrétaire perpétuel, chargé de la rédaction de l'ensemble, y mettra la proportion et l'unité nécessaire. Enfin, l'impression s'en fera à Fimprimerie royale, et dans le même format que les rapports précédents.
Tel est. Sire, le projet que je soumets à l'approbation de Votre Majesté. Il sera digne de vous d'accomplir la grande pensée de l'arrêté de l'an 10, et de vouloir, comme Napoléon, mais sans aucune restriction ombrageuse, faire entendre à toutes les nations ce qui vous aura été dit par l'Institut de France sur les progrès de l'esprit humain dans des sciences dont les libres théories ne font
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point peur & votre haute raison, et dont les applications au bien-être de l'humanité sont parmi les objets de votre plus constante sollicitude.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
OrdonDance du roi.
LOuis^Philippe^ ete.
Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'état au département de l'instruction publique.
Vu notre ordonnance du 26 octobre 1833, Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
L'académie des sciences morales et politiques formera un tableau général de l'état et du progrès des sciences morales et politiques depuis 1789 jusqu'à la fin de l'année
AKT. 2.
Ce tableau sera divisé en cinq parties correspondantes aux cinq sections de l'Académie.
Il nous sera présenté par une députation de l'Académie dans les premiers jours de janvier 1842.
Il sera imprimé à l'imprimerie royale, dans la même forme que les rapports présentés en 1808 par les autres classes de l'Institut.
Notre miûistire secrétaire d'état au département de Fin*
LETTRES ET SGIHIGES, S91
fltruotion publique est chargé de Texéeution de la présente ordonQance.
Fait au palais des Tuileries, le 30 mars 1840, ete.
Cette ordonnance a été communiquée à l'Académie de rinstitut qu'elle concerne. Le secrétaire perpétuel, M. Mignet, a donné lecture du rapport et de l'ordonnance, et il a fait sentir, dans une allocution pleine des vues les plus nobles, toute l'importance du travail qui était confié à l'Académie.
L'approbation de l'Académie a été unanime, et elle a chaîné son bureau, qui la représente, de transmettre au gouvernement du roi et au ministre signataire de l'ordonnance l'expression de sa vive satisfaction et de son juste orgueil pour l'importance qu'ils attachent à ses travaux.
M. le président du bureau et le secrétaire perpétuel se sont rendus auprès du ministre de l'instruction publique, et ils lui ont remis , au nom de l'académie des sciences morales et politiques, une lettre où l'Académie déclare «( qu'elle s'associe avec zèle à la grande pensée dont l'exéc( oution lui est confiée , et qu'elle adresse l'expression a unanime de ses remerciments et de sa reconnaissance c( au gouvernement du roi, et au ministre qu'elle est heu- <i reuse de compter parmi ses membres, et qui vient de a donner une preuve de sa libérale sollicitude pour elle et a pour la science. »
Séance du 11 avril 1840.
Les cinq sections de l'académie des sciences morales et politiques se sont réunies pour procéder à la nomination des rapporteurs qui seront char^ du beau travail confié
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à cette classe de Tlnstitut, par l'ordonnance royale r^due le mois dernier sur la proposition du ministre de Finstruction publique. Il ne s*agit de rien moins que de tracer l'histoire des progrès accomplis dans les sciences morales et politiques depuis HSO, jusqu'en 1832, date de la reconstitution du corps savant supprimé par l'ombrageuse susceptibilité de Napoléon. La tâche est grande, mais les choix faits aujourd'hui nous laissent l'espérance qu'elle ne. sera pas au-dessus du talent des hommes appelés à la remplir.
Les membres de la section de philosophie, connaissant tout le dévouement de M. Cousin pour les études auxquelles il a consacré sa vie, ont pensé que les hautes fonctions dont il est investi aujourd'hui ne l'empêcheront pas de contribuer au grand monument élevé sous ses auspices.
La section de morale a confié sa part de travail à l'auteur de la Démocratie aux EtcUs-ÛniSf à M. Alexis de Tocqueville. Dans les deux nouveaux volumes de cet ouvrage, qui vont être prochainement publiés, ]ll. de Tocqueville s'est attaché à peindre les mœurs et les relations sociales de l'Amérique du nord, en traçant un curieux parallèle avec l'état actuel de la France. C'est là une belle introduction à l'œuvre académique à laquelle il devra se livrer maintenant.
Le savant professeur d'économie politique au collée de France et de droit constitutionnnel à la faculté de droit de Paris, M. Rossi, a été chargé, de signaler les développements et les transformations de la science économique. Personne n'était plus capable que lui de ramener à une imposante unité philosophique les manifestations diverses de cette étude nouvelle qui apprend comment se forme, se distribue et se consomme la richesse des nations.
Enfin, l'auteur de l'histoire animée de notre grande ré-
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volution\ récrivain distingué auquel la cinquième section deTInstitut doit déjà tant de remarquables travaux» M. Mignet, a été désigné par la section d'histoire.
Il ne manque plus pour compléter la liste que le choix de la section de législation et de droit puhlic , qui ne s'est pas trouvée en nombre aujourd'hui pour y procéder. — Elle a choisi plus tard M. Dupin et M. Bérenger.
Séance publique du 27 juin 1840.
Discours dé M. Rossi, président de l'Académie, dans le compterendu de ses travaux.
(( Measieurs, aux travaux ordinaires de l'Académie s'ajoute aujourd'hui un grand travail. Napoléon , répondant en 1808 à ladéputation de l'Institut, qui lui présentait en conseil d'état le tableau des progrès des sciences, avait dit : ce J'ai voulu vous entendre sur les progrès de l'esprit « humain dans ces derniers temps, afin que ce que vous a aviez à me dire fût entendu des nations. » Grande et patriotique pensée ! Le tableau formé par l'Institut était à la fois un témoignage de la puissance de l'esprit humain et une gloire de la France.
Ce travail, ce tableau général des progrès des sciences, des lettres et des arts, depuis 1789, avait été prescrit à l'Institut national, par un arrêté des consuls du 13 ven<^ tôle an 10^ Il ne fut achevé qu'en 1808. Il rappelle de grands noms, des noms chers à la patrie : Dacier, Lebreton, Marie Chénier, Delambre, Cuvier.
Ce rapport. Messieurs, n'est pas complet. L'Institut national avait été privé, par un arrêté consulaire, de l'une de
ses dasses» de la classe des sciences morales et politiques.
C'est vous dire combien était grande la lacune qui se trouvait dans le rapport général ; en particulier la morale, Téconomie politique , la l^islation » ne purent y obtenir une place. La France qui avait tout réformé et tant innové» la France qui avait prêché au monde une nouvelle religion politique, la religion de Tégalité civile dans TÉtat et l'équité dans la famille; la France qui, après une discussion solennelle» venait d'adopter ce code qui est devenu le fondement de tant de législations en Europe; la France ne put, dans le rapport de l'Institut national, dire au monde reconnaissant ce que le génie français , depuis l'immense impulsion de 1789, avait fait pour le progrès de la science sociale, pour la réforme des lois, pour l'amélioration morale des sociétés civiles.
Cette lacune doit être comblée. Une ordonnance royale, rendue sur le rapport de M. le. ministre de l'instruction publique, prescrit à notre académie de former un tableau général de l'état et des progrès des sciences morales et politiques, depuis 1789 jusqu'à la iin de l'année 1832.
Ainsi l'esprit philosophique complète aujourd'hui, pour ainsi dire , son œuvre sous l'impulsion d'un de ses plus illustres représentants.
Ainsi il a été donné à notre époque de voir se réaliser en entier ces grandes pensées devant lesquelles semblait hésiter le génie hardi qui les avait conçues, et tout s'achève sans péril sous la sage liberté des temps nouveaux^ où un prince éclairé peut se complaire dans tous les progrès de l'intelligence humaine , comme dans tous les souvenirs glorieux de la patrie. »
Du 30 août 1840.
Le ministre secrétaire d'état au département de Tinstruction publique;
Vu Tarrété du 11 juillet 1834, portant création d'un comité chargé de diriger et de surveiller la recherche et la publication des documents inédits relatifs à l'histoire de France ;
Vu l'arrêté du 10 Janvier 1825 ;
Vu le rapport au roi du 2 décembre 1835 ;
Vu l'arrêté du 18 décembre 1837 .
Considérant qu'il importe de donner aux travaux des comités historiques plus d'unité et d'activité,
Arrête ce qui suit :
Les quatre comités historiques de la langue et de la littérature française, des chroniques, chartes et inscriptions, des sciences, et des sciences morales et politiques, ne formeront plus, à dater du présent arrêté, qu'un seul comité qui prendra le nom de Comité pour la publication des documents écrits de VhisUyi/re de France»
Tous les membres des quatre comités feront de droit partie du nouveau comité, qui se réunira au moins une fois par mois sous notre présidence.
M. Mignet, membre du comité des sciences morales et
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politiques, et secrétaire perpétuel de l'académie des sciences morales et politiques y est nommé vice-président du nouveau comité.
Toutis les dispositions coqtnûra^ au présont arrêté sont et demeurent abrogées.