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Instruction succincte pour le traitement homéopathique, préservatif et curatif du choléra

\J homéopathie ,j cette heureuse et agréable méthode de médecine , emploie , comme on sait, deux moyens bien simples pour préserver des maladies, et pour en guérir ceux qui en sont atteints ; ce sont le régime , et des médicamens infiniment rares et peu nombreux. A ces deux égards , elle est , quant au choléra , bdèle à son système , qui a partout été suivi du plus brillant succès. Cette maladie est ordinairement si rapide que ce n'est guère à sa durée que peut s'appliquer le régime ; il doit donc en précéder l'invasion , diminuer sensiblement le nombre des individus susceptibles d’en être atteints , et constituer , presque à lui seul , le traitement préserçatif ; c'est donc par le régime que je vais commencer.

Traitement préservatif du choléra.

Je ne saurais ici que répéter ce que j'ai pu- ])lié dans un journal populaire , et ce qu’ont (‘crit tous les médecins raisonnables, à ce sujet. La sobriété , ]a régularité et le choix des alimens sont trois circonstances de première xaleur dans le régime anti-cholérique. Par sobriété , j’entends que chacun se contente , dès aujourd’hui et tous les jours, de ce qui lui est strictement nécessaire pour soutenir et entretenir ses forces , et pas au-delà. Tout repas de gala, tout excès de table, soit entre amis, soit au café , au cabaret , ou partout ailleurs , dérange certainement la force d’action, le rithme, la disposition naturelle et convenable de l’estomac et des intestins, et rend, par conséquent , ces organes plus enclins à être frappés gravement par une cause maladive, morbifère, (fuelle qu elle soit, surtout si cette cause affecte une sorte de prédilection pour ces mêmes organes. C’est ainsi qu’à Paris on a vu les orgies du carnaval n’être que les précurseurs, les hérauts du choléra et de la mort ; c’est ainsi qu’à Vienne, en Autriche, où la vie animale est très-soignée, où les plaisirs de la table sont fort recherchés, on a vu succomber plus de no-

tabilités sociales , plus de grands personnages, de nobles , de riches des deux sexes que nulle part ailleurs. Et si, dans ce moment, on voit à Paris les sommités de la société être aussi atteintes et frappées jusqu'à la mort, ne peuton pas croire qu elles sont victimes de l 'habitude ou de l'usage des grandes réunions , et surtout des grands repas diplomatiques ou de tout autre nature? Soyez donc sobres et vous vivrez; et rappelez -vous cette fin de distique latin :

Plus ferit ense gula.

Je recommande la régularité des repas ; l'estomac est susceptible d’habitudes , comme l'esprit de celui qui s’en sert pour subsister. On peut lui en donner de mauvaises ; alors il n'est pas le seul à en souffrir, et tout désordre à cet égard nuit essentiellement à la santé du corps dont il n'est qu’une portion ; on peut lui en donner de bonnes ; alors, semblable à une horloge bien réglée, il s’acquitte exactement de ses fonctions , sans qu'il soit nécessaire de le réparer ; telle est l’habitude de manger régulièrement tous les jours la même quantité d’alimens à la même heure ; il s'en suivra nécessairement une bonne et facile digestion , un entretien suffisant des forces du corps et de la vigueur même des intestins , qui seront alors

moins suscepliblos (rélre alléiTS par une cause m O r 1 ) i (ère , maladive.

Mais si celle régularité est interrompue , si la horuie liabitude n’est pas maintenue , le canal inteslinal, digeslil, fatigué, arrêté dans son action, surchargé au moment ou il devrait être en repos, et vide lorsqu’il demanderait à être plein, trouvera dans ces aberrations des causes de faiblesse, produira un mauvais cbile, nourrira mal l’individu, et succombera à la première action d’une cause de maladie , par exemple , celle du choléra. Ce raisonnement est vrai comme la loi de Dieu, sûr comme le retour du soleil ; et les faits qui le démontrent sont aussi nombreux que les grains de sable du rivage de la mer. Soyez donc reguliei's dans vos repas, et vous serez forts.

Quant au choix des alimens., personne ne niera que les uns sont difficiles à digérer , fatiguans , débilitans ; et les autres toniques , corroborans , fortifians , de bonne digestion.

Ces derniers étant éminemment propres à donner à tous les organes du corps, et, en particulier , aux intestins, la tonicité la plus complète devront être seuls employés et choisis aux approches d’une maladie affaiblissante au suprême degré.

Les alimens débilitans sont les légumes

vcrls , les fniits crus, surloul s’ils soiil mal murs, les ^ landes de jeunes animaux, comme veau , chevreau , poulet ; les graisses , sans exception, les petits vins et toutes les boissons fermentées mal faites. Quiconque désire échapper au choléra doit éviter soigneusement , habituellement et constamment de faire usage de ces substances, tant solides que liquides.

Les alimens fortifians, les seuls dont on doive faire usage dans ce moment, jusqu’à ce que la peur du choléra ait disparu, sont, en première ligne , les viandes d’animaux adultes , de sexe mâle, bœuf, mouton, grosse volaille, à quoi l’on peut ajouter le veau de Pâques ; passé la quinzaine actuelle, il faut s’abstenir de faire du veau sa nourriture habituelle. Les pommes de terre, les racines , les légumes secs doivent remplacer les légumes verts, il faut y joindre le riz en abondance, et les pâtes; tou§ ces alimens doivent être cuits et apprêtés au bouillon.

J’attire ici rattention des lecteurs sur ce fait que les légumes verts, épinards, dent de lion, chicorée, rarnpon, oseille, etc., ne contiennent presque aucune nourriture , cjue leur partie solide n’est pas digestible, et que leur partie liquide n’est presque que de l’eau; quand donc on en mange, on ne se nourrit que de la

graisse ou du bouillon avec lesquels on les apprête; tandis que les pommes de terre et les racines fournissent une fécule et un mucilage digestibles et nourrissans; ils méritent donc à tous égards la préférence.

Le café n’est certainement pas une chose nourrissante, il ne doit être considéré que comme une liqueur stimulante, d’un goût agréable, qui rendra plus facile à digérer le lait dont plusieurs estomacs ne s’accommodent pas très bien. Il serait inutile de le proscrire, le conseil ne serait pas suivi, l’habitude est devenue une nouvelle nécessité. Mais une chose utile aux approches du choléra, c’est de remplacer, autant que possible, le café par du chocolat de la meilleure qualité, en mélangeant l’un avec l’autre dans sa tasse ; il est certain , et l’expérience le prouvera à quiconque voudra la faire, que ce mélange vaut beaucoup mieux que le café pur, qu’il se digère aisément, et qu’il prépaaj l’estomac au repas suivant. ■ — Quant aux personnes qui ont l’habitude de prendre du café après leur dîner. Je dois leur prescrire de le faire léger, pour éviter toute surexcitation.

Le choix des boissons fermentées et spiritueuses est de la plus grande importance. Les vins qu’on nomme vulgairement capiteux doivent

être sévèreineiit proscrits du régime ; il est bon de faire remaixjuer que ce terme de capiteux signifie que ces vins portent à la tête , dérangent fintelligence et les mouvemens du corps et nuisent à la digestion au lieu de la favoriser. Or , des observations d'anatomie très exactes , faites il y a peu de temps, ont démontré qu’en effet le vin fort , l’eau-de-vie , les liqueurs, font arriver dans les veines du cerveau plus de sang qu’il ne doit y eu avoir , et déterminent ainsi les vertiges , les berlues, la vacillation qui constituent l’ivresse et qu'on observe au commencement du choléra. Il Faut donc s’abstenir avec le plus grand soin des vins capiteux , et les remplacer par des vins légers , quoique vieux, ou stomachiques et non spiritueux; les vins de Bordeaux et de Madère possèdent ces dernières qualités. Quant à la quantité, je ne crois pas avoir besoin d’insister davantage sur la modération; l’ivresse, l’ivrognerie conduisent immédiatement au choléra; le désordre du cerveau se communique médiatement à l’estomac et aux intestins; de là les vomisssemens, les tranchées; de là les crampes et la mort.

Les pays où la bière est la principale , presque la seule boisson, la Hollande et l’Angleterre, ont été jusqu’à ce jour exempts ou à

peu près exempts du choléra, le petit nombre de cas qu’a offerts ce dernier royaume m’autorise à me servir de cette expression. Cette liqueur ne serait-elle point de beaucoup préférable au vin? Je le crois, et je conseille qu’on la lui substitue soit aux repas , soit hors des repas ; mêlée d’eau elle sera une boisson légère, nourrissante et rafraîchissante; mêlée d’eau de Seltz , elle fournira un breuvage de gourmet , et satisfera sans inconvénient le palais et l’estomac.

On a aussi recommandé l’usage du thé, fort commun en Hollande et en Angleterre ; le thé est un astringent tonique très convenable ; pris à la glace , il forme , en été , un sorbet des plus agréables ; il faut éviter le thé vert.

Je ne crois pas avoir besoin d’insister d’avantage sur ces trois points, la sobriété, la régularité , le choix des alimens ; j’ajoute seulement que les ceintures de laine , tant recommandées , ont pour effet principal de maintenir aux intestins la chaleur suffisante pour y faciliter la digestion , et les préserver des congestions sanguines que le froid, surtout s'il est* subit, peut y occasionner, et qui sont suivies des coliques , de la diarrhée et de la mort ; ce motif est suffisant sans doute pour engager chacun a en porter jusqu’au moment où on

vscra (léli\ré de la peur on de la réalité du cho¬

ie

Il est un point sur lequel je ne me rappelle pas d’avoir rien lu de précis, c’est sur 1c dormir. Je considère comme de la plus haute importance, pour le maintien de la santé, que chacun dorme tout le temps qui lui est nécessaire ; les veilles prolongées,^ qui ne sont pas remplacées par le dormir du itiatin , aussi bien que la privation de ce dernier, sont certainement prejudiciables à la santé future ; les veilles nocturnes, soit auprès des malades, soit ailleurs , sont le plus haut degré d’excitation du cerveau ; et comme cet organe , directeur de tous les autres , a un besoin absolu de régularité dans ses fonctions, aucun désordre ne peut y survenir sans conséquences fâcheuses pour tout le reste du corps. J’ai vu mourir des individus atteints d’une très légère maladie qui avait été précédée de longues insomnies ; et les médecins que l’on cite maintenant comme ayant succombé aux fatigues que le choléra leur cause à Paris , n’ont cessé de vivre que parce qu’ils avaient cessé de dormir. J’exhorte donc toute personne qui voudra diminuer les chances du choléra pour elle-même , à rester dans son lit tout le temps nécessaire ; et si les soins à donner à des proches , exigent , pendant la maladie,

<lcs veilles prolongées, il sera nécessaire Je les répartir entre plusieurs parens on garJe-nialades, pour ne pas augmenter les victimes Ju fléau.

A quoi j ajoute que si le public veut conserver ses médecins , il devra respecter leur sommeil, pendant le choléra, autant que possible, et ne pas exiger d’eux au-delà de ce que la nature humaine peut supporter de fatigues , lors surtout qu elles sont répétées et continuées le jour et la nuit.

Dans une feuille publique j’ai annoncé que j’ai fait préparer et que je distribuerai un médicament preserçatif du choléra ; cette annonce a fait rire quelques personnes à mes dépens , comme si , nouveau Gagliostro , je me vantais de posséder un moyen unique , un fétiche , un exorcisme du choléra. Libre à ces personnes de rire aujourd’hui , je leur souhaite de le faire long-temps. Mon annonce n’avait rien cependant de si ridicule. Un homme que je regarde comme un très -grand médecin a publié qu’il considérait un certain remède , d’une préparation difficile , comme vrai préservatif du choléra, sous certaines conditions. Ce remède, je l’ai fait préparer; et, dans rintérét public et général , j’ai fait savoir que si quelqu’un dcsl-

roliscils cl rciiicde je doiuic (oui graUdlcuienr aux pauvres. Je n ai pas assez, d’espril pourvoir ce (judl y a là de ridicule. îl y aurait eu lieu de me criliquer si je u’avais pas fait celle aiinoiîce ; le choléra arrivé, on aurait pu me reprocher de n avoir point publié qu’un préservatif a été préconisé par un habile homme , et d avoir eu assez peu d’égards pour mes concitoyens pour ne l’avoir point lait préparer à leur usage. Quoiqu’il en soit, je brave Fironie, et je répété de nouveau que le préservatif, conseillé par HahnematsIN , je le tiens à la disposition de ceux qui ont confiance dans ce grand homme. Il est M’ai qu’il recommande qu’on ne s’en serve qu’au moment où la maladie fera irruption dans le pays qu’on habite ; mais comme ce médicament n’est pas d’une nature nuisible, je ne vois point de raison|pour n’en pas faire usage dés à présent.

Les personnes qui voudraient avoir plus de renseignemens sur cet objet , les trouveront dsan le n° 8 des Notices sur le choléra , que j’ai publiées, et qui se vendent chez les libraires ; elles les trouveront aussi dans le n® i de la Bibliothèque homéopathique , chez Ab. Cherbuliez.

Un grand nombre de livres et de journaux ont préconisé le chlore, le chlorure de chaux,

I eau ehiorurée comme (i’excelleiis prései'valifs. Je suis loin de partager celle opinion; (]ue le chlore détruise les couleurs et les odeurs, c’est un fait certain ; mais qu’il y ait quelque rapport entre les odeurs et la production du choléra, c’est ce que je n’accorde point. Bien loin de là ; il a de tout temps et en tous lieux été remarqué que les ouxriersd e professions fétides , les vidangeurs , les équarrisseurs , les tanneurs, les hoyaudiers, etc., restaient inattaqués par les épidémies meurtrières autour d’eux. Où donc alors est l’utilité du chlore? Objectera-t-on que celui-ci introduit dans l’air une quantité d’oxigène qui y manque? Mais l’on sait que l’analyse chimique de fair respiré par les cholériques vient d’être faite et répétée, et qu’on n’y a pas trouvé la moindre différence d’avec l’air le plus pur. On citera peutêtre certaines localités où, dit-on, les lavages chlorurés ont préservé du choléra ; mais qui ne voit que dans ces lieux-là on aura certainement pris aussi d’autres pr^autions que celle du lavage ? Je me hâte de le dire ; aucune circonstance habituelle n’est plus propre à engendrer maladie que V humidité des murs de l’habitation, c’est elle qu’il faut éviter à tout prix, c’est elle qui rend surtout dangereux le voisinage des fumiers , des melons, des immondi-

cos, dos las do lorroau pros dos maisons. Mais los odonrs RUidos , ollos sont ddsa^roablos ot

ij

non nuisibles; le chlore Test bien plus qu’elles. Lisez, au reste, sur ce point, l’avis très bien fait d’un des plus grands médecins de l’Allemagne , dans le n® 1 7 de mes Notices sur le Choléra.

Il est temps que je passe au traitement curatif de celte maladie , c’est-à-dire , à ce que doivent faire les parens , les amis et les assistans, autour et auprès de celui qui en est atteint.

alternent curatif.

Outre les douleurs et les crampes, dont on trouvera une excellente description dans le n° 16 de mes Notices , les malades se plaignent souvent, dès l’abord, d’un froid glacial qui ne leur paraît pas venir du dehors au dedans, mais exister dans l’intérieur de leur corps et , en particulier, de leurs membres ; ce froid se joint à la pâleur ou à la couleur violacée de la face et des extrémités , c’est-à-dire , des pieds et des mains. Ce symptôme du froid est celui pour lequel les malades implorent avec le plus d’instance les secours des assistans, et peut-être aussi celui pour lequel ceux -ci peuvent leur

("Ire ie plus utile ; voici coinineiit je conseille (Ten user a cet égard.

Aussilôt qu’un individu est atteint du choléra asiali(|ue ou spasmodique (c’est celui seul dont je m’occupe), déshabillez-le complètement, et ôtcz-lui meme sa chemise, en sorte qu’il soit complètement nu ; couchez-le dans un lit dont tous ôterez le drap de dessus, en sorte que le corps soit en contact avec une cou- Yerture de laine ; pendant ce temps, qu’on fasse à la cheminée la plus voisine un grand feu flamhoyant qu’on entretiendra aussi long- temps que possible ; qu’on ouvre ou la porte ou les fenêtres, afin que l’air de la chambre se renouvelle sans cesse et ne soit pas vicié par la respiration du malade et celle des assistans , qui ne doivent pas se réunir dans la même pièce plus de trois ou quatre à la fois , au plus. On aura aussi envoyé très promptement chercher de la glace. Dès que les choses seront en cet état, on frottera le malade, de la tête aux pieds, avec un morceau de glace , dont on aura fait fondre atis le feu les angles et les vives arrêtes ; cette friction ne durera qu’un moment ; elle sera suivie d’une friction rude avec des linges secs et très-chauds , qu’on remplacera à mesure qu’ils s’humecteront et se réfroidiront ; puis on reprendra l’usage de la glace, suivi de

celui (les linges chauds ; ces opérations doivent se faire par une personne intelligente, sous la couveiiurc. Lorsque le foyer offrira une bonne quantité de charbons rouges , provenant du bois brûlé (et non de charbon noir, dont la vapeur risfjuerait d’asphyxier ou d’incommoder le malade et les aides) , on recouvrira la couverture d’un drap plié en double et mouillé, on chargera la bassinoire (meuble dont on ne peut pas se passer) de feu bien allumé, et on la promènera sur le drap mouillé ; il en résultera une forte chaleur humide , qui pénétrera la couverture et se répandra bienfaisante sur le malade. La bassinoire doit être promenée sur tout le corps , depuis les pieds jusqu’à la tête , qui , pour un instant , sera recouverte de la couverture et du drap , pour ne pas être exposée à la brûlure ; puis sur l’un et l’autre côté du corps ; de manière à bien réchauffer le lit. Dès que la bassinoire se refroidira et que le drap se séchera , on répétera la friction de glace , suivie de la fl iction avec les linges chauds , qu’on pourra remplacer par un morceau de flanelle rude. Pendant cet intervalle , on humectera de nouveau le drap, on chargera de feu la bassinoire , puis on promènera de nouveau celle-ci sur et contre le malade. J’affirme que de toutes les manières de réchauffer un malade

el de le faire transpirer, celle-ci est la meilleure, la plus commode, la moins coûteuse, la plus sûre , celle qui généralise le mieux son action et produit le plus vite son effet.

Toutes ces manœuvres doivent être exécutées avec métliode , calme et précision , sans trouble et précipitation , et ^exactement dans Tordre que je prescris ; elles doivent Têtre pendant toute la période de froid , sans discontinuer on seul instant ; elles auront un succès d’autant plus certain qu elles seront pratiquées avec plus d’attention.

Dès que le malade commencera à se réchauffer , dès que la transpiration se montrera , on mettra sui' le malade une seconde couverture de laine qu’on réchauffera avec la bassinoire, exactement comme on Ta fait pour la première , puis on jettera Tune et même l’autre de ces couvertures par-dessus la tête du malade qui restera dans cette situation aussi long-temps qu’il pourra le supporter ; ordinairement il s’y endort , et son réveil est des plus doux et des plus agréables.

Voyez sur les bienfaits de la glace le n^ 9 de mes JSotices , ou le docteur Muller raconte ce qu’il en a éprouvé lui-même , lorsqu’il avait le choléra, et les heureux effets qu’en ont ressenti ses malades ; et dans le n® 1 1 , le résultat

curatif de renveloppement dans les couvertures jusque par-dessus la tête , raconté par un malade qui en a été sauvé, et qui en a sauvé d’autres par le même moyen.

Cependant on est allé chercher un médecin , et en attendant son arrivée , on a fait bouillir de Feau dont on a rempli une bouteille de grès ou d’étain (cette dernière vaut mieux) enveloppée de laine , qu’on place contre la plante des pieds du malade. On a aussi fait une infusion de thé de Chine, ou de feuilles de menthe, de mélisse, d’oranger, etc., dont on donne, de temps à autre au malade une tasse aussi chaude qu’il la peut supporter ; on y ajoute line goutte de rhum, d’eau-de-vie, de cerises, des Carmes, de Cologne, etc., d’esprit camphré, en un mot, d’une liqueur spiritueuse, propre à exciter la transpiration et à la maintenir ; cette tasse est répétée aussi souvent que le malade peut la supporter ; elle pourrait tout aussi bien n’être que de l’eau sucrée chaude , car c’est la chaleur et non la substance médicamenteuse qu’on doit rechercher dans ce moment. On ne refusera pas au malade une cuillerée d’eau froide , lorsque les ardeurs de la soif la lui feront demander.

Plus tard, le médecin homéopathiste arrive et administre ce que paraît requérir le

symptôme du moment, un vertigineux si le vertige prédominé , un vomitif si le vomissement , un phlogosant si la douleur du ventre , etc. Voyez là-dessus les 8 et

12 de mes Notices, et surtout le iV i de la BihUotJièque homéopathique ({ui indique encore d’autres remèdes et de nombreux succès.

Une fois Ile médecin arrivé vers le malade , mon instruction doit se taire, parce qu elle est destinée aux laïques et non aux docteurs qui sauront bien guider les malades et les assistai! s.

Pour ceux qui désireront des notions ultérieures sur le traitement, ils les trouveront détaillées dans les numéros des Notices que j’ai recommandés ci-dessus. Ils y verront entre autres que le Présercatif que je distribue , et dont se moquent des gens apparemment plus instruits que moi sur cette matière, devient à une certaine période de la maladie un excellent curatif.

Je ne me suis proposé, dans cet écrit, que de mettre toutes personnes en état de maintenir leur bonne santé , et d’administrer les premiers soins à un cholérique jusqu’à l’arrivée du médecin , qui doit être , à ce moment , seul maître absolu dans la maison du malade.

Je crois avoir reoipli ma lâciie ; puisse-l-elic élrc inutile.

(jcnève, ce 2,3 avril i832.

Ch. g. Peschier,

Docteur.

P. S. Un article de la Gazette de France , du ip avril, sur le choléra, écrit par M. de Montbel , est tellement propre à inspirer de la confiance à mes lecteurs en fayeur de fhoméopathie, que je crois leur être utile et agréable en en tirant les phrases suivantes.

ViEiNiNE, 26 février . Vous savez combien

de prosélytes a fait à Vienne le système homéopathique d’Hahnemann. On assure que cette méthode a amené plusieurs guérisons .

J’ai vu le docteur Queen , Anglais , qui revenait de Tisnowitz , où il s’était rendu au moment de l’invasion , pour étudier la maladie dans sa première intensité et dans ses diverses périodes.

Dans un grand repas , donné à son honneur, il se sent tout-à-coup un saisissement extraordinaire, et tombe comme frappé de la foudre.

L’effroi disperse les convives. On le porte sans connaissance dans la chambre qui lui était destinée; là, après quelque temps, il reprend ses sens, il éprouve tous les symptômes les plus graves, les vomissemens, les douleurs à l’estomac et dans les hanches , le froid glacial ; son visage est taché de bleu. Il se fait apporter la boîte renfermant les remèdes qu’il destinait à ses malades ; il en fait Fessai sur lui-même ; six gouttes d'esprit de camphre font cesser la violence de l’attaque. — ■ Le lendemain, le désir de secourir ceux qui avaient espéré en son assistance, le détermine à faire un effort ; il se lève , il oublie son mal pour ne plus songer qu’à ses malades. Il m'a dit avoir employé , dans le premier degré du choléra, le camphre; dans le second , le veratrum nigrum ; dans le troisième , les poudres de cuivre. Ces remèdes prescrits par l’homéopathie lui ont parfaitement réussi : sur trente-sept malades il en a guéri trente-quatre.

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