SA
Chacun des trois îlots }6, )j & }S contient feize maifons femblables. L'îlot jç, dans la moitié qui fait face à l'îlot j8, n'en a que trois longues ; il en a huit dans l'autre moitié.
Les huit maifons de l'îlot }6 qui regardent le rempart font affectées aux charrons qui peuvent ainfi appuyer à ce rempart leurs pièces de bois; les huit de l'autre côté font pour les felliers & ouvriers de même efpèce. Dans l'îlot 37, en face des felliers, font les confectionneurs de brides & d'objets analogues, & de l'autre côté les fabricants de cuiraffes & ouvrages femblables. Dans le troifième îlot 38, en face des précédents, font les éperonniers & autres fabricants de petits objets, & de l'autre côté de l'îlot on établit ceux qui fabriquent les armes blanches, comme piques, hallebardes, dagues & épées. Les trois grandes maifons de l'îlot 39 logent les menuifiers, qui doivent avoir de l'efpace pour leurs planches, & celles de l'autre côté renferment les tourneurs & autres ouvriers du même genre. En temps de paix, les tailleurs de pierre ont leurs chantiers à l'extérieur de la ville.
Dans les quatre îlots 28, 29, )i & }j, le prince établit tous ceux qu'il lui plaît.
Le côté BCeft donc complètement réglé.
Voici comment on ordonne le côté B D entre le foffé du palais & le rempart.
Entre les trois rues qui conduifent des extrémités des fofîes du palais & de la porte centrale au rempart intérieur entre D & B, on trace huit îlots traverfés par les rues prolongées panant de l'arfenal au bois numéroté 34, rues qui confervent leur largeur. Ils font numérotés de la manière fuivante : celui qui eft le long des foffés du palais, en-defTous de l'îlot 39, porte le numéro 40; puis viennent fucceflivement, en allant vers le rempart, les numéros 41, 42 & 43; en-defTous de ceux-ci, & toujours dans le même ordre à partir des foffés du
palais, font les numéros 44, 45, 46 & 47. Chacun de ces huit îlots renferme vingt-quatre maifons égales.
On les occupe de la manière fuivante : dans le côté de l'îlot 4} tourné vers le rempart, font les pelletiers, & dans le côté analogue de l'îlot 47 font les cordonniers. De l'autre côté de celui-ci font les fruitiers, & de l'autre côté du précédent, les ouvriers qui travaillent la peau. Dans les maifons de l'îlot 42 fkifant façade vers l'îlot 4?, on met les cordiers qui ne font pas ainfi éloignés du rempart fur lequel ils filent leurs cordes. Derrière eux on loge les tailleurs. L'îlot 46 contient encore des fruitiers en face de ceux établis dans l'îlot 47, de forte que toute cette rue eft confacrée des deux parts à ce genre de négoce; car on a grand befoin dans la ville de tout ce que vendent ces marchands. De l'autre côté de cet îlot font les tifferands, les drapiers & les fabricants de tentes.
Dans les quatre îlots numérotés 40, 41 , 44 & 45 , le prince loge ceux qu'il lui convient, augmentant ou diminuant à fon plaifir les dimenfions des maifons.
Aux douze angles les plus rapprochés des foffés du palais appartenant aux fix îlots 29, )}, 40, 44, 54, $ }, on établit douze cabarets ou hôtels.
Il refte encore à l'extrémité du côté B D un carré de 600 pieds en tous fens : on le divife en cinq compartiments différents. Les quatre premiers font en-deffous de la rue qui va du foffé du palais au rempart B D; ils font face aux quatre îlots déjà numérotés 44, 45, 46 & 47 ; ils ont la même largeur & font traverfés par les mêmes rues prolongées, toujours avec une largeur de 2$ pieds; la longueur de chacun eft de 400 pieds. Le plus près du rempart eft numéroté 5 1 , les autres à la fuite 50, 49 & 48.
En-deffous de ces quatre Ilots eft un emplacement de 600 pieds de long fur 1 50 de large, on y ménage un îlot de 475 pieds de longueur,
numéroté 52. 11 cÛ entouré d une rue de 25 pieds de largeur parfaitement dégagée. On y confirait un entrepôt des vivres, dont les murailles font épaiffes, baffes, & furmontées d'une voûte; de fortes caves régnent fous toute là longueur *.
Dans ce magafin font confervés la graille, le fel, les viandes léchées & autres aliments. Sur le fol des greniers eû répandu le grain, lavoir : l'avoine, l'orge, le froment, le millet, les pois, les lentilles & cbofes analogues.
Les quatre îlots numérotés 48, 49, 50 & çi. ont chacun vingt maifons égales. Dans le dernier font établis les ouvriers en tôle & les forgeurs de cafques; leurs meules à polir & à aiguifer font vis-à-vis la rivière, en avant de la ville. L'Ilot 50 loge d'un côté les ferruriers & les fabricants de menus objets en fer & de tout ce dont la nobletTe fe fert comme objets de luxe ou d'utilité; de l'autre côté font les fondeurs de poêles, les chaudronniers & les ferblantiers.
Dans l'îlot 49 font les fondeurs d'étain, en face des ferblantiers, d'un côté, & de l'autre, les bijoutiers, les épingliers, & ceux qui travaillent les métaux à la main. On loge dans les maifons de l'îlot 48 l'orfèvre du prince, les peintres, les fculpteurs, les brodeurs en foie & les cifeleurs en pierres fines.
Il refte encore à occuper l'emplacement fitué entre le fofle du palais & le côté A D du rempart. On y trace huit îlots en tout femblables aux huit îlots numérotés 40, 41, 42, 4), 44, 45, 46 & 47. On ménage ainfi en avant du magafin aux vivres une place libre de 100 pieds de large & de 1 50 pieds de long, de forte qu'il y a là un emplacement fuffifant pour les affaires. Les caves de ce bâtiment y ont leur entrée & leur fortie.
1 Ici c'eft encore la confervation des aliments, & non les néceffités de la de'fenfe, qui amené Durer à conftruire des voûtes.
- si -
Les quatre Ilots numérotés 53, $4, 59 & 60 font chacun occupés par vingt maifons égales. Dans les deux îlots j ; & $6, font les étaux de boucher où l'on vend la viande, placés droit vis-à-vis l'un de l'autre, à chacune des extrémités aboutifiant à la rue centrale; un couperet les déûgne. Les deux parties reliantes de ces îlots, en arrière des étaux de boucher, font partagées entre trente-fix petites maifons égales.
Les deux moitiés des îlots 57 & 58 qui font face aux deux précédents contiennent chacune vingt maifons égales. L'abattoir doit être placé en dehors de la ville, vers l'aval de la rivière, & le logement des bouchers eft en arrière de celui des bralTeurs dont on va parler.
Ceux-ci font placés dans les deux îlots numérotés 59 & 60, du côté du rempart, pour qu'ils aient là leurs caves & leurs débits de bière; mais les brafleries proprement dites font placées en dedans de l'enceinte extérieure, dans l'angle D ; c'eft là auffi qu'ils doivent goudronner leurs tonneaux.
Les boulangers ont leurs maifons dans les deux îlots 57 & f8, en face le logement des bouchers.
Tous les gens fanant d'autres métiers néceflaires, mais dont il n'a pas encore été queftion, & qui pour leurs affaires n'ont pas befoin de grands emplacements, font logés dans les maifons reliantes, & les plus importants font les plus rapprochés du palais. Auffi tous les propriétaires des maifons avoiûnantes doivent-ils conftruire fous leurs maifons des boutiques, & livrer aux marchands les galeries inférieures. Les meilleures boutiques vers les foffés du palais font données aux commerçants les plus importants, comme les changeurs d'or & d'argent, les épiciers, les marchands de toiles, les ouvriers en foie, les fàifeurs d'habillements & autres de même efpèce, (ans oublier un maître apothicaire.
On clafTe enfuite les autres négociants qui ont à vendre de toutes
efpèces de petites marchandifes, & on leur fait des petites boutiques, donnant toujours les meilleures aux plus importants, & les autres aux moindres. Il faut partager également les barbiers entre les quatre côtés de la ville. Les vendeurs de pain font placés l'un dans la rue qui eft en arrière de l'hôtel de ville, vers les deux îlots 19 & 20, l'autre en arrière de l'îlot x qui eft en face de l'hôtel de ville, dans la rue qui eft entre les deux îlots 22 & 25.
Toutes les maifons font conftruites en pierres & font féparées par de bonnes murailles, pour que le prince & fes troupes foient plus aflurés contre le feu. Les maîtres architectes favent difpofer les ouvertures dans ces maifons. Celles-ci font dans une ville où il ne peut y avoir beaucoup de place pour les befoins des habitants, auffi n'a-t-on pu donner à leur plus long côté que 50 pieds, ou à peu près, tandis que le plus petit, qui eft en façade, eft réduit jufqu'à 2 5 pieds.
Si on voulait augmenter le nombre des petites maifons, on pourrait divifer celles de l'un des îlots & d une en faire deux qui conferveraient leur profondeur & n'auraient plus que 25 pieds de façade; ce ferait encore fuffifant comme logement.
J'ai fait & deffiné le plan de chaque îlot, & pour ce qu'il ferait encore néceffaire d'examiner, j'abandonne ce foin à d'autres; j'ai marqué fur le plan par un petit cercle avec un point central les emplacements des puits.
Lorfqu'il fe trouve dans un pays une étroite bande de terre plane, fituée entre la mer ou une grande étendue d'eau d'un côté, & une montagne ou un rocher élevé de l'autre, fi la montagne ou le rocher font aflez abruptes pour qu'on ne puifle les franchir avec une troupe un peu nombreufe, & fi l'efpace entre la montagne & l'eau, bien qu'étroit, eft d'une aflez grande longueur, le prince qui pofiede ce point peut y conftruire un fort château ou Clufe, qui ferme complètement l'accès du pays fitué au-delà de ce défilé. Il s'y prendra ainfi :
On commence par difpofer au milieu de la longueur de cette plaine une cour circulaire, un peu plus rapprochée du rocher ou de la montagne que de l'eau, lac ou mer; fon diamètre eft de 400 pieds; on la défigne au plan par la lettre A (fig. 2 ) ). Dans cette cour, au point le plus convenable pour l'ouvrage à conftruire, on creufe un puits ou une citerne bien organifés.
Autour de la cour on élève une enceinte circulaire ayant 1 f o pieds de largeur au niveau des fondations, & 110 feulement au fommet. Si l'on veut que le mur intérieur dans la cour ne s'élève pas en talus, comme à l'extérieur, mais au contraire monte verticalement à partir du fol, cela peut fe faire; dans ce cas la plate-forme fupérieure eft plus large que nous ne l'avons dit K Cette enceinte eft défignée par la lettre B.
On conftruit à l'intérieur, tout autour de cet ouvrage, devant les chambres, deux galeries en pierre de 15 pieds de largeur, voûtées l'une fur l'autre, & fupportées par des colonnes de pierre. On arrive
1 Elle atteint 12; pieds de largeur, en réfervant 2; pieds pour la bafe du talus de l efcarpe.
à ces galeries par quatre larges efcaliers en limaçon, conftruits en quatre points placés en croix l'un vis-à-vis de l'autre ; ils s élèvent jusqu'à la hauteur de la plate-forme fupérieure, conduisant ainfi en tous les points de la conftru&ion ; l'un d eux doit être dans la direction du midi; la pofition des autres eft ainfi déterminée convenablement.
Quarante murs, chacun de 1 2 pieds d epaifleur, partagent l'enceinte circulaire B en quarante compartiments femblables, tous dirigés fur le point central de la cour A. Ces refends confervent la même épaùTeur fur toute leur longueur. Lefcarpe a 1 5 pieds d epaifleur à la hauteur des fondations; le mur circulaire intérieur autour de la cour n'a pas befoin de plus de j pieds d'épaifleur, car il ne fupporte aucune charge.
Dans les compartiments on fait différents logements, comme falons, chambres, cuifmes, & tout ce qui eft néceflaire.
Le parement intérieur de l efcarpe circulaire doit être renforcé dans chaque compartiment des chambres par des maçonneries demicylindriques , fituées lune au-deflus de l'autre, faites en forme de puits, & fermées comme des voûtes : le mur eft ainfi très-fort. Cela permet de diminuer un peu fon epaifleur dans la partie creufe la plus avancée vers l'extérieur; c'eft là que l'on place les fenêtres fans caufer de détriment au mur; elles ne peuvent être atteintes à caufe des défenfes extérieures. On a montré fuffifamment plus haut comment il fallait organifer toutes ces murailles.
Du côté de la cour, chaque chambre au rcz-de-chaufTée doit avoir fa porte & fon entrée, toutes de la même forme.
En quatre points oppofés, ûtués jufte entre les quatre efcaliers tournants, on fait, en avant de la galerie qui circule autour de la cour, quatre portes voûtées en forme d'entrées de caves; ce font les iflues des écuries fouterraines qui font fortement voûtées & prennent jour
dans les foffés par d'étroites & longues fenêtres. Elles occupent la première voûte au-deflbus du fol, &, bien organifées, on peut facilement y placer trois cents chevaux.
La grande porte d'entrée du château eft ûtuée un peu à main droite de la ligne du midi, en allant vers l'extérieur. En dedans, on la furmonte d'un édifice carré; en dehors, elle eft protégée par un Tourrion demi-circulaire, fitué dans le fofle C, s avançant de jo pieds au-delà de l'efcarpe, & ayant 60 pieds de largeur dans le fens de l'enceinte B, qui le dépaiïe en hauteur de r 5 pieds.
Tous les gens expérimentés favent très -bien comment la porte doit être faite avec pont-levis, herfes & autres femblables machines.
On fait les caves & les voûtes aux provifions entre le couchant & le nord, en-deffous de l'enceinte; fous les écuries & à la hauteur du fond du foffé, on doit conftruire, fur tout le pourtour, des cafemates à feux rafants, très-fortement voûtées, comme on le dira ci-deffous
Autour de cette enceinte habitée, on creufe un fofTé de 100 pieds de largeur & de 50 pieds de profondeur, défigné par la lettre C. Au-delà de ce fofîe, on élève un rempart maçonné ayant 100 pieds de largeur au plan des fondations, & 65 pieds d'épaûTeur feulement dans le haut; il eft défigné par la lettre D.
Dans le fofTé C, on confirait en vis-à-vis quatre cafemates flanquantes, difpofées en croix, de manière que la première, cotée F, foit vers le levant, que la féconde, cotée H, foit vers le couchant, que la troifième, cotée G, foit vers le midi, & enfin que la dernière, cotée I, foit vers le nord. Elles partent de l'enceinte circulaire B pour arriver au rempart D; leur largeur eft de 100 pieds, pour que l'on puiffe s'y fervir de fortes pièces.
1 La figure 24 ne montre pas les caves, parce qu'elle eft une coupe ûtuée au fud-eft.
Sur un tiers de la largeur de la couverture prife fuivant la longueur du fofie, il doit relier une ouverture, afin que la fumée puifle librement s'écouler. Pour y arriver on fait deux toitures à droite & à gauche, & on laifle le milieu libre, ainfi qu'il eft ufité dans les fonderies ; feulement on le protège par un grillage en fer *.
Dans ces quatre cafemates, on établit les mêmes divifions : à l'intérieur de chacune font quatre forts piliers en pierres qui aident à fupporter douze fortes voûtes affifes d'autre part fur les murailles, voûtes fur lefquelles on place la couverture, comme il eft montré dans les planches (fig. 25).
Sur le pourtour de l'enceinte B, en defTous, à hauteur du fond du folié C, on difpofe une galerie circulaire cafematée, à feux râlants, munie de trente-deux embrafures * dans les intervalles des cafemates flanquantes. On a fuffifamment montré plus haut comment il faut les organifer. On les voit fur une fradion du plan n° 2 j .
On enferme les barils de poudre dans des magafins cachés, difpofés dans l'enceinte circulaire D, & de telle manière que, en cas d'accident, toute l'explofion fe ÉuTe par la partie fupérieure; aufli doit-on ne leur mettre qu'une couverture légère 8 .
Sur le Tourrion extérieur D, vers le nord, on élève une tour ronde cotée Q., de 150 pieds de hauteur, avec jo pieds de diamètre en bas,
1 La defcription de ces cafemates eft loin d être claire, & elle n'eft même pas en tous fes points conforme au profil que nous en donnons à la figure 2 j . Celui-ci a été defllné en combinant enfemble le texte & les deffins de Durer, & en cherchant à les faire concorder.
' Je trouve trente-fix embrafures au lieu de trente-deux, ce qui tient a ce que Durer place un piédroit dans l'axe des cafemates flanquantes, fans réfléchir que c'eft jufte l'emplacement du partage qui conduit à ces cafemates. Celles-ci obftruent ainfi deux voûtes défenfives. En corrigeant ce défaut, & mettant une voûte dans Taxe de la cafemate flanquante, les deux voûtes voiûnes ne font pas perdues pour le fianquement. Cette difpofition, qui ne change rien au caraftère de la fortification, nous a femblé feule acceptable.
» Je ne comprends pas le choix de cette pofition que rien n'indique fur le plan, & qui refte par conféquent alfez indéterminée.
& 20 pieds de diamètre en haut; fes murailles ont une forte épaiffeur, & fes fondations font très-profondes; au centre elt pratiqué un étroit efcalier tournant. Du haut de cette tour on aperçoit au loin : on y place l'horloge & auffi un guetteur (voye\ la figure 26).
Si les moulins à eau ne fuffifent pas, on élève fur l'enceinte D des moulins à vent, ou l'on difpofe dans le foffé extérieur des meules à manège ; mais en temps de paix il faut moudre en dehors de la ville.
On donne au foffé extérieur 80 pieds de largeur & fo pieds de profondeur; il eft défigné par la lettre E. Dans ce foffé & en avant de l'enceinte D, on confiruit fix caferaates flanquantes : deux font dans le prolongement des deux cafemates intérieures cotées F & H, & les quatre autres font partagées également fur la circonférence. La lettre K défigne celle qui eft en avant de la cafemate F; viennent enfuite, en tournant du côté du midi, les cafemates L, M, N, O, P. Elles avancent de 50 pieds dans le foffé, & ont 70 pieds de largeur fuivant le parement du Tourrion D; les deux côtés prolongés fe dirigent vers le centre de la cour intérieure
Sur les deux foffés C & E, on confiruit deux ponts conduifant dans la campagne & couverts des deux côtés, de manière que l'on ne voie perfonne entrer ou fortir. Le paffage à travers l'enceinte D eft fortement voûté, &, en avant de la féconde porte, on place encore un demi-Tourrion intérieur. Rien n'empêche de conftruire en d'autres points des ponts de communication entre les deux enceintes B & D, & de placer des efcaliers contre le mur de gorge de l'enceinte D.
Au-delà du foffé E on confiruit contre le pont, vers le midi, une maifon de portier, très-baffe, dont les côtés de 2 5 pieds de longueur chacun, repofent fur un léger foubaffement en maçonnerie. Enveloppant cette maifon & le débouché du pont, un petit mur d'enceinte
1 Ces deux côtés font au contraire parallèles dans le dcflîn original que nous avons fuivi.
rectangulaire s'avance de 50 pieds au-delà du foffé, il a 75 pieds de longueur & 1 2 pieds de hauteur. Il eft percé au milieu de fa partie antérieure d une large porte par laquelle on arrive au pont en droite ligne ; en outre, fur les deux côtés du mur font ouvertes deux petites portes par lefquelles on peut encore accéder au foffé.
En dehors de ce château, à partir du point où l'enceinte extérieure D rencontre la direction nord, on dirige un parapet femblable à celui de cette enceinte , allant jufqu'à la rencontre de la montagne; il eft bordé d'un foffé de chaque côté qui part du foffé circulaire E. Le paffage entre la montagne & l'ouvrage eft ainfi fermé.
L'arfenal eft dans l'ouvrage intérieur ; on lui fait une large entrée pour que l'on puiffe y pénétrer facilement avec le matériel. Il faut continuellement avoir quelques pièces en batterie fur les deux remparts circulaires; on peut les couvrir contre le mauvais temps avec un ouvrage en planches ou toute autre couverture. On peut auffi conftruire fur le rempart D de petites huttes en bois pour les guetteurs. Le blé, l'avoine & autres provifions fe confervent dans le rempart droit qui va vers la montagne.
On peut auffi en temps de paix faire de petites conftruclions en bois pour tout ce qui eft néceffaire, & fi l'on s'attend à la guerre, on les renverfe fans grandes dépenfes, & on les relève enfuite à leur temps; les charpentiers connaiffent bien ce genre d'ouvrage.
Dans le rempart droit on met des deux côtés, vers les foffés & à une hauteur convenable, des cafemates à feux rafants. On y pourra difpofer en outre de commodes magafins pour renfermer ce que l'on veut ferrer, & la place ne manquera de rien fi l'on fe donne la peine d'y penfer l .
1 Durer ne dit pas comment font difpofées les voûtes de ces cafemates & de ces magafins. Nous avons penfé qu'elles devaient être conformes a celles de l'enceinte B, & elles ont été deflinées à la figure 26 d'après cette idée.
Du côté du midi on fait auiii un parapet en ligne droite, partant de l'enceinte D & allant jufquà l'eau. Il eft encore bordé des deux côtés de fofiës ayant en tout la même profondeur & les mêmes mefures que ceux de l'ouvrage précédent dirigé du côté de la montagne; feulement ce parapet, au milieu de fon parcours, eft renflé fuivant la forme d'un cercle ayant au plan des fondations 1 50 pieds de diamètre, & en haut feulement 100 pieds. Au milieu on perce une double voie traverfant d'équerre les deux foffés & munie de deux portes. Ce côté du pays eft donc complètement fermé.
En avant des deux portes ci-deffus, fur les côtés des ponts, font deux maifons de portiers. On peut auffi, des deux côtés, le long du rempart droit, conftruire des auberges également réparties, de manière à maintenir le foffé libre.
En avant, du côte de l'eau, le rempart en ligne droite fe termine par une tour ronde bordée au pied d'un efcalier de pierres qui defcend jufqu au fond de l'eau. Les deux foffés qui arrivent jufqu a l'eau font fermés par un batardeau de 50 pieds d'épahTeur en bas, avec la hauteur qui eft néceflaire. On a donc pu organifer la défenfe auffi bien vers la mer que vers la terre.
En temps de paix rien n'empêche d'élever des maifons en cercle autour du foffé E, des deux côtés du midi & du nord, ainfi que le long des foffés droits allant jufquà la montagne, en ayant foin de laiffer 25 pieds de largeur entre elles & le fofle. Il faut auffi de fept en fept maifons, ménager des petites rues de féparation, formant autant d'îlots, afin que l'on puiffe de tous les points arriver facilement aux foffés. On pourrait encore, vis-à-vis ce premier cercle de maifons, en conftruire un autre, en laiffant entre les deux une rue circulaire. Chaque maifon a 50 pieds de profondeur & )o pieds de largeur en façade. On doit les conftruire fur un foubaffement de maçonnerie très-bas, avec deux étages faits en bois, fans aucune force du côté où vient l'ennemi. On y loge les différents ouvriers avantageux, utiles & néceffaires dans un pareil château.
Dans l'intérieur du château lui-même doivent loger les gens les plus utiles auprès du prince; ce font les gens de guerre, les arquebufiers, les charpentiers, les fondeurs, les maréchaux ferrants, les tailleurs de pierres & les autres ouvriers dont on a conftamment befoin.
11 ne faut d'ailleurs y recevoir que des gens choifis, expérimentés, intelligents, qui foient bien exercés dans leur profeflion & dans l'art de la guerre. Le prince fe gardera, autant que polïible, de tous les gens inutiles.
Voici maintenant le tracé du château en élévation :
On donne à l'enceinte circulaire intérieure B, jufqu'à la crête extérieure, une hauteur de 70 pieds; la crête intérieure du parapet s'élève en-deffus de la crête extérieure de 4 pieds & demi; pour s'oppofer aux coups, ce parapet a 2 5 pieds d'épaiffeur ; il forme une efpèce de plan très-réfiltant contre les proje&iles.
Le rempart D a 50 pieds de hauteur, il en eft de même de ceux qui fe dirigent en ligne droite foit vers la montagne, foit vers la mer ; leur partie fupérieure a la même difpofition que celle du Tourrion que l'on vient de décrire, entièrement dépourvue de toute embrafure ou créneau. Le terre-plein du rempart droit qui règne du château à la mer, dans la partie élevée du fol, avant que celui-ci ne s'abaiffe vers l'eau, entre l'ouvrage principal & le Tourrion circulaire, eft fait horizontal comme il vient d'être dit; mais à partir de ce Tourrion & àmefure que le fol s'abaiffe vers l'eau, l'ouvrage doit auffi s'abaiffer pour qu'il ne conferve jamais plus de $0 pieds de hauteur au-deffus du terrain.
L'enceinte circulaire B eft organifée au-deffus du fol de la manière fuivante : entre chacun des murs de refend l'édifice eft partagé en deux compartiments, qui forment deux hauts étages, l'un au-deffus de l'autre; chacun deux eft couvert d'une voûte en arc de cercle; la
fupérieure a 9 pieds d'épaiffeur, & l'inférieure n'en a que ) ; celle-ci en effet n'a rien à craindre de grave, rien de pefant à fupporter.
On peut auffi, quand on le veut, partager chacun des compartiments précédents par une cloifon verticale, ainfi que cela fe fait dans beaucoup de maifons d'Italie; on a indiqué cette féparation dans le deffin n* 2j. Toutes les voûtes placées en-deffus du fol, tout autour du château, entre les épais murs de refend défignés ci-deffus, peuvent être ainfi organifées : le rouleau fe développe fuivant un tiers de circonférence, & les naiffances repofent & font établies en face l'une de l'autre fur les quarante murs de refend fus-indiqués. Les bons architectes connaùTent fuffifamment le mode dorganifer & de conftruire les fenêtres, les créneaux & autres acceffoires.
Quant à la partie fupérieure de cette habitation circulaire, qui doit toujours refter à découvert fous le ciel, on la conftruit de la manière fuivante, pour que la pluie & la neige ne la percent pas, & ne caufent pas de dommage à l'édifice :
Entre chacune des épaiffes voûtes fupérieures, fur chacun des quarante épais murs de refend, font quarante rigoles, provenant de l'exécution d une couverture baffe & plane. Avant de conftruire celleci, on maçonne fur chaque voûte, avec un double plan, des chapes inclinées, planes & bien arrafées, de forte que chaque voûte ait à fa partie fupérieure une arête. Il exifte donc au-deffus de chaque mur de refend un canal formé par les deux plans de chape voiûns, lequel doit s'abaiffer à 6 pieds en-deffous de l'arête fupérieure de ces deux plans ; ce canal eft en fon milieu de 2 pieds plus élevé que vers fes deux extrémités, tant du côté de la cour que du côté des foffés, pour que la pluie puiffe facilement s'écouler des deux parts. Au fond de la rigole, on fait le canal en pierres dures creufées, qui puiflent fupporter les injures du temps, étant bien engagées & jointes réciproquement; il faut en placer deux l'une fur l'autre, de forte qu'un joint du rang fupérieur repofe fur le milieu dune pierre du rang inférieur;
& tout cela eft maçonné très-proprement avec les meilleurs matériaux arrangés avec le plus grand foin.
Sur les plans de chape, on difpofe des dalles d'un demi -pied d'épaifleur, deux l'une fur l'autre, de manière que les joints de la dalle fupérieure portent fur quatre dalles inférieures, qui deffinent ainfi une croix en fon milieu.
Ces dalles font de la pierre la plus dure que l'on puûTe avoir; elles font carrées avec deux pieds de côté chacune, & fe réunifient avec une grande précifion. Toutes ces pierres carrées ou dalles doivent être engagées l'une dans l'autre fur leurs quatre côtés par des rainures de trois pouces de profondeur, & l'on place dans le fens de la pente inférieure une rainure fur l'autre. Toute l'eau de pluie defcend ainfi ; car l'eau ne remonte pas les pentes des montagnes, elle les defcend au contraire.
Les chapes doivent être maçonnées avec les meilleurs matériaux, comme il a déjà été dit, & l'on fe garde en pareil ouvrage de mauvaife chaux & de mauvais mortier; on l'élève au contraire bon & convenable, pour n'avoir pas de longtemps de réparations à y faire.
Sur l'arête de la chape mife de niveau, on place des pierres de taille rectangulaires, dures & plates, préfentant en deffous un angle placé jufte fur l'arête. Ces pierres doivent être dans leur afiemblage appareillées avec le plus grand foin, toujours à caufe de la pluie.
Enfuite on doit fur chaque rigole de ces chapes, dans toute la longueur depuis la cour jufque du côté du foffé, élever de petites voûtes ayant quatre pieds d'épaifleur, & autant de largeur, repofimt des deux côtés fur les chapes; la hauteur de la clef en-defius du canal fera de deux pieds; il pourra donc s'écouler par là beaucoup d'eau de pluie. Sur ces voûtes, on élève une pile droite en pierres carrées, de quatre pieds d'épaifleur, aufli haute que les pierres les plus élevées de
l'arête de la chape des grandes voûtes. On confirait en outre huit piliers élevés à la même hauteur que ces arêtes, ayant deux pieds d epaûTeur chacun, placés fur les côtés des chapes, & partageant la diflance entre la pile dont nous venons de parler & l'arête de ces chapes. Rien de tout cela n'empêche la pluie de s'écouler, & lorfque l'eau tombe fur ces plans, elle s'enfuit rapidement; mais fi c'eft de la neige, il faut la balayer. Si l'on craint des gelées humides ou du verglas, il faut bien les fubir, & c'eft alors le cas d'avoir des pierres épaifles & fortes.
Sur ces piliers de pierre, dominant les chapes, on place une forte charpente de bois ; fur elle, en travers, font de greffes poutres, efpacées d'un pied l'une de l'autre, qui à leur tour fupportent un plancher en planches épaifles. Les armes les plus puiflantes repofent là-deffus avec aflurance & y font manœuvrées fans peine. Si on le voulait, on pourrait encore recouvrir cette plate-forme d'une toiture de bardeaux trèsaplatie, ne s'abaiflant tout autour que jufqu à la hauteur d'un homme, pour que l'on puiffe facilement fe fervir en deflbus de toutes efpèces d'armes; il faut en outre que cette couverture fe relève en partie à volonté comme des volets, ou s'enlève entièrement avec facilité.
Le parapet en maçonnerie règne d'une manière continue en haut de cette conftru&ion, tout autour, fans autre interruption que les ouvertures à travers lefquelles doit s'échapper l'eau de pluie par de grandes gargouilles.
J'ai defiiné, dans les figures 24, 25, 26 & 27, d'abord l'élévation extérieure de ce château, puis la coupe de fes parties intérieures, avec toutes facilités pour le bien voir, enfuite les compartiments dans lefquels font pratiquées les chambres; j'ai montré aufli dans les deflins la méthode d'engager, les unes dans les autres & les unes fur les autres, les dalles des chapes (Jtg. 28), & celle de conftruire le plancher de bois fur lequel font les pièces d'artillerie (fig. 27), pour que l'on puiffe les tirer en toute alfurance. Avant tout , je fais remarquer que les architedes doi-
vent fonder l'ouvrage très-fortement, & en relier avec foin les différentes parties : c'eft le moyen de le rendre durable.
Que Ci maintenant quelqu'un prétend qu'une pareille fituation n'eft pas facile à trouver, & que, quand elle exifterait, on ne pourrait conftruire un pareil ouvrage à caufe de la dépenfe, je lui rappellerai ce que j'ai dit au commencement, que, feul, un grand & puiflant roi ou feigneur, poflTédant un vafte pays & beaucoup de richefles, peut fuffire à une pareille conftru&ion, & que je ne l'ai pas décrite pour ceux qui ne pourraient pas l'exécuter.
D'ailleurs, û l'on ne trouve pas pour cet édifice un emplacement pareil à celui qui a été décrit, on peut n'adopter que la moitié ou le quart de la conftrudion; on trouve aufïï plus haut, û l'on veut conftruire avec moins de dépenfes, des defcriptions fufHGintes de diverfes manières d'opérer.
Après tout, un grand & puiflant pays aura toujours befoin de clore fortement fes frontières; c'eft ainfi que la Catalogne, du côté de la France, eft fermée par l'important château de Salfes l . D'autres contrées font encore dans le même cas.
' La conltruflion du château de Salfes, dont nous avons publié une monographie, a fait époque dans l'hiftoire de l'art, & il n'eft pas étonnant que Durer en ait eu connaiflance. Le château actuel fut commencé en 1497 & fini en 1 <0).
Voici maintenant un autre projet :
Si par hafard il exiftait une belle ville, bien conftruite, poffédant de belles tours en maçonnerie, une enceinte & des foffés, mais ne paraiffant pas capable dune réfiftance fuffifante contre l'artillerie actuelle, il faudrait bien fe garder de démolir un pareil ouvrage, car on peut le renforcer de la manière fuivante :
Tout autour du foflè de la ville, ou au moins en avant des points qu'il eft le plus néceffaire de fortifier, on creufe à 700 pieds en avant un foflè ayant 80 pieds de profondeur, & 150 pieds de largeur au fond : cela fe fait là où la pofition de la ville le permet. Toute la terre retirée de cette excavation eft rejetée en arrière du foffé vers la ville. On conftruit un mur de foutenement partant du fond de ce foffé, avec une épaiiïeur de 20 pieds en bas, réduite à 1 j dans le haut; fon parement intérieur eft vertical, mais l'extérieur s'incline vers le rempart. Les lits des pierres qui forment ce dernier parement font pofés d'éqiierre fur fa furface ; le mur fe maintient ainû fortement contre la pouffée des terres. Il ne faut pas l'élever au-deffus du fol extérieur des foffés \
Le déblai provenant du foflè eft amoncelé en arrière de cette épaiffe muraille, fur une largeur de 400 pieds du côté du foffé de la ville. En fon milieu, ce deuxième rempart eft à 50 pieds en-deffus du fol; à partir de ce point, il s'étend horizontalement à cette hauteur,
' Il faut remarquer cette précaution de Durer de mafquer complètement fon efcarpe aux coups extérieurs.
vers la ville, formant une plate-forme de 1 50 pieds de largeur, terminée par un petit mur-parapet en maçonnerie de 4 pieds de hauteur, à partir duquel le remblai sabaûTc en talus jufque fur le terre-plein qui environne le folTé de la ville. La bafe de ce talus eft de 50 pieds, le rempart n'a donc pas de mur de foutenement de ce côté. L'efpace reftant entre le pied du talus & le foffé de la ville doit être de 100 pieds de largeur; ainfi la longueur fufdite de 700 pieds offre jufle le total de chacune de ces parties, y compris le foffé.
A partir de la crête du mur defearpe qui s'élève du fond du foffé, on tend une ligne droite de 200 pieds de longueur, jufqu'au milieu du rempart, à la hauteur du parapet. La furface du remblai eft placée & arrafée fuivant cette ligne inclinée. Elle eft enfuite pavée de pierres dures carrées, bien réunies, fuivant la pente, par de la maçonnerie, placées droit d'après lequerre, prenant alternativement une pierre plus longue que l'autre, afin que la dentelure foit enfoncée dans la terre, de manière à bien réfifter aux coups. Cette couche peut être fimple ou double, li l'on veut, les pierres placées alors l'une fur l'autre.
Tous les projectiles rebondiffent fur cette plongée plane fans l'endommager, & fi, au bout d'un long temps, quelques pierres fe trouvent arrachées, ce qui ne pourra arriver que rarement, il fera facile de les remplacer. La hauteur de ce parapet doit dèpaffer de 4 pieds celle de la plate-forme qui eft en arrière, afin que l'on puiffe tirer par deffus avec de groffes pièces.
Au fond du foffé qui précède ce rempart, au pied de l'efcarpe, doivent être des cafemates flanquantes, efpacées de 200 pieds l'une de l'autre, avec une ouverture dans le haut, procurée par une double couverture comme il a été dit ct-deffus; elles ont peu de hauteur. A moitié diftance entre elles, toujours dans le foffé, font d'autres cafemates flanquantes rondes, allant en fe rétréciffant par le haut, peu élevées & garnies à leur fommet comme les précédentes : chacune a
fon entrée & fa fortie propre Pareille dépenfe eft utile & néceflaire pour le moment où l'ennemi defcend en mafie dans le fofle.
Les portes de cette enceinte doivent être bien établies & fortement voûtées à travers le parapet pour ne pas interrompre la circulation fur le rempart , mais on peut aufli laifler les partages à découvert.
Ce projet eft bon à adopter pour une ville lituéc en plaine ; il eft évident qu'une ville pourvue de vieilles dcfenfes eft bien aflurée par ce rempart J'ai repréfenté cette conftrudion en profil (fig. 29). Chaque objet y eft indiqué par une lettre; à favoir : la ville par la lettre A, fon foffé par la lettre B, l'emplacement horizontal en avant par la lettre C, le terre-plein du rempart par la lettre D, le parapet incliné par la lettre E, le nouveau forte par la lettre F, la cafemate circulaire par la lettre G, & le terrain extérieur plan par la lettre H.
Mais les villes & les châteaux ne font pas tous en mefure de pouvoir être entourés par un pareil rempart ; on ne l'organifera donc que fur les points où il fera le plus néceflaire, car il eft loin d'être indifpeniàble fur tous.
Dans les pays où I on manque de pierres, il faut faire les remparts découverts & les foffés avec des parements de gazons bien garnis: làdertus, je n'en dis pas plus long, car j'en ai déjà parlé dans le commencement. J'ajoute feulement que l'ennemi fouille plus facilement ce rempart, & qu'il le canonne, y donne l'aflaut & le gagne à moindres frais que celui qui eft maçonné & par fuite très-fort.
' Ceci eft l'ancienne cafemate de Machiavel, le moineau des Français, que Durer propofe conjointement avec la cafemate flanquante.
Les groffes pièces placées fur les remparts à demeure n'ont pas befoin de roues aufii élevées que le font celles des pièces de campagne. De petites roues placées aux pièces de rempart font, à mon avis, plus avantageufes que les hautes; les pièces font plus faciles à charger & ne reculent pas auffi loin fous le rude choc de la poudre; car l'affût ne roule pas auffi bien fur des roues baffes que fur des roues élevées. Toutefois chacun doit choifir ce qui lui eft avantageux ou agréable.
Je penfe auffi qu'il convient de difpofer près de la pièce, fur un des flafques de l'affût, en arrière, une roue à crémaillère que l'on puifle enlever à volonté. Par elle les pièces peuvent être dirigées avec jufteffe & facilité dans le fens de la hauteur, & les coups portent avec certitude. De même l affût doit avoir fur le fol, de chaque côté des deux flafques en bois, des cylindres moyennement longs, à l'aide defquels on le mette facilement en mouvement du côté où l'on veut. En outre, on place encore une crémaillère pour amener la pièce avec certitude & facilité foit à droite foit à gauche.
Pour que le mouvement de la pièce fur l'affût foit commode, il faut pofer à l'endroit des tourillons des bandes de fer tranfveriales très-fortes : fous & au milieu de l'affût eft une tige cylindrique dont la force dépend du poids de la pièce; puis l'effieu eft forgé avec un trou rond, ne le traverfant pas de part en part, dans lequel s'engage cette tige auffi jufte que poffible; elles tournent alors volontiers l'une fur l'autre. Celui qui apportera de la jufteffe dans cet ouvrage, y trouvera bien fon compte. J'ai deffiné un croquis de ce projet (fig. )6).
Je termine ici cet écrit, Très-Gracieux Seigneur & Roi, & je veux y affurer encore Votre Majefté de ma complète fujétion.
Je n'ai pas la prétention de me voir fuivi en toutes chofes, car je n'ignore pas que l'on pourrait trouver mieux que ce que j'indique. De même que la fituation des pays & la puiffance des princes font diffemblables, de même auffi les fortereffes ne doivent pas être les mêmes en toutes ûtuations.
On peut d'ailleurs, fi on le veut, réduire tout ce qui a été indiqué plus haut, pour le rendre applicable en toutes circonftances ; on en emploie tout ou partie : c'eft une affaire d'intelligence. Il eft auffi particulièrement néceffaire de remarquer que la conftru&ion eft telle que la fortereffe une fois entre les mains de l'ennemi, ne peut lui rendre plus de fervices qu'elle n'en rendait au défenfeur.
Pour la confervation d une pareille fortereffe, il eft néceflaire d'avoir de bons canons, & toutes les néceffités de la guerre, & avant tout une population religieufe & virile, très-capable de bien fe défendre. A ceux-là aucune fortereffe ne peut être ravie. Chaque Prince ou Seigneur lait au refte ce qui convient à Ûl poûtion.
Moi, le très-obéiffant ferviteur de Votre Majefté Impériale, je la ûdue comme mon Très-Gracieux Seigneur.
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