‹ Instructions pour l'étude élémentaire de la linguistique indo-européenneChapitre 1 sur 5 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

liAISOMNBUVB ET O, LlBRAIRBS-iDITBURS

IS, qoid Tohidr*

En témoignage de gratitude l'auteur

présente respectueusement ces pages à MM. de F Académie de Stanislas

à Nancy.

C'est à juste raison, me semble-t-il, que l'on peut dans l'ensemble des sciences, ou, pour mieux dire, dans la science, ne voir qu'une simple classification méthodiquement et naturellement or-doniiancée. Reste à entendre ce que c'est qu'une classification méthodique et naturelle. La dassi* fication scientifique est placée hors de la conscience humaine, en ce sens qu'elle échappe aux fantaisies de l'arbitraire et ne consiste rigoureusement que dans l'enehûnement des données fournies par l'expérience. C'est sur ces données seules que devient possible un ordonnancement légitime, et telle est en réalité la rigueur du vrai que le classificateur ne se trouve au bout du compte que le scribe fidèle de la nature bien entendue.

Les cent ou cent cinquante dernières années ont répondu suffisamment à cette question.

Sans prendre l'étiquette de c positiviste», réservable uniquement, comme de juste, à ceux-là seuls .qui font profession de c philosophie posi-

tive >, il est permis de s'en rapporter à la théorie émise par le père du c positivisme > , Auguste Comte, concernant la sériation scientifique et la subordination réciproque des connaissances diverses. Pour ceux d'entre mes lecteurs qui se trouvent moins familiarisés avec renseignement de Comte, il n'est sans doute pas hors de propos d'insister quelques instants sur ce point.

C'est bienévidemmentàla matiiÀsiaiiqae qu'iqp* partient le premier échelon, c'est-à-dire à 1'^** semble des notions les plus simples, des nombres, des formes géométriques. Voilà la plus gteévale des sciences, la seule marchant de ses propres moyens et sans le secours forcé d'une autre es-* péce de connaissances.

L'astomomie se trouve déjà à un degré supé** rieur. L'observation qu'elle conforte est deheMh coup plus compliquée^ et d'ailleurs, signe certaifl de sa subordination à la maâiématique, imns cette dernière elle ne pourrait exister ; la géométne et lamécanique constituentses indispensablesmoyens pour arriver à déterminer la grandeur, la distsûM des corps dits fixes, des corps planétaires, la forme des orbites, les lois des mouvements. Bu troisième lieu, au troisième poste hiérardiique, nous avons afiàire aux propriétés physiques ; à la pesanteur, à rélectricité , au magnétisme, à Is

chaleur, à la lumière, au son. < Quittant les spéculations de rétendue et du mouvement, quittant la contemplation des corps célestes, un nouveau . pas nous amène aux phénomènes déjà moins généraux dont s'occupe la physique. A celle-ci donc est assignée la troisième place. Le secours des mathématiques lui est indispensable ; grâce à elles seules Fesprit pénètre profondément dans la règle des choses ; sans ce guide, qui tantôt rectifie l'expérience et tantôt la devance, les théories seraient bien moins sures et bien moins compréhensives. Quant à sa liaison avec l'astronomie, elle est évidente dans l'étude de la pesanteur, la plus parfaite des théories physiques, mais aussi qui n*est qu'un cas particulier de la gravitation céleste. Malgré les puissantes ressources que lui offrent les mathématiques, malgré la possibilité de varier sans fin ses expérimentations, combien la physique est loin de la régularité et de la perfection qui sont le lot des mathématiques et de l'astronomie ! C'est <iw là les données de l'expérience interviennent on bien plus grand nombre et compliquent immensément les recherches. Le phénomène réel, *el qu'il se produit, ne peut que rarement, et dans des circonstances heureuses, passer sous l'élaboration directe de l'instrument mathématique. Au ^te, l'histoire même des sciences témoigne de

cette subordination de la physique à l'égard des mathématiques et de l'astronomie; déjà parmi les Grecs la géométrie avait fait de brillantes découvertes, déjà de précieuses acquisitions étaient entrées dans le domaine de l'astronomie, quand la physique en était à peine à quelques ébauches primitives i. Littré. National, Décembre 1844.

La binarité des éléments va caractériser le quatrième échelon.

c Si la propriété chimique appartient à toute matière, sans exception, elle ne lui appartient que quand deux matières différentes, deux éléments sont en présence. Pour qu'elle se montre il faut un couple, il faut un contact binaire. C'est là un caractère déterminant qui spécialise, quant à la matière, la chimie déjà spécialisée quant à la propriété 3. Même auteur. Paroles de philos, posit., deux. éd. 14 s. Ce nouveau pas nous amène donc des propriétés physiques, relatives à la matière considérée en masse , aux propriétés chimiques, c'est-à-dire aux propriétés moléculaires. La particularisation continue sa marche, mais toujours et forcément avec l'appui des données plus générales précédemment obtenues par l'expérience, c La grande science des êtres vivants, la biologie succède à la chimie. De la chimie seule elle apprend que les tissus organisés sont composés des

éléments inorganiques disséminés dans le reste de la nature ; que les matériaux s^échangent incessamment entre eux dans le sein des corps animés, et que la nutrition, qui est, aveclareproduotion, la vie entière dans le végétal et la base de tout le reste datis Tanimal, n'est, à vrai dire, qu'un immense travail de composition et de décomposition chimiques. La biologie est tellement liée àla chimie, qu'aujourd'hui ces deux sciences sont vicieusement enchevêtrées dans ce qu'on nomme chimie organique, et le domaine respectif de chacune n'est pas même déterminé. Ici, il faut signaler un point essentiel dans l'histoire : la biologie, malgré sa subordination hiérarchique à la chimie, n'est point une science de tout point récente; Aristote, HérophUe, Erasistrate, Galien ont exécuté des travaux véritablement positifs. C'est que la biologie a pu être attaquée directement par l'anatomie, et on a tout d'abord étudié les fonctions des organes. Mais, pour Tantiquité, la nutrition est restée lettre close : la nutrition, fondement de toute vitalité ; un abîme séparait le inonde organique du monde inorganique ; et, en l'absence d'une science qui n'existait pas, on ne pouvait se faire aucune idée positive de l'élaboration par laquelle les tissus vivants se formaient aux dépens des matériaux bruts. La chimie a com*

tive >, il est permis de s'en rapporter à la théorie émise par le père du c positivisme >, Auguste Comte, concernant la sériation scientifique et la subordination réciproque des connaissances diverses. Pour ceux d'entre mes lecteurs qui se trouvent moins familiarisés avec l'enseignement de Comte, il n'est sans doute pas hors de propos d'insister quelques instants sur ce point.

Cest bien évidemment à la mathématique qu'iqppartient le premier échelon, c'est-à-dire i Tansemble des notions les plus simples, des nombres, des formes géométriques. Voilà la plus gtoéopale des sciences, la seule marchant de ses propres moyens et sans le secours forcé d'une autre es^ pdce de connaissances.

L'astoonomie se trouve déjà à un degré supé* rieur. L'observation qu'elle comporte est de bMi^ coup plus compliquée, et d'ailleurs, signe certain de sa subordination à la mathématique, sans c^Ae dernière elle ne pourrait exister ; la géométrie et ktmécanique constituentses indispensablesmojrens pour arriver à déterminer la grandeur, la dis* tance des corps dits fixes, des corps planétaires, la forme des orbites, lés lois des mouvements. Ba troisième lieu, au irolsième poste hiérardiique, nous avons afiEedre aux propriétés physiques : à la pesanteur, à l'électricité, au magnétisme, i la

chaleur, à la lumière, au son. c Quittant les spéculations de retendue et du mouvement, quittant la contemplation des corps célestes, un nouveau . pas nous amène aux phénomènes déjà moins généraux dont s'occupe la physique. A celle-ci donc est assignée la troisième place. Le secours des mathématiques lui est indispensable ; grâce à eUes seules l'esprit pénétre profondément dans la règle des choses; sans ce guide, qui tantôt rectifie l'expérience et tantôt la devance, les théories seraient bien moins sûres et bien moins compréhensives. Quant à sa liaison avec l'astronomie, elle est évidente dans l'étude de la pesanteur, la plus parfaite des théories physiques, mais aussi qui n'est qu'un cas particulier de la gravitation céleste. Malgré les puissantes ressources que lui offrent les mathématiques, malgré la possibilité de varier sans fin ses expérimentations, combien la physique est loin de la régularité et de la perfection qui sont le lot des mathématiques et de l'astronomie ! C'est que là les données de l'expérience interviennent en bien plus grand nombre et compliquent immensément les recherches. Le phénomène réel, tel qu'il se produit, ne peut que rarement, et dans des circonstances heureuses, passer sous l'élaboration directe de l'instrument mathématique. Au reste, l^istoire même des sciences témoigne de

être anlever à cette étude son caractère naturel. Cette objection est paradoxale, et il est aisé de lui répondre. L'expérience, en effet, enseigne invinciblement que, de même qu'il n'y a pas plus d'effet sans cause que de cause sans effet, il n'y a paa davantage de fonction sans organe que d'organe sans fonction. Quiconque tient le langage articulé comme indépendant d'un organe, donne la main, qu'il le veuille ou non, à quiconque croit à la pensée sans matière, au composé sans composants, à la sécrétion par eUe-même, à une création quelconque, à un créateur incréé ou se créant de soi, en un mot à l'effet sans cause.

Mais c'est un lieu commun que cela, et il faut pourtant bien qu'en fin de compte l'amour du paradoxe le cède à la bonne foi et à la raison.

On sait d'ailleurs que, dims la voie des loôalî** sations cérébrales, c'est précisément en ce qui concerne le langage articulé que les pas les plus sérieux ont été faits. L'expérience arrive à cette conclusion que l'aphémie correspond à une lésion de la troisième circonvolution frontale. Chose curieuse, la très grande partie de ces cas de lésion affectent l'hémisphère gauche du cerveau : on peut diagnostiquer ainsi à peu près à coup sûr. Si mes lecteurs se peuvent procurer les tomes IV, y, YI des Bulletins de la Société d'Anthropologie

— Iode Paris, ils y trouveront, à ce sujet, des renseignements fort importants. J'attire tout spécialement leur attention sur la communication faitoi, en 1865, par M. Broca : VI 377.

La question de décider si la linguistique est ou non une science naturelle dépend du point de vue plus ou moins scientifique que l'on possède sur l'ensemble des connaissances. Un auteur étranger, bien connu en France, — trop connu, malheuf reusement^ quand l'on songe à l'oubli où sçut tenus plus ou moins adroitement tant d'autres que leurs travaux mettent au premier rang ! — a cour sacré quelques pages à cette question. L'auteur dont il s'agit range bien notre science parmi les sciences naturelles, mais il est curieux de voir contre quelles objections il croit devoir s'escrimer. La première des objections qu'il combat, c'est, dit-il (je cite textuellement), « que le langage est l'œuvre de l'homme, qu'il a été inventé par l'homme, comme moyen de communiquer ses pensées, quand les regards et les gestes devinrenjt insuffisants » . Objection facile à résoudre et qui, en réalité, n'en est pas une : l'auteur se donne une victoire aisée et lutte contre un fantôme^ Quand Locke, Adam Smith et autres viennent me dire c l'homme inventa le langage le jour où ses gestes lui parurent ne plus répondre à seç besoins

d'expression >, je ne vois nullement en cela f objection au lait naturel dont il s'agit. Nombre de personnes soutiennent aujourd'hui encore cette opinion, mais prétendre même la réfater manque, & mon sens, de sérieux. C'est accepter la discussion sur un terrain métaphysique, c'est-à-dire arbitraire et anti-scientifique. La seconde objection que se propose l'auteur à lui-même, c'est que le langage étant susceptible de perfectionnement, il se distingue en cela des produits de la nature, et sa réponse est que ce n'est point de changements, mais bien de développement qu'il s'agit ici. Objection déplorable, mais non moins déplorable réponse ! Le changement .des choses naturelles, qu'est-il donc, sinon un développement ? D'ailleurs, la théorie transformiste a bien droit à plus d'égards. Je ne me suis jamais demandé pourquoi le célèbre auteur dont il est question en ce moment prenait plaisir à se rencontrer avec ses adversaires sur un terrain pareil, sans me répondre immédiatement par le fait de son manque total de notions positives sur l'^isemble des Boi^ices. Nous avons affaire à un indianiste sans doute fort distingué, mais également à un métaphysicien achevé : j'ai pris en note dans ses livrer lin bon nombre des passages les plus fantaisistes, 0t j'en rapporterais volontiers quelques-uns, si

ces onTrages n'étaient coimns et si aons n'atiote d'ailleurs à nous occuper de choses sérieuses.

Btant un fiait naturel, le langage suit naturoU* lement la loi des phénomènes naturels, et la question de son origine ne peut être tranchée légiti*^ mement, scientiâquement, que par le naturaliste. On a fort abusé, bien que dans les intentions les plus pures, de cet axiome prétendu : telle langue, telle race. Sans aucun doute^ la linguistique a rendu à Tanthropologie un service remarquable en mettant cette dernière sur des traces qu'elle aurait eu, autrement, des peines singulièresr à découvrir. C'est là un fait incontestable et que personne^ d'ailleurs, ne songerait à nier. J'indiquei à ce sujet, et d'une façon toute particulière, le discours prononcé à la Société d'Anthropologie en juin 1882 par M. Broca. Ce diâcours, qui na compte pas moins de quarante ou cinquante pagea d'impression, n'a malheureusement pas rencontré toute la notoriété dont il est digne, et je meta an nombre de mes soins les meilleurs celui d'en recommander la lecture attentive. On le trouvera an tome troisième des Bulletins de la So^ ciété d'Anthropologie de Paris. P.

364 ss.

c On vient de voir, dit l'auteur, ncm-seulement qu'il est possible qu'une race perde sa langue en

adoptant celle d'une autre race, mais encore que cela a lieu fréquemment, dans la période histo-r rique, chez des peuples qui, pour cela, n^ont diangé ni de race ni de type. Les caractères linguistiques ne sont donc pas permanents ; aux modiâi^tions spontanées qu'ils peuyent subir parla seule action du temps, surtout chez les peuples sans littérature, et auxquelles il est difficile d'assigner des limites, se joignent les modifications accidentelles ou occasionnelles, les substitutions radicales qui peuvent s'efiectuer rapidement au contact d'une race étrangère, alors même que le mélange des sangs est insuffisant pour imprimer à la race au* tochthone des changements durables.

« La linguistique ne fournit donc pas à l'anthropologie des caractères de premier ordre. Là où il y a contradiction entre son témoignage et celui de l'anatomie, nous n'avons pas à hésiter. Si deux races qui parlent la même langue ou deux langues affiliées, sont séparées par des différences physiques bien tranchées, nous ne les confondrons pas en une seule et même race ; et si deux peuples, semblables par tous leurs caractères physiques, diffèrent essentiellement par le langage, nous ne méconnaîtrons pas pour cela Punité de race.

« Les linguistes ont sur nous un grand avan-

tage : c'est qu'Us peuvent se passer de nous, tan« dis que nous ne pouvons nous passer d'eux. Pour disséquer les langues, pour les grouper en familles, pour découvrir l'histoire de leur formation, de leur évolution intérieure, de leur dissémination parmi les peuples, il n'est pas nécessaire de se préoccuper des questions de race; il est même bon d'aborder ces difficiles problèmes sans idée préconçue et sans s'inquiéter d'autre chose que de découvrir des faits qui ne relèvent que d'euxmêmes. Quand même les peuples qui parlent les langues indo-européennes seraient répartis sur tous les degrés de l'échelle humaine, quand même ils présenteraient tous les types, depuis celui des Germains jusqu'à celui des Australiens^ la certitude de la linguistique, sa valeur scientifique n'en subiraient aucune attteinte Nous

sommes donc les tributaires de la linguistique, et des tributaires reconnaissants ; mais nous ne devons pas, nous ne pouvons pas être ses esclaves. Ce que nous lui demandons, ce sont des renseignements, et non des arrêts. Les faits qu'elle nous fournit, nous les tenons pour certains ; mais c'est à nous seuls qu'il appartient de les appliquer à l'anthropologie, et nous pouvons le faire sans être linguistes, de même qu'un médecin n'a pas besoin d'être chimiste peur appliquer à la thérapeutique

-sodés propriétés d*un composé chimique nouvdlement découvert. Ces faits^ que la linguistique étudie pour eux-mêmes et par eux-mêmes, l'anthropologie les confronte avec des faits d'un ordre tout différent, et c'est sur l'ensemble de tous ces faits qu'elle pose ses conclusions, ou, à défaut de conclusions positives, celles qui réunissent la plus grande somme de probabilité ». Op. cit. p. 207.

Ces paroles résument nettement la question et n'empruntent pas une médiocre importance à la personne de leur auteur. Mais par contre l'axiome retourné : telle race, telle langue, alors qu'il s'agit de la formation de la langue, est de la plus rigoureuse précision. Il énonce simplement le rapport de la production au producteur.

La question de l'origine une ou multiple des différents systèmes linguistiques se lie d'une façon intime, ainsi qu'on le conçoit aisément, à la question du monogénisme et du polygénisme. Il est certain que notre science apporte un fort appui à l'opinion polygéniste. Si nous prenons k peine de rechercher la nuance philosophique générale des défenseurs de la pluralité originelle des langues, nous serons amenés à les classer à peu près tous parmi les esprits dégagés de liens métai^tysiques et étrangers aux dit^rentes sectes religims^. Les ehampiozm d'une unité linguistique primordiale

nous apparaissent tous, aa contraire, comme li* yrés, dans leurs notions philosophiques, aux dis^ putations sur Tabsolu, le supernaturel et le mira^ culeux. C'est là, tout d'abord, un signe dont Tinduction fait son profit. D'autre part il est incontestable que les rangs des poljgénistes se trouvent garnis des auteurs les plus sérieux et les plus autorisés, sinon les plus brillants et les plus fantaisistes. Second point dont s'emparent les préyisions. Troisièmement enfin, les faits, et c'est là la seule raison concluante, mais conduante rigoureusement, — les faits, dis-je, démonixent l'irrétductibilité parfaite des divers systèmes linguistiques entre eux. Voilà une question que je ne puis examiner ici de plus près, sous peine d'être entr^né à une digression hors de toute proportion; mais je ne crains pas d'afBrmer queles réducteurs à l'unité des systèmes différents ou bien (et c'est le cas le plus fréquent) manquent des connaissances les plus élémentaires, ou bien sacrifient à des nécessités sociales plus ou moins exigeantes, ou bien enfin sont liés par d^s préjugés religieux d'ailleurs indiscutables.

Quoiqu'il en soit, l'étude suffisante et conduite de bonne foi nous amène à cette conclusion qu'il est absolument anti'^cientiâque d'admettre une unité primordiale des langues. C'est là un point

sur lequel Schleicher se plaisait à insister^ non sans juste raison, et qu'il traita à plusieurs reprises dans ses différents écrits. J'ai en ce moment sous les yeux le chapitre de son beau livre Die deutsche sprache (livre sur lequel j'aurai plus loin à revenir d'une façon spéciale), où il est question de l'historique du développement du langage ; j'aimerais à reproduire ici-même ce ch^itre en entier si la place ne devait être réservée également à d'autres sujets. La langue, s'y trouve-t-il dit, étant un attribut essentiel de l'homme, celuici ne devenant homme que par elle, la question de la pluralité primordiale ou de l'unité coïncide avec celle du polygénisme ou du monogéni^me.

La philosophie de la nature devrait décider déjà en faveur du polygénisme, car on peut supposer difficilement que l'existence d'un membre si essentiel dans la chaîne des organismes ait pu se trouver en proie aux hasards, aux aventures qui mettent en péril la vie d'un individu ou d'un petit nombre d'individus. La simple création d'un homme ou d'un couple humain eût été une contradiction formelle et criante avec tout ce que nous savons des procédés de la nature. A s'en rapporter à l'analogie, l'homme s'est développé de formes inférieures, et il devint homme , au sens téel du mot, au moment où son développement en

fut arrivé au langage. Il n'yadaiislaconfonnation des langues rien qui contraigne à les ramener toutes à une origine : leurs différences, bien au contraire, leurs différences même dans la partie phonique et avant tout dans le rapport des sons à la notion par eux exprimés, sont tellement considérables que personne ne peut être amené, en s'appuyant sur l'examen même des langues, à leur assigner à toutes une source unique, un seul point de départ. Des coïncidences rares et isolées n'ont aucune portée, aucune valeur, en présence de l'énorme différenciation des racines dans les langues diverses. Si, dés la jeunesse, on ne nous avait entretenu l'esprit delà fable hébraïquemono* géniste, aucune personne, versée dans les langues n'aurait enrespritridéeaventureuse,romanesque, de tirer d'une langue mère commune les différents organismes linguistiques. «Et puis, continue l'auteur, comment donc aurait été constituée cette langue dont auraient pu se développer, par exemple rindo-germanique et le chinois, le finnois et le namaqa, etc.? Tous vestiges d'une commune origine manquent à ces langues, vestiges qui ne peuvent se dérober totalement à la recherche scientifique dans les langues réellement issues d'une même souche. C'est en vérité une voie suivie par bien des personnes de tenir pour alliées possibles, au mépris d'une méthode rigoureuse,

un si gradd nombre de langues, oomme si l'on y était contraint par une puissance quelconque à laquelle il £aille accéder aux dépens de la constatation scimtiâque. Mais quiconque, libre d'nn semblable souci, condidére d'un regard paisible le msmàb des languee, n'arrive en fin de compte ni à admettre cet énorme corps linguistique que l'on con^posait avec des langues les plus différenciées, à peine analogues au pointée vue morphologique, maisc total^snent distinctes quant à leur matériel I^MBique, ^— ni k admettre davantage une parenté bÂstorique deâ langues, une dérivation à tontes ooBiaLune. A l'écart donc ce préjugé : sa place est dans la mythd et non dans la science. » Op. cit. deux. éd. 38.

L'on n'invente pas plus une langue (ajoute Schleicher, après quelques lignes <K>nsacrées à l'examen de l'hypothèse d'une invention du langage), que l'on n'invente une rose ou un rossignol. Plus loin, il revient au sujet qui nous occupe :

c Là où se développèrent les hommes, là aussi

naquit le langage L'arrivée à la condition hu-.

maine [menschwerdung] prend commencement avec l'éruption du langage, et, si l'on veut, le langage se trouve établi avec l'homme. Les sons du langage, c'est-à-dire les images phoniques représentatives des intuitions amenées à l'organe de la pensée par les s^^, et les conceptions qui s'y

forment, étaient différentes che^ la3 diJSirents hommes, mais elles étaient bien les mês^s cbez les hommes essentiellement de même race et yivant dans les mêmes conditions. Un phénomène analogue se manifeste dans la vie postérieure des langues : les hommes essentiellement de même race et vivant dans les mêmes conditions varient tous leur langage de la même façon, et cela inconsciemment, sans initiative de leur part. Il est aussi vraisemblable à un haut degré que, de même qu'il en arriva plus tard chez tous les peuples, les variations du langage prirent route devant elle d'une façon essentiellement proportionnée, de même, aux premières époques, la formation des sons les plus simples de relation trouva lieu d'une façon essentiellement proportionnéedans un nombre d'individus proches les uns des autres. De même par exemple qu'un Allemand change en ^ un & primordial, et un d primordial d'abord en t puis en ^, sans qu'un Allemand ait conçu l'idée d'une telle variation et l'ait communiquée à ses compatriotes, de même nous n'avons pas à penser qu'un homme, qu'un individu ait imaginé telle ou telle désignation sonore des choses, puis l'ait communiquée à son proche voisinage, ï Op. cit. 40.

Sans quitter ce sujets mais en Tenviaag^ant

sous un autre point de vue, nous avons encore à constater ce fait très-évident que plus nous remontons dans les âges, plus nous avons en face de nous de langues différentes. Loin de retourner à une unité nous rebroussons chemin au contraire vers une multiplicité extraordinaire. Je ne fais pas allusion ici à ces langues vulgairement dites mortes, telles que le latin, le vieux haut allemand et autres semblables. En aucune façon, car, à sainement les prendre, ces langues sont aujourd'hui encore parfaitement vivaces et vivantes bien que plus ou moins transformées. Le vieux haut allemand du dixième siècle est devenu, par le moyen haut allemand, et sous des influences plus ou moins heureuses, raUemand moderne ; le français, ritalien, le roumain et leurs autres frères novolatinsnesont en réalité, à l'heure actuelle, que du latin transformé selon certaines lois , avarié par quelques accidents, et parlé au dix-neuvième siècle. Mais le lithuanien, par exemple, et les langues celtiques marchent plus ou moins rapidement à une mort inévitable. La question n'est pour eux qu'une question de temps. Après tout, eux disparus, ce ne sera là encore que la perte de deux rameaux et l'aryanisme n'en aura reçu aucun coup fatal, — mais en d'autres cas, et, c'est là vraiment notre sujet, ce sont des systèmes pro-

prement dits, de véritables troncs qui viennent à disparaître. En cela il en est absolument des langues comme des races.

Voilà qui me ramène encore à une citation de Schleicher, mais tirée d'un autre de ses ouvrages : Ueber die bedeutung der sprache fur die natur geschichte des menschen (1865).

€ Si c'est par la langue seulement que l'homme est homme, nos premiers pères n'ont pas été tout d'abord ce qu'aujourd'hui nous appelons hommes, puisqu' ils ne le sont devenus qu'avec la formation du langage. — Or, formation du langage a pour nous le même sens que développement du cerveau et des organes de la parole. — Les résultats de la glottique nous conduisent ainsi tout à fait décidément à admettre un développement graduel de l'homme, développement déformes inférieures : on sait que, de son côté, la science de la nature est arrivée de nos jours à cette m'ême hypothèse. A cause de cela déjà le langage peut avoir son importance dans les recherches naturelles, spécialement en ce qui concerne l'histoire du développement de l'homme. Les langues, qui, jusqu'à ce jour, ont été analysées dans leurs éléments les plus simples, et celles qai sont restées aux plus simples degrés de développement montrent que partout la plus ancienne

forme linguistique était essentiellement la même. Ce qu'il y a de plus vieux dans la composition des langues, ce sont les sons désignant les intuitions et les conceptions. Des expressions de relation (distinction des espèces de mots, déclinaison, conjugaison), il ne s'y trouve pas encore question; tout cela apparsut comme plus tardif : bien des langues même n'y ont pas atteint du tout, de même que toutes les autres n'y sont pas arrivées également. Ainsi, dans le chinois, actuellement encore, il n'existe aucune différence phonique entre les diverses espèces de mots; je n'ai trouvé que dans le système indo-germanique , parmi toutes les langues qui me sont connues, des verbes véritables en face des noms. Morphologiquement, mais morphologiquement seulement, d'après les résultats auxquels j e suis arrivé , toutes les langues sont primordialement essentiellement pareilles; par contre, ces premiers commencements, également, doivent avoir été différents^ aussi bien déjà en ce qui a trait au son, que semblablement sous le rapport des intuitions et conceptions reflétées par le son, et puis en ce qui regarde la facilité de développement. Car il est positivement impossible de ramener toutes les langues à une seule et même langue primordiale. Bien au contraire, à la recherche conduite sans préjugés se manifestent

alitant de langues primordiales qu'il se laisse discerner de souches linguistiques. Mais, dans le cours des temps, des langues viennent à périr, il n*en naît point de nouvelles, car cela ne pouvait arriver que dans cette période où l'homme atteignait à la condition d'homme. Dans les âges, manifestement très longs qui ont précédé la période historique, il est vraisemblable à un très haut point que d'innombrables langues ont péri, tandis que d'autres se développèrent hors de leur premier domaine, et se différencièrent en une multitude de formes. Il nous faut donc supposer un grand nombre inappréciable de langues primordiales >. Op. cit. 21. Plus loin : c La naissance des formes linguistiques, c'est-à-dire le développement des organes du langage, paraît dépendre de certaines conditions précises. Nous sommes- en droit de supposer qu'en des domaines voisins, essentiellement de même sorte, des langues analogues prirent naissance indépendamment les unes des autres, et qu'en d'autres parties de la surface terrestre se développèrent des types linguistiques

d'autre espèce Pour terminer cette esquisse,

je ferai encore remarquer que la naissance et le développement du langage tombent avant l'histoire au sens propre et strict du m«t. Ce que nous qualifions d'histoire gu de vie historique ne rem-

plit encore à cette heure qu'une part minime du temps que l'homme a vécu dans sa condition d'homme. Dans l'histoire, nous ne voyons les langues que vieillies quant à leurs sons et leur forme d'après des lois précises. Les langues que nous parlons actuellement sont, ainsi que toutes les langues des peuples qui ont joué un grand rôle historique, des exemples linguistiques séniles. Toutes les langues de peuples historiques et leurs organes corporels sont depuis plus ou moins longtemps dans un état de métamorphose régressive... Peut-être donc nous est-il permis de partager la vie parcourue jusqu'ici par le genre humain en trois grandes périodes de développement, qui, naturellement, ne se succédèrent que par degrés et ne se présentèrent pas partout à la même époque. Ces périodes sont : P la période du développement de l'organisme corporel d'après ses traits essentiels, période qui, selon toute vraisemblance, a été d'une durée incomparablement plus longue que la suivante ; 2** la période du développement de la langue ; S'* la période de la vie historique, au commencement de laquelle nous nous trouvons encore, et dans laquelle plusieurs peuples de la terre ne paraissent pas encore être entrés.

€ De même, maintenant, que nous pouvons constater que certains peuples, par exemple les

races indiennes de l'Amérique du Nord, sont, par leurs langues infiniment compliquées et vraiment surabondantes de formes, impropres à la vie historique , et dès lors se trouvent vouées à la décadence et au trépas, de même aussi il est vraisemblable à un très haut degré que tous les organismes engagés dans la voie de l'atteinte à la condition humaine [zur menschwerdung], ne se sont pas développés jusqu'à la formation du langage. Une part d'entre eux s'arrêta dans le développement, et n'accéda pas à notre seconde période de développement, mais tomba au contraire en décadence, et, comme toutes les choses ainsi arrêtées, fut soumis peu à peu à la mort. Le reste de ces êtres demeurés dénués de langue, arrêtés dans leur développement et n'étant pas arrivés à l'humanité, nous apparaît dans les anthropoïdes >. Op. cit. 26.

Quiconque est familiarisé avec ladoctrine transformiste ne peut manquer d'être frâï>pé de toute l'importance de ces considérations. Elles coïncident exactement avec l'enseignement darwiniste et par la méthode employée et par les résultats obtenus. Deux îwis, d'ailleurs, avant la publication de l'opuscule dont je viens de donner quelques extraits, Schleicher avait fait paraître une autre brochure intitulée : Die darwinsche

théorie und die sprachwissenschaft , où le même sujet se trouvait traité, mais avec encore plus de référence, peut-être, à la théorie transformiste. Il suffît ici de l'indiquer.

La vie des langues a été un sujet que Schleicher a également traité avec une prédilection toute particulière. Ce n'est que la suite du sujet précédent : après la naissance naturelle, la vie naturelle. C'est le fait commun à tous les organismes. Les langues, que l'histoire nous montre d'ailleurs en constante évolution, en variation, en transformation perpétuelles, admettent des espèces et des variétés. Inutile de tracer ici un tableau relar tif à quelque système, on trouve de ces sortes de schèmes dans une foule d'auteurs. Le difficile est parfois de fixer positivement le degré de parenté, — on a un exemple firappant de cette difficulté en ce qui concerne le grec, le latin et les idiomes celtiques, nous le verrons plus loin, — mais c'est là simplement une question d'application que l'étude plus approfondie résout toujours tôt ou tard. Quant au développement, il est à peine besoin de faire remarquer qu'il ne peut suivre qu'un cours rigoureusement conforme à l'essence même de l'organisme : il serait presque naïf de s'étendre sur ce point.

En faisant observer que c'est alors seulement

lue son organisme linguistique s'est bien affirmé c^u'il est possible à un peuple d'entrer dans la voie historique (Die deutsche sprache , deux.

éd. 35), Schlfticher ne fait que revenir sur la triple division périodique dont il avait traité déjà, et que j'ai rappelée ci-dessus : la seconde période doit précéder la troisième, qui n'est point possible sans la précédente. Et, à ce sujet, qu'il me soit permis de faire remarquer, à mon tour, que la théorie d'Auguste Comte, exposée au commencement du présent opuscule, formule absolument la même mérité, lorsqu'elle classe au cinquième rang hiérarchique, l'histoire naturelle, la biologie, au sixième la sociologie, puis l'histoire.

C'est encore un fait bien connu que la langue se gâte d'autant plus que l'histoire est plus chargée. L'anglais, par exemple, est, sous bien des rapports, un type extraordinairement curieux de déformation : la période de métamorphose régressive affectant les sons, les formes, est la même absolument que celle du développement historique, et se trouve par le fait d'autant plus violente que celle-ci est plus vivace. Nous avons de cela la preuve à l'inverse par la pureté extrême de l'islandais et surtout du lithuanien, si peu importants l'un et l'autre au point de vue historique, ^^ si remarquables, le lithuanien surtout

(exempt d'une transformation commune à tou les langues germaniques, à l'islandais comme autres, et dont il sera parlé à temps opportun), remarquables, dis-je, par leur conservation.

Si la linguistique est une science naturelle, faut bien se garder d'en dire autant de la p logie. Cela m'amène à un sujet sur lequel il bon d'insister, en France du moins. En Allem la question est jugée depuis longtemps, et l'< trange confusion des deux mots de linguistique de philologie n'y existe généralement plus.

En ouvrant le Dictionnaire de M. Littré mot € linguistique » , nous lisons la définition s vante : c Etude des langues considérées d leurs principes, dans leurs rapports et en qu'un produit involontaire de l'instinct humain En somme, cette définition est juste, et s'appliqo^ fort bien au vocable défini. Si nous nous reportons, dans le même livre, au mot c philologie > nous nous trouvons en face de la triple division suivante : c P Sorte de savoir général qui regarde les belles-lettres, les langues, la critique, etc. 2** Particulièrement. Etude et connaissance d'une langue en tant qu'elle est l'instrument ou le moyen d'une littérature. 3° Philologie comparée, étude appliquée à plusieurs langues, que l'on éclaire par la comparaison entre les unes et les

autres. > Dans cette troisième et dernière division nous trouvons formulée très explicitement Terreur courante chez nous, et qui consiste à confondre malencontreusement les deux termes de linguistique et de philologie comparée, en attribuant le même sens à l'un et à Tautre. Un cours de grammaire comparée est chez nous un cours de philologie, celui qui s'occupe de grammaire comparée un philologue ; dans le discours, dans les écrits, les mots de linguistique et de philologie, de linguiste et de philologue, offrent leur emploi au hasard ou selon l'impression plus ou moins euphonique* J'aurais à citer une foule d'exemples tirés des auteurs les plus autorisés, ou qui du moins devraient être tels, mais le fait est assez frappant par lui-même. A la vérité, quelques personnes, admettant d'ailleurs l'équivalence des termes de philologie comparée et de linguistique, en distinguent la philologie simplement dite. M. Littré est dans ce cas. Il cite par exemple, dans son Dictionnaire, la phrase de RoUin : c On appelle philologues ceux qui ont travaillé sur les anciens auteurs pour les examiner, les corriger, les expliquer et les mettre au jour >; puis, à la fin de l'article, M. Littré ajoute : < Aujourd'hui on donne le nom de philologues à ceux qui s'occupent de philologie comparée > . L'auteur devrait dire c à ceux qui s'occupent de linguistique >, et dès lors

s*élever contre cet abus, contre cette confusion très fautive. Quant à qualifier du nom de pMologues les personnes adonnées à la philologie comparée, cela est excessivement juste, et tout autre nom, même, serait à repousser.

En effet, pour être < comparée >, la philologie n'en demeure pas moins de la philologie, n suffit^ pour s'en bien convaincre, de donner la moindre attention à la valeur des mots employés. Cette sorte de confusion n'existe d'ailleurs pas danâ d'autres cas analogues. Prenons, par exemple, la physiologie : celle-ci est, comme Ton sait, ou bieo végétale ou bien animale ; embrassant ces deux branches dans leurs relations, elle devient coni' parée. Il y a de plus la physiologie animale comparée, la physiologie végétale comparée, lorsque l'étude, dans l'une ou l'autre de ces branches, n^ s'en tient pas à une espèce distincte. De même eu présence de l'anatomie voici l'anatomie comparée, parfaitement définie par M. Littré : < Etude com^ parative de chaque partie des êtres par rapport aux modifications de leur structure dans les diverses classes d'animaux et de végétaux >. De même en ce qui concerne la grammaire, la grammaire comparée. C'est là, si l'on veut, une question de mots, mais c'est en tous cas une question fort simple.

En ce qui touche la philologie, on la dit < das-

sique » lorsqu'elle a pour objet les textes grecs et latins (espérons, avec M. de Dumast [l'Orientalisme rendu classique], que le sanskrit aura part, lui aussi, sans trop tarder, à cette épithète!) ; on la dit € orientale > lorsqu'il s'agit de l'hébreu, de l'arabe, du turc, du persan et de quelques autres langues, parentes, d'ailleurs, ou complètement étrangères , peu importe. La linguistique , de même, est susceptible de plusieurs épithètes. C'est ainsi, par exemple, qu'on la dit € générale * ou fepéciale » (Châvée, Revue de linguistique et de philol. comp. I m; Benfey, Geschichte der sprachwiss. 786).

Dans la première partie de son livre Die deutsche sprache , auquel j'ai fait plus haut déjà quelques emprunts, Schleicher attire spéciament l'attention de ses lecteurs sur la distinction dont il s'agit. « La philologie, dit-il, est une science historique. Sa tâche consiste à saisir et à exposer la vie intellectuelle des peuples ou des groupes de peuples qui ont joué un rôle important. C*est là seulement où il y a vie intellectuelle, histoire, et surtout littérature, qu'un philologue se peut exercer. Tout d'abord elle se trouva appli- <iuée naturellement aux deux peuples grec et ro- Dûain, dont le rôle a été le plus important, au point de vue de notre développement intellectuel ; puis

arrire une philc^gie allemande, une philologie indienne, une philologie chinoise, et ainsi de

suite Par contre, la linguistique (1) est du do-

mâine de Thistoire naturelle, non pas de celui de Thistoire. Son objet, ce n'est pas la vie intellectuelle des peuples, l'histoire au sens le plus large, c'est la langue seule; ce n'est pas le libre exercice intellectuel (l'histoire), mais bien la langue, fournie par la nature, soumise à des lois fixes de formation , et dont la constitution formative échappe à l'arbitraire de chaque individu, tout aussi bien, par exemple, que la fEtculté de yarier son chant est déniée au rossignol : c'est à dire que l'objet de la glottique est un organisme naturel. Que le peuple parlant une langue soit ou non important par son rôle intellectuel, qu'il possède une histoire, une littérature, ou bien n'ait jamais connu l'écriture, cela est totalement indifférent pour la glottique ; seulement, pour arriver à bien saisir les langues , les littératures notables lui sont un moyen de fEtcilitation. .... Ici, la langue est le but lui-même. La chose est tout autre à l'égard de la philologie ; d'une part, celle-ci tient

(1) Bien que Tauteur de qui ce passage est traduit repousse très formellement le mot que voilà, je l'emploie pour faciliter rintelligence de sa pensée

la langae comme un mojen d'indaction lui permettant d'arriver à connaître la vie intellectuelle, d'autre part, elle en fait également un objet d'étude, puisqu'on elle et par elle il est loisible d'arriver à cette même connaissance. Aussi, la philobgie envisage d'une façon principale le côté des langues le plus intellectuel, le plus ouvert à l'initiative individuelle, la syntaxe, le style : elle a moins affaire à la partie la plus naturelle, les sons et les formes. Ces derniers n'intéressent le philologue qu'en tant que jouant le rôle de moyens de compréhension. > Plus loin : « C'est donc d'une façon toute diverse que le philologue et le glotticien saisissent la langue. Ce qui intéresse le premier c'est l'emploi, ce qui intéresse le second c'est l'organisme. Il suffit au philologue de la langue ou des langues du peuple, objet de son étude ; mais il doit en avoir une connaissance intime et s'y être pleiuement accommodé ; le glotticien a besoin de connaître toutes les langues, ou du moins les formes capitales, les représentants caractéristiques des classes d'organismes linguistiques : mais aussi il lui suffit de connaître leur organisme, et, en ce qui concerne la fonction et la syntaxe, il se tournera maintes fois vers les résultats conquis par la philologie. Ainsi, les deux sciences ne sont en aucune façon hostiles l'une à.

l'autre , comme le paraissent penser bien des philologues, et cela par faute de connaissance ; chacune d'elles, au contraire, a besoin de la main secourable de l'autre. Le glotticien est livré aune étude naturelle, il traite les langues comme, par exemple, le botaniste traite les plantes. Le botaniste doit embrasser d'un coup d'œiltous les organismes végétaux, il doit apprendre àconnaître les lois de leur structure, de leur développement; mais l'emploi des plantes, leur valeur ou leur nonvaleur pratique et esthétique, cela lui est totalement indifférent : les roses les plus belles, les lis du Japon les plus précieux ne sont ni plus ni moins, à son appréciation, que la première mauvaise herbe venue. Quant au philologue, il ressemble au jardinier. Celui-ci ne cultive que telles ou telles plantes que le monde estime spécialement : ce qui lui importe avant tout, c'est la valeur pratique, la beauté de la forme, de la couleur, l'odeur, etc. Les plantes qui lui sont inutiles, il les tient sans valeur, les déteste en partie comme mauvaises herbes, qu'elles représentent ou non des formes importantes. Les lois de la structure et du développement des végétaux ne l'intéressent que pour des raisons pratiques. Il n'a pas besoin d« ^^ntiaître toutes les plantes, mais, •par contre i importent il les doit c^**-

aaître d'une tout autre façon que le botaniste, il doit, pour ainsi dire, s'être familiarisé jusqu'avec leurs caprices. Le philologue en doit agir de même avec la langue ou les langues des peuples importants ». Op. cit. deux. éd. 119.

Il va de soi, — et c'est ce que l'auteur dont ces lignes sont traduites ajoute immédiatement, — que la méthode des deux sciences n'est nullement la même : celle de l'une est naturelle, celle de l'autre historique, critique.

En 1862 M. Curtius a fait paraître un opuscule traitant précisément du sujet qui nous occupe et intitulé Philologie und sprachwissen schaft. L'auteur y traile particulièrement de l'importance de la linguistique pour les études philologiques et ie celle de la philologie pour la linguistique. « Le domaine de celui qui s'applique à la linguistique générale est, dit-il, le côté naturel : la philologie opère, pour parler ainsi, sur le terrain du langage. Mais comme toute langue forme un tout développé, il est impossible de séparer complètement un côté de l'autre. La philologie court risque de méconnaître les commencements et les premiers fondements de la langue, 1^ linguiste celui de ne pas faire assez de cas du développement postérieur et du perfectionnement plus délicat. Mais les questions les plus

importantes se laissent résoudre par l'emploi des deux sciences; celui-là seul arrive à un plein entendement de Thistoire d'une langue, qui, partant de ces fondements, embrasse également du regard les ramifications les plus déliées et les plus spéciales de la vie linguistique. Le géographe lui aussi n'a pas seulement à déterminer les conditions naturelles sous l'empire desquelles un peuple a fixé son lieu de résidence, il doit encore montrer comment l'esprit populaire, doué d'une initiative plus ou moins heureuse, a, pour son but particulier, mis à profit ces conditions. C'est devenu une coutume chez bien des personnes adonnées à l'étude du langage de n'accorder d'admiration qu'aux formes complètes et largement développées des premières périodes linguistiques, de traiter avec une certaine mésestime celles qui sont polies davantage mais mises dans les temps subséquents à un emploi réfléchi, et de dater même déjà la décadence de la langue de l'époque où la plénitude primodiale des formes commença à baisser, cela seulement pour céder à un emploi intellectuel plus vivace. C'est envisager les choses sous un point de vue restreint que tenir la langue d'Ulphilas pour plus parfaite que le haut allemand deGœthe. C'est là précisément la grandeur et l'attrait de l'histoire du langage que la décadence d'apparence

extérieure enfsmte une vie nouvelle, que Tintellect itilise pour son but la détérioration matérielle et le déploie le plus librement son essor que quand 'élément constitutif phonique des vocables s'en ^t allé en une trame plus déliée ». Op. cit. p. 20. Dans son volume intitulé Geschichte 1er spachwissenschaft und oriental.

)hilol. in Deutschland, M. Benfey consacre aux rapports réciproques de la linguistique ît de la philologie quelques pages de l'introduciion. P. 6 s.

Parmi les autres auteurs considérables qui se sont formellement expliqués sur l'importance de cette distinction, l'on peut citer M. Spiegel (Die traditionelle literatur der Parsen 48; Revue de linguistique et de philol.

comparée III 115), M. Kuhn (Beitrsege zur vergleichenden sprachforschung III 234), en France M. Chavée (Revue de linguistique et de philologie comparée I avant-propos et 433, II 481, III 211; BuUet. de la soc. d'anthropol. de Paris III 198).

Les considérations diverses qui Viennent d'être exposées ne forment en quelque sorte qu'un préambule aux instructions dont nous avons à nous occuper. En tous cas ce préambule, s'il est bien entendu, offre déjà par lui-même un enseignement ondamental, à savoir celui de la méthode. Et là, hors de tout conteste, est le point important. La méthode, et la méthode seule, sépare rastrologue et l'alchimiste de l'astronome et du chimiste. Sans la méthode, sur le domaine des langues, nous nous trouvons forcément ramenés à l'ancienne étymologie, et aux explications grammaticales purement mécaniques. C'est d'ailleurs un cas bien fréquent que de rencontrer encore à l'heure actuelle nombre de lettrés, et des plus distingués, raisonnant des langues, de leur formation, de leur constitution et de leurs variations, comme si Bopp n'avait jamais existé. C'est là un malheureux privilège que possèdent les langues, mais c'est un privilège qu'elles possèdent incontestablement, d'attirer sur elles d'une façon toute particulière, et cela comme par une sorte de prédilection, les théories des personnes les moins autorisées. On ne parle guère physique ou chimie sans avoir étudié la physique ou la chimie ; on s'abstient moins déjà de trancher selon les fantaisies du moment des questions naturelles telles que celles de

rhétérogénie, du polygénisme , de la mutabilité des espèces; mais l'on devient tout àf ait concluant sur le terrain linguistique. Quant à s'inquiéter du devenir naturel, quant à se procurer une simple notion de la morphologie comparée, même de la phonétique la plus élémentaire, à quoi bon cela? C'est de plus haut que l'on prend les choses, et de quel ton ! Cette forfanterie ridicule, cette bouffonne arrogance, ne font en définitive qu'exciter la risée des travailleurs ; maintes fois pourtant cela passe toutes les bornes admissibles. J'aurais bien des exemples à citer du degré d'ignorance, on peut presque dire incroyable, où se trouvent encore des gens qui par leur position même devraient être munis au moins des données les plus fondamentales. Ainsi, savez -vous quelle idée possède et inculque concernant la parenté du grec et du latin l'un de nos Quarante, et des plus en scène ? Voici : i Je ne puis oublier ici un des mérites, iin des € principaux titres de gloire de lalangue grecque :

t c'est qu'elle a été la mère de la langue latine,

€ et, par elle, et avec elle, la mère et l'inspira- € trice des plus belles langues modernes de l'Eut rope. Le latin, en effet, n'est qu'une dérivation t des dialectes dorien et éolien > . Ajoutez que ces lignes, si dogmatiquement et décidément présentées, sont extraites d'un ouvrage affublé

du titre c De la hante éducation intellectuelle > tome I page 187, et que leur auteur, si je ne me trompe, est celui qui a combattu avec un àpropos et une tempérance de langage peu vulgaires la candidature académique de M. Littré.

Si maintenant , abandonnant comme elles doivent Têtre toutes ces fantaisies, ce charlatanisme, cette métaphysique, nous en revenons aux choses scientifiques, le premier point qd nous doive occuper c'est la pénétration profond^ et bien intime du fait , que , si Bopp a été le fon^ dateur de la linguistique indo-européenne, soi œuvre , d'autre part , a été singulièrement déve^ loppée. Les bases qu'il a posées étaient certaines et d'une solidité toute parfaite : lui-même, suï ces bases, a commencé magistralement une bonnii part de l'édifice , — mais cet édifice l'art-il couronné de ses mains? On peut, sans rien ôter à la gloire de ce grand homme, affîrmer hardiment que non. Puis, après tout, comment serait-il donné à un seul de parfaire une œuvre aussi considérable, et les forces humaines n'ont-elles pas leurs limites nécessaires? L'important pour Bopp c'est que l'avenir (et lui-même en fut le témoin), c'est que l'avenir n'a fait que constater chaque jour davantage le naturalisme, on peut dire merveilleux, des assises qu'il avait fondées, et le dévelojqpement de

son œuvre , bien que conduit par d'autres mains que les siennes, n'est en réalité que le plus éclatant des témoignages en sa faveur.

Deux hommes ont conclu. Ce furent, Tun en France, M. Ghavée, l'autre en Allemagne, Schleicher.

Loin de moi, bien loin certes, la pensée de prétendre les opposer à Bopp sous le rapport de la méthode! C'est là, au contraire, une idée que j'ai très explicitement combattue (Revue de linguistique et de philol. comp. II 261), ce en quoi malheureusement je sais n'avoir pas été parfaitement compris. Tous les deux, en effet, procèdent le plus légitimement, le plus directement, et je dirai même le plus forcément possible, du père de notre discipline. Leur originalité, leur mérite, mais il est immense, c'est d'avoir compris à une heure donnée que l'ensemble des faits en était arrivé à la def de voûte, et que si bien des détails, même fort importants, se trouvaient encore à compléter, la structure entière était du moins atteinte. Le jour avait paru où l'organisme général indo-européen se trouvait restitué : il fallait proclamer que la conception de cet organisme avait à dominer désormais tout l'enseignement. Us le proclamèrent.

Voilà de ces faits qu'il est bon de ne pas aban-

donner dans l'ombre. La chose parsdt à cette si simple, si claire , si naturelle, qu'elle peut pi passer pour un lieu commun ; mais ce serait criante et révoltante injustice que de laisser l'oubli, sous prétexte que ce fait est par trop i dent, ceux qui les premiers et simultanément affirmé la chose. Toutes les découvertes dans champ de la nature ne sont-elles pas élémeni et... naturelles?

n faut bien le dire, puisqu'il en est malhei sèment ainsi, l'envie, et la mauvaise foi à sa suii ont bassement rampé autour de ces deux hoi et au pied de leur œuvre. Mais que peuvent vils sentiments personnels contre la nécessii scientifique sereine et impartiale ? Les prétendi défenseurs de Bopp, font en réalité profession bi( maladroite d'un si grand respect pour lui, d'i amour si extraordinairement démonstratif : ils^ l'étoufferaient dans leurs bras protecteurs si la vérité des choses n'éclatait par sa force propre aux yeux désintéressés. Je le répète, cet antagonisme que l'on a voulu établir au point de vue méthodique entre Bopp et ceux que je défends ici (par eux-mêmes ne se défendent-ils pas assez?), cet antagonisme, dis-je, existe absolument et uniquement dans l'esprit seul de ceux qui rafflrment. L'œuvre inductivement commencée ne pouvait

qu'aboutir à son complément ; les choses naturelles ont leur cours forcé, elles le suivent nécessairement, inéluctablement, en dehors des bonnes volontés et des mauvais vouloirs : plaignons qui les ose nier et plus encore qui les pense enrayer !

Ce doit donc être un fait bien entendu qu'il ne convient en aucune façon de mettre entre les mains du linguiste commençant la Grammaire comparée de Bopp : sans aucun doute il s'j perdrait. C'est alors seulement que l'étudiant se sera élevé à un ensemble de connaissances générales bien claires et bien précises, basées sur la restitution de l'organisme primordial indo-européen, c'est alors seulement, dis-je, qu'il pourra, qu'il devra même, apprendre à manier l'ouvrage dont il s'agit : c'est même alors seulement qu'il en pourra apprécier la valeur. L'ouvrage élémentaire de M. Baudry : Grammaire comparée des langues classiques , première partie :

phonétique (1868) constitue un manuel fort utile. Il ne traite guères que des faits importants — affaiblissements , allongements , rencontres des voyelles, classification et permutations des consonnes, — spécialement en sanskrit, en grec et en latin. Nombre de phénomènes particuliers sont laissés à l'écart, mais cela a été évidemment voiQu par l'auteur et ne rentrait pas dans son plan. Le

livre serait parfait de tous points si, d'une part, il ne s'en fiait pas tant en ce qui concerne les c(misonnes germaniques à la théorie de Grimm (§ 126; , voyez d'ailleurs ci-dessous p. 109), et surtout si, d'autre part, il se basait davantage encore qu'il ne le fait sur le tjrpe commun restitué indo-européen. Au demeurant le volume est fort pratiqne comme œuvre d'initiation et précieux comm^ c mémento >. Il faut regretter les retards ap^ portés à la publication de la partie morphologique. Quant à l'indispensable premier ouvrage, c'est l'œuvre synthétique de Schleicher : Compen^ diumdervergleichenden grammatik dei indogermanischen sprachen. 11 y a troi< éditions allemandes (la dernière posthume) , mai^ la seconde peut servir tout comme la troisième si Ton possède le volume chrestomathique (1) qui contient dans ses dernières pages les notes com^ plémentaires insérées dans le corps de la dernière édition.

Dans l'édition de 1861 , la première, SchleicbeJ eommençiût sa préface par les mots : c Ce livr^ doit être un fil conducteur pour les leçons pu'

(1) Indo-germ. chrestomathie. Schriftproben un<l lenestfieke mit erklserenden glossar, bearbeitet von H. Ebel< A. Laddeii) Joh. Sohmidt mxd August Schleicher. 1869.

bliques et l'enseignement particulier, i C'est ce qu'il se montre en eflFet : la polémique en est écartée autant que faire se peut et les matières sont présentées de façon à oflFrir leur justification par elles-mêmes. Là était l'essentiel, et la direction méthodique a pu résoudre cette difficulté non minime.

Une courte introduction précède le volume; l'auteur y passe rapidement en revue quelques considérations sur les diverses classes de langues (isolantes, agglutinantes, flectives), sur la vie linguistique (le développement, ou période préhistorique, et la décadence, ou période historique), sur les souches, familles et branches linguistiques ; il expose ensuite le tableau de la souche aryenne et de ses divisions, ce à quoi nous reviendrons plus loin. Arrive l'étude de la phonologie.

Voici un point dont il importe bien de se pénétrer : la phonologie n'est jamais examinée de trop prés. Je n'entends pas par là qu'il ne faille passer i une autre étude qu'après avoir épuisé tout travail sur les phénomènes les plus spéciaux à telle ou telle branche, mais l'important, le très grave, ^ de bien comprendre que sans la plus grande rigueur dans l'étude phonétique, toute considération subséquente est inutile et risque avant tout d'être sans valeur. La phonologie de Schleicher ^mmence naturellement et méthodiquement par

Texposition des sons et articulations (voyelles et consonnes) du parler indo-européen commun (1). L'examen du passage des voyelles et des consonnes organiques sur le terrain des différentes divisions indo-européennes vient ensuite, à savoir : en sanskrit, en zend, en grec, en latin, en ombrien, en osque, en vieil irlandais, en esclavon liturgique, en lithuanien, enfin en gotique (je reviendrai plus loin sur cette légitime orthographe de Got, gotique). Cette première partie réclame les deux cinquièmes de tout l'ouvrage ; et cela se conçoit facilement : étant traitée d'une façon complète elle se prête aux références continues que Jui adressent les autres parties soulagées d'autant. Un tableau terminal place sous les yeuxla correspondance régulière entre elles et avec la forme commune des consonnes des diverses branches.

Ce tableau, on le conçoit, ne rend que les équations pures et laisse en dehors les lois euphoniques secondaires et les variations qu'elles nécessitent. Si par exemple je vois le p latin provenir d'un P or-

(1) La voyelle linguale r (figurée dans les transcriptions babituelles par un r affecté d'un point souscrit) est exclue par Schleicher du tableau commun et attribuée au seul sanskrit postérieur. C'est làTopinion commune. Je ne puis la partager pour plusieurs motifs. Consultez à ce sujet mon opuscule intitulé : Racines et éléments simples dans le système linguistique indo-européen page 6, et Chavée, Revue de Linguist. et de philoL comp. I 470.

ganiqne, et répondre dés lors à un jp lithuanien, esclavon, grec, k p on ph sanskrit, il se peut d'autre part qu'une rencontre secondaire force ce p à passer en une autre articulation : voilà ce qui arrive dans somnus (comparez le p de sopor^ 50pio). Plus loin, lorsqu'il sera question des moyens d'étude de chacun des idiomes indo-européens pris en particulier, j'indiquerai les sources où l'on peut et doit puiser pour compléter sous ce rapport le Compendium.

La partie morphologique est plus écourtée.

Selon moi, M. Chavée a seul donné la théorie naturelle de la dérivation : Je reviendrai tout-àl'heure sur ce point. Quant aux vues émises par Schleicher concernant les racines je ne les partage pas davantage. Je me suis étendu spécialement sur ce sujet dans l'opuscule dont le titre est indiqué dans la dernière note. Ce n'est pas ici le lieu d'y revenir (1).

(1) Je pense avec M. Chavée que les racines à détermii^lifs (comme les appeUe M. Gurtius dans sa Chronologie), par exemple en sanskrit duh, traire, han, frapper, tuer, *wi, savoir (dôh-mij han-mi^ vêd-mi) ne sont que des éléments simples verbaux dérivés par d'autres éléments (ordiï^ement pronominaux) tronqués. Voyez ' d'ailleurs mon mémoire. M. Ascoli, dans ses S tu dj ario-semitici , A tenté également la recherche des monosyllabes primor- <liaux; si nombre de ses inductions ne me semblent ni justi-

Bn ce qui concerne la déclinaison et la conjugaison le cadre est parfait de tous points. Ici naturellement, comme dans la partie phonétique, c*e8t de la forme restituée que part l'enseignement. Une série de tableaux placés à la fin du volume facilitent d'autant mieux l'intelligence des évolutions diverses.

Il est facile de constater que la systématisation si merveilleusement mise en œuvre par Schleicher dans son Gompendium avait été affirmée et pratiquée par M. Ghavée dans la Lexiologie indo-européenne. Dans son introduction, écrite en 1848, M. Ghavée disait en parlant des langues aryennes : c Ges langues, en effet, ne sont pour le linguiste que des variétés d'une langue unique et primordiale parlée jadis au centre de l'Asie. Pénétré de cette vérité, nous avons entrepris de reconstituer organiquement les mots de cette langue primitive en rétablissant partout le type original à l'aide de ses variétés les mieux conservées *. Voilà me semble-t-il, qui est assez clair et suffisamment concluant.

L'auteur de la Lexiologie se proposait d'autre part, et simultanément, un autre but, celui

flées, ni jastiôableS) d'autre, par contre, sont à mes yeux très concluantes. — Voyez encore Kraushaar, De radicom quarundam indo-german. variatione (1869).

le fonder une idéologie positive des langues indo- . luropéennes. Vingt ans plus tard il développa ^et ordre d'idées d'une façon toute spéciale et ivec une sorte de prédilection bien permise m père d'une conception semblable ; mais sur ce lemier sujet il n'y a pas lieu d'insister ici d'une açon spéciale. Je ne viendrai d'aiUeurs pas affirner que toutes les restitutions proposées par la Lexiologie soient toujours infailliblement exactes, que toutes les comparaisons, que tous les rapprochements aient leur justification. Sous ce rapport aussi il est grandement désirable qu'une nouvelle édition ne tarde pas à paraître; je l'ai souvent demandée pour mon compte et la demanderai souvent encore. Ici déjà.

En 1857 le même auteur a publié un petit volume qui sous un titre spécial, Français et Wall on , et malgré son format minime, présente un vrai trésor d'enseignement méthodique. J'ai toujours été saisi du parallèle frappant que l'on peut établir entre cet opuscule et le Die deutsche sprache de Schleicher dont il a été question plus haut. Dans l'un et l'autre c'est à propos d'un idiome particulier que se trouvent soulevées les plus graves questions de méthode et qu'elles se trouvent résolues par l'application même. Voilà deux livres à mettre forcément entre les mains du linguiste commençant.

J'ai fait allusion ci-dessus à la belle théorie de la dérivation formulée par M. Ghavée. On la retrouvera dans son idée fondamentale à la première partie de la L e x i olog i e , mais il faut la chercher bien plus claire, bien plus sure d'elle-m^ne dans Français et Wallon p. 131, et surtout dans la Revue de linguistique et de philologie comp. notamment au tome I p. 25. Dans ce dernier recueil je suis revenu à plusieurs reprises sur cette importante et fondamentale considération, ainsi que dans ma Grammaire de la langue zende p. 31. La base de toute l'intelligence de ce sujet gît dans l'idée que l'on se fait tout d'abord des deux sortes d'éléments simples les uns verbaux, les autres pronominaux, les premiers indiquant l'action, les seconds montrant l'être individuel (Chavée, Français et Wallon 130). De leur union va naître un préparât soit actif, soit passif (qui demeurera entier ou bien se mutilera) mais qui ne sera pas encore un mot au sens réel : c'est le thème que je veux dire. Adviennent s'accéder à ce thème, à ce préparât du mot, soit un élément casuel, soit un élément personnel, et alors le mot est vraiment né : il est ou bien nom ou bien verbe, c. à d. ou bien forme déclinée ou bien forme conjuguée. Il n'y a donc en aucune façon à admettre, avec M. Ascoli, que le nom ait précédé le verbe dans le

déyeloppement de notre système linguistique, ou bien, au contraire, avec M. Benfey (et grâce à quels tourments de la phonétique !) que le verbe ait précédé le nom. L'un et l'autre sont frères, et frères jumeaux : un thème, quelqu'il soit, est indifférent par lui-même, et c'est selon qu'il se trouve affecté d'une désinence casuelle ou d'une désinence personnelle, c. à d. qu'il est soumis ou bien à la déclinaison, ou bien à la conjugaison, qu'il devient nom ou verbe. C'est ainsi, par exemple, que, sur le terrrain hindou, le thème BHAYa-, conglomérat à idée générale, se précise simultanément en bhava-tij il est, et bhava-s^ existence : dans le premier cas il accueille la désinence de la troisième personne du singulier, dans le second ceUe du nominatif singulier masculin. Dans le même rapport, toujours en sanskrit, se trouve hhara-ti, il porte, et bhara-s^ portant, qui porte, en face du thème BHARarenfermant, lui, la notion générale. Inutile d'entrer en de plus longs développements dont la place d'ailleurs ne serait pas ici.

Bien que muni d'un titre encore spécial dans son apparence, l'ouvrage de M. Curtius intitulé Grundzûge der griechischen etymologie (trois, éd. 1869), doit également être indiqué comme un livre d'enseignement général.

Le soaci constant de Tauteur est en effet la r^ rence perpétuelle au type organique : c'est ainsi que la partie introductive une fois terminée nous nous trouvons, ayant toute considération subsé* quente, en présence d'un tableau analogue à ceux que Schleicher établissait pour sa phonétique. Je reviendrai sur cet ouvrage considérable lorsqul j'aurai à indiquer plus particulièrement les auteurs à suivre pour l'étude de la branche hellénique, mais qu'il soit bien entendu déjà que l volume de M. Curtius est surtout et avant tou parfaitement général.

Je suis loin, par contre, très loin, de recommander aux commençants lesEtymologische forschungen de M. Pott. La méthode s'en trouvetotalementabsente, etle livre ne peut guères être employé qu'avec une extrême critique; je n^ pense pas que M. Joh. Schmidt se soit montré trop sévère à son égard dans le compte-rendu important qu'il en a publié. Beitraege z. vergleich. sprachforsch. de M. KuhnY460.

Il y a grand proâtàtirer del'ouvrage de M. Aug. Fick: Vergleichendes wœrterbuch der indogermanischen sprachen, 1870. Lt première partie (p. 1 à 220) contient une restitu* tion des vocable» organiques, un dictionnaire de l'indo-européen primitif; c'était la matière unique

le l'édition précédente ; il est certain qu'elle a été unéliorée, mais non moins certain également qu'elle pourra l'être davantage encore. De là, nécessité de n'y recourir qu'avec une certaine critique. Quant à la conception de l'œuvre elle est à louer foncièrement. M. Fick fait suivre ce glossaire commun d'un certain nombre de lexiques spéciaux à l'indo-éranisme , au slavo-germanisme, etc.: cela n'est assurément pas sans intérêt, mais peut-on dire que ces restitutions intermédiaires représentent d'effectives réalités? Il est permis d'en douter, et plus même que d'en douter en ce qui concerne notamment le gréco-italicisme.

Tandis que je m'en trouve à ces conditions générales j'appellerai particulièrement l'attention du lecteur sur la nécessité d'une transcription bien fermement fixée. Il est certain que Ton ne peut attendre de tous les auteurs le même mode transcriptif ; cela est assurément fort regrettable mais enfin il en faut passer par là. Au moins que chacun dans un seul et même ouvrage consente à s'en tenir à un seul et même système; cela est d'une nécessité évidente, surtout pour les études du commençant. Les Allemands ont l'habitude de désigner par un j (selon l'usage de leur graphique) la semi-voyelle palatale que nous ren-

dons par un y. Quelques auteurs français ont adopté ce système : il est regrettable au plus haut point. Jamais nous ne nous ferons, ni les Anglais, ni les Italiens, ni bien d'autres encore pas davantage, à lire y là où nous verrons figuré J. Gela nous choque trop profondément ; à tort ou à raison peu importe. Tout au plus pouvons-nous accepter j comme signe de Tarticulation dj; mais pour cette dernière on s'en tire d'une autre façon. Les consonnes linguales du sanskrit (on les qualifie parfois faussement d'emphatiques, de cérébrales, de cérébro-dentales sont rendues, dans l'usage, par les dentales ordinaires (^, th, d^ dh^ n) munies d'un point souscrit; cela est fort bien, mais encore faut-il être logique et représenter la si£9ante du même ordre par la sifflante ordinaire accompagnée du même signe. Mais c'est là un sujet sur lequel j'aurai à revenir en m'occupant spécialement du sanskrit.

Un second soin, toujours dans ce même ordre d'idées générales, est celui de la désignation des thèmes. En grec, en latin on se sert, dans les citations de noms, du nominatif singulier; en sanskrit, en zend, au contraire, c'est par le thème qu'on indique pour l'ordinaire les noms. Ce dernier procédé mérite la plus entière approbation, mais au moins faut-il faire attention à s'y tenir

'une manière bien fixe, quand on l'adopte. La onfusion peut être très aisée et offre de grands aconvénients. Ainsi un auteur peut nous parler ans la même page des mots sanskrits vdsa^ va- (zs, vêtement, sans que nous sachions si le second st le nominatif singulier du premier, lequel est !n effet masculin, ou si au contraire c'est le thème leutre ayant le même sens. Même inquiétude, >our grava et gravas, oreille, pour nabha et labhas, espace céleste. La seule façon de se tirer l'affaire c'est d'accompagner toujours et sans exception la forme thématique d'un tiret : nabha- , fTavaS". Pour plus de précision l'annexion d'une ies lettres m. f. n. indique que l'on se trouve en présence d'un nom ou masculin, ou féminin ou neutre : nabka-^ m, ^gravas-, n., et ainsi de suite. Cela est fort important, bien plus qu'on ne le peut penser au premier coup d'œil, et l'expérience se charge bien vite de le démontrer.

Une grande facilitation pour le lecteur , — et sous ce rapport il n'y a rien à négliger, — consiste encore à savoir employer judicieusement les diverses espèces de caractères typographiques. Le plus simple , d'après moi , est de réserver les italiques uniquement, exclusivement, aux vocables <^ités des divers idiomes. Les capitales se trouve- ^nt données aux restitutions organiques , aux

mots de la langue commune indo-européeime.

Tout le reste serait en romain, même les indications d'ouvrages ; pour ces derniers, afin de les faire mieux ressortir, on peut d'ailleurs séparer les caractères romains les uns des autres par un intervalle. Mais cela me semble peu utile. D'autre part dans l'emploi des capitales on peut de plus consacrer dans un seul et même mot les grandes capitales à l'élément simple fondamental , les petites aux éléments dérivatifs et aux désinences, oa même rendre alors ces dernières par de l'italique simple. Enânil est utile de signaler par lapréfixation d'un astérisque les formes intermédiaires restituées entre le type organique et les vocables réellement existants. Voici, par exemple, une phrase dans laquelle j'amène l'application de ces recommandations diverses : « La forme organique BRARAnti est devenue en latin * feronti, ferunt Cf. Schleicher Compend. § 151 ». Rien ne doit être épargné dans cet ordre d'idées de facilitation et d'éclaircissement, et je crois que les moyens ci-dessus proposés, frappant vivement les yeux, sont par là-même d'un puissant effet.

Si au milieu des données générales, j e n'ai encore rien dit concernant le côté syntactique de notre parler, c'est quelasyntaxe comparée n'apas encore jusqu'à ce jour été formulée. Elle le sera, à n'en pas

douter, et nombre de monographies ont déjà éclairé plus ou moins la question. Ainsi M. Schweizer-Sidler a publié de savantes recherches sur cette matière dans laZeitschrift fur die wis senschaft der sprache de M. Hœfer, II 444, III 348. Nous avons de M. Berthold Delbruck un travail du premier mérite intitulé Ablativ, localis, instrumentalis im altindischen, latein., griech., deutschen (1867). De M. Autenrieth un opuscule portant le nom de Terminus in quem, syntaxis comparativae particula (1868). De MM. B. Delbrûck et E.Windisch, Syntaktische forschungen, t. I (1871). — Dans les Beitr. de M. Kuhn voyez sur la syntaxe comparée W. Stokes, III 159, II 394.

n y aurait d'autres auteurs, d'autres travaux & citer (voyez par ex. Ad. Régnier, Etude sur Tidiome des Védas, introd. XV), mais il serait sans utilité de s'arrêter ici davantage. Nous ne pouvons q[ue souhaiter le développement le plus prompt possible de cette partie de la science du langage. La part faite de la croissance particulière, des phénomènes propres à chaque branche individuelle, on arrivera sans nul doute à restituer un fonds commun plus on moins riche. C'est absolu- ^nt ce qui se passe sur le terrain de la mytholo* gie comparée fondée réellement à cette heure,

grâce en grande partie aux savants et perspicaces travaux de M. Kuhn. Consultez à ce sujet Girard de Rialle, Revue de linguist. et de philol. comp.II 285,428.

Les Allemands prennent coutume de désigner le type commun restitué de nos idiomes, du nom de € indogermanische ursprache >. Si, bien évidemment, le nom d' c indo-européen > est tout-àfait vicieux, disant plus et moins qu'il ne veut dire (puisque d'une part il laisse à l'écart en Asie 1 le groupe des langues éraniennes, et, d'autre part, embrasse en Europe bien des éléments étrangers, le basque par exemple et le magyare), le nom d' € indo-germanique > est fautif à un plus haut degré encore : on comprendrait mieux < indoceltique», embrassant les deux extrêmes de la famille. Dans le manque d'un meilleur terme il est sage de s'en tenir au plus usité, peut-être au moins défectueux, à savoir celui d'indo-européen. Ce qu'il y a de bizarre c'est de voir les savants allemands ne vouloir pas démordre de l'expression € indo-germanique y> et repousser d'ailleurs trèsformellement les mots < Germanie, germain, germanique », sous prétexte que leur origine et leur véritable portée ne sont pas connues, ce qui est d'ailleurs exact. (Voyez au surplus K. L. Roth

dansla Germania dePfeiffer 1 156; Holtzmann, ibid. IX 1, X 113; Mahn, Ueber den ursprung und die bedeutung des namens ôermanens; Pott, article Indogerm. sprachstamm 94, dans l'Encyclop. Ersch et Gruber; Benfey, Geschichte der sprachwiss. und orient, philol. in Deutschland 462 ; Grimm, Geschichte der deutschen sprache ; Schleicher, Die deutsche sprache 87).

La dénomination de « langues aryennes > (et non € aryennes >) n'est d'ailleurs pas à rejeter bien que les bases sur lesquelles on l'appuie ne soient que vraisemblables. Consultez Spiegel dans les Beitraege zur vergleich. sprachf o r s c h. de M. Kuhn 1 129. Pour le type commun lui-même M. Oppert a proposé le mot c aryaque » (et non « ariaque >).

Je ne voudrais pas entrer ici dans la question du classement des divers idiomes indo-européens. Il y a encore sur ce sujet de fortes difficultés concernant le degré plus ou moins étroit de parenté entre le latin et le grec d'une part, le latin et les langues celtiques de l'autre. L'opinion d'une intimité plus étroite entre le grec et le latin, défendue avec talent par M. Curtius ne résiste guère, à mon sens du moins, aux considérations émises par MM. Ebel, Lottner, Cuno, et par Schleicher (Beitraege, passim) et concluant à un lien plus

resBerré entre les langues celtiques et itàUotes. Voyez également Schleicher dans le R h e i n isches muséum fur philologie (Welcto et Ritschl), nouv. série XIY 3tô. Le jour définitif se fera évidemment sur cette question, et sans doute dans un temps peu éloigné. Qu'il suffise ici de l'avoir indiquée.

Nous avons maintenant, quittant les considérations et recommandations générales, à nous tourner vers les différentes branches particulières. J'indiquerai dans les pages qui vont suivre les auteurs qui me semblent devoir être consultés de préférence, en relevant toujours soit leur côté faible, soit leurs avantages.

La part spéciale que dans son Compendium Schleicher réserva au sanskrit est, comme cela va de soi, assez considérable. Elle est recommandable surtout en ce qui regarde les consonnes (§ 122) et il ne serait peut-être pas sans utilité de commencer précisément par là.

D'ailleurs deux grammaires particulières me semblent devoir être indiquées sur le même pied au commençant. L'une est la Grammaire

aascrite (deux. éd. 1864) de M. Oppert.EUe it d'une grande clarté d'exposition et suffisamment hvégée. Il y aurait danger sans doute à vouloir a restreindre encore. L'auteur, me semble-t-il, a nême beaucoup trop écourté tout ce qui touche es lois de variation euphonique et je crains que mr ce sujet le commençant soit loin de trouver lans la grammaire en question une trés-minime satis&ction à ses demandes. Il en va différemment en ce qui concerne la déclinaison et la conjugaison ; leur exposition est nettement menée et d'une façon lucide. En somme livre parfaitement recommandable, et je dirai même nécessaire. Les mots sanskrits s'y trouvent cités sous la double forme de leur écriture propre et de leur transcription, procédé excessivement utile.

Le second ouvrage à mettre entre les mains du commençant c'est la Kritische grammatik der sanskrita-sprache (quatr. édit. 1868) de 6opp. Les matières y sont traitées d'une façon plus complète que dans le volume précédent, mais sous une forme très-facilement saisissable. Les lois euphoniques, chapitre très important, y sont exposées d'une façon précise bien qu'assez concise : il importe avant tout de se les assimiler très sérieusement.

Je placerai sur un second rang la Kurze

sanskrit-grammatik de M. Benfey, non qu'elle ne soit estimable à un haut degré, mais parce que son intelligence est bien plus difficile pour le commençant. Les caractères hindous n'y sont pas accompagnés de leur transcription, premier inconvénient, puis l'exposition est par trop souvent garnie de propositions critiques propres à l'auteur et dont une bonne part ne s'impose certainement pas irrésistiblement. Voilà qui doit être écarté des premières études. L'inconvénient est plus sensible encore dans la Vollstaendige sanskrit-grammatik du même auteur (1852). Aussi ces deux ouvrages, si recommandables d'ailleurs par les recherches scientifiques dont ils se trouvent ornés et munis ne me paraissent-ils devoir être employés, le dernier surtout, que dans la seconde période des études. Toujours au second plan, mais pour de tout autres motifs, je mettrai la Méthode pour étudier la langue sanscrite (deux. éd.

1861) de MM. Emile Burnouf et Leupol. Il serait au moins pénible, à mon sens, de vouloir aborder l'étude du sanskrit directement avec ce livre. Tout d'abord son peu d'étendue lui rend impossible non-seulement des développements nécessaires, mais malheureusement encore lui interdit une exposition complète des faits, bien que suc-

dncte. Les variations euphoniques ne se trouvent li clairement ni suffisamment formulées. La conugaison est difficilement saisissable vu le peu l'espace qui lui est accordé. D'autre part les auteurs ont été guidés par une très fâcheuse pensée ians toute la conception de leur œuvre : celle de se rapprocher autant que possible des méthodes classiques grecque et latine de J. L. Bumouf. Ce serait tout au contraire ces deux dernières qu'il conviendrait (et ce ne serait pas une faible tâche) de mettre au courant de la science actuelle. Il est heureux pour MM. Em. Burnouf etLeupol qu'ils n'aient pu dans le cours de leur ouvrage réaliser totalement la promesse de leur préface, à savoir une sorte de calque (ce sont leurs expressions) des Méthodes de J. L. Burnouf. Cela ne leur a pourtant que trop réussi dans certaines parties de la conjugaison, notamment en ce qui concerne les aoristes. La véritable valeur du livre dont il s'agit est, à mes yeux, celle d'un c mémento >. Sous ce i^pport, et mis entre les mains d'un étudiant capable de critique personnelle, il me paraît devoir être indiqué .

Le nombre des grammaires sanskrites auxquelles on peut avoir recours avec plus ou moins de béûéfice est d'ailleurs assez étendu. Entre autres, je citerai celle d'Ant. BoUer : Au.sfûhrliche

sanskrit-grammatik. Mais les mdicati<»i8 ci-dessus données doivent suffire amplement pour les premiers pas.

D'autre part, en ce qui concerne les vocabulaires, je dois désigner tout d'abord et d'une façcm spéciale le Dictionnaire classique sanscrit-français de MM. Emile Bumouf et Leupol. Qu'il soit sans imperfection aucune cela n'est pas admissible : l'usage m'en a révélé plusieurs, mais ces taches sont sans gravité notaUe et se trouvent, sinon effacées, du moins très largement rachetées par la grande commodité de l'ouvrage. Je crois devoir le recommander d'une façon spéciale (1).

Le dictionnaire de M. Benfey, A sanskritenglish dictionary (1866) est d'une grande valeur, mais non complètement indispensable pour quiconque possède le précédent et n'a pas besoin d'un travail tout-à-fait complet.

Dans ce dernier cas c'est au Sanskrit-Wœrt e r b u c h (1852 ss.) de MM. Bœhtlingk et Roth qu'il faut recourir. Connue ordinairement sous le nom de c Dictionnaire de Pétersbourg > cette

(1) Se méfier en tous cas et très rigoureusement des rapprochements qui s'y trouvent indiqués parfois avecles autres idiomes indo-européens. Une immense part en est ou très douteuse ou décidément malheureuse.

œuvre colossale, et q\li marque bien, ainsi qu'on Ta dit, une nouvelle étape dans l'indianisme, n'est pas encore totalement terminée mais cela ne saurait maintenant tarder beaucoup. Il est difficile, lorsque Ton n'en a pas une page sous les yeux, de se rendre un compte exact de sa plénitude et de la richesse d'exemples qu'il cite. Il importe d'ail-* leurs de tenir compte très scrupuleusement des € addenda > nombreux. (Les pages 940 à 1678 du tome y contiennent, par exemple, les adjonctions à introduire de a à ^). Un comseil que je crois pra* tique, me basant en cela sur mon expérience propre, c'est de faire relier les livraisons en les iuterfoliant de papier blanc : sur ce dernier on reportera, au lieu voulu, les indications correctives et supplétives ; le travail en est long, méticuleux et peu attrayant, mais éminemment profitable.

Quant au lexique de Bopp il est par trop incomplet pour être d'une utilité réelle : Glossarium comparativum linguae sanscritae (trois, éd. 1867).

n est important de choisir d'ailleurs, pour en mener l'étude concurremment avec celle de la grammaire, des textes plus ou moins difficiles.

Le plus profitable pour les commençants est sans doute le Nalus de Bopp (trois, éd. 1868), épisode du Mahâbhârata. L'histoire racontée dans ces

dix-neuf cents ou deux mille vers est d'un chame exquis, ce qui ne nuit en aucune flacon. Quant à Tentendement du texte il est extrêmement facile, et la version latine très rigoureuse qui TaccomjMigne prévient toute confusion.

n 7 a fort avantage à s'essayer ainsi tout d'abord avec le secours d'une traduction en latin. L'on se lucniliarise par là avec les diMcultés de différentes sortes (les formes grammaticales, la syntaxe, ajoutez le sens lui-même), sans que l'esprit se trouve trop exclusivement préoccupé par l'une d'elles. Le latin d'autre part est propre, plus que tout autre idiome à rendre bien précisément les textes sanskrits et je pense qu'on le doit autant que possible employer à cet usage à l'exclusion de tout autre langue. Cette opinion a été émise et bien défendue par Schlegel dans la préface de son édition de la Bhagavad-^tâ.

Une fois familiarisé avec les premières difficultés l'étudiant pourra passer aux lois de Manou. Le texte accompagné de notes et d'une traduction française en a été publié par Loiseleur Deslongchamps (1830-33). Les difficultés sont plus sérieuses ici sans toutefois être encore bien graves.

J'en dirai tout autant du Yâjnavalkya's gesetzbuch, édité, avectraductionallemande, par M. Stenzler.

L'on peut passer de là à divers épisodes du Râ* mâyana, choisis dans la belle édition, avec traduction italienne, de M. Gorresio : Râmâyana, poema sanscrite di Valmici; lOvol.

Les Indische sprûche publiés par M. 0.

Bœhtlingk (1863 ss.) fournissent un très riche domaine, surtout pour renseignement public. La version est en allemand.

Un texte difficile et qui ne doit être abordé, dans son ensemble du moins, qu'à une certaine époque des études, c'est celui de la Bhavagadgît a, édition Schlegel revue par M. Lassen (1846). La version latine qui l'accompagne est d'ailleura d'une précision rare.

Inutile d'indiquer d'autres textes ou chrestomathies. Ceux que je viens de citer suffisent plus qu'amplement.

Toutefois je ne terminerai pas ces instructions diverses concernant la langue sanskrite, sans insister de nouveau sur un point capital auquel cidessus déjà j'ai fait allusion. Je veux dire l'adoptioû d'une transcription bien uniforme et aussi bomie que possible. J'ai déjà attiré l'attention sur ce fait que si les consonnes linguales (et non pas emphatiques, cérébrales ou cérébro-dentales ainsi qu'on les dénomme communément) sont figurées selon l'usage par les dentales, t, thy dj dh^ n,

munies d'un point souscrit, la siMante de leur ordre doit suivre forcément le même procédé, et se trouver désignée graphiquement par un s muni également d'un point souscrit. Sur ce fait ainsi que sur la prononciation de cette consonne et d'une autre sibilante j'ai tâché de m'expliquer ailleurs assez clairement : Note sur la prononciation et la transcription de deux sifflantes sanskrites. La seconde de celles auxquelles je fais allusion c'est le ç que toutes les raisons nous engagent à prononcer non pas comme notre ç français , mais bien comme le ch allemand devant i. — Pour les deux voyelles linguales propres au sanskrit, il est logique de les transcrire, de même que les autres linguales, avec la souscription d'un point à r et /. Quant à les prononcer n, H c'est une erreur basée sur l'ignorance de leurs rapports phoniques soit de filiation soit de paternité. La voyelle linguale r (point souscrit ! ) ne se serait pas changée par exemple en a, f , u dans les parlers vulgaires de l'Inde (cf. Fried. MûUer, Sitzungsberichte der phil. hist. classe der kais. wien. akad. LVII 26 ; Régnier, Études surlagramm. véd. Prâtiçâkhya du Rig-véda, 43) si elle avait été prononcée ri. Je donne cette preuve simplement entre autres car le présent travail n'appartient pas à la polé-

mique. Ajoutons qu'aujourd'hui même ladite voyelle n'est pas davantage prononcée ri par les savants hindous: J. Vinson , Revue delinguist, et de philol. comp. III 81. Sa valeur réelle est celle de la voyelle de la dernière syllabe de l'allemand < hadern i^ et autres semblables.

Si je ne dis rien concernant le vieil idiome védique c'est que cette étude spéciale ne peut guéres être entamée avec profit qu'à une époque où Ton se trouve déjà pourvu de bonnes connaissances en sanskrit classique. Le texte à suivre dans l'étude des hymnes du Rig-véda est celui publié par M. Aufrecht dans les VP et VIP volumes des Indische studien de M. Weber. L'on trouvera d'autre part un sérieux profit dans les publications de M. Ad. Régnier : Etude sur l'idiome des védas, et, secondairement Etudes sur la grammaire védique. Voyez encore dans les Beitrsege zur vergleich. sprachforch. l'important travail de M. Kuhnsur la métrique védique ; tome troisième. Dans la Zeitschrift fur die wissenschaft der spracbe, II 395, la traduction d'un traité de Wilson sur la matière, et à la suite, 435, un exposé de M. Hoafer »urrétu4e des Védas (jusqu'en 1850) avec renvoi notamment aux œuvres de MM. Weber (1846), Benfey (1848), Roth (même année). De ce dernier, eu collaboration avec M. Whitney, il exista une

publication plus récente (1856). Dans la Zeitschrift de M. Kuhn voir les articles de M. Sonne, linguistiques et mjrthologiques, XII à XV. Puis la belle publication de M. Muir : Original sanskrit texts on the religion and institutions of India : le premier vol. est de 1858, le cinquième de 1870. Je n'ai pas encore entre les mains le Rig-vedaprâtiçâkhya, édition récemment terminée de M. M. Mûller, texte, traduction et notes.

Pour quiconque est accointé d'une façon un peu sérieuse avec le sanskrit, l'étude de la grammaire du zend et de celle du vieux perse est prodigieusement facilitée.

Les textes zends ou baktriens (ce dernier nom est sans doute plus correct) ne forment pas une littérature bien considérable. La plus grande partie de l'Avesta nous est et nous sera peut-être à jamais inconnue. Les livres qui nous en restent ont été publiés soigneusement dans les caractères originaux par MM. Westergaard (1852) et Spiegel (1853, 1858). En ce qui concerne leur traduction celle de ce dernier auteur est un travail d'un immense mérite ; elle a paru en trois volumes (1852-59-63), mais il importe d^ne pas s'en rapporter entièrement à cette seule publication. Plus récemment, en effet, M. Spiegel a fait parutreson Commenta r ûber das Avesta

dans lequel nombre de ses premières interprétations se trouvent améliorées. — Dans le Yaçna, Tun de ces livres sacrés, il se rencontre plusieurs fragments, en vers, d'un dialecte un peu diflférent de celui employé dans le reste de l'Avesta : ce sont les Gâthâs. Leur intelligence est d'une extrême difficulté ; M. Haug en a publié une version, qui constitue sans doute un travail fort important^ mais dont il ne faut user qu'avec grande critique : D i e fûnf Gâthâs. Il importe de confronter sans cesse les opinions émises par M. Haug avec le travail de M. Spiegel, notamment dans son commentaire, et la version latine de ces morceaux entreprise par M. Eossowicz (1867-69-71) œuvre très estimable.

L'étude du zend a été rendue tout particulièrement abordable par le bel ouvrage que M. Justi apublié en 1864 sous le titre: Handbuch der zendsprache. La presque totalité du volume est occupée par un lexique. Les formes qui se présentent dans les textes, ainsi que leurs variantes selon les manuscrits multiples , se trouvent toutes indiquées avec référence au passage où on doit les chercher. C'est là un procédé d'une commodité bien grande pour les travailleurs. On a violemment attaqué ces temps derniers l'ouvrage de M. Justi, ainsi d'ailleurs que toute

Tcanvre de M. Spiogel; mais ces critiques, dont oa aurait peine à se £aire idée sans jeter un coup d'œil sur elles, n'ont guère abouti qu'à doter leur auteur d'une réputation peu enviable. Passons.

Sous le rapport grammatical je ne puis conseiller aux commençants la partie spéciale à cette matière des Essavs on the sacred language, writings and religion ol the Parsees, de M. Haug. La méthode y fiait trop défaut.

Par contre la Grammatik der altbaktrischen sprache de M. Spiegel est un livre fondamental et bien complet. Il contient un appendice traitant de l'idiome de gâthâs , mais l'on ne doit se préoccuper de cette dernière étude que le jour où l'on se trouve suffisamment renseigné mir le parler baktrien ordinaire.

Dans ma Grammaire de la langue zende j'ai cherché, tout en tâchant de ne pas perdre de vue les faits particuliers, à étudier le baktrien en quelque sorte dans l'unité linguistique indo-européenne.

Les différents travaux de M. Ascoli sur l'idiome qui nous occupe, insérés ^dans divers recueils scientifiques, ne demandent peut-être qu'à venir en seconde ligne, c'est-à-dire à une époque où

outes les connaissances premières sont acquises. tf . Ascûli a promis un livre sur la phonétique iranienne.

Les divers écrits de l'illustre Eugène Burpouf , e fondateur véritable de la science de Téraaisme, ne sauraient non plus être mis entre les mains de commençants.

EIn ce qui concerne le vieux perse, la langue les Achéménides, il la faut étudier dans l'ouvrage ieM. Spiegel Die altpersischen keilinjchriften renfermant une introduction historique, une traduction, une grammaire, un glossaire. Depuis l'époque (1862) à laquelle M. Spiegel a fait paraître cette œuvre remarquable, le déchiffrement de la version assyrienne a jeté maintes fois un jour précieux sur l'explication du texte en ancien perse. Jl est à souhaiter que M. Oppert se décide à publier un travail aussi étendu que possible sur ce sujet. — J'apprends que M. Kossowicz fait imprimer actuellement une édition complète des inscriptions des Achéménides en caractères originaux, avec traduction latine, glossaire et représentation des sites.

L'arménien n'est pas encore entré dans la période définitive de l'exposition de ses rapports réguliers avec les autres langues indo-européennes, spécialement éraniennes, au point de vue de

la grammaire comparée. J'indiquerai toutefois les travaux divers de H. Petermann Grammatica linguae armeniacae (1837), Brevis linguae armeniacae grammatica (1841), (ïosche De ariana linguae gentisque armeniacae indole (1847), Spiegelà lafio du volume sur la gramm. du huzvâresch (p. 186, ss.) Lauer Grammatik der classischeo armenischen sprache (1869), Fr. Millier dans les Sitzungsberichte de l'académie de Vienne (XXXVIII ss.), et les Beitraege de M.

Kuhn (III, rV, V), Patkanoff Recherches sur It formation de la langue arménienne (1871) avec annotations de M. Dulaurier.

L'ouvrage fondamental pour l'étude du grec

estcelui deM. Curtius : Grundzûge der griechischen etymologie (trois. éd. 1869). Plus haut déjà j'ai eu à en parler alors qu'il s'agissait de la linguistique générale indo-européenne et non de ceUe particulière à tel ou tel rameau. C'est qu'en effet le plan de cet ouvrage est conçu dans un tel esprit d'ensemble que l'étude du grec y est indissolublement liée à l'examen des phénomènes concernant les autres idiomes congénères. Après tout ce qui a été dit ci-dessus par rapport aux procédés méthodiques et à la nécessité de

'examen synthétique et parallèle, il demeure nutile d'appuyer sur les mérites de l'ouvrage en [uestion.

L'introduction du livre, — elle en forme envi- 'on la sept ou huitième partie, — traite sous jeize rubriques d'autant de questions générales >u particulières. La question de méthode y occupe une large place et y revient maintes fois. Ce K)uci de l'auteur doit être loué sans réserve : € Nous avons vu plus haut, dit-il, que sur la route de l'abstraction, de la supputation ou de la conjecture il était impossible de répondre à nombre de questions que ne peut laisser à l'écart une recherche étymologique. La parenté des langues vint fournir le régulatif, si bien que beaucoup de ces questions se délièrent au premier coup d'œil. 11 en fut de cela comme de la critique d'un écrivain. Des passages que l'on s'était vainement efforcé de rétablir au moyen de conjectures se corrigent fréquemment d'eux mêmes dès qu'un nouveau manuscrit de date plus ancienne présente une

autre lecture Les langues indo-germaniques

prises isolément ressemblent à tout autant de copies du Codex primitif perdu. Aucune d'entre elles n'offre une image inaltérée du texte primordial, mais leur ensemble se présente à nous comme avec l'importance du vieux témoignage d'un état de choses auquel nous ne pouvons accéder direc-

tement, immédiatement, témoignage qui en ne bre de cas se rapproche pour le moins de Toi Toutes les copies ont leurs fautes particulières régulièrement réitérées, mais elles se corrij mutuellement ; nous pouvons également leur

gner à chacune leur ordre d'importance : ph sieurs d'entre elles proviennent d'une source condaire, quelques unes de la source primoi commune». Op. cit. p. 21. Et plus loin : cA vérité tous les témoignages relatifs au parle indo-germanique avant sa séparation ne nous pas pleinement lisibles ; la transmission offre soi vent des vides considérables : tantôt manque témoignage de cette langue, tantôt celui de cel autre, et nous ne rencontrons pas par trop souvei leur concordance générale sur un point déter^ miné. Mais il serait aussi mal habile, pour cela^' de laisser de côté un témoignage, qu'il le serait également de prétendre s'en tenir au seul manuscrit que l'on aurait sous la main pour le motif que les autres ne sont pas complets. Cette phrase si souvent répétée qu'on doit posséder à fond une langue quelconque avant de s'adresser à ses congénères, est donc totalement insoutenable. Les langues, dans la période qui précéda leur séparation, n'étaient pas, ainsi que le pensent encore quelques auteurs, gi^ossières, réduites à de panyres racines , inachevées : elles se trouvaient

parfaites, en grand et en entier, dans leur structure. La langue indo-germanique n'était pas composée de sons imprécisés, elle possédait une empreinte nette dans ses formes bien prononcées et

manifestement reconnaissables Celui donc qui

veut atteindre à l'origine des mots doit toujours rechercher du même regard si les langues congénères ne jettent pas une lumière propre sur les phénomènes d'une langue prise isolément, et c'est seulement alors qu'il les a vainement interrogées qu'Q a le droit de se restreindre à la langue considérée isolément». Ibid. 22. Dans les cinq ou six pages suivantes l'auteur met en garde contre la tendance outrée et fréquente à prendre le sanskrit pour point de départ unique des rapports phoniques , danger considérable auquel n'ont échappé ni M. Benfey, ni M. Pictet, celui-ci notamment dans ses Origines indo-européennes sévèrement mais justement malmenées par M.

Weber (Beitr. II 250). Il n'y a pas moins à se garer de la singulière et accommodante théorie des préfixes de M. Pott : une section d'une dizaine ou douzaine de pages lui est consacrée dans l'introduction de l'ouvrage qui nous occupe et les procédés méthodiques de M. Curtius n'ont qu'une faible peine à assigner leur juste valeur aux enseignements de M. Pott. — Dans cette même introduction il importe de donner une attention

toute particulière aux quelques pages où il est

traité de la comparaison du système phonétique

grec avec celui des langues congénères (82 à 89) : l'accord est naturellement à très peu près complet

avec les données du Compendium de Schleicher. Le corps de l'ouvrage débute par un tableau exposant les règles de variation phonique du type commun indo-européen aux diverses langues qui en découlèrent. Pourquoi faut-il malheureusement que M. Curtius s'en soit rapporté dans l'exposé et l'étude des diverses séries au plan tout inorganique de l'alphabet ? Est-ce dans une vue de facilitation pour les recherches, de distinction nettement déterminée dans les analyses diverses qu'il a cru devoir s'y arrêter î Ce motif ne me paraîtrait pas pouvoir compenser les avantages immenses d'une classification naturelle, subséquemment dépouillée par un index rigoureux.

Evidemment ce terme de c classification naturelle » demande à être bien entendu et sans équivoque. La nature ignore les systèmes et c'est par un travail purement personnel que l'esprit humain opérant sur le fonds naturel un et continu le jalonne artificiellement. Dans ces sortes de groupements chacun des classificateurs affirme à coup sûr n'avoir rien concédé à sa fantaisie propre. Mais en peut-il être ainsi? Au bout du compte, ces restrictions une fois posées, il faut recon-

naître l'indispensabilité d'une systématisation, et la nécessité des sectionnements inhérente à l'esprit humain. Par malheur M. Curtius a trop sectionné, beaucoup trop. Des mots proches parents, ne différant les uns des autres que par un élément dérivatif, se trouvent dans son livre écartés à de grandes distances. Certes, on peut et l'on doit très scrupuleusement redouter à juste titre les généralisations prématurées, les systématisations îactices, mais il y a loin et bien loin de ces édifications fantaisistes à la simple collation, sous une rubrique typique, des membres épars de la même famille.

Cette part de critique mise à l'écart il est superflu d'appuyer sur la notoire valeur du livre. Les annotations accompagnant chacun des six ou sept cents numéros renvoient strictement à une foule d'auteurs ayant traité du point spécial en litige. La Zeitschrift fur vergleichende sprachîorschungde M. Kuhn attire la plus grande part de ces références. Après le grec, et souvent sur le même pied que lui, c'est notamment le sanskrit, le latin, le gotique qui occupent l'examen de l'auteur, tellement et si bien que pour quiconque est Wé à l'étude plus particulière d'un de ces trois idiomes l'ouvrage de M. Curtius est également d'une importance considérable.

La troisième partie du livre, consacrée aux variations phoniques irrégulières, traite des phénomènes si importants du labialisme, du dentalisme, du zétacisme, ainsi que du digamma et des esprits et réclame bien les deux cinquièmes de tout l'ouvrage. (A propos du digamma voyez l'opuscule de M. Leskien sur les restitutions du digamma par Bekker^ 1866, et celui de M. Savelsberg : De digammo ejusque immutatioriibus dissertatio, 1867. Consultez également M. Rich.

Rœdiger dans la Zeitschr. fur vergleich. sprachfbrsch. XVII.)

M. Curtius a entrepris depuis peu la publication de travaux inédits de divers auteurs, spécialement sur le grec et le latin. Le titre en est : Studien zur griechischen und lateinischen grammatik (1868 ss.); l'on y trouvera de fort instructives monographies, mais dont l'utilité ne peut être sentie qu'après l'achèvement des premières études.

Il n'y a pas à nier que le Griechisclies wurzellexicon de M. Benfey n'ait été (1839- ^) d'un grand secours à l'heure de son apparition. Non seulement à cause des découvertes postérieures, mais en raison aussi de son procédé méthodique je pense que ce travail ne doit venir

ïue tout à fait en seconde ligne et surveillé par une critique minutieuse.

La Vergleichende grammatik der griechischen und lateinischen sprache de M. Léo Meyer peut rendre d'utiles services mais il ne serait peut-être pas sans danger de débuter avec elle. Les réels mérites de M. L. Meyer se rencontrent sur le terrain du germanisme.

Une étude très importante est celle des écrits de M. Ahrens sur les dialectes : De graecae linguae dialectis (De dialectis aeolicis et pseudaeolicis, — De dialecte dorica.) Bien que leur publication remonte à plus de trente ans ils fournissent un enseignement généralement très sûr. — Consultez également L. Hirzel, Zur beurtheilung des seolischen dialektes (1862).

Quant à la Griechische schulgrammatik de M. Curtius (la sixième édit. est de 1863, mais peut-être y en a-t-il de postérieures) qui tend à faire entrer dans l'enseignement classique les données éminemment facilitatives de la linguistique, il faut à son sujet faire les vœux les plus vifs pour qu'une bonne traduction lui donne rentrée obligatoire dans l'université.

Je ne pense pas qu'il faille, dans l'étude des idiomes italiques, partir de l'opinion d'une unité secondaire gréco-italique. J'ai indiqué plus haut

les auteurs auxquels il est bon de s'en référer sur cette question.

La langue latine et ses proches parentes, ombrien, osque, etc., sont peut-être dans toute la famille indo-européenne celles dont le fonds comporte le plus d'éléments lexiques étrangers. D'autre part sous le côté des formes flexives, spécialement dans la conjugaison, elles ont été en proie à de^ traitements fâcheux, souvent violents. De là la très grande difficulté de leur examen. A mon sens du moins le latin est de tous les idiomes indo-européens primaires celui qui offre à l'étudiant le plus d'incertitude, partant le plus d'incommodité.

Nous avons heureusement dans l'œuvre de M. Corssen un guide d'une bien grande valeur : inégal souvent, et souvent périlleux, mais toujours instructif. M. Corssen est incontestablement dans la voie de la véritable méthode, mais cette méthode il est incontestable également qu'il la brusque maintes fois, sans la violenter peut-être, mais à coup sûr en l'outrant. Même avec les procédés méthodiques les plus scrupuleux on ne peut prétendre à tout expliquer : M. Corssen y prétend trop souvent, on peut dire presque toujours.

De là ses rétractations, ses retours fréquents.

La polémique de M. Corssen a du moins cet excellent côté qu'elle faiit connsutre sincèrement

— soles contradictions et donne moyen de recourir à leurs auteurs. Par malheur cette polémique est sans modération : permis d'étrangler les gens, mais non pas sans formes, ou, du moins, sans l'apparence de formes. L'arrogance dans le triomphe — ou la croyance au triomphe — est plus que hors de propos. M. Corssen a fort beau jeu sans doute à relever les choses à peine croyables qui ont été écrites sur la langue latine, sa phonétique et sa morphologie, mais ses adversaires ne pourraient-ils, en façon de représailles, dresser une liste curieuse des malhabiletés indiennes, germaniques et autres de notre auteur? Cela est fâcheux, mais c'est en eflFet la très réelle vérité, M. Corssen, qui, très louablement, recourt constamment au sanskrit, aux idiomes germaniques, et à leurs autres congénères, les traite pour l'ordinaire d'une façon déplorable. Impossible de citer sur sa foi un mot sanskrit quelconque : libre, parfaitement libre d'ignorer le sanskrit mais non de le martyriser!

Sur la valeur intrinsèque de l'œuvre de M.

Corssen il n'y a pas d'ailleurs à émettre le moindre doute, étant mise à l'écart cette propension à livrer forcément explication de toutes choses. Dans la seconde édition de son ouvrage intitulé Ueber aussprache, vokalismus und betonung der lateinischen sprache

(1868-70, plus de dix neuf cents pages grand inootayo) l'auteur a condensé l'ensemble de ses recherches précédentes (Kritische beitraege zur latein. formenlehre; — Krit. nachtraege zur lat. form. ; — articles publiés dans la Zeitschr. de M. Kuhn). Chacun des deux volumes est accomcompagné de notes rectificatives et additionnelles qu'il convient de reporter dans le texte avant tout usage.

La première partie de l'ouvrage a trait à la prononciation. Son importance est capitale. Les principes qu'énonce M. Corssen sont accompagnés des preuves les plus positives et maintes fois en grand nombre. Assurément tout n'y est pas de première nouveauté, mais du moins tout y est à peu près aussi complet que possible. Le côté de la prononciation latine est sans doute par trop négligé en France : il y a là une réforme totale à à introduire. Un de nos défauts les plus frappants est la vicieuse prononciation du c comme notre c, à savoir c k » devant <t a, o, u », et <r ç » devant c i, e ». Il est facile de se convaincre que même dans la période classique, et non pas seulement dans l'antiquité, le c latin affectait devant toute voyelle le son de k : même devant c i, e » les transcriptions grecques le rendent par un kappa, non point par un sigma; de même, dans les transcriptions du kappa grec les Latins usaient

[*un c même devant c i, e ». Les Gots rendaient .ussi par un « k » le c latin, même précédant i i, e > : il n'y a donc jamais lieu de le prononcer levant n'importe quelle voyelle soit comme « ç », »oit comme c tch », soit comme c ts ». De nême le g ne doit jamais être émis avec une vaeur semblable è celle du c j » français, ou de r dj ». Ces fausses valeurs « ç, ts, tch, j, dj » sont toutes postérieures (et les unes de beaucoup !) k la période classique.

C'est dans la partie concernant le traitement du vocalisme (tome prem. 347 ss. ; tome sec. 1 à 794) que se rencontrent les matières et opinions soumises aux controverses les plus sérieuses. L'auteur passe d'abord à tour de rôle en revue les diphthongues et les voyelles longues sous le rapport de leur naissance : les mots se présentent par familles, système très commode. Arrive ensuite l'examen de la condensation des diphthongues en voyelles simples : ici sont traitées de nombreuses questions relatives aux désinences casuelles. Impossible de prétendre étudier la déclinaison latine sans se baser sur les considérations nombreuses émises ici par M. Corssen. Dans le tome second nous trouvons l'examen des atténuations et abréviations vocaliques, des chutes de voyelles.

Le dernier quart du volume est relatif àl'accen-

tuation. Voici encore une matière trop négligée chez nous, l'on peut même dire absolument négligée. Combien de personnes, j'entends parmi les lettrés, ont soupçon du principe général si simple que l'accent repose sur la pénultième si elle est longue, sur l'anté-pénultième soit longue, soit brève, si la pénultième est brève? Bien peu assurément, et cependant ce n'est encore là qu'un fait bien élémentaire et bien général. L'exposé des principes de l'accentuation de la période classique du latin est tracé par M. Corssen en une centaine de pages d'une façon très nette etfacilement compréhensible. Quant au vieux procédé d'accentuation, système dans lequel l'accent n'était point forcément dans les trois ultièmes syllabes et ne se trouvait pas stipulé parla durée vocalique, les quelques considérations qu'émet l'auteur sont sans doute fort intéressantes, mais échappent, je l'avoue, à ma critique.

Ainsi que je l'ai dit déjà la polémique de M. Corssen nous indique les auteurs à consulter sur telle et telle question de la grammaire latine (par ex. Léo Meyer, Vergleich. grammatikdergriech. und latein. spr. ; — Bûcheler, Grundriss der latein. declination, 1866; — Ascoli, Schweizer- Sidler, Zeyss, Frœhde, dans la Zeitschr. de M. Kuhn ; — Ritschl, opusc. phil. ; quaest. epigraph. de déclinât, quadam latina reconditiore ;

Bue plautin. exe; — 0. Ribbeck, Beitr. zur ihre von den lat. partikeln, 1869 ; — Ed Lûbbert, er conjunct. perf. und das futur, exact., 1867; - Mer guet, Die entwick. der lat. formenbilung; — Brambach, Die neugestalt. der latein.

rthogr., 1868; — etc. etc.) Si je tiens à indiquer l'ouvrage de M. de Caix le S. Aymour La langue latine étudiée lans l'unité indo-européenne, — le premier volume seul a paru, — c'est uniquement w point de vue du plan que l'auteur s'était proposé : le premier livre étant consacré à une expofition historique, le second à un résumé grammatical, le troisième à une classification lexique. La préoccupation constante du retour au type commun domine fort louablement tout le travail, laais il est aussi trop souvent déparé par de malencontreux rapprochements. M. Schweizer- Silder l'a jugé fort équitablement, me semble-t-il, et très pratiquement : Neue jahrbûcher fur philologie, 1869 I 717. Une nouvelle édition, strictement revue, rendrait un grand service.

Pour l'enseignement classique il importe de recommander l'écrit de M. Schweizer-Sidler :

Elementar- und formenlehre der lateinischen sprache fur schulen (1869). C'est là un livre que j'indique d'une façon toute spéciale

et avec l'idée la plus intimement convaincue de son excellence. Je pense qu'il serait difficile, pour l'instant, d'introduire dans les écoles une plus forte dose de grammaire comparée, mais je crois aussi àla parfaite efficacité du procédé sum par l'auteur. L'introduction, courte, — deux pages seulement, — mais très précise, et dégagée de toute superfiuité rhétorique, présente la parenté italique, spécialement latine. La partie phonétique est peu développée, — une quinzaine de pages, — mais son enseignement doit constituer une révélation véritable pour l'étudiant habitué à la déplorable étude mécanique habituelle. De plus quelques paragraphes sont consacrés à la prosodie et quelques autres à l'accentuation. La' déclinaison, la conjugaison et la formation des mots sont fondés avant tout, dans leur exposition, sur une analyse sévèrement scientifique : il y a là un point capital, et dont la méconnaissance rend tout à fait irrationnel l'enseignement classique vulgaire. — Une excellente mesure est la désignation prosodique ; elle est suivie soigneusement. Il est à espérer que l'auteur sans trop tarder, complétera son œuvre précieuse par la rédaction de la partie syntactique, pour laquelle il est si bien préparé (voyez ci-dessus p. 62) ; il est à souhaiter aussi que les puissances compétentes

. accordent, également sans trop tarder, une stice pratique. Cela ne serait point malaisé, et ist un bien sincère regret pour moi que de n'y ►uvoir apporter que mes vœux.

Les St u d i e n zur griech. undlatein. gramm. & M. Gurtius, dont j'ai plus haut fait déjà menon, contiennent sur le latin des travaux à conulter (Gœtze, Roscher).

Bans le Rhein. muséum, nouvelle série, t.

[uatorze, on trouvera de Schleicher un précis de ?\xVstoire des langues italiques, spécialement au point de vue de la caractérisation des périodes. Voir également Kirchhofif dans TAllgemeine ïûonatschr. fur wissensch. und litt., année

En ce qui concerne les sources Q faut recourir

^uCorpus inscriptionum latinarum (Th.

Mommsen) de l'académie de Berlin ; aux P r i s c a e

Utinitatis monumenta epigraphica de

M. Ritschl; au Glossarium italicum de

M. Fabretti (1858 ss. ); aux Inscriptions

^trét. de la Gaule de M. Le Blant; aux

Inscript, romaines de l'Algérie de

^- Rénier. — Consultez encore Egger :

Latini sermonis vetustioris reliquiae selectae

— oeil va de ^oi que les idiomes italiens autres que le latin, notamment l'osque et l'ombrien, ne doivent être abordés qu'en second lieu et après une étude aussi approfondie que possible de la langue latine. L'ouvrage de M. Corssen (Ueber aussprache... voyez ci-dessus) doit être ici d'un très grand secours. D'autres moyens de renseignement sont, entre autres, les suivants : Aufrecht undKirchhoff, Ueber die umbrischeu sprachdenkmaeler , ouvrage fondamental*, — Th. Mommsen, Die unteritalischen dialecte, très important ; — KirchhofiF, D as stadtrecht von Bantia; — Lange, Die osk. inschr. der. tab. bant. — VoyeZi également Schweizer-Silder dans la Zeitschr. del M. Kuhn, XIX 228, et Leskien dans la Chresto-| mathie de Schleicher, 205.

Je ne quitterai pas le domaine italique sans dire quelques mots des langues romanes, spécialement du français.

Il est fâcheux que le complément de la préface (XL ss.) du Dictionnaire de la langue française de M. Littré ne puisse se procurer séparément et sous un format plus maniable. Entrés peu de pages elle contient un très riche enseignement, surtout très clair et intelligible pour un commençant. Le premier pa-

graphe c Des règles grammaticales de l'ancien mçais » traite d'une façon sommaire de la dé- Lnaison à deux cas de la langue d'oïl, transition 1 latin à notre parler actuel. Il y est fait allusion paiement au procédé logique de métamorphose 1 mot selon la place de l'accent latin. Voyez >écialement à ce sujet 6. Paris, Etude sur le Ole de l'accent latin dans la langue rançaise (1862).

Encore dans la préface de M. Littré le pararaphe c Des langues romanes au nombre des- [uelles est la langue française » réclame une tttention toute particulière ; le suivant c Aperçu le l'histoire de la langue française » revient sur ^^s deux cas de la langue d'oïl et sur le rôle de l'accent. Ces deux questions sont en eflFetles deux questions fondamentales.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de les voir considérées et étudiées à plusieurs reprises dans ^'Histoire de la langue française, recueil de divers articles publiés de 1855 à 1861 par M. Littré. Le livre n'est pas systématiqueinent ordonnancé mais le registre qui le dépouille y permet une orientation peu difficile.

Entre les différentes monographies de ce derûier ouvrage on en trouve une relative à la Grammaire de la langue d*oïl de M.

Burguy , recommandée à très juste titre. Une nouvelle édition en a paru récemment mais je pense qu'elle a peu varié de la précédente.

Le petit volume de M. Brachet, Grammaire historique de la langue française (1867) est un résumé conduit méthodiquement. Du même auteur: Dictionnaire des doublets de la langue française (1868) , utile à consulter spécialement pour les mots dits de formation savante.

D'ailleurs l'ouvrage fondamental pour Tétude, soit élémentaire, soit plus élevée est, on le sait suffisamment, la Grammatik der romanischen sprachen de M. Diez. Après un exposé des éléments constitutifs des langues romanes et une description de leur domaine (italien, valaque, espagnol, portugais, provençal, français, roumanche), l'auteur examine la transformation, ou les transformations, de chaque voyelle ou consonne latine sur les diflFérents terrains romans. Inutile de dire que le reste de l'ouvrage ne peut être étudié avec profit qu'après une claire possession de cette première partie. Suivent naturellement la déclinaison, la conjugaison, la dérivation toujours étudiées par une méthode strictement comparative. La dernière partie est consacrée à la syntaxe. — L'ouvrage demande à être com-

létéparl'Etymologisches wœrterbuch der Oman . sprachen du même auteur.

On a beaucoup écrit sur les langues romanes, t comme il est aisé de se renseigner sur les au- Burs à suivre, je ne veux nullement entrer en me sorte de catalogue bibliographique dont la ongueur serait inacceptable.

Je ne dois toutefois pas ne pas signaler concerlant le latin vulgaire, si important dans la fornation des langues romanes, l'ouvrage de M.

Hugo Schuchardt : Der vokalismus des vulgarlateins.

Concernant les langues celtiques j'ai peu de

choses à dire. L'ouvrage de Zeuss, comme on sait,

est fondamental sur cette matière. M. Ebel en a

ionné récemment une nouvelle édition où il amis

beaucoup du sien; le titre est celui-ci : Gramma-

tica celtica e monumentis vetustis tam hiber-

ûicae linguae quam britannicarum dîalectorum

cambricae cornicae aremoricae comparatis gal-

licae priscae reliquiis, construx. Zeuss, éd. ait.

curav. Ebel. Deux très forts volumes. L'auteur

indique dans une table préliminaire un certain

nombre de documents à consulter. J'y ajouterai

W. Stokes, Irish glosses (1860).

Les Beitraege zur vergleich. sprachforsch. de MM. Kuhn (et Schleicher) , Leskien et Joh.

Schmidt (1858 ss.) oontiennent un bon nombre de monographies plus ou moins étendues sur les langues celtiques (Aufrecht, Schleicher, Ebel, "W. Stokes, Becker, Lottner, Diefenbach , Cuno, Gluck).

De M. W. Stokes : The création of the world; a comish mystery in ancien cornish. Avec traduction et notes. Bien que n'ayant pas cette publication sous les yeux, l'autorité considérable de M. Stokes me permet de la signaler.

J'indique également la Revue celtique publiée par M. Gaidoz avec le concours de spécialistes, quelques-uns du premier rang. Actuellement deux fascicules ont paru.

Au surplus les indications données dans Compendium de Schleicher (voir également 1 notes additionnelles de l'Indogermanische chrestomathie) sur le vieil irlandais me paraissent

d'une grande utilité comme étude préparatoire.

Parmi toutes les langues aryennes de l'Europe c'est le lithuanien qui l'emporte, et de beaucoup^ par sa merveilleuse fidélité grammaticale, du moins sous le côté de la phonétique. C'est là ce qui rend l'étude de cette langue si remplie d'intérêt malgré de très sérieuses difficultés.

Le lithuanien dont le plus ancien monument remonte vers le milieu du seizième siècle de notre

ère, se parle encore à l'heure actuelle, partie en AUema^e, partie en Russie. La limite occidentale est déterminée , selon la constatation de Schleicher, par une ligne partant de Labiau (sur le lac de Courlande) et se dirigeant jusqu'à Grodno (sur le Niémen). De là la frontière remonte par une inflexion au nord- est puis au nord-ouest pour cour prendre fin du côté du port de Liban. La plus grande part du domaine lithuanien est donc en Russie . Du côté de l'Allemagne son domaine se restreint d'ailleurs de jour en jour et dans un temps relativement peu éloigné on ne le trouvera plus sans doute que dans les huttes les plus misérables.

Le lithuanien connaît deux dialectes principaux : le haut -lithuanien et le bas-lithuanien. Ce dernier reçoit également le nom de jémaïte. Le haut-lithuanien est celui que l'on entend au sud : il se parle dans la plus grande portion de la partie allemande, et est relativement le plus pur.

* L'ouvrage fondamental pour l'étude du lithuanien est le Handbuch der litauischen sprache de Schleicher: le premier volume (1856) est consacré à la grammaire, le second à une chrestomathie. En 1843 et 1849 avaient paru deux brochures de M. Kurschat sous le titre de Beitrœge zur kunde der littauischen

s p r ache dont le mérite sous le rapport d'e: titude d'observation est assurément des plus coi dérables, mais avec lesquels il serait bien difficD d'atteindre, sans d'autres secours, à une bonne coi naissance du lithuanien. Je ne les indique doi dans la pratique que d'une façon subsidiaire, toi en reconnaissant leur très grande valeur. GN spécialement sous le rapport de l'accent qu'ils oi rendu le plus notable service à Schleicher : quiconque a tant soit peu étudié ce parler a bien vil reconnu quelle était la difficulté de son accentua tion.

La prononciation demande également une biei grande application : heureux qui peut atteindre ici simplement à un à peu prés.

La grammaire de Schleicher traite spécialement du haut-lithuanien. Il avait été l'étudier dans la localité même, d'où l'exactitude si parfaite de son travail. Sa chrestomathie, composée en grande part de chants populaires, les uns édités par lui pour la première fois, et de contes, est accompagnée naturellement d'un vocabulaire.

M. Kurschat a entrepris récemment la publication d'un dictionnaire allem.-lithuan. et lithuan.allera. (1870 ss.) : Wœrterbuch der littau isch en sprache. La première partie, qui, vraisemblablenient n'en est encore qu'à son

remier tiers, se réfère spécialement au haut-liluanien.

Le dictionnaire de M. Nesselmann, W œ r t e ruch der littauischen sprache (1851) st d'un très réel secours malgré toute Timpréci- Lon de son système orthographique.

Le texte le plus important de la langue lithuar tienne est, sans contredit, l'œuvre de Christian ionalitius , poète du dernier siècle. C'est aux iditions de Schleicher (1865) et de M. Nesselmann 69)qu'ilfaut recourir; la dernière est accompagnée Fune traduction allemande, toutes les deux d'un glossaire.

Je dois insister tout particulièrement en ce qui concerne le lithuanien sur la nécessité de recourir à un système orthographique bien précis. Ceux de Schleicher, de MM. Kurschat et Nesselmann diffèrent les uns des autres et parfois d'une façon très grave. Je donne sans conteste la préférence à la manière de voir formulée par Schleicher dans son Compendium § 90. (Cf. Leskien Liter. centr. U. de M. Zamcke 1871, n" 33 p. 830). J'ajouterai que c'est dans cet ouvrage qu'il convient de rechercher les premiers éléments de la langue lithuanienne spécialement en ce qui a trait à la phonétique, du § 90 au § 101 et du § 184 et au § 194. Ou étudiera ensuite l'introduction du dictionnaire

de M. Eurschat (fascicule premier), notamment en ce qui concerne Taccentuation. Voyez également sur un point important de la grammaire lithuanienne (et slave) Joh. Schmidt au tome YI (129) des Beitr. de M. Kuhn.

Les moyens d'étude de Tesclavon liturgique (dénommé également slavon ecclésiastique, vieuxi Slovène, vieux bulgare) sont multiples et tré^ précis.

La grammaire de M. Miklosich est l'œuvre cW sique sur la matière : Vergleichende grammatik der slavischen sprachen (1852^ 1856). Le tome premier traite de la phonétique] La comparaison porte sur l'esclavon liturgiqufl (ici dénommé vieux slovène, et auquel reviennent les deux cinquièmes du volume), puis le néoslovène (actuellement parlé en Croatie, à Warasdin, Agram, etc.), le bulgare, le petit-russe, le russe, le tchèque ou bohémien et le dialecte slovaque (parlé dans la Hongrie du nord), enfin le haut et le bas-sorbique (enLusace, dans la région où se rejoignent la Saxe, le Brandebourg et la Silésie). — Le tome troisième traite de la déclinaison et de la conjugaison de ces mêmes idiomes toujours avec relation au premier d'entre eux.

n faudrait bien toutefois se garder d'admettre

que le vieil esclavon liturgique soit le type commun des différents idiomes slaves. C'est là une erreur qui malheureusement a cours assez communément. Dans les Beitraege zur vergleich. spr. forsch.., notamment I 319, Schleicher a élucidé la question d'une façon très satisfaisante. — A ce propos, et paru dans le même volume, je dois citer du même auteur un mémoire sur l'histoire des langues slaves.

Yoilà qui m'amène à dire quelques mots en passant des cartes linguistiques de M. Kiepert : Vœlker- und sprachenkartevon Deutschland und den nachbarlaendern im j. 1867; Vœlker- und spf achenkarte von Oesterreich und den unten- Bonau-laendern. Ces cartes sont dressées en principe d'une façon scrupuleuse et leur diffusion serait très utile. En ce qui concerne l'extension 4es idiomes slaves vers l'occident un coup d'œil sur ces cartes est bien intéressant. Au nord-ouest le point le plus avancé de ces langues est en Bohème : la ligne est à peu près directe de Leitmeritz (allem.), Pilsen (allem.), à Tauss (tchèque); die se dirige au sud-est sur Schweinitz (tch.) puis de là remonte vers Brunn (allem.) en souffrant toutefois un léger angle rentrant avant le 33* degré. De Brunn elle redescent droit à Presbourg (allem.), puis elle se prolonge avec plus ou moins

de sinuosités jusqu'au 40* degré longitudinal. Jusqu'à présent tout ce qui est à droite et au-dessus de cette ligne, c'est-à-dire à l'est et au nord, est tchèque et slovaque. A partir du40' degré longit. jusqu'au 48*, c'est-à-dire jusqu'à Odessa c'est a» nord le domaine russe (au sud le roumain) . Si nous ei revenons à notre point de départ de Leitmeritz en Bohème, nous constatons que la ligne séparant Ib slave au sud de l'allemand au nord passe entre Reichenberg (ail.) et Mûnchengrsetz (tch.) pour aboutir un peu avant Braunau (allem.). De là elle se dirige au sud un peu plus bas que Zwittau (allem.), puis à l'est sur Olmûtz (allem.), Friedeck. Quelques lieues droit au nord on atteint la frontière polonaise : Ratibor, Lœwen, Rawitsch, Bimbaum, puis vers l'est Labischin d'où après un retour vers le 35* degré longit. l'on atteint tortueusement la Baltique vers le 36'. Toutefois à droite de cette ligne, c'est-à-dire à l'est, il y a encore une masse compacte de langue allemande, comprenant le quadrilatère formé par Danzig, Graudenz, Oletzko et Tilsit. Quant à la partie slave méridionale (Croatie, Serbie) séparée de la partie septentrionale (Bohême, Moravie, Galicie, Russie) par l'Autriche, la Hongrie et la Roumanie, elle commence au nord près de Gemona, Gividale dans la Frioul italien •, elle redescend en Istrie, près-

qu'entièrement slave, — une mince lisière de la cote occidentale, Parenzo, Bovigno, Dignano, parle italien ; — elle suit la côte adriatique jusqu'au 42* degré latit., et de là, par plus ou moins de contours, gagne Nisch (serbe) laissant encore s'étendre à l'est la grande partie bulgare de la Turquie. La limite septentrionale de la partie sud slave côtoie Klagenfurth, S. Georgen, Esseg,pour remonter vers Temeswar à l'est duquel on parle roumain. — Toute cette énumération est sans doute peu intelligible à la lecture, mais je pense qu'elle se laisse suivre facilement avec une carte sous les yeux.

En 1852 Schleicher a publié un volume intitulé Die formenlehre der kirchenslawischen sprache, qui peut déjà, par lui seul, amener à une bonne connaissance de cet idiome important.

J'ai attentivement examiné le volume récemment publié par M. Leskien : Handbuch der altbulgarischen sprache. Grammatik.

Texte. Glossar. 1871, La partie grammaticale est peu développée (soixante-dix pages) mais complète. Elle ofire manifestement un guide qu'il est aisé de suivre pas à pas, soit dans l'étude privée, soit dans l'enseignement public, en s'aidant par une suite sérieuse de références aux ouvrages

plus développés dont rindication a été donnée cidessus. Les textes occupent une centaine de pages : Timpresssion est nette, correcte, et commode pour les commençants, ce qui est d'importance. Une extrême utilité se laisse retirer du glossaire relatif à ces textes (environ soixantedix pages). L'auteur a pleinement atteint le but qu'il se proposait : quiconque suivra avec intelligence ce volume élémentaire abordera sans peine les études subséquentes.

J'indiquerai comme texte l'Evangile d'Ostromir, édit. Al. Vostokov (1843) . Toutefois pour commencer avec une lecture plus facilitée, il est préférable de s'exercer d'abord sur les fragments publiés avec transcription et glossaire, par M. Leskien dans l'indo-germ chrestomathie, 264 ss. ainsi qu'à ceux de son manuel plus haut cité.

Quant à un vocabulaire celui de M. Miklosich est une œuvre capitale et telle qu'on pouvait l'attendre de son auteur : Lexicon' palaeoslovenico-graeco-latinum, emendatum auctum (1862-65) .11 contient près de douze cents pages. Les mots y sont donnés sous leur forme graphique cyrillienne, et, la plupart du temps, avec leur référence aux autres idiomes slaves et même indication de leur parenté avec les langues congénères. Dans une table introductive (III à XXI)

n a roccasion d'être renseigné sur le titre d'un nrand nombre de publications slaves, ce qui est l'une grande utilité.

Le terrain du germanisme est sans aucun doute m des plus intéressants à aborder. C'est principa* ement du côté de sa phonétique, et notamment m ce qui concerne les consonnes, qu'il doit attirer lotre attention. Le célèbre Grimm a formulé sous ye rapport une loi bien connue, adoptée communément. Et pourtant cette prétendue loi, il n'y a pas à se le dissimuler, n'a rien de légitime. Non- Beulement les explications qu'elle fournit supposent nombre de faits qui ne se sont jamais réa- ^és, mais elle méconnait encore bien des faits <iui ont eu leur parfaite et très avérée réalité. Je i^'ai pas à exposer la théorie de Grimm, on la trouvera d'ailleurs reproduite dans une foule d*auteurs. Seulement ce dont je dois prévenir ici c'est que son côté faible et toute son erreur insiste en ce que Grimm a continuellement confondu avec de prétendues aspirées les sifflantes du germanisme : les f, les h, les thy du gotique, P&r exemple, n'ont rien de commun avec des ^pirées, ce sont des sifflantes. Cette confusion, ]^ le répète, est le point de départ de toute l'erreur, c'en est la génératrice.

D'ailleurs le traitement que le germanisme fit subir aux consonnes explosives de Torganisme typique indo-européen (c'est à savoir aux explosives fortes p, T, K, aux explosives faibles b, D, o, aux explosives aspirées bh, dh, gh plnfl faibles encore que les précédentes puisque l'aspiration, le souffle qui les termine est un empêchement à la sonorité), ce traitement, dis-je, est des plus simples. Il consiste uniquement en un renforcement : 1° les aspirées organiques se trouvent renforcées par la perte du souffle qui les enchaîne en quelque sorte, c'est-à-dire qu'elles deviennent explosives faibles ou moyennes ; 2** les faibles oa moyennes organiques montent au rang de fortes; 3" les fortes organiques sont sifflées, c'est-à-dire qu'elles deviennent f, h (sifflé), tk (sifflé, le th dur anglais). Telle fut l'évolution très simple et très nette qui caractérise la période germanique commune.

Une seconde période commence avec la division du germanisme pur en ses quatre bi*anches, à savoir le Scandinave, le gotique, le bas-allemand, le haut-allemand. Deux phénomènes réclament ici toute notre attention. Le premier est celui du fait dénommé par M. Ghavée c polarité >. Le voici exposé sans développements : les sifflantes f, A, th (prononcez toujours cette dernière

lia façon du th dur anglais l), sifflantes obte-

lues par le renforcement des explosives fortes

)rganiques, peuvent ou bien rester telles quelles,

)u bien connaître la variation suivante : f devient

5 puis b ; secondement, th (dur sifflé) devient th

doux sifflé) puis d ; troisièmement, h (dur sifflé)

levient h (doux sifflé) puis A Comme on le voit

la sifflante dure devient sifflante faible, puis

îelle-ci permute avec l'explosive faible ou

uoyenne de la même série. Ce phénomène ne

s'est pas toujours produit : il a pu se produire,

ai-je dit. D'autre part, dans sa production, il se

trouve parfois n'avoir encore atteint à l'époque

actuelle que le second degré, non le dernier. Si

car exemple nous prenons le t organique, nous le

soyons en anglais sous la double forme du th fort,

premier degré, et du th faible, second degré : le

flamand, le hollandais ont poussé plus loin et ont

atteint d. C'est à ce dernier qu'arriveront forcé-

ïûentuujour ou l'autre tous les </i anglais; ce

û*est là qu'une question de tempe, et l'on peut

voir très facilement que certains dialectes y ont

<léjà atteint. — Le second phénomène qui doit

attirer notre attention dans le passage du germa-

^«oae commun en ses quatre branches, c'est que

lohaut^aUemand, ou du moins la partie rigou*

'«use du haut-allemand, fit subir au type germa-

nique commun un nouveau renforcement : il lui rend ce que celui-ci avait fait au t3rpe indo-européen. C'est ainsi que dans le haut-allemand rigoureux les bjd, g du germanisme commun deviennent p^t,i : de même les p, t, l du germ. comm. deviennent f, th (sifflez!), h (sifflez!) : quant aux f, th, h, bien difficiles à renforcer davantage, les feih restent tels quels et les th deviennent des z. Il faut attribuer tout le mérite, et certes il n'est pas minime, de la constatation et de la fixation de ces deux phénomènes c renforcement > et c polarité > à M. Ghavée. Leis travaux que j'ai faits sur cette question (La théorie spécieuse de Lautverschiebung, — Revue d linguist. et de philol. comp.

294, etc.) n'en sont qu'une pure amplification.

M. Ghavée vient de traiter sommairement cett^ double question dans un opuscule tout récemment paru et auquel il convient de s'en référer : Enseignement scientifique de la langue allemande, 1871.

L'allemand actuel, après la forme du germanisme commun (premier renforcement), a passé par celle du vieux haut-allemand (second renforcement et polarité), puis du moyen haut-allemand avant d'atteindre à celle qu'il affecte aujourd'hui. Etant mis très soigneusement à Fécart le rapport

e la prétendue loi de Grimm, nous trouvons dans ) livre de Schleicher Die deutsche sprache exposé fort précis de cette évolution. C'est à ce vre qu'il convient de s'en référer pour l'étude ont il s'agit. J'en dirai quelques mots ici.

Le vieux haut-allemand, que l'on qualifie parois en France du nom de c tudesque >, était omposé des dialectes francs, alaman-souabe, Mtvarois-autrichien ; sa période s'étend du sepième siècle jusque vers la fin du onzième. Nous irrivons alors au moyen haut-allemand : la caractéristique de cette transition est la transformation, l'atténuation si l'on veut en un e indistinct de la voyelle suivant la voyelle thématique; tmi le vieux haut-allemand dit gibu\ je donne, le moyen dit §ibe ; quant aux voyelles radicales dles restent à peu prés les mêmes. Le dialecte souabe fut alors le plus cultivé, le plus en honneur, et l'on sait que cette période moyenne est ffxme richesse inouïe sous le rapport littéraire, notamment le treizième siècle. C'est jusqu'au seizième siècle que s'étend le moyen haut-aile-

Ce qui distingue le nouveau haut-allemand, ou *!lexnand moderne, c'est (voyez Schleicher, op. <îit., deux. éd. 105) p. en premier lieu le ton, ^accentuation, déterminant la longueur de lasyl-

labe radicale , secondement le caractère quasifactice du parler lettré. Pour ce qui a trait an premier de ces caractères il faut observer, en effet, que, dans le moyen haut-allemand, la syllabe radicale était tantôt courte, tantôt longue : cette distinction est malheureusement perdue par l'allemand moderne qui s'en réfère ici uniquement à l'accentuation; de là une foule d'homopho- . nies qui n'existaient point dans le parler plus ancien. — La seconde caractéristique est également considérable. Le vieux haut-allemand est constitué simplement du dialecte de l'écrivain, le moy. haut-ail. laisse prédominer le langage des cours; quant à l'allemand nouveau ce n'est point un dialecte allemand, il ne constitue le parler particulier d'aucune population spéciale. De là les choses peu naturelles et souvent monstrueuses que l'on y peut relever^ et dans les sons et dans les formes : au milieu des divers dialectes allemands l'on est en droit de dire, en effet, que c'est un parler impersonnel. «En remontant les années passées <m peut suivre la langue moderne allemande jusqu'à Luther : il y a assurément des différences à constater, de l'ancien et du nouveau, mais c'est bien toujours la même langue. Son origine est dans le parler employé dans les chancelleries de l'époque, dans les actes diplomatiques, recourant aux diffî-

»nts dialectes populaires^ surtout à l'autrichien. Btte langue grâce aux actes officiels, grâce surent à Luther, se fit jour peu à peu, et, là où il y rait une église, une école, un tribunal, elle délogea » dialecte courant qu'à un moment donné Ton 'arriva plus à trouver seulement que dans les ampagnes. Cf. même auteur, op. cit., deux. éd. . 107. — En ce qui concerne Torthographie de allemand moderne il faut encore bien concevoir [Ue non-seulement elle n'a rien de naturel, rien le logique, mais qu'elle contient les plus injustiiables innovations. Pour les voyelles, par exemple, Schleieher insiste sur les trois erreurs que ^oici. Premièrement : l'allongement des voyelles çat l'accompagnement d'un h est fautif d'après son emploi inconséquent et d'après la confusion ^Qecela amène avec les h réellement légitimes ; k h d'allongement vocalique est partout à supprimer. Secondement : pour allonger également ^^ voyelles parfois on les redouble. De la sorte pour rendre -âr l'on se trouve en possession des trois formules -cuir, -ahr^ -ar ( par exemple iaas «zwar, haar, wahr>). Troisièmement la reddition fréquente d'un simple i légitime par un ie îaatif, Tinverse parfois. Pour tous ces cas diflFé- ^nts la connaissance de la vieille langue donne des réponses sûres et précises. Sur le terrain des

consonnes un des faits les plus malencontreux est la fréquence des th pour t : tous ces th sont barbares et illégitimes. Mais c'est là une question qu'il convenait simplement d'indiquer par ce qu'elle mérite une attention sérieuse ; entrer dans plus de détails serait hors de propos. On peut s'en référer à la Die deutsche sprache, deux. éd. pp. 174 ss., 207, 324 ss., et à l'ouvrage de M. K. G. Andresen intitulé Wortregister fiir deutsche orthographie. Le Compendium est écrit d'après l'orthographie légitime ; de même l'Indogermanische chrestomathie. (Sans entrer en détails sur les dialectes du haut-allemand, je dois désigner les beaux travaux de M. Weinhold: Orammatik der deutschen mundarten. I Âlemannische grammatik ; II Bairische gramm.; 1863, 1867).

M. Koch a publié en trois volumes une Historische grammatik der englischen sp r a c h e que je dois recommander à quiconque veut se familiariser plus spécialement avec le bas-allemand. L'ensemble de l'ouvrage est conçc dans un esprit méthodique et suffisamment synthétique.

Parmi les langues Scandinaves qu'il suffîse de rappeler que l'islandais tient le premier rang par sa conservation remarquable. Il réclame sans

Dnteste la première place dans Tétude de ce raleau germanique.

, Il est certain et bien reconnu que Tétude des ptngues germaniques doit être commencée par le gotique. (M. Lottner, dans la Zeitschr. de A. Kuhn y 153 , a démontré sans peine la àusseté de Torthographie c Goth, gothique». Les jrots écriraient leur nom avec un t non un th ce lui était bien différent : ce dernier caractère, ou plutôt son équivalent graphique ne constituait pas en effet chez eux une aspirée, mais bien une sifflante que les Romains n'auraient jamais rendue par un t, selon leur forme correcte cGoticus». Voyez également à ce sujet Schleicher Die deutsche sprache. deux. éd. 92).

C'est dans le Compendium que je conseille avant tout l'étude de la phonétique, de la morphologie et de la flexion du gotique. Ces deux dernières parties surtout. La première est entachée malheureusement de la théorie de Orimm dont il a été parlé tout à l'heure, puis je ne pense pas davantage (cf. Berth. Delbrûck, M. Heyne dans la Zeitschr. fur deutsche philol. 1 125 372 de MM. Hœpfner et Zacher) qu'il le faille suivre davantage sous ce rapport en ce qui concerne les gradations vocaliques.

M. Westphal a exposé dans la Zeitschr.

de M. Kuhn, II 163, une loi phonique de la plus

haute importance concernant la chute de ceFtainés voyelles dans les syllabes terminales. C'est là, je le dois répéter, un point tout-à<-fait capital, et dont il importe de se procurer une notion trèsclaire dés le commencement des études gotiques. Il faut encore consulter à ce sujet les obse^ yations consignées par M. W. Scherer dans son bel ourrage Zur geschichte der deutschen sprache, 92 à 168. Cet ouvrage est] d'ailleurs trop rempli de disputations critiqued pour être mis avec profit dans les mains d'uni commerçant. C'est seulement à un certain degré] acquis que toutes ses richesses, et elles sont notables, pourront être utilisées.

Le volume de M. LeoMeyer Die gothisch^ sprache (1869) est un répertoire des plus grand profit : l'ordre en est facilement saisissable et commode.

Le vocabulaire de M. Diefenbach est plein de références très scientifiques Vergleich. wœrterbuch der gothischen sprache, mais comme le livre a été écrit il y a déjà un certain nombre d'années ( 1851 ) , il est prudent de s'en référer après lui aux indications fournies par M. Curtius dans ses Grundzùge der griech.

etymol. ; voir pour cela le registre de ce dernier volume, tout à la fin.

Un dictionnaire gotique éminemment recom-

oaandable pour l'usage pratique est celui de M. Schulze : Gothisches wœrterbuch ttebst flexionlehre (1867).

De la langue gotique nous possédons un texte encore assez important dans les fragments delà ?ersion de la Bible, version due à l'évêque Ulphilas (Wulâla) au quatrième siècle. Il en a été pu-blié un certain nombre d'éditions (v. d. Gabelentz et Lœbe, Massmann, Stamm (Hejne), etc.) généralement accompagnées d'une grammaire plus ou moins développée.

Outre la Zeitschrift de M. Kuhn on trouvera dans la G er mania de Fr. PfeifiFer (1856 ss.) etla Zeitschrift fur deutsche philologie de MM. Hœpfner et Zacher un grand nombre de travaux propres à consulter souvent même pour une étude élémentaire, et l'on y puisera de nombreux renseignements bibliographiques, tant sur les langues Scandinaves que sur le gotique et le haut et bas-allemand.

(Au surplus, et d'une façon générale, les recherches de cette sorte sont facilitées par les relations du volume de M. Benfey Geschichte der sprac hwissenschaft und orientalischen philologie in Deutschland [1869]. L'on y trouve également des indications sur les langues anaryennes).

Il serait superflu d'étendre davantage les considérations qui précédent. Elles ne sont relatives qu'aux études de la première heure, mais je les crois largement suffisantes pour ce but, et, d'ailleurs, je n'avais en vue, en commençant ce travail, que des instructions élémentaires. L'essentiel en fin de compte est de prendre dés les premiers pas l'habitude méthodique : le développement vient de soi. Et sans peine. La peine est tout au contnâre à qui s'élance en fantaisiste, en irrégulier, dans le domaine des conjectures et de l'à^peuprés, sans égards pour c un corps de doctrine dont il n'est plus possible de s'éloigner impunément » (Baudry, op. cit. V) : combien nombreux sont mal-' heureurement ceux là! La précision engendre seule et peut seule engendrer la facilité : sans précision tout est précaire et demeure forcément entaché de caducité. Soyons précis avant tout : telle est la première, telle est la dernière instruction.

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