HOTEL-DIEU
Etude du diabète sucré; par M. Bouchardat.
Depuis le commencement de 1840, M. Bouchardat a constamment employé l’appareil de polarisation pour déterminer la quantité de sucre contenu dans les urines diabétiques. Les résultats qu’il a obtenus sont consignés, i° dans un Mémoire imprimé dams V Jnnuaire dt Thérapeutique pour 1842; 2'’ dans un nouveau Mémoire présenté à l’Académie le 7 janvier 1845, qui sera imprimé dans V Annuaire de Thérapeutique de 1846.
Sur la digestion des matières sucrées et féculentes ; par MM. Bouchardat et Saindras. (Mémoire imprimé par extrait dans le Compte rendu de V Académie des Sciences du 20 janvier 184.^.)
On a pu , à l’aide de l’appareil , suivre les modifications les plus légères des matières sucrées et féculentes.
Sur les propriétés optiques des alcalis végétaux; par M. Bouchardat. (Mémoire imprimé dans le numéro d’octobre i843 des Annales de Chimie et de Physique. )
Voici la liste des matières examinées et leurs principales propriétés optiques ;
1°. La morphine: cet alcali , observé dans ses solutions, soit à l’état d’isolement, soit en présence des acides ou des alcalis, exerce toujours la déviation vers la gauche. Lorsqu’il se trouve en présence des acides, il porte dans la combinaison son pouvoir propre sensiblement inaltéré, et il en ressort dans son état primitif quand on sature l’acide ; mais la présence prolongée des alcalis minéraux altère ce même pouvoir d’une manière durable.
2°. La narcotine: cet alcali, observé dans ses solutions à l’état d’isolement, exerce une déviation à gauche très-énergique. Si l’on ajoute des acides à ces solutions , le pouvoir passe à droite ; il revient vers la gauche en saturant l’acide par l’ammoniaque.
3°. La strychnine : en solution isolée, elle exerce un pouvoir très-considérable vers la gauche. L’addition des acides affaiblit beaucoup ce pouvoir sans le changer de sens. La saturation de l’acide par l’ammoniaque le ramène à son état primitif d’intensité. Un excès d’ammoniaque n’y produit pas de changement ultérieur.
4°. La brucine : dissoute seule dans l’alcool , elle exerce la déviation vers la gauche. L’addition de l’acide chlorhydrique modifie instantanément ce pouvoir et l’affaiblit sans le changer de sens; si l’on sature l’acide par l’ammoniaque, le pouvoir primitif reparaît. Une addition ultérieure d’ammoniaque l’augmente.
5". La cinchonine : en solution isolée , elle exerce vers la droite un pouvoir rotatoire considérable. Par l’addition des acides, ce jiouvoir s’affaiblit en restant de même sens.
6°. La quinine: en solution isolée, de même qu’en présence des acides, elle exerce la déviation vers la gauche ; mais, sous l’influence de ces corps, son pouvoir propre est notablement accru. Il revient à son état primitif quand on sature l’acide , et une addition ultérieure d’ammoniaque n’y produit aucun changement.
Tous les alcalis organiques ci-dessus désignés peuvent se combiner avec les acides et les alcalis minéraux; ils sortent intacts de ces combinaisons, quand on les en sépare après peu de temps. Cette circonstance permettra de les employer, de même que les tartrates , pour étudier optiquement les conditions d’association mécanique auxquelles la formation des combinaisons chimiques est assujettie.
Sur les propriétés optiques de la phloridzine , de la salicine et du cnisin; par M. Bouchardat. (Imprimé dans le Compte rendu de V Académie des Sciences 19 février i844-)
La salicine dévie à gauche les rayons de la lumière polarisée. Les acides étendus, de même que l’ammoniaque, ne modifient pas ce pouvoir à la température ordinaire.
La phloridzine, comme la salicine, dévie à gauche ; mais son action est plus faible : elle ne se modifie pas à la température ordinaire sous l’influence des acides étendus.
Le cnisin dévie à droite les rayons de la lumière polarisée ; son pouvoir moléculaire rotatoire est considérable.
Le cnisin se modifie sous l’influence des bases fortes et des acides, d’une manière permanente.
Mémoire sur les fermentations benzoïque, salj génique et phlorétinique ; par M. Bouchardat. (Imprimé en extrait dans le Compte rendu de l’Académie des Sciences du septembre i844 )
L’appareil de polarisation a permis de suivre les différentes phases de ces transformations, et d’apprécier avec exactitude l’influence des substances diverses sur la marche de ces phénomènes. En effet, ce sont toujours des matières complexes ( amygdaliiie, phloridzine, salicine ) exerçant la rotation vers la gauche, qui, par leur dédoublement sous l’influence d’une très-petite proportion d’une matière azotée (synaptase) , donnent des matières inactives sur lalumière polarisée, plus un sucre exerçant la rotation vers la droite, et non intervertible par l’action des acides étendus.
Sur les propriétés optiques de l’amygdaline , de l’acide amygdalique et des amjgdalates; par M. Bouchardat. (Imprimé dans les Comptes rendus, a5 novembre i844-)
Tous ces corps dévient à gauche les rayons de la lumière polarisée.
Lorsqu’on fait bouillir l’amygdaline avec de l’eau de baryte , elle se transforme en amygdalate de baryte , et par cette transformation le pouvoir rotatoire est augmenté.
On peut éliminer la baryte de cette combinaison sans que le pouvoir change ; on peut saturer alors avec de l’ammoniaque , et le pouvoir reste encore le même : il n’y a pas de combinaison chimique sensible entre l’eau et l’acide amygdalique hydraté , car les propriétés moléculaires du système composé de ces deux corps ne changent pas avec les proportions des composants.
La loi de rotation propre aux composés amygdaliquesse rapproche beaucoup de celle qui est propre au cristal de roche et à la pluralité des substances actives; mais il existe une différence légère qui a été appréciée.
Les combinaisons de l’acide amygdalique avec les bases salifiables étant étudiées optiquement serviront, comme les tartrates, pour fixer des conditions importantes de mécanique chimique. Mais leur emploi offrira des difficultés particulières , parce que, jusqu’à présent, ces produits n’ont pas pu être obtenus cristallisés.
Sur les propriéte's optiques des térébenthines et de leurs essences ; par MM. Boüchardat et Guibourt. (Imprimé dans le Journal de Pharmacie, numéro de juillet i8/|,5.)
La térébenthine de Bordeaux fournie par le pin maritime dévie à gauche , comme son essence , les rayons de la lumière polarisée.
La térébenthine de la Caroline , qui est la plus commune dans le commerce anglais et qui est fournie parle Pinustada, dévie à gauche les rayons de la lumière polarisée; l’essence qu’on en extrait par la distillation avec de l’eau les dévie à droite.
I.a térébenthine fournie par le sapin argenté dévie à gauche ; son essence exerce la même déviation, mais avec moins d’intensité que celle du pin maritime.
Le baume du Canada fourni par le sapin balsamique dévie à droite les rayons de la lumière polarisée.
L’essence de térébenthine obtenue par la distillation de la térébenthine du mélèze avec l’eau, dévie très- faiblement à gauche les rayons de la lumière polarisée.
Modifications moléculaires de l’essence de térébenthine par la chaleur;
parM. Boüchardat. (Imprimé dans les Comptes rendus de V Académie
des Sciences, séance du 3o juin i8/|5.)
En distillant à feu nu l’essence de térébenthine du pin maritime , son pouvoir moléculaire rotatoire augmente, et elle devient plus propre à dissoudre le caoutchouc. Si cette même essence est modifiée par une température plus élevée , en la distillant sur de la brique pilée , sa propriété dissolvante s’accroît encore , mais la modification moléculaire est alors accusée par une diminution considérable dans le pouvoir rotatoire.
En variant les conditions d’exposition à la chaleur, on obtient avec la même essence des modifications moléculaires qui peuvent varier dans toutes les opérations et qui conduisent à admettre un nombre infini d’états isomériques d’une substance de composition définie.
Sur la fibrine, le gluten, le caséum; par M. Boüchardat. (Imprimé dans les Comptes rendus, 1842, i‘‘‘' semestre, page 962 )
Le caséum, les matières albumineuses delà fibrine et du gluten du froment, dévient à gauche, comme l’albumine de l’œuf ou du sang, les rayons de la lumière polarisée.
Les dissolutions de ces mêmes substances dans les acides très- affaiblis possèdent la même rotation que les dissolutions faiblement alcalines.
HOSPICE BEAIJJOIV.
M. Martin Solon , médecin de cet établissement , a fait une longue étude des urines diabétiques avec l’instrument de polarisation qu’il y a fait établir. Il a suivi chez beaucoup de malades les phases de la sécrétion du sucre comparativement au régime hygiénique et à la nature des aliments. Mais une circonstance indépendante de ma volonté ne m’a pas permis d’obtenir un extrait de ce travail étendu autant que varié , pour l’insérer ici , comme je l’aurais désiré.
J’ai eu raoi-méme l’occasion de suivre , pendant plus d’une année, les phases de la sécrétion diabétique dans un jeune homme qui a malheureusement succombé à cette cruelle maladie. Je me suis assuré que la quantité de sucre, sécrétée dans un même mode d’alimentation, était fort sensiblement différente aux diverses époques d’une même journée , avant et après le travail de la digestion, comme aussi avant et après le sommeil. Le caractère optique permettait de saisir toutes ces nuances avec la plus grande évidence.
Avant que l’on possédât ce diagnostic , on ne pouvait reconnaître le diabétisme que lorsqu’il s’était aggravé au point de produire un désordre considérable dans l’état des individus , et l’on ne le combattait par le traitement médical que lorsqu’il avait déjà o])éré dans les organes une altération profonde. Aujourd’hui qu’on en peut reconnaître les moindres traces, U serait à désirer que les médecins s’étudiassent à le saisir par ses indices extérieurs, et qu’ils appliquassent l’épreuve optique aux urines dès les premiers instants où ils peuvent soupçonner que le mal existe. Car il ne serait peut-être pas impossible de guérir un diabétisme naissant; et c’est du moins dans ce premier état de son apparition que l’on peut avoir l’espérance <le le combattre avec succès.
J’ai eu aussi l’occasion d’étudier des urines dites albumineuses. Non-seulement elles ne contenaient point de sucre, mais le caractère optique faisait voir que ce n’était pas de l’albumine animale proprement dite qui les dénaturait ; car elle exerce le pouvoir rotatoire vers la gauche, et les urines ainsi désignées n’exercent aucune action sur les plans de polai isation des rayons lumineux.
Une sécrétion exagérée d’urine limpide n’est pas non plus un indice certain de diabétisme sucré. J'ai observé des cas pareils où il n’y avait aucune trace de sucre sécrété. En général , le caractère optique est le plus simple et le plus évident qu’on puisse employer pour discerner le diabète sucré véritable des autres affections qui s’en rapprochent par les apparences.
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