Instructions relatives au choléra-morbus
L’invasion du choléra en France paraît vraisemblable. Sans nous en effrayer, ne négligeons aucun moyen de combattre le fléau et d’en diminuer les ravages. L’administration n’a manqué ni de prévoyance ni de soin ; elle a pris le sage parti de publier le résultat de ses travaux; nous pensons que c’est un devoir pour nous de lui prêter secours. C’est dans cette intention que nous analyserons les documens dont la connaissance importe le plus à la population.
On sait qu’il a été formé dans les arrondissemens de Paris des commissions de salubrité, correspondant avec une commission centrale chargée de proposer à l’administration .les mesures reconnues utiles et nécessaires. Voici quelques-uns des résultats obtenus par le zèle philanthropique de ces commissions. Nous les trouvons dans un rapport présenté par M. Gisquet , préfet de police , à M. le ministre des travaux publics.
Plusieurs propriétaires, éclairés sur la mauvaise tenue de leurs maisons, y ont fait des améliorations notables dans 1 intérêt de la santé publique. Les plombs, les fosses d’aisance, les ruisseaux des cours, les gargouilles, les puits, puisards , etc., etc. , ont déjà , dans beaucoup de maisons , reçu les réparations
demandées en vain depuis long-temps. Une foule d’animaux inutiles ont été détruits, des améliorations ont meme été apportées dans les habitudes hygiéniques de quelques habitans. La voie publique, explorée avec soin , a reçu d’utiles réparations. De nouvelles bornes-fontaines ont été établies dans les quartiers les plus insalubres. La commission centrale s’est chargée de la visite des établissemens publics, tels que les hppitaux , hospices, prisons, casernes, théâtres, collèges, etc., etc., à l’effet d’indiquer les améliorations dont ils sont susceptibles sous le rapport de la salubrité, et les rnesures extraordinaires dont, ils pourraient être l’objet en cas d’invasion du choléra,
M. le préfet de police annonce, dans son rapport, qu’il, a invité la commission centrale à s’occuper, 1° d’un travail sur les hôpitaux temporaires, que l’on pourrait affecter aux personnes atteintes de la maladie , et sur les hppitaux de convalescens que l’on établirait dans les comrnunes rurales; 2° d’un travail sur Içs ambulances ou bureaux de secours dans lesquels on ne recevrait aucun malade , et qui seraient destinés à porter les seepurs d’urgence aux personnes, qui le^, réclameraient.
Enfin la commission centrale a fait, une instruction populaire pour le régime à suivre afin de se pré^eryerj du et sur la|Cou,duite à tenir si la^maladie se déclare.
I^e travail, en a été confié àpine CQmraission compQ§é,e^,dç ,M|i|[! Pa^set, EsquiroL, Desgenettes, Leroux,, Juge , .Çhçya^’^r.» Legrand, et Marc, rapporteur. Cette instriiçtio.n est rêdjgéje avec une grande
clarté et mise à la portée de toutes les classes de la société. Nousi croyons utile de la publier ici en entier.
Le choléra est une maladie grave. Cependant il est plus effrayant quand on l’attend qu’il n’est dangereux lorsqu’il existe. D’autres maladies épidémiques, telles que la petite vérole, la scarlatine, certaines fièvres nerveuses, ont fait beaucoup plus de ravages, puisque dans les contrées de l’Europe où il a régné, et où il a rencontré le plus de circonstances favorables à sa propagation, il n’a guère attaqué qu’un individu sur 70, et que dans quelques villes même , ses atteintes n’ont pas jusqu’alors dépassé la proportion d’un individu sur uoo.
Conduite à tenir pour se préserver du choléra.
I ° Le peu de danger que l’on court d’être atteint du choléra doit rassurer les esprits. Il faut donc ne pas s’inquiéter et ne penser autrement à la maladie que pour exécuter les précautions propres à s’en garantir. Moins on a peur et moins on risque; mais comme la tranquillité de l’âme est un grand préservatif, il faut en même temps éviter tout ce qui peut exciter des émotions fortes , telles que la colère , la frayeur, les plaisirs trop vifs , etc.
2° 11 est d’observation que plus l’air dans lequel on habite est pur, et moins on est exposé au choléra.
On ne saurait donc trop faire attention à la salubrité des habitations. Ainsi il faut avoir soin de ne pas habiter et plus encore de ne pas coucher en trop grand nombre dans la même pièce, de l’aérer le matin et encore dans la journée en ouvrant le plus
long- temps et le plus souvent possible les portes et les fenêtres. Il conviendra aussi de placer dans les pièces habitées un large vase contenant de l’eau chlorurée (i). On peut enfin favoriser le renouvellement de l’air en faisant pendant quelques minutes un feu bien clair et flamboyant dans la cheminée.
Il faut faire attention que l’ouverture des portes et fenêtres n’ait lieu qu’après qu’on sera entièrement vêtu, afin de ne pas s’exposer au refroidissement. Il est bon, lorsqu’on le peut, de passer dans une autre pièce pendant cette opération.
Enfin , sous le rapport des chambres à coucher, il faudra se servir de lits sans rideaux , ne jamais laisser séjourner l’iirine ou les matières fécales dans les vases de nuit , qui devront être nettoyés promptement, et toujours contenir un peu d’eau.
L’air humide des habitations, malsain en tout temps, devient très dangereux lorsque le choléra règne. Il faut donc s’abstenir de faire sécher le linge dans la chambre qu’on habite, surtout si on y couche.
Il faut non-seulement songer à aérer les chambres à coucher, mais maintenir encore dans le meilleur état possible de salubrité les maisons et leurs dépendances.
Ainsi il faut avoir grand soin des plombs et des
(i) Eau chlorurée. — Prenez : chlorure de chaux sec, une once; eau, un litre. On verse sur le chlorure de chaux une petite quantité d’eau pour l’amener à l’état pâteux, puis on le délaie dans la quantité d’eau indiquée. On tire la liqueur â clair, et on la conserve dans des vases de verre ou de grès bien fermés. On peut aussi employer avec avantage l’eau chlorurée préparée avec le chlorure d’oxyde de sodium, en mettant une once de chlorure dans dix à douze onces d’eau.
latrines, qu’on nettoiera au moins une fois par jour avec de l’eau chlorurée, ou au moins avec de l’eau. On fera bien de tenir constamment bouchées par un tampon les ouvertures des tuyaux en plomb ou en fonte qui communiquent aux pierres à laver ou aux cuvettes extérieures, et de ne les déboucher quau moment de s’en servir.
Chacun devra veiller à ce que les eaux ménagères soient vidées au fur et à mesure de leur production , qu’on ne les laisse pas séjourner entre les pavés des cours ou allées, et quelles s’écoulent rapidement par le ruisseau ou la gargouille qui les conduit dans la rue. Il faudrait même favoriser cet écoulement par un lavage à grande eau, si la pente n’était pas assez rapide.
Les vitres devront être nettoyées au moins une fois par semaine; car raclion de la lumière est nécessaire à la santé de l’homme.
Les fumiers, les excrémens , les débris d’animaux et de végétaux réclament beaucoup d’attention. On devra en conséquence empêcher leur accumulation en les faisant enlever le plus souvent possible.
On se débarrassera des anitnaux domestiques inutiles. On s’abstiendra d’élever des porcs, des lapins, des poules, ou de nourrir des pigeons, etc., dans des lieux resserrés ou dans des cours peu spacieuses et qùi n’ont pas d’air.
Les habitans des maisons, particulièrement dans les quartiers populeux , devraient à cet égard se surveill(fr mutuellement; ils devraient en outre contri-
buer, chacun pour sa part, à la propreté des rues, surtout lorsqu’elles sont étroites. Il y va de l’intérêt de tous. \
3° Le refroidissement est placé par ceux qui ont observé le choléra au nombre des causes les plus propres à favoriser le développement de cette maladie. Il est donc nécessaire d’éviter cette cause en se vêtant chaudement, et en se garantissant particulièrement le bas-ventre et les pieds de l’action du froid.
A cet effet, il est bon d’entourer le ventre nu d’une ceinture de laine, de porter sur la peau des camisoles de tricot de laine ou de flanelle, de faire usage de chaussons de laine : ces vêtemens seront changés et lavés quand ils seront humides ou salis. On se lavera souvent les pieds à l’eau chaude; on portera des sabots ou des galoches, lorsqu’on sera obligé de séjourner dans le froid et l’humidité ; en un mot, on se chaussera avec propreté, et de manière que les pieds soient à l’abri du froid et de l’humidité.
Beaucoup de personnes, surtout parmi la classe peu fortunée, ont la très mauvaise habitude en se couchant, et plusencoreen selevant, de poser les pieds nus sur le sol froid, etmême d’y marcher. On ne saurait trop blâmer cet usage, qui deviendrait particulièrement dangereux pendant que le choléra régnerait.
C’est encore dans la crainte du refroidissement qu’en été il faudra s’abstenir de coucher les croisées ouvertes. 11 faudra aussi maintenir dans les habitations une chaleur tempérée^ car les chambres trop chaudes rendent les individus qui les habitent plus impressionnables au froid auquel ils peuvent être exposés en sortant.
C’est par la même raison qu’il faudra, autant que possible, rentrer chez soi de bonne heure, ne pas passer une partie de la nuit dans les assemblées ^
dans les cafés , les estaminets , les cabarets , etc. , surtout lorsque les nuits sont froides et liümideS.
4° S’occuper, mener une vie active^ en évitant autant que possible les excès de fatigue, est un des meilleurs moyens de faire diversion à l’inquiélude. Les occupations qui exigent de la contention d’esprit ne conviennent pas. Il en est de même des travaux qui entraînent une privation inaccouturhée de sommeil pendant la nuit.
5® Il a été parlé de l’iitilité des ceintui’cs et des chaussons de laine ; mais il faut que ces vêtemens soient tenus très-proprement. La propreté est toujours très - nécessaire à la santé. Ceiix qui ont le moyen de prendre de temps en temps des bains d’une chaleur agréable ferorit bien d’en faire usage; mais il ne faudra y rester que le temps nécessaire pour nettoyer le cofps; il faudra avoir soin de se bien essuyer avec du linge chaud; et ne pas s’exposér immédiatement à l’air extérieur en sortant dd bain. Cette précaution est surtout Utile lorsque la saison est froide.
Les frictions sèches conviennent beaucoup; il est facile de les administrer en se frottant ou se faisant frotter le soir; ou mieux encore le matin et soir, le tronc, les bras, les cuisses et les jambes^ pendant un quart-d’heure, avec une brosse doute ou avefc une étoffe de laine.
On conçoit, du reste, que pour ce qui concerne en général la manière desé vêtir, il faiidra sé régler selon la saison; mais dans aucun cas on ne devra se vêtir trop légèrement
6° Ijorsque le choléra règne, la manière de se
nourrir est un point fort important. La sobriété ne saurait être trop recommandée. On connaît un grand nombre d’exemples où le choléra s’est déclaré après des excès de table, et il est prouvé que les ivrognes sont plus particulièrement exposés à cette maladie.
Les viandes bien cuites ou bien rôties et pas trop grasses, ainsi que les poissons frais et d’une digestion facile, les œufs, du pain bien levé et bien cuit, devront former la nourriture principale. Les viandes salées et les poissons salés ne conviennent pas; on usera le moins possible de charcuterie , et l’on s’abstiendra des pâtisseries lourdes et grasses.
Parmi les légumes ^ il faudra autant que possible s’en tenir aux moins aqueux , aux plus légers ( i ). Nous ne pensons pas devoir exclure de ces derniers les pommes de terre de bonne qualité. Nous approuvons même l’usage de haricots secs , de lentilles , de pois et de fèves pris en purée (2). Les crudités , telles que les salades, les radis, etc., ne conviennent pas.
Dans la saison des fruits , il faut être très-réservé dans l’usage qu’on en fait , surtout lorsqu’ils ne sont pas parfaitement mûrs ; car alors ils peuvent devenir très dangereux. Les fruits cuits offrent moins d’inconvénient ; mais ils ne devront jamais être mangés en grande quantité : encore moins devront-ils former le fond du repas.
(1) On doit entendre par légumes aqueux ceux qui contiennent beaucoup d’eau de végétation, par exemple, les concombres, les betteraves, la laitue, etc.
(2) La robe ou pellicule de ces légumes secs ou verts, ne contribue en rien à la nutrition, et elle a l’inconvénient de ne pouvoir être digérée.
Il est des alimens généralement sains, mais que, par une disposition particulière de l’estomac , certains individus digèrent difficilement. Ces alimens devront, comme de raison , être évités par eux. Chacun doit, à cet égard, étudier son estomac.
Il faut, en temps de choléra^ manger moins à la fois qu’à l’ordinaire , sauf à faire un repas de plus , mais toujours léger.
Les boissons exigent la plus grande attention. Toute boisson froide prise quand on a chaud est dangereuse. Il ne faut se désaltérer que lorsqu’on a cessé de transpirer , c’est - à - dire qu’il ne faut pas boire froid lorsqu’on est en sueur. Les suites de cet abus sont d’autant plus funestes, que la boisson est plus froide et qu’on a plus chaud. L’eau devra être claire; l’eau filtrée est préférable à toute autre. Il faut l’aiguiser avec très-peu de vinaigre ou d’eaude-vie. Lorsqu’on veut la boire pure (deux cuillerées à bouche d’eau-de-vie ou une cuillerée abouche de vinaigre pour une pinte d’eau), surtout si la saison est chaude, et qu’on soit obligé de se livrer à un travail corporel qui, en excitant la transpiration , provoque la soif et oblige par conséquent de j boire souvent. Il faut alors boire peu à la fois. L’eau j rougie, c’est-à-dire l’eau à laquelle on aura ajouté un 1 peu de bon vin, convient également. Enfin on peut s faire avec succès usage d’une eau légèrement aroma- I tisée avec une infusion stimulante , comme par exem- ' pie avec une infusion de menthe poivrée ou de camomille (une pincée de menthe ou six têtes de camomille pour une chopine d’eau bouillante, à laquelle
on ajoutera, après le refroidissement, une chopine d’eau froide) ,( i).
Rien n’est pernicieux comme l’abus des liqueurs fortes. Il est prouvé par un très - grand nombre d’exemples que le choléra attaque ïie préférence, comme nous l’avons déjà dit, les ivrognes, et ceux même qui sans faire un abus habituel de boissons fortes commettent par occasion, par entraînement, un seul excès de ce genre.
L’usage de l’eau-de-vie prise seule et à jeun , usage si répandu dans la classe ouvrière, et si nuisible en tout temps, devient particulièrement funeste lorsque le choléra règne, l^es personnes qui ont cette habitude devraient manger quelque chose, au moins un morceau de pain , avant d’avaler Je petit verre d’eau-de-vie. Le vin blanc ne sera pas non plus pris à jeun sans la même précaution , et il ne le faudra prendre qu’en petite quantité.
En temps de choléra^ l’eau-de-vie amère, c’est-àdire dans laquelle on aura fait infuser des plantes amères et aromatiques, ou encore l’eau-de-vie d absinthe, est préférable à l’eau-de-vie ordinaire.
Le vin pris en quantité modérée, est une boisson convenable pendant le repas et à la fin du repas ; mais il doit être de bonne qualité. Il vaut mieux boire moitié moins de vin et le choisir de qualité supérieure. les vins jeunes et aigres sont plus nuisibles qu’utiles. Le vin rouge est préférable au blanc. Ceux
(Ji) Celte précaution d’ajouter de l’eau qui na pas bouilli est nécessaire, parce que l’ébullition, en privant l’eau de l’air qu’elle contenait, la rend moins facile à être digérée.
qui ont le moyen de le mélanger avec une eau gazeuse, telle que l’eau de Selîz, naturelle ou factice, feront très bien de se servir de cette boisson salubre et agréable.
La bière et le cidre, surtout lorsque ces boissons sont trop jeunes , qu’elles n ont pas bien fermente, ou qu’elles sont aigres, disposent aux coliques, à la diarrhée, et deviennent ainsi très dangereuses. Ce qui vient d’être dit s’applique à plus forte raison au vin doux ou moût.
Conduite à tenir lorsque le choléra se manifeste chez un individu.
Il résulte d’un très grand nombre de faits observés jusqu’à présent dans les lieux où le choléra a régné, que les cas de guérison sont en raison de la promptitude des secours , et que plus ces secours sont administrés près du moment de l’invasion , plus les chances de salut sont grandes.
H faut donc que chacun connaisse les premiers signes qui indiquent qu’un individu va être atteint du choléra. Or ces signes, qui le plus ordinairement se manifestent dans la nuit ou le matin , sont les suivans :
Lassitude subite ou sentiment subit de fatigue dans tous les membrôs ; sentiment de pesanteur dans la tête, comme lorsqu’on s’est exposé à la vapeur du charbon; vertiges, étourdissement, pâleur souvent plombée, bleuâtre, de la face, avec altération particulière des traits ; le regard a quelque chose d’extraordinaire , et les yeux perdent leur éclat, leur brillant; diminution de l’appétit; soif ] et désir de la satisfaire par des boissons froides;
sentiment d’oppression, d’anxiété dans la poitrine, et d’ardeur et de brûlure dans le creux de l’estomac; élancemens passagers sous les fausses côtes (c’est-àdire sous les côtes à partir du creux de l’estomac en comptant de haut en bas); borborygmes (gargouillemens) dans les intestins , accompagnés surtout de coliques auxquelles succède le dévoiement, ou cours de ventre : ce dévoiement semble quelquefois diminuer les douleurs : la peau devient froide et sèche; quelquefois elle se couvre d’une sueur froide. Quelques malades éprouvent des frissons le long de l’épine du dos, et une sensation dans les cheveux comme si on y soufflait de l’air froid.
Ces divers signes de l’invasion de la maladie ne se présentent pas toujours dans l’ordre où ils viennent d’ètre tracés. Ils ne se montrent pas non plus tous chez tous les malades.
Quoi qu’il en soit, lorsque plusieurs d’entre eux, notamment l’altération de la face, la lassitude, le sentiment de brûlure dans le creux de l’estomac , les borborygmes , le refroidissement de la surface du corps, se manifestent, il faut appeler tout de suite un médecin.
Moyens à employer avant Varnvée du médecin.
Il faut exciter fortement la peau et y rappeler la chaleur.
A cet effet on placera le malade nu entre deux couvertures de laine préalablement chauffées ou bassinées , et l’on placera sur toute la surface du corps à travers la couverture des fers à repasser chauds ou une bassinoire. On arrêtera plus long-
temps les fers sur le creux de l’estomac, sous les aisselles, sur le cœur.
On frictionnera fortement et long-teinps\es membres avec une brosse sèche ou avec un Uniment
irritant, en se servant d’un morceau de laine ou de flanelle. Ces frictions devront , autant que faire se pourra, être pratiquées par deux personnes dont chacune frottera en même temps une moitié du corps, en ayant toujours grand soin de découvrir le moins possible le malade.
Le Uniment dont la formule suit, paraît, si l’on s’en rapporte aux observations , avoir été employé avec un succès tout particulier; prenez :
Eau-de-vie, une chopine;
Vinaigre fort, une demi-chopine; Farine de moutarde, une demi-once; Camphre, deux gros;
Poivre, deux gros;
Une gousse d’ail pilée.
Mettez le tout dans un flacon bien bouché, et faites infuser pendant trois jours au soleil ou dans un endroit chaud.
Ces frictions devront être continuées long-temps, et le malade devra rester couché enveloppé dans de la laine.
On pourra aussi appliquer des sinapismes chauds I sur le dos et sur le ventre, ou encore des cataplasmes de farine de graine de lin bien chauds et arrosés • d’essence de térébenthine.
On s’est enfin servi avec avantage de petits sacs remplis de cendres chaudes ou de sable chaud, et qu’on applique sur le corps.
L expérience a prouyé dans plusieurs lieux où le
choléra a régné qu’on peut obtenir de grands avantages des bains de vapeurs vinaigrés, ou vinaigrés et camphrés.
Ainsi, pendant qu’on cherche à réchauffer le malade par le repassage avec des fers chauds et par des frictions, on peut préparer un bain de vapeur de la manière suivante : on fait rougir des cailloux ou des morceaux de briques ou de fer ; on place sous un fauteuil on sous une chaise de cannes un vase en terre qui contient du vinaigre auquel quelques-uns conseillent d’ajouter du camphre ( deux gros de camphre dissous dans suffisante quantité d’esprit de vin pour une pinte de vinaigre). Ces diverses dispositions étant prises , on fait asseoir le malade déshabillé sur le fauteuil, et on l’entoure, à l’exception de la tête, ainsi que le fauteuil, de couvertures de laine qui devront descendre jusqu’au bas des pieds, lesquels devront poser sur de la laine ou sur tout autre corps chaud. On jette ensuite, l’un après l’autre, et à peu de secondes d’intervalles, les cailloux ou les morceaux de briques ou de fer dans le vinaigre, qui , par ce procédé, s’échauffe 'et est bientôt réduit en vapeur. Ce bain doit durer de lo à i5 minutes.
Lorsqu’on en sort le malade, il doit rester couché entre des couvertures de laine très sèches et chaudes, où on le laissera tranquille si une transpiration modérée s’est établie. Dans le cas contraire , on continuera les frictions, toujours entre les couvertures, jusqu'à t arrivée du médecin.
Mais iliïe 'suffit pias de réchauffer le corps extérieurement, il faut aussi le réchauffer intérieurement.
A cet effet, on donne de quart d’heure en quart
d’heure une' petite demi-tasse d'une infusion aromatique très chaude ( une infusion de menthe poivrée ou de mélisse ; on la prépare comme dû thé), et toutes les demi-heures, immédiatement avant la tasse d’infusion, douze à quinze gouttes de liqueur ammoniacale anisée< et camphrée (i) dans une cuillerée à bouche d’eau gommée ( avec un peu d’eau de sirop de gomme). 0n a aussi- obtenu d’heureux effets dans certains lieux de ^alcali volatil fluor donné à la dose de quinze k vingt gouttes toutes les dem'i-heures ou toutes les heures dans une tasse d^ine forte décoction* chaude de gruau d’avoine ou d’orge mondé, ou , à leur défaut’, d’eau chaude. Ce dernier médicament ne devra néanmoins être administré au plus que deux fois avant l’arrivée du médecin. A défaut de ces moyens, on peut donner avec avantage l’eau pure , bue la plus chaude possible et prise en petite quantité à la fois.
Quoique ces divers moyens doivent être mis en usage le plus tôt possible, il faudra cependant les administrer avec ordre et sans trop de précipitation.
Il sera utile, toutes les fois qu’on le pourra, de placer le malade dans une pièce séparée de celles qu’habitent les autres membres de sa famille.
On fera bien aussi de jeter les hardes du malade dans une eau de savon très chaude.
(i) Les pharmaciens prépareront cette liqueur de la manière suivante :
Alcohol, 12 onces.
Ammoniaque liquide à i8 degrés, 3 onces.
Huile essentielle , une depii-once.
Camphre, un gros et demi.
Mettez et conservez dans un flacon bouché à l’émeri.
La convalescence exige des précautions que le médecin devra indiquer. Toutefois , on ne saurait trop recommander aux convalescens l’observation rigoureuse des règles de préservation qui ont été exposées plus haut; car les personnes qui ont été atteintes du choléra sont quelquefois exposées à des rechutes.
Nous croyons devoir terminer cette instruction en priant très instamment le public de n’ajouter aucune foi aux prétendus moyens préservatifs et curatifs dont des charlatans cupides font vanter les propriétés dans les journaux, ou qu’ils annoncent par des affiches placardées sur les murs de la capitale. Si l’autorité était assez heureuse pour connaître un semblable moyen, elle ne manquerait pas de le publier et de le recommander.
6i^/zé,PARiSET, Esquirol , Desgenettes , Leroux, Juge, Chevalier , Legrand, Marc.
Le Préfet de Police,
Signé , Gisquet.
paris.— RIGNOUX, IMPRIMEUR DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE,
BUE DES FRANf:.S-nOURGF.OIS-SAINT-SlICHEr., N® 8.