‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 171 sur 318 · N° 220. — SOUVENEZ-YOUS DE VOS FINS DERNIÈRES · texte numérisé non relu

N° 220. — SOUVENEZ-YOUS DE VOS FINS DERNIÈRES

La conversion merveilleuse d'une protestante opiniâtre, qui eut un grand retentissement en Amérique, fut due à la pensée de Tenfer. Cette dame n'était autre que la femme du général Rosenkranz, le plus habile guerrier de l'armée du Nord, lors de la guerre de 1860. Yoici les détails de cette conversion, tels que les raconta Mgr Fitz Patrick, Évêque de Boston, au collège Saint-Michel, en novembre 1862.

« Le général Rosenkranz, d'abord protestant, avait eu le bonheur d'entendre un exposé simple et clair de la religion catholique : ce fut assez à cet homme droit et généreux pour lui faire voir la vérité et embrasser de grand cœur le catholicisme. Depuis ce moment, plein de foi et de ferveur, il s'appliqua non seulement à vivre en vrai catholique, mais encore à procurer aux autres protestants la grâce de la conversion. En peu de temps, il gagna jusqu'à vingt officiers, et il écrivit un livre destiné à instruire les militaires. — On comprend qu'il n'avait pas oublié sa femme, qui, elle aussi, était protestante ; mais il eut

la douleur de voir échouer, de ce côté, tous les efforts de son zèle. Cependant Dieu permit que raadarae Rosenkranz lût atteinte d'une maladie qui la réduisit bientôt à l'extrémité. Le général, après avoir vainement épuisé toutes les ressources de la foi et de la charité, voyant la malade sur le point de mourir dans son obstination, recourt à un dernier moyen. Il appelle quatre Irlandais qu'il avait à son service, et les larmes aux yeux : a Mes amis, leur dit-il, vous savez que ma femme est protestante et qu'elle ne veut pas entendre parler de la religion catholique'. Elle va mourir dans son obstination et tomber en enfer. Je frémis à la pensée d'un tel malheur : il le faut prévenir absolument, s'il est possible. Prions donc la sainte Vierge et faisons violence à son cœur mi>éricordieux. » Aces mots le général tire son chapelet et se met à prier, les genoux en terre; les quatre serviteurs en font autant, et tous les cinq continuent àpriernne heure entière. Alors le général va au lit de la malade et la trouve dans une espèce de léthargie, hors d'elle-même, sans connaissance. Au bout de quelque temps, revenant à elle et regardant son mari, elle lui dit d'une v.oix très intelligible : a Appelez-moi un prêtre catholique. «Le général crut d'abord qu'elle était en délire et lui fit répéter ce qu'elle disait : « Je vous en prie, dit-elle, un prêtre catholique sans retard. — Mais, machère, vous n'en vouliez pas! — Ah ! général, je suis toute changée. Dieu m'a fait voir l'enfer et la place qui m'attendait dans le feu éternel, si je ne me faisais catholique. » La malade eut donc le bonheur de rentrer dans le sein de l'Eglise ; elle recouvra même la santé, et vécut depuis en fervente

catholique. — Tel fui le récit du vénérable évêque de Boston : il tenait ces détails de la bouche même du général Rosenkranz. » {Bulletin de saint François de

Sales.)

No 221. — UN JEUNE AVOCAT DE TOULOUSE.

Un jeune avocat de Toulouse, dont la piéLé égalait le talent et la tortune, se dérobait un jour à raffection de son vieux père et de sa chère sœur. Ils étaient cependant pour lui comme deux anges avec lesquels ses sentiments religieux loin de s'affaiblir n'avaient q^'à gagner, mais rien n'arrête dans ses recherches le cœur qui goûte les choses d'en haut. Pour les trouver plus sûrement le jeune légiste entrait à la Trappe d'Ai^îuebelle. Son père et sa sœur, qui n'avaient rien soupçonné d'une pareille détermination, ne savent que penser. Ils s'adressent à leurs parents et à leurs amis pour avoir des nouvelles et ils n'apprennent rien. EnGn, un intime confident du pieux avocat put dire : « Il est peut-être allé à la Trappe. Plusieurs fois il m'a parlé de son attrait pour cet ordre. » En toute hâte le père se rend à Aiguebelle. Il demande des nouvelles de son fils et on répond qu'il est au couvent depuis quelques jours. Le jeune homnae arrive devant son père qui, tout en pleurs, lui demande pourquoi, sans rien dire, il s'est ravi àson affection et à la tendresse de sa sœur. « N'étiez vous pas heureux, ô mon fils, avec votre père qui vous aime et votre sœur qui vous adore ? Ne vous était-il pas loisible de pratiquer la religion et de servir Dieu parmi nous ? Revenez, mon fils, revenez à Toulouse

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consoler votre père et votre sœur qui ne sauraient vivre sans vous. — Je ne le puis, ô mon père, sans compromettre mon salut. » Le père insiste et presse tant le jeune homme par ses prières et ses larmes que celuici est sur- le point de céder et de suivre l'auteur de ses jours. Mais tout à coup la grâce triomphe de sa tendresse... En vrai disciple de Jésus-Christ il renonce au monde et à tout ce qu'il a de plus cher au monde; et voici comment il exprime sa résolution inébranlable. «Je consens, ô mon père, à retourner avec vous à Toulouse, mais à une condition. Ily a trois gendarmes à la porte du monastère : la mort, le jugement et l'enfer; faites-les disparaître; faites que je ne meure point, qu'au sortir de cette vie il n'y ait pas de jugement à subir, ni d'enfer à redouter. » Le père n'eut rien à répondre à de si puissants arguments et il retourna à Toulouse. Son fils devint un modèle de piété pour ses frères et quelques années après il mourut de la mort précieuse des saints.

N° 222. — LA PENSÉK DK LA MORT.

Une jeune fille dltalie, d'abord célèbre par des désordres et ensuite par des hautes vertus, ayant perdu sa mère à l'âge de sept ans, manqua de cette éducation de l'enfance qui influe puissamment sur toute la vie. Livrée à elle-même par l'incurie de son père, elle s'abandonna à son ardent naturel qui la poussait vers le vice. De bonne heure elle se livra à toute l'impétuosité des désirs dont est capable une jeune personne douée d'une beauté peu commune et d'un esprit entraînant lorsqu'elle n'est retenue, ni

par la crainte de Dieu, ni par l'autorité des parents. A l'âge de dix-huit ans cette malheureuse, ayant tout ce qu'il faut pour plaire au monde, se lia d'affection à un jeune seigneur de Monte-Pulciano ; et un soir elle déserta furtivement la maison paternelle pour suivre le séducteur qui l'enlevait. S'étant retirée dans un pays lointain, on la voyait tous les jours montée sur un magnifique cheval, les cheveux tressés d'or et de perles. Il y avait neuf ans que cette fille menait la vie fastueuse des riches lorsqu'une circonstance ménagée par la grâce brisa les fers qui la retenaient dans les plus honteux désordres. Un jour son complice s'en va dans la campagne visiter ses terres et se distraire à la chasse. Le soir et les jours suivants on ne le vit plus arriver. « Mais qu'est donc devenu mon amant? se demande cette fille inquiète et désolée. M'aurait-ii abandonnée ? » Chaque jour elle se dirigeait dans la campagne pour découvrir celui qui avait ravi son cœur. Elle l'appelle par ses soupirs ; mais personne ne répond. Tout à coup elle aperçoit la petite chienne qui accompagnait son séducteur. Elle hâte ses pas et arrive près de l'animal fidèle qui, au lieu de l'accueillir par ses caresses accoutumées, se couche à ses pieds, en poussant des hurlements plaintifs. Puis, tirant sa maîtresse par le pan de sa robe, paraît l'inviter à continuer sa marche. La fille désolée s'avance vers le lieu que semblait lui indiquer sa fidèle compagne. Elle aperçoit un cadavre étendu sous un grand chêne à demi recouvert de branches et de feuilles. Elle approche. 0 Dieu! Quel déchirant spectacle! Elle reconnaît son séducteur. Un cri d'effroi s'échappe de sa poitrine et elle tombe évanouie... Revenue à

elle-même, elle contemple ce corps sanglant à demi dévoré par les vers. « Malheureuse, s'écrie-t-elle! Valait-il la peine de ravir mon cœur à Dieu pour le donner tout entier à une créature qui est en ce moment un objet d'horreur? Eh bien, à l'exemple du prodigue, je retournerai vers mon père, et à ses genoux, je le prierai de me recevoir dans sa maison, non pas comme sa filie, mais comme la dernière des servantes. » Aussitôt elle prend le chemin de son paj^s natal, mais son père quelle a déshonoré la repousse. Se voyant abandonnée elle se relire à Gortonne, puis dans la solitude où elle mourut en odeur de sainteté après vingt ans de pénitence et de larmes Cette fille, c'est Marguerite de Cortonne dont l'Église célèbre la fête le 23 février. [Vie de la Sainte.)

N° 2î3. — EFFETS SALUTAIRES DE LA VUE DE LA MORT.

L'impératrice Isabelle, femme de Charles-Qaint, étant morte à Tolède, François de Borgia, duc de Candie et vice-roi de la Catalogne, fut chargé, avec la marquise de Lombay, son épouse, de garder le corps de la princesse et de l'accompagner à Grenade où il devait être enterré. Quand le convoi fut arrivé dans cette ville, on ouvrit le cercueil, selon l'usage, afin que le marquis jurât que le visage que l'on voyait était celui de l'Impératrice. L'horreur qu'inspire naturellement un cadavre en dissolution, la puanteur qu'il exhalait, firent reculer d'efTroi tous les spectateurs. François seul, éclairé d'une lumière toute divine, resta pour contempler, dans ces dépouilles delà mort, la vanilé du monde. Frappé alors du hideux

spectacle dont il était le témoin, il s'écria : « Est ce vous, dona Isabelle? Esi-ce vous Tlmpératrice, ina souveraine, ma maîtresse? Où sont ces yeux si brillants? Qu'est devenue cette majesté, cette beauté qui brillait en vous d'un si vif éclat ? » L'impression que cet horrible spectacle fît sur son àrae, ne finit pas avec la cérémonie. Il passa la nuit suivante sans dormir, et prosterné dans sa chambre, il se disait à luimême, eu fondant en larmes : « 0 mon ànie ! que puis-je chercher dans le monde? Jusques à quand poursuivrai-je une ombre vaine? Qu'est devenue cette princesse qui nous paraissait si belle, si grande, si digne de nos respects? La mort, quia traité de la sorte le diadème impérial, est toute prête à me frapper. N'esl-il pas de la sagesse de prévenir ses coups, en mourant au monde dès ce moment, afin qu'à lua mort je puisse vivre en Dieu! » « Seigneur, ajoutait-il, daignez me retirer de l'abîme de mes misères, éclairez-moi, fortifiez-moi par votre grâce et apprenezmoi à aimer constamment un maître dont rien ne puisse jamais me séparer. »

Le lendemain, étant allé au service de l'Impératrice, il entendit son oraison funèbre. Le prédicateur, qui était le célèbre Jeand'Avila, peignit avec autant d'onction que d'énergie la vanité des biens de ce monde et le néant des grandeurs humaines qui nous échappent à la mort, et fit sentir la folie de ceux qui n'emploient point une vie passagère à s'assurer ce qui est pour eux d'une conséquence infinie. Ce discours acheva la conversion de François de Borgia; il renonça d'abord au séjour de la Cour pour se livrer à la piété avec plus de ferveur. Il s'engagea ensuite, par vœu, à entrer

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dau5 quelque ordre religieux, s'il survivait à sa femme, il tint parole : la duchesse de Candie étant morte, il entra dans la Compagnie de Jésus, où il parvint à la sainteté la plus éminente.

Voilà les fruits salutaires de la vue de la mort. Envisageons-la de près comme saint François deBorgia; elle nous détachera du monde et du péché pour nous fixer irrévocablement à Dieu.

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