‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 227 sur 318 · LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ

Sommaire doctrinal.

La charité est la reine des vertus, la plus excellente de toutes ; c'est celle qui est le principe et la source de tous nos mérites et qui fait le caractère propre du christianisme.

La charité prise dans son sens le plus large, c'est l'amour par excellence, c*est Dieu, car, Deus charitas eut. Mais prise dans un sens plus restreint, elle est une vertu surnaturelle qui nous fait aimer Dieu pardessus toute chose, parce qu'il est souverainement aimable et le prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu.

L'objet de la charité, c'est donc Dieu et les hommes, Jésus-Christ nous le déclare de la manière la plus formelle et la plus précise : « Vous aimerez le Seigneur Votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces ; c'est là le plus grand et le premier des commandements ; et voici le second qui est semblable à celui-là : Vous aimerez le prochain comme

vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements ; et la vie éternelle en est la récompense. »

La charilé est absolument nécessaire au Salut. « Celui qui n'aime pas demeure dans la mort: Qui non di'igit manet in morte. Elle est nécessaire de nécessité de moyen ; il n'y a pas de salut possible sans la charilé. Les enfants qui meurent avant Tusage de la raison, ne sont sauvés que par la charité habituelle qu'ils ont reçue dans le baptême. Les adultes sont obligés de faire de temps en temps des actes d'amour deDieu, surtout quand on esttenté d'offenser Dieu, et quand on est en danger de mort. Mais il n'est pas nécessaire que ces actes soient explicites; il suffit qu'ils soient fdits implicitement, comme par exemple, par la récitation de l'Oraison dominicale ; par la réception de quelque sacrement ou l'assistance pieuse au Salnt- Sacrilice delà messe; car toutes ces actions-là supposent l'amour de Dieu.

Tous les péchés mortels sont essentiellement contraires à la charité, puisqu'ils l'éteignent dans notre cœur, en nous faisant préférer la créature au Créateur, et en nous rendant ennemis de Dieu ; mais il en est qui lui sont plus directement opposés, savoir : l'oubli et surtout la haine de Dieu. Ce dernier est un péché diabolique, c'est le plus affreux de tous les crimes ; c'est celui dont se rendent coupables ceux qui, dans les sociétés secrètes, tendent à détruire toute religion.

N° 288. — OBLIGATION d'aIMER DIEU.

Indépendamment de la loi divine qui nous ordonne

i'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, ietout notre esprit et de toutes nos forces, la loi na- ,urelle nous prescrit le même devoir.

Un anachorète qui avait vieilli dans les cavernes Drofondes de la Thébaïde ayant entendu parler de la ["ameuse académie d'Alexandrie, fut pris de curiosité it voulut entendre les enseignements des illustres savants du siècle. Mais quel ne fut pas son étonnement lorsque du haut de la tribune un docteur à la tête remplie de science posa solennellement cette question : Devons-nous aimer Dieu par- dessus tout?

A ces paroles l'indignation se trahit sur la figure du vieox solitaire. « Eh quoi! s'écrie-t-il, les hommes du monde en sont encore là ? ils mettent en question s'ils ioivent aimer Dieu! «Il se lève en frémissant, regagne son désert, en déplorant sa vaine curiosité et l'aveuglement des hommes. Que je voudrais voir les chréliens partager la sainte indignation de ce vétéran du iésert en présence de l'oubli de Dieu dans lequel ment la plupart des hommes.

N° 289. — IL EST FACILE d'aIMER DIEU.

Pour aimer Dieu il n'est pas nécessaire d'être savant, de jouir d'une santé florissante, il suffit d'avoir un cœur. Témoin du grand amour de Dieu dont brûlait le cœur du séraphique Bonaventure, un modeste religieux, qui aurait voulu rivaliser de charité avec le savant docteur, croyait que son ignorance était un obstacle à le perfection de cette vertu.* Un jour il félicitait le saint des avantages que sa science donnait à sa piété : « Mon Père, lui dit-il. Dieu vous aaccordé de

grandes grâces en vous donnant la science; mais nous qui sommes de pauvres ignorants, commentpourronsnous jamais l'aimer et parvenir au salut? -— Si Dieu, répondit le saint, n'accordait à un homme d'autres talents que la grâce de l'aimer, cela seul suffirait et serait un grand trésor. » — « Quoi, reprit le frère, un ignorant, un idiot peut aimer Dieu d'une manière aussi parfaite que le plus grand docteur? » — « Oui, répliqua Bonaventure,etil ya plus, c'est qu'une bonne femme peut aimer Dieu plus qu'un célèbre théologien. » A ces mots, le frère, transporté de joie, va dans le jardin ; puis, se tenant à la porte qui était sur le chemin, il se mit à crier : « Venez, hommes simples et sans lettres ; venez, femmes sans instruction et talent, venez tous aimer Notre-Seigneur ; vous pouvez l'aimer autant et même plus que le père Bonaventure et les plus habiles théologiens. {Rodriguez),

N°290. — LES CHRÉTIENS DU JAPON ÉTONNÉS DU PRÉ- CEPTE DE l'amour de dieu.

Qn raconte que lorsqu'on annonçait l'Evangile aux Japonais, qu'on les instruisait des grandeurs, des beautés, des amabilités infinies de Dieu, quand surtout on leur apprenait les grands mystères de la religion, tout ce que Dieu a fait pour les hommes; un Dieu naissant, un Dieu souffrant, un Dieu mourant pour leur amour et pour le salut : « Oh ! qu'il est grand, s'écriaient-ils dans leurs doux transports, qu'il est bon et aiiiiable ce Dieu des chrétiens ! » mais quand ensuite on ajoutait qu'il y avait une loi expresse d'aimer Dieu, et des menaces si on ne l'aime pas, ils

étaient surpris et ne pouvaient revenir de leur étonnement. « Hé quoi! disaient-ils, quoi! à des hommes raisonnables un précepte d'aimer Dieu qui nous a tant aimés ! Et n'est-ce pas le plus grand des bonheurs de l'aimer, et le plus grand des malheurs de ne pas l'aimer? Quoi! les chrétiens ne sont-ils pas toujours au pied des autels de leur Dieu, tout pénétrés de ses bontés, tout enflammés de son amour? » Mais lorsqu'ils venaient à apprendre qu'il y a des chrétiens qui, nonseulement n'aimentpasDieu, maisqui Toûensent et l'outragent, ils s'écriaient avec indignation: « 0 peuple injuste! ô cœurs ingrats, barbares ! Est-il donc possible que des chrétiens soient capables de ces horreurs ! Dans quelle terre maudite demeurent donc ces hommes sans cœur et sans entrailles? »

Chrétiens, nous ne méritons que trop ces reproches fondés, et un jour ces peuples éloignés denous, ces nations étrangères appelées en témoignage contre nous, nous accuseront, nous condamneront devant Dieu.

Page 1