N° 321. - PARDON DES OFFENSES
Un gentilhomme se récréait un jour avec d'autres jeunes gens de sa condition. Passe un étranger qui
trouble les jeux, je ne sais pourquoi. Le jeune homme irrité l'insulte, l'étranger répond d'un coup d'épée qu'il lui enfonce dans le cœur. A peine voit-il sa victime étendue, qu'il jette son épée ensanglantée et prend la fuite à travers la campagne. C'était le soir, il traversait un pays inconnu. L'ignorance des lieux, la crainte, la frayeur, le trouble, le souvenir du cadavre tombé sur la route le mettent hors de lui-même, il s'égare et, sans le savoir, revient frapper à la porte du château de la victime. La mère de l'infortuné le reçoit; à ses mains pleines de sang, elle reconnaît le meurtrier de son fils. Elle dissimule sa douleur et le conduit dans un appartement retiré. Elle lui apporte de l'eau pour se laver, le reçoit à sa table, lui donne l'hospitalité pendant le rest:ê"dela nuit. Le lendemain elle lui indique sa route, et, avant de le congédier^ elle le conduit dans la chambre mortuaire, lui montre le cadavre de sa victime : « C'est moi la mère de cet infortuné, dit-elle; c'était mon fils unique et vous me l'avez ravi; mais je suis chrétienne et voici comment la religion me dit de me venger. Désormais vous serez mon fils, vous tiendrez dans mon cœur la place de cet enfant : tous les jours je prierai pour vous. Tenez, voici une bourse pleine d'argent. Si je pouvais vous garder, je vous offrirais une demeure chez moi; mais vous n'y seriez pas en sûreté. Partez donc, et que Dieu vous bénisse! A quelques pas d'ici vous trouverez un cheval préparé pour vous aider à échapper à la justice, allez, et si jamais la Providence vous ramène sur cette route, souvenez-vous que vous avez une mère au château. » Et le meurtier partit, fondant en larmes. Qu'en pensez-vous, chrétiens qui refusez de pardonner
à VOS ennemis? Vous a-t-on jamais demandé ce que cette mère eut le courage d'accomplir? Vous a-t-on réclamé tant d'héroïsme?