N^ 22. — JE GARDE PAPA
Il y a quelques années, deux saints missionnaires prêchaient une mission dans une petite ville. Un soir, tandis que la foule empressée se rendait à l'église,
une charmante enfant de dix ans jouait sur le balcon de la maison ; tout à coup, poussée par une inspiration divine, elle abandonne sa poupée, et, courant à son père qui lisait un journal : « Oh! papa, que je serais heureuse !... — Que faut-il faire pour cela, mon enfant?— Je n'ose pas... dites, me l'accorderez-vous ? — Oui, ma fille ! — Ah bon ! Eh bien ! J'étais tout à l'heure sur le balcon et j'ai vu beaucoup de messieurs qui allaient au sermon ; il y en a même plusieurs qui y conduisaient leurs petites filles, et vous papa, vous ne m'y menez jamais! Ce soir... — Tu veux que je t'y conduise, n'est-ce pas? — Oui. »
Bientôt l'heureuse enfant entrait dans l'église avec son père. Il la plaça près d'une dame de sa connaissance, parce que, dit-il, une petite fille ne reste pas avec les messieurs, et faisant semblant d'aller du côté des hommes, il sortit.
La jeune enfant qui le suivait des yeux, s'en aperçut, mais ne dit rien ; le lendemain elle voulut, comme un caprice d'enfant, rester parmi les messieurs avec son père. Le prêtre chargé de maintenir l'ordre voyant cette petite fille : « Mon enfant, lui dit-il, ce n'est point là votre place. — Monsieur, répondit-elle tout bas, laissez-moi ici, Je garde jjapa.
Le père entendit cette parole, il fut ému et resta au sermon. Le bon Dieu l'attendait, et la grâce, se servant des paroles du prédicateur, pénétra dans son âme. Il voulut aller tous les soirs au sermon ; il fit mieux, et s'approcha de la Sainte-Table le jour de Pâques...