N° 41. — UN ATHÉE CONFONDU PAR UNE DAME
Un célèbre incrédule de l'école voltairienne prêcha un jour avec beaucoup de zèle son athéisme dans un cercle de dames. Celles-ci l'écoutèrent avec beaucoup de froideur. Piqué de leur indifférence, il dit avec ironie : <c Je n'aurais pas cru que dans une réunion où l'esprit le dispute à l'élégance, j'aurais seul l'honneur de ne pas croire en Dieu. — Mais vous n'êtes pas le seul, monsieur, lui répliqua la maîtresse du logis, mes chevaux, mon chien, mon chat ont aussi cet honneur ; seulement ces bonnes bêtes ont l'esprit de ne pas s'en vanter. »
N° 42. — l'athée, la petite fille et l'œuf.
Un jeune homme de province fut envoyé à Paris pour achever ses études. Comme tant d'autres il eut le malheur de rencontrer de mauvaises compagnies. Ses propres passions, d'accord avec les discours impies de ses camarades, lui firent oublier les leçons de sa pieuse mère. Il en vint au point de dire dans son cœur, comme l'insensé dont parle le prophète: Il n'y a point de Dieu, Dieu n'est qu'un mot. De retour dans sa famille, il se donna des airs de philosophe et prit en pitié les pratiques religieuses, qu'il avait entièrement abandonnées. Un jour on l'invita dans une maison honorable, où se trouvait une nombreuse assistance. Pendant que tout le monde s'entretenait de nouvelles, de plaisirs et d'affaires, deux jeunes filles, l'une de douze ans, l'autre de treize, lisaient ensemble assises dans l'embrasure d'une croisée. Notre philosophe, s'approchant, leur demanda avec un petit sourire quel roman elles lisaient? — « Monsieur, répondit l'aînée, c'est l'histoire du peuple de Dieu. — Mesdemoiselles, dit-il sur le même ton, vous croyez donc vous autres qu'il y a un Dieu? » Etonnées d'abord de ce langage, les jeunes filles se regardèrent l'une l'autre, et la rougeur leur monta au front. Mais bientôt l'aînée s'enhardit : « Et vous, monsieur, dit-elle, n'y croyez-vous pas ? — J'y croyais autrefois, mais depuis que j'ai étudié la philosophie et la politique, j*ai appris bien d'autres choses. — Nous n'avons pas étudié, nous autres. Puisque vous êtes plus savant, monsieur, voudriez-vous bien nous dire d'où vient un œuf. » — Ce
mot fat prononcé assez haut, on s'approcha, on se groupa autour de la croisée pour assister à la conversation qui paraissait intéressante. « Oui, monsieur, répéta la petite théologienne, d'où vient un œuf? — Plaisante question : un œuf, ma foi, il vient de la poule. — Et la poule? — d'un œuf. — Lequel des deux a existé le premier de la poule ou de l'œuf. — Je ne sais vraiment ce que vous voulez dire avec votre poule et vos œufs; mais enfin celle des deux choses qui a existé la première, c'est la poule. — Donc il y a une poule qui n'est pas venue d'un œuf? — Pardon» mademoiselle, c'est l'œuf. — Donc, il y a un œuf qui n'est pas venu d'une poule? — Mais, c'est que... parce que... voyez-vous... Ce que je vois, monsieur, c'est que vous ignorez si c'est l'œuf. — Eh bien, je dis que c'est la poule. — Soit. Il y a donc une poule qui ne vient pas d'un œuf. Alors qui a créé cette poule ? — Mais... avec vos poules et vos œufs, vous avez l'air de me prendre pour une fille de basse-cour. — Pas du tout, monsieur ; je vous prie seulement de me dire d'où est venue la mère de toutes les poules et de tous les œufs. — Mais enfin... puisque vous ne le savez pas, permettez-moi de vous l'apprendre; celui qui a créé la première poule, est le même qui a créé le monde; et ce Créateur nous l'appelons Dieu. Gomment, monsieur, vous ne pouvez sans Dieu expliquer l'existence d'un œuf et d'une poule, et vous dites que la science vous apprend à expliquer sans Dieu l'existence de l'univers ! » Le jeune impie n'en demanda pas davantage ; il saisit furtivement son chapeau et s'en alla, honteux, dit-on, comme un renard qu'une poule aurait pris (Vermot).
N° 43. — IL n'y a qu'un seul dieu.
Tiburce, fils de Ghromace, préfet de Rome, fut converti au christianisme par saint Sébastien. Traduit devant le tribunal du gouverneur, le juge le somma de retourner au culte des dieux de l'empire. Comme il ne put rien obtenir, il ordonna de répandre par terre une couche épaisse de charbons ardents, et s'adressant à Tiburce: Sacrifie à nos dieux, dit-il, sinon tu marcheras nu-pieds sur ces braises. » Le martyr quitta tranquillement ses chaussures, fit le signe de la croix et marcha sur le feu sans éprouver la moindre brûlure : « Apprenez, prince, dit-il à l'empereur, que le Dieu des chrétiens est le seul Dieu, créateur des mondes : par sa puissance, ces charbons ardents sont devenus pour moi des fleurs. » Le juge irrité lui fit trancher la tête.