TOMBEREAU
Le tombereau (fig. 11), est indispensable pour le transport de la chaux, de la marne, des terres, du sable, à
Fig. 11. — Tombereau de ferme.
cause des facilités qu'd offre pour le vider en le faisant basculer en arrière afin de déposer sa charge à terre sans dételer. En Écosse, où les routes et chemins sont parfaitement entretenus, on se sert conjointement avec le tombereau d'une charrette qui peut basculer en arrière comme celui-ci pour déposer sa charge; cette charrette est particulièrement employée au transport des sacs de grains, elle est à la fois solide et légère, et peut supporter des charges fort pesantes ; mais , pour peu que les chemins soient mauvais, elle s'y détraque en peu de temps : elle n'est réellement utile et d'un bon service que là où elle circule sur de bonnes routes et de bons chemins.
Dans les fermes où Ton pratique les arrosages avec les engrais liquides, il faut avoir en outre divers véhicules propres au transport et à l'épandage de ces engrais. L'une des meilleures charrettes-citernes est celle que les Anglais emploient pour ce genre d'arrosage. C'est une caisse de tôle à laquelle est adaptée une pompe qui , au moyen d'un tuyau de tissu imperméable, puise l'engrais liquide dans le réservoir à purin. L'appareil d'arrosage appliqué à cette charrette-citerne est percé de trous dont une plaque mobile augmente ou diminue l'ouverture a volonté, selon les besoins de l'arrosage. En France , où l'emploi direct des engrais liquides sur les cultures est très-peu usité, on ne fait usage pour ce service que du tonneau d'arrosage ordinaire, beaucoup moins commode sous tous les rapports, mais d'un prix beaucoup moins élevé.
Dans les petites exploitations, le transport et la distri-
Fig. 12. ~ Baquel-Broiielte.
bution de faibles quantités d'engrais liquides se font trèsbien et à peu de frais avec le baquet à l3rouette que représente la figure 12.
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Les notions qu'on vient de résumer sur les instruments aratoires montrent combien il reste encore à faire pour les porter à leur maximum de perfectionnementpossible, chacun selon sa destination, eu égard aux degrés très-divers de ténacité et de résistance des terres dans lesquelles ils doivent fonctionner. Les efforts des constructeurs pour se rapprocher du but ne se ralentissent pas, et, quoiqu'ils ne soient pas tous également heureux, ils contribuent pour une large part au progrès général de l'agriculture ; un coup d'œil sur quelques-unes des améliorations récemment introduites dans les plus usités des instruments aratoires complétera le tableau de l'outillage agricole dans son état actuel.
La charrue, quoi qu'on fasse pour l'améliorer, est et sera longtemps encore un instrument lourd, d'un usage incommode, fort dispendieux, et dont on se sert faute de mieux, par habitude. On comprend qu'il ne saurait être question de remplacer la charrue par autre chose qui n'est pas encore inventé; néanmoins chaque jour met à découvert dans les charrues, même les meilleures, des imperfections auxquelles on cherche à remédier. L'un des plus graves de ces inconvénients, c'est la nécessité de tourner à chaque extrémité du champ, et de replacer la charrue pour ouvrir une nouvelle raie. Dans les très-grandes exploitations, l'inconvénient n'est pas grave, parce que la charrue agit sur de grandes surfaces; les sillons sont trèslongs ; une légère halte avant de tourner laisse souffler l'at-
telage et ne retarde pns sensiblement le travail. Dans la moyenne et la petite culture, où les surfaces à labourer ont moins d'étendue, ce défaut des charrues ordinaires est beaucoup plus sérieux. Le moyen le plus utile d'y écliapper, c'est d'employer la charrue tourne-oreille, dont on possède plusieurs modèles. Le plus estimé est une charrue de Brabant, comme et assez fréquemment usitée dans le ^^ord sous le nom de B)Yibant double. C'est une charrue de Brabant dont l'âge, entièrement en fer, supporté par un avant-train qui repose sur deux roues de fer, comme toutes les parties de l'instrument, porte parallèlement les uns aux autres deux contres, deux socs et deux versoirs. La moitié de l'appareil fonctionne comme toute autre charrue, tandis que l'autre moitié reste en l'air, attendant son tour pour entrer en activité. Au bout de chaque raie, le laboureur, au lieu de faire le tour de la pièce et d'aller ouvrir sur l'autre bord une raie dans le sens opposé, n'a qu'un tour de manivelie à donner pour relever la portion de la charrue double qui vient d'agir et faire descendre l'autre partie à sa place, précisément dans la position voulue pour ouvrir, en revenant, une raie exactement semblable à celle qu'il vient d'ouvrir en allant. Il y a là une économie réelle de temps, qui peut avoir sa valeur quand on est trèspressé, l'éîat de la température ayant retardé les labours : mais, d'une part, toute charrue tourne-oreille, le Brabant double comme les autres, pèse plus et exige plus de tirage que la charrue simple de même force; de l'autre, si la longueur de la raie dépasse 150 à 200 mètres, il y a nécessité de laisser soufiler l'attelage avant de reprendre le labour, et l'économie de temps devient illusoire. Par tous ces motifs, auxquels il faut ajouer le prix toujours élevé
d'une bonne cliarnic tourne- oreille, l'emploi de ces inslniinents dans la pratique est et reste fort imité.
Un agriculteur distingué de la Bavière rhénane, M. Lapointe, a inventé, pour remplir les fonctions de charrue tourne-oreille à Fiisage des petites exploitations, une charrue qui porte son nom. La charrue Lapointe n'a pas de coutre; elle est pourvue d'un versoir double, comme celui d'un buttoir; elle tourne facilement sur son axe, fortement incliné; les deux bords de son soc, large et tranchant, remplissent tour à tour la double fonction du coutre et du soc. La charrue Lapointe, à peine connue en France, peut être utilement adn^ise dans beaucoup de petites exploitations; elle est particulièrement appropriée au labourage des terrains de peu d'étendue, en pente très-rapide.
En Amérique, les besoins d'une agriculture placée dans des conditions très-différentes de celles de l'agriculture européenne font éclore tous les jours les charrues les plus excentriques: l'une de celles qui ressemblent le moins aune charrue, et qui néanmoins est fort en faveur aux États- Unis, est la charrue de Platt, dont le soc pointu, en spirale à plusieurs lames, tourne continuellement sur luimême, en avançant, au moyen d'un pignon oblique, d'une roue dentée et d'un arbre en fonte de fer. La charrue Platt pulvérise le sol en le retournant; elle exige une énorme dépense de forces, et ne peut fonctionner qu'avec quatre forts chevaux ou trois paires de bœufs.
Les herses, dont l'utilité, quoique secondaire, prend place après celle de la charrue, sont aussi l'objet d'inventions plus ou moins applicables: celles de MM. BouUy- JoUy et Auguste Millet ont l'une et l'autre pour but de régulariser l'action des dents, pour que nulle partie de la
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surface du terrain hersé ne puisse lui échapper, inconvénient à peu près inévitaiDle quand on se sert des herses communes, et que le terrain n'est pas parfaitement uni. Dans les cantons oii n'a pas encore pénétré le drainage, et où, pour cette raison, la méthode défectueuse de la culture en billons ou en planches étroites très-bombées est tnicore en usage, on se sert avec avantage d'une herse brisée, à châssis courbe, h dents de fer courtes, pour bien mélanger avec la terre le grain des semailles. Pour faire agir cette herse, le laboureur la diiige à l'aide de deux mancherons semblables à ceux d'une charrue, tandis que son cheval d'attelage suit la raie entre deux planches. Selon la forme plus ou moins bombée des planches ou des billons, le laboureur peut, sans excès de fatigue, écarter ou rapprocher les deux parties de la herse à billons, et veiller à ce que toutes les parties de la surface ensemencée soient hersées complètement. Le principal obstacle à la généralisation de l'emploi de la herse à billons, dans les cantons où cet instrument pourrait rendre le plus de services, c'est qu'elle ne fonctionne bien qu'entre les mains d'un ouvrier exercé et très-attentif à sa besogne, conditions qu'il n'est pas toujours possible de trouver réunies chez les ouvriers agricoles. On mentionne pour mémoire la herse rotative de M. Halkett, mue par une locomotive à vapeur, comme toutes les machines agricoles du même inventeur; cette herse, qui consiste en un cylindre armé de fortes dents de fer, fonctionne à peu près comme la charrue Platt, en tournant à mesure qu'elle avance. C'est l'une des moins applicables de toutes les modifications récemment introduites dans la construction des herses et dans la manière de les faire agir.
Les rouleaux, crun iisnge plus restreint et d'une utilité moins indispensable que les herses, ont aussi reçu de récents perfectionnements. Les plus utiles des rouleaux sont ceux d'un poids considérable, employés pour raffermir le sol des prairies, soulevé par les alternatives de gelées et de dégels. Dans la plupart des grandes exploitations, on n'emploie pas pour cette besogne de rouleau d'un modèle spécial ;:on loue les rouleaux à l'usage des routes empierrées à la Macadam par les ponts et chaussées. Cette location revient à 30 francs par jour, et l'on ne peut pas, à ce prix, rouler dans une journée plus de deux hectares, ce qui revient à 13 francs par hectare, dépense devant laquelle recule le plus grand nombre des petits cultivateurs. On doit au général Morin, directeur du Conservatoire des arts et métiers, deux modèles de rouleaux économiques, l'un en pierre , pour le roulage des prairies, l'autre à disques en fonte' de fer, pour le roulage des céréales. Une caisse qui surmonte ces deux rouleaux, et qu'on remplit au besoin de pierres, de sable ou de gravier, permet d'en faire varier à volonté le poids, selon les nécessités de la culture. La longueur de chacun de ces deux rouleaux, construits surtout en vue des petites et moyennes exploitations, n'est que de 80 centimètres; ils fonctionnent avec un seul cheval d'attelage conduit par un enfant. Le travail de ces instruments, d'après les calculs du général 3Iorin, ne revient pas à plus de 7 à 8 francs par hectare.
Pour faciliter l'épandage des engrais liquides sur les prairies, soit naturelles, soit artificielles, et leur faire en même temps subir une forte compression, M. Pernollet a récemment inventé un appareil fort ingénieux, qu'il nomme rouleau compresseur-distributeur. La pièce principale est
un cylindre creux eu foute de fer, fermé à ses deux extré-mités. Ce cyliudre coatieut intérieurement des lames concentriques disposées comme celles qui garnissent l'intérieur d'une tète de pavot. Au moyen de ces lames, le liquide contenu dans le cylindre est conduit jusqu'à la dernière goutte dans un réservoir, d'où il tombe en pluie suffisamment divisée sur la prairie que le rouleau vient de comprimer. Le rouleau Pernollet donne d'excellents résultats; mais, comme il coûte fort cher et qu'il ne peut fonctionner qu'à l'aide de puissants attelages, il ne peut être employé que dans les très-grandes exploitations.
Les instruments de transport restent depuis assez longtemps à peu près stationnaires; on peut dire cependant que c'est une des parties du matériel de ferme qui laisse le plus à désirer. Il y a des régions entières, celle des Landes, par exemple, où l'on se sert encore de véhicules qui n'ont pas dû changer sensiBlement depuis les temps antérieurs au christianisme. Ceux qui n'ont pas visité cette partie de la France auront peine à croire qu'il y a là des cantons entiers où l'on ne se sert pour les transports agricoles que d'une charrette à bœufs, qu'il faut dételer chaque fois qu'on veut en ôter le contenu. Les roues de cette charrette sont formées de deux tranches de tronc d'arbre sciées horizontalement, traversées par un morceau de bois dur en guise d'essieu; rien de plus primitif. Quand le conducteur de l'équipage veut le vider, après avoir dételé, il s'arme d'un levier, dont il est toujours muni à cet effet, l'insère sous une des roues et jette la charrette sur le flanc; il la relève par le même procédé quand elle est vide. L'emploi d'un pareil instrument de transport ne peut pas convenir aux gens pressés. Les paysans landais son
tellement attachés à leurs aîiciennes coutumes que, dans plusieui's grandes entreprises de défrichement, il a été impossible de les retenir, même en leur offrant un salaire élevé, tant il leur répugnait de changer leur charrette traditionnelle, pour conduire les charrettes, chariots et tombereaux en usage dans le reste de la France! Ailleurs, le perfectionnement des instrum.ents de transport est rendu impossible par l'état des chemins; à mesure que la voirie vicinale s'améliore, l'amélioration des charrois suit ime marche parallèle. On ne peut signaler de sérieux perfectionnements, récemment introduits, que dans les chariots et réservoirs mobiles pour le transport et l'épandage des engrais liquides. Ces instruments ont tous le m.ême défaut, celui de répandre inégalement leur contenu dans les surfaces arrosées, parce qu'au début la pression du liquide snr lui-même le fait sortir avec une vitesse qui diminue graduellement à mesure que le réservoir est moins rempli. On vient d'exposer comment le rouleau distributeur de M. PernoUet tourne cette difficulté, très-sérieuse dans la pratique. En Angleterre, où l'emploi des engrais liquides tient une plus large place qu'en France dans la grande culture, on a imaginé divers appareils dont le mécanisme intérieur a pour but de régulariser autant que possible l'écoulement de l'engrais liquide sur les terres qu'il doit fertiliser; les deux plus estimés de ces appareils sont les chariots distributeurs de M, Stratton et de M. Chandler. Ce dernier est construit de façon à pouvoir s'adapter à la suite d'un semoir à cheval, de sorte qu'il verse l'engrais liquide sur le grain des semailles au moment où ce grain est confié à la terre. L'emploi de ces deux excellents instruments est à peu près inconnu en France, et il est juste
d'ajouter que, quant à présent, il serait peu en harmonie avec les conditions économiques ordinaires de l'agriculture française.
Les progrès sont plus nombreux et plus importants dans le domaine des machines agricoles proprement dites, ayant pour objet de modifier profondément la pratique de Tagriculture. En première ligne, les charrues à vapeur font leur chemin, non pas encore en France, mais dans la Grande-Bretagne, où les bras, accaparés par la marine marchande et l'industrie manufacturière, manquent partout pour les travaux des champs. Quinze de ces machines fonctionnent dans un seul canton, celui d'Overtown (Suffolk). Le modèle le plus généralement adopté laboure, dans les trois jours d'été les plus longs, 5 hectares de terres de résistance moyenne, et 3 hectares dans les jours d'hiver les plus courts. La charrue à vapeur donne un labour de 23 centimètres de profondeur, d'une régularité aussi parfaite que pourrait l'être celle d'un labour trèssoigné à la bêche; le prix de revient de ce genre de labour est d'environ 22 francs par hectare. L'avenir du labourage à vapeur, dans les grandes exploitations de la Grande-Bretagne, au lieu d'être à peine entrevu, comme en France, dans un lointain indéfini, semble donc tout près de se réaliser.
Chez nous, le genre de machines agricoles qui progresse le plus rapidement et se fait le plus aisément accepter des fermiers dans les pays de grande culture, c'est la machine servant à la fois à faucher et à moissonner. Celles de Burgess et Key, que l'on a mentionnées plus haut, et celle du docteur 3Iazier, reçoivent tous les ans des simplifications tendant à en vulgariser l'usage; une foule.
d'autres, moins connues, se répandent sans bruit dans nos pays à blé : telles sont les faucheuses-moissonneuses de M. Picot et de M. Faure, dont le prix ne dépasse pas 430 à 500 francs, et qui, par cela seul, se rapprochent sensiblement des conditions de la moyenne culture; ces machines fonctionnent vite et bien avec un seul cheval d'attelage, sous la conduite d'un seul ouvrier.
Parmi les machines d'un intérêt secondaire, on doit signaler les moulins à bras, dont le modèle le plus perfectionné est celui de M. Lavie. Ce moulin occupe peu d'espace; deux ouvriers suffisent pour le faire fonctionner sans excès de fatigue; il moud le froment à 82 pour 100 ; son prix est peu élevé. On n'entend pas préconiser d'un point de vue général la mouture des grains par les moulins à bras, qui nous feraient rétrograder jusqu'au temps où, chez les anciens, les esclaves étaient condamnés à tourner la meule. Chez nous et de nos jours, le moulin à vent et le moulin à eau sont arriérés, dépassés par la mouture à la vapeur; mais, dans bien des cantons écartés, il faut souvent attendre que l'eau coule ou que le vent souffle pour faire moudre la farine nécessaire au pain quotidien. Un bon moulin à bras rend, en pareil cas, de signalés services, et, à ce titre, celui de M. Lavie est d'une incontestable utilité.
Aujourd'hui que l'impulsion est donnée, que l'inventeur, appliquant son génie au perfectionnement de l'outillage agricole, est à peu près assuré de ne perdre ni son temps ni sa peine, il y a probablement, au moment oii ce livre est écrit, de sérieux perfectionnements prêts h se produire, et, selon toute apparence, la fin de ce siècle changera le matériel des exploitations rurales, encore plus radicalement qu'il n'a été changé nendant sa première moitié.