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OBSERVATIONS STATIQUES

A. — Topographie.

a) CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — Le soin d'établir le relier du sol sous-marin, d'en fixer la topographie, ne concerne réellement l’océanographe que loin des côtes. Au voisinage de la terre, sauf de rares exceptions, cette tâche appartient à l'ingénieur hydrographe, dont la science, l'hydrographie, est une spécialité de l’océanographie s'appliquant particulièrement à la navigation dans les parages où celle-ci est surtout dangereuse pour un navire, c'est-à-dire par petits fonds atteignant au maximum une centaine de mètres de profondeur. Loin de terre, l’océanographe, pour placer ses sondages, se bornera à accepter les données géographiques, latitude et longitude, telles qu’elles auront été observées et calculées pour lui par les officiers du bâtiment à bord duquel il navigue. En vue du rivage, 1l profite des plans levés par les hydrographes qu'il se borne moins à vérifier qu'à compléter et à mettre sous la forme de cartes isobathes qui se prêtent mieux que les cartes marines ordinaires aux travaux océanographiques. Aussi appuierons-nous peu sur les opérations réellement géodésiques et n’en dirons-nous que ce qui sera indispensable,

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sauf pour le levé des lacs dont les hydrographes ne s’occupent guère, à moins qu’ils n’atteignent les dimensions de véritables mers, comme les grands lacs américains, par exemple.

Pour dresser la carte isobathe d’un espace recouvert par les eaux, on en crible la surface de coups de sonde dont la position est reportée sur le papier avec inscription des cotes de profondeur. Depuis la surface jusqu’à la profondeur maximum reconnue, on entoure l’ensemble des points, par tranches comprises entre deux limites déterminées de profondeur, 0 et 10 m, par exemple, ou 100 et 200 m, ou 1000 et 2000 m, de courbes dites isobathes qui en limitent les aires respectives et marquent en quelque sorte les niveaux successifs de plus en plus bas qu'occuperait le rivage si l’eau s’abaissait de hauteurs égales à celles qui ont été chôisies.

Une carte bathymétrique, en outre des informations qu’elle apporte par elle-même, est la base indispensable de toute étude d’un espace de mer donné. Aucun phénomène dans la nature n’est indépendant; chacun d'eux est influencé par tous les phénomènes qui s'effectuent en même temps que lui et, à son tour, il les influence tous. L'action est tantôt forte, directe, immédiate, tantôt faible et indirecte, mais elle existe toujours, et le but de la science considéré d’un point de vue élevé et général, est précisément de découvrir les lois de ces influences réciproques. A la surface des continents tout est en rapport avec la con-

figuration de la contrée, aussi bien les phénomènes que

l’on pourrait appeler matériels, climat, productions, industrie que les phénomènes immatériels, mœurs et histoire ; de même toutes les propriétés de la masse des eaux dépendent directement ou indirectement de la forme et de la profondeur du lit sur lequel elle repose : circulation générale, distribution des températures et des densités, composition chimique, constitution des sédiments et le reste.

Aussi quelle que soit la recherche à laquelle on se livre, quelle que soit l'interrogation que le savant pose à la nature, il se rappellera que la forme la plus nette des réponses qu'il s'efforce d’arracher à celle-ci est celle du graphique et c’est pourquoi, dans ses investigations, il suivra, sans en dévier jamais, la même infaillible méthode: constater et mesurer sur le terrain les phénomènes et en reporter à la place convenable la valeur représentative sur une carte bathymétrique, en établissant leur continuité et en exagérant leurs différences par un artifice quelconque tel que des teintes différentes ou graduées. Il ne lui restera plus alors qu’à lire ce qui est écrit.

L’espacement des isobathes varie évidemment avec le but que l’on se propose. Pour certains lacs, les courbes seront tracées de mètre en mètre, tandis qu’en plein océan, on les écartera de 500 ou 1000 mètres. Il y a là une question de tact scientifique livrée à l'appréciation de l’opérateur. Il ne faut pas oublier que l'évaluation de la position d’un navire en pleine mer comporte une erreur, à l'extrême minimum, d'au moins { mille. En d’autres termes, la position à marquer sur la carte se trouvera quelque part dans l'intérieur d’un cercle de 1 mille qui, à l'échelle de 1/10000000, sera figuré par un cercle de 0.2 mm de diamètre environ, ce qui est peu, tandis qu’à l'échelle de 1/100000, l’indécision de la position réelle est un cercle de 18,52 mm, ce qui est considérable. Il faut donc équilibrer le degré de précision des isobathes, c'est-à-dire leur écartement, et la précision du dessin qui dépend de l'échelle adoptée. En exagérant, afin d’être plus clair, le tracé d’aires isobathes de 10 en 10 m, ou même de 50 en 50 m serait d'une exactitude absolument illusoire sur la carte au 1/1 000000 d’un fond irrégulier où les positions sont pointées avec une erreur inévitable, quel que soit le soin mis à les relever, d'au moins 2 mm.

Les isobathes seront toujours espacées par nombres

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ronds de mètres en se conformant aux recommandations du Congrès de Stockholm qui prescrit de les tracer par intervalles de 0, 5, 10, 45, 20, 30, 40, 50, 75, 100, 150, 200, 250, 300, 400, 500 mètres et ainsi de suite, chaque position critique d’une isobathe, quelle que soit sa profondeur, devant d’ailleurs être l’objet d’une détermination précise (1). :

Au large, les sondages seront distribués autant que possible également serrés sur la surface entière de la carte. Par petits fonds, ils seront cependant plus rapprochés suivant les lignes de plus grande pente du sol immergé que dans la direction des lignes du niveau. Il faudra donc les disposer alors dans des directions à peu près normales aux courbes d’égale profondeur, c’est-à-dire dans la plupart des cas, perpendiculairement au rivage.

L’espacement des lignes de sonde varie aussi avec la régularité du fond. Dans une localité totalement inconnue, on les espacera au début afin de se renseigner approximatüivement sur le relief du fond et on en ajoutera ensuite de nouvelles si l’on en reconnaît la nécessité (2). S’il existe d'anciens levés, même incomplets, leur examen préalable fournira d’utiles renseignements. En général, pour un plan de baie, les hydrographes admettent que l’écartement des lignes de sonde varie entre 150 et 400 m, mais il peut devenir indispensable de les serrer beaucoup plus, au moins dans certaines parties. Dans les lacs, on les espace souvent d’une dizaine de mètres et parfois même de moins encore. De quelque manière que l’on procède, on sondera en ligne

(1) Programme des travaux hydrograyhiques et biologiques à exécuter dans les portions septentrionales de l’océan Atlantique, la mer du Nord, la ner Baltique et les mers avoisinantes. Conférence internationale pour l'étude de la mer. Stockholm, 1899. Traduction française par J. Thoulet, dans le Bulletin de la Sociélé de géographie commerciale de Bordeaux. Janvier-février 1904.

(2) Notions d'hydrographie expéditive à l'usage des officiers de marine, par A. Germain, revu par Hanusse, p. 17. l'aris, 1904, Imprimerie nationale.

droite et suivant un alignement pris sur deux repères situés à terre. Dans le cas où ces points manqueraïent sur le terrain, on en créerait d’artificiels au moyen de signaux ou en élevant des tas de pierres blanchis à la chaux pour être plus visibles et surmontés d’un bâton portant un drapeau blanc cloué. Par décision internationale, les profondeurs seront évaluées en mètres, les distances horizontales sur les lacs en mètres, sur mer en milles marins de 1852 mètres, longueur d’un arc terrestre de 1 minute à l'équateur.

Les profondeurs observées sont corrigées de la marée doni il sera parlé ailleurs et rapportées à un niveau normal qui, pour les cartes hydrographiques françaises, est celui des plus basses mers de la localité, tandis que les cartes anglaises ont adopté celui des basses mers moyennes de syzygies. Pour les lacs, on prend comme niveau initial un repère artificiel quelconque. Celui du Léman, par exemple, et même de la Suisse entière, est une marque faite dans un énorme bloc erratique situé dans le port de Genève et appelé Pierre du Niton. D’autres fois, on fait, au point de vue topographique, abstraction de l’eau du lac et on se borne à continuer les courbes d’égal niveau du pays environnant sans se préoccuper si elles sont inondées ou exondées.

Lorsque les isobathes sont indiquées, on en rend l’aspect plus frappant aux yeux et on fait mieux apparaître le relief en passant sur chaque aire isobathe une teinte plate de bleu de Prusse d'autant plus foncée que la profondeur est plus considérable. Une excellente méthode de rendu consiste à marquer d’un point sur la carte chacune des sondes qui ont servi à établir les courbes. A l’aspect plus ou moins chargé du dessin, on se rend compte immédiatement du degré de précision ainsi que du poids, de la confiance, à accorder aux courbes en chacun de leurs points et en même

temps, on juge de l'intérêt qu'il y aurait à compléter par

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de nouveaux travaux telle ou telle portion de leur tracé.

On divise le lit marin en cinq zones ou régions distinctes :

Î. Zone côtière de plus grande activité mécanique due à l’action des vagues sur le fond qui se fait sentir avec son maximum de puissance depuis le zéro des cartes marines jusqu’à 20 m de profondeur.

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