‹ Insurrection de Naples en 1647 (volume 2)Chapitre 82 sur 82 · Tome II, ptfe lOS · texte numérisé non relu

Tome II, ptfe lOS

Gennaro Annese generalissimo di questo feddissimo popolo e regno di Napoli. Perche ci è yenuto a noUaa, che alcune persone inimiche di questa inclita repubblica napolilana Tanno seminando moite zizzanie, ed inquietando la gente, dandole ad intendere^ che le leltere venute dall' umbasciadore del cristianissimo Rè siano finte, e che percio non si debbia loro dare crédite; e questo lo hnno per mettare dissensioni e risse fra' cittadini : pero per efitare questi incoDTenienti, si ordina e coinanda sotto peoa délia vita, e coDfiscazione de béni, che da oggi ayanti nessuna persona di qualsivoglia stato, grado, e condizione si àa, ardisca di andare dicendo simile cosa, inquietando dette popolo ut supra; che altrimente si esequirà detta peoa con dar la terza parte de' béni air accusatore, che lo po* nerà in vero. Dato in Napoli a 29 di ottobre 1647. — Gennaro Annese.

Nous plaçons à la suite de cet appendice le dernier chapitre des Mémoires du comte de Modène sur l'insurrection napolitaine. Peut-être ne lira-t-on point sans intérêt ces quelques pages où le gentilhomme français', le fidèle compagnon du duc de Guise apprécie, en contemporain, les hommes et les éYénements qu'il avait tus de si près.

Si sa haine profonde contre les Espagnols imprime parfois à son jui^raent une partialité dont nous croyons loyal d'avertir le lecteur, la justice qu'il rend à leur yaleur et à leur constance, acquiert aussi sous sa plume un double poids.

Diverses Réflexions touchant les révolutions deNapleSy et sur la conduite de ceux qui y ont eu quelque part.

11 est certain que la Valeur, la Prudence et la Fortune sont les trois principales causes de ces heureux événements qui changent la face de F Vnivers et de ces réyolutions qui font passer les sceptres d\ne maison dans vne autre, ou qui d'Vn Estât Monarchique en font Vn Républiquain, ou d'vne République vne Monarchie. On remarque que dans ces grands desseins, tantost la Fortune et tantost la valeur en dresse le plan; mais que c'est toujours la Prudence qui, par des traits moins éclattans , mais plus durables que ceux des autres, perfectionne ces ouvrages. On n'en voit point de finis si ces trois maistresses du monde n'y concourent ; mais surtout cette dernière en ménageant et guidant ces deux autres, qui sont souvent aveugles, les fait arriver par son art au but désiré. On reconnoistra cette vérité dans toutes les Histoires antiques et modernes, et l'on trouvera que dans les entreprises de cette sorte, celles que la valeur

et la fortune ont oommenoées etcc autant de bmh que d'édat ont échoué si la prudence n'y a mis la demiève main. Les Révolutions de Naples nous le font toît iMen clairement et il ne sera pas difficile de le juger si Ton Ut quelques réflexions sur la naissance de ces tcouUes et sur leur fin. Examinons donc la conduite des soulevez et celle de leurs ennemis, et nous verrons qu'encore que la fortune et la valeur ayent pris le party des premiers , ils ont succombé sous les autres pour n'avoir pas crû la Prudaice, bqudle fit triompher enfin par son adresse ceux dont le bonheur et Tépée sembloi^it n*avoir plus de resouroe.

S« jamais on vit la fortune seconder le soulèvement d' vn Estât, ce fut sans doute cdny de Naples , puisqu'elle sembla n'épargner rien pour rompre le joug de ce peuple d pour le mettre en liberté. On la vit, des rorigme de ces troubles, marcher à la teste d'vne foule de petits gueux armez de basions et de cannes , guidez par vn homme de la lie du peuple, sans expérianoe et sans jugement , quand cette ridicule milice désarma les Gardes du Duc d'Aroos, s'empara de son Palais, le força de l'abandonner, et osa mesme saisir ce Viceroy par les moustadies. On la vit paroistre an milieu de cette grande multitude de séditieux qui, encouragez par l'heureux succès des Lazzares, prirodt les armes, se rendirent presque les maistres de cette

ville malgré la résistance des Espagnols et les forces de la Noblesse, et par leur exemple obligèrent les provinces de ce Royaume d'en faire autant et de secouer vnanimement le joug du roy catholique. On la vit du costé d'yn peuple divisé par cent factions, trahy par plusieurs de ses Chefs, sans ordre, sans pain, sans argent, sans munitions et sans assistance; lequel pourtant, avec tous ces avantages, ne laissa pas de résister à Tvn des plus grands Rois du monde durant Tespace de neuf mois. Si dans ces révolutions la Fortune se déclara pour ce party, la valeur n*en fit pas moins et monstra hautement la part qu'elle prenoit en cette cause.

Quoy qu'elle n'y parût pas de la manière qu'on la vit autrefois aveclesPhalanges Grecques etdans lesLégionsRo* inaines, et comme on la voit encore en ce siècle parmy des Irouppes disciplinées, elle ne laissa pas de se faire voir dans plusieurs occasions importantes, mais surtout dans cet assaut général que Dom luan d'Autriche fit donner aux quartiers soulevez un peu après son arrivée à Naples, où ce peuple, quoy que surpris et conduit par un Chef perfide, repoussa avec tant de vigueur et de carnage ces bonnes trouppes et cette brave Noblesse Espagnole qui le suivoient.

Mais si la fortune et la valeur ont paru avantageusement durant ces troubles en faveur des Napolitains soûle-

vez, la Prudence a eu si peu de part dans celte grande entreprise qu'on a peine d*y reconnoistre les moindres marques de son art. On le peut juger facilement par les divers objets que le peuple de cette ville et celuy des Provinces eurent dans leur soulèvement; bien loin de suii^re les leçons de cette vertu qui ne marcbe qu'à pas comptez et qui régarde incessamment Tvnique but qu'elle a pris sans jamais prendre le change : dès l'entrée de sa carrière , les Napolitains , suivant cent différens desseins « firent voir qu'ils n'en avaient point de certain. Le premier qu'ils firent paroistre dans le commencement des troubles fut la simple abolition de la Gabelle des fruits : de celle des fruits ils passèrent à celle de tous les impôts faits depuis FEmpereur Charles-Quint. Jusques-là ils semblèrent suivre leur première pointe; mais ils se lassèrent bien tost, et au lieu de se prévaloir des avantages que leur donnoit la consternation et la faiblesse des Espagnols (lesquels, dans cette occasion, eussent remis entre leurs mains le château San : Elmo et tout ce qu'ils eussent voulu pour caution de leur repos) , ils tournèrent toute leur fureur contre cette Noblesse dont ils dévoient plûtost rechercher la jonction que la ruine.

le ne sçay pas si elle les eut écoutés dans cette occasion ; mais chacun sait qu'elle avoit assez de motifs de

se plaindre des Espagnols qui ne la trailoient guères mieux qu*ils ne traitoient les peuples, et il est apparent que si elle n'eut pas voulu se déclarer, ny se joindre alors aux Napolitains, du moins elle ne se seroU pas si fort intéressée dans la cause des Espagnols, comme elle fit quand le désir de se venger des affronts de la populace la força de prendre les armes et de faire naistre yne guerre entre les membres de l'Estat lorsqu'il les falloit réunir pour concourir au bien commun.

Ayant poussé durant quelques jours la Noblesse, et convié par leur exemple les autres peuples des Provinces d'en (aire autant, ils s'acharnèrent aux Espagnols, et attaquant ceux-cy et les Nobles en mesme temps, ils réunirent ensemble ces deux corps qui n'avoient pas beaucoup de confiance auparavant Tvn pour l'autre. Alors que, par vue extravagante et cruelle pudeur, on leur vit massacrer les Espagnols, et crier vive Espagne; mais cela ne dura guères , et leur besoin les contraignant de recourir à l'assistance de la France, ils appelèrent le Duc de Guise, espérant que par luy ils obtiendroient de cette couronne les secours qu'ils s'en promettoient.

Ce Prince arrivé dans la ville, et reçu comme Envoyé du Roy très-Chrétien, on vit paroistre, peu de jours après, Tarmée Navale qui faisoit toute l'espérance et toute la

consolation de ce peuple affligé et accablé de cent misères; mais son aspect, au Heu d* apporter le soulagement désiré depuis tant de mois , ne servit qu*à donner de ridicules ombrages. Ce fut alors que Tinconstance Populaire fit voir vn de ses plus étranges effets en faisant changer tout à coup d'objet à cette populace qui se donna entièrement au Duc de Guise sans se mettre en peine de la retraite d'vne flotte qu elle avoit si fort souhaittée.

Le Duc de Guise déclaré Chef dWne République qui n estoit pas encore en Nature; cette multitude innombrable de gens qui Tavoient proclama Duc suprême et qui Feut mesme appelé Roy dans ce moment s*il eut voulu, et sans avoir examiné s'il eut pu maintenir ce titre, ûl connoistre par les factions qui la divisôient que c'estoit vn corps monstrueux , et composé de testes dont les vues vouloient le changement de maître, les autres la réforroation et non le changement de TEstat et, la plus grande partie, lelibertinagOy sous couleur de la liberté. Par ces réflexions, on peut juger que la Prudence n'eut point de part en ce dessein qui fit tant de bruit dans l'Europe et, qui n^ayant esté formé et conduit que par vue fortune aveugle et par vne valeur qui tenoit de la fureur plus que de la raison, échoua malheureusement n'estant pas soustenue par la prudence.

Si la populace périt par son imprudence , ses Chefs se perdirent aussi par cette voye. Masanielle ayant réduit, par YU bonheur extraordinaire , les Espagnols à luy donner la carte hlanche, périt et fit périr le peuple pour ne s*estre pas ser^y de l'ayantage qu'il avoit d'establir le repos et de Tasseurer par la reddition du chasteau San : Elmo, lequel estant entre les mains du peuple eut forcé les Espagnols de tenir tous les traitiez £aits avec eux.

Le Prince de Massa périt pour avoir eu deux objets divers à la fois : il ne manqua pas de fortune, il ne manqua pas de valeur ; mais il manqua de prudence quand il cru^ pouvoir servir sans danger deux partis contraires. Aussi, sa mauvaise conduite luy fit voir bientost son erreur, et son exemple fit juger qu'vn Hermaphrodite d'Estat ne sauroit estre de durée.

Gennaro Ânnésé se perdit par ses irrésolutions et pour n'avoir point eu de but dans sa balance conduite. La consternation où les Chefs du peuple se virent après la mort du Prince de Massa donna lieu à son ambition de se saisir d* vn Gouvernail si périlleux pour ses Pilotes, qu'il laissa peu après aussi facilement qu'il Tavoit pris ; et le défaut de mérite luy fit perdre alors ce que l'excès de son bonheur et de sa témérité lui avoit acquis.

Renfermé dans le Torrion des Carmes, il fut fort long-

320 APPENDICK.

temps à rechercher les François et les Espagnols sans se pouvoir déterminer, et quoy qu'il eut plus de penchant pour les François, il fut enfin contraint de se soumettre à la mercy de ses plus cruels ennemis qui, après la réduction de Naples, l'ayant trouvé saisi d' vne lettre qui le convaînquoit d'une intelligence avec les François, le firent moor/r publiquement.

Tous les autres Chefs Populaires de la Ville et des Provinces périrent pour n^avoir pas eu vn but fixe et commun dans leurs desseins. En voulant faire la vangeance des cruautez et de l'avarice des Espagnols, la pluspart eurent pour objet les massacres et le pillage, et au lieu de ne songer qu'à la réformation ou au changement de TEstat, ils ne pensèrent qu'à profiter 'du temps présent, à crier contre le passé et laissèrent au cas fortuit la conduite de l'avenir. U ne faut donc pas s'eslonner s'ils périrent tous dans les routes différentes qu'ils suivirent aveuglément , et si leur dessein ou plustost leur prétexte n'eut pas l'effet que tout le monde en espéroit.

Le Baron de Modène fit vn personnage assez considérable en ces révolutions pour paroistre dans ces remarques (1).

(1) On n'oublie pas que le Comte et le Baron de Modène sont an seul et même personnage. L'historien joge ici sa propre conduite.

SUPPLÉMENT. :j2i

La prise d'Averse, le blocus de Capouë et la réduction de tant de places et de terres qu'il soumit, fit voir qu'il ne manqua pas de bonheur ny de résolution dans les fonctions de sa charge; mais il fit voir son imprudence en deux occasions notables. La première quand il s'éloigna du Duc de Guise qu'il sçavoit estre d'vne humeur volage, jalouse, ombrageuse et facile à croire, et qui se souvenoit peu des absents. La seconde quand il revint d'Averse à Naples, près de lui, pour s'exposer à la mercj de ses ennemis qui régnoient alors dans le cœur de ce Prince. 11 n'avoit que trop de marques de leur haine et de leur crédit pour songer à ses seuretez, c'est-à-dire à se retirer du Royaume, ou bien à s'aller cantonner, avec la meilleure partie des troupes qui dépendoit de lui, à Cajazzo , place forte , ou à Castel Vulturno , lieu dont il pouvoit s'emparer sans peine, et où il eut pu facilement procurer un débarquement favorable à l'armée de France qu'on vit peu après vers ces côtes.

L'amour qu'il avoit pour la gloire du Duc, et la confiance qu'il avoit en son amitié, furent causes de ces deux fautes, et quoy que par cette dernière il ayt soufTert toutes les indignités et toutes les disgrâces que l'on peut souffrir en l'honneur et en la personne, il s'est contenté du regret qu'a eu ce Prince de l'avoir traitté de la fa-

çon qu'il fil. Tout THostel de Guise et presque tout Paris sçavent avec quelles tendresses et avec quelle confiance il le rappela près de luy quelque temps avant sa mort 9 que cet infortuné Gentilhomme a pleurée, et pleurera toujours par cette extrême affection qu'il avoît pour le Duc, plût(Àt que pour la perte qu'il a faite de plus de trente mille écus qu*il luy devoit depuis longtemps.

Le duc de Guise fit connoistre, pendant ces révolutions, que la fortune et la valeur favorisoient son entreprise. Son passage de Rome à Naples malgré vue armée Navale qui s'y opposoit puissamment, sa réception dans vue Ville qui l'appella sans le connoistre et Tadora en le voyant, son élévation dans le premier degré de l'Estat et qui sembloit si proche du throsne , l'attaque du Pont de Frignano et tant d'autres où son courage et son intrépidité parurent si hautement, sa durée dans vn poste fort élevé, mais fort glissant et exposé à tant de cruels ennemis , et le peu d'effet de tant d'horribles et secreltes conspirations contre sa vie le témoignèrent clairement; mais son imprudente con-^ duite détruisit ce que sa fortune et sa valeur entreprenoient pour luy.

Gela provint de trois choses : la première de l'Indulgence qu'il eut pour Agostino de Liéto, et pour Girolamo Fabrani, ses Domestiques < lesquels, abusant de ses

faveurs, disposoient à leur gré de toutes les charges les plus importantes , et les faisoient conférer, non à ceux qui avoient le plus de mérites, mais à ceux qui avoient le plus d'argent à leur donner, ce qui fit deux mauvais effets, rvn qu en préférant dans les emplois celuy qui donnoit le plus à cehiy qui servoit le mieux, ce désordre causa beaucoup de confusion; l'autre que leur avarice rendit le gouyerneinent du Duc odieux à ceux qui, en l'appelant à leur aide, croyoient qu'il purgeroit la Ville de ces crimes que l'avarice des Espagnols y avoit commis.

La seconde procéda de la facilité que naturellement il avoit de croire tout ce qui flattoit ses désirs et ses espérances ; ce fut par ce malheureux foible que les Espagnols trouvèrent le moyen de vaincre ce Prince que peut-estre ils n'eussent jamais pu surmonter avec leurs armes. Ce fut par cette secrette voye qu'Agostino Millo s'empara de son cœur, et qu'après luy avoir rendu suspects ses véritables serviteurs, il le livra entre les mains de ses ennemis.

La troisième vint de la grande confiance qu'il eut en soy-mesme et en sa bonne fortune* Son esprit, flatté du bonheur de ses premières avantures à son arrivée, se pet'suada qu'il auroit toujours le vent en poupe et qu'il mon- (eroit au comble de ses désirs sans aucune assistance estrangère. C'est ce qui luy lit oublier, peu après son arrifée

à Naples, les liaisons qu'il avoit prises avec le cardinal de Sainte-Cécile avant son départ de Rome; etc*est ce qui luy fit écrire à la Cour de France que , pour reconnotssance de ses glorieux travaux , il ne souhailtoît autre chose que de mettre une Couronne sur la teste de la Demoiselle de Pons. Mais avec tous ces manquements, il y a beaucoup d'apparence que s'il eut tant soit peu caché le feu de son ambition, il fut arrivé à son but malgré toutes sortes d'obstacles. En effet , si dès son entrée à Naples , il eut feint de vouloir établir cette République si soubaittée de chacun, il en eut esté fait le Chef par vn commun consentement ; Et gardant pour soy la plus noble et la plus vtile partie de Tauthorité souveraine qui est le commandement des armées, il en eut laissé la plus pesante et la plus odieuse, qui est la Police et la Justice, à vn petit nombre de Sénateurs qu'il eut presque tous nommez et qui l'eussent porté sur le throsne insensiblement et en réunissant ensemble tous les membres de ce Royaume accoustumez depuis tant de siècles à supporter la Monarchie.

Mais en y voulant monter dès son arrivée, sans assistance et dans vn instant, ce dessein dénué de tous les moyens de le pouvoir exécuter, partit vain à ses serviteurs, et ridicule à ses ennemis, lesquels reconnoissans pourtant Tavanlage qu'ils recevroienl d'entretenir ce Prince dans cette |)ensée.

SUPPLÉMENT. 32o

lui iirenl perdre vue Couronne en la iuy montrant de trop près. Enfin, l'on peut conclure cette réflexion en disant avec vérité : Que si dans les troubles de Naples le Duc de Guise fut laulheur de sa gloire et de sa fortune, il le fut aussi de sa perte : Que pour avoir voulu régner trop tost, et par soy mesme, il perdit vn Royaume : mais que ses fautes toutefois sont en quelque sorte excusables, puisque Féclat d'vne Couronne a bien éblouy d'autres Princes qui en estoient plus éloignez, et qu'on a lieu de le louer, si dans les grandes entreprises vne tentative suffit pour iramorlaisersonnom.

Après avoir examiné la conduite des peuples soulevez et de leurs Chefs : il ne sera pas mal à propos d'examiner celle des Espagnols et de leurs Partisans, pour faire vn entier jugement de cette célèbre entreprise. Le Duc d'Arcos dans les principes du soulèvement fit deux fautes considérables, la première de ne pas profiter des advis que tant de Confesseurs et tant d'autres personnes Iuy donnoient du mécontentement du Peuple dont il eut pu prévenir les mauvaises suittes, pour peu qu'il eut témoigné de vouloir soulager ses maux et de satisfaire ses plaintes. La seconde fut de se laisser surprendre si honteusement par Mazauielle et par les Lazzares, dont l'insolence s'étendit jusqu'à le prendre par la barbe et à le chasser du Palais. Mais si

320 Al»PENDICE.

sa prudence parut alors endormie, elle se réveilla bientost ù la mauvaise intelligence survenue entre le Peuple et la Noblesse : et les Négociations qu'il eut avec AgostinoMîllo, pour Tobliger à détourner le Duc de Guise de la route qu^'l devoit suivre, firent voir que le Roy d'Espagne fut redeyabic à ce Vice-roy de la conservation de ce Royaume.

D. luan d'Austriche à son abord fit vn manquement irréparable, par Tattaque Générale qu^il fit faire et dans la- ([uelle il perdit non seulement la meilleure partie de son armée et de sa Noblesse, mais encore Tamour et la confiance que tout ce Peuple avoit pour luy et lesquelles il luy fut impossible de recouvrer, quelques peines et quelques soins quMl y prit. Le Comte d'Ognatte acheva par sa fortune ce que la Prudence du Ducd'Arcos avoit secrettemeiii commencé, quelque peu avant son départ. Il eut le bonheur d'arriver au point de la Maturité d Vn fruit tout prest à cueillir et qui ne luy cousta que quelques jours de peines et d^application : Enfin cette bonne fortune qui jsuivit au commencement la populace se rangea du costé des Espagnols, et leur prudence profitant de ses faveurs plus avantageusement que n'avoient fait les soulevez et leurs chefs^ ils recouvrèrent par une sage conduite ce quUls avoient perdu par vne mauvaise ; et firent plus par leur adresse qu'ils n'avoient fait avec leurs armes. Pour la Noblesse du

SUPPLÉMEiNT. 327

Royaume, il est certain que les Ministres d'Espagne eurent tout sujet de se louer de son courage et de sa fidélité. Elle servit à ses dépens, et fit voir dans ces conjonctures, que les personnes de naissance préfèrent toujours leur honneur à leur juste ressentiment; et que ce corps, le plus considérable de l'Estat, et qui n'estoit guères mieux traitté que Tautre, ne laissa pas en ce rencontre de s'acquitter de son devoir.

Page 1