Doit Marchandise générale à Caisse
Achat au comptant de travailleurs ci-après :
de B^ ses livraisons de divers articles pour ma consommation, I9OS9 fr.
Total tO,%9Q fr.
Pour achever la démonstration , nous n'avons plus qu'à dresser Tinventaire de A.
Rémmé des opérations de A, proprijêtaire'CapitaUste-entre' preneur^ pour soi^ inventaire au 3 1 qécembre,
Doji{,^ MARCHANDISE gén4^4^^* Avoir.
10,8^^., Débit de ce compte au 31 décembre.
Cré^t de ce com|)j£ ai| ^1 décembre 9,900 fr.
Resjl^i;^ en magasin dçs marchandises inventoriées au !•' janvier dernier 100
Ç^rte sur ce compte 89.0
10,^^^1)6^ ^m^^^gj^ie. tM»4fc ft..
Maintep^nt (jve nous avoirs étj^bli notre double comptahi.litét. rajjprçphoç^ les çpmptçs^ et optons les, différences.
1° Squs le régime, d^ I>^H^«,, le compte djB cl3i,aque ti;^vaillem: se solde pai: v^m Ç.erté (iê 100 fr. ^spH pour leslQ: 1,0i)0fr.
En i?riêmç temps^^ celui d,e A, p^iopriétaire-capitaysteentrepreneur, se solde par i^n béné ic^ dç 1,000 fr.; ce qui prouve que dans la société capitaliste le déficit;, soit la misère, est en raison de l'agio.
2° Sous le régime du crédit gratuit.au contraire, le compte de chaque travailleur sa soldp çnr un l^onlde 99 fr.. soit pour les dix, 990 fr.; et 'celui de À ^propriétaire-capitaliste, par un déficit de 890 francs, qui, avec les 100 francs de marchandises restant en magasin et venant en couverture du, déficit de l'année, font bien les 990 fr. dont la fortuçie des di\ travailleurs s'est augmentée. Ce qui prouve que, da,P;S la société mutueUiste, c'est-à-dire, de l'égaléchange, la fortune de l'ouvrier augmente en raison directe de son travail, tandis que celle du capitaliste dimiaue aussi en raison directe de sa consommation improductive, et qui détruit le reproche que m'adressait Pierre Leroiyc, qu'il nj'§ cessé depuis deux mois dâreproduiro^dans sa Epléqjhçi^ savoir, (^uel^i^dit gratuit, la Banque du Peuple,
la mutualité ne sont aussr que du propriétarisme^ du bowrgeoisisme, de Texf loitalion enfin, comme le régime que la Banque du Peuple avait la prétention d'abolir.
Dans h régime mutaelîiste^ la fortune de Vouvrier augmente en raison directe de son travail, tandis que celle du propriétairecapilaKste diminue en raison directe de sa consommation tmproâuctive : — cette proposition, mathématiquement démontrée, répond à toutes les divagations de Pierre Leroux et Louis Blanc, sur la coramunauté, la fraternité, et la solidarité.
Renversons maintenant la formule.
Sous le régime de Vusure, la fortune de Vouvrier décroît en raison directe de son travail, tandis que celte du propriétairecapitaliste augmente en raison directe de sa consommation improductive : — cette proposition, démontrée comme la prédente mathématiquement, répond à toutes les divagations de^ jésuites, malthusiens et phi'anthropes, sur Tinégalité des talents, les compensations de l'autre vie, etc., etc.
Gomme corollaire à ce qui précède,, et en nous basant toujours sur la logique des chiffres, nous disons encore :
Dans la société capitaliste, Tonvrier no pouvant jamais racht'ter son produit piur le prix qu'il Ta vendu, est constamment en déficit. D*où, nécessité pour lui de réduire indéfiniment sa consommation, et, par suite, nécessité pour la société en ière de réduire indéfiniment la production : partout interdiction de la vie, obstacle à la formation des capitaux, comme d^ s subsistances.
Dans la société mutuellisle, au contraire i Vouvrier échangeant, sans retenue, produit contre produit, valeur contre valeur, ne supportant qu'un droit léger d'escompte largement compensé par l'excédant que lui laisse, au bout (Je l'année, son travail, l'ouvrier profite exclusivement de son produit. D'où, faculté pour lui de produire indéfiniment, et, pour la société, accroissement indéfini de la vie et de la richesse.
Direz-vous qu'une pareille révolution dans les rappoîts économiques ne ferait, après tout, que déplacer la misère ; qu'au lieu de la misère du travailleur salarié ^ qui ne peut racheter son propre produit, et qui devient d'autant plus
pauvre qu'il travaille davantage, nous aurions la misère du propriétaire-capital iste-entrepreneur, qui se verrait forcé d'entamer son capilal, et, partant, de détruire incessamment, avec la matière du produit, l'instrument du travail même?
Mais qui ne voit que si, comme cela est inévitable dans le régime de la gratuité, les deux qualités de Iravaillevr" ialariéf i*une part, et àe propriétaire' capitaliste-'enirepreneur de l'autre, deviennent égales et inséparables dans la personne de chaque ouvrier, le déficit qu'éprouve A dans les opérations qu'il fait comme capitaliste, il le couvre immédiatement par le bénéfice qu'il obtient à son tour comme travailleur : de sorte que, tandis que d'un côté, par Tannihilation de l'intérêt, la sommé des produits du travail s'accroît idéôniment ; de l'autre, par les facilités de la circulation, ces produits se convertissent incessanmient en VALEURS, et les valeurs en CAPITAUX?
Que chacun , au lieu de crier à la spoliation contre le Socialisme, fasse donc son propre compte; que chacun dresse l'inventaire de sa fortune et de son industrie, de ce qu'il gagne comme capitaliste-propriétaire, et de ce qu'il peut obtenir comme travailleur : et, je me trompe fort, ou sur les 10 millions de citoyens inscriîs sur les listes électorales, il ne s'en trouvera pas 200,000 , 1 sur 50, qui aient intérêt à conserver le régime usuraire, et à repousser le crédit gratuit. Quiconque, encore une fois, gagne plus par son travail, par son talent, par son industrie, par sa science, que par son capital, est directement et surabondamment intéressé à l'abolition la plus immédiate et la plus complète de l'usure ; celui-là, dis-je, qu'il le sache ou qu'il l'ignore, est, au premier chef, partisan de la Bépu^ hlique démocratiqvs et sociale ; il est, dans l'acception la plus large, la plus conservatrice, révolutionnaire. Quoi donc? Serait-il vrai, parce qu'ainsi l'a dit Malthus et qu'ainsi le veut, à sa suite, une poignée de pédants, que 10 millioDS de travailleurs, avec leurs enfants et leurs femmes, doivent servir éternellement de pâture à 200,000 parasites, et que c'est afin de protéger cette exploitation de l'homme par l'homme, que l'État existe, qu'il dispose d'une force armé«t
de 500,000 soldats, d'ua million de fonclionnaîres , et que nous lui payoDs deux milliards d'impôts?...
Mais qu*ai-je besoin, après tout ce qui a été dit dans le cours de cette polémique, d'entretenir plus longtemps Topposition purement factice de IravaiUmrs-salariés et capitalistes-propriétaires *t Le moment est venu de faire cesser tout aotagonisme entre les classes, et d'intéresser à Tabolilion de la rente et de Tinlérôt, jusqu'aux propriétaires et aux capitalistes eux-mêmes. La Révolution, ayant assuré son triomphe par la justice, peut, sans manquera sa dignité, s'adresser aux intérêts.
N'avons-nous pas vu que l'intérêt est né des risques de rindustrie et du commerce, qu'il s'est manifesté d'abord dans les contrats plus ou moins aléatoires de />acotii(e et à la grosse ? Or, ce qui fut au commencement l'effet inévitable de rétat de guerre, ce qui devait, de toute nécessité, apparaître dans une société antagoniste, se reproduira encore et toujours dans la société harmonique et pacifiée. Le progrès, dans l'industrie comme daus la science, est saos fin ; le travail ne connaît pas de bornes à ses aventureuses entreprises. Mais qui dit entreprise, dit toujours chose plus ou moins aléatoire, par conséquent, risque plus ou moins grand du capital engagé, partant nécessité d'un intérêt compensateur, d'une prime d'assurance.
Au loyer, au fermage, à la rente, au prêt sur hypothèque, à l'agio mercantile, aux spéculations de bourse, à la spoliation bancocralique, doit succéder pour le capital, dans des conditions de plus en plus heureuses, la Commandite^ Alors le capital, divisé par actions et fourni par les masses ouvrières, au lieu de spolier le travail, produira pour le travail ; alors le dividende, substitué à l'intérêt, ne sera qu'une manière de faire participer la société tout entière aux bénéfices des spéculations privées : ce sera le gain légitime du génie contre la fortune. Que les capitalistes actuels, au lieu de s'entasser à la Bourse, de comprimer la Révolution et de mettre l'embargo sur les bras, osent donc se faire nos chefs de file; qu'ils deviennent, comme en 92, nos généraux dans cette nouvelle guerre du travail contre la misère^ dans cette grande croisade de l'industrie contre la
iMktva^ N'jF ^H\ 4oB0 f^us rm à iécouvy», plm^rtw* h oser, plus rien à faire |)our le développeetieiAt de lioUre oat* tiQAs^m^, |)iQUf l'^ugmeptalion dB (loUe ïH^ei^se ei ^ «lOÉre
Je ak,'«krré(e : U «s4 tenAfis. Malgré meÂ, Monsieur, tous m'^vea, poussé à oetW diMueUoii abâtrailey ialigaiito pcHiJr 1^ public, el [>m fixité poaf les eoloDues^ é'ius^ journal p«« puiaire» FaUaUrU doAom^eQtriilQef à cet>lediss«vtali(Uftôpir aeuse, (^mwptd U étai^ $i ^ïï^^ ^ siir^pl»» d« nous renferavef d^Q3 c^lto qu^on péroiapUHre ai*t9»t que positive : le crédit peut-il ou m peut'il pm iire graéiii?^ Au risqitfid» rebuter iea lecteurs cie la Foix du Pmpkf j'ai vobIu satlsfawe à votre dégir : vous me dgresi, si voms le ju^^ez eon* veDable, ce que vous trouvez à reprendre d^abord à l'a^ nalyse que j'ai Haite de la noIioB de capital; puis à la iiéS- Aitioa que ^iba ai fait sortir ; eoûn aux tbéofèffles et aux corollaires qui ea ont £ait le^ développefnent.
Dans cequi^ vous venez de lire, il j' a, vous, ii^leaierev pas, toute une révolution, non-^seiileKifint politique' et éço^ noHii<|ua, maki enfore, ea qui doit vous dire, a'msi qu'à inol^mênie, beaneottp plu&sea^ble, sccenitiSque. À voua éà voiv ^ vou&acQepiefl» pavp voire compte et pouv rejutéa YoaeoieligioBnaûres la eoachision qui ressort ave« éclal de toute cette diseossio», savoit que ni vous , mon^iei» Baatiat» ni perso&iiadet voire école, m'entendezcrien àl^conoinûe politique*
Jb*^ai6>etG.
P'«. Jk Fmbqdoom.
SIXIÈME lETTRE.
»féinierft«5a.
Monsieur, Vous venez de rendre h la société un signalé service. Jusqu'ici 1^ gratuité du crédit était demeurée enveloppée de ni]^ages philosophiques, métaphysiques, économiques, antinomiques, htetoriques. En ta soumettant à la simple
Tagues régioBSi; vov^s rexpo;3yez bij^ à Uhw lea k gaFcb^ cllac^Q pouira Vi recoji^^iU^ : CesiMf^9iimm(k papier,
Mujtiplier e4 ég^tiseï? 1^ ri^eiiess^ Siur ^a tene ea y je^ Uv^i une plu^e ^^ pq^tex-^iom^ie ^ voiià UMut k i«iysiè«e. \oiià le concli^uvg^ y Vij^injifq^i ç| t^ (kiiéfiifiUtJm <ki Soekin lisme.
La gratuité iucridi^, c'f^tson derqier mot, §a deri^ièfe formule, son dernier effort. \çm Vav^^ <JU c^nl fois avec raison. D'autres^, il est vrai, doiinwt à ^ niol un autre sen3. Est Saciç^U^^ disaU ces jaurs-c^ ((| J^émofi^mm paein ^^Hj qu^oçiqi^e a;5ppr^5 è^ idéaliser un peu die Weft. -^ Ceites, si la définitioA eM vagu^, ^e esA du moin^ coiapfôheosWe et ^uj:tput pru4e9.te« Ainai déSi^i^ le Si(mliftme esl impôn ri53aW.e.
Mais un désir, çiou plus ^u^viogt a^ir*l|io»s-(iui a'efttçer détruisent, ^e çqivs^^at pas uoe seieQtiee. Qu'e&t devenue VXcarM'f Ôh ea sovt le ^^^m/Jr^» rtO^^ier fia^ional', la i%iqÂ^? Ces &)r#ixles spnt o^ories» ei yotua n'avez pa& peu cpi^tribué h( les^ ^u^. Si qui^^lquea autres ont faii véceimifàenl leur entrôe (Jaçts le monde ^ spiv» di^ noms saosori s (qua j'ai o^bliéa), il est peroùSk de croire qu'elles me sont pas néçs viables. Une Sje^Ale survivai4 enc(HH» : graUM du orédiL Il içi'a semblé qv^'elle puisait. sOi viedaas le^ mystère. Vous l'exposez «tu grand jewr : suj^ivFaT^eBe longtempa?
VaHér-alion des monnaies, pouvaat aJtei jusqu'à ht monQaie ^.ctivç , c'e3t une invention q«i n'est ni neuve ni très-déngipçratviJiie. Jusqu'ici cependant, on avait pria la peiiji^ de cionner ou de supposer au papter-n»aw«<itequelquea garanti^, les futuj^es ricliesses du Mississipi , le solnatior nal, les forêts de l'État, les biens des émigrés, ete. On eoBk^ prenait bien que le papier a'a paa de valeui iutsinsèque, qu'il ne vaut que comme ptomes^t , et qu'il feiut que cette promesse inspire quelque confiance pour que le papier qui la constate soit vo'ontair. ment reçu en échange de réalités. De là le mot crédit {credere, croire, avoir foi). Vous ne paraisse^ pas yoM.a, être préoccupé de cçs.aécessUés,,Vn^febriqup in^Buigajj^^ de paptAP-mcM^Aaie^ xoiià,vo4re90k^ûii..
PermeU(i^jiu^0'kUe0¥e(iN»Ves^ q«^
vous m'indiquez, et d'examiner d*abord votre mécanisme social, exposé sous ce titre : Gratuilé du crédit.
Il est bon de constater que vous définissez ainsi le capital : Toute valeur faite en terres, instruments de travail, marelwndises , subsistances ou monnaies , et servant ou pouvant servir à la production. Cette définition , je l'accepte. Elle suffit à ia discussion actuelle.
Ceci posé, A, B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, etc., sont tout à la fois capitalistes et travailleurs.
Vous faites le compte de l'un d'eux. A, pris en sa qualité de capitaliste; puis celui de B, représentant tous les travailleurs; enfin vous dressez la comptabilité de la Banque.
A est détenteur de capitaux, de valeurs faites ^ en terres, instruments, subsistances, etc. ; B désire se les approprier, mais il n'a rien à donner en échange et ne doit pas les emprunter, sous peine de payer:un Intérêt.
Il se présente à la Banque et lui dit : « Livrez-moi pour mille francs de billets, je vous rembourserai sur le produit de mon travail futur au fur et mesure de mes ventes. La Banque s'exécute et donne des bjllets pour 990 fir. (1). Muni de ces précieux talismans, B se présente à A et lui dit: «Vous espériez peut-être me prêter vos capitaux, mais vous voilà réduit à me les vendre^ car je suis en mesure de les payer. » A s'empresse de livrer ses capitaux ( terres, marchandises, subsistances) à B contre les billet». B entreprend son travail. En vertu de l'aphorisme : Tout travail doU laisser un excédant, il ajoute 10 p. 100 à la valeur qu^il vient d'acheter, court à la [Banque payer (en billets sans doute) les 990 fr. qu'il lui doit, et se trouve avoir réalisé^ 99 fr. de profits. Ainsi de C, D, E, F, etc., en un mot, de t6us les hommes.
Ayant imaginé ces données, vous dressez la comptabilité de A, de B, etcelle de la Banque. Certes, cette complabDité, les données étant admises, est irréprochable.
(l) Cette retenue de 10 fr. n'ayant pour objet que les frais de bureau, est improprement nommée escompte. Elle pourrait être réduite à quelques centimes. Peut-être même eût-il mieux valu, dans la théorie et la cooipiabilité, ne point s'en préoccuper.
Mais peut-on admettre vos données? Sonl-elles conformes à la nature des hommes et des choses? C'est ce qu il s'agit d'examiner.
Les billets de la Banque oflfriront-ils quelques garanties ? En d'autres termes, inspireront-its ou non de la confiance ? En d'autres termes encore, la Banque aura-t-elle ou n'aurat-elle pas un capital primilif et des valeurs faites suffisantes pour répondre de toutes ses émissions ?
Comment réunira-t-elle le capital en valeurs faites? Si elle a des actionnaires, dans l'ordre de choses actuel, qui est notre point de départ, ils voudront toucher un intérêt, et comment la Banque prêlera-t-elle, à titre gratuit, ce qu'elle emprunte à titre onéreux ?
On s'emparera du capital de la Banque de France, ditesvous, et on remboursera les actionnaires ea rentes sur l'État. Ceci recule la difficulté sans la résoudre. Cest la masse, la nation qui empi^untera le capital à 5 p. 100 pour le prêter gratis. L'intérêt ne sera pas anéanti, mais mis sur le dos du contribuable.
Mais enfin , admettons que ce capital de 10,000 fr. , snr lequel vous opérez fictivement , soit réuni, et mettons de côté ce cercle vicieux qui consiste à supposer la gratuité pour la réaliser. Puis<^ue vous Pavez cru nécessaire, vous jugez sans doute indispensable qu'il se conserve.
Pour cela vous raisonnez sur cette hypothèse que B, C, D, E, etc., rembourseront chaque année à la Banque les billets qu'ils auront pris. Mais si cette hypothèse fait défaut ? Si B est un débauché qui va dépenser ses 1 ,000 fr. au cabaret? Si C les donne à sa maîtresse? Si D les jette dans une entreprise ridicule? Si E fait une fugue en Belgique? etc., etc., que deviendra la Banque ? A qui A s'adressera-t-il pour avoir la contre-valeur des capitaux dont il se sera défait?
Car enfin votre Banque n'aura pas la vertu de changer notre nature, de réformer nos mauvaises inclinations. Bien au contraire, il faut reconnaître que l'extrême facilité de se procurer du papier-moiinaie sur la simple promesse de travailler à le rembourser ullérieurem»*nt, serait un puissant encouragement au jeu, aux entreprises folles.
aui( opération! hi^ardeuse^, mj spéeu(atia»s téméraires, ^\ix dépei^es immorales et ioeonsidéréea, Cest wm ctooaa grave que de placer tous les hommes ea aituation de se dire : «i Tentoa» la fortuna av4fc la bien d'autrul i si je réussi, tant mieux pour moi; ai j'échoue» iaat pia pour laa aulrasi » Je nepuiaeouoevoir, quaot h moi» le Jeu régulier des tran^ciioaa humaiuea ^u debora da la loi de ra^poiisabilité. Mais, sans reaberober ici las effets moraux da votre iovantiou, toujours ast-il qu'elle Ate^à la Banque nationale toute condition de crédit et de durée.
Vqus me direz peut-ôlre qu'avaut de livrer ses biiteta la Biinque s'^nquarra avec soin du degré de coofiance que méritent les demandeurs. Propriété, moralité, activité, iOn telligei^fva» prvdance, tout sem scruté et pesé avec soin. Mais pr^uaz garde, si d*un cô-é vous exigez que la Bauque ^t ud capital primitif de garantie, si de Tautfe elle ne prêta qu'en toute sécurité, que fera-t-elle de plus que ne foutftwx Etats-Ur^is les banques libres? Et ce ui qui est pauvre diable aujourd'hui, ne sera-t41 pas pauvre diable sousvotra régime?
Je pQ çroi^ ps^ que vousi puiaaiea sorlir de ces alt^na-i tiv^ft;
Ou la Q^fique aura un capital dont aile pajrera riatérôt, et alors elle ne pourra, saus se ruiner, prêter sans intérêt ;
Ou aille disposera d'un capital gratuit et, «fi ceeas, expUquea^noua d'où elle le tirera en dehors de A, B, C, D, etc„ qui ibrment toute la nation.
Dans Fune et l'autre bjpotbèse, ou elle prêtera avec mesura et discornentent, et alors vous n*aureB pas le crédit universel; ou elle prêtera sans garantie, et an ce cas elle fera iailUle avant deux mois.
Mais passons sur eea premières difficnllés.
A, que vous mettez en scène, est capitaHsIa, partant avisé, prudent, timoré, peureux même. Ce n'est pas vous qui le nierea. Après lout, eeto lui est bien permis. Tout ce qu'il a, il Ta acquis au i^rix do ses sueurs et ne vaut pas a'exposef à le perdre. Ce sentiment, au point de vtie social, «t ^iuemment conaarvateur. Avant done de livrer ses capitaux fittatra des biUQts, A tournai^ et ntounsafa bia»
9QUveipt C6« hill^tedans s^s ipain^i. Peuirêtre finira-t-il paf les refuser, et vpyà YQtr§ système en fumée. Que ferea« vous? Déçrétere^-rvous 1^ <mT^ hm? Que détient alors la liberté dont vous éte9 )e çbamiioo? Après avoir fait de la Banque upe Inquisition, voua en ferez une GeBdarm^e t
C n'était pas la peine d€i supprimer rÉtal.
Mç)is je yous concède, pour la discussion geuiement, le coursi forcé. Vous n'empêcherez pas A de calculer les risques, l\ est vrai qu'il P'y a g^^r^ de risque* qu'un venr deur n'affrppte, pourvu qu'il trouva dans Télévation du prix une primo d'assurance satisfaisante. A, capitaliste, c'est-à-dire monuisier, cordonnier, forgeron, tailleur, etc., dira donc à B, C, D ; Messieurs, si voulei mes meubles, mes soutier^, mes c)ous^ mes babits, qui sont des v^kun faites, dpnnez-moi une v<iieMr/'^i*f,ç-est-à-direYipgt franc» en arj^ent. — Voii^ vingt francs en billi ts, répond B. -» Ce n'est, qu'une promesse, répond A, et je n'y ai pas confiance. — 1^ cours forcé e^t décrété, réplique B, -m Soit, riposte A» m.^i^ j^ ^^^^ ^ont fr^n< s de ma marcbandise.
Comment aKéter^z-voua cette baus3e de pj^ix, évidem» ment destructive de t^^u^ le^ bienFaiis que vous aliendei de la Bauque? Que fervîi-rVousî Décrétere»»voua )»»«¥•«
L'un^yei^^Uf^ ç)^^r|é m manifestera encore par une autre cause. Certes, vous ne douteg pas que la Banque, dès qu'elle awa fait ba^ttre le rappel par tous les cabanes de la publicité, dès qu'elle aura annoncé qu'elle prêle pour rien, n'attire ^ elle de nombreux clients. Tous ceux qui ont des deîte^ dont ils j^ajen^ Vin(érêt voudront profiter deeetle belle occasion de se libérer. En voilà pour une vingtaine de milliards. L'État yçudra fi'acqnilter apgsi des cinq miK liards qu'il doit. La Banque sera encore assaillie de tout négo^ant qui a conçu vue opératioi^, d^ tout manufacturier qui veut fonder o?^ ^rwdir une fel\rique,de fout mor nomane qui ^ fait qne décq^yerte mo/veilleuse, de tout ouvrit r^ compagnon ou apprenti qui veirt devenir maîtres
Je n^ crains pa,s^ trop de m'ftv^ncer en disant q^^e l'en nnission des bille^t^, si ejl^ a la prétention de satisfaire toua Içs ^p^t^t^ teutj^ ^ m^^^.H^^ ^ râveriea» dépaib
— lÔft —
sera 50 milliards dès les six premiers mois. Voilà de quel poids la Demande des capitaux pèsera sur le ifiarché. Mais où en sera rOfftre? Dans six mois, la France n'aura pas créé assez de valeurs faites ( tertres, instruments, marchandises, subsistances), pour satisfaire à ce prodigieux accroissement de prétentions, car les valeurs faites, les réalités, ne tombent pas aussi facilement dans le tablier de dame Offre, que les valeurs fictives dans celui de dame Demande. Cependant vendre et acheter sont des termes corrélatifs; ils expriment deux actes qui s'impliquent , et, à vrai dire, ne font qu'un. Quel sera le résultai? Une hausse exorbitante de tous les prix, ou, pour mieux dire, une désorganisation telle que le monde n'en a jamais vu. — Et, soyezen sûr, si quelqu'un on réchappe, ce ne sera pas le moins moins fripon, ce ne sera par surtout le pauvre diable à qui la Banque a refusé crédit.
Ainsi, mesures arbitraires pour fonder la Banque, inquisition si elle veut mesurer la confiance, cours forcé, maximum, et, en définitive, banqueroute et désorganisation, dont les plus pauvres et les moins roués seront les premières victimes; voilà les conséquences logiques du papier-monnaie : ce n'est pas tout.
Vous pourriez me dire : Votre critique porte sur les moyens d'exécution. On y avisera. Il ne s'agit que du principe. Or, vous ne pouvez nier que ma Banque, sauf les moyens d'exécution, détruit Tlntérêt. Donc la gratuité du crédit est au moins possible.
Je pourrais répondre : Non , si les moyens d'exécution ne le sont pas. Mais je vais droit au fond, et je dis : Votre inv^ilion n'eût-elle pas tous les dangers que j'ai signalés, n'atteint pas votre but. Elle ne réalise pas la gratuité du crédit.
Vous savez aussi bien que moi, monsieur, que cette rémunération du capital, qu'on nomme Intérêt, ne s'attache pas seulement au Prêt. Elle est aussi comprise dans le prix de revient des produits. Et puisque vous invoquez la comptabilité, je l'iovoque à mon tour. Ouvrons les livres du premier entrepreneur venu. Nous y verrons qu'il n'opère jamais sans s'être assure, non-seulement le salaire de son
traraily mais encore la rentrée, Tamortissement et l'intérêt de son capital. Cet Intérêt se trouve confondu dans le prix de vente. En réduisant toutes les transactions à des achats et des ventes, votre Banque ne résout donc pas, ne touche même pas le problème de la suppression de l'Intérêt.
Eh quoi I monsieur, vous prétendez arriver à des arrangements tels que celui qui travaille sur son propre capital ne gagne pas plus que celui qui travaille sur le capital d'autrui emprunté pour rien ! Vous poursuivez une impossibilité et une injustice.
Je vais plus loin, et je dis qu'eussiez-vous raison sur tout le reste, vous auriez encore tort de prendre pour devise ces mots : gratuité du crédit. Prenez-y garde en effet, vous n'aspirez pas à rendre le crédit gratuit^ mais à le tuer. Vous voulez tout réduire à des achats et des ventes, à des virements de parties. Vous croyez que, grâc« à votre papier-monnaie, il n'y aura plus occasion de prêter ni emprunter; que tout crédit sera inutile, nul, aboli, éteint faute d'occasion. Mais peut-on dire d'une chose qui n'existe pas, ou qui a cessé d'exister, qu'elle est gratuite?
Et ceci n'est point une querelle de mots. Après tout, d'ailleurs, les mots sont les véhicules des idées. En annonçant la gratuité dii crédit^ vous donnez certainement à entendre, que ce soit ou non votre intention, que chacun pourra jouir, pendant un temps indéterminé, de la propriété d'autrui sans rien payer. Les malheureux qui n'ont pas le temps d'approfondir les choses et de discerner en quoi vos expressions manquent d'exactitule ouvrent de grands yeux. Ils sentent se remuer en eux les plus déplorables appétits. Mettre la main sur le bien d'autrui, et cela sans injustice, quelle attrayante perspective! Aussi vous avez eu et vous deviez avoir d'abord beaucoup d'a«ieptes.
Mais si votre mot d'ordre eût été aiiéanlissement du crédit, qui exprime votre pensée réelle, on aurait compris que sous votre régime, on n'aura rjen pour Vien. La cupidité, ce grand organe de la créance, comme dit Pascal, eût été neutre. On so serait borné à examiner froidement d'abord, si votre système est un progrès sur ce qui est, ensuite, s'il
M pftticablei Le mot fHUuiié M tmkjOttn tbft «MiiiiflBf \ floais j8 né ciDiins pas de dirô que d'il a été uti letif i^é pôut beautoup de \o% adeples, il a été un piège pouf votfe esp1*ltk
Il explique les hésitations qu'on a pU î*otoaiH|Uer dans Tôtre polémique* Quand je m'attachais è cifcotiscrire le débat dans cette question de la gratuité, vous étiez mal à False. Vous sentiei bien, au fbnd de Votre cotisrifeûce et de voire science, que le crédit, fdnt quHl exiàU, he peut être gratuit; que le remboursemetit d'une valetir empruntée fle peut être identique, soit qu'on Topôrô immédialemetit, soit qu'on l'ajourne in léfiniment. Vous fàisiëÉb 6et égard des codcessioos loyales qui vous ont été reprochées dans ▼otre égfllse. D*uia âul^e Côté, eutrëîué, engagiè par voti'e def Isé i Oràtniîé du crédit, Vous fntsiei dès efforts incroya- ^5le^ pour vous tirer de ce mauvais pas. Vous ihvoquiéi Yo/ntinomiê, vous alliez jusqu'à dlfe que le oui et le non peuvent être vrais de la même chose et en même temps. Après la dialectique, venait la rhétorique. Vous apostrophief Tintérêt, le qualifiant de vol, etc., etc.
Et tout cela pour avoir revêtu votre pensée d'une expression fausse. Notre débat eût été bien abrégé, si Vous m'aviez dit : lant que le crédit existe, il ne peut être gratuit, mais j'&i trouvé le moyen de faire qu'il n'existe pas, et doréuavant j'éiTiral sur mon drapeau, au lieu de ces mots : Ûfaiuité du crédit, ceux-ci : anéantissement du crédit,
La question ainsi posée, je n'aurais eu qu'à eiarainer vos moyens d*exéculîon. C'est ce que, par votre dernière lettre, vous m'av* z mis à même de faire. J'ai prouvé que ces moyens d'exécution se résument en un naot papier-mon-naie.
J'ai prouvé, en outre :
Que, pour que les billets d'une Banque soient reçus, il faut qu'ils inspirent confidnce;
Que, pour qu'ils inspirent confiance, il faut que la Bàn*' que ait des capitaux;
Que, (K)ur que la Banque ait des capitaux, il fadt qu'elle les emprunte pré( isémeut à A, B, G, D, qui sont le Peuple,^ et en paye l'intérêt au cours ;
Que 8î elle en paye rtniérét^elle ne peut lee prêter sang
iutérôt;
Que si elle les prête à A» B, C, D, gratis^ après les leur avoir pris dô force, sous forme de contribution, il n'y a rien de changé dans le moude^ si ce n'est une oppression de plus;
Et enOn que, dans aucune hypothèse, môme en réduisant toutes les transactions à des ventes, vous ne détruisee pas cette rémunération du capital, toujours confondue avec le prix de vente.
Il résulte de là que si votre Banque n'est qu'une fabrique de papier-monnaie, elle amènera la désorganisation socialCi
Que si, au contraire, elle est établie sur les bases de la Justice, de la prudence et de la r/iison, elle ne fera rien que ne puisse ftûre mieux quVlle la liberté dtê Banqua»
Est-ce à dire, monsieur, qu'il n'j ait rien de vrai^ selon tnoU dans les idées que vous soutenet? En m'expliquant à cet égard, je vais faire un mouvement vers vous. Puisse-t il vous déterminer à en faire un vers moi, ou plutôt vers la vraie solution : la Jibertédes Banques.
Mais, pour être compris, j'ai besoin» au risque de nie répéter, d'établir quelques notions fondamentales sur le erédit.
Lé Temps e$t précieux. Tifue i$ money^ dif^ent les Anglais. Le lemps, c^esi Vitoffe dont la vie est faile, dit le Bonhomme Richard.
Cest de cette vérité incontestable que se déduit la notion et la pi'atique de rintérêt.
Car faire crédit, c'est accorder du temps.
Sacriûer du temps à autrui, c'est lui sacrifier une chose précieuse, et il n'est pas possible de soutenir qu'en affaires un tel sacrifice doive être gratuit.
A dit à B : Ck)nsacrez cette semaine è faire pour moi un chapeau ; je remploierai à faire pour vous des souliers* -* Souliers et chapeau se valent, répond B; j'accepte.
Un instant après, B, s'étant ravisé, dit à A : J'ai réfléchi que le temps m'est précieux; je désire me consacrer à naoi«méme cette semaine et les suivantes ; ainsi» faltes«moi les
souliers tout de suite, je Vous ferai ie chapeau dans un an. — J'y cons(*ns, répond A ; mais dans un an, vous me donnerez une semaine et deux heures.
Je le demande à tout homme de bonne foi, A fait-il acte de piraterie en plaçant une nouvelle condition à son proût à côté d'une nouvelle condition à sa charge?
Ce fait primitif contient en g^me toute la théorie du crédit.
Je sais que, dans la société, les transactions ne sont pas aussi simples que celle que je viens de décrire; mais elles soDt identiques par leur essence.
Ainsi, il est possible que A vende les souliers à un tiers pour 10 fr. et remette cette somme à B, en lui disant : Donnez-moi le chapeau immédiatement, ou, si vous voulez un délai d'un an, vous me restituerez une semaine de travail, plus deux heures, ou bien 10 fr., plus un vingtième en sus. Nous rentrons tout à fait dans l'hypothèse précédente.
D'accord, je Tespère du moins, sur la légitimité du crédit, voyons maintenant à quels arrangements il peut donner lieu.
B peut n'avoir pris qu'un engagement verbal, et cependaot il n'est pas impossible que A ne le transmette et ne l'escompte. Il peut dire à C : Je vous dois 10 fr. B m'a donné sa parole qu'il me donnerait 10 fr. et 10 sous dans un an. — Voulez-vous accepter en payement mes droits sur B? — Si C a confiance, s'il croit, l'opération pourra se faire. Mais qui oserait dire que, pour multiplier les souliers et les chapeaux, il suffit de multiplier les promesses de ce genre, indépendamment de la confiance qui s'y attache?
B peut livrer un titre écrit. Le titre , sous cette forme, évitera les contestations et dénégations ; il inspirera plus ' de confiance et circulera plus facilement que la promesse verbale. Mais ni la nature ni les effets du crédit n'auront changé.
Enfin un tiers, une Banque, peut garantir B, se charger de son titre et émettre à la place son propre billet. Ce sera une nouvelle facilité à la circulation. Mais pourquoi? précisément parce que la signature de la Banque inspire an
public plus de confiance que celle de B. Gomment donc peut-on penser qu'une Banque soit bonne à quelque chose» si elle n'a pas pour base la confiance; et comment Taurait-elle, si ses billets ofiîrent moins de garanties que ceux deBÎ
11 ne faut donc pas que ces titres divers nous fassent illusion. Il ne faut pas y voir une valeur propre, mais la simple promesse de livrer une valeur, promesse souscrite par qnelqu*un qui est en mesure de la tenir.
Mais ce que je veux faire remarquer, car c'est ici que s'opère le rapprochement que j'ai annoncé entre votre opinion et la mienne, c'est un singulier déplacement du droit à rintérêt qui s'opère par l'intervention des Banques.
Dans le cas d'un billet à ordre ou d'une lettre de change, qui paye l'intérêt? Evidemment Temprunlcur, celui à qui d'autres ont sacrifié du temps. Et qui profite de cet intérêt? Ceux qui ont fait ce sacrifice. Ainsi, si B a emprunté, pour un an, 1,000 fr. à A, et lui a souscrit un billet de 1,040 fr., c'est A qui profite des hO fr. S'il négocie immédiatement ce billet à 4 pour 100 d'escompte, c'est le preneur qui gagne Tmtérêt, comme il est juste, puisque c'est lui qui fait Vavance ou le sacrifice du temps. Si A négocie son billet au bout de six mois à C, celui-ci ne lui en donne que 1,020 fr. , et l'intérêt se partage entre A et C, parce que chacun a sacrifié six mois.
Mais quand la Banque intervient, les choses se passent difiéremment.
C'est toujours B, l'emprunteur, qui paye l'intérêt ; mais ce n'est plus A et C qui en profitent, c'est la Banque.
En effet, A vient de recevoir son titre. S'il le gardait, à quelque époque qu'il le négociât, il toucherait toujours l'intérêt pour tout le temf)S où il aurait été privé de son capital. Mais il le porte à la Banque ; il remet à celle-ci un titre de 1,040 fr., et elle lui donoe en échange un billet de 1,000 fr. C'est donc elle qui gagne les 40 fr.
Quelle est la raison de ce phénomène? Il s'expl'que par la disposition où sont les hommes à taire des sacrifices à la commodité, l-e billet de Banque est un titre très-commode. Quand on le prend, on ne se propose pas de le gar-
der ; on se dît : il ne restera pas en mes mains plus de huit à dix jours, et je puis bien sacrifier rintérêt de 1,000 fr. pendant une semaine, en vue des avantages que le billet me procure. Au resie, les billels ont cela de commun avec l'argent; celui qu'on a dans sa bourse ou dans sa caisse ne ra^'porte pas d'intérêt, ce qui montre, pour \e dire en passant, l'absurdité des personnes qui déclament saiis cesse contre la productivité de Targeut, neii au monde n'étant plus improductif d'intérêts que la monnaie.
Ainsi, si un billet de banque reste, un an dans la circulation, et passe par quarante mains, séjournant neuf jours dans chacune, c'est quarante personnes qui ont renoncé, en faveur de la Banque, aux droits qu'elles avaient sur les 40 fr. d'intérêts dus et payés par B. Chacune d'elles a fait un sacrifice do 1 fr. ,
Dès lofs oh a pu se demander si cet arrangement était juste, s'il n'y aurait pas moyen d'organiser une Banque nationale commune qui fît profiter le public du sacrifice supporté par le public^ en un mot qui ne perçût pas d'intérêts.
Si je ne me trompe, monsieur, c'est sur inobservation de ce pbénom^ne que se fonde votre invention. Elle n'est pas nouvelle. Ricardo avait conçu un plan moins radical, mais analogue (1), et je trouve dans Say (Commentaires sur Storch) ces lignes remarquables :
« Cette idée ingénieuse ne laisse qu'une question non résolue. Qui devra jouir de Tintérêt de cette somme considérable mise dans la circulation? Serait-ce le gouvernement? Ce ne serait pour lui qu'un moyen d'augmenter les abus, tels que les sinécures, la corruption parlementaire, le nombre des délateurs de la police et les armées permanentes. Serait-ce une compagnie financière, comme la Banque d'Angleterre, la Banque de France? Mais à quoi bon faire à une compagnie financ ère déjà riche le c^ideau des intérêts payés en délail par le publich.. Telles sont les questions qui naissent à ce sujet. Peut-être ne sont elles pas insolubles. Peut-être y a-t-il des moyens de rendre
(1) Proposais for on economiçal and secure nellency,
hautement profitahle au public Téconomie qui en résulterait *^ mais je ne suis pas appelé à développer ici ce nouvel ordre dHdécs. »
Puisque c^est le pnhlic qui paye en détail ces intérêts, c'^st au public à en profiter. Certes, il n'y avait qu'un pas de ces prémisses à la conclusion. Quant au moyen, je le crois tout trouvé ; ce n'est pas la Banque nationale, mais la Liberté des banques.
Remar(iuons d'abord que la Banque ne bénéficie pas de la tolalité de l'intérêt.
Outre les frais, elle a un capital. Et puis, elle est dans la nécassité de tenir toujours prête dans ses caisses une somme d'argent improductive.
Les billets d'une banque, on ne saurait trop le répéter, sont des titres de confiance. Le jour oi^i el»e les émet, la Ban(iue proclame hautement qu'elle est prêle à les remhour.ser à bureau ouvert et à toute heure. Higoureusemcnt, elle devrait domc tenir toujours en disponibilité une vakup faite égaie à la valeur représenlalive lancée dans la circulation, et alors l'intérêt ^ayé par B Sterait pei\^u pour lout le monde. Mais Texpérience ayant appris à la Banque que ses ballets courent le monde pendant un ten^ps dé|erç()i(Aé, elle ne prend ses pré( autions qu'en conséqqepee. Au lieu 4^ garder 1,000 fr. elle n'en garde que 400 (paf l\yp^bèse) et fait valoir 600 fr. C'est l'intérêt de ces 60O fr. qui est supporté par le public, par les détenteurs successifs du li)iUet, et gagné par l^ Banque.
Or, cela ne devait p^s être. Elle ne devrait gagi^er que ses frais, Tiptérét de son capital de fojidation, et lesjys çs profits de tout travail, de toute spéculation. C'est ce qui ^ri vernit avec la liberté des banques; car la concurrence, tendant h, rendre uniforme le ta^x de l'ic^térêl,, nç permettrait pa^ aux actionnaires d'une banque d'être n^ieu^ traités (jue les actioanaires ^e to.ute autre entreprise analogue. En d'autres termes, les banques rivales seraient forcées 4e réduire ^e taux desescompt» sa ce qui est nécessaire pour placer leurs capitaux dans la condition commuae, et ce phénorçène étrange que j'a.i signalé, je venu di^e Tabandon yo\ontaiçe des i^jitéifêts auquel se sipuçjett^nt les
détenteurs successif^ de billets, profiterait au public sous ferme de réduction dans le taux des escomptes. Pour être précis, je dirai que Tintérêt d'un billet de 1,000 fr. mis en circulation se partagerait. Une partie irait à la Banque pour couvrir la somme qu'elle est obligée de tenir en réserve, les frais, et la rente de son capital primitif; — l'autre partie serait forcée, par la concurrence, à se convertir en diminution d'escompte.
Et cela, prenez-y garde, ne veut pas dire que l'intérêt tendra à devenir gratuit ou à s'anéantir. Cela veut dire seulement qu'il tendrait à être perçu par celui qui y a droil.
Mais le privilège est intervenu qui en a disposé autrement, et la Banque de France n'ayant pas de concurrents, au heu de retenir la partie, empocbe le tout.
Je voudrais, monsieur, montrer la liberté des banques sous un autre aspect ; mais cette lettre est déjà trop longue. Je me bornerai à indiquer ma pensée.
Ce qu'on nomme vulgairement l'intérêt comprend trois éléments qu'on a trop Thabitude de confondre.
V L'iolérêt proprement dit, qui est la rémunération du délai, le prix du temps ;
2" Les frais de circulation ;
3« La prime d'assurance.
La liberté des banques agirait à la fois d'une manière favorable, et dans le sens de la réduciion, sur ces trois éléments. Elle maintiendrait au taux le plus bas, par les raisons que j'ai dites, l'intérêt proprement dit, sans jamais l'anéantir. Elle ferait tomber les frais de circulation à un chiffre qui, dans la pratique, se confondrait avec zéro. Enfin elle tendrait à diminuer et surtout à égaliser la prime d'assurance, qui est de beaucoup Télôment le plus onéreux, principalement pour les classes laborieuses, dont se compose l'intérêt total.
Si, en effet, les hommes qui jouissent de la plénitude du crédit en France, comme les Mallet, les Hottinger, les Rothschild, trouvent des capitaux à 3 OiO, on peut dire que c'est là l'élément intérêt, et que tout ce que les autres payent
en sus représente l'élément frais, et surtout l'élément prime d'assurance ; ce n'est plus le prix du temps, c'est le prix du risque, ou de la difficulté et de l'incertitude du recouvremen».
Gomment la liberté des Banques améliorerait-elle et égaliserail-elle la condition des emprunteurs sous ces rapports? Que le lecteur veuille bien résoudre la question. J'aime mieux lui laisser cette fatigue que de la lui donner.
En cette matière comme en toutes, la véritable solution est donc la Liberté. La Liberté fera surgir des Banques partout où il y a un centre d'activité, et associera ces Banques entre elles ; elle mettra à portée de chaque marchand, de chaque artisan, ces deux grands leviers du progrès, TÉpargne et le Crédit. Elle restreindra l'Intérêt au taux le plus bas où il puisse descendre. Elle répandra les habitudes les plus favorables à la formation des capitaux. Elle fera disparaître toute ligne de démarcation entre les classes et réalisera la mutualité des fervices , sans anéantir ce prix du temps, qui est un des éléments légitimes et nécessaires des transactions humaines.
Liberté des banques I Liberté du crédit! Oh! pourquoi, M. Proudhon, votre brûlante propagande n'a-t-elle pas pris cette direction? Est-ce qu'à tous les autres égards, vous ne réclamez pas ce qui est pour tous les hommes un droit, un attribut, un enseignement, la Liberté? Est-ce que vous ne demandez pas la liberté des achats et des ventes? Et qu'est-ce, après tout, que le prêt, si ce n'est la vente d'un usage, là vente du temps? Pourquoi faut il que cette transaction seule soit réglementée par l'Etat ou renfermée dans le cercle de vos conceptions? Avez-vous foi dans l'humanité? Travaillez à faire tomber ses chaînes et non à lui en forger de nouvelles. Admettez que le mobile qui la pousse vers son perfectionnement indéfini réside en elle-même et non dans le cerveau du législateur. Rcalison» la Liberté, et l'humanité saura bien en faire sortir tout le progrès que sa nature comporte. S'il est possible et bon que le crédit soit jamais gratuit ou anéanti, comme vous le croyez, l'humanité libre accomplira cette œuvre plus sûrement que votre Bs^nque, Si cela n'est ni bon ni possible,
-l'AicpTOP;a j'en m^, canvainci^ , rhtunaaj^itg ]^t^ éxitejjçi Içs. alj)îme5,où yotre Banque la pousse.
Au npDi (JjU droit, au non;i.de la justice, au nom de votre foi dans les destinées humaines, ati nom de cette concorc^nço q^'U est toujours désirable de mettre entrç toutes les pajijies. ^'viue propagande, je vous adjure donc de substituer s^r votre drapea,u à ces mots : Gratuiié dju crédity ceui^ ^e Ifiherlé du crédit, —AJai^ j'oublie qi^'il ne çn'ap-, parti,ei?Lt pa^§ dadpAuerdes çoaseils. P'ailleurs, à qijioi ser- \iralént-il^ ? A-t-on jamais yu u.n chçf d'école revenir sur ses pas et brayer ce mot injuste, mais terrible : AP^stçisie ? — Il y en a qui ont fait dans leur vie bien des. tjéxnéi:ités; ili^ue (çrdiîl, pa§ çel^erlà, ençqçe qu'elle sojtt plus, di^i^equa V^teî^les autres ^e flatter For^uell d'un noble cœur.
FaÉDÉRIC Ba^tiAt.
RÉPONSE
10 février 1S»0.
Mo];Lsi|eur Bastjâtf
Votre dernière lettre justiûç toutou ipe^ prévisiçns. J'^ tais si sûr de cç qvi m,'arrivç, (ja'avaDi, niême d'avoir reçu 1^ Foi^ du Peuple du 4 février, j'avais écrit les troi^ qu^^Jfts c^ la répopsie que vous allez lire, et à laqueyç. jA n'ai plus^ qu'à m<;'ltre une un. *
Vou5 ê(je3 de bonne foi, monsieur B^stiat, voi;is n^ soy^^ frez pas qu'oji en doute ; ja Tai d'ailleurs reconnu el no prétend puint top rétrac«er. Mais, il faut bien qne je.vous le dise, votre intell-gence sommeille, ou plutôt elle q'a jamais vu le jour : c'est ce que je. vais avoir, l'honneur de vous démi3nirer à vous-mêmes , en faisant le rè-^umé de notre débat. Je souhaite que l'espèce de consultation psycdçgique à laquelle vous allez assis^r, et dont la sujet sera votre propce esprit, commence pour vous. cette éducation inteliectuelto , saaa laquelle un ïiomanB, qqelque- 4ign^ de. casacièse qui la di^ttogUiO, quelque itateqil quïl
d^J^oi^e, îi'es^ e( nç ^r§^ japws^ W!J^ clw>s^ «Vi'W mmk parlant, coimne dit Aristoie.
Ce qui couslituedans^rhoflamç rin.tç]Ai^ence, ç'ç^ T^J^W^ cijÇe cpxi^spWl, h iijmon^quç , suivi, des quatre fa^rviHçs s.ijiiir^ntes : -4^'^^'^^^'» Çomparadson, Ménwire^ JugemmU tt. Yi^ilà du inpin^ce qu'on m^'a appris au collège, et qu^ v.ous^ trptuyeïez çan^s, toutes l^s phi^osopt\ies.
' PeijijX ou plasievjrs iugenaeuts euçt^înés Vutt ^ ra,ii^tr^, et; fofmaut v^n to;.'t systéms^tique, spnl^ une 9p^ral\ori. rr. Lçs opéraiio^is^do reoLençijea^eat sojût d^ plusiçi^.]fi ?fip^^ôs,. sj.ljip^i^pie, induction, spi'ile, diieninae, etc. On leurcloûae è^tpjifliÇi^ \^,^ïf\ çoj99mui^ de misqim^n^.^
I?art de raisonner s'^jppelle, la logiqm : c'est, à propre me^it parler, la mécaniquç intellectuelle. — VensçmWe des facultés est la Raison.
^induction de Platon, te syUij^isme d'Aristoto, la cqdtradiction des spphistesy Ti^entita dç Cood^la^, l'aatino-. iblIç de Kfmt et Hegel, ne apnt que des forroes variées <iUi r^iisonneaienl, des appliçaiipifis pariieultièrQs d^ la log^e^ : c'est ainsi que l'emploi de la va^peur comra^ force naotric^ a fait inventer des machines de toute çspèc^, locomotives, bftteaux à vapeur, machines fi^^es, machines à haut^^ ou basse pression, etc.; mais qui toutes découlent du naên^i^ principe, la vapeur.
Toutes les sciences, sans e;^çeptioo, sont fondées sur \e^ logique, c'est-a-dire, sur rexer«içe (Jes. quatre facultés primordiales : Attention, comparaison , mçnjoire» jugen^^t. C'est pourquoi la science est esse^,tiellem.ont déraoD3tralive : La, spontanéité, TintuitiQU, Timagination, ne sont djaujcune autorité scientifique. C'est pour cela a^ussi, c'esV ^ vertu de leurs facultés rationnel tes, que les hommes deviennent capables de se couimuniquer leurs pensées et de coûvers^r entre eux : otez-leur rattenlion, la comparaison, la^ mémoire et le jugeme^t^ ils i arlept Vmji apjès l'autre ou tous à la fois, iU nç se cépQAçteat pa% ils ne s'entondent plus.
Appliquons ces r^le^^P ^^ rai^çû l^vmtiainip, nojtre çoçor. iç^j^ççitgfi^n^.
]^ ^ q)]^§9f^i]^ 4â '^y^ ^m^% t^uA9^i Citer
goriquement à la question que vous m'avez posée, savoir, $i Vintérit du prêt est légitime^ je vous ai dit que , dans les conditions économiques actuelles, et lant que le crédit ne serait pas démocratiquement organisé, l'affirmative me paraissait indubitable; qu'ainsi les démonstrations que vous preniez la peine de me faire étaient inutiles ; que je les acceptais d'avance; que toute la question, pour moi, était de savoir si le milieu économique pouvait être changé, et que le Socialisme , au nom duquel je prenais la parole, affirmait cette possibilité. J'ajoutais que le changement des conditions du crédit était une nécessité de la tradition ellemême, le dernier terme de cette routine que vousMéfendez avec tant d'obstination et si peu de philosophie.
Ainsi donc, à la question que vous m'adressez, Tintérôt du capital est-il légitime? j'ai répondu sans hésiter : — Oui, dans l'ordre actuel des choses , l'intérêt est légitime. Mais j'alfirme que cet ordre peut et doit être modifié, el qu^inévitablement, de gré ou de force, il le sera. Étaitn^ donc une réponse obscure ? Et n'avais-je pas le droit d'espérer qu'après avoir répondu si nettement à votre question, vous répondriez à votre tour à la mienne?
Mais j'avais afi'aire à un homme dont l'intelligence est hermétiquement fermée, et pour qui la logique n'existe pas. C'est en vain que je vous crie : Oui, l'intérêt est légitime dans certaines conditions indépendantes de la volonté du capitaliste; non, il ne l'est pas dans telles autres, qu'il dépend aujourd'hui de la société de faire naUre : et c'est pour cola que l'intérêt , excusable dans le prêteur, est, au point de vue de la société et de l'hisloire, une spoliation! Vous n'entendez rien , vous ne comprenez pas , vous n'écoutez seulement pas nna réponse. Vous manquez de la première faculté de llntelligence, l'attention.
C'est ce qui résulte, au surplus, de votre seconde lettre, dont voici le début : « Monsieur, vous me posez sept quesy> tions. Rappelez-vous qu'il ne s'agit en ce moment que » d'une seule : « L'intérêt du capital est-il légitime 1 » Tout le reste de votre épître n'est qu'une reproduction des arguments de la première, arguments auxquels je n'avais pas répondu , parce que je n'avais que faire d'y répondre.
Changez le milieu, vous disais-je, et vous changez le principe, vous changez la pratique. — Vous n'avez pas tenu compte de mes paroles. Vous avez cru plus utile de plaisanter sur la contradiction et l'antinomie, sur la thèse, rantithèse et la synthèse, mettant de votre côté, à si peu. de frais, les usuriers et les sots, heureux de rire de ce qu'ils tremblent de concevoir.
Que fais-je alors ?
Pour exciter en vous cette attention rebelle, je prends divers termes de comparaison. Je vous montre, par l'exemple de la monarchie, de la polygamie, du combat judiciaire, des corporations industrielles, qu'une même chose peut très-bien avoir été bonne, utile, légitime, respectable, puis après devenir mauvaise, illicite et funeste , tout cela suivant les circonstances qui Tenvironnent; que le progrès, la grande loi de l'humanité, n'est pas autre chose que cette transformatioa iûcessanle du bien en mal, et du mal en bien; qu'il en est ainsi, entre autres, de l'intérêt; que l'heure est venue pour lui de disparaître, ainsi qu'il est facile d'en juger aux signes politiques, historiques et économiques que je me contente de vous indiquer en les résumant.
C'était faire appel à la plus précieuse de vos facultés. C'était vous dire : Quand j'affirme que les conditions qui rendent le prêt excusable et licite ont disparu, je n'affirme point une chose extraordinaire; je ne fais qu'énoncer un cas particulier du progrès social. Observez, comparez; et, la comparaison faite, l'analogie reconnue, revenons à la question posée par moi à la suite de la vôtre. Les formes du crédit peuvent-elles, doivent-elles être modifiées, de manière à amener la suppression de l'intérêt? Voilà, sans préjudice de l'absolution que la science doit à tous prêteurs, spéculateurs, capitalistes et usuriers, ce que nous avons à examiner.
Mais, hast! est-ce que M. Bastiat compare, lui? Est-ce que seulement il est capable de comparaison, plus que d'attention? Les analogies de l'histoire, vous ne les saisissez point ; le mouvement des institutions et la loi générale qui en ressort, vous l'aj^lez du faialiême. — Je veux, dites-
vçtus, ^n^ Yoiro tjrçdsi&qie let^e, rç^er- su,r n(^ Unruint » Étlà-de^us, fai^AA^topcfter vQlrecvéççUe, voiv\s.acçrochi^ipt à tous les mots qui peuyem vQusfpuri^ic w piiféte}^te, vous reproduisez, coname arguments Douvcaux, quelq .es^ faits dout je n'aUaqu^ point la légUiJ?^ité dans la rouiiuo établie; mais dont je conteste la i^^cessité^ ^ont, par conséquent, je demande la révision, la réforme.
Quand un homme, qui se dit économiste, qui a la pirétpûliça:^ 4e raisonner, de d^oi^trei^, de soutenir uao discussion scientifique, eu e^^ là, j'ose dire, mçjxsieur, qvie c'est uù homme désesp^é. Ni attentioii^ ni cow^j/oraison ; inc§par\lé absolue d'écouter et de répondre! Que puis-je désormais tirer de vous? Vous êtes hors de la philosçipihtie, hoTS de la science, hors de Vhuu^anité.
Cependant, je ne me rebuie pas. Peut-être, me di*5-ie, Tç^^tçnVop et la comparaison s*éveilleroat-elles en M. Bast^ai à Tai^e d'une autre faculté. Observer avec atteatioi^ une icl( e, comparer ensuite celte idée avec une autre, c'est chose trop subtile, trop abstraite. Essayons de l'histoire : l'histoire est la série des observations e^ des expériences du gençe humain. JJiJontrQns à M. Basliat le progrès ; pour saisir le progrès dans son unité, et conséquemment dans sa^ loi, il ne faut que de la mémoire.
Qi^nd je parle de 1^ mémoire, comoiô faculté d^ Te^tea- Cernent humaii^, je U^ di^tingu^çi esise^tie^lemeAt du «oi^venir. Les ^nimaui se souviennent, ils n'out P93 1^ mé' moire, ta méippire est la faculté d'enc^iaîoer etc'a^ser le& sçuvenirs; déconsidérer plusieuifs faits consécut^f^^cojEame u^i seul et mèçfie faH, (J'y n^ettç^ de la ^ria et de l'unité. C'est ratlentigyn appliquée ^ mw suite de. cho^s accompJUes ds^PiS \e tp^ps et gôi^çiçaU^é^s^
J'écçis ^OA^ la monogra^phie de l'usure Je^ yous montra l'i^sure ^^s, §pu (?rigine, sa^ çQ,us^% ses prétextes, ^^ ?^nalogies, son développement, ses effets, ses conséquences. Jfe pj^ouve que les résultats du prii^icipe de Tusure spnt tpusà l'impossible et k l'absurde, qu'ils engendrent fi^t^lement rimmoyalité et la misèi^e. Cela îait, je vous, dis : Vous. \Qjez que Tordre et la çonst^rv^^t^oM 4ç la ^cii^t^soiit 4^oin^is inpftpajpaUbl^i^ 9^^ ^'y^m (m lQSl(îQn#lkm d^
crédit no peuvent J)lus ripstër les mêftiês ; (Ju© intérêt Utile au commétitement , excusable encore aujourd'hui dans îfe prêteur, doht il ne dépend pas de s'en priver, est deventi, au point de vue de là conscience sociale , Une loi spoliatrice, une ihstilUlion monstrueuse, qui appelle invinciblement une réfornie.
C'était le cas, si je ne tne trompe, d'étudiet* ehfln Tnisloire, lés conditions nouvelles du crédit, la possibilité attestée par moi de le réridre gratuit. Etréppelisz-vous qii'écarlatît avec le plus grand soin îa questioh de petsoriûe§, je vous disais sans cesse : Je n'accuse point les capitéiistes; je ne me plains pas des propriétaii*es ; jfe n*ai garde de condamner, comme a fait l'Église, les banquiers et les usuriers. Je rocotinais la bonne Ibi de tous ceux qui profltfetit de rintérét. Je dénonce une erreur exclusivement collective, une utopie ânti-sociale et pleine d'iniquité. Eh bien I m'avez-vous seulement compris? Car, ^6\ir te qui est de me réfuter, vbus n'y songei seulëinfertt pas.
J'ai SOUS les yeux votre quatrièrtie lëtite : f a-t-il onibrë dfe celle âijeT^ctiptiôn historique, qui est, comme je vous le dis, la niémcfiref Non. Les faits accomplis existent pour vous uniquement comUié souvenirs : C'eèt-â-dirë qU'ils ne sont iricn. Vous ne les niez point : ttials comme il vdus est impossible d'ëii suivre la filièt-e et de les généraliser, vous n*en dégagez pas le contenu, leur intelligence vous échappe. Vôtre faculté mnémonique, ( omme votre faculté d'àttentioii et de comparâisob, est nulle* Vous ne ëavez que répéter toujours lâ tnême chose : Celui qui prête ë intérêt il est point voleul*; et hul ne peut être cdntraitit de prêlëir. Que sert , après cela, de savoir si le Crédit peut être organisé sur d'autres bases, ou d'eiamiUer ce qui rêsuitfe pour les clës^os lirai Vaille uses de la pratique de l'intérêt? — Votre ihhm'e est ftiil : vous ne toUS en départez point Et Sur cela, après avoir exposé la roUiine usurière sous la forme d'exerhpies. Vous la reproduisez souS là formé de propositions et vous dites : Voilà la science !
Je vous l'avoue, monsieur, j'ai douté un instant qu'il y eût sur la terre un homme aussi disgracié de la nature sous le rapport de Fintellect, et j'ai accusé vofre volonté.
Pour ma part, je préférerais mille fois être suspect dans ma franchise, que de me voir dépouillé du plus bel apanage de rhorome, de ce qui fait sa force et son essence. Cest sous cette impression pénible qu'a été écrite ma lettre .du 31 décembre, dont il vous est facile à présent d^apprécier la signification.
Je me suis dit : Puisque M.Bastiat ne daigne ni honora de son attention ma réponse , ni comparer les faits qui la motivent, ni faire état du mouvement historique qui met à néant sa théorie ; puisqu'il est incapable d'entrer avec moi en dialogue et d'entendre les raisons de Si>n contradicteur, il faut croire qu'il y a en lui excès de personnalité. Cest un homme, comme l'on dit, qui abonde dans son propre jugement, et qui, à force de n'écouter que soi, s'est séquestré de toute conversation avec ses semblables. Allaquons-le donc dans son jugement, c'est-à-dire dans sa conscience, dans sa personnalité, dans son mot.
Voilà comment, monsieur, j'ai été conduit à m'en pren* dre, non plus à vos raisounements, radicalement nuls dans la question, mais à votre volonté. J'ai accusé votre bonne foi : c'était une expérience, je vous en demande pardon, que je me permettais sur votre individu. Pour donner corps et Ogure à mon accusation, j'ai concentré toute notre discussion sur un fait contemporain, palpable, décisif, avec lequel j'ai identifié, non-seulement votre théorie, mais vous-même, sur la Banque de France.
La Banque de France , vous ai-je fait observer , est la preuve vivante de ce que je ne cesse ae vous répéter depuis six semaines, savoir, que si l'intérêt fut un jour nécessaire et licite, il y a aujourd'hui, pour la société, devoir et possibilité de l'abolir.
Il est prouvé, en effet, par la comparaison du capital de la Banque avec son encaisse, que tout en servant à ses actionnaires l'intérêt dudit capital à 4 p. 100, elle peut faire le crédit et l'escompte à 1 p. 100, et réaliser encore de beaux bénéfices. Elle le peut, elle le doit : en ne le faisant pas, elle vole. Elle est cause, par son refus, que le taux des intérêts, loyers et fermages, qui devrait descendre partout à 1 p. 100, en maximum, reste élevé h 3, 4, 5,
6, 7, 8, 10, 12 et 15 p. 100. Elle est cause que le Peuple paie chaque année aux classes improductives plus de six milliards de gratifications et pots-de-vin, et que » tandis qu'il pourrait produire chaque année vingt milliards de valeurs, il n'en produit que dix. Donc, ou vous justifierez la Banque de France, ou, si vous ne le pouvez pas, si vous ne Posez pas, vous reconnaîtrez que la pratique de Tintérôt n'est qu'une pratique do transition, qui doit disparaître dans une société supérieure.
Voilà, monsieur, ce que je vous ai dit, et en termes assez vifs pour provoquer de votre part, à défaut d'attention, de comparaison , de mémoire , sur la question toute historique que je vous avais jusqu'alors soumise, cet acte simple et tout intuitif de la pens(^e, lorsqu'elle se trouve en présence d'un fait, et interrogée par oui ou par non^ je veux dire, un jugement. Vous n'aviez qu'à répondre, en deux mots, ulaest, ou cela n'est pas, et le procès était fini.
Cela est, c'est-à-dire, oui, la Banque de France peut, sans faire tort à ses actionnaires et se nuire à elle-même, faire l'escompte à 1 p. i 00; elle peut donc, en vertu de la concurrence qu'elle créerait par cette diminution , faire baisser le loyer de tous les capitaux, et du sien propre, audessous de 1 pour 100. Et puisque le mouvement de déc rois sance, une fois commencé, ne s'arrêterait plus, elle peut, si elle veut , faire disparaître lout à fait Tint^ôt. Donc le crédit payé, quand il ne prend que ce qui lui est dû, mène droit au crédit gratuit; donc l'intérêt n'est qu'un fait d'ignorance et de barbarie; donc l'usure et la rente, dans une démocratie organisée, sont illicites.
Cela n*é8t pas, c'est-à-dire, non, il n'est pas vrai, quoi qu'en dise le bilan publié chaque semaine par la Banque de France, qu'elle ait un capital de 90 millions et un encaisse de 460 millions; il n'est pas vrai que cet encaisse énorme vienne de la substitution du papier de banque au numéraire dans la circulation commerciale, etc., etc. Dans ce cas, je vous renvoyais à M. d'Argout, à qui revenait le débat.
L'eût*on jamais cru, si vous ne nous l'aviez fait voir ? A
oe fait si catégorique, si palpitaat de la Banque de f^anee, vous ne répondez ni oui m notk. Vous ne vous éotttez seulement pas de ridentité qui existe enixe le fait somnis à votre jugement et voire tiîéorie de Tintàr^ Vous n'apereeyez point la synonymie de ces deux proposîtioas : Oui, la Banque de Fraoïce peut faire crédit è i p. 100, donc ma théorie est fausse; —Non, la Banqifô^ France ne peut pas faire crédit à 1 p. 100, donc ma théorie est vraie.
Votre réponse, monument irrécusable d'une intelligence que le Verbe divin n'illumina jamais, c'est : qu^M ne s'agit pas pour vous de la Banque de France, mais du ca^âtal; que vous ne défendez point le privilège de Ja Banque , BCtais seulement la légitimité de Tintérêt; qae voies êtes pour la liberté des banques, comme pour ia liberté du pvêt; que sll est possible à la Banque de France de faire le ^^ dit et rescompte pour rien, vous ne Tempéchez pomi ; ^e vous vous bornez à affirmer une chose , à savoir, que ia notion de capital suppose et implique nécessairement celle de l'intérêt; que le premier ne va pas sans le second, bien que le second existe quelquefois sans le premier, etc.
Ainsi, vous êtes aussi impuissant à juger qu'à observer, comparer et vous remémorer. Il vous manque cette consdenee juridique qui, en présence de deux Mis identiques ou contraires, prononce : Oui, l'identité existe ; non, l'iéenttté n'existe pi3. Sans doute, puisque vous êtes un êÉre peii« sant, vous avez des intuitions, des illuminations, des névélations ; je ne me cbarge pas, quant à moi, de Mre ce qui se passe dans votre cerveau. Mais, à coup s&r, vous ne riôsemnez pas, vous ne réfléchissezpas. Quelle espèeed*honHne étes-vous, monsieur Bastiat? Êtes^ous seutemeM mi homme?...
Comment! après m'avoir abandonné Bttccessiv«nent ht métaphysique, à laquelle vous a'entendez rien ; la philosophie de l'histoire, que vous traitez de fatalisme; le progrès économique , dont le dernier teri»e est la réduction à Tabsurde de l'intérêt : vous m'abandonnez encore la peatique financière, dont le plus magnifique corollaire est précisément la conversion du crédit payé en crédit gratuit; ^ vous n'^n persistez pas moins à soutenir la vérité abso-
lue de votre théorie , que vous avez ainsi détruite de vo8 propres mains 1 Vous lâchez pied partout; la métaphysique, rhistoire, réconomie sociale, la banque, font successiver ment défaut à votre thèse, comme l'attention, la comparai^ son , la mémoire et le jugement à votre intelligence ; en-» core une fois , quelle dialectique est la vôtre, et comment voulez-vous qu'on vous prenne ?
Et cependant je ne me suis point découragé. J'ai voulu aller jusqu'au bout et tenter un dernier eflfbrt. J'ai cru que cette inertie des facultés intellectuelles pouvait provenir de Fabsence de notions, et je me suis flatté de l'espérance de faire jaillir enfin l'étincelle dans votre âme. Vous-même paraissiez mMndiquer cette marche, quand vous me disiez : Convaincu que tout ce débat repose sur la notion du capital, et qu'en conséquence vous essayiez de m'expliquer ce que vous entendez par capital. Puis donc qu'il est inabordable par la logique, me dis-je, attaquons-le par les notions. Il serait honteux qu'une pareille discussion finît sans que les deux adversaires pussent se rendre le témoignage , que s'ils n'ont pu s'accorder, au moins ils se sont compris I
J'analyse donc , pour vous exprès , la notion de capital. Cette analyse terminée, je donne la définition ; j'en déduis les corollaires; puis, afin de ne laisser aucune ambiguïté dans les termes, j'appelle à moi la science du comptable. Je représente par écritures de commerce , sur deux tableaux comparatifs, d'un côté, la théorie du capital d'après vos idées; de Tautre, cette même théorie d'après les miennes. Je consacre treize colonnes de la Foix du Peuple à cette exposition, toute de complaisance, mais de laquelle, selo& moi, doit sortir une révolution économique, mieux que cela, une science nouvelle. 1
C'était une dernière fois vous dire :
Prenez garde! les temps sont changés. Le principe de l'iQtérét a épuisé toutes ses conséquences : elles sont aujourd'hui reconnues immorales , destructives de ia félicité publique, mathématiquement fausses ; la tenue des livres les dément, et, ce qui ne vous laisse aucune ressource , avec la tenue des livres, la notion même du capital. Pour Dieu, soyez donc attentif aux faits que je vous signale ; obr
servez, comparez, synthétisez, juge2, remontez aux notions : alors seulement vous aurez le droit d'exprimer une opinion. Vous persisterez dans votre erreur, sans doute, mais du moins votre erreur sera raisonnée; vous vous tromperez en connaissance de cause.
Comment étes-vous sorti de cette épreuve ? Cest ce que je vais examiner, en répondant à votre dernière.
Je laisse de côté votre exorde, magniflque et pompeux, dans lequel vous félicitez la société du service que je lui ai rendu en dévoilant le dernier mot du Socialisme, et célébrez votre victoire. Je ne relèverai pas davantage certaines plaisanteries sur les hésitations et oscillations de ma polémique : nos lecteurs sont à cet égard suffisamment instruit«. Ils savent que ce que vous appelez en moi hésitation, n'est autre que la distinction fondamentale que j'ai faite, dès le premier jour, sur le passé et le présent de l'économie des sociétés, distinction que j'ai appuyée successivement de toutes les preuves que me fournissaient la métaphysique, l'histoire, le progrès, la routine même, et sur laquelle je m'efforce, mais inutilement, depuis deux mois, d'appeler votre attention. Je néglige , en un mot, tout ce qui, dans votre épître , n'a point directement trait à la question, et ne m'attache qu'à l'essentiel.
J'avais défini le capital : Toute valeur faite, en terres, instruments de travail, marchandises^ suhsistanceSj ou monr naies, et servant, ou pouvant servir à la production.
Chose singulière I cette définition vous agrée. Vous l'acceptez, vous vous en emparez. Hélas I mieux eût valu pour vous cent fois la rejeter, avec l'antinomie et la philosophie de l'histoire, que d'encombrer d'une pareille formule votre entendement! Il faut voir quel affreux ravage cette terrible définition a fait sur votre esprit!
D'abord , vous ne l'avez point du tout comprise. Malgré la peine que je me suis donnée de vous l'expliquer , vous ignorez ce que c'est qu'une valeur faite ; sans cela, eussiezvous fait tenir, à l'un des personnages que vous mettez en scène, le discours suivant : « Messieurs, si vous voulez » mes meubles, mes souliers, mes clous, mes habits, qui
» 8oM des valeurs faites^ donnez-moi une valeur faite, c'est- » à-dire vingt francs d'argent? »
On appelle valeur faite, dans le commerce, une lettre de change, par exemple, ayant une cause réelle, revêtue des formes légales, émanée d'une source connue et solvable, acceptée , et au besoin endossée par des personnes également solvables et connues, offrant ainsi triple, quadruple, etc., garantie, et susceptible, par le nombre et la solidité des cautions, de circuler comme numéraire. Plus il y a de cautions et d'acceptations, mieux la valeur est faite: elle serait parfaite, si elle avait pour garants et pour accepteurs tous les citoyens. Telle est la monnaie, la mieux faite de toutes les valeurs : car, outre qu'elle porte son gage en elle-même, elle est revêtue delà signature de TÉtat, qui la lance dans la circulation comme une lettre de change , et assurée de l'acceptation du public. Par analogie, je dis que des meubles, des souliers, et tous autres produits, sont reconnus valeurs faites, non pas lorsque la confection en est achevée et quMls sont exposés à la vente, comme vous le dites ; mais après qu'ils ont été appréciés conlradictoirement, que la valeur en a été fixée, la livraison effectuée; et cela encore, seulement, pour celui qui les achète, ou qui consent à les reprendre au même prix. C'est ainsi , vous ai-je dit, que le produit devient capital; et il n'est capital que pour Facquérepr, qui s'en fait soit un instrument, soit un élémentde reproduction. Pour celui là, dis-je, et pour lui seul, le produit devient valeur faite, en un mot, capital.
Ici, monsieur, j'ai du moins l'avantage que vous ne me contredirez point. Je suis l'auteur de la définition ; je sais ce que j'ai voulu dire ; vos paroles déposent de ce que vous avezeotendu. Or, je vous le répète, vous ne me comprenez pas.
Cependant, et sans y regarder de si près, vous prenez ma définition du capital pour bonne; vous dites qu'elle suffit à la discussion. Vous reconnaissez donc, implicitement, que capital et produit sont, dans la société, termes synonymes; conséquemmeut, que toute opération de crédit se résout, à peine de fraude, dans un échange : deux choses que vous aviez d'abord niées, et que je vous félici-
teraîs d'avoir enfin comprises, sll m'était possible de croire que vous donnez à mes paroles le sens que je leur api^-» que. Quoi de plus fécond, en effet, que cette analyse : Puis- 'que la valeur n'est autre chose qu'une proportion, et que tous les produits sont nécessairement proportionnels entfe eux, il s'en suit qu'au point de vue social les produits sont toujours valeurs et valeurs faites : la différence, pour la société, entre capital et produit, n'existe pas. Cette différence est toute subjective aux irHiividus : elle vient de l'impuis* sance où ils se trouvent d'exprimer la proportionnalité de* produits en nombre exact et de leurs efforts pour arriver à ane approximation. Car, ne Toublions pas : la loi secrète de l'échange , la règle absolue des transactions , loi non écrite mais intuitive, règle non de convention mais de tia* ture, c'est de conformer le plus possible les actes de la vie privée aux formules de la vie sociale.
Or, et c'est ce qui fait naître mes doutes, cette définition^ Si profonde et si nette, du capital, que vous trouvez boa d^accepter; cette identité du capital et du produit, du cté* dit et de l'échange, tout cela, monsieur, est la n^ation de ▼otre théorie de l'intérêt , et certes , vous ne vous en doutiez pas? Dès lors, en effet, que la formule de J. B. Say^ léê produits s'échangent contre les produits, est synonyme de cette autre, les capitaux ^échomgent contre les capitaux; que la dé* finition du capital par vous acceptée n'est autre chose que cette synonymie; que tout concourt, dans la société, à ren* dre les faits de commerce de plus en plus conformes à cette loi ; fl est évident, à priori, qu'un jour doit venir où les relations de prêt, loyer, fermage, intérêt, et autres analogues, seront abolies et converties en rapports d'échange; et qu'ainsi la prestation des capitaux, devenant simplement échange de capitaux , et toutes les affaires se réglant au coinptant, l'intérêt devra disparaître. L'idée d'usure, dahs c^tte définition du capital, implique contradiction.
C'est ce que vous eussiez infailliblement œmpris, sd, tout en adoptant ma définition du capital , vous lui aviez accordé une seule minute de réflexion. Mais croire que VOUS allez réfléchir sur vos propres notions ; s'imaginer qu'après avoir admis un principe, vous en adopterez les cott&équeft-
ces^ le monvememt et les lois ; c'est, j'en ai fait la triste expérience, se tromper étrangement Raisonner, pour vous, c'est contredire à tort et à travers, sans suite et sans mé> thode. La notion glisse sur votre esprit sans le pénétra. Vous prenez le mot , que vous^'apphquez ensuite à votre guise , et suivant les préoccupations de votre esprit : vous laissez l'idée, le germe, qui seul féconde Tintelligence et dénoue les difficultés.
Je n'avais rien épargné, cependant, pour vous éclairer sur le sens et la portée de ma définition et vous mettre en garde contre elle. Désespérant de vous la faire concevoir par la seule métaphysique du langage, je l'avais réduite en équations, pour ainsi dire, algébriques. Car, qu'est-ce que la science du comptable, dont j'ai fait usage à cette occ^tsion, sinon une sorte d'algèbre? Mais voici bien une autre affaire. Vous raisonnez de la tenue des livres absolument comme de la valeur faite : il vous était rés^vé, après avoir accepté une définition sans en comprendre les termes, sans en apercevoir les conséquences, d'en nier encore la démcmstration. Mais, monsieur, la démonstration, c'est la dé» finition : où donc en êtes-vous ?
Je lis dans votre lettre du â février :
« Ayant imaginé ces données, vous dressez la comptabi- » lité de A , de B, et celle de la Banque. Certes , cette comp-' tt tàbilité, les données étant admises, est irréprochable. Mais » peuiron admettre vos données ? sont--elles conformes à ta » nature des hommes et des choses ? »
Ced, j*ose vous le dire, est le renversement de l'arithmétique etdu sens commun. Jamais, monsieur, si vousaviez eu la plus légère teinture de comptabilité, vous n'eussiez écrit de pareilles lignes. Vous auriez su que si, comme vous êtes forcé de l'avouer, ma comptabiliié est irréprochable, les données économiques sur lesquelles je l'ai établie sont, dans le premiw système, qui est le vôtre, nécessairement fausses; dans le second, qui est le mien, nécessairement vraies. Telle est l'essence de la comptabilité, qu'elle ne d^end pas de la certitude de ses données ; elle ne souffre pas de données fa'usses ; elle est, par elle-même, et malgré la volonté du comptable, la démonstration de la vérité ou
de la fausseté de ses propres données. C'est en vertu de cette propriété que les livres du négociant font foi en justice, non-seulement pour lui, mais contre lui; Terreur, la fraude, le mensonge, les fausses données, enfin, sont incompatibles avec la tenue de livres. Le banqueroutier est condamné sur le témoignage de ses écritures beaucoup plus que sur la dénonciation du ministère public. Telle est, vous dis-je, Tincorruptibilité de cette science, que j'ai signalée, dans mon Système des Contradictions économiques, comme la plus belle application de la métaphysique moderne.
Vous parlez de fausses données. Mais la donnée sur laquelle j'ai établi ma comptabilité est précisément la vôtre, la donnée du Capital productif d'intérêt. Cette donnée étant pour vous réputée vraie, je la soumets à l'épreuve de la comptabilité. J'en fais autant pour la donnée contraire, qui est celle que je défends. L'opération faite, vous la proclamez irréprochable : mais comme elle conclut contre vous, vous vous récriez que les données sont fausses. Je vous demande, monsieur Bastiat, ce que vous avez voulu dire?
Certes, je ne m'étonne plus, à présent, qu'à force de ne pas voir dans une définition ce qui y est, vous ayez fini par y découvrir ce qui n'y est point, et que, de bévue en bévue, vous soyez tombé dans la plus inconcevable hallucination. Où donc avez-YOus vu, dans cette comptabilité irréprochable, bien que, selon vous, la donnée en soit fausse, que le système de crédit que je défends, c'est le papier-monnaie? Je vous défie de citer un seul mol de moi, dans cette longue controverse, qui vous autorise à dire, comme vous le faites, et, je crois, pour vous tirer d'embarras, que la théorie du crédit gratuit, c'est la théorie des assignats. Je n'ai pas dit un mot du système que je voudrais voir substitué à celui qui nous gouverne, et dans lequel je persiste à voir la cause de tous les malheurs de la société. Vous n'avez pas voulu qu'il fût mis en discussion^ ce système; vous êtes resté sur votre terrain; tout ce que j'ai pu faire, c'a été de vous prouver, sans toutefQisme faire comprendre, que la pratique de l'intérêt mène droit à la prati-
que de la gratuité, et que l'heure est sonnée d'accomplir cette révolution. De mon système, à moi, il n'a jamais été question. J'ai raisonné constamment sur vos données; je me suis tenu, avec vous, dans les us et coutumes du capital. Relisez ma lettre du 31 décembre : il ne s'agit point là de la Banque du Peuple, mais bien de la Banque de France , de celte Banque privilégiée, gouvernée par M. d'Argout, que vous ne soupçonnez point, sans doute, d'être partisan du papier-monnaie, ni de la monnaie de papier, ni des assignats; de cette Banque, enfin, qui, depuis la réunion des banques départementales, et l'émission des billets à cent francs, a vu continuellement augmenter son encaisse; qui possède aujourd'hui 472 millions de lingots et d'espèces; qui finira par engloutir dans ses caves un milliard de numéraire, pour peu que l'administration réduise encore la coupure des billets, établisse d'autres succursales, et que les affaires reprennent; c'est de cette Banque-là que je vous ai entretenu : Tauriez-vous . prise , par hasard, pour une hypothèse, et ses 472 millions d'espèces pour une utopie?
Voici ce que je vous ai dit :
Le capital de la Banque de France est de 90 millions ; son encaisse de 472 millions; soit donc un capital, réalisé ou garanti, de 382 millions, appartenant au Peuple français , et sur lequel la Banque ne doit percevoir aucun intérêt.
Or, les intérêts dus par la Banque à ses actionnaires étant de 4 pour 100 sur un capital de 90 millions; les frais d'a.dministration, risques compris, 1/2 pour 100; l'accumulation des espèces se faisant d'une manière progressive, et la somme des émissions pouvant, sans danger, être d'un tiers supérieure à celle de l'encaisse : je dis que la Banque de Fy&nce peut, que si elle peut elle doit, à peine de concussion et de vol , réduire le taux de ses escomptes à 1 pour 100, et organiser le crédit foncier, en même temps que le crédit commercial. Que me parlez-vous donc de papier-monnaie, d'assignats, de cours forcé, de maiimum, de débiteurs insolvables, d'emprunteurs sans bonne foi, de travailleurs débauchés, et autres balivernes'
Que Ja Banque de Fraace fasse son métier avec prudence «t sévérité, comme elle a fait jusqu'à présent ; ce n'est pas mon affaire. Je dis qu'elle a le pouvoir et le devoir de faii^ le opédit et Tescompte, à ceux à qui elle a coutume de te fcire, à 1 pour 100 Tan, commission comprise. M. Bastiat me fera-tril une fois l'honneur de m'eotendre?
M. BiSTiAT. « Pour q4ie les billets d'une Banque soient n reçus, il faut qu'ils inspirent confiance ;
9 Pour qu'Us inspirent confiance, il faut que la Banque
> ait des capitaux; "
* Pour que la Banque ait des capitaux, il faut qu'eile les » emprunte, et oonséquemment qu'elle en paye l'intérêt;
• Si elle en paye Tintérôt, elle ne peut les prêter sang » intérêt. )>
MOI. Eh bien! monsieur, la Banqitô de France a trouvé des capitaux sans intérêts; elle possède, en ce moment, 882 millions qui ne lui appartiennent pas; elle en aura, quand elle voudra, le doublée pareille condition. — Doit»* Hlle faire payer un intérêt ?
M. BASTiAT. « Le temps est précieux. Le temps, «fest de » l'argent, disent les Anglais» h^ temps, c'es* l'éiofle dont » la vie est feite, dit le Bonhomme Richard. -
i> Faire crédit, c'est accorder du temps.
» Saorifier du temps à autrui, c'est lui sacrifier une ehoee w précieuse : un pareil sacrifice ne peut être graèuit. »
MOI. Vous n'y arriverez donc jamais I Je vous ai dit, et je lro^s répbte, qu'en matière de crédit, ce q^ fait qu'en a l>espin de temps, c'est la difficulté (Je se procurer de Vca»» gept; que cette difficulté tient surtout à l'intérêt mg^ par les détenteurs d'argoQt ; en sorte que si l'intérêt était fére^ û durée du crédit serait aussi zaro. Or , la Bai^ue de France, dans les conditions que lui fait le public dopais in ÇévolMtion de Février, peut réduire son intérêt pre^Kiue à zéro : qui de vous ou de moi tourne dans le cerde?
If, BASTiATf oc Ah! oui... il mesc^ble.^.. je crois eom« 1» pr^nd^e Cinfln ce que vous voulez dire. Le public a r^ » nonce, en faveiir de la Banque, à l'intérêt de 382 millicns
> ^e billets qui circulent sous sa seule garanti^. Vous d€h 1^ mandez s'il n'y aurait p^s moyen cke taire profl4«r le
» pablic de cet intérêt, ou, ce qui revient au mémey d'or- » ganiser une Banque nationale, qui ne perçût pas d'in- » téréts. Si je ne me trompe, c*est sur Tobservation de ce » phénomèao que se fonde votre invention. Ricardo avait » conçu un plan moins radical, mais analogue, et je trouve w dans Say ces lignes remarquables :
» Cette idée ingénieuse be laisse qu'une question non ré^ » «(rf«e. Qui devra jouir de l'intérêt de cette somme conâ* » dérable, mise dans la circulation? Serait-ce le gouverne^ » ment ? Ce ne serait pour lui qu'un moyen d'augmenter » les abus, tels que les sinécures, la corruption parlemen- » taire, le nombre des délateurs de la police, et les armées » permanentes. Serait*ce une compagnie ûnancière, 9 comme la Banque d'Angleterre, la Banque de France ? » Mais à quoi bon faire à une compagnie financière le ca^ )» éeau des intérêts payés en détail par le public?... Telles »Bont les questions qui naissent à ce sujet: peut-être ne 9 flont-elles pas insolubles. Peut-être y a4-il des moye^ » de rendre hautement profitable au public Téconomie' qui 9 en résulterait ; mais je ne suis pas appelé à développa: » i(i ce nouvel ordre d'idées. »
MOI* Eh! monsieur, votre J. B. Say, avec tout son génie, est un sot. La question est toute résolue : c'est que lé Fenple, qui fait les fonds» le Peuple, qui est ici )e seul ca^ Misia, le seul commanditaire, le vrai propriétaire; le Peuple, qui seul doit profiter de Fintérôt ; le Peuple, dis-je, 96 ^t pas payer d'inléirêts. Ëst-il au monde quelque chose de fdiis simple et de plus j uste ?
Ain», vous coûvenez,sur la foi de Ricardo et de J, B. Say, qu'il eiiste t$n moy$9i de fairs profiter k pubUo, je cite vos piOfHPes expressions , iee inlérêtg quHl paye à la Banque, et qne ce moyen , c'est d'organiser une Banque nationale , faisant crédit à zéro d'intérêt ?
V, BASTUf . Non pas cela, Dieu m'en préserve I Je reconnais» il est vrai , que la Banque ne doit pas profiter des îOitérêts payés par le public pour un capital appartenant au publie; je conviens de plus qu'il e^ste un moyen de faire {»r0fiter desdits intérêts le public, Mais je nie que ce moyen 90it celui que vous indiquez, à savoir rorganisation d'une
banque nationale ; je dis et j'afûrme que ce moyen , c'est la liberté des banques !
« Liberté des banques! Liberté du crédit l Oh! pourquoi, monsieur Proudhon , votre brûlante propagande n'a-t-elle pas pris cette direction ?... »
Je fais grâce au lecteur de votre péroraison> dans laquelle vous déplorez mon endurcissement, et m'adjurez, avec un sérieux comique, de substituer à ma formule : Gratuité du crédity la vôtre: Liberté du crédit, comme si le crédit pouvait être plus libre que lorsqu'il ne coûte rien! Je n'ai veine au corps, sachez-le bien, qui résiste à la liberté du crédit : en fait de banque , comme en fait d'enseignement, la liberté est ma loi suprême. Maisje dis quejusqu'àce que la liberté des banques et la concurrence des banquiers fasse jouir le public des intérêts qu'il leur paye, il serait bon, utile, constitutionnel, et d'une économie tout à fait républicaine^ de créer, au milieu des autres banques, et en concurrence avec elles, une banque nationale faisant provisoirement crédit à 1 ou 1/2 pour 100, au risque de ce qui en arrive- . rait. Vous répugne-t-il de faire de la Banque de France, par le remboursement de ses actionnaires, cette Banque nationale que je propose ? Alors, que la Banque de France restitue les 372 millions d'espèces qui appartiennent au public, et dont elle n'est que la détentrice. Avec 372 millions on peut très-bien organiser une banque , qu'en pensez-vous? et la plus grosse de l'univers. En quoi donc cette banque, formée par la commandite de tout le Peuple, ne serait-elle pas libre ? Faites cela seulement, et quand vous aurez attaché ce grelot révolutionnaire, quand vous aurez de la sorte édicté le premier acte de la République démocratique et sociale, je me charge de vous déduire les conséquences de cette grandeinnovalion. Vous saurez alors quel est mon système.
Quant à vous, monsieur Basliat, qui, économiste , vous moquez de la métaphysique, dont l'économie politique n'est que l'expression concrète; qui, membre de l'Institut, ne savez pas même où en est la philosophie de votre siècle ; qui, auteur d'un livre intitulé Harmonies économiques, probablement par opposition aux Contradictions économiques^
ne concevez rien aux harmonies de l'histoire, et ne voyez dans le progrès qu\in désolant fatalisme; qui, champion du capital et de Tintérôt, ignorez jusqu'aux principes de la comptabilité commerciale ; qui, concevant enfin, à travers les ambages d'une imagination effarée, et sur la foi de vos auteurs beaucoup plus que d'après votre intime conviction, qu'il est possible d'organiser, avec les fonds du public, une banque faisant crédit sans intérêt, continuez cependant à protester , au nom de la Liberté du Crédit, contre la Gratuité DU Crédit : vous êtes sans doute un bon et digne citoyen, un économiste honnête, un écrivain consciencieux, un représentant loyal , un républicain fidèle, un véritable ami du Peuple : mais, vos dernières paroles me donnent le droit de vous le dire, scientifiquement, monsieur Bastiat, vous êtes un homme mort,
P. J. Proudhon.