‹ Intoxication par le plomb métalliqueChapitre 8 sur 47 · PA LV · texte numérisé non relu

PA LV

resté douteux à la suite des premiers interrogatoires : enfin le malade se décida à raconter qu'il avait, quatre mois auparavant, avalé l’une après l’autre, plusieurs balles de plomb, dans l’espérance de calmer les douleurs et les vomissements dont il était tourmenté depuis longtemps.

Il donnait d’ailleurs les détails les plus précis en apparence; il avait en trois semaines, disait-il, avalé huit balles et les avait régulièrement rendues, la première au bout de trois jours et les sept autres dans les quarantehuit heures qui avaient suivi l’ingestion. Il s'était toujours observé avec le plus grand soin et n'avait jamais, sauf la première fois, pris une balle qu'il ne se fut bien assuré d’avoir rendu la précédente. Chacune d'elle avait été lavée avec soin et grattée pour faire disparaitre les inégalités qui pouvaient résulter du moulage, de sorte que la surface était toujours parfaitement lisse et brillante à l'entrée, tandis qu’à la sortie elle était noire et rugueuse.

Nous verrons quelle créance méritaient les assertions du malade.

Au bout de quelques jours, et après l'administration de purgatifs doux, deux gouttes d'huile de croton, déterminent d’abondantes évacuations et, ainsi qu'il arrive presque toujours en pareilcas, le volume du foie augmente très notablement. La matité dans la verticale du mamelon atteint 17 centimètres le soir même et 16 centimètres le lendemain du jour de la purgation c'est-à-dire le 7 juin.

9 juin. — Le ventre est douloureux, le foie est revenu à ses petites dimensions des premiers Jours; la rate n'est pas augmentée de volume.

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Depuis quatre nuits le malade ne péut dormir, il a a mal de tête et des bourdonnements d’oreilles, sans troubles visuels, sans inégalité des pupilles.

10 juin. — Après une nouvelle dose d'huile de croton qui a été prise à six heures du matin et a déjà provoquée (à dix heures) plusieurs selles, la matité du foie mesure 16 centimètres sur la ligne mammaire et 12 centimètres à l’épigastre.

La nuit a été meilleure, la céphalalgie est moins forte.

L'ictère, plus pâle qu'aux premiers jours.

L’urine ne contient pas depigmentsbiliaires mais donne à un haut degré la réaction de l indigose. Les 1.600 grammes qui ont été rendus dans les vingt-quatre heures renferment 20 gr. 8 d’urée (Alimentation très restreinte).

Mêmes caractères du pouls et des battements du cœur. Souffle aigü dans les jugulaires. Pas de souffle crural.

11 juin. — Il y a eu depuis la veille des évacuations nombreuses. Les dimensions du foie sont: 10 centimètres, o et 7 centimètres.

L'urine, faiblement albumineuse, donne peu d’indigose malgré la purgation.

12 juin. — Dimensions du foie : 8 centimètres et 3 centimètres. Urine rare (on n’a pu en recueillir que 180 grammes renfermant 6 gr. 5 d’urée, soit 34 grammes par litre) très chargée. Dépôt aratique coloré comme dans la cirrhose. Traces d’albumine et de pigments biliaires. Pas de matière bleue.

Le malade à vomi de nouveau; il souffre beaucoup dans la région épigastrique, sans éprouver de vraies coliques.

L'état général est mauvais, sans fièvre cependant.

Le pouls est accéléré (108 pulsations), mais la peau est fraîche, même le soir. Température 36°,7.

Le cœur est un peu augmenté de volume. La matité mesure 12 centimètres 5 au bord gauche du sternum.

Il y a eu trois selles provoquées par deux verres d’eau de Sedlitz, mais le foie n’a pas changé de volume et le ventre reste ballonné.

13 au 16 juin. — L'état demeure à peu près stationnaire. Ee foie est de nouveau rétracté (7 à 8 centimètres). La céphalalgie et l’insomnie diminuent.

16 juin. — Matin 96 pulsations. Soir 108 pulsations et 37°,8. Dimensions du foie : 8 centimètres le matin, 9 lesoir.

Urines : volume, 380 c.m.c.

Densité, 1.039.

Urée, 14 or. 4.

Pas de pigments biliaires.

Pas d’albumine. | Réaction de l'indigose très manifeste.

Le malade à vomi des matières noirâtres semblables à celles que rendent les cancéreux.

17 juin. — Matin 100 pulsations. Soir 104 pulsations. Sans chaleur fébrile. Il n’y à ni vomissements, ni évacuations intestinales. La pâleur des téguments et la teinte subictérique semblent augmenter.

L'urine est toujours rare. Sa densité est moindre (1020). Elle renferme une trace de sucre.

Le résidu minéral est très minime, ce qui est en rapport avec l’absence presque complète d'alimentation.

Le foie mesure 7 cent. 5.

18 juin. — Pour la première fois on constate un léger double souffle à la région crurale ; c’est un souffle veineux

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continu avec renforcement; beaucoup moins strident et moins aigu que le souflie artériel, qui est tout à fait discontinu.

Urines : Volume, 750 c.m.c.

Densité, 1020.

Urée, 17 gr. 25 soit 23 grammes p. 1000

19 juin. — L'urine est plus abondante (1.500 c.m.c.) trouble et rouge comme dans la cirrhose.

Bien que la constipation persiste depuis trois jours, le foie est plus volumineux (12 cent.5 sur la ligne mammaire et 8 cent. à l'épigastre). Le ventre est moins douloureux, moins ballonné.

L’insomnie et la céphalalgie persistent malgré l’usage de l’opium.

20 juin. — Soir T. 38°,2 ; 104 pulsations,

La céphalalgie n'a pas diminué malgré 2 gr. 50'de chloral, mais le malade est beaucoup plus apathique ; il regarde la personne qui lui parle et répond d’une façon sensée, mais toujours en fort peu de mots. Les pupilles sont égales, moyennement dilatées et mobiles.

L’urine ne contient pas de traces d’albumine.

82 juin. — L’apathie et l'indifférence vont presque jusqu'au coma, le malade entend cependant etse retourne du côté où l’on à prononcé son nom.

Ïl voit et suit du regard la main qu'on promène sur ses membres pour apprécier l’état de la sensibilité, mais il reste impassible, les yeux béants, il ne dit pas un mot, il ne profère pas une plainte et ne semble pas s’apercevoir de ce qu'on lui fait quand on pique ou qu'on pince la peau (cette anesthésie parait en particulier être absolue au membre supérieur droit).

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De temps en temps seulement il pousse de longs gémissements ou des cris inarticulés comme ceux de la méningite.

Il n'y a pas d’hémiplégie manifeste, néanmoins les membres supérieur et inférieur. droits semblent être plus flasques que ceux du côté opposé.

L’'urine est rare (500 centimètres), trouble, très rouge, non albumineuse. Le foie est encore rétracté (8 centimètres au lieu de 12 que l’on trouvait la veille) ; il y a eu pourtant des gardes robes naturelles; pas de vomissements.

Le soir l’hémiplégie droite est évidente ; elle porte sur les membres et la face et intéresse même l’orbiculaire des paupières et le frontal.

Dans les efforts que fait le malade pour se retourner dans son lit, le bras droit reste pendant derrière le dos, tandis que le gauche se contracte avec énergie.

L'anesthésie, le mutisme et l'indifférence sont absolus.

La chaleur reste normale (T° 37°,6) le pouls est accéléré (112 pulsations).

Le malade meurt dans la nuit.

AUTOPSIE. — L’autopsie fut faite par M. du Castel, elle montra que le malade nous avait trompés. Il avait parlé de 8 balles avalées l’une après l’autre et rendues successivement et l’on en trouva 26 dans l'estomac (24 balles sphériques gros calibre et 2 chevrotines pesant

. ensemble 300 grammes). Tout ce que nous croyons savoir de l'époque à laquelle le malade avait commencé son étrange pratique, du temps pendant lequel le plomb avait séjourné dans les voies digestives nous échappe done et

P, Ferry, 2

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