‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 15 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notre sentiment du beau a deux sources : la nature et Fart. A peu d'exceptions près, les principaux théoriciens de Testhétique font dériver la beauté artistique de ^la beauté naturelle. Il semble logique d'apparenter étroitement ces deux formes et de les subordonner l'une à l'autre : sous l'infinie diversité de ses aspects, la beauté est une ; et c'est une même pensée esthétique^ une même conscience du beau que nous apportons clans la contemplation d'une symphonie ou d'un drame, œuvres intentionnelles de l'bomme, et dans l'admiration d'un beau ciel ou d'un bel animal, produits de la nature indifférente. Peu importe l'objet que nous lui donnons : l'activité que déploie notre conscience esthétique n'est-elle pas la même dans les deux cas? Or, en droit comme en fait, c'est la nature qui précède l'art.

Cette affirmation, répétée à satiété sous toutes les formes, paraît être l'évidence même. « L'œil, dit Léonard de Yinci, reçoit de la beauté peinte le

l'unité naturaliste du beau 51

même plaisir que de la beauté réelle^ ». « Les beaux-arts, dit Kant, sont des arts dans la mesure où ils paraissent en même temps être de la nature-. » L'opinion des artistes ou des critiques et le bon sens du public semblent s'accorder à unir plus directement encore ces deux réalités : d'abord parce que les effets que nous demandons aux deux sont identiques ; ensuite parce que Tune n'est que la reproduction de l'autre.

Tout d'abord nous attendons les mêmes effets des deux sortes do beauté ; en d'autres termes, les fonctions psychologiques qu'elles ont à remplir paraissent identiques. Le résultat est seulement plus intense lorsqu'il s'agit de la nature que lorsqu'il s'agit de sa simple imitation : entre les deux, la différence ne saurait être que de degré, et l'on devine de quel côté penche la balance : les séductions d'un coucher de soleil peint par le Lorrain ou Turner sont du même ordre que celles d'un coucher de soleil réel dans un paysage splendide, puisque celles-là n'ont d'autre objet que de nous faire penser à celles-ci. Mais combien le spectacle de la nature aurait plus de variété, plus d'éclat, plus de richesse ! Qui doutera que Raphaël ait goûté un plaisir plus profond à contempler les traits de la Fornarina et à jouir de sa personnalité

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