E. Faguet, La Critique, ouvrage cité, p
288 l'impressionnisme et le dogmatisme
profondément personnel, si parfaitement différent et caractéristique, disent les connaisseurs, qu'une démonstration d'un Gauss, d'un Riemann ou d'un Poincaré ; à plus forte raison le diagnostic d'un Laënnec, d'un Bretonneau ou d'un Trousseau ; nous ajouterons : celui d'un Lemaître, d'un Faguet ou d'un Lanson. Mais les diverg'ences inévitables des tempéraments n'altèrent point l'identité foncière de la pensée, qui est une.
Nos critiques d'art s'en convaincront lorsqu'ils cesseront de croire que deux esprits de mathématiciens ou de chimistes sont aussi identiques que deux équations ou deux échantillons d'un même corps simple : lorsqu'ils comprendront qu'il y a autant de façons de concevoir un problème algébrique ou une expérience de physiologie, qu'il y a d'esprits pour les penser ; et que reconnaître ce fait ce n'est pas nier la science, mais observer au contraire sa véritable vie.
Et, en définitive, ce qui sépare aujourd'hui le plus profondément la critique et l'esthétique de la science, ce n'est pas les fausses idées que les savants se font de la critique ; c^est bien plutôt l'idée. superstitieuse et surannée que les critiques se font de la science.