INTRODUCTION. 36S
Les éponges oa parifires ont un squelette ordinairement composé d un réseau de fibres cornées, consolidé par des spicoles calcaires ou siliceuses de formes diyerses, et la masse molle anÎBiale est composée de cellules agrégées, comme celle des Ameba, rempli^ssant les interstices. Enfin les polycystinées tout pourvus d*una coquille perforée par de nombreuses ouvertufes, mais siliceuse au lieu d'être calcaire.
Tig. IS. — Rosalina omata, avec ses pseudopodes étendus.
Nous croyons devoir réserver, dans ce qui suit, le nom de ^Mtpodes aux animaux microscopiques a test calcaire, caractérisés comme ils l'ont été par Dujardin, en 1835,' et en séparer complètement les éponges. Quant aux pohfcystinées ^ ce sont des rbixopodes à test siliceux et ce seront les seuls dont nous parlerons en ce moment comme étant les moins généralemeot connus de ces petits animaux.
D*après les observations réoeatea de M. llâller, ces trèspetites coquilles siliceuses contienoeat un aareode de couleur
564 OUiAMSMES INFERIEURS.
brun olive se [nolon^caiil au dehors par des pseudopodes qui ressemblent à ceux des Aclii]n|)lHys et qui passent par les ouvertures dont la coquille est percée. Celle-ci offre souvent des prolongements spinilormcs qui lui donnent raspeclie plus singulier, comme on peut en juger par la figure ci-dessous représentant des polyci>linées mêlées à des diatomacées et à quelques rhizoj'odes, dans un échanlillon de la terre siliceuse de la Barbade (P(i(/()(';////\^ Lijchnocanium^ Encyrtidiumy Dictijospyns^ etc.L
}\2. 15. — Polvcvstifircs fossile:, elc, de la Rarbade.
fl- Potiocirl\'< m'trii. — h. rjvil'iloh'hw: ^crpln.m. — c. Lychnocanium falàfemm. — d. Einyï lidiiim lulmlns. — r. ïlusirriin corcntrua. — f. LjchuocaniMm iuerru. ~ rj. ï.\}C',r!idihm •l,'i:n<. — //. Ihi t',osf>firis ( hilfriix. — /. t'ncyrtitiii,m Mongol/i^ik. Sle/'hrtiiohlli^fi spuiCM'iis. — I. S.u>doMj. — m. hlhoryclia ocdlus. —n.Crpkil*' iith^ ^'jlii'i'i. — 0. Vo Uniirtis ii'lh .rnuld. — y. Ulml-tloitUifs pipa.
Les polycystinées sont aussi répandues dans la nature qw« les rhizopodes ou lorauuniréros,el elles y jouent, en réalité, un rùle tout aussi inq)ortanl; mais elles ont été longtemps méconnues à cause de leur extrême petitesse. Découvertes d'abord p«r M. Ehrenberg, à Cuxhaven, dans la mer du Nord, on n'a pas
GïSEMEN,TS PRINCIPAUX. 3«5-
lardé i les retrouver dans les mers antarctiques associées k des rhizopodes et à des diatomacées, à 1800 et 3600 mèlres de profondeur. Elles ont été peut-être plus abondantes encore dans les périodes précédentes, comme on peut en juger par la figure d-jointe, représentant un échantillon du dépôt de la Barbade donfla roche s^étend sur une grande partie de Tîle. Il fut découyert, en 1846, par M. Schomburgk, et M. Ehrenberg y a reconnu 282 formes, qu'il considère comme des espèces distinctes, puis 25 diatomacées et rhizopodes, et 54 formes indéterminées {geolitharia^phytolitharia)^ en tout 361 formes microscopiques dont plus de 300 étaient inconnues auparavant. Pende sujets soumis au microscope, dit M. Carpenter (p. 522), sont plus remarquables que la réunion de toutes ces polycystinées de la Barbade, surtout si on les examine éclairées avec une vive lumière et placées sur une surface noire (i).
Les polycystinées ont été trouvées en grande quantité, nonseulement dans les mers froides du Kamtschatka et dans l'Atlantide du Nord, mais aussi dans Tocéan Pacifique du Sud, dans TAilantique du Sud, dans la Méditerranée et autour des ilesNicobar, où 100 espèces distinctes ont, en partie, leurs analogues dans le dépôt de la Barbade.
§ 2* OitemenU pnneîpaiiz (2).
Le sable de tout le littoral des mers, dit Aie. d'Orbigny, est iUiiit>po<ies. teUenaent riche en coquilles microscopiques des formes les
(t) Voy. la pi. 36 de Tallas de FouTrage de M. Ehretiberg intilulé : Microgéologie; elle est consacrée à représenter le plus grand nombre des formes obserrées dans les marnes à polycystinées.
(3) Âiost que nous Tavons dit, dous nous conformerons dans ce qui 8«it au dénominations à^infusoireSt de polygaslriques, de phytolithariay etc., - Ides qn*eDes sont employée^ par les divers auteurs et sans y attacher un •m absolu en rapport avec les définitions que nous venons de donner pour fix(T les idées d*jme manière générale. Une classification systématique fondée sur ces principes eût eiigé un travail tout k fait impossible ici.
plus variées et les plus élégantes, que souvent il en est composé pour plus de moitié. Déjà nous avons vu que Plancus en comptait 6000 dans une once de sable de T Adriatique, el j'en ai trouvé, continue l'auteur que nous venons de citer, jusqu'à 480,000 dans trois grammes de sable choisi provenant des mers des Antilles. Si Ton remarque qu'il en est de même sur la plupart des côtes, on reconnaîtra qu'aucune autre série d'êtres organisés n'est comparable à celle-ci. Ces corps, dont beaucoup n'ont que 1/2 ou 1/6 de millimètre de diamètre, constituent une grande partie des bancs de sable qui gênent la navigation, obstruent les golfes, les détroits et comblent les ports, comme celui d'Alexandrie. Ce rôle, que les rbizopodes jpuent dans les mers actuelles, ils l'ont également rempli dans la plupart des périodes géologiques.
Des nombreux genres établis par Aie. d'Orbigny, parmi les rbizopodes ou ses foraminifères, 13 seulement n'existent pas à Tétat fossile. Us ne sont pas d'ailleurs distribués aujourd'hui indifféremment dans toutes les mers. Certains genres sont propres aux régions chaudes, d'autres aux régions froides, et chaque espèce est généralement cantonnée dans des régions particulières. Des 68 genres qui ont des représentants dans les mers actuelles, l'auteur avait distingué environ 1000 espèces, dont il mentionne 575 dans la zone torride, 550 dans les zones tempérées et 75 seulement dans les zones froides, de sorte que pour ces petits organismes, comme pour les plus élevés, ils seraient d'autant plus nombreux et variés dans leurs formes spécifiques que les mers où ils vivent sont plus chaudes (l). Organismes Lcs animaux microsGopiques 'marins remontent dans le *^"* bassin de l'Elbe jusqu'au-dessus de Hambourg, et en général ^^^ aussi loin que la marée. Suivant M. Ehrenberg(3),*rencom*
rAllemagOfl.
et bords delà Baltique.
(i) Ces nombres, empruntés ili Touvrage d'Alc. iTOrbigny intitulé: Faro' miniférei fossiles du bassin de Vienne, sont plus élevés que ceux que Tanteur a mis dans le Dictionnaire univei'sel d^histaire naturelk, roi. T. p. 662-071 , et dans le Cours de géologie, etc., vol. II, p. 189. (2) Âcad. de Berlin, 1843.
brement du Ut inférieur de ce fleuve est dû au mélange de l'eau salée et de l'eau douce qui occasionne en cet endroit la mort des animaux marins, dont les dépouilles s'accumulent en prodigieuse quantité. La terre des marais qui avoisincnt Tembouchnre est le résultat de la même action, et souvent le test deâ coquilles est mélangé de sable siliceux plus ou moins fin.
Beaucoup de ces formes si abondantes sur les côtes, dans le sol cultivé et les marais le long de la mer du Nord, de même que sur son fond, manquent cependant sur les bords de la Baltique, dont le bassin ne semble pas avoir eu anciennement de communication plus directe avec l'Océan qu'il n'en a aujourd'hui. Plusieurs de ces formes du Nord »e retrouvent, au contraire, dans les vases marines et les rivières des envirohs deLiverpool et de Dublin. Un certain nombre d'entre elles existent aussi dans la Méditerranée, quoique, en général, les formes de cette dernière soient très-distinctes.
Les recherches de M. Ehrenberg sur les infusoires siliceux, tant marins que d'eau douce, ont ouvert un vaste champ d'études intér^santes, bien peu cultivées avant lui, et surtout dans une direction aussi utile à la paléontologie. Ses découvertes avaient porté d'abord sur ceux des dépôts antérieurs à notre époque, mais il n'a pas tardé à les étendre au sol, pour ainsi dire, vivant, sur lequel repose la ville de Berlin et ensuite au delà.
Une tourbe argileuse, qui se trouve à 7 mètres environ au- Enviroiu dessous de la capitale de la Prusse et à 2"',50 au-dessous du BerUa. niTeau de la Sprée, est remplie d'infusoires vivants. Des Gaillondles ont été rencontrées jusqu'à 20 mètres plus bas. Les celhiles étaient remplies de globules verts et ces petits êtres n'étaient ainsi en contact avec Toxygène de l'air que par l'intermédiatre de l'eau qui pénètre la tourbe (l). Les Navicules y affectent des mouvements spontanés plus lents que celles qui
(i) M. Ehrenberg, il faut se le rappeler, prenait ces Gaillonelles pour des WHtt» et les grains verts de chlorophylle pour des œufs. Il en est de nêmeéetSfaTkulesi
habitent la surface du sol. Le plus grand nombre des formes de la couche souterraine ne se montrent ni près de Berlin ni dans la Baltique, mais on les retrouve près de Plieger, dans les couches à infusoires fossiles qui alternent avec des lignites et des grès. La présence dans cette même tourbe des spicules siliceuses d'épongés indiquerait une origine marine que, d'un autre côté, ces corps vivants ne permettent pas de ranger ailleurs que dans Tépoque moderne.
Environs Daus Ic pays de Lunebourg, dit ailleurs le même savant, une Luneiwurg, couchc composéc de débris d'infusoires, dont un grand nombre wi^ vit encore, n'a pas moins de 1 4 mètres d'épaisseur. Elle semble, dePiiiau, il est vrai, résulter plutôt d'un dépôt de source que d'un scdi- Swinemunde, mcnt fluviatile ou lacustre.
^^' A Wisraar il se serait déposé, dans l'espace d'un siècle, avec
le schlam ou vase des ports et de l'embouchure des rivières, 64,800 mètres cubes de corps organisés microscopiques siliceux, ou 648 mètres par an. Dans les ensablements de Pillau, également sur la Baltique, il se sépare chaque année des eaux courantes 7200 à 14,400 mètres cubes de ces mêmes organismes, et, dans un siècle, de 720,000 à 1,440,000 mètres cubes.
On doit donc reconnaître que le schlam des ports, de même que l'accumulation et la fertilité du limgn du Nil, et sans doute tous les dépôts fluviatiles, ne proviennent pas seulement de la destruction et du transport mécanique des parties solides de la surface désagrégée du sol, mais encore de Tactivité vitale si remarquable productrice d'organismes non discernables à la vue simple. Ainsi, en 1839, on a retiré du bassin du port de Swinemunde, à l'embouchure de TOder, 2,592,000 et, en 1840, 1,728,000 pieds cubes de matières vaseuses, et la moitié ou le tiers au moins de ce volume se composait d'organismes microscopiques. La vase de la Yistule, près de Dantzig, le limon du Nil, de Tlslandc, du Labrador, du Spitzberg même renferment des organismes vivants qui composent depuis 1/iO jusqu'à 1/2 de la masse sédimenlaire.
Dans presque tous les marais du Jutland, de la Ilollande, de
la Flandre et de TAngleterre on trouve, à 5 ou 10 mètres de profondeur, un limon noir, de 0",30 à 0",60 d'épaisseur, composé de débris de plantes marines, de Fucm, de Zostera^ aTec21 espèces d'animaux microscopiques marins tant siliceux que calcaires. Dans les marais du ilolstein, M. Ehrenberg signale 34 espèces, presque toutes vivantes, dans la mer du Norf.
On doit à M. P. llarting(i) des recherches curieuses sur les HoUaode. rhizopodes et les diatomacées de la Hollande et qu'on observe dans les vases apportées par les rivières ou dans les boues marines. Tous les dépôts qui se forment encore, soit dans les eaux douces, soit dans les eaux salées, renferment, à Tétat vivant, les espèces trouvées à l'état fossile. Tous les foramini- (ères ont été observés dans les localités où certainement la mer avait accès. Les diatomacées se trouvent, au contraire, dans les vases d'eau douce, à l'exception de la Navicella lamprocampa^ qui existe également dans l'eau salée. Là où il y a un mélange d'eau de la mer avec Teau de la rivière, comme dans la Meuse, à Schiedam, jusqu'où remonte le flux, on trouve à la fois des formes marines et d'eau douce. L'auteur mentionne 1 5 espèces de rhizopodes et 87 diatomacées. Celles-ci forment, au-dessous de la ville même d'Amsterdam, une couche de 2 mètres d'épaisseur, à la profondeur de 37™)S2, mais appartenant sans doute à Tépoque quaternaire.
Une substance, désignée sous le nom de Ouale naturelle^ a été observée au mois d'août 1839, près de Sabor, en Silésie, après un débordement de l'Oder. Cette masse, qui avait plusieurs centaines de pieds carrés, était composée de Conferva rmlarisy de Navieularia avec beaucoup de Fragillaria^ en tout 15 espèces. La substance contenait surtout du charbon, une grande quantité de silice et de carbonate de chaux.
Des vases de la mer Noire et du Bosphore, recueillies par Localités
diverses.
{\)Bull. Soc, géoL de France, 2" série, voL XI, p. 34-35 ; 1853..— Tay. aussi un ouvrage de M. Harting ; De Magt van liet Kleine Zigtbaar, etc. Itrecht, 1849, p. 201.
M. Kock, ont présenté à M. Ehrenberg 49 formes organiqaes différentes. C'étaient 51 polygastriques à test siliceux, 9 phytolitharia et 9 rhizopodes à test calcaire. Parmi les polygastriques, 12 seulement étaient marins et fort abondants.
Une foule de polygastriques siliceux ont été reconnus dans les eaux qu'a prises le capitaine Ross sous les glaces du pôle antarctique, de même que dans celles des mers tropicales. Les coquilles microscopiques auxquelles la Caroline du Sud doit, en partie, son existence, vivent encore, dit M. Bailey, le long de la côte, remplissant les ports et formant des atterrissements. La vase dpntse compose le fond duportdeCharleston est complètement formée de rhizopodes calcaires et d'infusoires siliceux. né{»artiiioii De 1859 à 1849, M. Ehrenberg a publié une multitude de ^ ° recherches sur la distribution des infusoires vivant dans les
diverses parties du globe, dans les eaux douces comme dans les eaux salées, dans les sources thermales et ordinaires, et il a fait voir Tidentité d'un grand nombre d'entre eux dans les formations tertiaires et même secondaires. Nous puiserons dans ces publications les résultats suivants.
Les formes organiques microscopiques des grandes lies de TAustralie et de la Nouvelle-Hollande présentent moins de particularités qu'on n'aurait pu s'y attendre, d'après les caractères si remarquables des animaux supérieurs qui les habitent. Un seul genre nouveau y a été reconnu. Les autres se montrent dans les diverses parties du globe, de sorte que la vie dans ses produits les plus inférieurs se manifesterait de la même manière sur tous les points de la terre, offrant ainsi une uniformité de distribution géographique qu'on ne rencontre point dans les autres classes.
Dans toutes les zones, sous tous les climats, dans les parties basses du sol et les plus grandes profondeurs de TOcéan, comme sur les montagnes, jusqu'à 5000 mètres d'altitude, dans les Niigherries de Tlnde et sur le plateau de Mexico, les parties les plus ténues des sédiments et de la terre végétale montrent une exubérance remarquable et constante d'êtres microscopiques animaux et végétaux.
La planche 35^ de la Microgéologie de M. Ehrenberg (i) nous fait connaître les formes des organismes microscopiques qui s'élèvent, dans les Alpes, jusqu'à 3200 et même 5600 mètres d^altitude, et celles qui ont été ramenées de. 4450 mètres de profondeur au-dessous du niveau des mers, montrant ainsi que ces formes peuvent vivre sur une échelle Terticale de 8 kilomètres, faculté qu'on ne retrouve dans aucune autre classe des deux règnes.
L'organisme microscopique de l'Europe est si voisin de celui des autres parties du globe, qu'on n'y observe point de familles ni d'ordres particuliers. Les formes appartiennent toutes aux infusoires siliceux (diatomacées et peu^être polycystinées? végétaux et animaux). On trouve en outre partout, dans le sol et dans les couches calcaires, une multitude de petits fragments siliceux ou calcaires provenant d'animaux et de végétaux (^(^olithanOy pitytolitharia, etc.), affectant des caractères semblables, quelles que soient la faune et la flore du pays.
Quelques genres cependant, peu nombreux, à la vérité, sont propres à certaines localités, tandis que beaucoup d'espèces, restreintes à quelques régions, appartiennent à des genres qui affectent une grande extension géographique. Certaines espèces ÏEunotia, par exemple, n'ont encore été observées qu'en Suède, en Finlande, dans le nord de l'Amérique, depuis New- York jusqu'au Labrador. Des espèces de ce même genre et de Ximantidiumse montrent seulement sur les côtes méridionales de l'Asie, au Sénégal et à Cayennc. Le genre Tetragramma n'a été observé qu'en Libye et dans les lies des Larrons.
On peut se faire une idée de cette distribution géographique des formes microscopiques de nos jours en étudiant la planche 35* du magnifique atlas de M. Ehrenberg que nous avons déjà cité. On y voit représentées des formes provenant du fond de la mer autour des îles Gockburn, de Kerguelen, de la Terrede-Feu, de l'iieMelleville, desalluvionsduMissîssipi, duYanlfe- Kiang, du 'Nil, du Rhin, du Gange, des côtes de l'ile d'Elbe,
(i) Zur Mikrogeologie. 2 yoI. in-f^ avec 40 pL Berlin, 1854.
du Groenland, du Spitzberg, des- glaces des mers boréales et
australes et du fond de ces dernières.
organismet ^^î^ une application plus curieuse encore de ces recherches,
micnwcopi- q{ que l'on était loin de prévoir, est venue établir un lien resté
des wkttts. jusqu'alors inaperçu entre les produits des phénomènes ignés
et ceux qui ont lieu sous les eaux. Les conclusions auxquelles
le savant micrographe de Berlin est arrivé sont les suivants :
L'observation microscopique fait connaître l'existence de
masses d'infusoires qui ont éprouvé Taction du feu ou ont été
frittées. Dans les gisements qui ont subi cette action, tels que
ceux qui sont restés à l'état de schistes à polir (Polisclûefer)^ on
ne trouve aucune trace^de pollen de conifères ni de corps carbo-
nisables, qui ailleurs y sont fréquemment mélangés.
Dans d'autres masses apportées des profondeurs des vol* cans, on trouve des corps organisés microscopiques qui, comme ceux de la moya de Quito, au'Pérou, renferment des débris de plantes imparfaitement carbonisés, ou bien qui sont dans un état complet de carbonisation, comme dans les ponces et les tufas. Toutes les ponces ne sont cependant pas constituées par des êtres organisés, et celles qui en présentent n'auraient conservé le caractère des petits tests cellulaires siliceux qu'en Tabsence du mélange d un fondant assez énergique pour les faire passer à l'état vitreux. La ponce qui a cette origine présente des cellules Gnes et arrondies.
Près d'un grand nombre de volcans qui rejettent ou ont rejeté des ponces, il y a des gisements considérables d^nfusoires dé* signés sous le nom impropre de terre à porcelaifie et sous ceux de cendres volcaniques, de schistes à polir (Kieselguhr^ Saiig- 8chiefer(\))j de demi-opale, de porphyre désagrégé, etc., dont les éléments ont été apportés de grandes profondeurs par Faction des volcans. Des roches phonolithiques se trouvent aussi en relation avec des animalcules à test siliceux.
Une circonstance bien remarquable, ajoute M. Ehrenberg,
(1 ) Yoy. pi. 3 et 4 de lallas de TouTnige de M, Ehrenberg : Micro^ologie.
c'est qae dans tous les cas, d'ailleurs fort nombreux, que nous connaissons en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, uù les organismes microscopiques peuvent avoir exercé ou exercent encore une influence directe sur les volcans, ils appartiennent, une seule localité exceptée dans la Patagonie, aux formes d'eau douce, cequi autoriserait à penser que des masses de tourbe et de vase des marais ont-été englouties dans Tintérieur de ces volcans, y ont été frittées et rejetées ensuite sous forme de tufas, de ponces, de trass, etc.
L'ile de TAscension, continue l'auteur, dépourvue d'arbres et de sources, offre un énorme amas de cendres volcaniques presque entièrement composées de débris organiques. Ce sont, pour la plupart, des portions fibreuses de plantes, beaucoup de denticules marginales de graminées mélangées d'infusoires siliceux de formes exclusivement d'eau douce (diatomacées?). LorsdeTéruption de Tllekla, en Islande, le 2 septembre 1 845, les cendres volcaniques furent portées, par le^ courants aériens, jusque sur les îles Shetland et Orcades. Dans le trajet il en tomba sur le pont et les voiles d'un vaisseau danois, IHelena^ à 9 heures du matin, par un vent de nord-ouest et à la distance de 535. milles du volcan. Ces cendres avaient dû parcourir 46 milles à Theure, et, soumises Ji l'examen microscopique, elles montrèrent, parmi des fragments de substances minérales ressemblant à du verre pilé très-fin, d'un brun vert foncé et qui étaient peut-être de l'obsidienne, des carapaces d'infusoires siliceux (Nameella siliculay CocconneiSj etc.), des phytolitharia siliceux et 2 corps combustibles.
Ces formes étant toutes d'eau douce ou terrestres ne permettent pas de croire qu'elles aient pu être mélangées à la poussière volcanique pendant leur trajet. Elles étaient d'ailleurs très-uniformément disséminées dans toute la masse pulvérulente. En outre, des cendres prises en Islande au pied même du volcan, et provenant sans doute de la même éruption, ont offert les mêmes formes que celles qui furent recueillies aux Orcades. Ainsi des circonstances qui ont accompagné le phénomène et de l'état même des corps, on ne peut se refuser à ad-
mettre que le mélange des substances organiques et inorganiques a dâ avoir lieu dans l'intérieur même du Tolcan etqa'il ne résulte pas de l'introduction accidentelle et postérieure de particules étrangères.
Des échantillons de ces mêmes cendres, examinés ultérieurement, y ont fait distinguer jusqu'à 32 espèces de corps organisés, dont 3 dans la poussière tombée aux Orcades. 15 des . espèces déterminées ont été décrites comme étant d'eau douce et se retrouvent dans la tourbe d'Hussavic et dans les eaux saumâtres de Rylciavik. Plusieurs autres ont leurs analogues au Labrador, au détroit de Kotzbue, mais aucune n'est noutelle. Leur origine d'eau douce prouve aussi que la mer n'est pour rien dans la formation de ces cendrés.
La planche 38 du grand ouvrage de M. Ehrenberg est consacrée à représenter, vues sous le microscope, les organismes rejetés par les volcans dans les cendres, les vases, les tufs, les ponces, etc., de Kammerbûhl, de Pompéî, de Civila-Vecchia,dc Tollo (Chili), d'Arequipa, de THekla, de la moya de Quito, puis dans le tuf de l'Ascension, la Palagonite, un tuf dePatagonie, un autre de Lipari, des cendres d'Imbaru, la moya delà Guadeloupe, les cendres du volcan de Scheduba (Inde), etc. Poussières Outre la terre, les eaux douces, saumâtrcs, salées et les pro- *'°^qu».*" fondeurs des volcans, l'atmosphère est encore, sinon unhtAital normal et permanent pour les organismes microscopiques, du moins un milieu à travers lequel ils sont souvent transportée, par les vents, de contrées fort éloignées pour venir tomber, sous forme de poussière, à d'immenses distances du lieu de leur origine. C'est ainsi que la planche 39 du même ouvrage nous permet de juger des formes transportées avec les poussières > travers l'Atlantique, puis celles du sirocco, la neige rouge, les pluies colorées, la poussière météorique de la mer Noire, une pluie colorée de l'Islande, tombée en 1849, une poussière de la mer Noire et de l'Atlantique, tombée en 1834, une autre en 1858, celle de Santiago, au cap Vert, en 1835, qui couvrit plus d'un million de milles carrés; celle du sirocco de Géne>, tombée le 16mai 1846; celle d'un ouragan de Lyon, le 17 octobre
de la même année. Le poids total de cette poussière fut évalué à 720,000 livres, et celui des organismes qu'elle contenait à 1/8 on 90,000 livres. M. Ehrenbergy put distinguer 39 espèces. Une poussière météorique de la Calabre, remontant à Tannée 1803, donna 49 espèces d'organismes^; une autre, de 1813, en donna 64, et 28 espèces leur étaient communes , en6n vient celle du sirocco de Malte, tombée en 1830.
M. Ehrenberg fait remonter la connaissance de ces chutes de poussières jusqu'au temps d^Homère.
Les espèces microscopiques contenues dans les poussières précédentes ne viennent point d'Afrique , à ce qu'il panit; 15 seraient du sud de FAmérique et l'origine de ces poussières n*est pas connue. On sait seulement que la zone dans laquelle on en observe comprend le midi de l'Europe, ' le nord de l'Afrique avec les parties adjacentes de l'Atlantique, et les latitudes correspondantes de l'Asie occidentale et centrale.
Aux États-Unis, M. Bailey (l) poursuit depuis longtemps, et Amérique avec non moins de persévérance, das recherches analogues à ^J celles de M. Ehrenberg. Pour ne parler ici que de celles qui se '^•c*»^<^*»«* rapportent aux organismes microscopiques de l'époque actuelle, ". Baiiey. nous rappelerons que, dans les divers sondages exécutés sur "SSm.** les côtes du NewJersey, depuis une profondeur de 93 mètres an sud-est de la pointe Mentaux jusqu'à 164 mètres au sud-est du cap Henlopen, on a reconnu un grand développement de ces organismes, particulièrement des polythalames (rhizopodes) anssi abondants que ceux des marnes qui portent la ville de Charleston et de formes analogues. Il y a une ressemblance générale entre les espèces qui proviennent de profondeurs considérables, mais chaque localité parait avoir ses formes dominantes. Les infusoires (ce sont ici des dialomacées) existent dans ces mêmes profondeurs aussi bien que les rhizopodes, ma» en moins grande quantité. Ce sont des Gaillonella^ des CogcinaéUseus^ etc. Les sondages profonds n'ont pas fait connaître on seul des rhizopodes agatistègues, qui abondent, au con-
• (1) Smithsimian contributions to knowledge, toI. n, 1851.
traire, dans les eaux peu profondes des côtes de la Floride et des Antilles. Ces formes étant plus récentes que la craie permettraient de penser que les dépôts tertiaires où elles sont répandues se sont formés sous une faible profondeur d* eau.
r^s grands sondages exécutés près du Gulf-stream ont fait -voir son influence sur le développement de la vie microscopique, et M. Bailey présume que le substratum de Charleston peut avoir été formé sous une semblable action. L'abondance des rhizopodes dans les eaux profondes donne lieu à un fond calcaire, tandis que la prédominance des diatomées sur les rivages produit un fond siliceux. Aucun de ces sondages, à Texception de ceux de la petite anse de Rockaway (Long-Island* nV d'ailleurs présenté rien qui ressemblât à ces vastes accumulations d'infusoires des marnes de la Virginie et du Maryland, qui appartiennent à la période tertiaire moyenne, et si remarquables par la variété des espèces.
Des sondages exécutés dans la mer du Kamtschatka, à iC5^ et 4914 mètres, ont prouvé qu'à ces grandes profondeurs le fond de la mer était aussi dans ces parages en partie composé d'organismes microscopiques. M. Bailey (i) a constate 22 espèces de diatomacées siliceuses, 1 infusoire (Cadium mirinum)^ i Difflugie (D. marina) ^iZ polycyslinées, 6 zoolitharla et des spicules siliceuses d'épongés comprises dans les phyto- Htharia d'Ehrenberg , sans un seul fragment de rhizopodc à test calcaire. Toutes ces espèces étaient également abondantes. Origine Mais uuo découvortc plus curieuse encore de M. Bailey a organique ^^j. ^j'^^^^jj. constaté quc dc nos jours se produisent aussi les grains de sable vert siliceux que M. Ehrenberg avait reconnus dans divers terrains pour n'être que des moules intérieurs de coquilles microscopiques. M. F. Pourtalès(3), en exécutant des sondages dans le voisinage du Gulf-stream et dans le courant lui-même, par 31 "52' lat. N. et 79' 35' longit., à la profon-
(i) The amer. Journal de Silliraan, vol. Xll, n- 64. p. 4 ; 1856.
(3) Bep. U,-S. Coast-Survey in the Explor. ofthe Gulf-^tream. M- 4853. Appendiz, p.83.
certains sables verts.
deor de 273 mètres, a reconnu que le fond était un mélange, à priies égales, de Globigerina et de sable noir ou vert foncé. Ce sable, comme celui du fond du golfe du Mexique, est composé de grains qui afTectent souvent la forme bien caractérisée démoules intérieurs de coquilles de rhizopodes, de petits mollusques et de tubes branchus. La silice qui a servi au moulage se présente ici comme dans les sables verts ou glauconieux des formations tertiaires ou plus anciennes ; quelquefois ces grains sont rouges, brunâtres ou presque blancs. Parmi ces moules siliceux nucroscopiques, M. Bailey en a observé un de coquille multiloculaire spirale, dont une seule loge était remplie par de la silice verte et les autres par la même substance rouge ou blanche, et vice versa,
II est facile de s^assurer que ces moules appartiennent aux espèces qui vivent encore sur les lieux et qui constituent la plus grande partie dii sable rapporté par le sondage. Celles ci oat conservé leurs teintes rouges et tout leur brillant, et montrent encore la plus grande partie de leur sarcode lorsqu^on les traite par un acide étendu. On ne peut donc pas supposer que ni les coquilles pourvues de leur test, ni les moules siliceux proviennent d'une couche ancienne d'où ils auraient été arrachés. Ainsi se formeraient dans les mers actuelles et par les mêmes procédés des sables glauconieux analogues à ceux qu'on trouve jusque dans les roches siluriennes.
Les grains verts n'ont pas toujours, à la vérité, des formes organiques reconnaissables ; ils sont souvent arrondis, et l'auteur croit y reconnaître des formes coprolitfaiques; mais tous aun\mi la même origine, c est-à-dire que les changements chimiques qui accompagnent la destructien de la matière '•rganique auraient favorisé dans les cavités le dépôt de Miicale de fer vert et rouge, et même de la silice pure incolore. Quoique ce fait se présente au fond du Gulf-stream et du golfe du Mexiquç, oii sont aussi de nombreux organismes naturellement siliceux, tels que les diatomacées, les |K)Iycystinées, les spongiolithes, il ne paraît pas que ces derniers exercent aucune influence directe sur les résul-
3^78 ORGâNISUKS INFËRIRURS.
tats du moulage des coquilles calcaires de rhizopodc:». •Bicières. Daus les rizièrcs des bords de la Sayannah, fréquemment submergées, dans les eaux saumàtres ou salées des marais qui avoisinent la côte, les infusoires (diatomées) sont nombreux. ' Le grand Triceratium favus^ Ehrenb., et les disques circulaires de Coscinodiscus subtilis^ id.^ se trouvent dans les rizières de rOgeechee avec 15 autres espèces, du pollen de Pins et des phytolilhavia. Dans le comté deGlyn, on trouve de méine des desmidiéeâ, des diatomées, des infusoires, des algues, elc.
275 espèces de ces mémes.corps sont en outre indiquées sur des points où jusque*là on n'en avait pas signale. 51 ou 19 sont nouvelles, et les autres étaient connues soit dans le pays, soit en Europe, d'où Tauteur conclut que les organismes microscopiques d'eau douce sont moins affectés par les différences de climat que la plupart des autres êtres organisés, ce qui s'accorde avec ce qui a été dit précédemment. Les eaux douces comme les eaux marines sont d'ailleurs peuplées même au milieu de rtiiver.
Les espèces des rizières sont les mêmes que celles qui vivent dans les estuaires de la côte ; mais celles du fond des fossés de ces mêmes rizières et des forts près de Savannab doivent avoir été déposées depuis un temps fort considérable et seraient peut-être quaternaires.
Marais Les vastes marais salants des côtes de la Caroline du Sud, de la Géorgie et delà Floride abondent en diatomées, dont les coquilles entassées successivement dans la vase nous montrent comment se sont formés dans la Virginie et le Marjlaod les dépôts tertiaires de composition analogue et tout aussi étendus, quoique ordinairement plus sableux* Certaines diatomées de l'Océan vivent aussi dans les estuaires et les rivières dont Teau est douce à la surface, mais elles ne se rencootreol jamais dans les lacs et les marais exclusivement d^eau douce et sans aucune communication avec la mer. Parmi les espèces les plus cosmopolites, on peut dter le Therpsiuoè musiea^ Ebn, du Mexique, du Texas, de la Jamaïque^ des rivières des £tats-lni^ et dont les lies Philippines ont offert des formes très^voisine»*
GISEMENTS FRINGlPAjUX. 379
Enfin nous rappellerons que déjà dans la section 6 du chapitre IV, p. 276 et suivantes, nous avons rapporté les résultats des recherches les plus récentes sur ce sujet dus à M. Maury et à M. Wallich; nous ne pouvons donc qu'y renvoyer le lecteur.
Nous devons encore mentionner ici, comme probablement Panne» contemporaines, ces substances terreuses que certaines popula- ^^^Z* lions sauvages ou vivant sous des climats rudes et improductifs ^*^^prennent et emploient comme aliment. En 1833, un paysan de Degersfors, dans la Bothnie occidentale, sur les confins de la Laponie suédoise, découvrit, en abattant un arbre, une matière terreuse qui fut mélangée avec de la farine de seigle, puis pétrie et cuite au four comme du pain. Elle est particulièrement composée de silice, et sous le microscope parait ne renfermer que de petits corps allongés, ovoïdes, bacillaires, cylindriques, aciculaires, etc., provenant d'infusoires, suivant M.Ehrenberg, tandis que M. Greville n'y voit que des algues. L'analyse de cette substance a donné à M. T. Stev^arl Trail (l) :
Matières organiques destructibles par la chaleur. . . . 22,00
Silice 7i,i3
Alumine 5,51
Oxyde de fer 0,15
Perte 1,41
Total. . . . 100,00
Cet usage de certaines terres comme aliment est, comme on sait,fépandu chez les populations indigènes de l'Amérique méridionale et centrale, ainsi que dans PAustralie. Les corps organisés microscopiques qu'on y rencontre ont été représentés snr la planche 35* de Tatlas de la Microgéologie de M, Ehrenberg. L'un des échantillons figurés provient de Java.
Mais cet emploi des terres à infusoires est sans importance, comparé au r61e que jouent les animalcules vivants et les végétaux microscopiques dans Talimentation des animaux aquatiques, tels que les polypiers, les bryozoaires, les mollusques et
(4) Trmuael. of the R. Soc. of Edinburgh, vol, XV, p. 145, 1841.
autres animaux sédentaires qui virent dans les eaux profondes au delà de la zone des algues et même au-dessus (i). nésumé. On voit, ainsi que nous l'avons dit en commençant ces études, et on ne peut trop le répéter, parce que c^est une idée avec laquelle on n'est pas assez familiarisé, que ce senties animaux inférieurs qui, de nos jours comme de tout temps, contribuent seuls à former, par leurs débris, des couches ou des dépôts d'une certaine importance. Les coquilles des mollusques marins, accumulées avec les sables le long des côtes, ou ensevelie sdans la vase et les autres sédiments, à une faible profondeur au-dessous du niveau de la mer, les restes sobdes de bryzoaires, de crustacés, d'annélides, de radiaires, les îles de polypiers, les récifs qui accompagnent les côtes à une certaine distance et ceux qui les bordent immédiatement, puis les rhizopodes calcaires et siliceux, enfin les diatomacées, dont les dépouilles innombrables occupent le fond de toutes les mers sur des épaisseurs inconnues, tels sont les produits de la vie marine dont nous avons esquissé les résultats, résultats d^aulant plus prononcés en général, que Ton considère des zones de teni[)crature plus élevée dans lesquelles l'énergie des forces de la nature se manifeste aussi par une plus grande variété et une plus grande richesse de formes.
Nous avons fait remarquer en outre que c'étaitsous les zones chaudes que la consolidation des roches modernes se produisait le plus rapidement et sur une plus grande échelle. Y aurait-il une relation entre cette dernière circonstance et la plus grande quantité de carbonate de chaux, fixée
(i ) Outre les ouvrages et les auteurs que nous avons dtés, on peut encore signaler pour des recherches récentes sur les corps organisés microscopiques : — Ralf, British Desmidim, où Ion trouve des descriptions détaillées et de bonnes ligures des espèces; — Rûtzing, Dialomacem oder Bacillarien, ouvrage contenant aussi beaucoup de flgures; — Pritchard, History ofinfttsoria récent and fo$sil, contenant des descriptions abrégées et desfi^ure< réduites du grand ouvrage de M. Ehrenberg : IHe ïnfusionsthiencktn : — W. Smith, Sur la délcrminalion des Diatomacées (Quart. Joum, of microscop. science, vol. III, p. 150); — \V. Gregory, Sur, id., Transact. Microscop. Soc. 2* sér., vol. III.
APPENDICF. 381
d'abord par les polypiers, les mollusques, les annélides et les radiaires de ces régions, puis redevenue libre en partie par la destruction permanente d'une certaine quantité de ces mêmes produits organiques? C'est ce (jui semble assez probable, sans qu'aucune observation directe soit cependant encore venue le confirmer.
Les produits animaux des eaux douces sont peu considérables lorsqu'on fait abstraction des organismes microscopiques à test siliceux. Ce n'est qu'aux États-Unis de l'Amérique du Nord que Dous avons vu les coquilles lacustres former à elles seules au fond des étangs et des marais des dépôts de marne blanche d'une certaine épaisseur, et qui n'ont encore été signalés Dullc part avec un développement comparable.
Appendiee.
Le guano est un dépôt dans lequel l'intervention de l'eau gimbo. n'entre pour rien, qui se forme à découvert dans des lieux secs, Qfi^^ mais non loin de la mer, et encore le plus ordinairement dans giaemeBU. les régions tropicales. Il ne pouvait pas être omis dans ces études, d'abord à cause de son importance actuelle, et ensuite parce que nous aurons à mentionner à l'état fossile des substances d'origine à peu près semblable. Ce produit de l'organisme, mais non organisé par lui-même, est le résultat direct de l'action vitale, du à l'accumulation séculaire d'excréments et de cada? res de certains oiseaux qui habitent en très-grand nombre les côtes et les iles voisines du Pérou, divers points de rAmérique du Sud, les iles Gallapagos et le Chili, dans quelques Ues de l'Amérique du Nord, la côte occidentale d'Afrique et TAustralie. Ces dépôts ont de 1 2 à 20 et quelquefois jusqu'à oO mètres d* épaisseur.
Les gisements de guano, dans les îlots et sur les côtes de vcnn.
Tûcéan Pacifique, sont répartis, dit M. Boussingault (i), cotre le 2^ ctle 21^ degré de lat. S., depuis la baie de Payta jusqu'à J'eroboucliure du Rio-Loa. En dehors de ces limites, il s'en renconitre encore, ïnais dépourvu de sels ammoniacaux et des principes organiques auxquels cette substance doit en grande partie ses propriétés fertilisantes. Cette différence de composition tient à ce qne dans cette zone, depuis Tumbn jusqu'au désert d^Âtacama, les pluies sont presque inconnues, tandis qu'au delà elles sont plus ou moins fréquentes. ' Le guano, ainsi nommé des oiseaux qui le déposent, appelés Guanaes parles habitants du pays, et qui sont des Âlcatraz, des Pbénicoptères et des Ardéas, se trouve sur de petits promontoires, sur des falaises, ou remplit les anfractuosités du sol, en général, sur des points où les oiseaux trouvent un abri contre les fortes brises du sud. Les roches de Ll côte sont cristallines, granitiques ou porphyriques, et supportent le guano disposé en couches horizontales ou quelquefois inclinées. Les localités fréquentées par les Guanaes se nomment, à cause de cela, HtianeraSy et les Incas, qui utilisaient ce produit, avaient défendu, sous des peines très-sévères, de tuer les oiseaux. Aujourd'hui encore, les lois les protègent contre une destruction qui ferait grand tort à l'agriculture.
Sur certains points, on y observe un mélange d'excréments d'oiseaux et d'autres de poissons et de cétacés. A I^unta-Lobos, des lits de guano gris foncé sont surmontés d'autres lits presque noirs, de O'yGO, avec de petites pierres de porphyre, luisantes, elliptiques, que les phoques ont l'habitude d'avaler et qui ac* compagnent toujours leurs déjections. Au-dessus sont de nouveaux lits de teintes variées. Les dépôts de guano sont ordinairement surmontés d'une couche de sable et de substance saline appelée caliche par les ouvriers, et que ceux-ci enlèvent avant de commencer Texploitation, lorsqu'elle a lieu à ciel ouvert, ce qui est le cas le plus ordinaire.
(i) Comptes rendus de VAcad. des sciences, yoI. LÎ, p. 844; 1860. — /M.,vol.L,p. 887.
GHANO. 385
Le guano blanc est le produit de Tannée; le guano brun, plus ancien, d'une odeur fétide, n'était pas employé par les habitants avant la conquête; tous deux sont essentiellement ammoniacaux.
Les trois iles de Chincha, au nord d'Iquique, par 12* lat. S., n« sont la localité la plus riche en guano ammoniacal. Elles sont basses, granitiques, recouvertes de couches de guano, généralement horizontales, dont les fissures sont remplies de cristaux de sels ammoniacaux. On y trouve des œuEs pétrifiés, des plomes, des ossements et même des oiseaux momifiés.
La composition du guano, que Fourcroy et Yauquelin avaient Compo^îiion. iaiteonnaitre, d'après des échantillons rapportés par Alex, de Hnmboldt, serait aujourd'hui, suivant M. Nesbit, pour celui de ces iles :
Matières organiques et sels ammoniacaux 52^52
Phosphate do chaux 19,52
Aeide phosphoriqne 3,12
Sels akalÎDS 7,56
Silice et sable 1,46
Eau 15,82
Total. . . • 100,00
Pour que le guano ait été accumulé en si énorme quantité dans les Huanéras, dit M. Boussingault, il a fallu à la fois le concours de circonstances aussi favorables à sa production qu'à sa conservation : un climat d'une sécheresse toute exceptionodle, sous lequel les oiseaux n'aient pas à se garantir de la phiic, des accidents du sol offrant des crevasses, des anfractuoâlésoù ils pussent reposer, pondre et couver à 1 abri des fortes brises du sud, enfin une nourriture telle qu'ils la trouvent dans les eaux qui baignent la côte. Or, nulle part au monde le poiswn n'est plus abondant que dans ces parages, et la pêche qu'on font ces oiseaux a été décrite, d'une manière très-curieuse, par D. Antonio d'Ulloa, qui accompagnait les astronomes français lors de leur mission au Pérou. *
On n estime pas à moins de 378 millions de quintaux mé- oumuté. tnques le Tôlume du guano du Pérou^ non compris celui qui
584 APPKNMCE.
se trouve au sud du Rio-Loa, et au nord des iles de Chincha jusqu'à Payta. Aussi Alex, de Ilumboldt ne pensait<4l pas que ces dépôts fussent tous de l'époque actuelle. M. de RWcro, qui en a fait une étude spéciale, croit, au contraire, que la quantité prodigieuse des oiseaux qui y contribuent, seulement pour les iles Chincha, où il estime leur nombre à 264,000, aurait pu, dans un laps de temps de 6000 ans, produire la masse du dépôt en question, estimée à 561. millions de quintaux et à raison de une once par nuit pour chaque Guanaes. Cette masse est entièrement formée aux dépens des animaux marins et plus particulièrement des poissons. Éiémmu Évaluant ensuite à 2,5 0/0 la quantité d'azote que conenlevés ^j^j^^ j^ poissou frais, et le guano du Pérou en renfermant raimosphèrc. 14 Q/O, M. Boussingault en déduit que 100 kilogrammes de guano représentent Tazote de 600 kilogrammes de poissons de mer, et que les 578 millions de guano dont on vient de parler proviennent de 2 milliards 268 millions de quintaux de poissons de mer, et les 55 millions de quintaux d'azote ont dû être pris à l'atmosphère, puisqu'on ne connaît pas à ce gaz d'autre gisement primitif.
Le guano terreux, celui qui est privé de^ substances ammoniacale^ enlevées par les eaux pluviales et qui se trouve au nord et au sud de la zone que nous venons d'indiquer, e^t presque entièrement formé de phosphate de chaux; et si Ton estime à 05 millions de quintaux métriques le phosphate de chaux des divers gisements de guano, soit à 1/4 de la masse totale, 09 trouve, suivant une remarque de M. Jobert de Lamballe, qu'il y aurait de quoi composer le système osseui de 4,000,000,000 d'hommes, c'est-à-dire quatre fois la population actuelle du globe telle qu'on la suppose.
Nous ferons observer d'un autre côté que l'azote soustrait a l'atmosphère et fixé dans le guano ne retourne plus à sa source et qu'il n'y a dans ces conditions aucun agent naturel pour le lui restituer. Cette action des Guanaes, en se prolongeant indéGnimcnt ou jusqu'à leur disparition dans la suite inconnue des temps, doit augmenter aussi indéfiniment la quantité de