‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 2)Chapitre 43 sur 57 · VU · texte numérisé non relu

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(6) Strabon, 3; V, 1; a. DionysiuiT Halicarnassii, 1, 18; Scylax, 19.

(7) Hist. mt., II, S7; etSénèque, Quaest. nat.» VI, 2.

d'autres villagesdela Lydie et de Tlonie, rapporté par Démodes; la réunion à la terre ferme par une péninsule de File de Pharos, deTyre et de Clazomène, celle deTiledePiréus ; TisolementartiBciel de Leûcas; la séparation naturelle, au contraire, de Syracuse; l'abaissement de Bura et d'Hélice à la suite de tremblements de terre; l'engloutissement d'Ârnéeet deMidéa parle lac Copaïs; celui de quelques villes de la Thrace par les lacs de Bistonis et d'Aphnitis; le rapprochement de la terre ferme d'Artimita et des autres iles, près de TAchéloûs, par les dépôts de cette riYÎère ; celui de quelques îles de TÉtolie, d'Antissa ; lu séparation de Lesbos, d'Ida, des ilcs du golfe de Naples, citées précédemment, de Misénum comme la Sicile de Rhegium, de Caprée, du promontoire d'Athènes, d'Ossa, d'Olympe ; les changements de la géographie physique des environs de Rhagffî (Rages) en Médie, rapportés par l'historien Duris ; la séparation de TEubée, de la Béotie; la submersion des iles Lichadiques et du promontoire Cénéum ; la fente ou crevasse de nie d'Atalante, etc.

' De tous ceâ faits Strabon conclut que les torrês actuellement habitées ont été couvertes une fois par la mer, et que le fond de celle-ci a fait partie à soh tour des terres habitées (l).

Un auteur de Tépoque alcxandrinequi s'occupait de spéculations géologiques, le poète Callimaque deCyrène (275 av. J. C. ), composa, dit-on, plus de 800 ouvrages : élégies, épopées, hymnes, épigrammes, etc., dont il ne nous reste que 6 hymnes et 65 épigrammes. Dans celui de ces hymnes qui est dédié à Jupiter (vers 15 à 36), il dit que ni le Ladon, ni l'Érymanthe n'existaient lors de la naissance de ce dieu ; qu'alors toute l'Arcadie était desséchée ; que le Camion^ l'iaôn, le Mêlas, le Cràthis, le Métopes, ne voyaient couler leurs eaux que parle choc que la déesse Rhéa imprimait au mont Ida. Dans Thymne adressé à Apollon, le poète mentionne les stalactiques et les stalagmites

( I ) Géographie, 1, 5, XXVll, p. 557, 4i .— Foy. ce que nous avoos dit de lu description si exact*} des pierres lenticulaires, par Strabon, 1" partie» p. iO.

RELATITEMBNT A L^BISTOIRE DE LA TERRE. 589

de h Phrygie (vers 22-23) et les sédiments féconds de la rivière de rAssyrie. L'hymne consacré à Diane décrit Tile volcanique de Véligoanis, nommée plus tard Lipara, comme la résidence de Yulcain. Le bruit souterrain produit par ce phénomène se 6t' entendre dans la Trinacrie; dans toute lltalie, Tair retentit des secousses et des éboulements de l'Etna, et récbo de Cymos (la Corse) les répéta (vers 46 à 56). Dans rhymne i Déios, on voit que le dieu (Poséidon) a fait apparaître les îles en frappant la montagne de son trident, forgé par les Telchines. Il semble n^avoir attribué que la formation d'une partie des lies aux soulèvements volcaniques, car à l'expression Sr/haas, il ajoute aussi ekexùXtooE (vers 33). Il est probable qu'il attribue, d'un autre côté, l'origine des iles voisines des continents aux agents de déchirement.

L'Ile de Délos avait été nommée Astérie, parce qu'on la supposait provenant d'une étoile tombée du ciel dans la mer, mais cela bien avant le temps de Callimaque, qui n'a pu être par conséquent le premier à lui assigner celte origine. D'ailleurs la naissance des lies a toujours été un sujet traité par les Grecs avec une certaine prédilection. On en trouve, comme nous Tavons dit, des traces dans Pindarc et dans un grand nombre d'autres poètes. Callimaque lui-même en a décrit une sous le titre de Krietç yrfiiù^. Les relations fréquentes d'îles flottantes, les Cyanées, ont certainement moins d'intérêt, de même que les plaisanteries sur des rivières très-différentes et très-éloignées les unes des autres, qui ne seraient que les prolongements «mlerrains d'un seul cours d'eau. Nous ne rappellerons donc pas ce qu'en avaient dit antérieurement Sophocle, Prodicus, Sotion, Plutarque et beaucoup d'autres, dont les ouvrages sont perdus.

Dans le même hymne est ce mythe de la disparition de certaines villes, iles et contrées, que nous lisons dans les hymnes d'Homère, et nous retrouvons aussi les mêmes difficultés à interpréter Callimaque, quand il dit que la rivière Phenieus est remontée vers su source lorsque Latone chercha son lit d*accouchée.

590 CON^AlSSAiNCËS 1>ËS GRECS ET DES ROMAl.>iS

Ailleurs, le poète dit que toute TArcadie, Parthénîos, certaines portions du Péloponèse voisines de Tisthme, TAonie, Dircée, Strophie, T^sope, Larisse, le Pénéias, etc., se sont retirés (çeu^cv) dcTanila mère-supplice d'Apollon (Latone). Serait-ce une allégorie ou une allusion à quelques changements dans les caractères physiques du pays? Ou ne serait-ce qu'aune pure iantaisie émise sans que le poète ait prétendu ôter aux divinités des fleuves, des montagnes et des villes, des représentations figurées ou prosopopées, que les Grecs leur assignaient si volontiers (vers 70 à 150) ?

Les phénomènes volcaniques de l'Etna sont attribués aux mouvements du géant Briarée qui s'y trouve enseveli, bien que le livre de pseudo-Aristote , intitulé Oept x^qAou {Sur rUnivers), ait déjà donné aux volcans, dont l'origine était connue, l'épithète employée par des géologues de nos jours, celle d'évents ou de soupapes de la terre. Quant aux 120 livres de YEneyclopédie de Gallimaquc, on Joit regretter qu'il ne nous enjsoitrien parvenu.

Beaucoup de passages dés auteurs prouvent qu'on a obso^é, dans les périodes qui nous occupent, la présence des fossiles dans les couches de la terre ; mais on n'y trouve comme vues théoriques rien qui ressemble à celles d'Empédocle. L'hypothèse de Théophraste et de Pôlybe est sans aucune valeur. Dans le traité de minéralogie intitulé IlsprXCOiov, le naturaliste d'Eresus attribue l'ivoire fossile à une force plastique de l'intérieur de la terre, et dans son curieux opuscule intitulé Ilepl tûv i/JXwf tûv iv t(^ Çy;p(p Si3|Aév6vtb)v (l), il suppose que les poissons fossiles d'Hcraclée (Pont), de la Papblagonie, de lafiaule narbonoaise ne sont que des individus des espèces actuelles, vivant dans rintérieur de la terre, et provenant soit d'œufs qui y auraient été laissés, soit par suite de métamorphoses en types terrestres de ceux qui seraient venus originairement de la mer ou des fleuves voisins pour s'introduire entre les couches.

1 1) Cf. 8, p. 828, Schneider; Cf. Pseudo-Ai islote, De Mirab, ÀusculL, 1\ 74; Alhénée, Deipn., VIU, i; Vline, HiU. Nal . IX. 57.

Théophraste parle au^i des pierres trouvées près de Munda en Espagne, et qui présentaient des empreintes de palmiers, puis des impressions noires dans le marbre de Ténare, de la canne de Tlnde fossile (5 IvStxéç %iXa[Ao< iicoXeX(Ou(iivoç; et il ajoute à cette occasion : Toura jjtkv o3v oXXr^ç cxé^^swç). Il voulait probablement faire allusion à l'ouvrage intitulé, suivant Kogène Laërce : Utç\ XiOoupivcov. Enfin il mentionne, dans le livre intitulé : UtçX çurci^y (oropCa (lY, c. vu), des plantes fossiles trouvées au delà de Gadès (xai ta i7:oXtÔo6|uva taura, ofov ÔupLoc, uù xà BaçvoetB^ yuxi xà âXXz), et plusieurs espèces de charbon de terre dans la Ligurie, l'Élide, etc., sans que nulle part on n^aperçoive d'opinion émise sur son origine;

Quant aux poissons fossiles, Polybe a admis la même hypothèse fabuleuse (Ix^ulç dpuxTc(, ou ^puxTct xegrcpeîç), et Strabon les a mentionnés comme Athénée (l).

Quelques ossements fossiles, provenant de grands roammtleres probablement quaternaire», étaient pris alors, comme par les observateurs de la période pré-alexaudrine, pour des restes de géants. Pline, Aulu-Gelle, Solinus, Pausaniaf», Pblé« gon parlent des énormes squelettes et des sarcophages découverts par suite de tremblements de terre, ou résultant de fouilles exécutées sur divers points de la Grèce, de l'Asie Mineure et contenant des ossements. PUne (VU, 16,. 74) parle d'un sque* lette de 46 aunes trouvé à l'intérieur d'une montagne de Crète (68 ans avant notre ère), et attribué à Orion (Solinus, I, 90) ; Pausanias (1, 35, 5, 6), d'un autre de 10 aunes de long, pro* venant de Nilet et regardé comme celui d'Astérius ; d'un troi* sièmc trouvé près de Téménon Thyrée, et rapporté à Géryon ; (l'un quatrième (VIII, 29, 3) contenu dans un sacorphage de 11 aunes de long, et qui serait celui de l'Indien Oronte ; d'un cinquième conservé dans le temple d'Artémis Agrotéra, àMégalopolis, et que la tradition attribue au géant Iloplodame.

Milégonde Trallcs {Mirab. 12) parle de corp:» gigantesques observés dans la grotte d'Artérais en Dalmatie, dont les côtes

!1) Strabon. IV, 1, 6; Alhénée, VIII, i; l'olybc, XXXIV, 40.

592 GONNÂlSSàNGES DES GRECS ET DES ROMAINS

' sternales avaient 16 aunes de long, puis de la dent d'un géant, longue d'un pied, et consacrée à Tempereur Tibère (Mirab. 14-); de grands squelettes humains recueillis à Litrée en Egypte {Ib.^ 15, 16; Aulu*Gelle, III, 10, 11). Un sarcophage trouve dans le voisinage d'Athènes, à Vile d'Eubée, de 100 aunes de long, renfermait un squelette de même dimension, portant pour inscription : « Je fus enseveli ici, moi, Macroséiris, aprc:^ avoir vécu 5000 ans » (ifr., 17). Phlégon cite également uu sarcophage de 24 aunes et un autre de 32, trouvés à Carthagc (Ib.y 18), et enfin un squelette de 24 aunes rencontré près du Bosphore cimmérien, et que les barbares avaient jeté dans le lac Méotis. (Mirab.y i9.) *

On comprend que toutes ces relations d*os fossiles d'êtres gigantesques venaient confirmer Tidée de la dégénérescence du genre humain, et le professeur I^ssauk a même cru pouvoir supposer que les sarcophages, dont nous venons de parler, prouvaient le culte ancien dont certains grands mammifères ou de grands reptiles énaliosaures auraient été l'objet. Ce culte, méconnaissant Torigine des fossiles, aurait ainsi favorisé la croyance à l'ancienne existence des géants et des héros.

On est aussi conduit à se demander si la tradition des quatre ftges de Thumaniié , depuis Tâge d'or jusqu'à celui de Ter qu'on trouve dans Hésiode et dans Ovide, ne remonterait pas à ce même culte des fossiles ?

La théorie du développement progressif des êtres organisés dans le temps a continué d être enseignée comme avant Tépoque d*Alexandre. Lucrèce, en reproduisant les préceptes de plusieurs sectes de la Grèce ancienne, nous en a transmis quelques parties (l).

(1) Voy. Lucrèce, de Rerum Natura; Horace, Satyre, I, 5, 99, cité |ar Lycll, Aniiquily ofMan, p, 579. ~ Zénoii, Cléanthe, Ghrysippc, les chefs de l'école stoïque, ont professé la conflagration périodique des choses (Cf. Lassaulx; p. 54 ; Numenius, chez Ëusèbe, Pr. éo„, XV, 18; Plutarque, Motal.^ p. 881, F., 955, E. 1077, B. ; Arisloclès cheiEusèbe,' Pr. év., XV, 14; Orig«>ne Cont.Celse, IV, 14; V, 20; Lipsius, Pliysiologia sloicorum, 11, 22 et seqq.

Les stoûjues soulcnaient qu'après chaque conflagration le iiiéiDe ordre de choses se reproduisait, et en rapport avec le même cours des astres, les formes, les mêmes relations de la vie humaine qui se reproduisaient aussi. Les mêmes nations, les mêmes villes, les mêmes guerres se reproduiraient. Athènes, Troie, comme Socrate, Platon , Achille et les Argonautes devaient revenir, el ce renouvellement de toutes choses devait se répéter dans un nombre de cycles infini (i), ce qui n'empêchait pas d'admettre le développement progressif de la vie dans chaque cycle ou période considérée en elle-même (elfiApjjiivot xp^voi).

Jusque dans les premiers siècles du christianisme, les Grecs ont continué à observer les fossiles. Eusèbe (Chron. arm.^ I, p. 60), Cédrène (I, p. 27), Eustathc {Hexaémèron^ p. 49), en parlent d'une manière particulière. Le savant évêque de Césarée a observé lui-même les poissons fossiles du Liban, et en tire la conclusion autoptique qu^ils sont la preuve du déluge de Noé (2).

Les Romains passent pour avoir imité les Grecs, ce qui est vrai, non-seulement de leurs poésies, mais encore des hypo-

(l)Némèae, de Natura haminis, 58; VirgUe, Eclog. IV, Pollio, cité par Lyell, Principles, p. 449; Cf. les réflexions d'Owen, Palemtologm, p. 4i4.

(2) Nous serions certainement plus instruits sur les idées géologiques des Grecs, si les œuvres des phiJosophes-naturalistes appelés ^uotxot ou çuotoXé^ot, celles portant le titre ntpl çuoiuç, TIipl xcajAcô, Hipt -roO iravr^;, les ouvrages Hcs ialrosophistes, des périégètes, les hydrophantes, les économes, les narralears des Fables merveilleuses (6xup.a<Tia àxouap.aTa, am<rra) étaient par- Tpfliis jusqu'il nous. Nous regrettons surtout que le livre de Théophraste sur TEina, Otpt ^«xoç to5 év SuuXia, et sur les fossiles, Hipt Xtftoupktvov, soient perdus. Les ouvrages minéralogiques intitulés TIipl XtOuv n'ont eu aucun rapport, avec les changements de la croûte terrestre ; très-souvent ils ont eu une importance hygiénique. Quant aux causes qui ont retardé le progrès de la géologie chez les Grecs, nous renverrons le lecteur au sixième chapitre de Tonvrage anglais de M. Schvarcz.

thèses relatives au passé de l'univers. Toutes les grandes idées se rapportant à Thistoire de la terre et des règnes organiques à sa surface ont été puisées dans les productions du génie grec. Mais, quant aux observations sur les changements modernes survenus soit dans les caractères physiques du globe, soit dans ceux des espèces animales, les résultats obtenus par les Romains Semblent être beaucoup plus heureux que ceux de leurs prédécesseurs.

La quantité presque innombrable des systèmes cosmologiques de la Grèce, leur variété et leur bizarrerie, avaient produit une telle impression sur les Romains lors de leurs premières études scientifiques^ que plus tard le génie latin n'osa point s'essayer à la résolutiondes problèmes de cette nature et surtout des questions géologiques. Mais, d^un autre côté, les observations, les faits remarquables relatifs à l'histoire de la terre, et dont îa mention nous a été transmise par Pline^-Sénèque, Columelle, Palladius et surtout par Marc Térence Varron, nous font vivement regretter la perte de tant d'ouvrages écrits par les Romains sur Fétude de la nature.

Nigide Figule, Tami de Cicéron et de Pompée, a essayé d'introduire les principes de Técole de Pythagore sur le sol du Latium; Varron, dans ses livres sur. <l'agriçjullure,nops a. conservé et transmis, sur la théorie de la terre, um grand nombre d'hypothèses grecques, que les naturalistes romains ont oomroenlées et même corrigées ou modifiées d'après leurs propres observations.

Ces derniers ont porté leur attention sur les phénomènes volcaniques, et plusieurs auteurs ont écrit sur les tremblements de terre. Sénèque, qui consacre tout le VI* Uvre de ses Questions naturelles à cette classe de phénomènes, mentionne l'enfouissement d'Herculanum et de Pompéi, la séparation de la Sicile de l'Italie et celle de TEurope de rAfrique, par une action volcanique, en citant les vers (414-419) du IIP livre de VEnéide; mais il ajoute que c'est à un cataclysme ou déhige, chanté par les poètes, que cette séparation doit être attribuée. Les Romains, en général, n'apportaient aucune vue théo'

riqae ou spéculative sur cet ordre de faits ; c'est ainsi que Tacite, Suétone, Pline le Jeune, Martial, qui racontent la cata^ strophe dePompci et d'Herculanum, ne font aucune réflexion 8or son origine. C'est à un historiographe qui vivait 150 ans plus tard, à Dion Cassius, que Ton en doit une description spéciale.

Ovide, dans le XY^ livre des Métamorphoses^ annonce que TEtna cessera un jour de rejeter des laves (v. 340). Pline, dans son Histoire naturelle, fait connaître beaucoup de volcans et d'antres manifestations des forces iiitemes du globe, et cela en S! grand nombre, qu'il dit dans le cvii* chapitre de son II* livre : Exc€dit profedo omnia mîracula ullum diem fuisse quo non euncta eonfUtgrarent. Néanmoins ce passage ne prouve pas encore que l'auteur ait formellement admis la théorie du feu central de l'école de Pythagore. Dans ses Lettres, PMne le Jeune donne une description élégante de la catastrophe de Stabia dans laquelle périt Pline l'Ancien . Ovide, comme on l'a dit cidessiB, rapporte dans le XV*' livre des Métamorphoses (v. 252 et suivants) les changements qui se sont effectués de nos jours à la surface de la* terre (i). Les documents qui se rapportent à ces faits ont été rassemblés par Pline avec un soin qui surpasse peut-être celui de Strabon (2).

Les fossiles ont peu attiré l'attention des écrivains latins. Tite Live (XLII, 2) connaissait les poissons pétrifiés ; Sénèque iQuest. nat., III, 16, 17), Juvénal (XIII, 65), Apulée {de Magia) également ; et, malgré cela, le géographe Pomponius Mêla (II, 5) rejette ces citations comme reposant sur des fables. Pline (Vn, 16, 74, Vil, 16, 73), (XXXVI, 18), Solinus (I, 90), Aulu- Celle (lil, 10, 11), parlent d'ivoire provenant de la terre et d'ossements de grands mammifères ou de reptiles sans soup-

(1 ) Presque tous les manuels de géologie ont fait usage de ses vers ; (^(.YonUo{t,Geschichte dernatûrlictun Verànderungen der Erdoberflôche, 9iUnk,UrweU,eic,

(2) Voy, J. SchTarcz, On the failure of geoL attemp$ in Greece prior thè epochofAlexander, p. 19-20. In-4, Londres, 1862, où Tauleur a cite lous les faits de cette nature rapportés par Pline.

596 CONNAISSANCES DES GRECS ET DES ROlilAINS

çonner leur vériUible origine. C'est seulement Suétone qui, dans sa Biographie d'Auguste j comme nous Tavons déjà rappelé (l), mentionne les ossements réunis à Caprée et attribués à des géants, comme provenant au contraire de grands animaux.

Apulée de Madaure, numldien de naissance, mais de la secte platonicienne (de Magia, 41 p. «554), disait sous le règne d*Antonin le Pieux que les poissons fossiles trouvés sur les montagnes dans rintérieur de la Gétulie étaient les restes du déluge de Deucalion.

Lassauk a pensé que TertuUien {dePallio^ c. 2), en pariant des coquilles marines (eonchx et bucdnx) trouvées su ries montagnes et en les regardant comme des preuves du déluge, n*avait fait qu'appliquer au dogme chrétien l'idée philosophique païenne d'Apulée. C'est d'ailleurs ce qui reste encore à démontrer, car on peut se demander si les traditions juives relatives au déluge n'étaient pas elles-mêmes fondées sur quelques observations et inductions des écrivains de cette nation.

La destruction périodique de l'ordre général de la nature par suite de conflagrations ou de cataclysmes, ou alternativement par les uns et les autres, était connue de Cicéron, qui en parle .dans son ouvrage Sur la Nature des Dieux (11,46), mais il a relevé cette pensée de toute la force de son talent dans l'appendice au IV* l\y AelaRépublique, intitulé SoniniumScipioniSj le Songe de Scipion. C'est une imitation du 3* chapitre du Timée de Platon. L'orateur romain y ajoute seulement cette idée que toute gloire humaine, même celle d'unScipion (l'Africain) va s'éteindre dans le cours d'une période cosmique ou comme il l'appelle, du Magnus annus. Car, dit-il, tous les monuments de la célébrité, toutes les œuvres de l'homme seront détruits par les conflagrations ou les cataclysmes qui arrivent à la 6n de chaque période. L'auteur termine par les conditions où se trouvent les âmes qui s'élèvent dans les régions célestes après la mort, et à cet égard s'accorde avec la 6n du traité de Plutarque intitulé : de Fade Lunx.

(i) Voy. Première partie^ p. 8. — Nota.

RELATlVEltlENT A L'HISTOIRE DE LA TERRE. 597

l'époque des Césars montrait trop évidemment aux esprits dairroyants une décadence à la fois dans Tordre politique et dans Tordre social pour que l'idée ne passât point dans les spéculations philosophiques et ne conduisît point à celle d'une destruction fatale de toutes choses ceux qui n'y auraient pas été amenés par la seule considération des fossiles.

Quelle que soit Topinion de Philon (op. I, p. 298), de Columelie (Préf.,l.I),de Pline (Epist. VI, 21), d'Orose (Préf. et II, 5; VI, 1), de Tempercur Maximin (Eusèbe, HisL eccL^ IX, 7, Cr. Thémiste, V, p. 80, la Lettre de Symmaquej X, 6i, citée parLassaulx, p. 41), de Sidoine Apollinaire {Epist, j VIII, 6), deCypriano« (Demetrianus^p. 217), de Jules Firmicus Maternas (Mal/ie^^ox, III, 1), ou celle que rapportent plusieurs de ces auteurs pour en avoir entendu parler, que Tunivers était déjà de leur temps devenu vieux, et qu'il touchait à sa destruction ;qudle que soit Topinion de ces hommes sur les faits géologiques, on peut être assuré que Sénèque avait des vues plus 'ynles lorsqu'il soutenait que la conflagration générale avait pour but la destruction de Tordre actuel de choses et Tavéuement d'un autre plus perfectionné (Quest. nat., III, 28), car on ne peut pas croire que cette idée d'amélioration dont il parle ne soit applicable qu'à lajDQorale (Cf. Sénéque, £pts^ XCI, p. 420).

t. Firmicus Matemus le Jeune est un astronome qui croit à une période cosmique de 300 000 ans, terminée alternativement par un ecpyrosis ou par un cataclysme, et il essaye dé trouver une analogie entre Tétat de Tunivers et celui du corps humain. L'homme doit, suivant lui, posséder en soi, comme étant le dernier chaînon delà série organique, tous les types des êtres qui l'ont précédé, et il s'èiTorce de démontrer la nécessité d'une destruction périodique de Tunivers par Teau ou par le feu, en fanant allusion à Tanalogie hypothétique de l'affaiblissement du corps humain et des remèdes qu'on y apporte. Cet auteur n'avait-il jamais ouï parler des fossiles? C'est ce que nous ne savons pas.

Dans la préface de son ouvrage sur Tagriculture, Columelle dit que la religion ne nous permet pas de supposer que la stéri-

598 CONNAlSSANGItlS DES GRECS ET DES ROVAIMS

lité de son temps soit le résultat d'une maladie ,d un amaigrissement, de la vieillesse de la terre. Ainsi cet élément de la confiance dans la Providence commence avec Columelle i entrer dans les spéculations philosophiques, élément religieux qui défend aux ftmes pieuses du moyen âge toute conclusion cosmologique, géologicpie ou paléontologique appliquée à des bouleversements périodiques de la terre.

Outre ces données, on pourrait encore en trouver beaucoup d'autres qui ont été attribuées aux écrivains latins, et dont on a certainement exagéré Timportance ou la valeur. Ainsi, une ancienne tradition nous* représente Numa comme un disciple de Pythagore, en instituant le feu du cuite de -Vesta, lequel serait l'emblème du feu central. Mais, si ce principe s'est ainsi trouvé consacré dans les institutions civiles, comment n'en troave-t*on aucun témoignage écrit dans les auteurs (i)? ' A Rome, on célébrait le 21 août les fêtes des Consualia en l'honneur de Neptune Équestre ; le 23, celles des Vulcanalia en rbonneur de Vulcain ; le 25, celles des Opeeonsivia en l'honneur de la grande mère des dieux, d'Ops Consivia, c'est-à-dire de la Terre. Tout ce qui regarde ces cérémonies se rattache à un culte mystique; or, suivant Lassaulx, la succession de ces fêtes serait une allégorie indiquant la succession stratigraphique des trois formations qui, suivant les géologues modernes, Breislak, Brocchi, Léopold de Buch et lIofTmann, se trouvent dans le bassin de Rome, les couches sédimentaires marines ou neptuniennes, celles d'origine volcanique, celles d^eau douce, fluviatiles ou saturnines; Ops Consivia étant la femme de Saturne. Le même savant bavarois a cru que les Romains, ayant obtenu quelques coupes géologiques importantes dans les travaux du port d'Osttè, dans les grands égouts ou en réglant le cours du Tibre, ont voulu désigner par ces cà^onies succe sîves les changements apparents survenus dans Tétat de la croûte extérieure de la terre.

(1) Voy, Niebuhr, Bôm, Gesch., H, p. 264;0ltrried MuUer. Hisl. dek lin. grecque, ^,^9h.

Mais comment Yarron, le plus savant des naturalistes latins etarchéologue lui-même, parlant de ces cérémonies avec beaucoup de détails dans son ouvrage de Lingua latim^ VI, 20, 21 , n aurait-il pas su leur origine et leur sens secret?

CSonolanoB.

De même que nous avons vu, dansThistoire de la paléontologie stratigraphique, que les bases essentielles de la géologie n'appartenaient exclusivement à aucun des grands esprits scientifiques des temps modernes, et qu'aucune des nations occidentales de l'Europe ne pouvait seule revendiquer le mérite de les avoir découvertes et appliquées, de même nous voyons que les idées les plus générales sur Torigine du globe et sur les phénomènes dont sa surface a été le théâtre, lorsqu'on cherche leur source, doivent remonter jusqu'aux temps les plus obscurs de l'antiquité avant d'avoir été formulées par les philosophes grecs antérieurs a Alexandre.

L'école de Pythagore professait la théorie du feu central renouvelée par Descartes et Leibnitz; les idées si exactes de Léonard de Vinci et de Bernard Palissy sur les corps organisés fossiles avaient été entrevues par plusieurs naturalistes et philosophes grecs aussi bien que les rêveries du moyen âge sur l'origine de ces mêmes corps ; car les mêmes vérités et les mêmes erreurs se sont reproduites à deux mille ans d'intervalle. Le développement progressif des êtres, leur renouvellement par une cause ou par une autre, étaient encore des spéculations nées de l'observation de la nature, aussi familières aux écrivains de la Grèce qu'à ceux de Rome, et nous pourrions trouver dans l'histoire des autres sciences des faits tout aussi positifs de la profondeur de vue des anciens.

Le génie moderne n'a donc point de date précise comme on voudrait quelquefois nous le faire croire ; il ne se manifeste

pas à tel ou tel moment, avec tel ou tel esprit; il n'est, à proprement parler, que le réveil après un long sommeil de celui de l'antiquité, se dirigeant alors, avec plus de sûreté, par d'autres voies et par d'autres moyens, vers le but mieui déterminé de chacune des branches des connaissances humaines

FIN DU SliPPLÊMEHT

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