‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 19 sur 78 · RÉSUMÉ DES DEUX OPINIOI^S · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DES DEUX OPINIOI^S

races, des variations qu'ont subies les plantes cultivées, de la formation des races végétales, et arrive enfin à traiter de l'Homme, objet particulier du second volume de l'ouvrage. Cet important sujet est examiné sous toutes ses faces avec la même netteté de vue, et Tauteur est amené à reconnaître ainsi Tuoité de l'espèce humaine.

On peut donc voir par ce simple exposé, que le livre de M. Godron justifie parfaitement son titre; il instruit, il éclaire et laisse dans Tesprit des notions exactes sur un sujet qui sera toujours Fun des plus importants qui puissent fixer Tatlention et la réflexion du naturaliste comme du philosophe.

RÉSDNé DES DEDI OPINIONS SUR l'esPÈCK

|l résulte pour nous de tout ce qui précède, que les naturalistes partisans delà fixité ou de l'immutabilité de Tespèce, de beaucoup les plus nombreux, sont aussi ceux qui, dans l'application du principe, s'accordent le mieux. Les divergences qu'il peut y avoir entre eux portent sur des détails peu importants, et l'existence de variélés, soit accidentelles, soit dans des lieux et des temps différents, est généralement admise par les personnes qui ont fait d'assez longues études descriptives d'une partie quelconque de la zoologie ou de la botaïïique. Le désaccord qui s'observe parfois quant aux caractères de telle ou telle espèce, de telle ou telle variété, quant à la convenance d'adopter telle ou telle détermination spécifique, rentre évidemment dans les limites des appréciations ou des en-eurs personnelles et ne peut être un motif pour infirmer en principe la réalité de l'espèce.

I^ conséquence de cette manière de voir pour les temps antérieurs à l'époque moderne, et peut-être aussi pour notre ^^ropfi, car rien ne prouve qu'il ne s'en forme plus, c'est l'on'igalion d'adînettre la création successive des espèces et leur extinction également successive. La géologie et la paléonto-

Idgie confirment pleinement cette dernière hypothèse. La théorie de la fixité de l'espèce a donc pour elle l'observation du présent et les documents du passé. La simplicité de Tidée de créalion et d'extinction, qui d'ailleurs est depuis longtemps dans les esprits, n*a pas besoin de longyes démonstrations ; aussi a-t-on écrit peu de volumes pour l'appuyer.

Les partisans de la variabilité de l'espèce ou de sa mutabilité peuvent être regardés eux-mêmes comme les premiers exemples à l'appui de l'idée qu'ils soutiennent, car beaucoup d'entre eux ont commence par croire à la fixité. Leurs études ultérieures les ont fait changer de camp, non pour se réunir en un groupe compacte, homogène, ralliés autour d'une pensée nettement formulée, mais au contraire pour nous offrir la plus complète diversité, la plus extrême anarchie dans la manière de comprendre la variabilité elle-même. Nous ne voyons pas deux naturalistes de ce jparti qui soient d'accord sur les limites des variations, sur leurs Causes ou leur origine naturelle, et par conséquent sur l'origine de l'espèce elle-même, ou du moins n'en conviennent-ils pas. En réalité, la divergence existe surtout dans la forme, dans lapparence^ dans Tenlière franchise ou dans la réserve prudente de l'opinion de chacun, car il faut reconnaître que llobinet. Bonnet, de Lamarck, les deux Geoffroy Saint-Hilairc, comme M. Darv^in et leurs imitateurs, arrivent, quoique par des voies différentes, absolument au même résultat.

Ces diverses interprétations de la variabilité de l'espèce con* duisent toutes fatalement à un même point d'arrivée, a un même principe fondamental. Cette théorie, ou mieux cette hypothèse, pour être conséquente et logique^ est comme une pente sur laquelle on ne peut s'arrêter dès qu'on a commencé à la descendre; bon gré, mal gré, il faut arxivcr au bas et accepter pour ancêtre, pour premier père commun, Vami de Cyiuno de Bergerac, qui a porté hardiment du premier coup, à sa plus extrême limite, l'idée de la transformation des êtres. En la présentant sous la forme d'une plaisanterie, dont il ne soupçonnait sans doute guère le succès futur, de Maillet

DE LA NON PEftPÉTUlTÉ. 119

a rormulc un thème sur lequel brodent à Tenvi, depuis plus d'un siècle, les partisans plus ou moins savants de la variabilitc. Plusieurs d'entre eux ont renié cette parenté, mais évidemment par un amour-propre mal placé; Tauteur de Tellia med était un homme de beaucoup d'esprit, de bon sens et, sur plusieurs points, fort instruit pour son temps (i). M. Darwin n'est que le dernier de ses descendants élus en. ligne directe.

Ainsi, des deux hypothèses qui viennent de nous occuper, l'une a pour elle les faits passés et présents, à la condition que la force créatrice agisse sans cesse, ou à des intervalles trcsrapprocliés ; l'autre n'a en sa faveur que des faits plus ou moins contestables, mais elle a l'aTantagc de supposer un enchaînement de modifications qui n'exigent point de créations incessantes ou renouvelées ; l'une réclame un pouvoir toujours présidant à Tensemble des produits de la vie ; l'autre peut s'en passer, en supposant une. impulsion une fois donnée ; les circonslanccs font le reste. Or, dans Tétat actuel de nos connaissances, il n'y a aucun inconvénient à adopter la théorie de la pxiléie l'espèce, sans préjuger ce que l'avenir pourra nous révéler; il y en aurait au contraire à suivre un des partisans quelconque de la variabilité ; ce serait, suivant nous, s'engager dans un labyrinthe encore sans issue.

§ 3. De la non perpéiaîlé de Tetpèee.

L'idée de la perpétuité de Tespèce est fondée sur l'étude de la nature actuelle, et, en restreignant la question au court espace de l'existence de l'humanité, il devait en être ainsi. Mais, lorsqu'on étudie comparativement la série des êtres organisés en feraonlant jusqu'aux premières* manifestations de la vie et que

(') M. Flourcns a très-bien cninpris le caractère de plaisanterie que do ^••n^lcl avait donne 'a son idée. (Ontologie mtitrelle, p. 22, 1861.)

l'on voit se dérouler, quoique incomplètement sans doute, ces innombrables faunes et flores qui ont peuplé la surface de la terre depuis son origine, on arrive à distinguer la peiyétuité de l'espèce de sa fixité j à admettre celle-ci, tout en rejetant celle-là. Peut-être quelques naturalistes ne se sont-ils pas encore bien rendu compte de la nécessité de cette distinction, mais elle est la conséquence rigoureuse de nos connaissances paléontologiques. D'ailleurs pn conçoit que des personnes qui depuis longtemps professent des opinions contraires, lesquelles paraissaient fondées lors de leurs premières études, ne soient pas eticore bien pénétrées de celte vérité ; les livres sont souvent comme les lois ; ils n*ont pas d'eîTet rétroactif.

Pour nous la création des espèces a été successive, continue ou à très-peu près, indépendante en général des phénomènes physiques ou dynamiques locaux, toujours plus ou moins limités dans leurs effets, et il en a été de même de leur extinction ou do leur disparition. Peut-être demandera-t-on comment elle sont fini et pourquoi elles ont fini ? Questions absolument les mêmes que celles-ci : comment ont-elles commencé et pourquoi ont-elles commencé ? Or, nous l'avons déjà dit, nous ne sommes point dans le secret de la création, et nous n'avons pas plus la prétention de répondre aux deux premières questions que les partisans de la perpétuité et ceux de la diversification des types n'auraient celle de répondre aux deux secondes. Nous nous bornons à constater lès faits, à les comparer, à montrer l'harmonie de leur ensemble dans la suite des temps, et cela nous suffit pour en déduire que ce que nous voyons est le résultat d'une loi à laquelle la nature organique a obéi de tout temps, sans qu'il soit nécessaire de nous préoccuper de la raison même de cette loi.

Nous nous appuierons ici d'un exemple qui semble répondre à la fois aux personnes qui nient la fixité de l'espèce, à celles qui nient les créations et les extinctions successives, enfin à celles qui croient à sa perpétuité indéfinie. *

Cette preuve, pour avoir toute sa valeur, devait satisfaire à beaucoup de conditions. 11 fallait, en effet, qu'elle fût prise

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