DERNIÈRES CONSIDÉRATIONS
qu'on n'y connaissait que quelques centaines d'espèces, est encore vrai aujourd'hui qu'on en connaît plus de trois mille. Maintenant y a-t-il dans les ouvrages des auteurs que nous comballons beaucoup d'exemples qui aient une valeur démonstrative comparable à celui-ci ? Nous ne pensons pas qu*il y en ait un seul, et, si l'on se reporte aux travaux que nous avons rappelés {antè p. 90), on verra que nous aurions pu citer, dans chaque terrain et dans des pays très-différents, des preuves tout aussi concluantes.
DERNIÈRES COKSIDÊRATIONS SUR .l'oRIGINE DES ESPÈCES
Nous terminerons ce chapitre par quelques considérations parliculières sur l'origine des espèces.
« Nous ne connaissons aucune force naturelle, dit* G. « Bronn (i), qui produise de nouvelles espèces ou des souches « de nouvelles espèces ; nous ne savons pas à quelles condi- « tions est liée la production d'une espèce. Nous ne connais- « sons enfin aucune matière à laquelle cette force soit inhé- « renie. Nous savons seulement que les individus d'une espèce « déjà existante se propagent de diverses manières par des pro- « cédés en rapport avec leur organisation simple ou complexe.» Quoi qu'il en soit, les espèces une fois créées, il invoque des changements dans les conditions physiques extérieures et leur influence pour expliquer les modifications géographiques qu'elles présentent. Mais le savant professeur de Bonn, comme tous ceux qui ont exclusivemeut recours à ces mêmes causes, ne peut ainsi rendre compte que des modifications également locales, et cette raison ne peut s'appliquer aux modifications générales concordantes de la vie à la surface du globe à tel ou tel moment. Une circonstance particulière a nécessairement un résultat borné dans l'espace et dans le temps; elle nepeutl'élendre à l'univer-
(I) Loc. cit-t Y' 053.
iU DE L'ESPECE.
salitc de l'un ni de l'autre. Des abaissements et des soulèvements limites à telle ou telle région, des courants marins changeant de direction, amenant des changements dans la température, le climat, etc., n'ont jamais pu occasionner des modifications dans le même moment et dans le même sens partout à la fois. Il y aurait, entre la cause et Teffet, non-seulement une disproportion qui frappe au premier abord, mais encore une impossibilité réelle, car Tharmonie des phénomènes biologiques successifs ne peut résulter d'une perturbation physique accidentelle, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. 11 faut donc en revenir à la première loi inhérente à la nature de Torganisme, posée par Bronn lui-même, et en vertu de laquelle s'opèrent ou se sont opérés tous les changements généraux et concordants que nous y observons.
Les considérations précédentes nous amènent à celle-ci : la paléontologie oflre-t-elle quelques données pour juger si les espèces animales et végétales descendent chacune d*un seul aïeul, d'un couple d'aïeux, ou bien le type d*une espèce a-t-il été créé par beaucoup d'individus à la fois ? Ici les faits semblent appuyer cette idée que la force naturelle générale qui s'est manifestée par les êtres créés a produit des individus semblables et d'une même espèce, partout où la même cause productrice et les mêmes conditions de vie ont pu se manifester simultanément. Il semble en efTet que, dans la première supposition, une multitude de créations auraient avorté ; elles auraient été détruites avant d'avoir pu se produire et multiplier assez pour échapper aux causes de destruction incessantes. Ainsi, les premiers herbivores dans chaque classe auraient été détruits par les premiers carnassiers, la première souris aurait été mangée par le premier chat, le premier lapin par le premier chien, le premier passereau par le premier faucon, et ainsi de suite.
Chaque espèce, comme le dit Bronn (i), doit donc, suivant toute probabilité, son origine à un plus ou moins. grand nom-
(1) Loc «7., p. 056.