‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 23 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

§ 1. GUfnfieatioB géologique.

Principes Lcs donnécs fournies parla paléontologie entrant pour une grande part dans les principes de la classification des terrains de sédiment, et le caractère essentiel de ce Cours étant la relation de ces terrains avec les fossiles qu'ils renferment, on conçoit que nous devions examiner la classification géologique qui doit servir de cadre aux sujets que nous avons à traiter. L'espèce d'anarchie ou de confusion qui règne dans cette partie de la science nous oblige à nous y arrêter un instant pour remonter d*abord aux vrais principes qui lui ser\ent de base, jeter ensuite un coup d'œil sur les divers systèmes proposes et motiver enfin le choix auquel nous nous sommes arrêté.

Une classilicatiori en histoire naturelle est Tensemble des divisions ou des parties d'un tout et Tordre dans lequel ces parties sont rangées. La terminologie ou la nomenclature^ ce sont les expressions et les mots dont on se sert pour désigner ces mêmes parties.

Les classifications ne sont que des moyens créés pour suppléer à rinsuffisance de nos facultés, lesquelles ne nous permettent pas de saisir à la fois les rapports des divers éléments d'une science, de tout comprendre ni de tout retenir. Ainsi une classification est toujours quelque chose de plus ou moins artificiel; ce que Ton appelle classe^ ordre ^ famille^ genre ne

CLASSIFICATION GÉOLOGIQUB. 127

peut être considéré que comme des abstractions de notre esprit, plus ou moins en rapport avec les objets destinés à aider ia mémoire. Il n*y a point de classification dans la nature ou tout est si parfaitement ordonné. Ce n'est, en résumé, qu'un instrument de mnémonique d'autant plus parfait qu'il exprime mieux les affinités naturelles des objets auxquels on l'applique et que ceux-ci ont un plus grand nombre de rapports communs.

L.a base d'une classification varie suivant le caractère particu*

lier de chaque science. En géologie, la classification n'a point

pour base des relations de formes extérieures ni de composition

iatérieure des corps comme en minéralogie, le nombre, la

couiplication, la ressemblance ou la différence des organes et

de leurs fonctions comme en zoologie et en botanique; elle

s^ appuie sur un tout autre ordre d'idées.

En effet, il y a trois éléments essentiels ou trois coordon^ tjase nées indispensables pour la détermination géologique d'un cUsaiVcaiioii corps, savoir : la composition ^\c lieUj le temps ^ ou, en d'autres R^oiogiiiuc. termes, sa nature organique ou inorganique, le point du globe ou il a été trouvé, le temps où il a été formé. Le premier élément à déterminer ressort de la minéralogie, de la zoologie ou de la botanique, le second, de la géographie physique ; le troisième seul ou le temps, indépendant de toutes les autres sciences, est propre à la géologie.

De même que dans Thistoire des états et des peuples, c'est le temps qui doit servir de base à une classification géologique, car la géologie n'est autre chose que la chronologie ou l'histoire de la terre. Le temps remplacera donc les caractères tirés des for« OAcs et des organes dans les corps vivants^ ceux déduits des •

éléments géométriques ou des propriétés chuniques dans ceux qui ne sont pas doués de la vie; il sera le véritable critérium auquel tout devra être subordonné dans cette classification.

Mais comment mesurer le temps et comment le représenter sans expressions numériques ? Un terme relatif peut répondre a la question. Le temps et ses divisions sont exprimés physiquement dans la nature par les diverses roches qu'on y voit

superposées les unes aux autres. Ces roches sont Tiinage matérielle, non pa& des siècles, ce qui serait trop peu, mais des périodes d*un nombre de siècles variable et indéterminé. Les divisions que nous pourrons établir, d'après leurs divers caractères, dans ces roches ou couches ainsi superposées, représenteront les divisions du -temps, en unités et fractions d'inégale valeur, suivant que nous le jugerons nécessaire. La classification consistera alors à nous offrir, suivant leur ordre d'ancienneté, les phénomènes de diverses sortes dont ces roches nous conservent les traces ou qu*elles expriment elles-mêmes et dont l'ensemble peut constituer ainsi un véritable chronomètre ^e Ja terre. Nous n'aurons sans doute jamais, par ce moyen, l'expression absolue du temps, mais nous en aurons une représentation relative et figurée très-suffisante pour les besoins de la science.

Au premier abord, Tapplication de cette idée semble assez difficile, et, en effet, les Anciens ne paraissent pas l'avoir nettement comprise. Mous savons seulement que les prêtres de Memphis, en observant le mode de formation du limon de la vallée du Nil, concevaient qu'une partie de la terre avait été déposée de cette manière. Les philosophes grecs admettaient bien aussi, comme on Ta vu, la formation des couches anciennes au fond de la mer, mais l'idée de temps ne pouvait être appliquée à celles-ci ; le sol de la Grèce, de FAsie Mineure, de l'Italie était peu propre à les éclairer à cet égard.

Il fallait, pour être mis sur la voie, étudier attentivement et d'une manière continue le sol sur lequel nous marchons, comparer, sur une assez grande étendue de pays, les résultats de celte élude, c'est-à-dire constater que la partie de l'écorce terrestre accessible à nos regards se compose d'un certain nombre de couches pierreuses, de diverses sortes, plus ou moins solides, superposées dans un ordre déterminé. Ce fait reconnu, il s'ensuivait que ces couches avaient été formées les unes après les autres, et que les plus anciennes devaient être celles qui étaient placées le plus profondément. Toute la science était là, et nous avons vu, dans la Première partie du Cours, combien

de siècles il a fallu pour arriver à la démonstration irréfutable deceprincipe. ' / .

Ce point essentiel une fois acquis, Commencèrent à surgir ces nombreux essais de classification qui devaient nous donner. les moyens de représenter graphiquement et synoptiquement les couches de la terre dans leur véritable ordre d'ancienneté, l'établir leurs relations, de rapprocher les unes, d'éloigner les autres, de les grouper, de les diviser, de les caractériser enfin pour les reconnaître, comme on le fait pour les autres corps de la nature. . •

Si les couches qui composent la partie connue dé Técorce terrestre étaient continues, partout les mêmes, conservant la mcire épaisseur, la même composition minéralogique et renfermant des corps organisés semblables, la constatation de leurs divers caractères une fois faite sur un point quelconque, il ne serait plus resté qu'à l'appliquer à d'autres; la partie eût donné le tout; cVût été un étalon de comparaison appUcable partout. Mais il n'en est point ainsi, et c'est sans doute l'extrême diversité apparente des couches ou des roches d'un pays à un autre qui a si longtemps empêché de trouver un moyen, pris dans la. nature rtiême, qui permît de les comparer sous le rapport de . l^àge ou de leur ancienneté relative. '

Les premiers essais de classification ont été, comme on Ta Première* VU, tres-simples et en même temps tres-conformes a la nature. On a distingué les roches primitives cristallines, massives ou non stratifiées, constituant l'axe de plusieurs chaînes de montagnes, et les roches secondaires ^ disposées en couches siir leurs flancs et occupant, en outre, les espaces qui les séparent; Les caractères comparés de ces deux classes de roches, auxquelles on a aussi donné le nom de terrains^ ont fait regarder les pre- "bières comme ayant eu à l'origine une fluidité ignée, les secondes comme ayant été déposées dans les eaux, opinion que ' confirmait la présence de débris ofganicjlies marins ou d'eau douce. ......

Peu après, un système de couches qu'on n'avait pas distin? 8U6 d'abord, quoique très-coqsidérable, fut constaté entrç lé

iSO CLASSIFICATION GÉOLOGIQUE.

terrain primaire et le terrain secondaire, et on le désigna sous le nom de terrmn intermédiaire ou de transition. Une autre classe de dépôts ayant été reconnue plus récente que le terrain secondaire, on la désigna par l'expression de terrain tertiaire. Ces quatre termes constituent toute Téconomio du système de classification simple et rationnel des fondateurs de la géologie positiTe, système que tous les efforts réunis des novateurs peu réfléchis de nos jours n'ont heureusement pas encore détruit.

cias6ificitioni On Comprend qu'une classification géologique doive être faite par les hommes qui ont étudié la nature au point de vue spécial de l'arrangement des roches entre elles, de leurs relations dans les plaines, les collines, les plateaux et les montagnes, qui ont constaté à la fois leurs caractères minéralo- ^ques, leur extension géographique et les corps organisés qu'elles renfermant, qui se sont assurés qu'elles ont été déposées dans 1m eaux, qui se sont rendu compte enfin des diverses sort^ d'accidents qu'elles ont éprouvés M)u des modifications qu'elles ont subies ; mais on conçoit moins qu'un tel travail puisse être exécuté par tout autre que par des géologues pratiques. Cependant on voit bon nombre de ces prétendues classifications des terrains proposées par des personnes plus ou moins étrangères à la géologie, dont le genre d'étude ne leur donnait aucune autorité pour une œuvre dont les résultats sont par conséquent sans valeur. On pourrait distinguer, d'après les principes qui leur servent de base ou qui ont guidé leurs auteurs, dnq sortes de classifications géologiques.

rv**'" w» ^ classifications que nous appellerons minéralogiques sont celles dans lesquelles l'étude particulière des roches, au point de vue de leur composition et de leurs caractères physiques, a surtout préoccupé les auteurs. Ces savants ont apporté une grande attention et un soin minutieux à Tanalyse des diverses masses qui constituent l'écorce solide de la terre, mais le résultat définitif, même à leur point de vue, ne pouvait conduire à aucun véritable principe de classification naturelle, même pétrographique. Excepté les roches simples ou composées

CLASSIFICATlOxN GÉOLOGIQUE. 151

d'une seule espèce minérale, les autres sont des mélanges en toutes proportions et à tous les états d*un plus ou moins grand nombre de minéraux, de sorte qu'au delà de certaine caractéristique générale pour chaque espèce, l'analyse, la spéciCcation et la dénomination n*ont plus d'utilité réelle, si ce • n^e«t dans Tindustrie ou dans les arts, et ne représentent aucune unité scientifique, absolue, déterminée; le but est dépassé parce qu'on ne s*est pas rendu compte de la limite à laquelle, par sa nature même, cette étude devait s'arrêter.

Or les personnes qui, de ces classifications des roches j considérées dans leurs caractères propres et indépendamment de leur âge, ont voulu passer à des classificatiojis de terrains sans avoir fait de longues recherches stratigraphiques comparées, ont communiqué à ces classifications le caractère de leurs études favorites. Ces prétendus tableaux de la composition de l'écorce du globe ne donnent qu'une idée générale, vague, fort imparfaite de la réalité, parce qu'elles ne résultent pas d'un examen assez détaillé des relations des roches en place. La considération des fossiles y est d'ailleurs complètement négligée ou n'y figure que pour mémoire, et l'arrangement systématique des matériaux^ comme l'harmonieuse consonnance des expressions, ne peut masquer le vide profond qui apparaît dès que l'on veut en faire usage; c'est une sorte de roman de la nature.

Un des savants qui ont le plus contribué à enrichir les collections du Muséum d'histoire naturelle, à y introduire un ordre parfait pendant sa longue administration et dont nous nous honorerons toujours d'avoir été le «disciple,'a, pendant quarante ans, perfectionné une classific(ttion des roches qui peut être considérée comme un modèle du genre ; mais sa classification des terrains a subi l'influence de ses préoccupations pclrographiques , et malgré la haute autorité du professeur clic n'a jamais pu être appliquée sur le sol ; elle présente en effi^l tous les inconvénients que nous venons de signaler. L. Cordier, quoique n'ayant pas cessé de voyager jusqu'à ses dernières années, appartenait toujours à l'école de de Saussure, de Dolomieu, de Ramond, de la Métherie, etc., pour qui les

caractères stratigraphiques étaient encore quelque chose d'assez obscur et de mal compris dans ses détails. Ce vénérable savant, dont nous déplorons la perte récente, était le dernier représentant de cette pléiade qui eut son éclat, mais qui devait s^eflacer devant cette autre école plus rationnelle dont Alex. Brongnîart et M. d'Omalius d'Halloy furent en France les premiers chefs. Zoologiques. Les classifications dues à des zoologistes qui se sont occupés de fossiles offrent un mélange insuffisant et incomplet de certaines données géologiques avec tout ce que leurs auteurs ont pu rassembler de noms de. fossiles qu'ils distribuent dans la série des terrains, suivant les renseignements qu*on leur a fournis ou leurs idées personnelles. Parmi ces savants, les uns n'admettent pas que les espèces puissent passer de Tune de leurs divisions dans l'autre ou se trouver dans deux à la fois ; d'autres, plus tolérants, permettent le passage à travers un certain nombre de celles-ci ; enfm quelques-uns ne mettent aucune opposition à la continuation ou à la réapparition des espèces à des niveaux géologiques assez difTérents. Il va sans dire que lorsqu'un dépôt, quelque considérable qu'il soit, ne renferme point de fossiles, il n'en est tenu aucun compte. Il en est de mémo des phénomènes physiques qui ont eu lieu [)endant la formation de ces dépots, des caractères minéralogiques des roches, de leur puissance, de leur développement géographique , des actions dynamiques qui les ont affectées, de leur métamorphisme, etc.

Si ces prétendues classifications reposaient au moins sur une étude approfondie et comparative de tous les débris organiques, animaux et végétaux, il en résulterait une masse de documents intéressants et utiles à d'autres égards; mais chacun prétend établir la sienne d'après le résultat de ses recherches personnelles, avec les éléments toujours incomplets de sa spécialité, bornée à telle ou telle classe. C'est ainsi qu'on a cru pouvoir proposer une classification partielle avec des restes de mammifères terrestres, animaux qui n'ont pas vécu dans le milieu où se sont déposées les couches qui les renferment, qui ont été accumulés par places par des phénomènes locaux

sans aucune corrélation nécessaire entre eux, toujours plus ou moins disséminés, manquant sur de grandes étendues d'une même couche et souvent dans des pays entiers. Telle est la classification exposée par M. P. Gervais (i), qui établit, avec celle seule considération, dans le terrain tertiaire inférieur de la France, trois divisions désignées par les noms de orthocènej iocène et prolcèney deux dans le terrain tertiaire moyen et deux dans le supérieur, auxquelles il faut peut-être ajouter la période de r homme (holocène). Classification et terminologie, l'une n'était pas plus admissible que Tautre.

Il y a trente ans, une classification partielle, fondée sur un principe différent et sur une autre classe de fossiles, celle des mollusques, avait été appliquée aussi aux terrains tertiaires par MM. Ch. Lyell et Deshayes. Ces savants avaient admis qu'il existait, dans les divers dépôts de celte époque, une certaine proportion déterminée d'espèces ayant encore leurs analogues vivants dans les mers actuelles, et que cette proportion était d'autant moindre que les couches étaient plus anciennes. Ils trouvèrent, en comparant environ 5000 espèces fossiles et 5000 espèces vivantes que la proportion de celles-ci par rapport à celles-là était de 5 1/2 7o dans les couches les plus basses, de 17 7o ^^^^ celles qui venaient au-dessus, et de 35 à 50 °/o ^^^^ l^s plus élevées. Cette proportion devenait. 90 à 95 7o dans les dépôts les plus récents que nous appelons aujourd'hui quaternaires. 1^ commodité de ce moyen pour apprécier l'âge relatif d'une couche tertiaire sur un point quelconque frappa vivement les géologues et les paléontologistes, et, sans qu'on se rendît bien compte de la valeur réelle du procédé, il eut un grand succès. Mais nous avons fait voir qu'il ne supportait point une analyse rigoureuse et nous reproduisons ici ce que nous avons déjà écrit 2 ce sujet. Il va sans dire que pour les zoologistes qui n'adroellaient pas qu'une seule espèce tertiaire ait son analogue «-ans la faune actuelle, ce mode d'appréciation était compléteinentnul.

0) Comptes rendus de TAcad. des sciences, vol. XXXIV, p. 516; 1852.

15i CLASSIFICATION CEOLOGIOIIF.

« Pour mieux juger les questions de ce genre, on pource rait les présenter sous la forme suivante : soit a le nombre « des espèces connues d*un dépôt tertiaire dont on veut délcra miner l'âge ; A le nombre total ou absolu des espèces qu'il a renferme ; b le nombre des espèces connues danfs les mers a actuelles ; B le nombre absolu de toutes les espèces qui y « vivent ; c le nombre des espèces reconnues communes à a a et by ou au dépôt tertiaire et à la faune actuelle ; C le nombre « absolu des espèces fossiles qui ont encore leurs identiques (( vivantes. Ces six quantités pourront être mises sous la

«r forme j, ^. ^- Dans ces nombres fractionnaires, tous les nu-

(( mérateurs sont connus, mais les dénominateurs ne le sont a pas, et C, qui est le nombre cherché et non pas c, quantité « variable dont on se sert à tort, ne sera obtenu que lorsque

« les rapports ^ et ^ le seront eux-mêmes. Dans ces exprès-

« sions, les numérateurs sont incessamment variables. Si, en

« effet, ^ = ^' P**^ suite de nouvelles recherches il pourra

« devenir =ï puis ^^ puis g> et' enfin , si l'on arrive à connaître « tous les fossiles du dépôt tertiaire, on aura a = A. Il pourra « en être de même pour ^; mais la proportion ne croîtra pas a nécessairement dans le même rapport. Ainsi, si g = j^q'

a on pourra obtenir successivement ^ = ISë ^ îBô ~ îôô' ^^ tt ainsi de suite. Mais peut-être n'arrivera-t-on jamais à avoir (f ^ = B, condition cependant indispensable pour avoir c = C, (K c'est-à-dire le rapport exact ou le nombre absolu des estt pèces du dépôt tertiaire qui vivent encore. A cette con- « ilition seule, la partie numérique de la question sera résott lue ; mais il restera ensuite à apprécier les causes d erreurs (( résultant de la bonne ou mauvaise détermination des es- « pèces.

« De son côté, M. Agassiz a également fait voir que, zoologi- « quement, la méthode, en apparence si simple et si facile, « des nombres proportionnels était artificielle et devait être

d abandonnée (i). On sait de plus que, pour ce savant, aucune « espèce fossile, même des formations tertiaires les moins ff anciennes, n'aurait son identique dans les mers actuelles (2). a Ainsi la méthode serait non-seulement artificielle, mais en- «c core établie sur une base absolument fausse. Nous sommes a loin d'admettre des assertions aussi absolues, et nous ne les -<c reproduisons que pour faire voir le peu de solidité de « certains principes sur lesquels on voudrait asseoir la « géologie eDe-mémc (3). »

Ces dassifications zoologiquesj lorsqu'elles sont générales, ont encore des inconvénients plus graves, c'est que, Timportance d'un système de couches ne dépendant ni de sa puissance ni de son extension géographique, les divers termes de la série des terrains sont tous égaux pour l'œil, et disposés en colonne linéaire continue. Par conséquent, comme nous le disions tout à l'heure, les roches sans fossiles connus y sont omises jusqu'à ce qu'on y en ait découvert. On exagère ensuite l'importance de petites couches ou de petites localités chères aux collecteurs de fossiles, et Ton érige en étage un banc de quelques mètres d'épaisseur, connu seulement sur le territoire de quelques communes, et qui représente, dans la série linéaire, une unité de même valeur qu'un système de strates de 10,000 mètres de puissance répandus dans les cinq parties du globe. La classification d'Alcide d'Orbigny a tous les inconvénients inhérents à ce principe. Celle de G. Bronn, quoique beaucoup plus modeste, n'échappe pas non plus tout à fait à la critique. Ces classifications sont comme des romans historiques pour lesquels les auteurs empruntent à l'histoire les faits qui leur conviennent et y ajoutent ce que leur propre fonds leur fournit.

Ces deux premières sortes de classification n'ont jamais, on

(\) Iconographie des coquilles tertiaires réputées identiques avec des espèces vivantes. Nouv. Mém. de la Soc. helv. se. nat., vol. YII, p. 5. Neuchâtel, 1845'.

(2) iVeii. /aArt. 1843, p. 8S.

(5) Hist, desprogrès de la Géologie, yol II, p. 520, 1849.

iSG CLASSIFICATION GÉOLOGIQUE.

le conçoit, produit de tra^au^ géologiques sérieux, ni stratigraphiques ni cartographiques ; leurs applications ont pu servir Seulement dans quelques généralisations ; on peut y puiser des documents, mais rien de plus. L'une exagère Timportancc des caractères minéralogiques ou pétrograpliiques, l'autre celle des fossiles ; toutes deux ont le tort d'être trop exclusives. Elles ont aussi toutes deux une apparence de simplicité qui (ait illusion au premier abord et les rend commodes dans Tapplication superficielle de la science ; aussi les zoologistes et les minéralogistes les adoptent-ils volontiers dans leurs travaux, tandis que les géologues doivent les rejeter comme reposant sur des principes faux ou incomplets.

Physiques Uue troisième sorte de classification plus rationnelle et infiéoméiHques finimeut plus utile est celle qui repose sur Tobservation directe du terrain, sur la détermination en place dès rapi)orts d'ancienneté des diverses roches entre elles. Elle résulte des seules considérations stratigraphiques, physiques ou géométriques, et exige l'étude la plus approfondie et la plus attentive des superpositions, des inclinaisons, des directions des couches, de tous les accidents qui peuvent induire en erreur sur leurs véritables relations. Sauf quelques méprises, quelques omissions, que ce genre d'observation ne permet pas toujours d'éviter, on doit reconnaître qu'il est lu fondement le plus solide de toute bonne géologie. Aussi ces classifications nous représenteraient-elles assez bien les dironiques du moyen âge qui demandent encore qu'une main habile, en les utilisant, en y ajoutant certaines considérations prises dans un autre ordre d'idées, vienne les compléter et leur imprimer un caractère plus systématique dans leur ensemble. La plupart des travaux géologiques officiels des divers États de l'Europe ont d*abord été exécutés, à très-peu près, à Taide de ces seuls principes, et la carte géologique de la Belgique^ par A. Dumont, en offre l'application la plus complète.

Dynamiques. Une idée, qui put séduire d'abord quelques bons esprits, fut de prendre pour base de la chronologie de la terre la succession, supposée bien constatée, des phénomènes dynamiques

qui ont accidenté çà et là, plus ou moins irrégulièrement, sa surface. Hais c'était partir dlun principe faux, car si ces mêmes phénomènes sont soumis, dans leur distribution superficielle, à certaines lois géométriques, ce qui peut être, le plus simple eiamen fait voir qu*ils ne sont soumis à aucune règle dans le temps, que de grandes portions de cette superficie n'en ont pas ressenti pendant des laps de temps énormes, tandis que sur d'autres ils se sont répétés dans un temps relativement assez court. En outre, dans l'ordre physique pas plus que dans Tordre politique, des instants de perturbations, de troubles, de violence ne peuvent servir de dates pour une chronologie régulière, et il serait tout aussi illogique de vouloir marquer les âges de la terre par les accidents que certaines parties de sa surface ont éprouvés, que la chronologie d'un peuple par les révolutions, les émeutes et autres circonstances fortuites qui ont momentanément interrompu la marche de son existence normale. Ce principe n'ayant d'ailleurs pas été exposé dans un traité méthodique ni dans une dassiOcation générale de la science, mais seulement dans dci ^plications particulières et accessoirement à la terminologie ordinaire, nous n'en parlons que pour mémoire.

Nous sommes ainsi conduit à chercher ailleurs le principe Je la chronologie de la terre, c'est-à-dire dans ce qui est résilier. Comme nous évaluons le temps par le cours des astres, il faut le chercher ici dans ce qui est le produit naturel et constant de sa vie propre, dans la succession des phénomènes oormaux de sa surface et non dans les accidents produits par des causes internes et indépendantes des lois qui régissent ces rocmes phénomènes.

Or, cette indépendance avait été d'abord méconnue; on indcpenwaitcruà une sorte de solidarité entre les accidents physi- phénomènes lues qui avaient leur cause à l'intérieur et les changements «'ï"*'^**»"®* «menus à Textérieur dans les produits de la vie; il y avait biologiques, entre ces deux ordres de faits, si diOërents quant à leur origine, une apparence de relation qui pouvait séduire au prenuer abord. Mais lorsqu'on vint à comparer les terrains des

pays les plus tourmentés et les plus accidentés du globe a'r^ ceux des pays où ils n'ont éproqvé" aucune perturbation, observa que dans les deux cas la succession des couches él parfaitement la même, et que, dans tous deux aussi, la succ^^^. sion des corps organisés que ces terrains renferment ét-^^^^it tout à fait comparable.

Ce sera donc dans cette succession des corps organis^^^^s, dont nous verrons les espèces en rapport avec Pancienneté i^r^^. lative des couches, que nous devrons chercher les lois na'K.vj. relies de la succession de ces dernières dans les pays les pS. «js éloignés de ceux où nous les aurons étudiées d^abord. Ncz^m^s reproduirons ici quelques passages que nous avons donsr»^ ailleurs, et qui pourront, tout en confirmant ces vues, fai^ÎK^e mieux sentir leur importance fondamentale pour la classification des terrains de sédiment et démontrer une fois de pi ^jks, s'il était nécessaire, Terreur profonde où Ton est resté si longtemps sur les soi-disant rapports entre les révolutloMis physiques du globe et la destruction des animaux et des ^^cgétaux à sa surface.

a La faune d'une formation qui finit différant moins de la « faune de celle qui la suit immédiatement que de celle de « ses premiers dépôts, il ny a pas de motifs suffisants po ur a attribuer à une cause violente, purement physique, la ditTé- « rence des corps organisés de deux formations ou sous-di'v^> (( sions consécutives, car pendant la durée de chacune d'elles « il s'est aussi opéré des changements non moins prononcé^. « Pour admettre l'influence exclusive des causes violentas a perturbatrices, il faudrait que ce fût l'inverse qui eût ^ « lieu (1).

« Les intermédiaires qui viennent relier zoologiquera^^^t « des termes géologiques fort éloignés les uns des autres, ^ « avec lesquels on n'est encore parvenu que rarement à fai*"® (c coïncider quelques phénomènes physiques, d'une étendu^^^ « bornée dans un sens ou dans l'autre, montrent que ceux- ^^

(l) HisL des progrés de la géologie, roi. Y, p. 7; 1853.

« n'entrent réellement pour rien dans le résultat général des a transformations successives des types organisés ; autrement a il y aurait des hiatus ou, comme on Ta dit, des lacunes; « celles que Ton avait cru reconnaître disparaissent, au con- « traire, à mesure que les études paléontologiques et stratia graphiques deviennent plus complètes.

a Si les changements physiques qui ont eu lieu sur une c( faible étendue, soit à la surface du sol émergé, soit au fond « des mers, étaient la seule cause de ceux que l'on observe « dans Torganisme, on ne voit pas pourquoi ces derniers se- « raient partout dans le même sens et partout aussi contem- « porains et corrélatifs.

« Si des soulèvements plus ou moins étendus n'ont agi que a suivant des fuseaux de la sphère terrestre, après Pun quel- « conque de ces phénomènes, les modifications organiques et qu'il a pu occasionner ne se seront produites que dans un a certain espace soumis à son influence, et, partout au delà, c( la faune qui existait aura continué à se perpétuer jusqu'à ce « qu'un autre phénomène du même genre soit venu lui impri- « mer à son tour une influence analogue. Mais cette dernière « ne s'étimt pas propagée non plus jusqu'à la zone modifiée « par le premier soulèvement, celle-ci a dû continuer à pré- « senter les caractères que ce premier soulèvement lui avait Q fait prendre, et ain&i de suite (l); de sorte que les faunes, « considérées dans leur ensemble, au lieu de se correspondre, «( à un moment donné, sur tous les ^points du globe, et de se « modifier en même temps et de la même manière, offriraient

(1) Noos ne posséderons sans doute jamais les données nécessaires pour apprécier & cet égard Tinfluence d'un soulèvement quelconque, car il faudrait connaître, outre sa direction et son étendue en longueur, la surface qu^il a afTcctéC) Télévation à laquelle cette surface a été portée sur ses divers points, enfin la vitesse. du mouvement; mais il est facile de voir que son effet a dû être trës-restreint, et que, relativement h la loi qui régit la succession générale des êtres organisés, cette influence est comparable à co que nous avons dit du métamorphisme de contact par rapport au meta-» morphisme en grand. (Ibidk, p. 5)*

« au* géologue un enchevêtrement continuel de caractèreset de « variations qui ne s'accorderaient nulle part. Que le soulc- « vement se soit étendu sur tout un grand cercle de la sphère « ou sur une portion seulement, l'objection reste d'ailleurs « la même.

« Une autre conséquence probable de Tinfluence exclusive « qu'auraient eue les mouvements brusques et violents, c'est « que, par cela même qu'elle était plus ou moins limitée, il «[ devrait se retrouver, dans quelques-unes des mers actuelles, « des représentants des formes anciennes, tels que les trilo- (( bites qui se seraient perpétués pendant le règne des Am- « monites, des fiélemnites, des rudistes, etc., et, outre que « les faunes auraient persisté plus longtemps sur un point « que sur d'autres, on devrait apercevoir, comme on l'a déjà a dit, des retours à des faunes antérieures, déterminés par « des circonstances analogues de température, de profondeur « d'eau, de courants marins, de nature du fond, etc. Mais « loin de là, une formation étudiée sur les divers points où « se déposaient dans le même moment des sables, des ara giles, des marnes ou des calcaires, offre toujours l'applicaa tion de la même loi ; les formes organiques ne sont nulle c( part interverties, et, sans être spécifiquement identiques, « les types principaux, ou le facieSj en un mot, de la base, a du milieu et des derniers dépôts de jcette formation, sont « partout comparables.

a Ainsi les formes qui ont une fois disparu ne se montrent « plus; leur rôle est accompli ; elles font place à d'autres qui « disparaissent à leur tour, et si Linné a dit avec raison : Natura a non facit saJtus^ on peut dire également : Non retroit nalura. « Nous voyons ces types naître, se développer, puis s'éteindre a en même temps, sous toutes les latitudes, sous tous les mc- « ridions, ou seulement influencés, dans les périodes les plus « récentes, par des zones isothermes plus ou moins conipa- « râbles à celles de nos jours. Mais que les couches soient « concordantes sur des épaisseurs de huit à dix mille mètres, <r comme dans l'Amérique du Nord, ou que celles du même

• âge nous offrent des discordances à diyers niveaux ..m « dans l'ouest de 'Jurope, qu'elles soient hlS^

« en Russie, ou ben redressées nl.«i» «""«"cs comme « mille manières, -™me erBeSL' 1:;,^"^"'^ '' « niques, les changements sur.e„Tda„ t ! '' Z'"'"' « Ja faune silurienne jusqu'au, dltrl Ïd 17^^

• fercs, n'ont été ni plus lents ni plus ranid;, ♦

« partout la nature orgLq„e s.mXZ::':^^^^:^::

. pas, insouciante en quelque sorte de ces accident dTl"

. corce errestre qu., quelque grands qu'ils nous paratent

.« ont ete cependant trop faibles pour l'atteindre, tJopTni Ji

• pour troubler ses lois. ^ "iniies

«Si, d'une part l^s données géométriques, accumulées . chaquejour, puis fécondées et systématisées pa^ de sérieuL . méditations et d'élégantes formules, viennent ou „„ . nouvel et vaste ho„«>n aux spéculations les plus élëZ Z « la physique du globe, de l'autre les domiées m^JI . g.q«es se multiplient également, et, sansTmveÏe t^ « lion parallèle et concordante, viennent prouver l'ïndépen . dance générale des deux ordres de phénomèhes Or "

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.fficlement appréciables, vu le peu- de dur/e d s^^es

. de comparaison dont nous disposons, ont apporté dès c^^„^

« gements corrélatifs dans les êtres organisés mais, ' , „ V

1 ^"^ "T ^""'•P'' -dépendant de ces mêm s causi

séculaires, .1 en serait résulté, comme des causes i^a

^ces dont nous venons de parler, que les famil es 1^

' genr«,, les espèces même auraient pu se perpétuer ïnJéS

gérant Timporlance des fossiles aux dépens de tous les autres caractères et sans s^apercevoir qu'il donnait de la série géologique, non pas une représentation naturelle ni méthodique, mais une véritable caricature dans laquelle la butte Montmartre par exemple, se trouve égaler le moîit-Blanc ou, ce qui revient au même, le calcaire grossier de Paris représente mie unité aussi bien que le système carbonifère ou le système silurien.

Les anciennes classifications de MM. A. Boue, Alex. Brongniart, d'Omalius d'Halloy, Conybeare,de la Bêche, Lyell, etc., reposent toutes sur le principe dichotomique, comme cdles de la carte géologique de la France, de la nouvelle carte géologique d'Angleterre, des cartes de TAllemagne, de l'Amérique du Nord, etc. C'est aussi celle que nous avons adoptée nous-méme depuis longtemps, et que nous n'avons aujourd'hui aucun motif pour changer.

§ 2. HomMMlaittre ou termmologîe.

De même que nous venons d'indiquer les principes sur lesquels reposent les ^différentes classifications géologiques, de même nous dirons ici quelques mots des nomenclatures ou terminologies destinées à les exprimer et qui sont encore plus variées.

« Au moyen âge, avons-nous dit (l), la chimie naissante, « sous le jiom d'alchimie, avait donné aux métaux les noms « des dieux de la mythologie, et l'astronomie les avait reportés « dans le ciel pour désigner les planètes et les constellations ; a de même aussi les premiers géologues classificateurs voulu- « rent faire descendre une seconde fois tout l'Olympe sur la fi terre. Mais le temps des allégories est passé ; laissons le vieux « Saturne ainsi que ses enfants et leur gracieux cortège de « nymphes et de tritons ; une science dans l'âge mûr doit « éviter d'employer des expressions symboliques quelque ina génieuses qu'elles soient. »

(1) Hist» des progrès de la géologie, vol. I, Introduction, p. xvn; 1847.

Nous avons vu qu'à la fin du dernier siècle les deux partis Examen des qui divisaient la géologie théorique s'étaient ranges, l'un sous lerminoiogies le sceptre de Pluton et adoptait aussi le patronage de Vulcain, l'autre sous le trident de Neptune. Par suite on avait donné et l'on donne encore le nom de roches plutoniennes ou vulcaniennes à celles dont on attribuait Torigine au feu, et le nom de roches neptuniennes à celles qui se sont déposées sous les eaux. Mais ce fut plus tard qu'Alex. Brongniart, convoquant pour ainsi dire tout TOlympe à ses travaux de paléontologie et de géologie et parcourant en divers sens le Jardin des racines grecques j donna la nomenclature à la fois la plus mythologique et la plus hellénique. Ces emprunts faits à un autre ordred'idées et à une langue ancienne ne pouvaient servir que pour les divisions de premier, de second et de troisième ordre; pour celles d'un moindre degré, mais les plus importantes, parce qu elles étaient les plus réelles, il fallait en revenir aux dénomi- , nations vulgaires, minéralogiques, pétrographiques ou autres, déjà consacrées, de sorte que le cadre seul était empreint d'une certaine harmonie par ses éléments étrangers à la science. Tout le reste était parfaitement discordant -et hétérogène, écueil contre lequel sont aussi venues échouer toutes les tentatives faites depuis. Cette terminologie, un peu prétentieuse, eut en France un petit nombre d'imitateurs contemporains, mais au dehors elle n'eut aucun succès.

Les terminologies formées seulement de racines grecques, dans des vues systématiques d'harmonie, de consonnance des mots employés soit dans le sens propre, *soit dans un sens figuré, avec tout autant de prétentions à la symétrie, ne sont ni plus heureuses, ni plus exactes, ni plus commodes. Elles introduisent sans aucune nécessité, dans la science, des mots d'une langue où Ton n'en trouve aucun qui s'y rattache ou qui ait jamais été employé dans le sens qu'on lui attribue. Les géologues anglais ne sont pas, à cet égard, restés en arrière de ceux du continent, et ils ont apporté, à diverses reprises, des réminiscences de leurs études classiques dans le domaine de la géologie. Vers 1830, sir Ch. Lyell, persuadé que le terrain tertiaire

représentait une période qui n'avait rien de commun avec tout ce qui Tavait précédé, en considéra la partie inférieure comme Taurore d'un nouveau jour et lui imposa le nom à'éocène (aurore récente); sa partie moyenne reçut le nom de miocène ou de moins récente, et la partie supérieure celui de pliocène ou plus récente. Le sens de ces expressions était aussi en rapport avec la proportion supposée des espèces de coquilles fossiles, qui dans chacune de ces trois divisions avaient encore leurs analogues vivants. MaiâTun des inconvénients de cette nomenclature partielle s* est bientôt révélé ; elle s*est trouvée incomplète ; des dépôts plus récents encore ont été reconnus; il a fallu dédoubler le mot pliocène et forger les expressions hybrides de vieux plioeèiiej de nouveau pliocène^ en les couronnant d*un |M)s/pliocène^ qui toutes répugnent au bon sens comme au bon goût. D*ailleurs où était l'utilité d'une prétendue nomenclature systématique qui ne se rattache à rien de ce qui est au-dessous, et ne sert qu'à rendre plus choquante ou plus hétérogène encore la classification générale dans laquelle on Tintercale ensuite. C'est aussi en Angleterre ou du moins par un célèbre géologue de ce pays, sir B. I. Murchison, que le mot azotqve (dépourvu ou privé d'animaux) a été introduit en l'appliquant aux roches sédîmentaires les plus anciennes dans lesquelles on n'avait pas trouvé de fossiles. Mais d'abord ces roches pouvaient renfermer des plantes, ce qui rendait le sens du mot sinon inexact, du moin^ contraire à Tidée qu'on y attache généralement; ensuite il était possible qu'on vint à y découvrir des restes d'animaux, et alors il devenait complètement faux; enûn, une expression impliquant un caractère négatif, qui peut cesser d'être vrai d'un moment à l'autre, et qui en outre peut s'appliquer avec tout autant de raison à une roche d'un âge quelconque, ne peut pas être assignée à un système de couche en particulier sous peine de confusion ou d'erreur manifeste. Mais M. Dana*(l) a poussé plus loin à cet égard le dédain de toute logique car il dit : The tertn « azoic » as hère used im"

(i) Manual ofGeology, p. 445; 1865.

NOMEXCLATURE OU TERMINOLOGIE. 147

plies absence oflife but not necessarily of the lowest grades, supposant d'abord que Vexpression azoique signifie absence de la vie, et admettant ensuite la possibilité que des organismes inférieurs, soit végétaux, soit animaux aient existé pendant ces dépois azoiques. D'ailleurs on peut dire, en principe, qu'un caractère négatif est toujours mauvais, puisque c'est Yabsence xnéme de caractère.

Un mot qui a prévalu aussi, appuyé sur l'autorité de Téminent auteur du système silurien, est celui de palxozo'ique (ani-maux anciens, et non organismes ou êtres anciens, comme on le traduit quelquefois). Cet adjectif ajouté au mot terrain comprend l'ensemble des dépôts que nous continuons de désigner par l'expression de terrain de transition ou intermédiaire. Tout adjectif, pour être admis dans une nomenclature, doit pouvoir être joint aux divers substantifs qu'elle renferme ou peut renfermer; or, si l'on peut dire une roche ou une couche \yaho%oxque, c'est-à-dire renfermant des animaux anciens, oii ne peut pas dire une plante palxozoique; ce serait un non-senf ; or, la flore en général, comme tous les végétaux en particulier du terrain de transition, se trouve dans ce cas.

M. J. Phillips, adoptant le même mot et voulant rendre plus uniformes les autres grandes divisions, compléta la série dans le même sens en proposant le mot mésozoique (animaux de niilieu) au lieu de secondaire, et celui de cainozoique (animaux récents) au lieu de tertiaire, que M. Dana a changé récemment en cénozoxque. Or, ces mots sont sujets à la niême objection que palxozo'ique , parce qu'ils ne sont pas applicables aux fesles des végétaux de ces deux terrains et qu'on ne peut pas plus dire une plante des animaux récents qnune plante des ^^ûmaux anciens; aussi ont-ils été changés par Bronn en pai^lithiqtie, mésolithique et cénolithique, qui sont certainement plus exacts dans l'application.

En Allemagne, indépendamment des dénominations locales cl suffisamment justifiées que nous y avons vues naître, on a introduit plus récemment les mots oligocène et néogène, le premier appliqué par M. Beyrich à la base du terrain tertiaire

moyen, le second par les géologues de Vienne par opposition à éocènej ce qui est au-dessus de cette dernière formation et qui se divise en ancien et nouveau néogène (àlteren und jûngetdi neogeneiiBiUlungen^^anm.). C'est le néocène ^Bronn,

En résume, on voit que ces essais de terminologie avec des racines grecques n'ont pas été faits avec toute Fattention nécessaire pour entrer dans un travail scientifique, méthodique et rationnel, où chaque mot doit exprimer nettement la pensée, être toujours à sa place et construit suivant les règles de la grammaire. Lors même que ceux que nous venons de rappeler auraient ces avantages, ils seraient encore inutiles, puisqu'ils ne font qu'augmenter le nombre des synonymes qui existent déjà, et accroître la confusion sans remédier à aucun des inconvénients actuels (l).

L*un des plus éminents géologues des États-Unis, M. 11. D. RogerSj a divisé en quinze parties la série des dépôts de transition de la Pennsylvanie en leur assignant des noms qui indiquent les divers moments de la journée ou le cours du soleil depuis prima/, auroral, matinal^ levant^ surgent^ etc., jusqu'à serolj qui désigne le terrain houiller; de sorte que, dans celte nomenclature allégorique, la plus luxuriante végétation qui ait peutêtre jamais couvert la terre aurait vécu précisément après le coucher du soleil.

Les terminologies dans lesquelles on emploie des noms de lieux pour désigner certains termes de la série géologique sont sans doute préférables aux nomenclatures mythologiques, grec-

(I ) On peut citer, comme un exemple de celle logomachie polyglolle, l'onsemble de dépôts que nous continuons à désigner sous le nom de formation tertiaire moyenuet et dans lequel on peut établir toutes les divisions qu'exige chaque localité. La fonnnlion miocène, simple d*abord, pour M. Lyell, se divisa bientôt en inférieure, moyenne et supérieure; pour ses successeurs, elle représente les étages tongrien et falunien d'Alc. d*Orbigny, dont l'un devient To/i^or^wc pour M. Beyrich, Tautre restant wiocène. Ce dernier se transforme , pour un géologue suisse , en Tongrien, Aquitanien, Mayencien, llelvélien et Œningien, Les mêmes dépôts ont été cqmpris aussi dans les dénominations de mo liasse f de néogéne, de néocène, et ainsi de suite.

ques et allégoriques, pourvu que ces noms de pays ne s'appliquent qu'à des divisions ou sous-divisions d'une certaine imporlance et qui n'auraient pas encore été désignées^autrement; mais, comme on Ta dit depuffe longtemps, les expressions les plus insignifiantes sont souvent les meilleures.

Aux inconvénients que nous avons déjà signalés dans les classifications linéaires, il s'enjoint ordinairement un autre qui résulte de ce que à chaque terme de la série, désigné par une dénomination locale ou autre, on ajoute un numéro d'ordre de 1 à X, ce qui empêche toute intercalation ultérieure d'un nouveau terme dans la série, sans déranger la numération de ceux qui sont au-dessus ou au-dessous. La classification proposée par Aie. d'Orbigny en est un exemple. Il en est de même des nomenclatures alphabétiques dans lesquelles les divisions sont désignées par des lettres au lieu de chiffres, ainsi que l'a fait M. Barrande pour les terrains anciens de la Bohême. Car aucun nouveau terme ne peut être inséré non plus entre deux lettres consécutives sans qu'on ait recours à ces artifices de notation, exposants ou autres, qui jettent de suite de la confusion dans la terminologie générale et sont une cause fréquente d'erreurs. D'ailleurs, si une classification est étendue et un peu détaillée, elle exigera plus de signes qu'il n'y a de lettres dans l'alphabet cl le même inconvénient se reproduira.

h disposition dichotomique que nous avons vue généralement adoptée et avec toute raison exige encore que l'on se rend(?compte de la valeur et du sens des mots qui expriment les diverses associations de sujets , sans quoi il en résulte une confusion ou des non-sens fort étranges, comme ceux-ci, que nous trouvons dans le tableau du Manuel de M. Lyell (i). La série des couches fossilifères y est divisée en deux grandes classes : Palœo^otque et Néozoique (animaux anciens, animaux nouveaux ; on doit supposer qu'il y a un substantif sous-eniendu : formation ou terrain renfermant des...). Si nous considérons seulement le terrain néozoique, nous verrons qu'il

(I) Manuel de Géologie élémenlaire, Irad. française, vol. I, p. 175, 1 856.

se divise en mésowique et caino%oiqne^ c'est-à-dire que le terrain renfermant des animaux nouveaux se divise en deux autres termes, Tun à animaux moyens^ l'autre à animaux récents. Ce terme à animaux récents comprend à son tour quatre termes, désignés par de simples adjectifs : éocène^ aurore récente ; miocèue^ moins récente; pliocène^ plus récente, et positertiaire; enfin, ces.quatre termes en renferment huit aulref'î qui sont les huit premières unités géologiques de la série, ^^ composés de ces mêmes mots auxquels sont ajoutés, soit avan ^i soit après, une préposition ou des adjectifs qui indiquent lem^^ âge relatif ou leur position relative.

Conçoit-on une succession de mots dans laquelle aucun d^eu^ ' n'est compris dans celui qui le précède ou qui le suit, et qs^* sont associés de manière à ne présenter aucun sens lorsqu'o*^ vient à les mettre les uns au bout des autres pour saisir leu^*^ rapports. Que dirait-on d^m botaniste ou d'un zoologiste qa^^ remplacerait les mots classe, ordre, famille, genre et espèc^^ par des expressions sans aucune relation quant à leur serms propre, ni quant à leur sens figuré, et qui ne présenteraier»^ aucun ordre les uns relativement aux autres?

Le Traité de Géognosie de M. F. Naumann, précieux p^r le choix comme par le nombre des matériaux qui y sont com3denses, est aussi le plus complet que la science possède relat»' vement à la classification et à la terminologie ; on pourrai^ même dire qu'il est trop complet, car, après avoir conser%'^ comme base générale celle de Werner et laissé dominer dafi^ tout le cours de l'ouvrage la nomenclature allemande dont les éléments ont été introduits successivement, l'auteur y a ajouté un certain nombre de dénominations nouvelles qui lui sont pro. près et a employé, en traitant des pays étrangers à TAllemagne, celles qui y ont été proposées à diverses époques ; de sorte que \e Lehrbuch der Géognosie représente en réalité toutes les classifications et les nomenclatures de quelque importance introduites dans la science depuis quatre-vingts ans (i).

(1) Nous avons, il est vrai, suivi cette marche dans quelques parties de

Ce n'est point, on le conçoit, résoudre la question, c'est l'éluder. Quoique le savant professeur ait procédé avec beaucoup d'attention dans Fénuméralion des faits, qu'il ait comparé avec inOniment de soin les divers horizons partout où ils ont été signalés, il n'en doit pas moins résulter pour les élèves, auxquels le livre est naturellement destiné, les plus grandes difficultés à suivi*c la description de chaque sujet qui change de iiom en passant d'une région dans une autre. Le géologue instruit lira sans doute l'ouvrage de M. Naumann avec beaucoup d'întéfêt et de fruit, mais cela ne suffit pas; un traité a une autre mission qu'il ne peut accomplir qu'à la condition d'être simple et clair dans son style, méthodique et naturel dans l'arrangement des idées et des faits (i).

ïBiHoire des progrès de la géologie; mais, outre que cela nous est arrive trè^rarement. notre excuse se trouvait dans le but et la nature même do notre IravaiL

(i) Remarquons en passant que la plupart des traités de géologie sont

rédigés sous deux influences qui n'ont rien d'éclectique et qui les rendent

généralement inférieurs à ceux des autres sciences. Ils sont écrits suivant

1m idées ou la direction particulière des études de Fauteur, puis d'après les

caractères géologiques dominant des pays ob^ ils sont publiés. C'est ainsi

(fu'an traité de géologie italien, suisse, allemand, belge, français, espagnol,

anglais ou américain portera l'empreinte du pays où il est né, et cela au dé-

Innient de la science des autres parties du globe ; il est destiné à lusagc

de telle ou telle localité et à répandre les opinions ou les découvertes per-

<ODDelles de l'auteur et de ses amis. Nous pourrions citer bon nombre

d exemples de ces soi-disant TraitéSy Manttels, etc., où ce petit système est

poussé jusqu'à ses dernières limites, où la surface de la terre est absorbée dans

b description sommaire de quelques centaines de myriamètres carrés et où la

«icncedes géologues des cinq parties du monde se trouve concentrée dans une

seule tête, celle de l'auteur. Nous ajouterons, pour ne pas cesser d'être juste,

que, relativement aux Traités de géologie et eu égard à l'état général de la

science, la France est aujourd'hui au-dessous de ce qu'elle était il y a vingl-

n'nq et trente ans, et qu elle est fort en arrière de ce qui a été publié dans

ces derniers temps en Allemagne, en Angleterre et en Amérique.

0 va sans dire qu'il n'est point ici question de ces productions hybrides, ti nombreuses .de nos jours, dont les auteurs, sans avoir fait aucune étude pratique sérieuse des sciences dont ils parlent, montrent néanmoins une assurance qui impose aux lecteurs peu instruits sur ces matières et répandent ainsi des idées fausses, souvent contradictoires ou incomplètes.

iSi NOMENCLATURE OU TERMINOLOGIE.

La diversité des points de vue a sans doute de graves inconvénients, comme on vient de le dire, mais chacun d'eux repose au moins sur une donnée scientifique dans chaque sorte de classification, tandis qu'il y a une source d'erreurs qui n'a réellement aucune excuse possible. Elle consiste à se servir tantôt d'expressions et de mots différents, mais non équivalents ni synonymes, si ce n'est peut-être dans la pensée de l'auteur, pour désigner une même chose ou une même idée, d'ailleurs bien déterminée, tantôt de la même expression ou du même mot pour des choses ou des ordres d'idées tout à fait distincts.

Nous prendrons pour exemple le mot terrain^ qui est un de ceux dont on a le plus étrangement abusé. Ainsi, dans le même ouvrage, on lira tantôt le terrain jurassique^ tantôt la formation jurassique ; plus loin, le terrain secondaire^ fuisle terrain corallien^ et enfin ce même mot appliqué à une couche accidentelle de quelques mètres d'épaisseur et de quelques kilomètres d'étendue. Plusieurs personnes emploient le pluriel et disent les terraim jurassiques^ ce qui n'a plus de sens. Nous pourrions en citer enfin qui, après avoir divisé le terrain jurassique en formations^ et les formations en étages^ subdivisent de nouveau ces étages en terrains!* Que penserait-on de l'esprit philosophique d'un zoologiste ou d'un botaniste qui se servirait du mot classe^ tantôt au pluriel, tantôt au singulier, ici dans son acception la plus large, là pour les mots ordre^ famille^ genre et même espèce^ et qui dirait indifféremment les ordres des qua- ^ dvumanesj les ordres des chéiroptères^ etc., ou bien la classe des mollusques^ Yordre des brachiopodes^ le genre Térébrqtule et la classe de la Terebratula biplicata? On voit combien sont méconnus par les géologues les principes les plus élémentaires de la méthode, puisqu'on donnerait ainsi à une fraction, quelquefois infiniment petite, non-seulement la même valeur qu'à l'unité, mais encore qu'à un multiple de l'unité. Tennino:ogic Le lauffagc fféoloî^ique ne semble pas devoir prétendre de longtemps a la régulante systématique desternnnologies zoologiques'et botaniques, étant composé de mots tirés de la plupart des langues modernes, d^ noms de localités, d'expressions

techniques ou même populaires, sans étyroologie connue, et qui ne pourraient être remplacés par d^autres sans de graves inconvénients. Aussi nous sommes-nous borné a faire un choix dans ce qui existe déjà et à rendre la nomenclature la plus simple possible en employant les mots les plus usités, les plus vulgaires même, soit français, soit étrangers, ou techniques, rejetant la plupart des expressions tirées de la mythologie ou des langues anciennes, les associations hybrides de prépositions latines avec des noms modernes, les adjectifs dérivés de substantifs, les substantifs formés à leur tour aux dépens des adjectifs, et la plupart de ces mots introduits chaque jour.sans nécessité, puis adoptés sans réflexion.

Aussi pourrions-nous dire avec un savant botaniste qui continue noblement le nom glorieux qu'il porte : « Une satisfaction « que j'ai éprouvée a été de n'introduire aucun terme nouveau. « Bien plus, il m'a été possible de renoncer sans inconvénient « à deux ou trois expressions techniques dont je m'étais servi « autrefois, et je Tai regardé conrnie un progrès (l). »

Nos divisions principale3 se rapporteront aux mots roche^ terrain^ formation j groupe et étage^ qui auront chacun un sens fixe et déterminé, indiquant des sous-divisions de moins en moins importantes. Les motsa^^?^^, couche ou nappe^ banc ou strate et lit exprimeront de même des sous-divisions du mot étage. Afin d'éviter des répétitions trop fréquentes, le mot épo- }M^ sera synonyme de teirain^ ou employé dans un sens plus restreint pour désigner le temps pendant lequel s'est formé un ensemble de couches déterminées ; il en sera de même du mot . séiie. Système et période seront synonymes de formation. Le mot dépôt sera pris dans une acception générale pour désigner la réunion des couches qui se sont produites pendant une époque, une période, ou bien dans un espace limité. • En résumé, dans cette nomenclature, l'écorce minérale du globe comprend deux classes de roches : les roches sédimen-

(I) Alph. de Gandolle, Géographie botanique raisonnée, ?e1. 1, préface, p. XVIII ; 1855.

taires et les roches ignées ou pyrogènes* Les roches de séduiK se divisent en six terrains, qui sont les terrains moderne, q\ ternaire, ternaire^ secondaire, intermédiaire ou de transitû et primaire. Chaque terrain ou époque se subdivise en forri tionSj systèmes ou périodes, les formations en groupes ^ ceux-ci en étages (l). EnGn Tétage a pour sous-divisions assises, les couches ou nappes, les bancs ou strates et les l Les roches ignées sont aussi classées d'après leur âge, connu présumé, et leurs caractères minéralogiques.

Ainsi la classification et la terminologie géologiques que n adoptons, réduites à leur* expression la plus simple, seront présentées de la manière suivante.

TBmiAiM

OD fPOQOBS.

POnHATIO.NS

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