Forêts I
Les phénomènes dont l'origine est tu-<Uuoii$ de la surface du globe donnent lieu k des produits
on s des effets seulemrnt
\Aquettx..
I Volcaniques. . . m,
Gaz inflammable, Ugad^ia^^ te, pétrole, saisies, etc.
Sources minérales et thermales.
Tufs el travertins.
i. Volcans nM>demes ou brûlants.
Diatomacées siUceuses.
, IV. i. TremblemenU de tem.
• ▼. <. Soulèvements et abaisieiBaiti contemporains.
Ces deux divisions correspondent aux deux classes de roches du Tableau général^ parce qu'à toutes les époques il y a eu des produits de deux sortes et d'origine distincte ; il y a eu des phénomènes internes et des phénomènes externes ; seulement raciivité des premiers s'est de plus en plus ralentie et celle des seconds s'est exercée sur un champ de plus en plus vaste.
Les produits de la première classe sont, suivant leur origine, atmosphériques j terrestres^ lacustres ou A* eau douce ei marins; puis ils se subdivisent en produits inorganiques et organiques j et ces derniers en produits animaux et végétaux. Ceux de la seconde classe sont en général inorganiques ; leurs causes échappent encore à l'observation directe ; aussi ont-ils été l'objet de nombreuses hypothèses.
Nous n'aurons à traiter dans ce tableau que les sujets qui se rattachent au règne organique et auxquels nous donnerons nécessairement plus de développement que dans un cours de géologie.
§ 1. De la dîttnbulîoii det Tertébrét terretiret.
L'étude de la distributibn des êtres organisés, à la surface des terres émergées et dans les eaux, doit, on le conçoit, précéder celle des produits de ces mômes êtres qui concourent par leurs détritus à la formation et à l'augmentation de la croûte du globe. II est nécessaire de connaître le degré d'influence qu'exercent aujourd'hui les causes physiques sur la répartition des animaux et des plantes pour en déduire leur plus ou moins d'importance à cet égard ; et comme ces sujets n'ont guère été traités jusqu'à prisent, pas plus dans les livres de géologie que dans ceux de paléontologie, qu'ils ne lé sont même dans ceux de zoologie et de botanique que d'une manière très-accessoire et nullement au point de vue qui nous intéresse, nous essayerons de les rassembler, de les grouper, de les interpréter ensuite, pour en déduire, s'il est possible, quelque principe, quelque loi d'une application générale.
de BufTon
id^es L'idée que les êtres organisés ne sont pas distribués au ha-
sard à la surface de la terre et que tous ne se trouvent point partout exigeait des connaissances préalables assez étendues qui ne sont venues que très-tard, et Ton conçoit qu'elle a du porter d'abord sur les animaux les plus élevés, sur les roammifères. BufTon paraît être le premier qui se soit occupé de ce sujet d une manière systématique, en présentant une esquisse de zoologie géographique des animaux de cette classe.
On voit, dit-il, que les espèces de nos animaux domestiques ^d'Europe et les plus grands animaux de l'Afrique et de l'Asie, l'Éléphant, le Rhinocéros, l'Hippopotame, le Chameau, le Dromadaire, le Lion, le Tigre, la Panthère, l'Hyène, le Chacal, la Genette, la Civette, le Rat, etc., n'ont pas été rencontrés dans le nouveau continent, et il en est de même des Gazelles, du Chamois, du BuIQe, du Bouquetin, du Chevrotin, du Lapin, du Furet, etc.
Puis il oppose à cette faune de l'ancien continent celle du nouveau, qui comprend le Tapir (à l'époque de Buffon, le Tapir de rinde n'était pas connu), le Cabiais, le Paresseux, le Lama, le Jaguar, le Conguar (Puna), et met également en regard les singes des deux continents.
Les animaux des zones froides du Nord ont au contraire un certain nombre d'espèces communes telles que l'Ours, le Cerl, le Chevreuil, le Renne, le Daim, le Lièvre, l'Écureuil, le Hérisson, le Castor, le Loup, le Renard, la Marte, la Fouine, le Putois, le Lynx, le Phoque. Mais ce nombre est beaucoup moindre que celui des espèces propres à chaque continent, cl il n'y en a aucune dans les régions chaudes.
De ces faits, l'illustre auteur des Époques concluait Vemtence d'une communication directe des deux continents par leur partie nord et faisait remarquer en outre que, malgré ce que la disposition relative des terres devait faire présumer, c'étaient plutôt les animaux du nord de l'Europe qui se retrouvent dans le nord de l'Amérique que ceux des terres de l'Asie, qui sont cependant plus voisins»
Les mammifères de l'Amérique méridionale, ajoute-t^l eu-
core, sont de dimensions moindres que ceux de l'Afrique et de rAsie, et il n'y a nulle comparaison entre rÉléphanl, le Rhinocéros, le Chameau^ l'Hippopotame, le Lion, le Tigre de l'ancien continent, avec le Cabiais, le Tapir, le Lama, le Jaguar, etc. , du nouveau. De plus, tous ceux qui y ont été transportés d'Europe y sont devenus plus petits, et les espèces communes aux deux continents vers le nord présentent également une taille moindre- dans le nouveau que dans l'ancien.
Depuis ces premiers aperçus empreints d'une si profonde
sagacité, toutes les découvertes apportées par les naturalistes
et les voyageurs jusqu'à nos jours n'ont fait que les confirmer.
Ainsi s'exprime à ce sujet l'un des plus savants et des plus
justement célèbres parmi ces derniers :
«Si l'on considère, dit M. Ch. Darwin (l), la distribution observaiious « des êtres organisés à la surface du globe, le premier fait dont „ J^^ . « on soit frappé, c'est que ni les ressemblances, ni les di^sera- « blances des habitants des diverses régions ne peuvent s'ex- « pliquer par des différences climatologiques ou par d'autres
«conditions physiques locales Tous les auteurs
« s'accordent pour dire qu'une des divisions les plus fonda- « menlales en distribution géographique est celle qu'on ob- « serve enire le vieux monde et le nouveau.
«Cependant, lorsqu'on parcourt le continent américain, de- « puis les provinces centrales des Étals-Unis du Nord jusqu'à la «pointe sud de la Patagonie, on renoontre les circonstances « locales les plus opposées : des districts très-huiiiidcs, des dé- « serls arides, de hautes montagnes, des plaines herbeu^es, « des forêts, des marécages, des lacs, do grandes rivières et « presque toutes les températures possibles. 11 n'est guère de « climat on de conditions physiques dans l'ancien monde qui « ne trouvent leurs analogues dans le nouveau, du moins jus- " qw à cette identité de conditions de vie que la même espèce * exige en général Nonobstant ce parallélisme des coulai Ik rorigine des espèces^ etc., traduct. française par mademoisella Q^-Aug. Rover, p. 486 j 1859-1862.
\m ÉPOQUE MODERNE.
« ditions physiques entre les deux conlménts, on constate les « plus énormes différences dans leurs productions vivantes.
« Dans Thémisphère austral, si l'on compare de vastes ter- « ritoires situés en Australie, dans le sud de l'Afrique et dans « Pouest de l'Amérique du Sud, entre le 25° et le 55" de lali- « tude, on trouve des régions cliraatologiques on ne peut plus « analogues à tous égards, el cependant il serait impossible de « trouver trois faunes et trois flores plus complètement diffc- « rentes. On peut encore comparer les productions de TAmctt rique du Sud sous le 35° de latitude méridionale avec celles « de rAmérique du Nord sous le 25° de latitude septenlrio- « nale, c'est à-dire sous des climats très-différents; on conslale « entre elles de beaucoup plus grands rapports qu'entre les « productions d'Australie et d'Afrique sous des climats sem- « blables.
c( Un second fait non moins frappant dans l'examen des lois « générales du monde organisé, poursuit M. Darwin, c'est que « les barrières, de quelque sorte qu'elles soient, ou les obstacles « de toute nature à li libre migration des espèces, sont en rap- « port intime avec les différences qu'on observe entre les proie ductions des diverses parties du monde. Cette loi apparaît « d'abord dans les grandes dissemblances des productions « terrestres du nouveau et de l'ancien continent, excepté dans « les régions boréales où les terres sont si rapprochées et où, « sous des climats trîvs-peu différents du climat actuel, les « libres migrations ont du être faciles pour les formes adap- « tées aux régions tempérées du Nord, comme elles sont en- « core possibles aujourd'hui pour les productions exclusive- « ment arctiques.
« Le même fait apparaît dans les grandes différences des c< habitants de l'Australie, de l'Afrique et de l'Amérique du « Sud sous les mêmes latitudes ; car ces contrées sont aussi « complètement séparées les unes des autres qu'il est possible. « Sur chaque continent on constate la même loi : sur les ver-» « sants opposés des chaînes de montagnes élevées et continues ; c< sur les côtés opposés de vastes déserts et quelquefois sur les
« deux rives d'une large rivière, on trouve des productions « Irès-diflerentes ; quoique les chaînes de montagnes, les dé- « serts, les rivières n'étant pas aussi infranchissables que les «océans et n'existant probablement pas depuis aussi long- « temps dans leur état actuel, les différences que de telles « barrières apportent dans l'aspect général du monde organise 0 ne sont pas aussi tranchées que celles qui caractérisent des «continents distincts.
a Un troisième grand fait, presque compris du reste dans « lesdeux précédents, c'est Taffînité remarquable déboutes les « productions d'un même continent ou d'une même mer, bien « que les espèces elles-mêmes soient quelqtkefois distinctes en « ses divers points et dans des stations différentes. C'est une «loi de la plus grande généralité et dont chaque continent « |)eut offrir d'innombrables exemples.
« Un naturaliste en voyageant du N. au S. rie manque ja-
« mais d'être frappé de la manière dont les groupes succes-
« sifs d'êtres organisés spécifiquement distincts, et cependant
« en étroite relation les uns avec les autres, se remplacent
« mutuellement. 11 voit des oiseaux analogues ; leur ramage est
« presque semblable, leurs nids sont presque construits de la
« même manière, leurs œufs sont de la même couleur ; et ce-
ff pendant ce sont des espèces différentes. Les plaines qui
tf avoisinent le détroit de Magellan sont habitées par une es-
tf pèce de Rhéa ou* d'Autruche américaine, et au nord des
« plaines de la Plata est une autre espèce du même genre ;
tf mars on ne rencontre ni la véritable Autruche ni l'Émou, qui
« vivent cependant sous les mêmes latitudes en Afrique et en
« Australie. Dans ces mêmes plaines de la Data vivent TAgouti
<r el le Bizcacha, représentants américains de nos Lièvres et dé
a nos Lapins, ayant les mêmes habitudes et appartenant au
a même ordre de rongeurs, mais présentant dans leur structure
« un type américain. Si nous gravissons les pics élevés des Cor-
a dîllères, nous trouverons une espèce de Bizcacha alpestre ;
a si nous regardons les eaux, nous ne trouvons point le Castor
a ni le Rat musqué, mais le Coypu et le Capybara, rongeurs
« de types américains. On pourrait citer d'innombrables « exemples du même genre.
c( Si nous examinons les îles des côtes américaines, quelque « différentes qu'elles soient du continent par leur nature c( géologique, leurs habitants sont néanmoins essentiellement c( américains, bien qu'ils présentent parfois des espèces partt ticulières. »
Obsomtîons ^'^ Pucherau avait établi, dès 1856, que, sous le point de « «.**? vue de leurs aptitudes locomotrices, il existait une extrême
M. Purhcran. , * ^ ' ,
analogie entre les divers types de mammifères habitant les parties nord de l'ancien et du nouveau continent; depuis, il est revenu sur ce Sujet, et il a fait remarquer (l)que, lorsqu'on compare les types des deux faunes, on est frappé de la rareté des mammifères ongulés, pachydermes ou ruminants. En Amérique, les premiers manquent presque tout à fait; en Europe, il n'y a que le Sanglier. Parmi les seconds, l'Amérique possède l AntilO'Capra americana, l'Europe, le Bouquetin, le Mouflon et le Chamois, habitant les montagnes élevées ou des régions qui se rapprochent déjà de celles où vivent les genres et les espèces dont les analogues sont répandus dans le midi de l'Asie et en Afrique. L'habitat des Cerfs et des Bœufs est moins contestable, mais il n'y a encore que quelques espèces, sans excepter le Renne etTÉIan.
L'Europe et le nord de l'Amérique seraient donc presque entièrement dépourvus de ces genres dont les membres sont allongés , la formule des doigts plus ou moins incomplète et dont la conque auditive offre un certain développement. Parmi les carnassiers, l'Ours, le Blaireau (d'Europe^, le Taxidea (Amérique du Nord), la Mouffette (t&.), le Glouton sont de formes lourdes et trapues ; les membres, peu allongés, sont à peu près égaux devant et derrière ; la conque auditive est peu développée. Parmi les insectivores on trouve les mêmes caractères aux genres Taupe (Europe), Scalops (Amérique du Nord), Condylure (ift.), Desman (Europe), Galemys(it.S
(1) VInslUut, 25 avril 1860. p. 141.
Hérisson (ift.). Parmi les rongeurs, la Marmotte, le Castor fiber (Amérique du Nord)^ le Campagnole, le Hamster. (Europe), le Porc-Épic (ifr.), offrent des caractères analogues.
Un certain nombre de genres qui ne présentent pas ces caractères ont alors une très-grande extension géographique, mais le nord de l'Europe en renferme peu.
De ce qui précède et d'autres considérations analogues, M. Pucheran conclut que les mammilères qui habitent particulièrement le nord de l'Europe et de l'Amérique sont caractérises par des formes lourdes, la tendance à l'égalité de longueur des deux paires de membres, toujours courts et trapus, ce qui s'accorde avec une formule complète des os des doigts, cinq aux pieds de devant et de derrière, avec le faible développement de la conque auditive, dont la grandeur serait en rapport avec l'allongement des membres et surtout des postérieurs.
De plus , ces divers résultats se lient , en Europe comme en Amérique, avec les conditions du sol ou ses caractères orographiques, et c'est pour cela qu'il y aurait une sorte d opposition ou d'antagonisme entre ces deux faunes d'une parlet celle de l'Afrique de l'autre, dont le sol est plus généralement aride et sablonneux, tandis que dans les deux portions continentales précédentes il est humide et sillonné J innombrables rivières. On retrouve en outre dans le nord Je l'Asie des déserts, mais sans la température élevée de ceux Je l'Afrique, et déjà se manifestent des types de mammifères avec les membres postérieurs et la conque auditive développés comme dans les types africains. Tels sont les genres Cheval, Gerboise et Gerbille.
Lorsque la température moyenne varie, de nouveaux genres, de nouvelles espèces viennent prendre place à côté de ceux déjà existants, et la présence de ces formes dans la faune actuelle du nord de l'Asie peut oiTrir quelque analogie avec le mode d'apparition de nouvelles espèces et de nouveaux genres dans les terrains de sédiment.
Si dans Tancien continent seulement on comparait les mam-
miferes du Sud et du Nord, on serait frappé des difTérences de leurs appareils de locomotion ; au Sud, on voit les genres dont les deux paires de membres sont inégales, et les animaux sont essentiellement marcheurs et grimpeurs, comme les ongulés. En Amérique, la même conclusion serait exacte, mais il faudrait tenir compte des modifications profondes de tous les types de l'Amérique du Sud.
nemarques . Rappclous ici quclqucs faits particuliers à certaines régions ~ géographiques et dont la connaissance nous sera utile pour Afrique, jj^yg rendre compte plus tard de la localisation des faunes géologiques.
. Les mammifères de l^Afrique, dit M. Pucheran (i), sont surtout remarquables par la grande extension géographique des espèces qu'on retrouve dans les diverses zones du continent. C'est aussi ce qui a lieu à peu près en Europe, mais non en Asie ni en Amérique. Ces mammifères africains manifestent une tendance générale à des modifications dans les proportions relatives des membres antérieurs et postérieurs, soit que ceux-ci se trouvent affaissés ou raccourcis comme dans THycne, la Girafe, le Protèle, le Bubale, soit qu'ils l'emportent an contraire sur ceux-là, comme dans le Macroscélide, THélamys et le Dendromys, Cette inégalité des membres entraine celle du développement des doigts et par suite la prédominance d[espèces marcheuses, coureuses, sauteuses, et la rareté desespèces nageuses.
Le grand développement de la conque auditive qu'on remarque chez ces animaux est un caractère propre à ceux des pays chauds, qui habitent les déserts et les régions australes, h teinte fauve ou isabelle de leur pelage est aussi très-générale.
On ne remarque point sur ce continent de dégradations physiologiques analogues à celles qu'on observe dans TAmérique australe, où les insectivores sont remplacés par des édentés.
(i) CoMpt, rendus deVAcai^ des sciences, vol. XXXII, p. 1\%\ 1855.— Bévue et Mag, de zoologie, 2* sér., 1855; p. 209, 257, 401, 449 et 545. .
Considérée sous un point de vue spécial, l'Afrique se divise en quatre zones caractérisées chacune par un genre particulier de rongeur. Ainsi le ^enre Hélamys caractérise la région du Cap, les genres Aulacode, Cricétomys et Anomalaurus celle de rOuesf, le genre Acomys celle de TEst, et les Cténodactyles celle du Nord. Le fait est jusqu'à présent propre à ce continent.
Les oiseaux présentent des résultats analogues aux mammifères. M. Schlegel a aussi remarqué qu'autant les Tortues terrestres sont abondantes sur ce continent, autant celles des eaux douces et marines sont rares.
W. A. Duméril (l), qui indique 193 espèces de reptiles et 1 83 espèces de poissons dans les parties connues de TAfrique, reriiarque d'abord qu'il y en a un certain nombre communes avix côtes ouest et sud ; des espèces d'Egypte et d'Abyssinie se retrouvent au Sénégal ou sur divers points de la Guinée et du Galon. Plus au sud, sur la côte orientale ou de Mozambique, s'observent des espèces communes aux régions voisines de Téqualeur. Ainsi des genres et des espèces de reptiles du Se- 'acgal, de la Guinée et du Gabon à Touest, se représentent en Egypte, en Nubie, en Abyssinie, sur la côte de Mozambique à Vcstel même dans l'Afrique australe. Cette particularité existe pour des genres spéciaux tels que les tortues d'eau douce à cinq ongles à tous les pieds (P^nf onyx), les serpents (Racliio- (lonUu Cap. d'Abyssinie et du Gabon, les redoutables Cérastes (peut-être l'Aspic de Cléopâtre?) originaires de l'Egypte cl du Cap, les crapauds ongulés (Dactyléthères) du Gabon, de Moiambique et du Cap.
Il est donc impossible, dit l'auteur, de grouper les reptiles africains par régions, et la seule partie du continent située aU nord de l'Atlas pourrait faire exception, sans doute à cause de la barrière qu'oppose cette chaîne aux migrations de la faunrf méditerranéenne vers le Sud.
(*) Éltides des lois de la distribution des reptiles sur le continent ^Mcatn (Annuaire sdenUfique de P. P. Dehérain, p. 227 ; 1865).
Comme M. Pucheran, M. Daméril attribue celte grande extension géographique des reptiles en Afrique et leur extrême diffusion dans les pays les plus éloignés et sous des latitudes très -différentes à la disposition orographique de la partie centrale du continent. Ce sont des terrasses ou des plateaux élagés les uns au-dessus des autres , particulièrement entre le 5^ lat. N. et le 15^ lat. S. qui, faciles à franchir^ ont dû favoriser la migration des animaux dans les diverses directions.
I. Geoffroy Saint-Hilaire (i) a fait remarquer que presque tous les genres de mammifères africains ont des représentanU dans rinde, mais pour les reptiles la proposition est moins générale. Parmi les genres communs sont' les Tryonix eydodermes; les sauriens présentent les Crocodiles, le Caméléon, et les ophidiens les genres Python, Ëryx et Naja ou Serpent à coiffe. Néanmoins les espèces sont distinctes. Les Varans sont aussi communs aux deux continents et de plus à PAustralie, et certains Lézards plus petits, les Uromasiix^ ont présenté 5 espèces en Afrique, 1 au Bengale et 1 à la Nouvelle-Hollande. En général, tout genre qui est à la fois représenté en Afrique ' et en Australie Pest également en Asie. Mada2,a»far. ^ Malgré SOU voisinage de l'Afrique, Pile de Madagascar est a peuplée d'animaux tellement différents de ceux qui occua peut les autres pays, que, si Pon avait à la classer diaprés c( ses productions zoologiques et sans tenir compte de son u étendue et de sa situation géographique, on devrait voir en c( elle, comme Pa dit [.Geoffroy Saint-Hilaire, non pas une île a asiatique ou une île africaine, mais bien une terre isolée. »
Les Lémuridés presque tous de cette île sont, les uns crépusculaires comme les Makis, les autres tout à fait nocturnes comme les Chiérogales et les Microcèlcs ; PAye-aye est dans ce dernier cas. En outre les diverses espèces de Tenrec, une Musaraigne, les chéiroptères et d'autres genres moins connus
(l) Voy» de Bélanger aux Indes orienlaUs, p. 10 ; 1824.
. quanta leurs habitudes prouvent dans toute cette faune une tendance au noctambulisme.
« Tous les mammifères, continue M. Pucheran (l), sont à (i divers degrés voués à la vie nocturne, et le caractère géné- « n\ de celte faune montre combien sont susceptibles de vaa riations, suivant les lieux qu'eUehabite,les traits d'ensemble u qui la particularisent, et combien doit varier également la « cause, soit initiale, soit secondaire, à laquelle on doit en at- M tribuer la manifestation. Cette cause pour les mammifères a de Madagascar est essentiellement mystérieuse, car il est « impossible de l'attribuer aux grandes forêts qui couvrent le « sol de cet le île. Une semblable conclusion entraînerait en a effet à supposer que ces mammifères, qui d-abord n^avaient a pas une vue aussi délicate, l'auraient acquise par l'habitude « de vivre dans un milieu recouvert d'ombrages impénétrables « aux rayons solaires. Or le développement des arbres étatit « sans doute plus lent que celui des animaux, une pareille sup- « position entraînerait celle de l'action de causes secondaires « qu'aucune observation physiologique ne confirme. »
Quoi qu'il en soit, l'auteur ne pense pas que les conditions elimatologiques du pays exercent une influence réelle sur ces résultats, car autrement on ne concevrait pas Fabsence de ces caractères dans la faune delà côte opposée de l'Afrique. 11 doit y avoir en effet, entre les températures de ces deux contrées, beaucoup plus d'analogie que n'en montrent leurs populations de mammifères.
Quant aux reptiles, plusieurs espèces ou genres remarquables s'y trouvent aussi exclusivement et aux îles Mascaraignes. Wles sont, dit M. Duméril (2), les Tortues terrestres du genre Pyxido et la Tortue rayonnée, des Couleuvres arboricoles fort étranges, les Laûgaha et les Caméléons les plus bizarres, soit par l'énorme développement de leur casque, soit par des prolongements plus ou moins considérables du museau. Ils y for-
(1) Comptes rendus de VAcad. des sciences, vol. XF, p. 192.
(2) Annuaire scientif., etc., p. 236.
Guinée.
ment W espèces sur 16 ou 17 que comprend le genre entier. ,^m Pour les autres reptiles, comme pour les oiseaux et les mammifères, c'est plutôt dans l'Inde qu'il faut aller chercher leurs analogues que sur le continent africain. Nouvelle- Une dcs grandes nies de TOcéanie, la Nouvelle-Guinée, nous présentera aussi des particularités remarquables dans sa population ornithologique. Les 2i genres qui s'y trouvent exclusivement, dit N. Pucheran (l), ont pour caractères communs de présenter des tarses forts, un pouce bien formé, terminé pac un ongle courbé, des doigts également allongés, dont les ongles ressemblent à celui du pouce. Ces caractères s'observent aussi dans les espèces propres à ce pays, mais dont les genres, au nombre de 24, sont représentés dans les autres archipels de la mer du Sud. Presque tous ces genres appartiennent à Tordre des passereaux, où 5 espèces seulement sont à tarses allongés ; 1 espèce de Zygodactyle et 6 de l'ordre des colombiens offrent aussi ce dernier caractère, mais, même dans cet ordre, les espèces à tarses courts sont déjà considérables. Les oiseaux de la Nouvelle-Guinée sont donc essentiellement perchéurs, aptitude encore particulière aux nombreux alcédidés de l'archipel et à certains échassiers et gallinacés de ce pays.
Une famille particulière, comprenant les Taletjalla^ les Leiopaei les MegapodinSj qui a des représentants aussi aux îles Philippines, aux Célèbes, à la Nouvelle-Zélande et à la Nouvelle-Hollande, se distingue de toutes les autres en ce que les œufs ne sont pas couvés, et ses oiseaux ressemblent en cela aux vertébrés à sang froid.
. Les mammifères de ce pays sont infiniment moins nombreux, mais conduisent aux mêmes conclusions. M. Gray en énumère 14 espèces seulement, dont 2 chéiroptères. Chez les 12 autres, on observe, suivant M. Pucheran (2), un développement remarquable des membres postérieur» par rapport aux antérieurs, surtout dans les genres Dendrolagus , Dactyhpsilaj Myoi-
(2) Compl, rend, de VAcad. des sciences, vol. LIV, p. 580. (5) /frirf., p.447et56i.
dw,etc. Les espèces représentent ici des types génériques spé" cifiquementplus multipliés dans les iles de la Sonde et à la Nouvelle-Hollande. Ces dispositions caractérisent des grimpeurs et des grimpeurs arboricoles, et ce sont en effet les habitudes de' la plupart des espèces citées. Les deux Kangourous de la Nouvelle-Guinée {Daidrolagtis inuslus et ursinus) ont ces mêmes habitudes.
Pbur se rendre compte des formes variées propres aux faunes contemporaines, il faut, dit le zoologiste à qui nous empruntons ces données, considérer, comme cause essentielle et première, la constitution physique du pays qu'elles habitent, tandis que le climat ne serait qu'une cause secondaire. « La « végclalion la plus active couvre ce point du globe, dit M. Les- « soa(i) ; elle est ce qu'on doit en attendre sous Téquateur et à «la Nouvelle-Guinée, c*est-à-dire grande, majestueuse, impo- « santé. La surface du sol ne présente qu'une forêt sans fin, » etc. Rien n'est majestueux comme les belles forêts de la Nouvelle- Guinée, dit ailleurs Dumont d'Urville (2), et M. Wallace, comparant sous le point de vue de leurs caractères physiques l'Australie et la Nouvelle-lîuinée, dit de cette dernière : « C'est und « vaste forêt toujours verdoyante : A vast even verdaut « forest (3). » •
Il ) a donc, contmue le savant naturaliste français, une entière et complète harmonie entre le caractère général des mamraileres et des oiseaux de celte dernière île, d'une part, et les caractères physiques de cet archipel de l'autre. Mais la science est encore impuissante à jeter la moindre lueur sur Toriginc de ce rapport. Cette harmonie, comme aurait dit I. Geoffroy Sainl-llilaire, est-elle préétablie? est-elle au contraire poslétablie? Telle est la question de philosophie naturelle qui reste à résoudre ici comme à peu près parlout. Si nous portons nos regards bien loin au nord-ouest, sur ce w^
Sandwich.
{\ ) Voyage de la Coquille, zoologie, vol. I, p. 459.
(5) Voyage au pôle sud, Helation du voyage, vol. VI, p. \*20.
(5) Arm. and Magaz. o{ natur, history, 2' sér., vol. XX, p. 48i.
l^qualcur xooiogiquc.
Au&tralic lie» ToisinoSi
groupe d'îles perdu au milieu de rocoan Pacifique, à à'm* menses distances de toutes terres continentales, mais où les phénomènes volcaniques se montrent avec une si terrible éiier- 'gie, dans Tarchipel des Sandwich ou d'Uawai, nous ne trouverons plus de mammifères, mais des oiseaux caractérisés par la tendance de la mandibule supérieure à se recourber de manière à être beaucoup plus longue que rinférieure. Les Hemignatus, hsDrepanis^ les Himaiioney lesMo/io, le genre P^ifiro^frfl, présentent cette disposition qui parait être en rapport avec le moijc de nutrition qui, pour certains de ces genres, consiste à aller chercher les insectes au fond de la corolle des grandes espèces de Lobelia. En général, il y a dans ces iles peu d'oiseaux qui se nourrissent exclusivement de matières végétales (l).
Pour les mammifères comme pour les oiseaux, dès qu od atteint en Europe les bords de la Méditerranée, et en Amérique, le Mexique, on voit apparaître de nouvelles formes. Ce sont toujours de nouvelles espèces, quelquefois de nouveaui genres et même de nouvelles familles, constamment distincts de ce qui existe au nord. La différence la plus prononcée réside dans les organes locomoteurs. Au sud de celte limite*, les membres postérieurs, plus allongés, constituent des animaux essentiellement coureurs, sauteurs et grimpeurs. Ces modifications, attribuées généralement à des conditions de température varices, sont rattachées, par M. Pucheran (2), à la zone physique que Jean Reynaud (5) a désignée sous le nom d'Equateur de coniracUon. Cetle zone, qui comprendrait dans son parcours le.s principales méditerranées et les principaux déserts du globi^ serait le véritable Equateur zoologique des faunes acluelles. Nous pensons que ces deux propositions de physique du globe et d'histoire naturelle ont encore besoin Tune et Taulrc d*unc démonstration plus complète.
Jetons actuellement un coup d'œil sur les principaux cainic-
(1) Soc, Philomatliique.iSbS ; p. 85.
(2) Bevtteet Magasin de zoologie, 1855 ; p. 305. (5) terre et ciel, p. \0i.
DISTRlBUTlOiN DES VERTÉBRÉS TERRESTRES. Mi
lères des verlébrés terrestres de l'Australie et des terres qui l'avoisinent. Lorsqu'on remonte les temps géologiques on peut supposer que le perrectionnement ou la complexité croissante de l'organisme a pu se faire parfois dans des directions différentes, de manière à produire des embranchements contemporains. Telle serait peut-être Torigine des caractères que nous observons par exemple dans les mammifères et même dans toutes les faunes actuelles de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle-Guinée, qui diffèrent si notablement, surtout dans les classes supérieiires, de celles des autres parties du globe.
La flore des stigmariées de la période houillère devait ressembler à celle des îles tropicales de Tocéan Austral, oii végètent les Mangliers ou Palétuviers, qui couvrent de leurs tiges entrelacées les plages basses et marécageuses. Dans ces îles, dont le climat tempéré, humide, est très-uniforme, règne une flore de cryptogames vasculaires très-riche en fougères, surtout du genre Ptei'iSj si voisin des Pecopteris fossiles, et cela, au délrimentdes phanérogames à fleurs, Aussi Taspi^tt de la végétation est-il uniforme et monotone, comme on peut se -figurer qu'était celle du terrain de transition. Les grandes îles dcTocéan Austral se font aussi remarquer par labondance des protéaceesque nous savons avoir caractérisé la période tertiaire inférieure, alors que se développèrent les phanérogames dicotylédones.
La faune terrestre de ces Jles est très-pauvre, et quant aux animaux vertébrés, elles ne présentent d'oiseaux que lorsqu'elles se trouvent sur leur passage ou dans le voisinage d*un continent. Les reptiles sont de petite taille, et encore faut-il que les iles aient une certaine étendue. Le petit archipel des Gallapagos, situé sous Téquateur, à Touestde la côte du Pérou, fait seul exception avec ses Lacertiens (Amblyrinchus) qui nagent jusque dans la haute mer pour y chercher leur proie comme les Ichthyosaures et les Plésiosaures des temps secondaires*
Tous les grands oiseaux aptères, a Texception de TAutnichc et du Rhea, se trouvent ou se sont trouvés isolés, avant leur
\n ÉPOQUE MODERNE.
disparition récente, dans les Iles dépourvues de forts carnaséiers qui les auraient détruits. Les NoiorniSj les Aptéryx^ de la Nouvelle-Hollande, disparaîtront sans doute par suite de l'introduction des chiens dans ce pays. Ainsi ont disparu le Dronte, le Solitaire et une troisième espèce depuis Toccupation des iles Mascaraignes par les colonies européennes.
Les Paloptertjx^ les Dinoniis et YApterornis^ dont une douzaine d'espèces ont été retrouvées dans les dépôts quaternaires et peut-être plus récents, le souvenir s'en étant conservé dans les traditions des habitants de la Nouvelle-Zélande, n'ont pas eu non plus pour contemporains, sur le môme sol, de carnassiers redoutables. Le Dromaiiis (Emou)de la Nouvelle-Hollande etlc Casoar des ilci de la Sonde se trouvent seuls dans des contrées qu'habitent aussi ces derniers. Tous ces oiseaux, excepté le Dronte, appartiennent aux ordres des gallinacés et des courciirs.
. A ces oiseaux aux ailes atrophiées, habitants des iles, ajoutons, dit G. Bronn, VAIca impennis^ qui vit isolé sur quelques écueils des mers (niairea, et les Pingouins, également sans ailes, relégués sur les points extrêmes ou les îles de l'Afrique et de TAmérique du Sud. Ces types rappellent beaucoup, par les formes de leurs extrémités, les empreintes que Ton a trouvées en si grande quantité sur les dalles du grès rouge de la vallée du Connccticut.
Les mammifères manquent complètement dans les petites iles des mers australes et ne sont représentés dans les |)lus grandes que par les marsupiaux et de petits rongeurs^ Néanmoins les mers voisines sont peuplées de grands cétacés. Les Monotrèmes (Ornithorhynques et Échidnés), de même que les mai-supiaux, sont rangés bien loin des mammifères plantaires et se rapprochent, à certains égards, des ovipares ; peut-être même les premiers le sont-ils tout à fait. Les mammifères de cette forme, par le système ou le mode de reproduction, par le système osseux et par le système nerveux, présentent, à l'étal adulte, les traits particuliers à l'état fœtal tels qu'on les obsenc dans les monodelphes. Si les monotrèmes sont exclusifs à
l'Australie, on sait que les didelphes existent dans rAniérique du Sud, mais moins nombreux et moins variés, et que detix espèces se représentent jusque dans l'Amérique du Nord. Enfin," , deux genres de tortues d'eau douce sont communes à TAustralie cl à l'Amérique du Sud (les Chélodines et les Platémydes), mais l'Australie a ses grands genres propres de reptiles, tels que les Chiamydosaures , des espèces presque serpentiforraes avec deux ou quatre membres imparfaits.
Parmi les iles de FAtlantique d'Europe, celle de Madère ne ues noiisoflre qu'un poisson d'eau douce du genre Anguille, quel- vAiiamiquc. cjucs petits reptiles, beaucoup d'oiseaux, mais point de mamniîfères. Dans les grandes îles de l'Atlantique américain, les reptiles sont nombreux, mais les mammifères ne présentent que quelques rongeurs et des chéiroptères. Les plus grands rongeurs de Cuba et de Saint-Domingue sont le Capromys et le Plagiodontia^ animaux relativement très-inférieurs.
I. Geoffroy Saint-IIilaire (\) a déjà fait remarquer que les DiracnMons dimensions des espèces de mammifères terrestres sont plus ou "^ dc»^ moins en rapport avec celles des continents ou des îles qu'ils """""'^f*^ habitent, ce qui se vérifie en effet dans toutes ces dernières, des terres Caries plus petites n'en renferment aucun, et les plus grandes habiteui. nourrissent des espèces dont la taille est proportionnelle à leur étendue. Les îles de la Sonde font seules exception, sans doute à cause de leur ancienne continuité avec les terres continentales voisines.
Celle observation s'applique aux continents eux-mêmes, tels qucr.\>ie et l'Europe considérées comme un tout par rapport à 1 Afrique, et l'ancien continent par rapport au nouveau. Dans un genre donné, les espèces d'un plus grand continent, qui ont êlé réunies à titre de sous-genre, sont plus parfaites ou présenlcnl à un plus haut degré les caractères essentiels du genre ou de la famille. Elles sont plus diversifiées et plus éloignées des types originaires ou embryonnaires.
C'est surtout parmi les quadrumanes les plus élevés des
(I) Essai de zoologie générale, 1841 .
Centre théorique
de créations lerrebtres.
mammifères que Topposition est le plus prononcée, mais on la trouve encore mieux caractérisée dans le développement des facultés que dans les dimensions physiques. Ainsi Tancien continent renferme non-seulement les plus grandes espèces de singes, par rapport à celles d'Amérique, mais encore celles qui se rapprochent le plus de Thommç par le nombre des dents, la formation catarrhine du nez et le développement du pouce. Les quadrumanes les moins parfaits et dont le cerveau est même déjà parfois dépourvu de circonvolutions, "les Lémurs, sont presque tous relégués dans Tilc de Madagascar ou disséminés dans les archipels de Tocéan Pacifique.
Si donc, dit G. Bronn (l), on pouvait se représenter une île s'agrandissant successivement et se peuplant d'animaux vertébrés à mesure qu elle tend à acquérir les dimensions d un continent, on verrait les poissons d'eau douce ne se montrer qu*à mesure que les ruisseaux et les rivières augmentent, et pliis tard même peut-être que les reptiles et les oiseaux. De petits reptiles précéderont les grands si lé climat est chaud, mais les dipnoaires d'eau douce (amphibiens), quoique inférieurs, ne seront peut-être pas les premiers, parce que le développement des animaux terrestres doit précéder celui des animaux d eau douce. Quelques oiseaux ne tarderont pas à trouver de quoi se nourrir ; mais, tant que manqueront les arbres et les plantes herbacées portant des fleurs, des fruits et des graines et qui alimentent les insectes, les oiseaux appartiendroni seulement aux types qui se nourrissent de vers, peut-être de racines ou de poissons au bord des eaux. H y aura des gallinacés, des coureurs et des échassiers. Les mammifères teirestres apparaîtront les derniers, en commençant par les marsupiaux ou par des ordres inférieurs de rongeurs. Les herbivores viendront probablement avant les carnassiers, et ceux-là avant les frugivores, dont l'existence dépend des plantes et des arbres à fruits.
Ainsi se développeraient les flores et les faunes aquatiqnes
(1) Ia>c.cU.
ancienocs»
et terrestres en rapport avec raccroissement des surfaces émergées, les habitants de la terre sèche précédant ceux des eaux douces, ceux de la plaine précédant ceux des montagnes, la terre sèche et les plaines étant antérieures à la formation des grands reliefs du sol et à celle des eaux qui en proviennent. Telle aurait été, en général, la marche de la nature, à laquelle Bronn a donné le nom de développemeiH terri' pète.
Pour compléter ces généralités, disons encore quelques mots Évaiuaiions du bilan numérique des faunes et des flores actuelles, telles des faunes que nous les connaissons. De 1 809 à \ 856 le nombre des espèces ^J^^gJ^ef de mammifères connus à l'état vivant s'est accru de 800 à et 2200, suivant Bronn, et celui des espèces de mollusques, qui était de 5000 en 1828, est aujourdliui de 20,000. Les insectes diptères, qui ne sont, en général, que dans la proportion de 10 pour 100 relativement aux coléoptères dont on compte 50,000, se sont déjà élevés, dans le Wurtemberg seulement, par les recherches de M. Boses, à un nombre égal à celui des coléoptères.
On estime à 100,000 le nombre des espèces végétales connues (i) et à 120,000 celui de tous les animaux, mais on peut regarder comme certain que dans les deux règnes il reste encore à découvrir un nombre d'espèces immense, peutrêtre même égal à celui que nous connaissons. Mais cette supposition ne s'applique qu'aux organismes aquatiques et aux petits organismes terrestres, car il est peu probable que beaucoup de grands animaux aient échappé aux regards de l'homme à la surface des continents ou des îles fort étendues.
Les parties des uns et des autres où l'on peut supposer qu'il lie reste presque plus rien à trouver sont nécessairement celles quliabitent les peuples civilisés, qui cultiventles sciences, c'està-dire certaines parties de TEurope, de l'Inde, de 1 Amérique du Mord et quelques points de l'Afrique et de T Australie, habiles par des colonies anciennes d'Européens. Quant aux voya«
(1 ) ^^7* ci-après, § 7, pour la rectification de ce cbirTre.
geiirs qui ont traversé tout ou partie ^des grands continents, longé les côtes, parcouru tout on partie des grandes îles du globe, ils ont sans doute contribué beaucoup à nous donner des idées générales sur les caractères propres des flores et des faunes qu'ils ont observées rapidement, mais on. ne peut pas dire qu'aucune région de rAmérique centrale et méridionale, que les quatre cinquièmes de la surface de TAsie, les trois quarts de celle de TAfrique et les quatre cinquièmes de TAustralie et des iles qui en dépendent soient connus sous le rapport de leurs productions végétales et animales, comme le sont les États de l'Europe occidentale et centrale. On pourrait donc dire, ^ans exagération, qu'il n'y a pas plus de un dnquième de la surface des terres émergées dont la faune et la flore soient suffisamment connues pour conduire à quelques chiffres précis. Quant aux productions de la mer et à celles des eaux douces, qui couvrent plus des trois quarts du globe, il est probable que la proportion du connu par rapport à l'inconnu serait encore moindre.
Nos connaissances, tout incomplètes qu'elles sont, ne laissent pas cependant que de nous permettre quelques généralités sur la distribution des êtres organisés, relativement aux conditions physiques dans lesquelles ils se trouvent : la latitude, la longitude, la hauteur au-dessus et la profondeur audessous du niveau de la mer, influant sur la température, le degré d'humidité ouile sécheresse de Tair, la quantité de . lumière, etc., circonstances qui réagissent directement sur leur plus ou moins de développement. Ces données nous seront d'ailleurs fort utiles pour nous conduire, par analogie, à juger des conditions physiques sous l'empire desquelles se trouvaient les végétaux et les animaux durant la longue série des temps géologiques, i^ connais- Cependant, si Ton peut concevoir que l'homme arrive un paiôîntoTogi- j^^"^ ^ '^ connaissance complète de tous les êtres organisés **"to«oJra ^ qui contribuent à peupler la terre avec lui, on ne peut espére-r incompièie». qu'il OU soit de même relativement à ceux qui l'ont précédé. Quelque longues et persévérantes que soient les recherches des
géologues et des paléontologistes, une très-grande partie, il serait hasardé d'indiquer ici la proportion, échappera toujours à leurs investigations. D'abord il n'y a qu'une faible portion des couches sédimentaires qui soit accessible à leur examen : ce sont leurs aftleurements à la surface du soi, ^it naturels, soit artificiels, tout le reste se trouvant masqué à des profondeurs plus ou moins grandes ; ensuite, même dans les parties les plus accessibles, nous ne pouvons espérer de retrouver que des traces rares et àpeine distinctes d^me multitude d'animauv qui n'avaient aucune partie solide au dedans ni au dehors. Les infusoires sans carapace, les mollusques, les polypes nus, les ac^lèphes, les radiaires sans test, les vers intestinaux, lesannélides arénicoles, les Holoturics, l'immense majorité des insectes n'ont pu arriver jusqu'à nous que dans quelques circonstances tout à fait exceptionnelles et qui ne nous donneront jamais aucune idée de leur développement réel.
Pour les végétaux, les plantes herbacées, monocotylédones ou dicotylédones, n'ont eu aussi que des chances de conservation bien faibles, eu égard au nombre des espèces qui ont existé, et si, pour nous en rendre compte, nous cherchons dans les dépôts modernes ce qu'il y a de plantes et de restes d'animaux plus ou moins conservés et encore reconnaissables, relativement au nombre des espèces vivantes, nous verrons combien se trouverait réduit le tableau de la flore et de la faune de nos jours. Ce mode d'appréciation comparative est ccpondant le seul que nous offre la géologie.
Mais de ce quo nous ne pouvons reconstruire un tableau complet du passé il ne s'ensuit nullement que nous devions renoncer à nous en rapprocher de plus en plus, et rien n'est plus propre à nous encourager dans la continuation de ces recherches que l'immensité des matériaux accumulés depuis trente ans autour de nous.
g a. DSttribittSoB des umiuuis aiiiiatSqvet.
vtiiité La connai|^ance des lois qui président à la distribution des comparative j^^^j^^^^ aquatiques est, on le conçoit, infiniment plus précieuse aquluques P^"'' '® paléonlologistc et le géologue que celle de la réparties tion des animaux terrestres. Ceux-ci, en effet, ne peuvent se trouver dans les couches que par suite de circonstances tout à fait particulières. Il a fallu qu'entraînés par les eaux superficielles, soit dans les lacs, soit sur les côtes, à l'embouchure des fleuves ou des rivières, plus ou moins loin des lieux où ils vivaient, plus ou moins longtemps après leur mort, leurs parties solides aient été conservées au milieu des sédiments lacustres ou marins où elles ont été ainsi charriées. Ces animaux ne caractérisent donc d'une manière absolue ni le lieu ni le temps où ils ont vécu.
En outre, par suite même de la cause ou de leur mode de déplacement, ils se trouvent répartis dans les couches d'une manière fort irrégulière et sans continuité; accumulés par places, ils manquent sur un grand nombre de points du même dépôt, et cette répartition sporadique leur ôte beaucoup d'importance stratigraphique, en mémo temps qu^elle rend leur emploi, comme repère, rare, difficile et peu certain dans la géologie pratique*
Remarquons d'ailleurs que les animaux exclusivement terrestres, tels que les mammifères, n'ont paru qu'assez tard avec une corlaine abondance; les oiseaux probablement aussi, qui n'ont laissé que des traces beaucoup plus rares, seront toujours d'un intérêt purement zoologique sans application directe, ainsi que les reptiles non amphibies. Les insectes qui se nourrissent du pollen des fleurs n'ont apparu que fort lard dans la création, et leur conservation lient à des circonstances purement locales; enfin, les mollusques terrestres sont à peu près dans le même cas.
L'étude des animaux fossiles qui ont vécu à la surface des
anciennes terres émergées peut être fort utile pour nous faire connaître les condition» physiques de ces terres, leur étendue, leurs reliefs, leur cliinat, leur température, les associations de végétaux, et surtout pour compléter la série zoologique gêné* mie dont ils viennent successivement combler les lacune», mais elle a beaucoup moins d'importance au point de vue chronologique ou de Faucienneté relative des dépôts qui renferment ces débris.
Les restes d'animaux aquatiques, au contraire, et surtout les moins élevés dans la série, ceux qui, comme les crustacés, les mollusques céphalopodes, gastéropodes, acéphales, brachiopodc^ et bryozoaires, les radiaires échinides, stellérides et crinoides, les polypiers, les foraminifères et les ilifusoires même qui naissent, se développent, vivent, meurent et sont ensevelis dans iesmènies conditions, sont les véritables critérium de l'ancienneté des couches où nous trouvons leurs débris et qui en sont parfois exclusivement composées. Leur présence comme leurs divers caractères doivent parfaitement nous traduire les circonstances physiques dans lesquelles ces dépôts se sont formés. Il y a donc nécessité pour nous de faire connaître ce que Ton sait de la station et de la distribution des animaux inférieurs dans les mers actuelles et du rôle qu'ils jouent dans la composition des sédiments modernes. Nous commencerons par les mollusques, qui ont d'abord fixé Tattention des naturalistes et qui d'ailleurs ont en même temps un caractère de généralité et une diversité qui justifient les études auxquelles ils ont donné lieu.
On ne semble avoir compris qu'assez tardTutilité qu'il pou- ouervaUon ^^ail y avoir à connaître, dans le sens horizontal et dans le sens Vertical ou de la profondeur, la distribution des coquilles qui vivent sous les eaux de la mer à des dislances plus ou moins cônsidérablesde la côte. Ainsi H. T. de la Bêche, en 1858, insérait ^ns ses Recherches sur la partie théorique de la géologie un ^bleau de M. Brodrip, où sont indiquées les situations et les Profondeurs auxquelles on a trouvé les genres vivants de cor Vailles marines et d"* embouchures. M. Ed. Gray s*est occupé des '^biUiis des mollusques dans les eaux douces, saumâtres ou
tout à fait marines et des genres qui avaient à la fois des représentants dans ces divers milieux. M. Valenciennes a constate que, d'après un certain nombre de coquilles recueillies dans la mer Rouge, entre Suez et Cosseir, 24 espèces se retrouvaient dans la Méditerranée, tandis que les deux mers n'avaient encore aucun poisson commun. D'autres recherches de détail avaient aussi été publiées à diverses reprises, mais ce ne fut réellement qu'à partir des observations toutes spéciales faites en 1840 par Ed. Forbés(i), dans la mer Egée, que ces études ont pris une importance réelle à cause de la manière méthodique avec laquelle elles ont été dirigées et suivies. Premières Quelques-uues des conclusions de ce naturaliste ont ensuite d'Ed.*" F^ri"s. P^*'" ^^®P absolue^ , et des observateurs venus après lui les onl infirmées par d'autres exemples. Peut-être même des expressions élégantes et symétriques qui représentaient la loi de distribution des êtres organisés en profondeur ne restera-t-il plus tard que peu de chose, mais Tesprit fécond et ingénieux de ce savant, sitôt enlevé à ses nombreux amis, n'en aura pas moins tracé un sillon dans une voie nouvelle et fructueuse que ^ sans lui on n'aurait probablement pas de longtemps songé à parcourir. C'est surtout à ce titre que nous exposerons les résultats des recherches d'Ed. Forbes, qui ont servi de point de départ à tout ce qui s'est fait depuis dans cette direction.
A la suite des sondages qu'il a exécutés dans la mer Egée, il y a tracé 8 régions distinctes, depuis le niveau de la mer jusqu'à la profondeur de 420 mètres. Ces régions représentent chacune une association particulière d'espèces.
La première de ces réyions^ qui ne descend qu'à 3'",65 audessous de la surface, est In moins épaisse et la plus riche en espèces animales et végétales. Elle est aussi la plus variée quant à la nature du fond. La seconde s'étend de 3™,65 à 18 mètres, h troisième de 18" à 56", la quatrième de 36" à 64'% la m-
(1) V Institut, N* 463. — Ann. des $c. géoL, vol. I, p. 970; 4842. - Report on the Mollusea, etc. {Rep, i^^^.Meet. brit. Assoc. at Cork (Lonres, i844j p. 130). --The Aihenxxm, 17 sept. 1845, elc.
DISTRIBUTION DES ANIMAUX AQUATIQUES. 18i
quièmede 64" à 100™, la sixième de 100™ à 144^, la septième de 144™ à 192™, enfin, la huitième, qui dépasse en épaisseur toutes les autres réunies, s'étend de 192™ à la plus grande profondeur explorée, que nous avons vue être 420 mètres.
La faune de cette région inférieure est très-distincte de celle des précédentes, et remarquable par son uniformité comme par ses espèces propres. Des 65 que la drague a ramenées 11 étaient vivantes. Il y avait 22 univalves dont 3 vivantes, 30 bivalves dont 8 vivantes , 3 mollusques palliobranches morts, provenant peut-être des régions supérieures, 10 ptéropodes et nucléobranches également morts.
Les espèces trouvées vivantes aux plus grandes profondeurs sont : VArca imbricata et le Dentalium quinqiiangulare, h 120 mètre"!. VArca lactea et le Cerithium lima sont les deux seules espèces communes aux huit régions. Ensuite 3 espèces sont communes à sept régions (Nucida margaritacea, Manjinelld clandesiinaj Dentalium novem-costatum) ; 9 sont communes à six ; 17 sont communes à cinq, et 38 sont communes à quatre»
Parmi les coquilles qui, dans la mer Egée, ont la plus grande étendue en profondeur; un liei*s sont des formes de VOcéan, des côtes de France et d'Angleterre, et, parmi celles qui ne se trouvent à la fois que dans quatre des régions de Tarchipel grec, un peu plus de 1/5 seulement se représentent dans les mers Britanniques. De ce fait nous pouvons évidemment conclure d^une manière générale, dit Ed. Forbes, que Y étendue de la distribution dUme espèce dans le sens vertical ou dans la profondeur correspond à ^a distribution géographique ou horizontale.
Les espèces très-circonscrites quant à la profondeur appartiennent soit à des formes propres à la Méditerranée, soit à d'autres plus rares dans la mer Egée, mais qui sont communes dans les mers situées plus au nord. Au-dessous de la quatrième région, le nombre des espèces diminue rapidement, et dans la partie inférieure de la huitième il n'y a plus que 8 mollusques, ce qui semblerait établir pour cette mer la limite de la vie animale à peu de distance au delà de 420 mètres.
Les formes méridionales dominent dans les régions supé-
rieures; dans les inférieures, ce sont celles du Nord; de sort: à< que les régions en profondeur seraient équivalentes aux degré* "i de latitude et correspondraient à la loi de la distribution dej^m êtres à la surface des continents où les parallèles représenten^K^ aussi les altitudes. Quant à Tinfluence de ces raêraes région: ^ sur la vie et les caractères extérieurs des animaux marins, oe^ remarque que les coquilles ont des couleura d'autant plus va-^^ riées qu'elles vivent plus près de la surface.
Quoique plusieurs causes doivent tendre à mélanger les dé
bris des diverses zones après la mort des animaux qui y vivent ^^ Forbes a pu reconnaître que chaque espèce avait trois maximes^ de développement : en profondeur, en étendue superficielle e£ dans le temps. En profondeur, une espèce est d'abord représentée par un petit nombre d'individus. Ce nombre augmente graduellement jusqu'à un certain maximum, puis il diminue et l'espèce finit par disparaître. Il en est de même de la distribu* tion géographique ou en surface et de la distribution géologique ou dans le temps ; mais cette dernière considération ne s'applique nécessairement qu'aux fossiles, et non aux résultats des recherches de l'auteur sur les animaux Vivants.
Quelquefois, continue-t-il, les genres auxquels ces espèces appartiennent cessent de se montrer aussi, mais plus ordinairement une espèce de même genre succède à une autre. Les genres ont comme les espèces un maximum de développement un profondeur, et ils sont également remplacés ou représentés par d'autres genres correspondants, loi qui est d'ailleurs commune aux végétaux et aux animaux.
Ed. Forbes a pu faire une application immédiate de ses recherches et en trouver la confirmation dans la petite île de Néç- Kaïmeni, qui apparut en 1707 dans le golfe de Santorin. Les fossiles recueillis dans la couche de pumite qui formait le fond de la mer avant le soulèvement lui ont fait voir qu'il n'y avait que deux régions en profondeur où l'on pût rencontrer une pareille association : la quatrième et la cinquième ; et il arriva à constater qu'en effet ce fond appartenait à la quatrième région, celle qui se trouvait entre 56 et 64 mètres au-dessous de la
surface de l'eau au moment dju soulèvement, dont Tamplitude s est ainsi trouvée limiléc entre ces deux chiffres.
Le fond de la mer Egée paraît actuellement, présenter audelà du zéro supposé de la vie animale, une masse de dépôts homogènes assez semblables à la craie et dépourvus de débris organiques sur une épaisseur de mille mètres et davantage. La zone la plus inférieure, qui a 228 mètres de hauteur, a pour fond un banc jaunâtre, occupé^ dans toute son étendue par les mêmes animaux, et constituant une roche dont les caractères sont ceux de la craie. Elle renferme aussi des espèces particulières et une très-grande quantité de foraminifères.
Les côtes de Norwége étaient dans le même temps le champ Beciienhcf des explorations de M. Lôven (i), qui arrivait à des résultats à ^ ^g^^„ peu près analogues à ceux qu'Ed. Forbes obtenait dans Tarchipel grec. La i*égion littorale proprement dite et celle des laminariéés sont partout bien limitées, et leurs espèces caractéristiques ne s'étendent guère au delà. II en est de même pour la région des algues, qui se développe davantage vers la pleine mer. Mais, de 27 à 182 mètres de profondeur, les régions ces- • sent d'être comparables. On y trouve à la fois le plus grand nombre d'espèces et la plus grande variété dans leurs associations locales. Leur réunion parait y être déterminée non-seulement par la profondeur, les courants, etc., mais encore par la nature du fond, qui est un mélange de boue, d'argile et de cailloux. Ici les espèces semblent avoir une plus grande extension verticale que dans la région littorale et celle des laminariéés, peut-être même s'étendraient-elles jusqu'à la zone profonde des coraux.
Au sud delà partie explorée par M. Lôven, cette dernière est caractérisée par YOculina ramea et une Térébratule; au nord, par VAstrophyton^ des Ctdam, le Spatangus purpureus^ des Gorgones et le gigantesque Alcyomm arboreunij es-
{i)On the bathymelricd distribution, etc. {Bep. 14^ Meet. brit. Assoc. at York, 1844 (Londres, 1845, p. 50 des Notices). — Ulmtitut, 25 juin 1845.
pèces qui se prolongent aussi bas que la ligne des pécheurs peut atteindre.
La limite inférieure de la vie animale dans ces mors nV'tâil pas encore déterminée lors des recherches de M. Lôven ; cl, quant à celle des végétaux, elle se trouverait beaucoup au-dessus des régions les plus profondes où les animaux sont connus. Comme on pouvait le prévoir, les mollusques zoophages prédominent dans les régions inférieures et les phytophages dans les supérieures. L'observation de Forbes, que les espèces des mers Brilanniques ne se trouvent dans la Méditerranée qu'à de plus grandes profondeurs, a été confirmée pour les côles de Norwége. Ainsi les espèces trouvées entre Golhcnbourg et la Nor wége, à 146 mètres de profondeur, existent au nord sur la côlc du Finmark à 36 mètres seulement, et quelques-unes méiuc deviennent tout à fait littorales.
Loi générale Relativement à la plus générale des conclusions émises par dutribition MM. Forbes et Lôven, savoir, que plus une espèce parcourt de des espèces réuioTis verticales. OU. en. (Vautres termes, plus elle vit à des
daDâ r espace •^ ' ' ' '^
ei dm» profondeurs différentes sur le mime littoral^ plus aussi elle se e temps, ^^^.^p^^^ ^^^ ^^ pj^^ grundcs étcudues en surface, nous avons fait remarquer dès qu'elle nous a été connue, c'est-à-dire en 1 845, Tannée d'après sa publication, qu elle n'était qu'une conséquence nécessaire et naturelle de Tune des propositions que nous avons déduites en 1842, avec M. de Yerneuil, de nos études sur la faune du terrain de transition. « Si l'on considère^ disions-nous, le développement de l organisme de ces périodes a7iciennes dans le sens horizontal, géographiquement on dans r espace, on reconnaît que les espèces qui se trouvent à la fois sur un grand nombre de points et dans des pays très-éloignés les wis des autres sont presque toujours celles qui ont véca pendant la formation de plusieurs systèmes successifs (i).
Les naturalistes dont nous venons de parler ne considéraient, à la vérité, que les animaux marins vivant dans le même mo-
(1) Bu//. Soc. géoL de France, vol. XIH, p. 260; i%i2. ^Transact. Geoi. Soc, ofLondon, vol. YI, p. 335; 4842.
meut sous des profondeurs d*eau et dans des circonstances physiques assez difTérentes, tandis que nous, nous les considérions dans plusieurs périodes successives ; mais il est facile de voir que Tune de ces propositions entraine Tautrc ; car si, comme nous l'avons dit, les coquilles qui ont pu vivre pendant plusieurs périodes à cause de leur organisation plus robuste, de* vaient être celles qui, toutes choses égales d'ailleurs, avaient pu exister aussi sur des points du globe très-éloignés les uns des autres, il s'ensuit que, dans le même temps, ce sont également celles qui vivent sous l'empire de circonstances les plus variées, soit en profondeur, soit en étendue géographique.
Notre proposition fut confirmée en outre par Forbes lui-même, dans son Examen des fossiles crétacés de Tlnde, et, de son côté, M. H. D. Rogers, dans son Discours annuel à la réunion des f^Tologues américains, le 4 mai 1844, après avoir jeté un coup d'œil rapide sur Tensemble de la faune fossile des États-Unis, disait : « Ainsi se trouve démontrée une loi générale importante^ loi concernant la distribution des fossiles^ c^est-à-dire (fue les espèces dont la distribution géographique est la plus étendue possèdent aus^i la plus grande extension verticale. »
Oiv-voit par ce qui précède que le mode de distribution des espèces de mollusques marins dans le sens vertical et dans le sens horizontal avait été reconnu en quelque sorte pour les faunes les plus anciennes du globe avant de 1 être pour celles qui vivent actuellement.
Nous avons dû insister sur cette particularité, parce que, malgré les progrès que les recherches dont nous nous occupons ont faits depuis 20 ans, aucun principe plus général et plus applicable à la nature actuelle comme à la nature ancienne n*a été encore démontré.
Ed. Forbes a continué autour des îles Britanniques les re-
^ Travaux
cherches sous-marines si heureusement conduites dans une par- ^ d«»ers tiedc la Méditerranée, et les publications qu'il a faites à ce sujet et de ont été reproduites en partie dans le Manuel des Mollusques "* ^"*''"* de M. Woodward, livre sur lequel nous reviendrons pour d'autres détails. Forbes avait aussi, peu de temps avant sa fin
si prématurée, entrepris une Histoire naturelle des mers d! Europe^ qui a été continuée et publiée par M. R. B. Austen (l)^ et dont nous allons exposer les principaux résultats se rattachant â notre sujet.
Les mêmes animaux et les mêmes plantes, avons-nous dit, ne se rencontrent point partout à la surface de la terre, mais les espèces et même les genres sont réunis ou associés de manière à présenter des régions ou provinces botaniques eisoologiqiies plus ou moins étendues, suivant les limites déterminées par les conditions physiques du pays, tels que le climat cl les caractères orographiques et hydrographiques. Chncuiie de ces provinces n*est pas d ailleurs tellement distincte de celles qui Tavoisinent qu'un certain nombre de ses espèces ne dépassent ses limites, de sorte que celles-ci ne sont jamais i>arfailcmcnt tranchées et que l'on ne peut pas dire absolument où Tune commence ni oii l'autre finit.
négions Une province^ telle que la comprend l'auteur (p. 7), c^tun <>" espace dans lequel il y a évidemment eu une manifestation spézoologiques, cialc dc la puissaucc créatrice, c est-a-dire ou ont ete appelés a vivre les types premiers des animaux et des plantes. Ceux-ci peuvent avoir été mêlés par la suite avec des êtres provenant d'autres provinces et même plus nombreux que les aborigènes^ de manière qu'on puisse désigner l'ensemble qui en résulte d'après la province d'où ils ont émigré. La distinction de 1^ population aborigène de celle qui plus tard a envahi la région*' et la détermination de.s causes qui ont produit et dirigé Tinvîi^ sion sont des questions que le naturaliste doit se proposera^ résoudre.
Lorsque la flore ou la faune d'une province a été soigneuse^ ment étudiée, la diffusion ou la dissémination des individus des espèces caractéristiques montre que la manifestation de la force créatrice n'a pas été la même ou égale dans toutes les parties de l'espace, mais que dans certaines d'entre elles, et c'est ordinairement plus ou moins vers le centre, le développement de
(1) Thenatural hi$tory of Uie European zeaz, m^\% Londres» 4859»
DISTRIBUTIOiN DES ANIMAUX AQUATIQUES. 187
nouvelles espèces a été plus prononcé qu'ailleurs. Aussi pourrait-on représenter graphiquement une région par une teinte dont l'intensité serait la plus forte vers le centre et qui s'affaiblirait vers la circonférence, ou encorq par des cercles concentriques de plus en plus espacés.
Il peut y avoir dans une région des centres secondaires de création, mais nulle part on ne trouve une province entière répétée, c'est-à-dire que dans aucune on ne retrouve la même association d'espèces types. Aucune espèce n^aurait été créée dans plusieurs régions, soit à la fois, soit successivement. Des formes semblables auxquelles on a donné le nom de représentatives se montrent sur des points éloignés, mais alors sous l'influence de circonstances physiques analogues, et ce ne sont point des espèces réellement identiques.
Chaque véritable espèce, dit Ed.* Forbes, a des traits ou caractères spécifiques qui la distinguent des autres, comme si le Créateur avait imprimé une marque particulière ou sceau sur chaque type d'être vivant : As ifthe Creator had set an exclusive mrkor seal on each living type. C'est, comme on le voit, la reproduction littérale d'une des idées deRuffon. Les espèces dont les individus sont distribues sur une surface continue montrent elles-mêmes le phénomène de la centralisation, c'est-à-dire <|u il y a certains points de cette surface d'où il semble que tous les individus de l'espèce ont rayonné.
Conune dans ce que nous connaissons, le rapport des individus de chaque espèce les uns avec les autres montre le phénomène de la succession descendante, dans chaque cas où ^ parenté d'un individu ou d^un groupe d'individus semblables a été tracée, la souche originaire a été trouvée pareille à lui ou à eux, et nous confondons l'idée de succession avec la définition d'une espèce; nous admettons alors, hypothétiquenient, la suite par génération de tous les individus de chaque espèce provenant d'une souche première moncecique ou diœcique^ suivant le cas.
Le terme de centre spécifique est employé pour désigner ce point particulier où chaque espèce a pris naissance et d'où ses
individus se sont ensuite répandus. Pendant cette diffusion, une espèce a pu s'éteindre dès son point de départ, ou bien elle a pu se perpétuer seulement dans quelques parties de Tespace sur lequel elle s'était propagée. Des groupes d'individus d'une même espèce peuvent se trouver ainsi isolés, séparés par de grandes distances et présenter Faspect trompeur de deux ou de plusieurs centres de la ménie espèce. Pour remonter aux causes de ce phénomène, il faut tracer l'histoire des espèces dans le passé, en recherchant leurs rapports avec les changements physiques et géologiques du pays.
Les données paléontologiques montrent aussi qu^l y avait autrefois des régions semblables dans le temps comme dans l'espace. Les espèce-s sont limitées dans l'un et l'autre sens, et aucune ne se répète ou ne se représente dans la série des âges lorsqu'elle a une fois atteint la limite de sa durée : No spedes is repealed in lime. Parmi les espèces fossiles, la distribution des individus montre qu'ils ont été soumis à une diffusion comparable à celle des animaux vivants à partir d'un point initial, ce qui appuie l'idée du rapport de ces individus par la génération continue et leur dérivation d'un prototype ou d'une source première.
Le long de cette suite de côtes qui s'étendent à travers de,<; climats si divers, depuis lès régions chaudes et vivement éclairées de l'Afrique jusqu'aux falaises brumeuses et glacées de la Nouvelle-Zemble et duSpitzberg, on ne peut manquer de trou- . ver des association» nombreuses et variées d'êtres animés. Ceux qui habitent les eaux froides de l'océan Arctique doivent différer notablement de ceux qui vivent dans les mers tropicales, tandis que les eaux tempérées qui baignent le littoral de la France et des Iles Britanniques nourrissent une population sousmarine dont les caractères sont intermédiaires entre celle des premières et celle des secondes.
1! n'en est pas de même lorsqu'on se dirige de l'O. àl'E. du détroit de Gibraltar vers la partie la plus orientale du bassin méditerranéen. En suivant ainsi le même parallèle on trouve, comme on pouvait s'y attendre, à mesure que l'on s'avance, les
êtres organisés qui peuplaient son entrée occidentale, mais, si l'on pénètre dans l'espace moins favorisé occupé par la mer Noire, les difTérences qu'on observe consistent surtout alors dans la rareté ou le petit nombre des espèces, et non dans la présence de nouvelles formes. Dans la Caspienne apparaissent à la vérité des animaux particuliers, dont l'existence serait plutôt en rapport avec son état antérieur qu'avec son état actuel, et ils doivent être regardés comme un témoignage Tivant des temps géologiques plutôt que comme des membres de la communauté qui constituent la faune de nos jours.
Dans cette étendue des mers océaniques et des mers inté- Provinces rieures de l'Europe, Forbes distingue six régiom ou provinces d'Europe, qui sont pour lui autant de centres de création.
La première ou la plus septentrionale est la région arctique^ comprenant la portion des mers d'Europe située au delà du cercle polaire; la seconde ou région boréale comprend les mers qui baignent les côtes de Norwége, l'Islande, les îles Féroë et 'es lies Schctland ; la troisième ou région celtique s'étend au- ^urdcs iles Britanniques, comprend la Baltique et les côtes de Bohuslan au golfe de Biscaye. A la région lusitanienne^ ou 1^ quatrième qui vient ensuite, appartiennent les côtes atlantiques ou occidentales de la péninsule ibérique ; la région méditerranéenne^ qui est la cinquième, embrasse, outre le bassin ^^ la Méditerranée, celui de la mer Noire, et la sixième, ou ré- 9ion Caspienne^ est tout à fait isolée des autres.
Les quatre premières et la sixième seraient incontestable- '^cnt des centres de création; mais pour la région méditerra- '^^enne l'auteur ne paraît pas aussi certain de son indépendance, parce qu'il se pourrait que ce ne fût qu'une suite de ^^Uons de la région lusitanienne, comme la Baltique est une dépendance de la région celtique, la mer Blanche de la région ^''Clique, etc. D'un autre côté, il y a tant de particularités ^^ des faits si importants dans la faune méditerranéenne, ^ ailleurs bien circonscrite physiquement, qu'on peut, sans inconvénient et pour plus de commodité, la considérer comme ^ne unité organogénique indépendante.
Causes eitérteures inOuenles
delà
répartition
des
faunes.
Structure
des
côtes.
PoriUfis
oôtesi
i90 ÉPOQUE MODERNE. x
La distribution des animaux marins est d'abord déterminée par les influences du climat ou de la température, la profondeur et la composition de l'eau delà mer dans laquelle la pression et la diminution de la lumière sont aussi des éléments à considérer. Ces diverses circonstances peuvent être combinées de manière à compliquer le caractère de la faune d'une région particulière, comme on l'observe dans les mers arctiques. Les influences secondaires qui modifient ensuite les eflels des principales sont également nombreuses, et nous signalerons les suivantes comme devant être prises en considération dans les recherches paléontologiques.
La stiiicture de la cdtCj résultat des caractères minéralogie ques des roches qui la constituent, peut agir sur la distribution de familles particulières, en ce que tous les animaux marins dépendent, pour leur subsistance, de la présence de plantes marines et des animaux qui s'en nourrissent. Toutes les roches ne sont pas indistiiictement favorables à la végétation des plantes. Des surfaces couvertes de sable peuvent en être complètement dépourvues, ou bien offrir des végétaux propres seulement à la subsistance de certaines espèces. Par conséquent toutes les familles d'animaux peuvent exister ou manquer le long d'une côte, suivant sa structure et ses caractères pétrographiques, quoique les autres conditions soient favorables à leur propagation. En outre, l'extension et la diffusion de toutes les familles peuvent être restreintes à des espaces moins étendus que leurs facultés ne le comportent, s'il se trouve une barrière naturelle occasionnée par un changement brusque dans le relief du sol ou du lit de la mer. La distribution des coquilles perforantes, Gastrochènes, Pholades, Lithodomes,et€., serait aussi affectée par des changements de cette sorte, puisque beaucoup d'entre elles ne creusent leurs cavités que dans des roches calcaires ou très-calcarifères. La nature minéralogique de la côte influera donc aussi sur leur présence on leur absence.
Les contours ou les formes de la cOte ont également une grande action pour régulariser la diffusion des espèces. Un ri-
vage très-découpé est favorable à la vie sous-marine ; une ligne de côte droite et exposée aux vents est au contraire désavantageuse, quoiqu'il y ait certains animaux qui se plaisent à recevoir le choc des vagues, et que d'autres, malgré leur délicatesse apparente, bravent volontiers la violence de ces dernières.
La nature du fond détermine sur une grande étendue la présence ou l'absence de formes particulières de mollusques, d'autres invertébrés et même de poissons, car la distribution des animaux doit s'accorder avec celle de la nourriture qui les alimente. Suivant que le fond est de vase, de sable, de gravier, de coraux, de coquilles brisées, de pierres ou fragments de roches, ou encore résulte du mélange de ces divers éléments, la ligne, le fdet ou la drague rapportent des êtres diiTérents.
Les marées modifient aussi ces influences ; la hauteur à laquelle elles s'élèvent ou la distance à laquelle elles s'avancent pour redescendre ensuite est très-impprtante, en ce qu'elle détermine la présence ou l'absence des espèces qui habitent la zone littorale. Les coquilles que l'on trouve entre les hautes et basses marées sont influencées dans leurs formes et leurs dimensions par cette circonstance même. C'est entre ces deux lignes que l'on peut chercher avec le plus de succès les Méduses, dont l'organisation et les contours si délicats sembleraient ne pouvoir supporter l'agitation des flots.
Les courants^ indépendamment de leur action directe pour modifier le climat et la température de Teau, agissent encore d'une manière très-notable par le transport et, peut-être plus que toute autre cause, contribuent à la diffusion des plantes, des animaux, des germes d'une multitude d'êtres qui sans eux auraient été fixes et stationnaires, et qui se trouvent ainsi transportés de district en district et rapidement étendus sur de vastes surfaces. Même les espèces fixées, si elles sont attachées à des corps flottants tels que des bois susceptibles d'être déplacés, se propageront au loin de la même manière.
L'influence du climat se manifeste par la diminution du nombre des genres et des espèces lorsqu'on remonte du S. au
Nalui-e
dtt
fonJ.
Uarécs.
Courants.
Climat.
N. Dans les eaux des régions méridionales de TOcéan ou de la Méditerranée, la variété des types et Tabondancc des espèces se font remarquer; dans celles du Nord c* est le contraire, quoique par une sorte de compensation le nombre des individus dans chaque espèce soit assez grand pour balancer le petit nombre de ces dernières. Ce fait s'observe dans les animaux vertébrés comme chez les invertébrés, chez les poissons comme chez les mollusques.
Ainsi, dans la Méditerranée, il y a 227 genres de poissons, dans les mers britanniques 130, dans celles de la Scandinavie 1 20; le nombre des espèces est dans.la première de 444, dans les secondes de 210, dans les troisièmes de 170. Les mollusques, abstraction faite des nudibranches et des tuniciers, sont représentés par 155 genres dans la Méditerranée, par 129 dans les mers britanniques et par 116 dans celles du Nord; le nombre des espèces dans ces trois régions est exprimé par les chiffres 600, 400 et 500.
Mais le climat n'est pas la seule cause des changements obser\és dans les faunes et les flores, les modifications nombreuses que présentent les côtes de ces diverses régions dans leurs caractères géologiques, changent également Taspect physique du littoral, la conformation du fond de la mer voisine et sa nature. Les variations dans les formes de la surface du sol émergé ou immergé influent sur la distribution des animaux marins, en ce qu^elles favorisent leur extension au delà de la région . à laquelle ils appartenaient primitivement, ou bien la restreignent dans des Hmitesau contraire moins étendues que les conditions climatologiques et leur organisation ne le comportaient. Composition La Composition des eaux, continue Ed. Forbes, est égaleeaux, ment une circonstance des plus importantes agissant sur les cires organisés qui y vivent. Leur degré de salure ou de douceur détermine la présence ou l'absence de nombreuses formes de poissons et d'animaux invertébrés. En Europe, les résultats de cette influence se manifestent dans les régions situées le plus au Nord aussi bien que dans celles situées au Sud. Ainsi dans la région arctique le petit nombre des espèces, dans les
endroits peu profonds, est dû à la douceur comparative de la couche supérieure des eaux ; dans la Baltique les eaux sont complètement modifiées ; dans la mer Noire les caractères particuliers de la faune locale sont limités et en partie déterminés par ceux de cette portion du bassin méditerranéen que modifient son isolement presque complet et les grandes rivières qui s'y jettent; enfin dans la Caspienne les eaux sont d'une nature très-différente de celles de l'Océan.
Dans beaucoup de localités très-limitéès, telles que les lochs de VËcosse, les fiords de la Norwége et dans un grand nombre d*cstuaires, la surface des eaux peut être douce ou presque douce , tandis que les couches inférieures sont aussi salées que la pleine mer; d'où il résulte que l'on trouve sur un môme point des êtres organisés pour différents degrés de salure d'eau, vivant non-seulement près les uns des autres^ ^maîs en quelque sorte étages les uns au-dessus des aùtre^, comme on l'observe dans un bras de mer situé dans le district rocheux et sauvage de Connemara, en Irlande. La profondeur y est de 27 à 56 mètres,-et les animaux qui habitent le foAd sont essentiellement marins ; ils ne peuvent vivre dans la couche d'eau supérieure, presque douce, où pullulent, au contraire, des entomostracés qui ne pourraient pas supporter les eaux saumàtresdu fond. Cette circonstance, observée par Forbessur beaucoup d'autres points du littoral, expliquerait, suivant lui, l'aspect particulier que présentent souvent les poissons, fossiles contournés, comme s'ils étaient morts dans des convulsions, circonstance qui aurait pu se produire par leur passage de l'eau salée inférieure dans l'eau douce supérieure. Mais nous craignons que le savant naturaliste anglais ne se soit laissé entraîner ici dans ses déductions, car on sait que bon nombre de poissons vivent à la fois dans les eaux salées et les eaux douces, et quant à ceux qui vivent eicclusivement dans l'eau salée il est peu probable qu'ils s'approchent des côtes où l'affaiblissement de la salure est aussi prononcé dans de petites baied ou fiords et dont la couche d'eau de moindre salure n'a d'ailleurs que quelques mètres d'épaisseur.
Hrofondenr L'influcDce de la profondeur de l'eau sur les caractères de cauV 1^ viemarine est bien évidente et se manifeste sur tousles points, car partout on trouve des animaux et des plantes distribués de manière à former des bandes ou zones successives, depuis là limite de la haute mer jusque dans les abîmes les plus profonds d'oij Ton ait ramené des êtres organisés. Des êtres particuliers habitent chaque zoneen profondeur, tandis que d'autres sont communs à deux ou à un plus grand nombre d*entre elles, mais aucun ne semble' parcourir toutes les zones ou vivre à la fois sous toutes les conditions bathymétriques de haut en bas. Néanmoins le faciès propre d'une zone donnée de profondeur est tel, suivant Forbes, qu*il suffit de jeter un coup d'œil sur une collection de ses habitants pour pouvoir assigner sa place ou le niveau qu'elle occupe sans laide de la ligne ou du plomb. Zones Dans la portion océanique des mers d'Europe on distingue,
ïrlJuM^ en hauteur, à partir du rivage, quatre zones successives bien marquées, hapremière est la zone littorale, représentant Tespare compris entre la haute et la basse mer. Ses caractères sont aussi prononcés là où les marées sont le plus faibles que la où elles sont le plus fortes. Elle est habitée par des animaux et des plantes qui peuvent supporter l'impression périodique de Tair, les effets de la lumière directe, de la chaleur du soleil et de la pluie. Elle est accidentellement recouverte par des eaux douces. Lorsque la mer s'éloigne de la côte, elle laisse à découvert beaucoup de genres et d'espèces propres à cette zone, mais qui n'y sont pas encore disséminés au hasard dans toute son étendue ; ils y sont, au contraire, distribués dans des zones secondaires que Ton peut suivre sur la plage à marée basse, et que l'œil le moins expérimenté distingue par leurs diiïérentes teintes.
La seconde zone est celle des plantes marines ou zone des laminariées; elle s'étend ^le la limite de la basse mer à une pr(>fondeur variable, suivant les lieux, mais qui ne dépasse pas 27 mètres. Elle est également sous-divisée par des bandes d'algues de diverses couleurs. Elle présente une nombreuse population d'animaux qui lui sont propres, de poissons, de crost^-
DISTniBUTlON DES ANIMAUX AQUATIQUES. 195
ces, de mollusques et autres invertébrés des diverses classes, tous remarquables par la vivacité et la variété de leurs teintes; c'est la plus ricbe des quatre.
La zone des corallines succède à celle des Uminariées; elle est fort étendue et descend jusqu'à 54 mètres; les litbophytesou polypiers cornés, les corallines et les liydrophytes y abondent. Elle commence à la limite de la zone des plantes marines, principalement où régnent les nullipores, végétaux qui simulent des minéraux par leur aspect et leur solidité et qui offrent la disposition la plus favorable au frai des poissons. Les animaux vertébrés et invertébrés sont ici fort nombreux, mais les plantes y sont rares.
La quatrième j et la plus basse des zones d'êtres organisés marins, est celle des coraux des mers profondes^ ainsi désignée à cause des grands polypiers pierreux qui la caractérisent dans rôcéan d'Europe.
Dans les grandes profondeurs le nombre des espèces propres est peu considérable, mais il suffit pour lui imprimer un caractère spécial, tandis que les autres espèces qui proviennent des zones supérieures doivent être regardées comme des colonies.
A mesure que Ton descend, les êtres organisés se modifient de plus en plus, deviennent plus rares et indiquent qu'on s'approche des abîmes où la vie ne montre plus que de faibles témoins de ses forces. La limite absolue reste d'ailleurs indéterminée', et nous verrons bientôt qu'elle descend en réalité beaucoup plus bas qu^on ne le pensait lorsque Forbes écrivait. C'est, on le conçoit, dans l'exploration de cette vaste zone inférieure que le champ des découvertes qui restent à faire est le plus étendu.
Par sa disposition toute particulière, le bassin de la Méditerranée offre aussi, dans la répartition des êtres organisés qu'il nourrit, des caractères qui lui sont propres.
Forbes et son continuateur, M. R. G. Austen, passent ensuite t» à l'examen détaille des régions arctique ^ boréale^ celtique^ lu- *àel mm sitanienney méditerranéenne et Caspienne, mais nous ne les **''^""*i**'
suivrons pas dans cette j partie de leur livre, la valeur de plusieurs de ces régions ayant été contestée, comme nous le dirons plus tard, et ensuite notre but n*étant point Tétude approfondie de la distribution des êtres organisés vivants, mais seulement de rechercher les causes générales qui les font varier sur les divers points du globe et influent sur leur distribution géographique et bathymétrique, de manière à nous éclairer sur les changements plus ou moins semblables que nous rencontrerons dans Texamen des faunes et des flores antérieures.
M. Austen a fait suivre la description des régions précitées par des réflexions sur quelques-unes de ces causes dont les influences déterminent la distribution de la vie marine et les changements qu'elles y occasionnent. La partie du livre, qui est entièrement due à ce dernier savant, nous offre des considérations intéressantes que nous exposerons comme pouvant être utiles au même titre que les précédentes, dont elles sont en quelque sorte le développement et le complément.
Mais nous devons faire remarquer ici que si nous voulions remonter aux causes premières de la plupart des effets que nous avons déjà indiqués et de ceux dont il nous reste à parler, il faudrait de toute nécessité entrer dans le domaine de la météorologie. Les efi'cts de la chaleur à la surface variant suivant la position du soleil, combinée avec le mouvement de rotation de la terre et modiiiée par la disposition relative des eaux et des continents, l'élévation et les contours de ces derniers, etc., produisent dans le sens des méridiens et dans celui des parallèles tous les changements climatologiques et les phénomènes que nous observons. Les courbes isothermes, isothères et isochimènes, la région des glaces polaires et des neiges perpétuelles sont la traduction graphique de ces effets, et il faut avoir leur disposition constamment présente à la pensée lorsqu'on s*occupede ladistribulion des êtres organisés, végétaux et animaux, à la surface des continents aussi bien que dans les eaux.
(P. 217.) Sans entrer, comme nous venons de le dire, dans le détail des régions ou jn^ovinces^ de leur composition particulière, de leurs rapports ou de leurs dilTérences, nous recherche-
rons ici plus directement les principales causes qui concourent
au3[ changements que présentent ces divers groupes ou associa-
tions d'êtres organisés, lorsqu'on se dirige du N. au S. et dé
l'O. à TE. Ces considérations de M. R. G. Austen tendent en
outre à affaiblir Timportance qu'Ed. Forbes attribuait d ses
répons et à faire voir que leurs limites sont moins tranchées
qu'iloe le pensait.
L'influence la plus générale et la plus directe sur les chang^^unents d^une faune est celle qu'exerce la température. La ligne de côtes que nous avons considérée dans ce qui précède s^ctend en Europe sur un développement de 1200 lieues de lat^iftode et se prolonge au delà jusqu'aux Canaries.
Sur les côtes russes de Tocéan ^rctique, la température Température ïKioyeune des deux mois d'hiver est de — 15° cent. C'est la '***'^^'^' t-^ippérature moyenne de l'hiver du Spitzbcrg dont les côtes sont bordées de glaces du mois d'octobre au mois de mai. Cependant une faune de mollusques vit à une certaine profondeur au-dessous.
La côte occidentale de la Scandinavie offre comparativement une douce température. Depuis le cap Nord presque jusqu'à Bergen, elle se relève de — 5° à 0, et, sur ce dernier point, la mer ne gèle que trois fois dans un siècle. La portion de la côte où règne la température la plus basse, du cap Nord aux ilcsLofoden, est celle qu^atteint la faune caractéristique du bassin arctique. Les côtes d'Islande, dont la température de l'hiver est celle du cap Nord, montrent aussi une association de mollusques arctiques.
La surface de la Baltique éprouve un froid d'hiver beaucoup ^ au-dessous de celui de la côte occidentale de la presqu'île Scandinave, qui lui correspond en latitude. Ainsi à l'extrémité su- ^ \ périeure du golfe de Bothnie la température est celle de la côte ^1 arctique. Dans le golfe de Finlande on a le froid du cap Nord. Celle basse température de la partie septentrionale de la Bal- ^^ *l ^9*e explique la pauvreté de sa faune, comparée à celle de sa ^\ partie sud.
En deliors de l'Europe, la mer d'Aral et le nord de la mor
Caspienne ont des températures d'hiver semblables à celle de Tocéan Arctique.
Des environs de Uergen aux parties méridionales de la Suède et de la Norwége s'étend Tassociationde mollusques et d'autres animaux qui constituent la faune boréale ou Scandinave, Avec une température d'hiver un peu plus élevée que la précédenle, celte partie de la côte occidentale d'Europe montre un accroissement notable dans les éléments composants de sa faune, comparée à la faune arctique.
Les côtes des iles Britanniques, les golfes intérieurs elles détroits qui les séparent ont une température d'hiver qui se maintient entre 4°, 44 et 0**. C'est Thiver froid du nord de l'Adriatique et des parties sud de la mer Noire et de la Caspienne.
La r^{/ion crf/i^u^ est plus riche que les précédentes ; les formes du sud commencent à s'y montrer, et nulle pari la relation directe de la distribution des animaux avec la température n'est plus frappante. Lorsque la mer gèle, comme dans Vhiver de 1854 à 1855, on peut juger de l'elTet du froid sur une parli^ de la faune qui s'y trouve exposée. Les surfaces couvertes d'eaux peu profondes laissées par la marée basse ainsi que les vases et les plantes marines mises à découvert furent gelées, et les animaux de la zone littorale périrent pour la plupart. PendaYil plusieui^s moiS) dit M. Âusten, on vit sur la côte sud de l'Angleterre, le long de la ligne des hautes marées, les débris accumulés des mollusques littoraux morts de froid. Il en fut ilc même dans leFirth de Forth,.en Ecosse, et les possesseurs de parcs à Huîtres savent aussi les ravages qu'exerce la gelée lorsqu'elle atteint les mollusques qui font l'objet de leur industrie. On conçoit donc qu'une suite d'hivers, dont la température serait inférieure de quelques degrés à la njoyenne habituelle, suffirait pour détruire toute la faune de la zone littorale comprise entre la haute et la basse mer; elle altérerait les proportions relatives actuelles des espèces côtièrcs et donnerait à la faune marine, prise en général, un tout autre caractère.
Une température moyenne d'hiver de 12'',22 règne le long des côtes sur le pourtour de l'Espagne, de la Sicile et delà Grèce. Gibraltar et les cotes sud de la Méditerranée ont une température plus élevée de quelques degrés.
Ainsi depuis Tocéan Arctique jusqu'au milieu de la Méditerranée la' différence de la moyenne température de Thiver est un peu plus de 27" (de 15" à H- 12%22 = 27"22).
L'influence de la température de Tété est le mieux marquée Température par l'extension ou la distribution des formes méridionales. Ainsi la partie des côtes d'Angleterre où Ton trouve au mois de juillet une moyenne de 18", comme les extrémités sud-ouest du Devonshire et du Cornouailles, est celle où Ton observe quelques formes rares de poissons et de mollusques méridionaux. Il y a, à ces relations générales entre la température et le caractère des faunes, des exceptions qu'il est nécessaire de mentionner, car elles peuvent servir à expliquer des anomalies plus ou moins analogues que nous rencontrerons dans l'étude des faunes géo-
Sur la côte nord de la Galice, [far exemple, la baie de Vigo montre, suivant M. Andrew, une association de mollusques d'un caractère tout à fait exceptionnel pour cette latitude et rappelant celui d'une* faune du Nord. Peut-être serait-ce un reste d'une faune antérieure de formes septentrionales et qui aurait conservé son aspect originaire par suite- d'une température locale plus basse comparée à celle du reste du golfe de Biscaye. Par le même motif, il n'est pas nécessaire de supposer que les formes méridionales qu'on observe à la pointe sudouest de l'Irlande proviennent de migrations du Sud, et elles résulteraient des conditions locales particulières de cette côte sous le rapport de son exposition et de sa température. Quant à cette hypothèse de migration, nous aurons occasion d'yrevenir en traitant des dépôts quaternaires.
I^es considérations précédentes ont aussi engagé M. Austen à Associations rechercher les causes de ces associations locales de formes or- ^'^l^* ganiques du Nord que Forbes désignait sous le nom à'oulliers mo»usqucs dans plusieurs parties de la région celtique. On ne peut se
rendre compte de leur présence par aucune circonstance en rapport avec la disposition actuelle des courants ou tout autre mode de transport. On trouve de ces réunions particulièrement dans le voisinage de laClydc, autour des Hébrides et sur la côte orientale du Firth de Murray. Il est probable qu'il y en a d'autres près de Nymph-Bank, sur la côte sud-est de l'Irlande et dans la mer d'Allemagne. Ces lambeaux isolés sont ordinairement situés dans une dépression profonde de 145 à 182 mètres et davantage, constituant des associations de mollusques plus septentrionaux que la région au milieu de laquelle ils se trouvent compris (Cetnoria noachina^ Tricliotropis borealis^ Natica groenlandiea^ Astarte ellipticaj Nuculapygmiea^ Terebratula caputserpentis^ Ciwna norwegica^ Emarginula crassa^ Lottia fitka^ Peclen danicus^ Nerxa cuspidata^ /V. costata^ iV. abbreviata). Ed. Forbes a essayé d'expliquer ces particularités en supposant que le lit de la mer, lorsque la faune générale avait mi caractère plus septentrional que de nos jours sous cette même latitude, fut soulevé et qu'alors des portions les plus profondes où vivaient certaines formes^particulières restèrent submergées. Une partie de l'ancienne faune aura été détruite, et les espèces qui pouvaient supporter des modifications dans leur extension verticale auront continué à vivre, tandis qu'une nouvelle faune sera venue peupler les parties les moins profondes après le soulèvement. "Ces circonslances ont dû produire par places le mélange des deux faunes, comme l'a constaté M. JefTreys. Sur le Turbo-Çank de la côte d'Antrim, par 45 mètres de profondeur, on a rencontré 21 espèces de coquilles arctiques, boréales, celtiques et lusitaniennes, toutes mélangées et vivant ensemble. On conçoit d'ailleurs que des modifications dans la direction des courants marins, dans le relief des continent* voisins et bien d'autres causes peuvent ne pas se faire sentir à de grandes profondeurs et à une certaine distance des côtes, et par conséquent ne pas influer sur les populations qui les habitent, tandis qu'elles réagissent sur celles de leur voisinage immédiat. L'étude des terrains nous offrira souvent des effets semblables.
Malgré la tendance de la surface des masses d'eau à se mettre Température en équilibre de température avec celle de Tair qui repose des- i^ ^^„^ sus, de nombreuses expériences ont démontré que, dans unelarge zone s' étendant à environ 50"* au nord et au sud de l'équateur, la moyenne température de la surface deFOcéan est un peu supérieure à celle de l'air. En outre, il existe une ligne s'étendant (l'un pôle à l'autre et suivant laquelle règne une température constante de 3^,89. La profondeur de cette ligne au-dessous de la surface varie avec la latitude. Sous Téquateur, elle est à environ 1500 mètres et elle atteint la surface même des eaux vers les latitudes N. et S. de 66^
On a dit combien s'augmentait la richesse de la faune atlantique lorsqu^on s'avançait du N. au S.; cette augmentation dans la variété des types spécifiques qui caractérisent les régions des latitudes méridionales a lieu surtout pour les zones littorales et sub-littorales comprises entre la haute et la basse mer, puis pour la zone des laminariées descendant à 27 mètres, et elle doit ctrc attribuée à l'influence de la température extérieure.
Or la ligne d'égale température dont nous venons de parler s'enfonce, à partir de la surface vers le Q6^ et en se dirigeant vers Téquateur, à raison de 39'",52 par degré de latitude, de sorte que, sauf les conditions de lumière et de pression, il y a, sous chaque latitude, un point ou mieux une zone déterminée où les formes organiques boréales et arctiques retrouvent leur température originaire. On pourrait donc supposer a priori Texistence d'une distribution de formes arctiques suivant des lignes bathymétriques de température. Ainsi un animal exigeant une température donnée, de i^ par exemple, devra s'enfoncer de près de 40 mètres pour chaque degré qu'il émigrera vers le S. De même, si Ja température d'une certaine région venait à être élevée, les fonnes littorales devraient pour continuer à vivre descendre à une plus grande profondeur. Mais en réalité, ajoute M. Austen, il n'en est pas absolument ainsi dans la nature, r^xtension des espèces, dans le sens horizontal et dans le sens vertical, n'étant pas limitée d'une manière aussi absolue, et la relation de la distribution en profondeur par rap-
20i ÉPOQUE MODERNE.
fragile et habitait, non le sable, mais au milieu d^une végétalion de Conferva crassa.
Sur les côtes du Devonshire et surtout dans les estuaires par lesquels les cours d'eau se jettent dans la mer, M. Cloyn Austeu a remarque que les mollusques qui vivent dans les anses de la côte où les eaux douces se réunissent aux eaux salées sont peu nombreux en espèces. Le Mytilus edulis vit près des ouvertures qui avoisinent le plus Teau salée. Le Cardium edule, la Maclra compressa^ les Venus verrucosa et reflexa remontent plus haut et sont très-répandues. A la marée basse et lorsque les eaux dès rivières sont hautes, ces mollusques sont complètement recouverts par les eaux douces et n'en paraissent pas souffrir. Les Pholas dactylus de la plage de Teignmouth sont à la basse mer recouvertes par Teau douce, et il en est de même des Tarets qui ont détruit les piliers *du pont où l'eau douce les baigne chaque jour pendant plusieurs heures.^
Les. genres d'eau douce, proprement dits, ne paraissent pas descendre dans les estuaires pour s'exposer au contact de Teau salée. Ainsi les Unio^ les Limnées, les Planorbes, les Paludincs se tiennent à une certaine distance au-dessus des points où les eaux se mélangent, et leur présence dans Teau salée n'est due' qu'à une circonstance fortuite. Après la mort des animaux et leur destruction, les coquilles, devenues plus légères, sontfaci-» lemcnt entraînées lors des grandes cimes, et, transportées avec les sédiments, elles sont déposées sur les côtes voisines de l'embouchure des ruisseaux, des rivières et des fleuves avec les produits marins du littoral.
Plus au sud, comme dans la région lusitanienne, poursuit M. Austen, les gastéropodes d'eau saumâtre précédents soi*^ remplacés par des Cérites, des Mélanies, des Arapullaires. Le^ Corbules, quoique quelquefois des mers profondes, suivent Ic^ habitudes des Myes, et, dans les régions plus chaudes, se montreutdans les eaux saumàtres. Une modiPication graduelle de^ formes peut être tracée depuis le type de vraies Corbules jusqu'à ccliii des Potamomyes, suivant la nature du milieu dans lequel les coquilles se trouvent. Les Corbules vraies ont été rencontrées
lUSTRlBUTlOiN DES ANIMAUX AQUATIQUES. 205
aux divers passages des eaux douces aux eaux salées lorsqu'on remonte jusqu'à la série crétacée, puis dans les couches fluviomarines tertiaires de File de Wight, où abondent les Potamo-
Les conditions analogues produisent d'ailleurs des associations analogues, ainsi que cela ressort de la comparaison des faunes de la Baltique et de la mer du Nord.
Beaucoup de mollusques pulmonés des iles Britanniques se sont habitués aux. eaux peu salées du golfe de Bothnie, et il en est de même dans la mer d'Azof. Sur les côtes de TAsic Mineure, Ed. Forbes a fait connaître les changements occasionnés, par les divers degrés de salure des eaux, dans les caractères de certaines formes d'eau douce, de même que les modifications réitérées des eaux douces, saumâtres et salées, surlesPaludines, les Mélanopside^et lesNéritines. Ces geqres oDrent trois modes de changements si singuliers et si différents qu'à la première vue on croirait avoir soùs les yeux des espèces
Nous avons déjà dit, d'une manière générale, que la nature NouveUes' ^ de la ligne des côtes et la composition des dépôts qui consti* "^^^ "JJÎ"'^* tuent le lit de la mer, à différentes profondeurs, exercent une *'*"U^"*^® influence réelle sur le caractère général et la richesse de la vie circonsiances manne. Amsi les coquilles qui vivent fixées ou qui perforent Jes cavités pour s'y loger exigent des roches solides, résistantes. Les Myiihs, les Chitons, les Patelles, les Haliotides, '««Cyprées, etc., occupent les côtes rocheuses et pierreuses; quelques coquilles perforantes préfèrent ou exigent des roches calcaires, telles que les Gastrochènes, les Saxicaves, les Li- Ibdomes. Les Pholades ont été rencontrée3 dans des grès quartes et même dans des roches cristallines anciennes.
L'abondance des plantes marines détermine, dans les zones
supérieures, celle des Phasianelles, des Rissoa^ des Lacuna et
desLittorines. Les côtes granitiques 6t celles formées de schiste
ou de grès semblent être plus favorables à la végétation marine
que les roches calcaires. Les sables sont surtout habités par les
Jfyes, les Solen^ les DonaXj les Tellines, les Mactres, les Tapes j
les Venus; etc. Dans toutes les mers, une grande quantité de coquilles habitent les vases sableuses ou boueuses, mais il y a, en avant de la plupart des lignes de côtes, une bande de sable f pur, comprise dans le mouvement des marées, qui, après un
certain temps, est entraînée de nouveau et que Ton peut ap- ])eler la zone de sable du drift. Cette zone est, on le conçoit, Irès-défavorable au développement de la vie marine, et Ton n'y trouve que des fragments de coquilles provenant des autres zones. N. Austen a pu' draguer Tespace do 50 milles sur une côte semblable sans rencontrer un seul être vivant.
Les Scrobicularia^ les Nesera^ les Isocardia se plaisent dans les boues profondes. Mais les plages de cailloux, qui vers le bas passent à des sables mobiles, ne sont pas favorables à la vie animale. Plus au large, et sur les points où les bancs de Peignes sont établis, il y a ordinairement une faune de mollusques plus riche, plus variée, ainsi que des Ophiured\
Les roches qui s élèvent brusquement des eaux profondes ne peuvent être parcourues par la drague non plus que les fonds rocheux, mais la quantité de coquilles mortes trouvées dans le voisinage montre que les conditions de ces surfaces favorisent le développement de la vie marine. Les gastéropodes y abondent ainsi que les bryozoaires branchus.
Disiriimiion Les coquil Ics bivalvos ont une plus grande extension ou districompara ive j^^^j^^ ^^^ j^^ gastéropode8,mais les proportions relatives de ces ""^^dàjw"^* ^^^^ divisions des mollusques dépendent, pour chaque faune les merit localc en particulier, de la nature de la côte. La grande disproportion qu'on observe entre eux sur les côtes rocheuses des iles Canaries, par exemple, tiendrait à cette cause. Les gastéropodes rampants y soot très-abondants, tandis que la plupart des bivakes sont des espèces fixées d*Huîtrcs, de Spondyles, de Chames,ctc.
Dans la mer du Nord, depuis le Firth de Murray jusqu'aux fiords de la Norwége méridionale, s*il arrivait que les dépôts actuels fussent émergés, oh verrait, sur une étendue de plus de 120 lieues, une association de coquilles spécifiquement identiques. Le long des côtes qui circonscrivent le bassin arctique, il y a aussi, dans le nord de Tancien .comme du nouveau con-
tinenl, une correspondance des formes spécifiques, et les espèces arctiques sont communes aux côtes nord-ouest du Finmark et aux côtes nord-est du Groenland .
La grande faune méditerranéenne est distribuée avec une unirormité frappante, et il en e^t de même de celle de la mer Rouge. Ces surfaces, considérées relativement à l'identité des espèces qu'elles' renferment, sont désignées par Tauteur sous le nom A'isozoUiues. La moitié des coquilles des côtes nord du Massachusetts sont, suivant M. Âusten, communes aux côtes (l^Europe et appartiennent à la région boréale (i). Les deux taunes opposées sont seulement isozoïques en degré, mais elles sont équivalentes et appelées omoiozotques.
Comme les formes du nord décroissent en nombre à mesure qu'on s'avance vers le sud, des deux côtés de l'Atlantique, la proportion des espèces communes diminue, et la correspondance est alors maintenue par des formes représentatives plutôt que par des formes identiques, et le système des zones omoiozoïques se continue, même lorsque, comme dans le cas des Canaries cl des Antilles, il n'y a plus que deux espèces communes.
(P. 236.) Ces divisions pripcipales de TOcéan permettent, imporianco comme on i*a vu, d'en établir de moins étendues que nous des région», avons appelées provinces ou rétjions. Celles que Forbes avait feignées par les expressions A* arctique^ boi^éale^ celtique et la- '^itanienne^ le long des côtes d'Europe, ne seraient pas, suivant M. Austen, limitées d'une manière aussi absolue que le pensait son savant collaborateur. Les cbangemcnts seraient progressifs Jans toute Tétendue ; seulement lorsque les coupes des côtes d'Europe «ont prises à de grandes distances, comme lorsqu'on compare la faune du canal de la Manche avec celle de Lofoden, les différences sont très-considérables. Mais ensuite, que des ^upes ou divisions faites entre ces deux points constituent 'ïncou plusieurs régions, c'est une question purement relative et qui dépendra de Topinion que l'on se fait de la quantité
''espèces qu'une région doit avoir en propre pour constituer
[^) On verra plus loin que celte appréciation est très-coftlestéo.
une unité régionale. Ces sous-divisions, au lieu d'être aussi ri goureuses que Forbes l'avait cru, seraient simplement couver tionnelles et leur degré d'importance ou leur plus ou moins d différence dépendra du plus ou moins d'étendue qu'on leu assignera.
Ainsi, pour M. Woodward, il faudrait qu'une province ou région eût la moitié de ses espèces qui lui fussent propres, et, dans ce cas, les régions précédentes seraient trop nombreuses; mais si leurs caractères ne sont pas assez tranchés, elles peuvent néanmoins ôtre encore utiles dans la pratique. Â proprement parler, les provinces lusitanienne et septentrionale seules rentreraient dans le principe précédent quant au nombre des espèces propres, et la région celtique établie sur le mélange et les caractères mixtes de sa faune n'aurait pas la même valeur que les autres.
En comparant les mollusques de la côte nord de TEspagne, y compris les espèces de la baie de Vigo, avec ceux de la côte sud, M. Mac- Andrew a trouvé que 246 espèces britanniques sur 406, ou 61 0/0, étaient communes à la côte nord, tandis que les espèces du sud sont au non\bre de 227 ou dans la proportion de 56 0/0. Des 19 espèces Scandinaves qui atteignent l'Espagne, aucune ne dépasse le cap Saint-Vincent. Au-delà de ce point le^ caractères de la faune lusitanienne deviennent plus prononcés, de telle sorte, .dit l'auteur, que s'il est rigou-. reusement nécessaire de réduire à 2 le nombre des régions ou provinces, il peut être convenable de les subdiviser, et de la sorte la région lusitanienne septentrionale s'étendrait du cap précédent aux îles dç la Manche.
Lorsqu'une faune marine devient plus nombreuse, ce qui a toujours lieu lorsqu'on s'avance du N. au S., la proportion de Tapparition ou de la disparition des espèces dans telle ou telle direction est inégale. Ainsi sur 212 espèces du nord de l'Espagne, 29 ne dépassent pas le cap Sainl-Vincont, et déplus de 352 des côtes de Portugal et de l'Espagne au S. de ce même point 140 n'ont pas été observées au nord jusqu'à Vigo.. Si, au contraire, la tendance à la diffusion était égale, le nombre de
celles-ci, qui ne passent point au nord, serait d'environ 50 ; or le long des côtes de TAtlantique d'Europe, les éléments septentrionaux de la faune des mollusques ont une distribution au sud plus grande que les formes méridionales ne Vont vers le nord. Pour se rendre compte de Tancien état des conditions physiques de la terre, il faut donc prendre en considération les lois de la distribution gèographiqiie,''de l'arrangement en profondeur des animaux marins et de la nature des sédiments qui constituent le fond.
(P. 259.) M. Austen fait voir qu'une faune marine n'est point une association d'éléments constants, et qu'en remontant de l'époque actuelle dans les périodes géologiques les moins anciennes on suit les modifications qu'elle a éprouvées sur le même point, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, comme nous aurons occasion de dire en décrivant les faunes antérieures à celles de nos jours.
De son côté, M. Jeffreys, ayant démontré que plus de 30 t^pèces que l'on croyait propres aux mers britanniques se retrouvaient dans la Méditerranée, est encore venu modifier ce que les régions de Forbes avaient de trop tranché.
On voit donc que les résultats si positifs que ce dernier avait (l'abord proclamés dans ses huit zones bathymétriques de la roer Egée et les six rétjions des mers d'Europe se trouvent singulièrement modifiés et atténués; il ne reste, pour ainsi (lire, dans les deux sens, horizontal ou géographique, vertical on en profondeur, que des modifications graduelles comme dans 1^ Faunes anciennes; mais reconnaissons que l'impulsion donnée par lui à ce genre de recherches n'en a pas été moins fructueuse.
Si nous considérons maintenant la loi de distribution des Disinbuiion ^fkcs dans im genre donné, nous verrons que la zone du plus espèces Srand développement est celle qui renferme le plus de formes ** joimé "* spécifiquement différentes. Dans la mer Egée, Ed. Forbes a Irouvé que le genre Cardium atteignait son maximum entre >6 et 63 mètres de profondeur, où il est représenté par 6 çpèces.; le genre Pecten^ entre 109 et 145 mètres, où il en H. Dans l'un* et l'autre cas, les zones dans lesquelles ces
210 ÉPOQUE NODEBNE.
genres sont le plus complètement représentés numériquement sont très-différentes. Les individus de toutes les espèces de Cardium réunies n atteignent pas le nombre de ceux du seul Cardium eduJe qui vit dans les 4 premiers mètres à partir du rivage. Il en est de même du Pecten operculariSy à une profondeur un peu plus grande.
Les Rissoa^ comme on jîouvait le prévoir d'après leurs habitudes et leur nourriture, ont leur maximum d'espèces dans la zone sub-littorale, où ils abondent aussi numériquement. Partout où ces deux circonstances se rencontrent et sont combinées on a la preuve qu'on a sous les yeux une couche de rivage. Ce genre a d'ailleurs des représentants dans les eaux profondes. Dans cette même mer de l'archipel grec, le genre Trochus a son maximum entre 1 8 et 36 mètres, mais l'excès est trèsfaible et Ton peut dire que le genre est complètement représenté de 0 à 1 80 mètres, d'où il suit qu'il n'est pas très-caractérisliquc d'une profondeur donnée. Les Pleurotomes ont leur maximum de 63 à 100 mètres. Au-dessus et au-dessous leur nombre décroît graduellement. Sur plus de 24 espèces, la moitié a oie rencontrée dans ces limites. Aucune n'est littorale, et i seule (P..ab}issicola) a été trouvée au delà de 180 mètres. Dans les mers qui entourent 1rs îles Britanniques, ce genre appartient
- aux eaux les plus profondes et il en est de même de la région
intermédiaire de l'Atlantique lusitanienne. Enfin, bien au delà des zones où existent des faunes en relation avec le sol, de vastes espaces sont habités par des animaux aux habitudes pélagiques, dont la structure délicate n'a rien à y craindre dn contact des corps solides ; c'est la zone des libres nageurs, des ptéropodes, des nucléobranches, des céphalopodes, etc.
nccrhcrthcs En ce qui concerne particulièrement la distribution des mol- M. Mac- lusques le long des côtes d'Europe, du cap Nord aux îles Canarines, on doit à M. Mac-Andrev«^ des recherches intéressantes dont nous exposerons les principaux résultats. Il a d'abord fait voir (l) comment se composait la faune dans toute celte éten-
(1) On the geograpliical distribution of lestaceous moUiUica, etc. In-8, IJverpool, 1854. ,
Ânilrcw.
due, ses modifications à mesure qu on descend au S. et les espèces communes aux côtes de TAmérique du Nord, puis, dans un rapport publié en 1856 (l), il a donné un tableau comprenant 750 espèces obtenues par ses dragages, exécutés par lui sur 43 degrés de latitude et indiquant l'extension horizontale et verticale de chacune d'elles, le point de leur plus grand développement, la nature du fond, etc. Un second tableau est plus particulièrement consacré à faire voir la distribution géographique de ces espèces, parmi lesquelles il compte 2Î5 acéphales, 14 ptéropodesèt 460 gastéropodes.
Les mollusques acéphales, dit l'auteur dans ses conclussions, ont une extension en profondeur ou bathymétriquc plus grande que les gastéropodes ; plusieurs espèces vivent à tous les ni • veaux depuis le bord de la côte jusqu'à 200 mètres et davanlagc. Ces espèces ont en même temps la plus grande extension géographique ou horizontale (Saxicava arcticay Vetms striattûa^ Y. ovataj Lucina boreahSj etc.). Elles atteignent ordinairement leur plus grande taille dans les eaux peu profondes. USaxicuva arctica est la plus cosmopolite de ces espèces, car elle a été observée jusqu'à plusieurs centaines de mètres de profondeur au Spitzberg, dans les mers de la Chine, dans le détroit de Behring, sur les côtes de la Californie et sur celles de l'Australie (2).
(1) î\ep, on ihe marine testaceous mollmca oflhe N. E. Atlantic and «#&. 5^05. (Rep. Urit, Assoc. for 1856.)
(2) \A}lya arenaria ne passe point, à la vérité, dans Théniisphère austral, "ï^is c'est cerlaineinent l'espèce la plus cosniopoiitc de l'hémisphère boréal; ^f» en turope, elle manque seulement dans les mers intérieures. Suivaïit Jine note que nous devons à robligcance de M. P. Fischer, la Myaarenaria "<^cend de l'Océan glacial arclique le long des côtes de iNorwége, des îles •^•^lanniques. de la France, mais sans dépasser les cotes du golfe de Gasco- ?De» où elle vil dans le voisinage des esluaires entre le 43" et le 45" lat.
^ 1 est, elle habile les cotes nord de la Russie et de la Sibérie, où M. Middendorff la signale à la Nouvelle-Zemble, vers le 75". Plus loin, dans cette «irection, elle existe le long du détroit de Behring et des îles Alcoutiennes. l^énétrant ensuite dans le Grand Océan, elle a été recueillie au Kamtchatka, °^^ la mer d Okhotsk, dans celles du Japon et du nord de la Chine, à Tohé- 'oy. Sa limite sud serait ici comprise entre le ?iO" et le 40* lat., c'esl-à-dirc
Mais à ces diverses profondeurs les espèces présentent des modifications plus ou moins prononcées. En général, les individus qui vivent le plus bas ont une taille moindre, leurs couleurs sont moins vives et le test est moins solide.
Les espèces du nord diminuent beaucoup de grandeur en descendant vers le sud, mais l'inverse n*a pas lieu pour les espèces du sud, dont un certain nombre s'accroissent, au contraire, en atteignant leurs limites nord. Ainsi la Ringieula auricuJata et la Mactra rugosa atteignent leur maximum de développement dans la baie de Yigo, VHaliotis tuberctdata à Guernesey et la Tellina balaustina à Touest de Tlrlande et dans les Hébrides.
La répartition exacte des mollusques marins par provinces ou faunes est, comme on vient de le dire, loin d'être aussi tranchée qu'on Tavait cru d'abord. Les faunes arctique et tropicale sont, à la vérité, assez bien limitées par les zones géographiques qui les désignent, sauf que la première s'avance de quelques degrés en dedans du cercle arctique à cause du courant dirigé vers le N., le long de la côte de Norwége, mais la division de la zone tempérée en régions boréale^ celtique et lusitanienne ou méditerranéenne^ donne lieu à diverses observations.
Ainsi les deux séries de mollusques de différents types s'avancent Tune vers l'autre des régions sub-arctiqucs et sub-tropicales. Dans leur marche, chacune perd beaucoup de ses types les plus caractéristiques qui s'éteignent l'un après l'autre de manière que, lorsqu'elles arrivent à se joindre, les espèces qui
plus basse que dans les mers d'Europe (Grosse el Debeaux). Par les iles Àléontiennes elle joint les côtes d'Amérique : on l'a trouvée à Tile Sitka, entre les archipels du Roi-Georges et de la Ueino -Charlotte.
Si des côtes d'Europe on se dirige à TO., on rencontre encore la Mya arenaria au Groenland (Fabricius), dans la mer de Baffin, au détroit de Davis, sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre (Stimpson), du Massachusetts (Gouldjct de la Caroline du Sud (Gibbs), entre le S^^» et le 35Mat.,sans qu'elle atteigne le golfe du Mexique. Ainsi, dans l'hémisphère nord, eUe s'étend du 50" au 80" lat., et après son circuit polaire semble envoyer au S. quatre grandes colonies : européenne, asialif^ue, américaine-pacifique, américaine^atlantique.
DÎSTRl'BUTION DES ANIMAUX AQUATIQUES. nz
ont persisté sont en petit nombre et ne sont point les plus caractéristiques des régions extrêmes nord et sud. RemarquoTls ici que les formes typ*iques de la faune arctique descendent loin, vers le S., tandis qu'à peine un des types caractéristiques des mers chaudes remonte-t-il vers le N.
Pour arriver à une égale distribution des mollusques dans les zones tempérées, il est nécessaire, suivant M. Mac-Andrew, d'admettre une faune intermédiaire s^étendant plus ou moins dans le domaine des deux autres et ayant son principal déve. loppement à leur point de rencontre. Celui-ci se trouverait par le 50" lat., et le canal de la Manche marque, en effet, la limite de quelques espèces caractéristiques du nord (Buccinum undaftim, Fusus antiquus^ Cyprina islandica)^ aussi bien que des genres (HaliotiSj Lachesis^ Calypîrx, Venerupls^ Gastrochxna, Auriada) et de nombreuses espèces des types sud.
Il n y a point d^ailleurs de ligne tranchée ; le passage des faunes est graduel, et cette faune intermédiaire pourrait être comprise entre le 45** et le 55° de latitude, embrassant ainsi la plus grande partie de la baie de Biscaye et une portion considérable de la mer du Nord. Les espèces les plus caractéristiques clquiy atteignent leur plus grand développement sont : Pur- Pttra lapUlus, Natica monilifera^ N. ni/tdfl, Trochus zizyphi- «w, Laeuna puteolus, L. pdlidula^ les Pholades des côtes d'Angleterre, Mactra solida^ Tellina crassa^ Pecten opercula- ^i«, P.pfisio, Venus strialida.
Le changement, quoique graduel, est cependant plus prononcé sur certains points que sur d'autres; ainsi lecapSaint- Hncent est peut-être la limite nord d'environ 100 espèces du ^d, sans être pour cela une limite comparable pour les espèces du nord.
Le sud de TÉcosse est une limite analogue pour les formes du nord, et des 135 espèces de Norwége qui atteignent les côtes d'Ecosse, 42 manquent dans le midi de l'Angleterre.
Quant à la faune de la Méditerranée, elle peut être regardée comme une dépendance de celle de TAtlantique tempérée nord, avec laquelle elle s'accorde dans ses caractères généraux.
quoique possédant quelques particularilés résultant de sa position isolée.
Nous nous sonnmcs étendu sur la distriliution des êtres organisés en profondeur et géographiqucment dans les mers qui baignent les côtes d'Europe, parce que ce sujet y a été traité d'une manière générale, plus théorique et plus complète que dans les autres mers du globe, et qu'en outre les recherclies spéciales d'Ed. Forbes, de Lôven, de Mac- Andrew, etc., et le travail de M. Austen lui donnaient un intérêt particulier; aussi passerons plus rapidement sur ce que nous avons à dire relativement à la distribution des mollusques, en dehors des limites où nous nous sommes renfermé jusqu'à présent. Divisions M. Woodward, dans son Manuel des Mollusques (i)^ a prc- M. s. i*. sente le développement géographique actuel de ces animaux Moodwani. qyj intéressent ])articulicrement le paléontologiste et le géologue, en les répartissant dans des i*rouinces ou régions marines au nombre de 1 8 pour toutes les mers, et dans des provinces ou régions 'continentales insulaires ou tenestres au nombre de 27 pour les continents et les îles. Examinons rapidement cette distribution, dont on peut se faire une idée en jetant les yeux sur la pi. i , ci-après. . Provinces Saus revenir ici sur le§ régions marines de Touest, que nous ou régions, avous vues désiguécs par les noms de arctique j boréale^ celli- 1- î'Ts* i; V^^ ^^ lusitanienne j et dont le nombre des espèces propres est -vmru ï*®pï*^senté par les chiffres 100, 200, 250 et 450, nous passerons de suite à la région aralo-caspienne qui se trouve dans des conditions particulières.
La Caspienne et l'Aral sont les seules mers intérieures qui aient des coquilles qui leur soient propres ; mais les 20 espèces citées et dont la moitié se retrouvent dans les calcaires des steppes qui bordeîit le bassin de la mer Noire, de même que Il grande dépression des deux mers intérienres, les observations plus récentes de M. Spratt, qui tendent a prouver que les coquilles voisines des Cardium^ imprimant à celte faune
(1) A manual of UieMolltisca, in-12, avec ph, ïiondres, 1851-50.
' n piocs.
un caractère particulier, ne vivent pas aujourd'hui dans les eaux saiimâlres mais dans des. lacs complètement d'eau douce,, enfin Tabsence de dragages ou de recherches bathymétriques faites avec soin, tels sont les motifs qui ne nous permettent pas d'asseoir encore une opinion bien précise sur cette faune d'ailleurs très-pauvre en genres et en espèces et dont^ aucune des dernières n'a de caractère marin bien prononcé (l).
La région de V Afrique occidentale entre les tropiques, y c* réjiion. compris celle des côtes de Sainte-Hélène, est très riche en mollusques. 500 espèces lui sont propres, mais il reste beaucoup à faire pour avoir une idée complète de cette faune, malgré les recherches d'Adanson, de Cmnch, de Cuming, etc.
La faune du sud de r Afrique a peu de caractères communs 7- r6i:ion. avec celle de la côte occidentale; elle en a davantage avec celle de l'océan Indien, comme on pouvait le prévoir d'après la direction des courants. D'un autre côté il y a une association particulière qu'on n'observe point ailleurs, et le cap des Tempêtes forme une barrière entre les populations des deux grands Océans presque aussi complète que la pointe de l'Amérique du Sud. Des 400 Cvspèces mentionnées dans cette région, plus de 200 lui sont propres, et beaucoup de celles-ci sont d'un petit nombre de genres littoraux. 1 1 espèces seulement se retrouvent sur les côtes du Sénégal, tandis qu'il y en a 18 dans la mer Rouge et 16 dans les mers d'Europe.
U région de l* océan Indo-Pacifique est de beaucoup le plus g* région, gfand espace dans lequel les mollusques et les autres animaux marins testacés aient été reconnus. Elle s'étend de l'Australie au Japon et de la mer Rouge et de la côte orientale de l'Afrique à l'île Easter dans l'océan Pacifique, comprenant ainsi 'es 5/5 delà circonférence de la terre et 45° de latitude. Cette ; grande région peut être, à la vérité, subdivisée en sous-régions,
(t) Nous trouvons 20 espèces signalées dans ces deux mers (p. 365), et ^ns son tableau général, p. 407, Tauteur a mis le chiffre 50. Nous ne pouvons pas d'ailleurs y comprendre celles qui n'ont clé signalées que dans les calcaires des steppes et qui sont au nombre de 14. (Voy. Murchison, de 'cnieuil et de Keyserling, hussia in Etiropa, etc., p. 297.)
2ie ÉPOQUE MODERNE.
telles que la mer Rouge, Madagascar j le golfe Persique^ etc. ^ mais il y a un nombre considérable d'espèces qui se retrouvent partout et donnent à l'ensemble un même fades général.
Suivant M. Cuming, plus de 100 espèces des côtes orientales. d'Afrique sont identiques avec celles qu'il a recueillies aux Philippines et dans les îles de coraux de Test du Pacifique. Ces il^s de polypiers sont d'ailleurs le refuge et l'abri d'une multitude de mollusques et d'autres êtres marins particuliers. Le noml> v^cî • des espèces de cette région est de plusieurs milliers. Ain^î^ M. Cuming, qui a recueilli 2500 espèces de coquilles marii:!^^' autour des îles Philippines, estime qu'il y en a encore un mille de plus, et M. Woodward porte à 4000 le nombre des espco:c?"S particulières à cette 8* région. Il y cite entre autres 120 cispèces de Cônes, 100 Pleurotomes, 250 Mitres, 40 Columbell^s, 50 CyprxOj 50 Naiica^ 30 Chitons, 50 Tellines, etc. Parmi los 68 genres les plus caractéristiques de cette grande régioi^, 40 n'ont point de représentants sur les côtes d^Europe; n~io.îs la moitié de ce nombre se retrouve à l'état fossile dans les dépôts tertiaires de cette dernière partie du globe. 10 genres s« représentent sur la côte occidentale de TAmérique.
La mer Rouge a offert à MM. Ehrenberg et llemprich 408 espèces, dont 74 sont communes à la Méditerranée, ce qui indiquerait une communication directe entre ces deux mers dep« îs l'existence d'une grande partie de la faune actuelle, corciï'i^c M. Valenciennes avait pu le supposer d'après un nombre d*^^" pèces bien moins considérable; 40 de ces espèces se retrou v^^^*^*^ aussi dans l'Atlantique y auraient émigré par la Méditei^i*^* née pendant la période quaternaire ; les autres qui vicnnenft^ "^ la région indo pacifique remontent peut-être à une cpocj^^^ plus ancienne. Les genres de la mer Rouge qui manquent dn^ «^^ la Méditerranée ont surtout les caractères de ceux de la m ^^ des Indes.
Golfe Persique. La zoologie marine du golfe Persique n'a |>^^ été suffisamment explorée pour qu'on en induise quelqix^^^ données particulières, et les côtes de Kuracbee ont apporté a«^^
DISTRIBUTION DES ANIMAUX AQUATIQUES. 2i7
recherches de M. Baker un assez grand nombre d'espèces, les unes connues, les autres nouvelles.
La 9* province^ comprenant les mers de ï Australie et de la »• région. Nouvelle-Zélande^ la plus éloignée de la région celtique dont elle est l'antipode, est aussi celle qui en diffère le plus par sa faune. Beaucoup de ses genres sont complètement inconnus en Europe, soit \ivants, soit fossiles, et quelques-uns y sont fossiles, mais d'une période déjà ancienne. 9 genres sont propres à celte région, 27 y atteignent un développement particulier, et 9 se retrouvent à de très- grandes distancer sur les côtes de la Terre-de-Feu, du Chili, de la Palagonie, de Tlnde, du Japon, du Cap et des mers arctiques. 400 espèces lui seraient particulières, mais ce nombre ne résulte sans doute que du peu de recherches spéciales faites jusqu'à présent dans cette région (i).
La province du Japon, comprenant les îles de ce nom et la lo- région. Corée, représente la faune lusitanienne ; elle est connue par les bâtiments marchands hollandais qui ont eu longtemps le privilège exclusif du commerce avec ce pays ; M. Woodward en porte la faune particulière des molFusques au chiffre de 300 espèces.
De même, la région boréale de TEurope est représentée *»' région, dans l'océan Pacifique du Nord par la région des tles Aléou- ' tiennes^ où, suivant M. Middendorff, on retrouve les mêmes . genres et beaucoup d'espèces identiques ; en outre, 100 espèces paraissent y être propres. Quelques espèces'd'HaHotides y montrent l'influence du courant des cotes d'Asie, tandis que d'autres indiquent ses rapports avec la faune de la côte occidentale d'Amérique.
Considérées dans leur ensemble, ces longues lignes de côtes côtc» qui s'étendent du SO"" de lat. nord au cap Horn présentent des de
rAmérique.
(1) De ce que quelques espèces de genres représentés surtout dans le Généralués. terrain tertiaire inférieur et dans le terrain secondaire, telles que les GrassateUes et les Trigonies» ont été trouvées vivantes dans ces mers, on s'est empressé d'établir une certaine- relation entre la faune actuelle de Li Nouvelle- Hollande et la faune oolitique, par exemple, mais de pareils rapprochements ne prouvent en réalité que Tirréflexion de ceux qui les font.
218 ËPOQUE MODERNE. •
faunes de mollusques également distinctes de celles de l'Atlantique à Test, et de celles des parties centrales de l'océan Pacifique à Touest, car^ suivant M.. Darwin (l), il nW aurait pas une seule coquille qui fût commune aux îles de l'océan Pacifique el à la côte occidentale de l'Amérique. D*un autre côté, MM. Cuming et Hinds, qui ont pu comparer environ 2000 espèces provenant des côtes est et ouest du continent anréricain, n'ont trouvé que le Purpura paiula qui se rencontrât à la fois aux États- Unis, sur la côte de Panama et autour des iles Gallapagos, identification c(iii même a paru douteuse à quelques personnes. D'autres identifications d'espèces qui se trouveraient à la fois sur les côtes opposées du continent sont aussi révoquées en doute.
De 628 espèces recueillies par Aie. d'Orbigny sur les côtes méridionales de l'Amérique, 180 à Test et 447 à l'ouest, la Siphonaria Lessonii, qui s'étend de Valparaiso au Chili à Maldouado, sur lacôte de l'Uruguay, est la seule qui soit commune, circonstance que M. Darwin attribue au canal supposé de la rivière de Sauta-Cruz, qui réunissaitautrefois le Pacifiqueà l'océan Atlantique, comme fait aujourd'hui le détroit de Magellan.
Les espèces précédentes sont rangées dans 110 genres, dont 55 sont communs aux deux côtes, 54 propres à cdle du Pacifique, 21 à celle de l'Atlantique (2).
Dans Pocéan Atlantique, la faune des régions tempérées serait, suivant Aie. d'Orbigny, plus nombreuse que celîe des régions chaudes, et chacune de ces régions possède 4 à 6 fois plus d'espèces propres que d'espèces communes. Les côtes du Grand Océan donnent des résultats analogues. Ces conclusions sont d'ailleurs en contradiction complète avec celles que présente )!. Woodward d'après le^ observations des autres voyageurs et naturalistes.
Si Ton compare, ajoute d'Orbigny, les genres des côtes op-
il) Journ. of voyage^ ^, 391.
(2J Voy. dans l'Amer, mérid, t. V, p. 5; 1847.. Nous arons donne des cliiffres moindres d\'iprès une communication plus ouGiennc de l'auteur, — Compt. rend,, vol. XL\, 10 nov. 1844 (lUsL desprogrè de la yédogit. vol. I, p. i05); aussi uc les repro iuirons-uous pas ici.
posées, on trouve dans leur répartition des différences remarquables. Ainsi, dans 1 Atlantique, le rapport des gastéropodes aux lamellibranches serait : : 85 : 71, dans le grand Océan : H 29 : 76. La distribution si différente des mollusques surlesdeux côtes de l'Amérique méridionale parait tenir aux caractères orographiques très-différents aussi des côtes et du sol sous-marin. Sur le littoral du Grand Océan, les Cordillières élanl très-près de la mer, les pentes y sont plus abruptes, fort inclinées, et les rochers bien plus nombreux que les plages sablonneuses; il doitdoncy avoir infiniment plus de gastéropodes que de lamellibranches, et les genres qui dominent par leurs espèces doivent principalement vivre sur les rochers.
C'est Tinverse pour la côte de Tocéan Atlantique, où les plages en pentes douces se prolongent fort loin sous les eaux cl où les mollusques côtiers doivent vivre principalement sur les parties sablonneuses et dans les golfes tranquilles. Les différences organiques, produites ainsi par la disposition des deux cotes à la même latitude sont plus prononcées que celles qui sont dues à la différence des latitudes dans l'un et Tautre océan. D'après le même savant, qui s'est occupé de l'influence des courants et d'autres circonstances physicpies déterminant la station des animaux marins, les grands cours d'eau, Ws que ceux de l'Amérique méridionale, n'auraient aucun rfîel sur la composition des faunes marines voisines, conclusion encore opposée à ce que nous ont fait connaître les recherches plus récentes que noiis avons rappelées précédem. •îïent, et d'après lesquelles le degré de salure de l'eau et la proportion des eaux .douces apportées sur la côte par les rivières et les fleuves modifiaient sensiblement les caractères des faunes.
Les mers qui baignent les deux côtés du nouveau continent présentent, quant aux diverses associations de mollusques, les divisions ou provinces. suivantes :
I)ans la région de la Californie et de IVréyon^ i 1 espèces ii' région* remontent au N. vers 1 ile de Sitka par 58' lut. N., et peu d'csjHîccs s'étendent jusque dans la baie de Californie, qui appar-
tient à la province suivante ou de Panama. 250 espèces seraient propres à cette province (l).
13* n'^gion. La régioti de Panama s'étend de cette baie, ou mer Vermeille, à Payta, au Pérou, constituant une des plus grandes régions et des mieux caractérisées. Les coquilles de Mazatlan et du golfe au nombre d'environ 500, dont la moitié se retrouverait au S. le long des côtes de Panama et du Pérou, n ont que très-peu d'a> nalogues sur la côte ouest du promontoire de Saint-Lucas, d encore moins dans l'Atlantique ou dans le Pacifique.
Les coquilles des côtes de Panama sont au nombre de plus de 1500, dont peut-être aucune n'existe au delà; car celles qu'on a citées dans d'autres régions sont plus ou moins douteuses. En général, il y a une très-grande différence entre cette faune et celle de la mer ou province des Caraïbes, et le nombre des espèces qui y atteignent des dimensions considérables y est plus grand que dans cette dernière.
Autour des iles Gallapagos, M . Cuming a recueilli 90 espèces, dont 47 sont inconnues ailleurs, 25 se trouvent le long Je l'Amérique occidentale, les autres dans divers points du Graod Océan. 1 seule coquille est citée par M. Adam des deux côtés de risthme de Panama : c esih Crejndtdaungmfoiinis. Mais ce mollusque parait n'être qu'une forme anormale de différentes espèces résultant de son mode d'accroissement dans l'intérieur d'autres coquilles. Le nombre des espèces propres à cette province de Panama n'est pas moindre de 1000 (2).
14* région. La province littorale du Pérou comprend les côtes de Callao à Valparaiso, au Chili, et fournit une association considérable de coquilles particulières, mais dont les listes ne sont pas encore très-bien dressées, malgré les recherches d'Alc. d'Orbigny, de Cuming et de Philippi. De 160 espèces recueillies parlepre-
(i ) Sur la cote-occidentale de TOrcgon et de la Caliromie, H. P. P. Carpenter indique 305 espèces de mollusques. (Rep, Brit. Assoc,, 1856.— Check list of the shells of N, Amer, prepar. f, the SnUlhs. imtitulioti,
(2) Sur la côte occidentale du Mexique etde PaDama, M. P. P. Garpeoler indique 4489 espèces de mollusques. Ibid,
micr de ces naturalistes, la moitié est commune au Pérou et au Chili, tandis qu'une seule recueillie à Callao aurait été rencontrée aussi à Payta, située à peu de distance au delà de la limite de la région qui contiendrait 500 espèces propres.
La région des provinces magellaniqves comprend les côtes ^^' «"«j^'O" delalerrc-de-Feu, des îles Falkland et de la partie continentale de TAraérique du Sud, depuis la pointe Melo à Test jusqu'à Conception à Touest. Les c^tes sud et occidentales sont les plus exposées aux tempêtes furieuses de ces parages; sur beaucoup de points les glaciers descendent jusque dans la mer, et souvent le passage du cap Horn est embarrassé par les glaces qui viennent du pôle. Dans le détroit, bs plus grandes marées alteiguent 15 mètres. I.e long de la Terre-de-Feu, depuis le niveau de la basse mer jusqu'à 82 mètres de profondeur, végète l'immense Macrocystis pyrifera^ dans les rameaux duquel fourmillent, dit M. Dari^in, les Ascidies, les coquilles pateUiformes, les Trochus^ les mollusques nus, les Seiches et des bivalves fixes. Les roches à la* basse mer n'abondent pas moins en coquilles très-différentes de celles des latitudes nord correspondantes, et, lorsque les genres sont les mêmes, les espèces sont de beaucoup plus grandes tailles et plus fortement constituées. Cependant, conformément à la loi de décroissenient Vers les pôles, nous ne trouvons dans cette région, malgré la variété de ses habitants, que 100 espèces qui lui soient propres.
En remontant- au nord de Pôrt-Melo à Santa Catharina, non *6' «*égion. loin du tropique, la côte orientale de TAmérique du Sud, qui comprend la région ou province patagonienne^ a éprouvé des changements considérables depuis l'existence de la faune actuelle ou très-peu auparavant; nous en parlerons en traitant des 'ïépôls quaternaires. De 79 coquilles recueillies par Aie. d'Or- Wgny sur .la côte nord de la Patagonie, 51 lui sont propres,
1 se trouve aux iles Falkland et 27 à Maldonado et au Brésil.
AMaldonado, de 37 espèces 8 sont propres à cette localité,
16 se retrouvent au nord de la Patagonie, 2 à Rio et 17 au
Brésil. De celles-ci 8 se continuent dans la mer des Antilles.
Cette région, bien qu'elle s'approche du tropique, n'aurait,
suivant les connaissances actuelles, que 170 espèces propres.
17* région. La fégion désignée sous le nom de cardibéenne comprend le golfe du Mexique, les Antilles et la cote orientale de TAmérique du Sud jusqu'à Rio- Janeiro, formant la quatrième grande région tropicale de la vfe marine. Elle a fourni jusqu'à présent, suivant iM. Adams, près de 1500 espèces dont 500 provenant de Cuba ont été décrites par Aie. d'Orbigny. Les côtes des Antilles, des Bermudes et dix Brésil sont bordées de récifs de coraux et de bancs considérables de fucus ou d'autres planter marines. 1000 espèces seraient particulières à cette région.
M. P. Fischer nous a fait remarquer que la mer des Anlille* présentait cette particularité, ie nourrir encore les représentants de plusieurs genres ou familles qui manquent jusqu'à présent dans le terrain tertiaire supérieur et moyen et ne sont connus que dans des dépôts plus anciens. Le Pleurotomaria quoyam, Fisch., de Marie-Galante, est voisin des grands Pleurotomaires jurassiques; 2 ou 3 espèces au -plus ont été signalées dans le terrain'tertiaire inférieur; la Phaladomya candidaj Lam.,dc la Guadeloupe et de Tustola, na point de congénères dans le terrain tertiaire supérieur (l) et ils seraient très-rares dans le moyen ; le Pentacrinus capiU Medusst^ Lam., de la Guadeloupe, et YHolopus Rangii de la Martinique sont les seuls représentants de la famille des crinoïdes, et il faut redescendre bien loin dans le terrain secondaire pour trouver des formes analogues. Dans les autres mers du globe, les jeunes Coniatule^ représentent seuls les radiaires échînodermes pédoncules. ?Jous avons donc dans ces faits quelque chose de comparable à ce que nous avons rapjpelé pour les mers de la Nou\elle-HollauJe, mais dont nous nous garderons bien de tirer les conséquent qu'on en avait déduites pour la faune de celle-ci.
18- région. . Enfin la région traus-atlantiquey qui comprend les côtes do.^ États-Unis, avait été divisée en deux par Ed.* Forbes ; Tune, s'étendant du cap Hatteras au cap Cod, était la région virgi-
(l).Nou8 ne connaissons pas la P. liesUrna, Sow. (MitierXofich., t. «>29; 1844) qui d'ailleurs serait déjà du crag blanc ou inférieur.
«iewne, Fautre, se prolongeant jusqu'à rexlrémité de la Floride, était la région carolinienne. Mais cette division ne paraît pas reposer sur des données suffisantes. Le nombre total des mollusques est de 230 seulement, dont 60 se continuent plus au nord et 15 se représentent sur les côtes d'Europe. Dés HO espèces de la côte du Massachusetts, au sud du cap Cod, il y en a près de la moitié, suivant M. Gould, qui ne passent pas au nord de ce cap et qui forment le commencement du type américain. M. Dekay, en décrivant les coquilles de New- York et (les autres États du Sud, a fait connaître 120 espèces nouvelles, dont quelques-unes s'étaient écartées de la région Caraibéenne. Cette région aurait 300 espèces propres (i).
La somme des espèces ainsi particulières à ces 1 8 régions wmes serait de 10,000, suivant le tableau dressé par M.Woodward(p. 407).
L'inégalité de ces régions ou provinces nialacologiques, en grandeur et en importance, est en partie naturelle et en partie causée par l'inégale facilité qu'on trouve à les subdiviser. La région Indo-Pacifique y par exemple, n'est pas du même rang qoela région du Japon parce qu'elle résulte de la réunion de plusieurs sous-régions. M. Walcrhouse appelle protnnces de familles ou d* ordres les régions principales dans lesquelles on peut distinguer de grands groupes d'animaux, et provinces spéci- ^(fties ou géiériques celles qui ne sont caractérisées que par des associations zoologiques moins importantes.
Nous ajouterons à ces divisions de M. Woodward quelques Régions considérations sur les caractères des mollusques qui habitent ^ uare^r les mers circum-polaires, considérations que nous devons à l'obligeance 8e M. P. Fischer.
Les faunes arctique et antarctique, très-différentes l'une de l'autre quant aux espèces, parce qu'elles n*en oftl pas une seule commune, offrent cependant un certain faciès qui les rappro-
()) Des côtes orientales des mers arctiques à celles de la Qéorgie inclusi* ïonenl. M. W. Sliinpson a signale 559 espèces de mollusques, dont 46 sont f«l«ie$ douteuses» (Clieck listes of the shells of N. Amer, prepared for the ^^i^hmian Instilulioriy \%^0.)
cbe. Le nombre des espèces y diminue sensiblement par rapport aux régions voisines, tandis que certains genres y prcdomiiient et caractérisent ainsi les populations de ces mers froides. Ce sont surtout les genres Chrysodomus, Trophon^ Trichotropl^^ Margarita, Lamellariay Rliyuehonellay Crenella^ Joldia^ Astarte^ Bidlia^ Pnncturella, Buccinunij Cyprina^ Glycimeris^ dontpll^ sieurs n'habitent que les deux zones circum-polaires et sont inconnus dans les mers chaudes et tempérées,
La région polaire boréale présente une population de mollusques comparable dans le nord delà Sibérie, de la Russie à la Nouvelle-Zemble, au nord de laNorwége, en Islande, auSpitzberg, autour des îles Shetland et Féroë, sur les c^tes du Groenland, dans le détroit de Davis, dans celui de Behring et dans Ir nord de TAmérique Russe. Une liste assez nombreuse peut être dressée, en eflet, des espèces communes au nord de l'Europe et au nord de T Amérique, mais les relations de Vocéan Pacifique avec la mer Glaciale, par la région des îles Aléoutienncs, des iles Kourilles et de la mer d'Okhotsk, modifient la faune boréale dans la mer de Behring et au delà du détroit de ce nom. Le nombre des espèces communes diminue et il y a une sorte de lacune dans la zone de l'organisme circum-polaire. Néanmoins la prédominance des genres des mers froides contribue toujours à donner à la faune un caractère polaire.
Les espèces suivantes ont été rencontrées sur 55** de lai., depuis 45° jusqu'au 80** lat. N., de la Nouvelle-Angleterre au Spitzberg, sur les côtes du Groenland, de la Nouvelle-Zeinblc et de la Scandinavie, à Textrémité septentrionale des iles Britanniques : Rhynchonella psittacea, Pecten islandiais^ Creneik decussata^ Crenella nigra^ Leda permula^ L. caStdatà (i).
(\) Voy. aussi sur ce sujet : Ollo Torell; Bidrag till Spilsbergem Mollusk faunajemte in Allman ofversigt af arktiska regionem yalurf oth foml, utbredning L Stockholm, 1859. —0. A. L. Môrch, Fortegnelse over Gronlands Bladdyer, etc. Prodrome d'une faune des Mollusques du Groenland, 1857. Uy a 255 espèces indiquées : mannes, fluviatiieset U?rrestres. — L. Maur\, Phys. geography of the sea, new. éd., 1858, p. Sô. Espèces du Finmark, duGraenland et du Spitzberg. — P. 41, Mammifères
On ne peut encore, pour la zone circum-polaire australe, éta blir de loi semblable à celle du Nord. L'Amérique descend beaucoup plus bas que TAfrique, l'Australie et la Nouyelle- Zélande, d*où il résulte que la faune des côtes magellaniques alTecie le caractère polaire, tandis que celle du Cap présente celui des mers chaudes, comme le prouvent les genres Cône, Marginelle, Éburne, Harpe, Mitre, Cyprœa^ etc., qu'on y rencontre.
D'ailleurs nous connaissons moins bien les mers polaires australes que celles du Nord ; elles sont dans des conditions différentes d'étendue, de profoncjeur et de température, la zone magellanique, par55'' lat., ne dépasse pas, au sud-, la latitude de Tlrlande au nord, et de là jusqu'au 80** on sait bien peu de chose. Les immenses banquises qui défendent les approches des terres Adélie et Victoria , des volcans , TÉrèbe et le mont Terreur, de même que les terres Louis-Philippe, Palmer et Graham^ n'ont guère été favorables à la recherche des mollusques dans ces parages si rarement visités.
La distribution géographique actuelle de certaines familles Répartition (le mollusques marins dont les représentants, à l'état fossile, céphalopodes, ont joué un rôle important dans les diverses périodes géologiques, peut aussi avoir quelque intérêt. Ainsi la répartition (les céphalopodes acétabulifères, qui sont des mollusques de haufes mers, et qui a été doiméc par Aie. d'Orbigny, nous fait voir que 6 de leurs genres habitent à la fois les régions chaudes, tempérées et froides, quoique beaucoup plus nombreux dans les premières ; 5 genres qui habitent les zones chaudes ou tempérées sont aussi plus abondants en espèces sous la zone torri(ie; 6 sont propres aux mers tropicales ; 1 seule est exclusive (l'ix zones froides. Ainsi sur 16 genres que comprend cette fa- . mille, 15 ont des représentants dans les régions chaudes, 10
He la région arctique : nord de T Amérique au delà du 70", terre de Bootia- Ft'Iii, Grocpbnd, île Melleville, Nouvelle-Zemble, Spitzberg, dctroit.de Kennedy. — Oiseaiu. — Coquilles fluviatiles et terrestres. — P. 119, Mollusques <lu Spitzberg : 5 Térébratules, 1 Granie, 2 Peclen, bCrenella, 1 Dacry^ dinm, nov. gen. \ Nucule, 2 Leda, \Goldia, \ Arca, en tout 20 bivalves.
236 ÉPOQUE MODERNK.
ou les 2/3 dans les régions tempérées, et 6 ou moins de la moitié dans les régions froides.
Quaiit aux espèces, le même naturaliste montre que plus des 2/3 de celles de chaque mer lui sont particulières; ainsi les limites d'habitation sont, assez restreintes pour des animaux que leur puissance de locomotion et leurs mœurs pélagiennes sembleraient devoir répartir à la fois dans toutes les mers.
I^a distribution des espèces de céphalopodes acétabulifcres offre les particularités suivantes : 78 se trouvent d^us le$ mers chaudes ou des tropiques, 35 dans les zones tempérées cl 7 seulement dans les zones froides. Mais si les genres et les espèces sont plus nombreux et plus variés sous la zone torride, il ne parait pas en être toujours de même des individus qui y sont, au contraire, peu multipliés, tandis que dans les mers polaires arctiques VOmmastrephe sagittatus^ et dans l'océan Austral VO, giganteum^ sont tellement nombreux qu'à Tépoque de leur migration annuelle les uns viennent couvrir les côtes de Terre-Neuve, les autres celles du Chili. On sait d'ailleurs que l'extrême multiplicité des individus et le petit nombre relatif des espèces dans les zones froides est un caractère presque général dans les diverses classes. Les poissons en offrent des exemples que tout le monde connaît, it^uni^. Aucun assemblage,! aucune association de mollusque^ ne semble donc se reproduire de part et d'autre de Téquateur sous des latitudes correspoAdantes. L'organisme se modiGe complètement lorsqu'on se dirige du N. au S. et réciproquement, dans le sens d'un méridien quelconque. Aucune faune ne se répète ni n'est continue non plus dans le sens des parallèles, quoique en général plus étendue que du N. au S. Variété et succession graduelle dans un sens et dans l'autre, telle parait 'être à cet égard la bi générale de la nature.